Qu’est-ce que le FAS?

Le FAS est une entité polymorphe et polycéphale. Tous peuvent s’en réclamer et fonder une cellule d’action. Les sympathisants du FAS écrivent des textes répondant aux contraintes définies par des catégories. Ils sont d’abord publiés sur leur site, puis certains sont réunis dans des fanzines ou sous forme de recueils. Communiquez avec l’agitateur afin de vous joindre à notre lutte pour un quotidien délirant:

agitateur@frontdactionstupide.net.

FAS vaincra!

Bébé astronaute, 9 mars 2010 [Géopolitique du logis, Territoires troubles]

Vous souvenez-vous du village sous la neige ? C’était à peu près au même moment l’année dernière. Hé bien l’autre fois, avec T*, on est allés vérifier s’il n’aurait pas été reconstruit. On a vite cru trouver une entrée dérobée, entre la clôture et le géant tas de neige, mais on n’y découvrit qu’une bien peu profonde et décevante cavité.

On retourna quand même une autre fois pour voir si le travail avait avancé. Apparemment, pas beaucoup, mais un petit bout de plastique attira toutefois mon attention. Un bac de recyclage, imbriqué de blocs de neige durcie, formait un mur dissimulant vraisemblablement une entrée. Quand même, on n’allait pas défoncer la porte et pénétrer par effraction !

De toutes façon, on s’est dit que c’était sûrement temporaire, le temps qu’il finissent de creuser. Et puis, il n’y avait pas beaucoup neigé cet hiver, ils avaient dû commencer assez tard. Quand même, ils n’allaient pas détruire et reconstruire une palissade à chaque fois qu’ils voulaient entrer et sortir de là !

Ce n’est que plusieurs jours plus tard qu’on découvrit à quel point on avait été dupés. Trop tard, encore une fois, parce qu’un printemps prématuré faisait fondre la glace à une vitesse folle. Les bums eux-mêmes ne se donnaient plus la peine de se cacher : les restes d’une feu éteint gisaient carrément devant l’entrée du fort, béante. On se risqua tout de même à l’intérieur pour jeter un coup d’oeil, vite vite, parce qu’avec toute cette eau qui coulait, on avait un peu peur que le toit s’effondre sur nous.

On était loin de l’Hôtel de glace, mais quand même, l’âtre, les bancs sculptés, les coussins, les bières vides, tout ça, ça donnait une superbe version prolétaire du fameux palace.

Ensemble de chaises a jardin, 6 mars 2010 [Activités culturelles cool]

Salut les artistes, dimanche le 7 mars c’est Paranormal dans la ville. Un concours de photo ayant pour thème la ville et le parnormal. Ça vous étonne? C’est à 17h00 et c’est ouvert à tous.

mjack, 5 mars 2010 [Activités culturelles cool]

Récemment mis au fait des résultats de ventes des Annales… les statistiques nous stupéfient et nous propulsent dans un champ de possibles infini. Entièrement libres, nous devons mainteant choisir ce en quoi nos énergies doivent vraiment être dépensées. Qu’a-t-il toujours manqué aux annales? L’action. Nommés Front d’action stupide, nous sommes surtout campés derrières nos ordinateurs à réécrire notre quotidien pour en extraire ce qu’il a de délirant. À une ère de réseaux sociaux nous sommes un réseau d’asociaux. Partageant en secret notre vision délirante, nous nous tenons en retrait des forces qui pourraient propulser le monde dans un processus infini de reéinterprétation délirant.

Et si on faisait des 5 à 7 thématiques, pour disséminer l’action stupide parmi une population moins engagée?

batissons ensemble sur l’idée de SPRIT DUPLICATA, et compilons ensemble une sélection de pièces typiques de l’esprit du FAS

france gall: résiste
georges moustaki: la philosophie
jeans team: das zelt

SPIRIT DUPLICATA, 3 mars 2010 [Bidons et autres contenants]

02/10. Des tests, des batteries de tests. Dès cinq heures, je m’éveille. Le protocole de mise à l’épreuve d’un l’oligonucléotide expérimental s’enclenche aussitôt. Celui-ci a été élaboré afin d’éviter l’embonpoint de l’espace, trop fréquent dans ces modules exigus, où l’activité physique est limitée. On me colle tout d’abord des électrodes, 9 en tout, sur les chevilles, les bras et la poitrine. Puis, sous l’oeil imperturbable du docteur A. R. L*, des auxiliaires me piquent dans les bras, les cuisses, sur les flancs et sous l’ombilic, soit pour m’injecter le sérum — ou le placebo, je l’ignore et les auxiliaires également. Je dois ensuite demeurer immobile, en position semi-inclinée, pendant six heures, sans manger ni boire. À chaque demie-heure, un prélèvement sanguin est effectué à partir d’un cathéter inséré dans mon bras. Enfin, on inspecte les sites d’injection. Une infirmière me palpe, notant la moindre induration.

- Это больно?
- Нет, не больно.

Ensuite, le premier repas du jour. Les portions sont calibrées en fonction de mon indice de masse corporelle. Interdiction de partager. Je porte un bracelet muni d’une puce magnétique me permettant de me déplacer dans le laboratoire, soit pour aller à la toilette, soit pour aller au salon, mais il est impossible de quitter le bâtiment, même pour une courte marche dans l’enceinte. Je dois me satisfaire des rayons obliques qui entrent par la fenêtre du salon. La seule chose à faire, pour passer le temps, est de se familiariser avec l’équipage. Par exemple, il y a ce Roumain, S*, qui tient absolument à me faire connaître Miles Davis. Pour moi, il représente un curieux mélange de virilité latine et de brusquerie slave. Il ne croit pas à la notion de degré. Jusqu’ici, j’ai réussi à l’éviter en me réfugiant auprès d’un Britannique amateur de films d’espionnage de série B, mais ce dernier a été transféré dans une autre équipe. Il a donc fallu que je fasse la conversation avec le Roumain, qui à vrai dire, ressemblait davantage à un interrogatoire prenant rapidement des proportions métaphysiques. Il insistait pour que je lui dise la vérité sur tout. Lassé, je lui ai demandé « what is truth ? » Il m’a alors répondu « Truth is what we think ».

09/10. En faisant des tests, les psychologues ont découvert chez moi une nouvelle forme de synesthésie, qu’ils nomment la synesthésie du touché miroir. Lorsque je vois quelqu’un se blesser, je ressens de la douleur au même endroit. Ce n’est pas de l’empathie, mais une réaction instantanée et pour ainsi dire mécanique de mon cerveau, due à l’élagage atypique des connections synaptiques de ma circonvolution fusiforme. Rien de particulièrement inquiétant, mais les médecins ne peuvent s’empêcher de vous faire sentir que la moindre anomalie pourrait compromettre votre départ: « nous allons nous consulter ». S’il savaient que je me fiche de leur programme! Car en effet, vous le savez, j’ai décidé d’aller sur Mars par mes propres moyens.

13/10. Test de la cabine de pilotage avec L*, la copilote. Française, elle a l’hypertrophie du jugement. Du coup, elle me tape. « Elle est un peu petite, cette carlingue, non ? » Et aussi « ça me saoule tous ces boutons », ou encore « tu comptes vraiment apporter ce chat dans l’espace ? » Mais il faut bien admettre qu’elle a un sens de l’orientation à toute épreuve : que le vaisseau se mette à virevolter dans tous les sens, elle ne perdra pas de vue son sextoy.

19/10. C’est mardi, le temps est frais, mais ensoleillé. L’air est léger et la vue, dans cette plaine Sibérienne, porte à l’infini. Premier exercice d’apesanteur en vol parabolique. Étrangement, ce qui s’annonçait comme un exercice de familiarisation s’est avéré être une curieuse expérience d’aliénation somatique. Alors que nous commencions à léviter, j’ai senti un fort vertige, qui s’est rapidement résorbé. Mais, pendant environ 20 secondes, je me suis mis à voir derrière moi… comme si j’avais pivoté à 180 degrés, mais sans bouger! Je pouvais voir L* jubiler en se voyant flotter dans la soute. Je n’en ai pas parlé aux médecins, ni à L* d’ailleurs. J’ai passé la soirée à écouter des documentaires sur le paranormal, seul dans mon appartement de Chtchiolkovo.

Je ne sais pas ce qui m’attend dans les prochains jours. Peut-être la centrifugeuse, peut-être le confinement ou la piscine. J’ai entendu dire que les Russes suivaient un entraînement commando; ça ne sera pas une sinécure. Bah! Après tout, ce sera comme les scouts. On mangera des conserves gelées et, dans le pire des cas, j’y laisserai un orteil ou deux.

Je crois que ce dude était du genre à trouver que vingt-quatre heures dans une journée, c’est pas assez pour virer complètement barge. Il a donc élaboré la théorie du timecube, une sorte de quadrature du cercle qui revient à dire que 4 journées se déroulent simultanément sur la terre. Aussi, l’interface du site rappelle le premier site des annales du FAS, sauf que c’est composé d’une seule et interminable entrée. Bravo.

www.timecube.com

(suite…)

Amygdale, 19 février 2010 [Parasitisme révolutionnaire]
mjack, 15 février 2010 [Citations et aphorismes]

Cette seconde révolution moderne est celle qui, réconciliée avec ses principes de base (la techno-sciences, la démocratie, les droits de l’homme, le marché) est emportée par un processus hyperbolique de modernisation de la modernité elle-même.

in http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Lipovetsky

Je sais, c’est un projet de fou, borgésien même, mais j’ai entrepris de reconstituer une cartographie subjective de mon territoire. Pas à l’échelle 1 : 1, comme en rêve Borges – c’est irréaliste, quand même, je délire, mais je délire égal – mais disons à l’échelle 1,3 cm : 200 m. Ben pas disons, en fait, c’est vraiment ça et c’est assez in comme zoom pour moi.

Comment je fais ? Au début – ce projet à commencé il y a plusieurs années, quand j’étais encore à l’université – je traînais partout avec moi un petit carnet quadrillé dans lequel je traçais mes allées et venues. J’en ai même tiré un livre, sérigraphié à la main et édité en 3 exemplaires – vous pouvez d’ailleurs consulter l’exemplaire 3/3 au centre de conservation de la BAnQ, sur la rue Holt. Dans ce temps là, j’étais jeune, semi-nomade, et j’avais encore du temps à perdre alors je pouvais bien jouer les grandes exploratrices dans les rues de Montréal à dessiner mes cartes distordues de la ville.

J’avais mis en exergue, au début de mon livre, une citation de Paul Auster dans Trilogie New-Yorkaise : « […] il coucha aussi sur le papier avec un soin méticuleux l’itinéraire exact des errances de Stillman, marquant toute rue suivie, tout changement de direction, toute pause effectuée. Et, en plus d’occuper Quinn, le cahier rouge lui fit aussi ralentir le pas. » Je pensais que ça aiderait à comprendre le projet. Moi, mon cahier, il était pas rouge, il était recouvert de Duct tape gris avec un gros X au Sharpie écrit dessus. C’est vrai que j’étais pas mal punk dans le temps. Mais la couverture du livre que j’en ai fait par la suite était en toile beige avec le titre imprimé en rouge, Itinéraires – vous l’auriez deviné, j’en suis sûre.

J’aurais pu aussi vous expliquer mes motivations comme suit, avec une citation du Diable par la queue (c’est encore Paul Auster) : « Dublin n’est pas une très grande ville, et il ne fallut pas longtemps pour m’y retrouver. Il y avait un côté obsessionnel aux promenades que j’y faisais, un insatiable besoin d’errer, de dériver tel un fantôme au milieu d’inconnus, et au bout de deux semaines, les rues étaient devenues pour moi quelque chose de tout à fait personnel, une carte de mon territoire intérieur. » On dirait que c’est plus facile de me faire comprendre avec les mots d’un autre qu’avec les miens.

Mais je diverge. Je vous racontais tout ça pour vous dire que maintenant que je suis sédentaire avec une job steady, je n’ai plus que ça à faire, déambuler dans les rues. De toutes façons, dans le temps, Google Maps n’existait même pas, ou à peine, alors qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? Google Maps n’était qu’une ébauche, un embryon de plan. C’est vrai, pensez-y, j’ai vérifié mes sources : le service a été lancé au Canada en 2004 seulement. C’était ma dernière année de bac.

C’est fou, quand on y pense, la vitesse à laquelle on s’y est habitué. Quand je suis partie en voyage la première fois, en 2000, c’est tout juste si j’avais un e-mail – le mot courriel n’existait pas encore. Me parachuter dans une ville inconnue, sans même une carte pour m’orienter, ce n’était pourtant pas si traumatisant que ça. Me cacher sous un pont, tomber, et être presque engloutie dans le Tibre pollué, en plein coeur de Rome ; dormir sur une plage au centre-ville de Barcelone sans savoir qu’au matin je serais presque écrasée par une marée de pieds ; essayer de fuir les hordes de chiens errants dans les rues de Pompéi sans vraiment distinguer la vraie ville des ruines, me faire haranguer par un cocaïnomane New-Yorkais lançant des billets de 1000 lires à la ronde, me faire tirer d’embarras par un obsédé bisexuel, tout ça, c’était l’aventure, quoi ! Pourtant j’ai réussi à rentrer chez moi.

Mais je divague encore. Où je voulais en venir, c’est que maintenant, je ne peux plus me risquer en territoire inconnu sans vérifier scrupuleusement au préalable mon chemin sur Google maps. J’ai trop peur de me perdre. Et encore, je me retiens d’avoir un GPS. C’est pour dire comment notre sens de l’orientation est en train de s’atrophier, nous les humains. Mais c’est comme ça, alors mon projet d’itinéraires s’est transformé en projet de cartographie subjective et mes dessins, je les trace à partir de Google Maps. D’ailleurs, cette expression, je l’ai piquée à Amygdale et je m’en sers sans le moindre acquit de conscience dans tous mes textes de démarche artistique.

Quand je vais à l’atelier, je vais sur Google Maps voir les lieux que je connais. J’imprime, toujours à la même échelle, les fragments de cartes qui m’intéressent, puis je les découpe et je les assemble avec du papier collant. Après ça, je mets un papier transparent par-dessus, un Mylar, un Géofilm, whatever, c’est deux noms différents mais c’est le même papier, et je trace les rues que je connais. Après ça, je me sers de ce dessin pour imprimer une sérigraphie.

Je sais, c’est absurde, mais il faut bien trouver un sens à la vie. Alors je me prends pour Sisyphe et je fais ça en faisant semblant que c’est une bonne idée. Ça me fait plaisir de penser qu’un jour ce projet prenda la forme d’une immense toile d’araignée, très serrée au centre, pleine de croisements et de noeuds, puis s’élargissant vers les extrémités, couvrant des murs et des murs, avec d’immenses zones blanches parfois traversées d’une mince et interminable ligne, une autoroute.

Mais vous savez, un territoire, c’est changeant alors c’est toujours à recommencer. Un petit détour, par ici, un déménagement par là… C’est pour ça que récemment, j’ai dû repatcher des morceaux de ma cartographie subjective parce que par endroits, elle était toute noircie et chiffonnée. Alors je suis allée chercher des nouveaux morceaux sur Google Maps, et c’est là que je me suis rendue compte, en essayant de les assembler, que vraiment, quelque chose n’allait pas.

Avant, toutes les rues étaient de la même largeur. Maintenant, ils les ont ajustées un peu mieux à la réalité. C’est pour ça que le boulevard Décarie a conservé la même largeur mais que le petit tronçon de rue minus qui se transforme en chemin de gravelle en allant de chez nous vers les tracks, à côté de la vraie cour à bois, lui, s’est considérablement aminci. Alors ma carte, elle est pas raccord.

Mais c’est pas ça le pire : moi, j’avais déjà dessiné le Mont-Royal, avec les sentiers pis toutte, parce que je les connais bien. J’y ai quand même déjà passé plusieurs fins de semaines à construire des nids dans les arbres – mais ça, c’est une autre histoire. Mais là, les sentiers du Mont-Royal, sur Google Maps, ils n’ont pas juste rapetissé, ils ont disparu. Et ce n’est pas tout.

Au parc Lafontaine, le lac, disparu aussi ! Et le chemin qui traverse d’est en ouest le parc Laurier, disparu ! En n’allez pas penser que je n’ai pas zoomé in pour vérifier comme il faut. Au parc Jarry, même constat : plus de lac, plus de sentier, rien ! Au parc Maisonneuve, plus de sentier non plus, rien, rien rien ! Juste des grand aplats vert pâle.

Alors je me dis que c’est peut-être un complot des lobbies de l’automobile pour empêcher les gens d’aller se promener tranquilles. Moi, je le sais qu’il y a des sentiers dans les parcs, parce que je les ai dessinés. Je m’en souviens. J’ai une trace. Mais les autres… à la vitesse qu’ils oublient, comme ils ont oublié qu’il y avait une vie avant l’Internet, comme ils ont oublié qu’il y a à peine sept-huit ans, il fallait déployer une carte en papier pour s’orienter, comprenez-vous, en papier, est-ce qu’il vont se souvenir qu’il y a dèjà eu des sentiers dans les parcs de Montréal ? Et la Ville, eux, ils vont s’en souvenir, d’aller tondre le gazon et couper les branches ? Je ne pense pas. La végétation va gagner doucement du terrain et bientôt, elle va tout envahir, et les sentiers vont réellement disparaître.

Ça deviendra une vraie jungle ; peu à peu, les animaux sauvages viendront s’y installer. On ne pourra plus pénétrer dans les parcs qu’armé. Il faudra une machette pour faire son chemin. Et il ne restera plus de place dans cette ville que pour les automobiles.

Zepoulpe, 9 février 2010 [Vol de contenus]

Je vous ai manqué?

Poufiasse, lors d’une entrée récente, s’interrogeait sur le temps nécessaire à laisser passer avant de pouvoir (de nouveau) faire des blagues sur Haïti. Ma réponse était claire : 6 semaines (voir mon commentaire ici). Mais comme je sais que l’attente est, en soi, vachement terrible, voici un gag incroyablement cosmopolite que j’ai inventé (ou qui m’a été conté, who cares ?) :

___
C’est un Chinois et un Juif qui se parlent pour la première fois. Le Juif demande au Chinois :

- Tu t’appelles comment?
- Chen.
- Ouain, mais en tout cas, moi je vous ai jamais pardonné à vous autres les Coréens pour avoir bombardé Pearl Harbor.
- Euh… d’abord je ne suis pas Coréen, je suis Chinois et deuxièmement ce ne sont pas les Coréens mais les Japonais qui ont bombardé Pearl Harbor.
- Ouais-ouais… Chinois, Japonais, Coréens, de toute façon c’est toutte pareil…
- (après une pause) Moi je n’ai jamais pardonné aux Juifs d’avoir coulé le Titanic.
- Quoi!?! Mais c’est un iceberg qui a coulé le Titanic!
- Goldberg, Steinberg, Iceberg, de toute façon c’est toutte pareil…

mjack, 5 février 2010 [Art is Evil]
Joseph, 3 février 2010 [Non classé]

N’annale fas pas qui le veut. C’est juste un commentaire, une remarque, comme ça, vu mon faible taux de participation. Heureusement qu’il n’y a pas de quota à atteindre, d’ailleurs, je n’ai pas encore payé mon abonnement. On peut payer en nature ? Je mettrais mon habit d’infirmier et mes gants de caoutchouc…

Poufiasse, 26 janvier 2010 [Déprimer c'est ok, Vol de contenus]

« My drug addiction became the worst it has ever been, » he says. « I didn’t want to wake up in the morning any more. It was just too painful to keep on. »

For about a year he stayed in bed, wrestling the depressive side effects of hepatitis C medication. He stopped writing songs, playing the guitar, seeing friends.

« The good thing is that my life finally became so intolerable that I could no longer be bothered to go out and buy drugs, » he concludes with a parched cackle that shakes his wraithlike body. « As a consequence, in the last year and a half, a lot of good things have started to happen to me. »

source: Michael Dwyer (http://www.smh.com.au/news/entertainment/arts/still-the-boy-next-door/2008/10/31/1224956299409.html)

Poufiasse, [L'improbable missive]

Cher Amygdale,

Au début du mois de janvier, j’ai vu Avatar de James Cameron et je me suis demandé comment ça pouvait aller plus mal. Une semaine plus tard, un séïsme secouait Haïti. (suite…)

Le site web le plus insolite depuis Barbe douce.

http://science-univers.qc.ca/sexualite/54-pedophilie.html

La page d’accueil

http://science-univers.qc.ca/

Rhaa, 16 janvier 2010 [L'improbable missive, Vol de contenus]

Dear Pat Robertson,

I know that you know that all press is good press, so I appreciate the shout-out. And you make God look like a big mean bully who kicks people when they are down, so I’m all over that action.

But when you say that Haiti has made a pact with me, it is totally humiliating.

I may be evil incarnate, but I’m no welcher. The way you put it, making a deal with me leaves folks desperate and impoverished. Sure, in the afterlife, but when I strike bargains with people, they first get something here on earth — glamour, beauty, talent, wealth, fame, glory, a golden fiddle. Those Haitians have nothing, and I mean nothing. And that was before the earthquake. Haven’t you seen « Crossroads »? Or « Damn Yankees »? If I had a thing going with Haiti, there’d be lots of banks, skyscrapers, SUVs, exclusive night clubs, Botox — that kind of thing. An 80 percent poverty rate is so not my style. Nothing against it — I’m just saying: Not how I roll.

You’re doing great work, Pat, and I don’t want to clip your wings — just, come on, you’re making me look bad. And not the good kind of bad. Keep blaming God. That’s working. But leave me out of it, please. Or we may need to renegotiate your own contract.

-Best, Satan

source: The Star Tribune

C’était la meilleure de 2009. Elle s’est fait attendre longtemps. Jusqu’au 31 décembre 2009, en vrai. Contrairement à mon habitude, je suis arrivé le premier, à temps pour les hors-d’oeuvre. T*, arrivé en deuxième, était visiblement surpris/content de me voir, et en a profité pour faire une entrée tout en interjection, me lançant enthousiasmé et le plus naturellement du monde : – Ça fait un LAMPADAIRE que je ne t’ai pas vu!

Moi: (!?)

Lui: (…), euh, un lustre… ça fait un lustre!

Tous (à l’unisson) : ÇA FAIT DES LUSTRES !

***

Quelqu’un m’a d’ailleurs fait remarquer qu’un lampadaire est beaucoup plus long qu’un lustre. Depuis, je ne dors plus.

Poufiasse, 12 janvier 2010 [Art is Evil, Intoxicated Press, Julia Kristeva]

INTOXICATED PRESS ( Rawdon) -  C’est avec stupeur et tristesse que nous apprenions, hier,  le décès du cinéaste français Éric Rohmer ( La Marquise d’O -1976-, Pauline à la plage -1983-). Notre reporter Herby Stup a eu le privilège de côtoyer le réalisateur français à l’occasion des derniers instants de sa vie. Toujours sous le coup de l’émotion, M. Stup nous confia sans surprise :  « À l’image de tous ses films, ses derniers instants furent pénibles, longs et plates. » (suite…)

La chaleur est insoutenable, contraste évident avec les froids polaires qui sévissent a l’extérieur de mon scaphandre spatio-cosmique, de même qu’avec le fait que je sois plus près de l’équateur que de quelque pôle que ce soit. (suite…)

Poufiasse, 30 décembre 2009 [Bidons et autres contenants]

Quand j’ai un petit vague-à-l’âme, rien ne me fait davantage plaisir que de voir un enfant insupportable importuner ses parents dans l’autobus. Aujourd’hui, c’était un mox de sept ans qui enfilait les questions une à la suite de l’autre comme si le contrat de Markov se terminait demain. (suite…)

Mysterious, 28 décembre 2009 [Citations et aphorismes, Entomologicae Bestiare]

«Kilgore Trout avait écrit une nouvelle, dont le sujet était un dialogue entre deux micro-levures. Celles-ci discutaient ensemble des buts essentiels de l’existence, tout en mangeant du sucre et en étouffant dans leurs excréments. Du fait de leur intelligence limitée, elles n’arrivaient jamais à comprendre qu’elles  étaient en train de fabriquer du champagne. »

- Kurt Vonnegut Jr, Le breakfast du champion

Bon, ça fait une bonne année déjà que je songe à recevoir pour Noël, c’est-à-dire caller un Noël des mal-aimés***. (suite…)

coco acto, 2 décembre 2009 [Bidons et autres contenants]

Il y avait un anachronisme flagrant entre la Jaguar de location qui filait à tombeau ouvert, en tressautant à chaque caniveau, le long de cette mauvaise route longeant les marécages, et le décor lui-même. Un décor figé, cimenté par le brouillard qui s’agglomérait en nappes sur les étendues palustres hantées par les corneilles et qui changeaient les rares arbres, privés de leur feuilles en cette fin d’automne, en autant de spectres noirs dressés comme pour lancer d’interminables malédictions. parfois montait le cri repoussant du courlis, qui s’enfonçait tel un poignard dans la chair fragile du silence.

Malgré la capote relevée et le chauffage, le brouillard pénétrait dans l’habitacle de la jaguar, faisant frissonner Anna Marischka- une sublime créature blonde au corps de rêve- en dépit de son épais duffel-coat payé un prix d’or avec sa carte de crédit Hbc.

-Brrr…Coco, un froid de canard dans ce maudit pays… Si seulement on savait comment il s’appelle!…

Coco Acto, qui pilotait d’une main sûre, tourna légèrement vers sa compagne un visage dur éclairé par des yeux de caramel fondant où fleurissait un soupçon de sourire narquois.

-C’est le nom du froid de canard ou de pays que tu voudrais connaître? interrogea-t-il.

-Le nom du pays, bien sûr…

Coco Acto haussa les épaules.

-Si je le savais, Anna, je pourrais te renseigner. Hélas…

Coco Acto, nouvellement fonctionnaire pour le gouvernement, avait profité de sa nouvelle crédibilité pour faire une  collection de cartes de crédit diverses et de multiples marges de crédit dans plusieurs institutions bancaires et s’employait à dilapider ces fonds par diverses extravagances sans avoir aucunement l’intention de rembourser quoi que ce soit.

Depuis, toute la nuit ils avaient roulé à l’aventure saisis par cette soif d’inconnu qui, souvent, les poussait en avant, mus, eût-on dit, par la même fatalité qui pousse certains animaux à fuir droit devant eux, sans raison, jusqu’à l’épuisement. Ils avaient franchi des kilomètre de plaines, de montagnes, traversé des villages qui n’étaient marqués sur aucune carte, roulé sur des routes de plus en plus mauvaises, qui semblaient ne mener nulle part. Il y a encore ainsi en Mauricie, de ces régions quasi désertes qui réellement, semblent figée hors du temps.

-Oh! Coco!- A présent, le jour était venu pour leur offrir que le spectacle désolant, oppressant de ces marais qui s’étendaient à perte de vue. Quelque part, très loin, une barraque de crème glacée molle émergeait de la brume.

Aussi loin que le lui permettait le brouillard, Anna Marischka scrutait l’étendu d’eau stagnante coupée.

Soudain, Anna s’interrompit, pour hurler:

-Triple malédictions!…

La brusque recommandation de la manequin était inutile car le conducteur avait aperçu, lui aussi, la créature, un superbe spécimen de  Rana catesbeiana siégeait au milieu de la route regardant d’un air désapprobateur le bolide foncer droit sur lui.

Les réflexes de Acto furent d’une rapidité foudroyante. En même temps qu’il freinait, il rétrograda de vitesse en une série de mouvement quasi automatiques. Mais c’était sans compter la route scélérate, de terre mouillée, détrempé par des semaines de pluie incessante. La voiture dérapa dans la fange du marécage terrorisant les créatures lacustres qui hantaient les nénuphars.

-Coco!!! Damné foie jaune!!! Où as-tu pris tes cours de conduite!?!

Par le Diable! Pourvu qu’elle ne soit pas trop secouée! Il se précipita pour ouvrir le coffre arrière du véhicule et en sortie une bouteille de Romané Conti grand Echezeaux 1983 payée un prix exubérant avec sa carte American Express Golds.

-C’est trop bête la vie est si courte! Buvons maintenant avant que la Camargue ne cogne à ma porte. Il déboucha le grand cru avec son Laguiole tour Eiffel de collection numéroté payé un prix à faire mourrir de rire un abstème avec sa carte Sears Mastercards. La terre détrempée chuintait sous les pas et, parfois, il fallait littéralement patauger, enfoncé jusqu’aux chevilles dans des flaques d’eau vertes

-Ah! Cher moustique! me voila trempé comme une soupe après un tel bain forcé dans cette eau glacée, je risque la mort. Songez au destin exceptionnel qui est le vôtre; vous apprécierez de boire le sang d’un personnage de légende agrémenté du mélange d’une bouteille qui ne l’est pas moins.

Coco!! Maudit Poivrot!! – Elle saisit la bouteille et l’envoya au loin au milieu du marais où elle flotta le culot à demi immergée.

La pluie se mis à tomber telle une rangée de hallebardes.

-Viens mon chéri allons manger une crème glacée; il y un kiosque là-bas…

A ce moment, à une distance qu’il était difficile d’évaluer à cause du brouillard qui changeait la portée des sons, une sorte de rire éclata. Un rire caverneux qui ressemblait autant à une série de coassements. Et à présent, devant l’incompréhensible de la scène dont ils avaient été à la fois témoins et acteurs, ils se sentaient comme écrasés, rendus muets par une vague terreur qu’ils ne parvenaient pas à chasser.

Au loin dans l’eau un digne amphibien, un ouaouaron rondouillard, sirotait à même le gouleau; le vin qui semblait depuis des siècles lui être destiné…

Chère Maman, (suite…)

Poufiasse, 23 novembre 2009 [Intoxicated Press]

À la place du journaliste de la BBC, j’y serais certainement allé avec un autre choix de mot, mais bon, merci la science (C’est okay pour le bureau).

Mais qu’ai-je bien pu vouloir dire par là ? (suite…)

Vendredi, je suis passé voir une projection « spécial sexe » présenté par le Douteux.org au pub Brouhaha dans Rosemont. Un des nombreux faits saillants (ce fut trois heures de faits saillants) m’a semblé être le vidéo montrant un groupe d’Africains qui se font une petite partouse en forêt. Sauf qu’ils sont entièrement peints en bleu cobalt et portent des bonnets blancs, à l’exception de l’un d’eux qui porte un bonnet rouge et une barbe blanche. Ils s’enfilent à tour de rôle une femme avec une perruque blonde sous son bonnet, tout en fredonnant « la la la schtroumpf la-la. »

Je n’ai pas d’idées précises, c’est plutôt une émotion, une intuition, une vague vision, que je développe, en tâtonnant; c’est que je n’ai pas de mémoire, pratiquement aucune, j’oublie tout, chaque détail, les raisons, les gens, leurs histoires, tout comme mes cours d’histoire, ma culture générale, les règles des jeux de cartes, les livres et films que je regarde, sauf ceux visionnés cent fois, encodés par la force. les visages me disent quelque chose, j’essaie de comprendre d’où ils me viennent, qu’est-ce qu’ils me signifient, il faut qu’on m’aide à me souvenir. Je ressens un vide cervical, dans ces moments là, il faut que je me frotte le dessus de la tête avec vigueur, comme pour stimuler quelque chose, ce qu’il reste, ce qui fonctionne encore. Est-ce que j’ai pris trop de drogue ? Est-ce ma tête qui cherche à me protéger de mes pires souvenirs, ou est-ce que j’ai juste trop bouffé de sandwichs emballés dans du papier d’aluminium ?! Comme ma grand-mère, vais-je finir sénile, alzheimer, radotant, inquiet et agressif. Je lis «un roman français» de Beigbeder, il parle justement de son amnésie, et comme moi, il en souffre. Puis il y a ces gens oubliés qui pensent qu’on se fous d’eux, que c’est par snobisme, par mauvaise foi, si on se souvient plus de les avoir frenchés en secondaire 4. pourtant ça n’a rien à voir, c’est comme s’il faut vraiment que ça brasse fort pour rester imprimé et si ça brasse trop, on l’oublie aussi. Ça me réconforte de ne pas être seul à oublier, je ne me souviens absolument pas de mon enfance et j’ai perdu des grands bouts de mon adolescence, alors il y a cette phrase tout de même qui a attirée mon attention et retenue mon approbation, dans la lecture du Beigbeder, elle parle de la musique, cette musique qui, profonde et hallucinante, sait mieux que n’importe lequel exercice de mémoire, faire remonter des vagues de souvenirs enfouies dans les abysses de ce drôle d’intestin crânien, où tout à coup des bribes de conversations ou d’émotions vives, reliées à un passé incertain, ressurgissent sans qu’on ne comprenne trop pourquoi tout à coup, ça y est… il est écrit «la musique reste mon véhicule temporel préféré, le plus rapide moyen de ruminer le passé : je suis convaincu que ma collection de 45 tours grésillants contient l’histoire dont mon cerveau m’a dépossédé.» Pour avoir souvent pleuré sans prévenir, à l’écoute de certains vieux tubes, je pense que c’est pas mal ça.

En sortant prendre l’air, entre deux victoires, à Expozine, j’ai croisé un couple avec leur enfant. Le môme, visiblement fasciné par l’apprentissage de la temporalité, leur demandait sans cesse, dans un anglais aussi suraigü qu’insupportable, si on était l’après-midi. (suite…)

Amygdale, [Manger pour «vivre»]

Merci B* de m’avoir fournit une expression servant à chapeauter l’impression que j’ai reçu de ma journée d’hier. Une des raisons qui font que la méthode est si difficile à acquérir est peut-être le fait que l’on sait pertinemment qu’il est possible de parvenir à des résultats sans trop s’en soucier. Parfois, cela semble même être une condition de succès.

Je suis parvenu à faire tout ce que j’avais à faire, en obtenant, pour chacune de mes tâches, un succès largement au-dessus de mes attentes, mais en suivant une démarche digne de M. Magoo. Le haut point de ce carnaval de la mitaine et de la logique floue a été le succulent poulet au cari que je me suis mitonné pour souper, qui s’annonçait dès le départ comme un désastre culinaire laissant ma cuisine dans les brumes des Nibelungen. Je vous épargne le récit des événements, car il n’y a pas de quoi se vanter. Tout semblait réussir malgré moi.

Que sait-on des sauces, et des effets?

Bébé astronaute, 17 novembre 2009 [Chaire d’Études André Serouille Flesh of Studies]

Je n’ai jamais eu d’idée révolutionnaire. Je n’ai jamais écrit, ni publié sur les Annales du FAS un article pour la Chaire d’études André Serouille. Je n’ai jamais révisé, ni assemblé dans la cave d’Amygdale les 80 pages du 10e Fascicule du FAS. Je n’ai jamais acheté, ni vendu de produit dérivé du FAS. Je n’ai jamais passé quatorze heures dans un sous-sol d’église ni rencontré de sympathisants du FAS. Je n’ai jamais été coincée derrière une table minuscule avec d’autres activistes du FAS. Encourager le FAS et Expozine, c’est criminel et dangereux.

Bébé astronaute, [Manger pour «vivre»]

J’ai déjà raconté l’anecdote aux activistes présents lors de l’assemblage du 10e fascicule du FAS, spécial « zone oubliée » – presque déjà écoulé lors du dernier Expozine, soit dit en passant -  mais je vais quand même refaire ici, pour le grand bien de tous, le compte rendu de mes plus récentes découvertes sur ce doyen de nos canopées qu’est le ginkgo biloba.

Lors de l’une de mes habituelles promenades dominicales dans le Mile-End avec T*, en passant devant une école primaire – celle où Mjack avait pris un jour la photo d’une murale bigarrée à côté de la BD qu’il était en train de lire – je remarquai par terre, au pied d’un arbre, un fruit étrange que je n’avais jamais vu auparavant. Ayant l’aspect d’une petite prune, d’une jolie couleur rosâtre et légèrement translucide, ce fruit avait, ma foi, l’air franchement appétissant. Spontanément, j’eus même envie d’en faire des confitures.

En levant la tête pour voir de quel sorte d’arbre provenait ce mystérieux fruit, j’aperçus avec ravissement un grand ginkgo biloba, que je reconnus évidemment à ses feuilles bilobées. Je ramassai donc le fruit, me disant que je pourrais peut-être profiter plus tard des vertus thérapeutiques du ginkgo.

En revenant à la maison, j’ouvris illico mon ordi pour faire ma petite recherche sur Wikipédia. J’y appris d’abord que, non seulement le ginkgo biloba était la plus ancienne espèce d’arbre connue – nous étions au courant – mais qu’il était apparu sur terre il y a plus de 270 millions d’années. C’est peu dire : il existait déjà quarante millions d’années avant l’apparition des dinosaures ! Autre détail intéressant : cet arbre a démontré, aux lendemains d’Hiroshima, une résistance hors du commun à la pollution et à la radioactivité.

Mais j’appris une chose encore plus étonnante : le « fruit » que j’avais ramassé n’était pas un fruit proprement dit, mais un ovule. Je vous explique la différence par une citation de Wikipédia, mon vocabulaire scientifique restreint ne me permettant pas de l’exprimer dans mes propres mots : « Le ginkgo est un arbre dioïque, c’est-à-dire que chaque arbre est soit mâle soit femelle [tout comme le févier dont je vous ai déjà parlé]. Sa reproduction très primitive est une étape entre la reproduction des fougères et celle des conifères et plantes à fleurs. […] Chez [ces derniers], l’ovule est très petit et grossit une fois la plante fécondée en accumulant des réserves de nourriture pour le futur bébé (la graine). Chez le ginkgo, l’ovule est déjà plein de réserves nutritives même si celui-ci n’est pas fécondé et dans ce cas, elles auront été produites en pure perte. » On compare donc l’ovule du ginkgo à un oeuf de poule, qui ne donnera un poussin que si la poule a été fécondée par le coq mais qui, dans le cas contraire, aura été produit inutilement par la poule, au grand plaisir des cuisiniers.

Cependant, l’ovule du ginkgo a ceci de particulier que, malgré son apparence attirante, il est loin de faire les délices de l’humanité, puisqu’il est non seulement toxique – il contient de l’acide butanoïque – mais extrêmement répugnant à cause de sa forte odeur de vomissure. On dit d’ailleurs que la plupart des ginkgo plantés en ville sont des mâles pour éviter la production de ces graines nauséabondes.

Je ne pus évidemment m’empêcher de porter le « fruit » à mes narines pour vérifier la véracité de ces faits. Il me sembla en effet détecter un légère odeur aigre-douce émanant du « fruit », me rappelant vaguement l’odeur d’un bébé venant de régurgiter. Mais je ne pus résister à l’envie d’en savoir plus : je me rendis dans la cuisine et d’un vif coup de couteau, je tranchai la peau du fruit pour en humer la chair.

Ouaaache ! Une puanteur des pires lendemains de brosse envahit la pièce ; un mélange de bile et d’huile rance qui ne nous quitta plus qu’après avoir jeté l’ovule à bout de bras dans la ruelle et ventilé la cuisine tout le reste de l’après-midi à l’air froid de l’automne.

Inutile de préciser que je n’ai pas cherché à en savoir plus sur les vertus thérapeutiques du ginkgo biloba.

Amygdale, 16 novembre 2009 [Déprimer c'est ok]

Assis sur le rebord de mon lit, les mains devant le visage, je sanglote. Ma blessure est sans rémission, ma vie sans espoir, mon trouble sans accalmie. Ma plainte, si c’en est une, n’est perçue que de mon chat. Mes larmes ne mouillent que mes mains, cette lande stérile. Mes tremblements ne dissipent pas ma contrition; ma contrition ne jugule pas mes tremblements. Ma gorge est un noeud que je voudrais trancher d’un coup de dague. Je suis seul – ô combien triste et absolument seul – depuis des mois, des années, prisonnier d’un circuit dérisoire, passant par autant de tâches ingrates, saugrenues, inutiles. Je me bats, mais la lutte est vaine, je me rends et la guerre continue. Je suis tué et fragmenté. Je suis un gouffre de désespoir, un trou noir d’albédo zéro, et mon horizon est là où s’engouffrent les dernières lueurs.

La lumière est une onde
Comme ta chevelure blonde
Ou une particule
Comme tes yeux minuscules?

Las! Las! Las! Je ne me repais plus des lendemains qui chantent, car ils chantent tous faux! Tout m’est insupportable, abject, toxique. En un mot, c’est novembre.

Poule de luxe, 15 novembre 2009 [Bidons et autres contenants]

Dans mon souvenir, il y a cette fille en cinquième année du primaire qui a des débuts de seins et un chum plus jeune qu’elle qui se fourre la face dedans à toutes les récrés. Elle porte presque toujours un t-shirt du Club Optimiste (par-dessus ses leggings). L’autre jour, je trouve un macaron du Club Optimiste dans un bazar. Je l’achète pendant que le vendeur me mate les seins.
Chaque printemps, on fait une sortie classe au port de P*. On observe les bernaches revenir de leur voyage dans l’sud. C’est plate alors pour nous appâter, les profs nous promettent une tournée générale à la fromagerie tout près du port, spécialiste en matière de « la crotte ». On se bourre la face aux frais de l’école (On saura plus tard que ce fromage n’a que l’apparence d’une denrée de sous-catégorie, sans en avoir le prix). Chaque printemps, c’est toujours la même sortie. Aujourd’hui, quand je contemple une envolée de bernaches, j’ai l’impression de voir des crottes de fromage fendre le ciel.
Un gars dans ma classe s’appelle Bertrand, on l’appelle Bernache pour rire, à cause de l’observation des bernaches. Un jour, il me donne une liste de tous les jeux de mots possibles avec mon nom de famille. La liste tient sur cinq pages. Aujourd’hui, quand je veux me punir d’une bévue, je me traite en silence de MacPuce, Marc’anus MariusPupus, Marcrotte…
Par une journée d’hiver post pijama-party orange-crush-crottes-de-fromage (les chips), je me fais traîner par un bigot quasi-inconnu (le père d’une nouvelle copine) à ma première messe. C’est l’affolement total : retard sur les mouvements de la foule, lipsinc laborieux. Une file s’allonge devant l’autel pendant que l’orange crush s’affère à une transsubstantiation en sueur dans mon pijama. J’espère me sauver la face en tirant la langue comme une pro devant « Le Pape », me fiant sur mon une expérience significative en matière de théâtre interactif (j’avais marché dans du Jello les yeux bandés au C* N* des Arts). Le moment venu, le bigot responsable de toute l’affaire me remorque violement par la corde de mitaine. Devant un public anxieux, il prononce ma sentence: « T’as-tu fait ta première communion mademoiselle ?» Ce à quoi je tente un « euh… j’pense que oui » incriminant. Aujourd’hui, le théâtre interactif me fait chier.

Une photo volée sur http://www.fotolog.com/500m/7967649

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Notez, qui sort de la bouche du premier activiste, une langue en forme de bite.

Zepoulpe, 12 novembre 2009 [Bidons et autres contenants]

J’ai assisté à la lente translation de mon prof de bio depuis l’esprit scientifique vers l’homéopathie. Translation douloureuse qui remettait en question sa sanité, sa foi en les nombres et son amour des éléments nobles du tableau périodique. Devant les objections faites grâce aux principes qu’il nous avait lui-même inculqués un peu plus tôt dans l’année, il répondait toujours la même chose « oui, mais ça marche avec les vaches! »

Mon prof de physique se disait neuro-diabétique. Il se vantait de ne pas ressentir la douleur dans ses cuisses. Se servant du matériel fourni par l’école, il se brûlait souvent, au fond de la classe, pendant les périodes d’exercices, sous les regards admiratifs des garçons réunis en conclave pendant que les filles travaillaient sur l’examen prochain, avec des pinces de métal chauffées à blanc, jusqu’à ce qu’une légère fumée nauséabonde de chair grillée se répande de la pièce.

Ma professeure d’atelier, de violon, de chant et d’arts plastiques avait une 13e passion : l’astronomie. En 1986, lors de l’éclipse de soleil, elle me donna une vitre qui me permettrait de regarder l’éclipse et d’établir, dès mes 7 ans, ma réputation de geek. Pendant l’éclipse, un exhibitionniste pénétra dans notre classe de mathématique et, dans la pénombre, nous avons tous aperçu son machin avant que le prof lui foutte une astique de volée, toujours dans la pénombre.

En secondaire 4, le responsable de pastorale et les profs de religion venaient faire du maraudage dans les classes de morale, histoire qu’on s’incrive en religion en secondaire 5, dernière année avant l’apocalypse. On a sauté sur l’occasion et on a profité de la crédulité de ces gens pour leur proposer un deal : on se met à cinq personnes, on est libéré de tous nos cours de religion pendant l’année et on vous fait une belle grosse recherche sur les cinq grandes religions (C*, J*, B*, I* et H*). On a donc eu tous nos cours libres où on allait fumer des joints dans les cubicules du département de musique et on a pondu un beau travail qui nous a pris une fin de semaine à faire. Je n’ai jamais cru en dieu, mais c’est à ce moment-là que j’en ai été le plus proche.

Un jour, un chien m’a jappé dessus et pendant 5 ans, j’ai fait le tour par une autre rue pour l’éviter même si on m’avait dit qu’il était mort.

Un jour, à onze ans, j’ai gagné tout seul à le revanche, mais en fait, j’avais perdu. J’ai pris ma revanche.

Quand j’avais neuf ans, je pensais que j’étais sourd. J’ai dit à mes parents que j’étais sourd et, devant le médecin, j’ai répété que j’étais sourd. Le pédiatre (un certain Dr P*), m’a regardé dans les yeux et m’a crié dans les oreilles que je n’étais pas sourd pentoute.

En secondaire 1, mon prof d’écologie refusait que les étudiants portent des vêtements roses. Si tu portais du rose, tu étais immédiatement exclus de la classe, sans possibilité d’appel. Un jour, on s’est organisés et les 36 étudiants, on portait un kangourou rose. Il avait fait la classe pareil. Plus tard, après le cours, alors qu’il refermait la porte de la classe en la prenant par la penture, quelqu’un (K*L* pour ne pas le nommer) la claqua violemment et le doigt du prof tomba, sectionné. Je l’ai revu 12 ans plus tard, il était aumonier à l’hôpital M*R*. Il m’a reconnu et a fui avec ses neuf doigts parce qu’une rumeur avait circulé comme quoi c’était moi qui avait claqué la porte.

Mon prof de chimie détenait un post-doctorat et chime nucléaire et travaillait part-time à Gentilly. Le problème, c’est qu’il était aussi atteint d’une terrible maladie de peau qui allait, on trouvait, toujours en s’empirant. 2+2 = 4.

Je ne suis jamais allé à mon party de retrouvailles parce que j’ai toujours pensé que quelques mois, c’est trop peu pour mettre de l’ordre dans ta vie.

FAS vaincra !

Amygdale, 11 novembre 2009 [Bidons et autres contenants]

Notre tout dernier Fascicule du FAS, 10e de sa lignée. Nouveau look, nouvelle formule, même combat pour un quotidien délirant!Couverture10

Robodrigue, 10 novembre 2009 [Bidons et autres contenants]

…à la vue de toutes mes fautes d’orthographe et grammaire, mais je m’en sens jamais la force de les corriger.

Robodrigue, 9 novembre 2009 [Actions stupides, FAS - Rencontres, Pratique]

Il y a de ça deux mois, me semble-t-il, Joseph nous initiait à une littérature de pacotille qui invitait les hommes à devenir des mâles dominants et par là même conquérir une vingtaine de connes par mois (chiffres à l’appui). Sa technique était assez simple: ne se préoccuper que de soi, mépriser les autres et ne leur donner de l’attention que lorsque notre mépris les a réduit à la honte d’eux-même. Sa prescription contenait des trucs aussi caves que rouler les épaules lors de nos déplacements sur la rue, se concentrer sur le rack des filles lorsqu’elles nous emmerdent, porter des vêtements avec des couleurs agencées et surtout ne jamais entrer en communication avec qui que ce soit.

Salivant à l’idée de conquérir 20 connes par mois, j’écoutai l’Oussama en moi et me lançai dans l’aventure.

Après quelques essais, je me dis que j’étais peut-être déjà un mâle dominant, selon les standards de l’écrivain, parce qu’il semble que toutes ses prescriptions étaient déjà pas mal en place dans ma vie, et cela depuis des années, ce qui explique sûrement l’absence quasi totale de femmes dans mon entourage; donc accentuer mes travers de gros chien sale n’a eu que pour effet de chasser le peu de femmes qui acceptaient encore de me cotoyer.

J’ai abandonné l’alpha mâle pour l’oméga mâle; je me fais pas mal plus de fun en général.

Bébé astronaute, [Cool is Class War, Théorie]

À l’âge de sept ans, ma maîtresse d’école et ma classe au complet se ligua pour me convaincre que Dieu existait et que je devais être accompagnée pendant un an par un animateur de pastorale pour me préparer au baptême, puis aux autres sacrements que je pourrais recevoir en même temps que tout le monde. Ce que je fis sans la moindre objection de la part de mes parents.

À huit ans, mon optométriste convainquit mes parents que je souffrais d’astigmatisme en plus d’un début de myopie. Huit ans plus tard, ce verdict s’avérait faux mais ma vision était réduite à une peau de chagrin.

Le dentiste dit à mes parents que je devrais porter des broches car mes dents allaient être horriblement croches et que j’allais souffrir de l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.

Le médecin dit à mes parents que je devrais me faire recoller les oreilles si je ne voulais pas souffrir de l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.

Mon père m’emmena voir un médecin parce que j’avais les jambes croches et six étudiants universitaires vinrent confirmer le verdict. Seule une opération chirurgicale complexe parviendrait à régler ce problème esthétique qui sûrement allait m’attirer l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.

La mère d’une amie m’accusa d’avoir entraîné sa fille à fumer de la marijuana alors que celle-ci faisait de l’acide depuis l’âge de 11 ans, encouragée par ses deux cousins. La mère de cette même amie crut que la forcer à se débarrasser de tous ses effets personnels et regarnir sa chambre avec un mobilier et des décorations Ikéa exclusivement en noir et blanc – incluant un petit pierrot pleurant – était une bonne idée pour la remettre dans le droit chemin. L’amie en question n’en fit pas de cas.

Une fois par mois, pendant une semaine, une fille nous demandait à chaque récréation de vérifier si elle avait une tache rouge dans le cul.

Je compris que je n’avais rien à foutre de l’ostracisme de mes pairs et niai l’existence de Dieu.

Mon professeur de mathématiques fit allusion devant toute la classe à un film de cul célèbre qui portait comme titre mon prénom.

Mon professeur d’histoire déclara que la vie était comme un sandwich à la marde – plus tu vieillis, moins qu’il y a de pain. Il m’apprit également les trois caractéristiques du nazisme, que jamais je n’oubliai : négation de l’individu, culte de chef, exaltation de l’irrationnel.

Je décidai que mes pairs manquaient totalement d’intérêt et me trouvai des amis plus intéressants avec lesquels, des années plus tard, je militerais pour un quotidien délirant.

Je refusai d’aller à mon bal de finissants. Je ne suis jamais allée à mon party de retrouvailles.