Le FAS est une entité polymorphe et polycéphale. Tous peuvent s’en réclamer et fonder une cellule d’action. Les sympathisants du FAS écrivent des textes répondant aux contraintes définies par des catégories. Ils sont d’abord publiés sur leur site, puis certains sont réunis dans des fanzines ou dans des livres. Communiquez avec l’agitateur afin de vous joindre à notre lutte pour un quotidien délirant:
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FAS vaincra!
Ce samedi aura lieu la seconde édition de BANG! ZINE à Québec. Le FAS y sera pour y vaincre, que ce soit en y essaimant sa propagande sauvage, ou en éliminant toute compétition lors du tournoi de poche (POW! Poches) qui suivra l’événement. Déprimer, oui, mais avec discernement.

Je sais pas pour vous, mais moi j’ai toujours l’impression, et c’est peut-être un peu de la paranoïa, d’avoir l’air suspect quand je suis surpris à «rien faire» au beau milieu de nul part par des passants. «Non, non, M. l’Inconnu, j’suis pas en train de préparer méthodiquement votre meurtre» que j’ai toujours envie de leur dire. Louche aussi sans doute en partie parce que le «riencrisseur» ou le méditant (c’est selon) est suspect aux yeux d’un monde jeté à corps perdu dans une activité sans fin : «been there, done that» ou plutôt «going there, doing that». Je ne suis pas un vrai fumeur, mais j’apprécie cependant l’alibi que me procure la clope pour chiller, exemple, sur un rail de chemin de fer. En tout cas, je lance ça de même, sans autre analyse.
Cet après-midi, j’ai décidé de profiter du temps de récoltes qui commence pour faire une batche de ma fameuse salsa. Plus tard, devant mon ordi, ayant oublié que j’avais manipulé force piments forts, j’ai eu la bonne idée d’essayer de me gratter le fond du conduit auditif. Faque là, j’ai les les oreilles qui chauffent en esti.
À mon maître Amygdale, cela va comme suit…
Tu vas vers le boulot
Quand j’embrasse le goulot
Quand tu prends le métro
Moi, je prends l’apéro
Maintenant, j’aime ce qui est agréable.
Avant, plus jeune, je détestais l’agréable et vénérait l’inconfort. Je choisissais toujours le moins bon choix à la cafétéria, le pire emplacement au camping (celui sur le bord des containers ou des Ontariens), les gens les plus tarés et désagréables comme amis, les lectures les plus ardues, les cours les plus impopulaires, les filles les plus grosses, les sentiers les moins battus. Comme si j’avais peur d’être pris pour un lâche. Comme si je croyais qu’on allait me juger sévèrement si je posais mon cul sur des coussins plutôt que sur un lit de clous acérés par quelque vieil homme participant à un programme de réinsertion sadique. J’avais moi-même peu de respect pour ceux qui se complaisaient dans la facilité, ceux qui avaient l’air climatisé ou des bancs en cuir, ceux qui avaient des femmes de ménage (pluriel), des râpes à fromage électriques et une télé dans la salle de bains, ceux qui se vantaient d’avoir une option politique et une paire de patins de rechange. Ceux que j’appelais, à la cantonade – comme un rugissant écho de l’air du temps – les Petits-Bourgeois.
Et puis, sans nécessairement m’assagir (je n’ai jamais vraiment pas été sage), j’ai comme intériorisé ma colère juvénile et décidé que des coussins et un lave-vaisselle n’étaient somme toute pas logiquement incompatibles avec l’enragement. Qu’on me juge sur mes choix.
C’est sur ce chemin que j’ai découvert l’agréable et en particulier ce moment que je me paye, soir après soir, qui consiste à m’asseoir sur mon balcon (lequel fait face à l’ouest-nord-ouest), vers 17h, pour y lire quelques pages d’un excellent bouquin que je fais semblant de lire, une bière ou un verre de lait à la main, en regardant le soleil estival terminer sa course derrière l’église Saint-Esprit (Masson et 5e). Cheesy, je sais. Mais c’est rudement bon pour le tan et parfait contre le suicide.
Aussi, mon agrément s’en est-il ressenti l’autre jour, lorsque, prenant place sur ma chaise face au soleil couchant, j’entendis force bourdonnement et vis, à 2 m de moi, un essaim de guêpes comportant à vue de nez une quarantaine d’individuses. Elles tournaient autour de mon BBQ, entrant et sortant par les interstices et maintenant que j’étais là, elles s’intéressaient désormais à moi comme une prof de première année s’intéresse à ce monsieur qui flash sa graine à travers la clôture de la cour de récré.
Qu’on me permette de digresser. Il faut comprendre que, plus jeune – pendant cette phase de recherche d’inconfort décrite plus haut – j’avais l’habitude de « tester », souvent à l’aide d’un bâton que je croyais assez long, le comportement des guêpes lorsqu’il m’arrivait de croiser un nid. Cet élan scientifique a abruptement pris fin lorsqu’un jour, je devais avoir 8 ou 9 ans, les guêpes se sont décidées à me montrer qu’un million d’années d’évolution, ça fait du venin très efficace, surtout lorsque la piqûre est en réalité quinze piqûres. Pas de sommeil pendant 2 jours à cause de la douleur. De cet épisode est née, non pas une phobie des guêpes, mais disons une conscience accrue de leur pouvoir de persuasion.
Aussi, laissant rapidement tomber mon plan bière/lecture/vitamine D, je me décidai à entrer dans la maison par la porte la plus proche. Déjà trois guêpes avaient réussi à se faufiler avec moi et l’une réfléchissait à l’existence posée sur ma main. En analysant la situation froidement, je me dis ceci : ok, elles sont plus nombreuses et ont bénéficié de l’effet de surprise; par contre, elles sont regroupées dans un BBQ, ce qui, de mémoire de guêpe, n’a jamais été autre chose qu’une lose-lose situation.
Ça va chauffer pour vous, mes jolies. Un problème se posait en outre : la bombonne de propane se trouvait de l’autre côté du BBQ, opposé à la porte et l’allumeur, comme tout allumeur qui se respecte, ne marchait plus. Il fallait donc que je passe devant le BBQ, ouvre le gaz, ouvre le couvercle, craque une alumette, la jette dans le BBQ et re-rentre dans la maison pour me protéger. Tout cela sans attirer l’attention de ces insectes charognards.
Que faire? Les distraire en siflottant « Ne me pique pas » ? Regarder ailleurs comme si de rien n’était? Utiliser un stunt-double? Finalement, je décidai de me vêtir adéquatement de vêtements longs : des pantalons d’entraînement bien calés dans mes bas rouges, des gants de construction sous mes manches longues, mon hoody mauve, un cache-cou, mes goggles de ski et mes bottes hautes (celles qui me donnent l’air d’une poutre).
J’ai fait un pas à l’extérieur, armé d’une boîte d’alumettes et les guêpes ont tout de suite chargé. C’est lettes des guêpes, il faut se le dire. Elles volent tout croches, font un bruit de marde et sentent mauvais. Elles sont comme l’homme saoûl de la famille des insectes (non, je ne sais pas si les insectes sont à proprement parler une « famille », mais please wikifuck-off!).
Elles me bourdonnaient dessus et une a même failli entrer dans mon cache-cou, la vlimeuse. Mais vaille que vaille, je me suis approché, j’ai ouvert le couvercle – wow, il y en avait plein là-dedans, grouillantes et surprises – et j’ai parti le gaz. Sérieusement, je ne savais pas que les guêpes n’aimaient pas le propane à ce point-là. J’aime bien ça le propane moi. Du moins en petite quantité. Pour une occasion spéciale. Mettons un party à Iqaluit. Mais les guêpes, ça ne leur plaisait visiblement pas puisqu’elles ont comme qui dirait décalissé en rangs serrés, frôlant mon visage et fonçant dans mes goggles. J’ai parti le feu et j’ai burné les retardataires, au grand plaisir de mon sadique intérieur (celui qui deviendra un vieux monsieur qui aiguise des clous, pour ceux qui suivent).
Sur ce, ça sonne à la porte. Purolator, je vois son truck brun du balcon. Je me dis que ça serait drôle d’aller répondre habillé comme ça, genre extra-terrestre ne comprenant pas les saisons ni les sports sur Terre. J’ouvre la porte et, c’est pas le monsieur de Purolator, c’est mon voisin d’en bas qui me regarde avec un drôle d’air et l’oeil droit tout enflé.
« T’as-tu des guêpes chez vous? »
Pas fort sur l’observation le voisin.
« Non-non, je m’en allais m’entraîner… » répondis-je en remettant mes goggles.
17/12 > Nous voici à quelques lieues de Yakutsk, prisonniers d’un jour blanc qui dure depuis plusieurs heures. Sans doute avaient-ils torts, ceux qui niaient l’existence du corps. S’ils niaient une chose telle que cette main, assurément ils ignoraient qu’il peut se trouver un état de chose derrière la porte d’un congélateur, et que cette chose peut vivoter momentanément. Pourtant, aujourd’hui, je serais tenté de leur donner raison. Car qu’est-ce qu’une main comme ma main, bleue, roide, inepte? Une main qui passe son temps sous une aisselle n’est pas une main.
- Дай мне банку, пожалуйста. Я проголодался.
Je passe la boîte de Zepoulpe à Dmitri, qu’il ouvre à l’aide de son couteau de poche. Le contenu en est cryogénisé. Par chance, nous avons réussi à réchapper un Hibachi et une bouteille de butane de l’écrasement de notre Antonov. Grâce aux parois de neige érigées autour de notre camp de fortune, il arrive à produire une flamme suffisamment persuasive pour cuire des aliments. Je doute cependant que nous puissions tenir plus de deux jours dans ces conditions.
Dmitri engloutit la dernière tentacule embrochée à la pointe de sa lame. Son regard est livide, ses gestes sont ceux d’un animal à sang froid, lents, économes. Il porte à sa bouche un peu de neige, qu’il fait fondre lentement, puis, après gargarisme, il aspire l’eau en pinçant les joues. Cette tempête pourrait durer plusieurs jours. Je prends quelques instants pour prendre conscience du fait que mon collègue m’est inconnu. Certes, nous avons fait une partie de l’entraînement ensemble, mais, somme toute, tout ce que je sais à son sujet, c’est qu’il a une étrange difformité au visage, qu’il est originaire de T* et qu’il joue gardien de but au foot. Or, il me semble que quelque chose a changé dans sa physionomie, dans sa posture. Le dos courbé, il a périodiquement de ces étranges spasmes qui lui font arquer les épaules, accompagnés de pincements des lèvres. J’ai l’étrange sentiment qu’il va se transformer en gallinacée. Soudain, son pied botte la truelle, qui s’en va virevolter contre mon rücksack, tandis que lui se projette contre la paroi du campement, haletant, poussant d’étranges gémissements. Me voilà pris de stupeur, seul avec lui dans cet espace confiné qui pourrait être un module spatial.
- Que se passe-t-il, Dmitri?
Aucune réponse. Il a le souffle court et des plaques rouges sur le visage. Ce doit être le mal cosmique. Il tend le bras dans ma direction, ou plutôt vers l’ouverture de l’abri.
- т… т… тигр! ТИГР!!!
Je me retourne et j’aperçois un superbe spécimen de tigre de Sibérie à deux pas du campement. Que fait-il là, perdu en plein blizzard? Je n’ai pas le temps de me poser cette question idiote que déjà, la conserve de Zepoulpe voltige dans sa direction. Voyant que le félidé s’y intéresse, Dmitri en profite pour prendre la poudre d’escampette. Mieux vaut affronter une mort certaine par le froid qu’une mort certaine entre les crocs d’un fauve. Je cours, cours, cours. J’entends le bruit du souffle et des pas de Dmitri se faire de plus en plus sourd, lointain…
***
Mars, on y va pour ses paysages cyclopéens, on y reste pour ses microorganismes. Mais les stations spatiales, qu’ont-elles de si intéressant? Cela représente un travail d’entretient continuel; toujours des boulons à resserrer, des modules à ajouter, quand ce n’est pas l’habituel protocole de manipulations d’enzymes. Et je suis là en train de ressouder cette cellule photovoltaïque, mais était-ce bien cela que j’étais venu faire? Quelle était le but de cette sortie, déjà? Quel était la mission de ce vol, au juste? Où sont mes camarades? Partis: la navette a disparu. Alors, lentement, je me détache de la station. Je dérive en tournoyant dans l’espace, sans but. La station n’est rapidement plus qu’on objet distant très brillant. Je sens que je prends de la vitesse; le vertige m’envahit jusque dans les artères. Ma combinaison se réchauffe, elle s’embrunit. Mes gants prennent feu: j’entre dans l’atmosphère terrestre. Je peux voir les flammes m’envelopper tandis que dans la combinaison, je suffoque. Je n’en ai plus que pour quelques secondes à vivre avant de me désintégrer dans l’atmosphère. La chaleur monte, monte…
- Он просыпается.
Autour de moi, des ambulanciers s’affairent. J’entends le ronronnement des hélices de l’hélicoptère médical. Je parviens tant bien que mal à sortir mon bras de la couverture thermique dont on m’a emmitouflé. Je respire enfin.
- А где Дмитрий?
Aucune réponse.
Tout commence et fini par la bicycletterie B* B*. Accompagné de G*, je devais acheter une nouvelle trippe pour mon pneu arrière qui a dû éclater dans une histoire de brosse où il y avait beaucoup trop de monde sur un seul vélo. À première vue la boutique a l’air fermée – prévisible vu le quartier et le dimanche 4pm que nous étions. Un client qui arrive presque en même temps que nous décide de s’essayer et ouvrir la porte – comme on le fait tous quand on ne peut dont pas croire que le magasin est déjà fermé – et – comme vous vous y attendez peut-être – la porte s’ouvrît comme une porte déverrouillée ( c’est à dire ; elle s’ouvrît ). Les regards suspicieux s’échangent, un « vous êtes tous témoins de ce qui suit » circule en silence et en moins d’un octbl’ l’autre client, G* et moi pénétrions dans le mystère. Les « he- ooo », » ooo- he » ainsi que le produits des « allos? » et « yo?! » étaient nuls. Personne. Les lumières fermées, pas de traces d’effractions, pas de message d’absence.
J’aime déjà ça.
D’autres clients arrivent, les points d’interrogations se décuplent. G* et moi inspectons les environs, à l’aide de ma frontale – ai toujours une frontale – je scrute tous les coins sombres de l’entrepôt et du sous-sol à la recherche d’un cadavre ou pire encore. L’endroit est désert, pas de sang, pas de morts, rien. G* trouve un carnet d’adresses sur le bureau, il contient pleins de noms avec des numéros de téléphone sans aucune indication pratique comme « liste des employés et responsables de la boutique » ou encore « facturation St-H* BBQ ». Voyant la situation tourner en rond, les autres clients, ennuyés, décident de s’esquiver et faire mieux de leur temps. Prout. G* guette les vélos rutilants, bien huilés et sans défenses qui gisent dans la pièce. Les cadenas imprenables, les sièges tous plus confortables les uns que les nôtres, les casques, les garde-boues et les rayons nouveau genre, juste nous et eux. Ce qu’il reste a faire, s’inventer une vie ou déchiffrer le code secret du carnet d’adresses. Après équations et délibérations sur les noms et numéros du carnet, j’appelle G* M*-B* 514-***-****; la dame qui répond ne veut rien me dire, vu les questions que je lui pose, elle se méfie (avec raison). Tant pis : B* D*, 514-***-****
«
- oui heu, B* s’il vous plait.
- heu, c’est moi ?
- salut, ici la bicycletterie B* B*, connaîtrais-tu ça toi du monde qui travaillent chez nous ? »
Hey, Robodrigue, pour en manger des filles en danse, t’as pensé à prendre des cours de ballet jaws?
» Mieux vaut plaisanter que mordre ses amis. »
J.Coenen-Huther
«Celui qui offre des sacrifices à d’autres dieux qu’à l’Éternel seul sera voué à l’extermination». Exode 22 : 20
Avez-vous remarqué que nos braves militants du FAS ont tendance à se liquéfier pendant l’été? Certains vont jusqu’à parler de «déprime» (hihihi-hahaha-hohoho!) Rassurez-vous chers lecteurs, il n’en est rien. En fait, j’irais jusqu’à dire que les membres en règle sont alors au zénith de leur forme. Je m’explique.
Alors que j’en étais encore à mes premiers balbutiements sur le FAS, j’avais osé écrire un article dans lequel j’avais qualifié mon quotidien délirant de «gothique». N’en déplaise à Bosch, je doute que le délire fascien ait quoi que ce soit à voir avec l’angoisse de la damnation : après tout, FAS vaincra! Non, s’y j’avais à associer notre style de vie à une culture, ce serait peut-être quelque chose comme l’esprit juif. Enfin, celui que Dostoïevski décrit dans ses fameux Carnets de la maison morte. Peut-être vous souvenez-vous (ou pas, peu importe) de cette scène où un prisonnier juif célébrant le shabbat «feint» la tristesse la plus poignante en récitant les prières coutumières pour subitement, l’instant suivant, éclater de la joie la plus exalté qui soit. Eh bien! Je crois que cette scène dépeint assez bien l’âme fascienne.
Le FAS bipolaire? C’est une interprétation plausible. Pour ma part, j’y vois une nouvelle esthétique, une forme d’exotisme intérieur.
Dommage qu’on ne s’intéresse pas vraiment à l’histoire du FAS. On saurait alors que le FAS est né spontanément lorsque, simultanément et à plusieurs endroits sur Terre : un individu louche pataugeant d’in trou d’bouette aperçu la lumière; un halluciné pris la décision d’être communiste pendant une journée ; un groupuscule terré dans un repère-labyrinthe et propulsé par l’alcool cheap décida de se dévoiler au grand jour afin de militer pour le retour du train dans une banlieue; le zepoulpe remplaça subrepticement les cadavres de nos aînés comme ingrédient de base du pablum. Qu’ont en commun tous ces événements sans lien apparent? Je dirais la déchéance achevée, la prophétie de la victoire finale et la totale acceptation de sa vanité. L’essence du FAS quoi!
Mais la chair est faible. Elle tend à succomber paresseusement au désespoir, elle se tourne alors vers de fausses idoles : «vérité», vie de famille, vidanges, V… C’est au plus sombre moment de son insigne existence, lorsque l’homo fascius croit n’être plus qu’une coquille vide que se manifeste en lui avec l’attirance d’un veau d’word qu’on embroche (veau d’or… non ? ah bon…) ce cri de pirate : FAS vaincra!
Alors pleurez mes amis, pleurez! Je sais que vous sentez alors plus que jamais cet appel qui tonne au fond de votre cœur, ce tropisme intérieur qui vous propulse vers les continents inexplorés. Pleurez, car je vous sais en train de vaincre…
Je suis à la maison à m’ennuyer de mon amoureuse qui est partie dans le nord avec son fils, faire une visite à ses amies d’adolescence. J’ai passé toute la journée à faire des commissions en beaucoup plus de temps que prévu. Je devais commencer à sérigraphier ce soir, on aura finalement le papier que demain. J’aurais pu sérigraphier des acétates pour les nombreux spectacles que nous ferons à l’automne. Ou faire un n-ième design de tshirt qui sera refusé par un collaborateur un peu trop client à mon goût.
Je suis resté chez moi à lire un livre bizarre en buvant des bières.
Je me rappelle avoir lu et beaucoup aimé malgré moi un autre livre de cet auteur: La maladie de Sachs. Comme je suis un sucker pour la pop de filles, je suis un sucker pour les autofictions sentimentalo-édifiantes écrites par des auteurs en quête d’universel. Ce livre que je lit me rappelle beaucoup le FAS. rédigé en feuilletons, sur internet, chaque récit de quelques pages se conclut par une série d’hyperliens que l’auteur tisse à l’interne entre ses souvenirs. Comme dans un Cool is class war, il tente de tirer de souvenir de sa vie une espèce de morale dans laquelle on se reconnaitrait. En moins Cool et en moins Class war, parce que l’auteur est écrivain-médecin, juif non pratiquant, rural et français, dont les crises d’adolescence se sont résolues par un mythologique échange scolaire d’un an avec un high school des États (unis). Rien à voir avec un adulescent qui émerge tant bien que mal de son rôle d’ado attardé et désabusé en faisant tant bien que mal une maîtrise en arts visuels, où il se fait somme toute dire: tu es un visionnaire, mais il faudrait que tu travailles à la hauteur de tes visions. Son blogue montre sa photo. Il a les cheveux en brosse et des lunettes rondes.
C’est ce que j’aime finalement de l’autofiction, comme des romans policiers. Leur médiocrité sous-jacente me touche. Parce que les visions, ça épuise. Elles arrêtent pas de venir et l’énergie pour les réaliser arrête pas de faire défaut.
Amygdale m’écrit pour me dire que la presse offset en carton sera jetée, qu’elle ne représente rien d’autre qu’un nicque à feu. Dommage. J’aime le FAS, mais seulement quand je déprime. À part ça, malgré toutes les visions créatives qu’il me procure, j’ai peine à y consacre plus de temps qu’il en est nécessaire, c’est à dire un minimum.mais nous vaincrons, malgré tout. Vivre c’est vaincre et je ne pense pas que je vais mourir un jour.
À cheval sur ma bécane, je dévale à toute allure la côte Berri (je roule si vite que le ciel devient rouge). J’attache mon véhicule au premier poteau d’acier venu, je passe ma main sur mon front pour en retirer la sueur et je m’engouffre dans la station d’autobus voyageur, juste à temps pour attraper Poule de luxe et Fonny Gozier qui s’apprêtent à partir mourir ailleurs au Canada. Ils me filent les clefs de leur appartement, tout juste acquis à Saint-Henri, m’embrassent chaleureusement (leur amitié m’émeut – je suis un tendre) et disparaissent valise en main dans leur autobus. J’ajoute leurs clefs à mon trousseau, puis je repars sur ma bécane.
Le soleil me brûle le crâne. Des auréoles de sueur grandissent sous mes bras. Je remonte la ville. Bientôt, j’arrive chez T* et Bébé Astronaute dans la Petite Patrie. Je sors mon trousseau de clefs et j’ouvre leur porte. Par terre dans leur salon, mon sac de couchage déroulé et quelques effets personnels. Je récupère le tout. Bébé revient le jour même (de mourir ailleurs au Canada) et je veux lui laisser son appartement et les bras musclés de T*. Je repars.
Je roule encore. J’arrive chez moi, dans Villeray, ou du moins dans ce qu’il y a peu était encore vraiment chez moi. Je sors mon trousseau de clefs. J’ouvre la porte. J’ai l’impression de marcher dans un appartement fantôme, dans un lieu du passé, où tous les signes de ce que j’ai pu être, jour après jour, me semblent de plus en plus abstraits – c’est bien là que je dormais, toujours avec la même personne, toutes les nuits ? Je ne suis plus sûr de savoir ce qui m’attachait tant à cette personne et à ce lieu, ça me dégoûte et la nausée me monte à la gorge. Je retire mon t-shirt humide, me passe une serviette sur le corps, enfile un autre t-shirt, récupère quelques effets personnels et m’apprête à repartir lorsque – soudain – j’entre dans mon bureau, prends un gros crayon feutre vert fluo et cours dans la chambre y dessiner sur le mur une gigantesque hermine (ou une belette, ou je ne sais quel autre mustélidé) à la bouche baveuse, et je repars.
Quelques minutes plus tard, toujours dans Villeray, j’ouvre la porte de B*, qui m’a refilé ses clefs le matin même, avant de partir chanter du côté de Tadoussac au milieu des carcasses de baleines en putréfaction (est-ce cela, mourir au Canada ?). Je m’assois derrière le bureau de sa chambre, face à sa fenêtre ouverte. Dans ma poche, mon trousseau de clefs pèse lourd. Je me dis qu’aucune porte ne peut me résister, mais j’ai vraiment l’impression d’être nulle part. Est-ce ça, le nouvel exotisme ? J’habite un territoire trouble. Je me perds dans ma cartographie subjective, allant dans toutes les directions à la fois. Demain, je ne sais pas, j’irai peut-être à Saint-Henri. J’ouvrirai les portes de l’appartement de Fonny et Poule. Ils viennent tout juste d’y arriver. Leurs boîtes ne sont pas même ouvertes. C’est un espace en transition, aux frontières poreuses – l’occasion de se laisser couler vers l’ailleurs ? Je crois que je me coucherai en boule dans un coin et que lentement, je me liquéfierai.
c’est un dimanche pour relire les fascicules du fas, c’est pas long parce c’est bon… après lecture, je constate que ces temps ci c’est pas mal plate sur le fas : il nous manque les triviales poésies d’Amygdale. Mysterious devrait partir plus souvent en voyage pour vivre de nouvelles aventures dans les bains. depuis que Mjack est en couple, on a des moins bons cool is class war… mes textes, eux, sont toujours aussi boiteux, mais ce qui a changé, la Poufiasse est plus là pour me pimper… c’était souvent la seule qui comprenait mes textes Freudien et sphincter… Zepoulpe aussi a crissé son camp, peut-être avec Poufiasse… je pense que ce serait possible. en tout cas, il aurait assez de tentacules pour la faire jouir. Coco Acto a jamais rien à écrire, il dit qu’il a pas d’idées… moi non plus j’ai pas d’idées, mais je m’empêche pas d’écrire pour autant… hé hé hé…
je tourne subitement le coin de la rue, sur mon supra bolide, le maillot de bain encore humide, collé à la peau, emmitouflé, vaguement, dans un pardessus qui s’attache devant, il donne un air décent à l’entre-jambe. je pédale bien relaxe, j’arrive sur le coin d’Everett, ce coin miteux près de la plaza haute, près de ce bouiboui de musique du monde où on sert n’importe quoi à n’importe qui. un presque gang bang de crétins -et pédés par dessus le marché- me lorgnent du coin de l’œil… ce qui n’arrange rien, ils sont Mexicains. ça, ça veut dire que la sauce piquante leur dégouline sur le menton en permanence, qu’ils ont des yeux brûlés par le désir et une espèce de moustache perverse… z’avez jamais vu un type sortir de la piscine et se promener à bécane ?! de parfaits imbéciles, en gougounes, en plus… je sais que c’est bien connu, mais tu peux juste pas être crédible en gougounes et avec une moustache…
juste avant, le gamin qui a vomi dans la piscine, hier, il était encore là ce matin… coudonc criss… c’est dégueulasse, ils le font exprès, il va pas s’y remettre… par cette chaleur, le vomis et les mexicains, c’est trop de saveurs… j’ai entendu le père dans le vestiaire, il disait à qui voulait l’entendre que son fiston devait pas rester traumatisé, que dans ce temps là il faut vite remonter… il voulait surtout se justifier d’avoir ramené le gamin alors qu’on a vidé des tonnes de litres d’eau infestés de vomi, hier, par sa faute. j’adore certains enfants, mais pas quand ils vomissent dans l’eau de piscine, un jour de canicule… « mon fiston doit pas rester traumatisé, dans ce temps là il faut vite remonter »… remonter ? ah plonger, tu veux dire, innocent…
moi remonter, moi oui j’ai remonté. me suis remis à la bécane, il y a quelques jours à peine. toute ma vie j’avais chevauché la ville de briques rouges, tel un bachibouzouk… je roulais dans toutes les directions, parfois à contre courant, walk-man sur une oreille, je dévalais les pentes, je montais péniblement la Sherbrooke, la côte Ste-Catherine… j’étais passablement cool sur ma bécane. j’emmerdais personne. j’étais chic sur la route. souple et rapide. j’ai tout de même eu le gros crash : un nid de poule gargantuesque, mauditement bien caché dans l’ombre d’une rue sombre… a toute vitesse, une main en moins sur le guidon -j’étais à 2 secondes de mon ancien logis- ni vu ni connu, j’ai bumpé dedans. au dernier moment j’ai eu juste le temps de penser « tu vas avoir mal »… le vélo de montagne aplati comme une galette, les minutes dans le flou, une dame en voiture qui s’arrête et vient me demander si ça va, si j’ai besoin d’aide pour m’enlever du chemin car elle peut plus circuler… ça va pauvre cloche, je me lève… c’était la nuit, on voyait rien ou presque. pendant des semaines, les bleus sur tout le corps… on me disait que j’étais Pretty sexy. «Joseph, mmm… tu es pretty sexy avec tes bleus»… ce doit encore être cette bonne vieille fascination chrétienne pour le pathétique, le meurtri… bref, j’étais pretty sexy avec mes bleus. tellement que 5 ans plus tard j’avais toujours pas remonté…. maintenant ça y est. me suis dit, y’a rien de plus con que de ne plus faire de bécane sous prétexte que la bécane peut être dangereuse. qu’est-ce qu’une vie sans le moindre risque ? alors j’ai toléré la petite vomissure latente qui pataugeais dans l’eau, de l’autre côté de la cloison où je faisais mon crawl… Il a vomi hier, maintenant il replonge… wow, c’est une analogie de situation particulièrement savoureuse… vous admettrez.
je vais tenter de me trouver une combinaison de plongeur, ainsi en sortant de la piscine, en maillot de bain, sur ma bécane, par une chaleur torride, l’uniforme humide et collant encore sur le corps, m’offrant un peu de fraicheur quand je pédale, aucune bande de parfaits imbéciles -pédés et Mexicains- ne pourra commencer à me lorgner l’entre-jambe, sous prétexte que c’est humide ou que ça coule… il y avait semblait-il une blague là-dessous, un jeux de mot, quelque chose… ark… âhh les pd mexicains…
Je vous ai déjà parlé des étoiles de Babel, mon projet de combinaisons de matrices en linogravure. Si je suis à Toronto en ce moment, c’est que je suis invitée comme artiste en résidence ici à Open Studio pour réaliser ce projet au moyen d’une presse Vandercook. Aujourd’hui récupérée par les artistes, cette presse typographique était jadis utilisée de façon industrielle pour l’impression des livres. Les typographes y assemblaient un à un les caractères typographiques de plomb pour composer chacune des pages des livres qui allaient ensuite être imprimés, colligés, reliés, puis distribués de par le monde. L’avantage de la presse Vandercook, contrairement à la plupart des presses manuelles que l’on retrouve de nos jours dans les ateliers d’estampe, c’est que son fonctionnement est partiellement mécanisé.
Pour imprimer manuellement, un rouleau est passé plusieurs fois sur une surface plane afin d’y répartir l’encre uniformément et en quantité appropriée. On encre ensuite les matrices en passant le rouleau pour y transférer l’encre. Puis on place la matrice sur la presse et on y positionne le papier au bon endroit à l’aide de marques de repérage. Ce processus est répété consciencieusement pour chaque épreuve de l’édition.
L’avantage de la presse Vandercook, c’est que l’encrage se fait presque automatiquement grâce à une cascade de rouleaux intégrés à même la presse et activés électriquement. Il suffit d’ajouter un peu d’encre sur les rouleaux à chaque dizaine d’épreuves, environ, ce qui à l’époque, permettait une productivité absolument révolutionnaire. Un dispositif permet également de positionner le papier et les matrices de façon très précise et uniforme pour chaque épreuve, réduisant ainsi les erreurs qui pourraient compromettre la production.
C’est donc grâce à cette machine fabuleuse mais aujourd’hui reléguée au rang d’équipement artisanal que j’imprimerai toutes les combinaisons possibles et imaginables de mes 25 matrices gravées, avec les trois couleurs primaires superposées dans l’ordre suivant : jaune, magenta et cyan.
Je n’ai pas le choix de m’ériger un tel système pour générer les combinaisons. Aussi électrique qu’elle soit, ce n’est pas la presse qui prendra les décisions à ma place pour savoir si telle image se superposera à telle autre; cette production ne peut se faire dans le chaos.
Le hic, c’est qu’avant de venir ici, j’ai omis de calculer l’étendue des possibilités de combinaisons selon le système sus-mentionné : le nombre s’élève à 15 625. Avec un rouleau du papier que j’utilise (19,15$ avec les taxes), je peux me couper en moyenne 250 feuilles. Ça veut dire que j’aurais besoin de 62 rouleaux et demi de papier pour mener à bien ce projet, ce qui me coûterait au bas mot 1206,45$ en papier seulement pour réaliser mon projet. Et puis ça fait trois jours que je coupe du papier; je suis tout juste rendue à 1 250 feuilles.
Alors je me dis que je devrais peut-être éliminer certaines combinaisons. Celles où la même matrice revient plus d’une fois, par exemple. Mais encore là, le nombre de combinaisons est réduit seulement à 12 167, ce qui se traduit par une facture de 932$ en papier. C’est encore beaucoup trop pour mon petit portefeuille d’artiste.
Je commence à me questionner sur l’intérêt de mon projet. Est-ce que la qualité passe par la quantité? Est-ce que la valeur de l’idée se mesure à sa concrétisation? Je me demande s’il est important de savoir si j’ai, oui ou non, imprimé toutes les combinaisons possibles de matrices? Si je ne les imprime pas toutes, est-ce que ce projet restera intéressant? Cette expérience commence à prendre l’allure d’un projet de recherche pour la chaire d’études André Serouille. Pour exposer l’ensemble des combinaisons possibles, il me faudrait le musée d’art contemporain au complet. Impossible pour l’instant. Si je présente le projet dans un lieu de diffusion plus modeste, je n’aurai donc pas d’autre choix que d’en présenter une fraction seulement. Dans ce cas, il serait inutile d’imprimer toutes ces épreuves supplémentaires pour rien. Devrais-je faire semblant, tout de même, de l’avoir fait, ou devrais-je prétendre que la poursuite elle-même d’un but presque impossible à atteindre est une fin en soi, une sorte d’affirmation de l’absurdité de la condition humaine?
Ces problématiques m’amènent à réfléchir au Front d’action stupide et de son absence quasi-totale d’action. La préparation au voyage vers Mars, par exemple, ne prendrait-elle pas tout son sens que si l’on se préparait à y aller vraiment?
Rarement mon quotidien n’a été aussi mal vécu et peut-être n’a-t-il jamais été aussi propice à l’écriture de Cool is Class War. En fait, j’en écris continuellement dans ma tête et des bons, des très bons mêmes : des histoires d’une tristesse inouie, mais regorgeant d’improbables péripéties, de ces récits où on pleure en riant, où on se rit de la vie pour moins souffrir. Pourtant, ils restent dans ma tête, bien à l’abri entre les plaques de ma boîte crânienne. Souvent, je me frappe l’os frontal et me gratte le pariétal, me disant : mais cela renferme du Grand Art, les articles du FAS que vous avez toujours voulu lire, le quotidien le plus délirant qui soit. Je n’enfonce pas pour autant mes doigts entre mes fontanelles pour m’ouvrir le crâne à deux mains et en extraire ces histoires. Elles concernent des choses qui m’importent beaucoup trop et une personne qui a vraiment trop d’importance pour l’affubler d’un pseudonyme et étaler sa vie privée, même fictionnalisée, au grand jour. Je ne sais pas. Quelque chose s’est brisé. Soudain, je me méfie de l’ironie.
L*, 11 ans, porte un T-shirt sur lequel est écrit : « Video games ruined my life. Good thing I have two extra lives. » Après une petite remarque amusée de ma part, L* me confie d’un air songeur : « Si j’avais trois vies, je gaspillerais la première à jouer à des jeux vidéos. La deuxième, je la dédierais à ma carrière, et la troisième, à faire la révolution. »
Comme vous le savez sans doute, je suis un grand sentimental. Plus souvent qu’à mon tour, il m’arrive de songer à mon enfance, à sa duveteuse insouciance, à son ennui lancinant et à l’ingéniosité Munchauserienne qu’il fallait pour s’en extirper. À cette époque, je pratiquais l’horticulture comme hobby et j’entretenais une grande variété de plantes vivaces, disposées sur un grand rocher situé à l’orée du petit boisé qui délimitait notre terrain. Cette « rocaille », comme je l’appelais dans ma pompe Louis XV, était le terrain d’expérimentation botanique idéal, car il s’y trouvait une bonne variété de sols, du sablonneux à l’organique, et divers degrés d’ensoleillement. J’y ai consacré des heures incalculables, au fil des ans, retournant la terre, repoussant la mauvaise herbe, érigeant des remparts d’ardoise, transplantant chaque année de nouvelles variétés achetées ou volées aux voisins.
Cette rocaille fit ma gloire comme ma déchéance. Parvenu à un âge ingrat, je l’abandonnai entièrement à la nature, ne m’y rendant que pour y signer mon mépris de la flore. Les quelques plants très rustiques qui y survivaient, à moitié étouffés, y déployaient péniblement leurs rares petites fleurs, m’adressant un reproche unanime. Je demeurai insensible à leurs plaintes odoriférantes, leur accordant cependant, magnanime, de ne pas les exterminer avec la tondeuse à gazon.
***
Mais cet abandon cruel n’avait-il pas, lui aussi, un caractère expérimental? Je me rappelle de quelques-unes des plantes que j’y ai vu pousser avant de quitter le nid familial. Des bouquets sans fleurs aux feuilles grasses, des épis semblables au salicaire, mais rouges, des pensées dispersées ça et là, mais surtout, un grand pied d’alouette (delphinium elatum) que j’avais transplanté au tout début et qui subsistait, impassible et magnifique, se fichant de moi comme je me fichais de lui.
C’est en songeant à ses fières hallebardes et à leur barbe mauve et touffue que je fus pris de l’envie d’en transplanter à nouveau dans mon modeste lopin de terre, à M*, il y a trois ans de cela. Depuis, et malgré le manque d’ensoleillement, il n’a pas manqué de fleurir à chaque année, jusqu’à ce qu’il fasse, au printemps dernier, sa première véritable démonstration de puissance. Après une timide percée en mai, sept petites hampes se sont graduellement enorgueillies en juin et une poussée fulgurante à la deuxième semaine du mois produisit de grands épis bulbeux, dont quatre ont éclos au solstice d’été. De mon bureau, je pouvais voir les passants s’arrêter, émerveillés par leur beauté étiolée tenant à quelques ficelles. Je pus constater des premières loges son magnétisme auprès la gente féminine. J’ai même vu un couple s’arrêter tout net devant et commencer à se frencher, tandis que j’essayais de m’éclipser derrière l’écran de mon ordinateur.
Mais à la St-Jean il a plu, ce qui a fait s’affaisser les quatre tiges sous le poids des fleurs mouillées. Je les ai donc coupées et mises dans un vase sur la table de la cuisine. Quétaine jusqu’au bout. Trois autres subsistaient sur le plant, dont deux assez considérables pour susciter une nouvelle vague d’admiration et de nouveaux tripotages.
Elles s’affaissaient bientôt. Cette fois, au lieu de les mettre dans un vase, je décidai de les laisser là, jugeant que je pourrais les conserver plus facilement jusqu’au premier juillet, date à laquelle ma nouvelle coloc Russe devait emménager. Placées dans la cuisine, elles feraient bon accueil.
***
Une foule de symboles et d’usages se rattachent au monde floral dans chaque culture, et les Russes n’y font pas exception. À la date prévue, E* vint faire une visite de sa chambre. Tandis que nous discutions de bouddhisme, de St-Pétersbourg et de films réalistes, elle porta mon attention sur le vase et me demanda s’il était survenu quelque malheur dans ma famille. Surpris, je m’enquis de ce qui l’induisait à penser une telle chose. Elle m’informa de la coutume de son pays qui veut que l’on offre un bouquet constitué d’un nombre de fleur pair à un proche dans le deuil, et impair dans les circonstances joyeuses ou romantiques. Le mien était composé des deux épis que j’avais conservés la tête en bas dans mon jardin. Elle croyait donc à la perte d’un proche. Amusé, je lui assurai qu’il n’en était rien.
Tombe un perce-oreille (forficula auricularia) du bouquet. Surpris et un peu dégoûté, je m’efforce d’insister sur la caractère inoffensif de cette petite bête, pour ne pas alarmer E*, en robe et talons hauts, tandis que je cherche une guenille pour m’en débarrasser. À peine ai-je le temps d’écrapoutir la bibitte que j’en vois une autre choir sur la table et se mettre à persévérer dans son existence. Décidément, elles se sont données rendez-vous! Il va me falloir une tapette à mouche, n’est-ce pas, et comme je me dirige vers l’endroit où je range cet indispensable outil, j’entends ma compagne s’écrier « Gospadi! Ikh niéckolka! » (oh mon Dieu, y’en a foule!). Et de me retourner pour constater qu’en effet, le fine-lame de la tapette que je suis risque fort de se retrouver impuissant devant le nombre. Ainsi donc, le charme opère même sur ces bestioles, qui s’y rassemblent en lek pour faire leurs saletés! En voilà une autre qui dégringole sur la table. Sur insistance de mon amie, je me résous à tout jeter dehors, heureux qu’elle ne se soit pas enfuie en courant et en criant.
Redoublant d’artifices oratoires, je parvins à lui faire oublier cet événement horrifiant et étrange. Elle repartit en me laissant le loyer; j’avais passé le test.
***
Dehors, il ne reste plus qu’une seule tige en fleur sur ce plant, modeste, mais jolie. Elle ne suscite plus d’envie ni d’élans amoureux. La regardant de mon bureau par la fenêtre, je me fais penser à Ray Bradbury, trouvant dans mon mobilier des prétextes à raconter des histoires de bonnes femmes.
Diantre!
Moi qui ne prêche que par le mauvais goût et le mauvais mot, je fus pris à mon propre jeu aujourd’hui, un jeune ayant tenté d’attenter à ma toute nouvelle profession.
Vendredi après-midi, je fus convoquée par la direction du grandiose établissement où j’enseigne. Quelle ne fut pas mon angoisse de patienter trois jours pour connaître le sort qui m’attendait; j’en fis des cauchemars toute la nuit d’hier, imaginant les pires scénarios inimaginables, en bonne paranoïaque que je suis. À l’heure fatidique, j’entre dans le dit bureau; on ferme la porte derrière moi: TRÈS MAUVAIS signe. Sur le pupitre un dossier l’air inoffensif et moi déjà pleine de remords de ce qui m’attend. Je fus assez surprise de voir, le dossier s’ouvrant, ma photo de facebook. Le fameux dossier contenait plusieurs pages photocopiées avec sur chacune des pages mes obscénités et stupidités statuées en ligne surlignées en vert fluo. Toutes les belles saloperies prononcées depuis 2007 y étaient, à mon grand bonheur et celui de la direction. Je vous épargne les détails saugrenus de tout ce qui a pu sortir de ma bouche et se plaquer sur mon facebook, vous qui me connaissez, pouvez imaginer ce dont je veux parler.
Mon année se termine ainsi, sur une belle touche joyeuse, l’établissement entier m’attendant avec une brique pis un fanal l’année prochaine.
Belle main d’applaudissement pour ma grande intelligence.
J’ai déjà fait de la kétamine. Comme je suis une chaise, voire plusieurs, pour moi, faire de la kétamine, ça veut dire qu’il y a déjà eu de la kétamine qui a touché ma peau de plastique. Donc vous comprendrez que, pour moi, la drogue d’humain ce n’est pas très efficace. À la place, je regarde des trucs comme ça :
C’qui se passe avec pétasse ? Pardon je voulais parler de Poufiasse, elle a complètement disparue de la carte, où est-elle allée se foutre ? Avec qui ? Faudrait organiser une battue et pour le moins retrouver son corps, elle mérite peut-être pas de vraies funérailles catholiques, mais un coup on pourrait fermer les yeux et lui chanter l’Ave Maria en oubliant son passé de catin…
Bonheur! Extase! Ces deux fascicules peuvent désormais être commandés sur Le Pressier (livraison gratuite au Canada durant toute l’année 2010 – 3$ le fascicule de près de 100 pages avec couverture sérigraphiée). Lecteurs de Lebel-sur-Quevillon (QC), Geralton (ON) ou Golden (BC), c’est peut-être maintenant ou jamais!
FAS vaincra!
Le dimanche 13 juin à 15h se tiendra un happening participatif sur la piste cyclable le long de la voie ferrée (au niveau de la rue de Gaspé) afin de faire pression sur la ville et le CN pour qu’ils construisent des passages pour vélos et piétons entre le Mile-End et Rosemont. Il s’agit d’une opportunité d’action pour le FAS, déjà engagé dans l’exploration et la conceptualisation de ce sanctuaire-viaduc. Répondons à l’appel de mobilisation et profitons-en pour investir les lieux de notre presse offset, afin de distribuer de la propagande pro-fassienne et pro-sentiers conatifs (desire paths). Puis, faisons dérailler un train et lâchons les bestiaux dans la ville!

Continent de plastique, polymère atoll
Golfe persique et du Mexique
Rutilants de sombre opal, pétrole
Laque des eaux toxiques
Marre du fioul, des plottes à gaz
Le kérosène jouissant des bas-fonds
Sucé sous les nappes – extase
Souille de sa nocturne pollution
Là un pélican d’envergure
Que le poids courbature
Couvert de mazout
De son goitre en entonnoir
Contre les séraphins noirs
Sors un cri qui dégoute
L’autre soir à l’émission 275-allo, l’animatrice A* D* pose sa question du jour à des enfants de Val D’Or : « Comment savez-vous que vos parents s’aiment? »
Un jeune garçon lui répond : « Ben, ils couchent ensemble! »
On reproche souvent aux artistes de performance de produire de l’art pour la sphère performative exclusivement et d’écarter ainsi tout contact possible avec un public extérieur….Évidemment, on génère son propre emploi.
Je renvois ici, aujourd’hui, cette même critique envers les activistes du FAS. Quiconque ne fait pas partie du cercle de plus en plus fermé et exclusif qu’est le FAS ne peut absolument rien comprendre à ce que ses protagonistes racontent. Les annales sont truffées d’entre-citation et d’inside qui inciteront un lecteur inconnu et non averti à ne jamais revenir s’immiscer dans la clique intime. Les rapports fasciens deviennent incestueux et il serait bon que de nouveaux activistes s’intègrent afin de libérer le FAS du cercle traumatique.
Ce n’est pas sans une forme de tristesse larvée que nous constatons que Zepoulpe – auteur autrefois prolifique, sans cesse mécontent et ridiculement poilu – est en quelque sorte devenu moins qu’une ombre, une espèce de poussière d’esprit, un auteur résolument absent et singulièrement muet lors de ces derniers mois, voire même de ces dernières semaines.
Ce n’est sûrement pas sans un soupçon légitime que les milliers d’autres auteurs du FAS ont continué la lutte, croyant peut-être que Zepoulpe avait abdiqué ou, subjugué par les spectaculaires résultats que l’on sait et les généreuses quoique louches subsides, était pour ainsi dire parti en taxi vers le Sud, à la rencontre de Julia Kristeva, de l’Empire Kraft, voire de l’amour – aventure stupide s’il en est une.
D’aucuns auront cru que Zepoulpe – suivant en cela la tradition des gouverneurs romains dans Astérix – a utilisé ses dividendes pour fomenter un complot contre le FAS, voire même contre la stupidité elle-même (finançant quelque groupe rival – le FUS ou le FOS) – sans égard à la tradition stupide et persistante du Front qui l’a pourtant vu naître.
Mais les faits sont demeurés et la réalité est si sotte…
Zepoulpe a peut-être simplement fait faillite ! Peut-être a-t-il dû abdiquer, en espèces sonnantes, tous ses projets obtus et intellectuellement creux; toutes ses tentatives pour repousser le vol du boomerang dans le but d’en permettre le mouvement perpétuel; tous ses désirs d’un autre siècle (pas le dernier, pas l’autre, l’autre) de possession d’un fief; toutes ses tentatives pour ouvrir sur Sainte-Catherine soit : un stand à hot-dogs, un bordel, un stand de tir, une chambre anéchoïque, un refuge pour abeilles, une pesée pour gros ou un kiosque de dopage pour cyclistes urbains.
Zepoulpe a peut-être déjà (ou enfin) les pieds pris dans un socle de ciment ? Peut-être qu’au moment même où l’on se murmure des inepties à l’oreille et où l’on se sussure des cochonneries clownesques comme pick-up lines, du genre « Salut, est-ce que tu ne penses pas que ce linge-là sent un peu le chloroforme ? », Zepoulpe se meure et tente de respirer à travers une couple de pouces de caoutchouc ou une couple de martinis ?
Les auteurs du FAS ont-ils seulement cessé d’aimer la vie comme un jour la girafe a cessé d’aimer la courteur ? L’absence n’est-elle pas comme le silence, d’or ?
Ce sont des questions qui méritent réflexion. Et quoi de mieux pour la réflexion que le Laboratoire de Métaphysique Expérimentale ?
Je vous le demande.
Une autre fascinante conversation ce matin avec ma vieille voisine indienne. Elle vient me voir dans mon jardin pour me parler de mes fines herbes. Comme d’habitude, je ne comprends rien à ce qu’elle me dit mais elle semble touchée par le fait que je cultive de la coriandre. On dirait qu’elle me demande si toutes les autres plantes sont comestibles aussi. Je lui fais faire un petit tour en lui faisant sentir le thym, la menthe, etc. Elle fait de drôles de gestes qui semblent désigner la cour en général, puis de petits gestes brusques du tranchant de la main vers son poignet. Je la regarde, interloquée. J’ai l’impression qu’elle veut me dire qu’il y a des objets coupants dans la terre de mon jardin. Bon, si elle veut dire que c’est de la terre de remplissage pleine de déchets de construction et que ce n’est pas nécessairement ce qu’il y a de meilleur pour la santé, c’est bon, je suis déjà au courant. Je voudrais lui dire que c’est pas grave, que j’ai mis du bon compost maison et que ça devrait compenser pour tout le goudron, mais je me contente de rester là, bouche bée. Elle passe ensuite aux tomates – elle dit le mot tomato, là on se comprend – faisant le même geste que l’année passée, quand elle disait que mes plants étaient rendus plus grands que l’année d’avant. Après que j’aie fini mon café, je lui souhaite une bonne journée et je pars à l’atelier sur mon vélo.
En tous cas, même si on ne se comprend pas très bien, j’aime cent fois mieux une conversation avec ma vieille voisine indienne qu’avec S*, ma voisine d’en haut, qui est toujours en train d’espionner pour voir si je suis dans mon jardin et qui vient me parler de choses insignifiantes à chaque fois que je mets le nez dehors. C’est drôle comme on parle la même langue mais on ne se comprend pas vraiment plus. Y’a tu quelqu’un qui peut me dire ce que ça veut dire : « il manque juste la gomme dans le front » ? Parce que si c’est supposé être un signe de folie ou quelque chose comme ça, elle devrait se regarder dans le miroir un peu.
Amygdale est cachotier. il se tient sur des sites faisant la promotion de la dérive et du désordre public. Dépassant les tactiques décrites par de Certeau pour favoriser une action directe dans le tissu strié de l’espace urbain.
Afficher Passages sur la track du Mile End (Montréal) – Ways to cross the Mile End Track (Montreal) sur une carte plus grande
c’est bébé astronaute qui serait contente d’avoir cette carte.
De voir tous ces jeunes punks attendrissants hier, ça m’a rappelé la plus grande débarque d’idéalisme dont j’ai été témoin dans ma vie. Ça faisait plusieurs semaines qu’on n’était pas sortis du bois, P*, R* et moi, et un ennui abyssal nous avait poussés à faire cinq heures de voiture un bon samedi pour aller voir Spiderman au cinéma.
Jusqu’alors, je n’aurais jamais imaginé qu’une autre forme de vie sur terre aurait pu dégager une puanteur plus nauséabonde qu’un planteur d’arbre fraîchement sorti du bois. À nous trois dans un char, je croyais sincèrement que ce serait dur à battre et j’avoue que j’en étais même un peu gênée au moment d’embarquer deux crusty punks qui faisaient du pouce avec leurs chiens. Finalement, le quatuor surpassait tous les records et je vous jure que même les planteurs qui ont déjà failli vomir en respirant leur propre odeur en auraient pris pour leur rhume.
Évidemment, les deux filles arboraient de nombreux tatouages, et l’une d’entre elles rapprocha ses deux poings pour me montrer les huit lettres tatouées sur ses jointures. Elle m’expliqua qu’à l’origine, ces lettres formaient les mots FREE SOUL, et qu’avec le temps, elle avait perdu un peu la foi et avait décidé de faire changer le L pour un P. Commençant déjà à en avoir marre de la soupe, elle me confia que son prochain projet était de transformer l’U en A. Quelle bonne idée.
Contrairement à ce que la plupart d’entre vous s’imaginent sûrement, en puriste de la langue que je suis, je suis tout à fait favorable à la nouvelle orthographe. Débarrassée de ses reliquats les plus inutiles, la graphie rectifiée a le mérite d’être plus claire, plus précise, plus belle, et beaucoup moins incohérente que l’ancienne orthographe.
J’en conviens, sans son i, l’ognon n’aura plus tout a fait la même saveur, même rissolé au beurre en accompagnement des rognons, mais au moins ça évitera toute ambigüité dans l’écriture des mots ambigus. Maintenant que tous les adjectifs numéraux composés sont systématiquement reliés par des traits d’union, il est désormais possible de distinguer soixante et un tiers (60 + 1/3) de soixante-et-un tiers (61/3), ce qui est fort utile dans la vie de tous les jours – au moment de payer son loyer, par exemple. J’avoue que mon propriétaire a fixé mon loyer à un prix vraiment bizarre et que ça n’arrive pas exactement à tout le monde, mais bon, je ne m’embarrasserai pas de détails aussi insignifiants. De toute façon, sachant que le mot exéma vaut presque autant de points au Scrabble qu’eczéma, moi, j’approuve : ils ont bien fait de supprimer toutes ces anomalies irritantes. Surtout en ce qui concerne les mots d’origine étrangère, laissez-moi vous dire qu’un fiord, au Saguenay, ça a ben plus d’allure qu’un fjord. Et les nostalgiques du maelström de règles incompréhensibles de leur enfance, qu’ils déménagent donc en Norvège.
Rien ne sert de s’assoir sur ses lauriers après avoir conquis le milieu de l’édition. La thèse du parasitisme révolutionnaire du FAS doit s’immiscer jusque dans les dictionnaires et pour ce faire, il est grand temps que les sympathisants du FAS embrassent le progrès en appliquant dès aujourd’hui la graphie rectifiée à leur lexique, à commencer par le mot octbl’.
D’abord, ce mot ne comprend aucune voyelle, ce qui rend indument ardue la prononciation. Et l’apostrophe à la fin du mot est un archaïsme qu’on ne voit plus depuis le temps de nos grand’mères, qui eurent néanmoins, quant à elles, beaucoup de difficulté à s’adapter au trait d’union.
Je propose donc la nouvelle graphie octabule, qui simplifie le pluriel, facilite l’intégration à la langue française et s’harmonise avec l’orthographe des autres mots comme pendule, libellule et bidule, ce qui vous aidera certainement à faire passer la pilule.
Alors, vous acceptez ou vous êtes juste une bande de vieux réacs, pires que Joël Le Bigot ? Me ferez-vous subir le même sort qu’à Brassens, qui dut quitter la Fédération anarchiste car ses collègues le trouvaient trop pointilleux sur les règles d’orthographe ?
Maintenant que j’ai presque une famille et que je ne sors plus de chez moi après 10h00 à moins de situations exceptionnelles, je me croyais à des lieues de l’éventualité d’écrire à nouveau des cool is class war. C’est pas que j’aie pas mes petits besoins en socialisation, mais habituellement, j’invite chez moi maintenant. C* m’a même dit qu’il ne sortait plus jamais de chez lui sauf pour venir souper chez moi avec son amoureuse.
Ce n’est donc pas sans une certaine ironie que je sois actuellement à écrire un scénario pour un court métrage intitulé toutes les histoires d’amour réunies, mettant en scène des jeunes adultes dont les relations personnelles s’établissent lors d’échanges sans paroles, par textos, likes sur les status facebooks, photos de party… G*, allez savoir pourquoi, a acroché sur le titre de cette idée et a décidé de m’aider à chercher du financement pour le produire. Je crois qu’elle s’est identifiée à ces histoires semblables à celles qui m’arrivaient dans les Cool is Class War.
Elle m’a invité à luncher l’autre jour, pour me dire ce qu’il me manquait pour déposer une demande de bourse pour écrire mieux mon scénario. Elle textait Y*, par qui je vis maintenant par procuration des histoires d’adulescent. Y* et elle sont ensemble maintenant, ce qui pour moi est assez surprenant. En plus de texter, elle était pas super contente. M* , l’ex de Y* depuis tellement longtemps que même moi j’ai couché avec, s’est pogné l’ex de G*. Jusqu’ici, rien d’extraordinaire, me direz vous. Mais ces histoires ne peuvent que dégénérer, surtout avec un angoissé d’approbation comme Y* Textos sur textos se sont envoyés, la rumeur a couru d’un échange de partenaires, et finalement est ressortie la question de savoir qui avait laissé qui en premier.
Watatatow. Cool is class war. J’espère que Y*, s’il lit ça, va comprendre que je ne suis pas méprisant, mais qu’au contraire une attitude attendrie et empathique. parce que ça va se rendre à elle, c’est sur. D’ailleurs tout le monde semble avoir une deuxième vie sur cette terre, même le facteur de B* ou C*, l’infirmière.
Je vous ai déjà parlé de mon facteur. Hé bien, figurez-vous que je l’ai croisé aujourd’hui au Salon du livre anarchiste; il fait partie du Collectif opposé à la brutalité policière. Comme quoi derrière la gentille professeure d’arts plastiques du chic collège privé où vous avez envoyé votre ado ou le directeur éditorial de la maison d’édition qui a publié votre dernier livre de recettes préféré, en passant par le gardien du cimetière et l’infirmière qui est aux petits soins avec votre grand frère schizophrène, pourrait se cacher un véritable anarchiste et même, qui sait, peut-être un sympathisant du FAS…
***
En passant devant une affiche du FAS au Salon du livre anarchiste, une fille s’exclame à son ami : « Hey, your mom has one of those in her kitchen ! » You must have a very cool mom.
***
Extrait d’une publication de notre voisin de table, the New Escapologist :
« Two Types of Escape Route »
« When one begins to think about the various ways in which people try to escape the boredom of the prescribed, expected life, two major types of escape routes emerge. The first involves the temporary retreat into simple escapist pleasures – going to the pub, reading a cheap fantasy novel or consuming vast quantities of hallucigenic drugs as though they were Jaffa Cakes. The second is the attempt at permanent resettlement – by moving to a countryside ecovillage, by escaping to a lottery-funded villa on the seashore or giving up and becoming a tramp – and involves working toward a self-sufficient lifestyle and the marvellous feeling of turning your back on expectation. »
Vous avez essayé FAS-rencontres ?
***
J’ai trouvé les anarchistes du salon du livre beaucoup moins poseurs que les hipsters d’Expozine. Mais faut dire que la plupart de ceux que j’ai rencontrés aujourd’hui, ça reste des anarchistes… de salon.
Des activistes du FAS armés et décidés seront présents ce samedi au Salon du livre anarchiste. Le tout nouveau fascicule du FAS « Déprimer c’est OK» y sera disponible en quantité hyper limitée, ainsi que des rééditions de plusieurs anciens fascicules (« Zone oubliée », « Hé, hé, hé… », « Probable, mais dégage », etc.)
Chers activistes et/ou sympathisants du FAS, nous espérons vous y voir en grand nombre.
Mais pourquoi au Salon du livre anarchiste? Parce que le FAS est une entité fondamentalement collectiviste, imprégnée de culture DIY, et jouant sur le mode mi-sérieux mi-ironique avec les codes esthétiques et politiques (c’est du pareil au même ?) des mouvements radicaux d’extrême gauche. Pis parce que l’anarchie, on aime ça.
Amygdale, faute d’aller (pour l’instant) sur Mars, sera ce même samedi à Québec au très chic Salon nouveau genre avec zines et fascicules en main.
Si le FAS ne sera pas le genre humain (mais plutôt le genre céphalopode), il reste que la nouveauté, c’est nous. De fait, en luttant pour un quotidien délirant, il nous faut sans cesse nous projeter vers l’avenir, adapter nos comportements subversifs pour déjouer à répétition l’ennemi invisible.
Qui en doute ?
Nous vaincrons !
Ce matin, allant chercher un café froid chez les Olympico, je suis tombé sur un homme titubant habillé d’une jaquette d’hopital, avec un bras dans un plâtre de fortune. C’était un Indien délirant. Il semblait halluciner dans l’humidité étouffante du 26 mai 2010. Quand je suis arrivé à sa hauteur, il a repris son souffle et m’a dit dans un accent punjabi typique de ces bons sauvages:
- Can you tell me where i am?
- Outremont, Montréal
- And the next street what it is?
- Saint-Viateur
- Is that petite Italy?
- Not realy
- Is it far?
- Not realy but i’m pretty sure you will consider it far, in your condition.
Il a continué son chemin sous mes « good luck ». Je l’ai ratrappé pour lui proposer de lui payer un taxi, mais il ne me parlait plus.
Comme acte de résistance envers tous les Eudistes, j’ai recommencé à ne plus laver mes mains après avoir pissé. Et vlan! j’me sens déjà plus heureuse.
« Sans jamais y consacrer plus de temps que nécessaire, le Front d’action stupide mène, dans la fiction et dans la réalité, un combat pour un quotidien délirant qui se poursuivra jusqu’à la victoire. »
- Mjack
Entendu aujourd’hui à l’après-midi porte conseil :
« Une mouche qui se pose trois fois sur un homme est annonciatrice d’une grande rentrée d’argent. »
Tu parles !
Je viens de lire, avec un plaisir presque certain, tout le contenu du onzième fascicule du FAS – à paraître dans un octbl’. Et j’ai pensé en le lisant que les activistes du FAS n’étaient peut-être jamais allés aussi loin dans leur délire d’autoréférence. En fait, la compréhension d’une bonne partie de ses articles et commentaires (ou du moins de leurs meilleurs gags) implique de suivre le FAS depuis longemps, d’être déjà familier avec ses grands principes, avec ce vaisseau spatial destiné à aller sur Mars, la notion de Kraft = nazi, celle de l’octbl’, le zepoulpe, la PDR, le Cool is Class War, le LME, et même le gag du hibou. Peut-être même ce réseau d’autoréférence est-il devenu comme un système de défense pour mieux lutter contre la stupidité insidieuse qui tente sournoisement de parasiter notre quotidien et d’empêcher qu’il soit enfin délirant. Néanmoins, je le demande, existe-t-il ce lecteur idéal prêt à sacrifier sa vie, à se plonger, des heures durant, sinon des semaines ou même des années, dans nos Annales, comme Julia Kristeva dans les lettres du nom de Balzac, ce musicien du sens, pour rechercher parmi les centaines de textes et les milliers de commentaires que nous avons publiés les clefs de toutes nos références ? Nous-mêmes, parcourant le réseau de nos écrits, risquerions de nous y perdre. Mais quel état de sublimation peut-on atteindre en ayant tracé tous les liens, reliés tous les chaînons, vu ce qui de Thrank Spiroberg mène à Lou Scandale, du bateau de croisière de M. au désert de fibres optiques de Robodrigue ? N’est-ce pas comme trouver la Clavicule de Salomon pour l’alchimiste, qu’amère déception, désintérêt devant le fait accompi, et quotidien redevenu soudain si aliénant, plat, morne – tout sauf délirant ? Mais n’est-ce pas là de toute façon un acte sisyphien, une lecture jamais terminée, un territoire toujours trouble, le réseau de sens du FAS continuant de se développer au fur et à mesure qu’il est décodé, et amenant le lecteur peu à peu, jour après jour, toujours plus loin sur les chemins improbables du quotidien le plus délirant ?
Je m’exalte à la simple pensée de la tâche qui m’attend. Je vais relire tous les textes que nous avons publiés. Je vais noter tous les liens internes et externes. Je vais retracer la part de réel dans le fictif, identifier M*, J*, A*S*, P*, H*H* et tous les autres. Enfin, je connaîtrai le frisson originel… Chérie, pourquoi m’as-tu quitté ? Viens, prends ma main, je t’amène avec moi là où le temps se compte en octbl’, où tu te feras des amies filles en danse ou filles en art, où tu pourras te faire bronzer sur les plages de polypropylène du Continent de plastique, et ensemble nous vaincrons !
À GAGNER : Au sympathisant qui fera la liste complète des liens faits dans cet article avec d’autres textes publiés sur le FAS, un billet en premier classe dans la navette en carton d’Amygdale !