Le FAS est une entité polymorphe et polycéphale. Tous peuvent s’en réclamer et fonder une cellule d’action. Les sympathisants du FAS écrivent des textes répondant aux contraintes définies par des catégories. Ils sont d’abord publiés sur leur site, puis certains sont réunis dans des fanzines ou sous forme de recueils. Communiquez avec l’agitateur afin de vous joindre à notre lutte pour un quotidien délirant:
agitateur@frontdactionstupide.net.
FAS vaincra!
N’annale fas pas qui le veut. C’est juste un commentaire, une remarque, comme ça, vu mon faible taux de participation. Heureusement qu’il n’y a pas de quota à atteindre, d’ailleurs, je n’ai pas encore payé mon abonnement. On peut payer en nature ? Je mettrais mon habit d’infirmier et mes gants de caoutchouc…
« My drug addiction became the worst it has ever been, » he says. « I didn’t want to wake up in the morning any more. It was just too painful to keep on. »
For about a year he stayed in bed, wrestling the depressive side effects of hepatitis C medication. He stopped writing songs, playing the guitar, seeing friends.
« The good thing is that my life finally became so intolerable that I could no longer be bothered to go out and buy drugs, » he concludes with a parched cackle that shakes his wraithlike body. « As a consequence, in the last year and a half, a lot of good things have started to happen to me. »
source: Michael Dwyer (http://www.smh.com.au/news/entertainment/arts/still-the-boy-next-door/2008/10/31/1224956299409.html)
Cher Amygdale,
Au début du mois de janvier, j’ai vu Avatar de James Cameron et je me suis demandé comment ça pouvait aller plus mal. Une semaine plus tard, un séïsme secouait Haïti. (suite…)
Le site web le plus insolite depuis Barbe douce.
http://science-univers.qc.ca/sexualite/54-pedophilie.html
La page d’accueil
http://science-univers.qc.ca/
Dear Pat Robertson,
I know that you know that all press is good press, so I appreciate the shout-out. And you make God look like a big mean bully who kicks people when they are down, so I’m all over that action.
But when you say that Haiti has made a pact with me, it is totally humiliating.
I may be evil incarnate, but I’m no welcher. The way you put it, making a deal with me leaves folks desperate and impoverished. Sure, in the afterlife, but when I strike bargains with people, they first get something here on earth — glamour, beauty, talent, wealth, fame, glory, a golden fiddle. Those Haitians have nothing, and I mean nothing. And that was before the earthquake. Haven’t you seen « Crossroads »? Or « Damn Yankees »? If I had a thing going with Haiti, there’d be lots of banks, skyscrapers, SUVs, exclusive night clubs, Botox — that kind of thing. An 80 percent poverty rate is so not my style. Nothing against it — I’m just saying: Not how I roll.
You’re doing great work, Pat, and I don’t want to clip your wings — just, come on, you’re making me look bad. And not the good kind of bad. Keep blaming God. That’s working. But leave me out of it, please. Or we may need to renegotiate your own contract.
-Best, Satan
source: The Star Tribune
C’était la meilleure de 2009. Elle s’est fait attendre longtemps. Jusqu’au 31 décembre 2009, en vrai. Contrairement à mon habitude, je suis arrivé le premier, à temps pour les hors-d’oeuvre. T*, arrivé en deuxième, était visiblement surpris/content de me voir, et en a profité pour faire une entrée tout en interjection, me lançant enthousiasmé et le plus naturellement du monde : – Ça fait un LAMPADAIRE que je ne t’ai pas vu!
Moi: (!?)
Lui: (…), euh, un lustre… ça fait un lustre!
Tous (à l’unisson) : ÇA FAIT DES LUSTRES !
***
Quelqu’un m’a d’ailleurs fait remarquer qu’un lampadaire est beaucoup plus long qu’un lustre. Depuis, je ne dors plus.
INTOXICATED PRESS ( Rawdon) - C’est avec stupeur et tristesse que nous apprenions, hier, le décès du cinéaste français Éric Rohmer ( La Marquise d’O -1976-, Pauline à la plage -1983-). Notre reporter Herby Stup a eu le privilège de côtoyer le réalisateur français à l’occasion des derniers instants de sa vie. Toujours sous le coup de l’émotion, M. Stup nous confia sans surprise : « À l’image de tous ses films, ses derniers instants furent pénibles, longs et plates. » (suite…)
La chaleur est insoutenable, contraste évident avec les froids polaires qui sévissent a l’extérieur de mon scaphandre spatio-cosmique, de même qu’avec le fait que je sois plus près de l’équateur que de quelque pôle que ce soit. (suite…)
Quand j’ai un petit vague-à-l’âme, rien ne me fait davantage plaisir que de voir un enfant insupportable importuner ses parents dans l’autobus. Aujourd’hui, c’était un mox de sept ans qui enfilait les questions une à la suite de l’autre comme si le contrat de Markov se terminait demain. (suite…)
«Kilgore Trout avait écrit une nouvelle, dont le sujet était un dialogue entre deux micro-levures. Celles-ci discutaient ensemble des buts essentiels de l’existence, tout en mangeant du sucre et en étouffant dans leurs excréments. Du fait de leur intelligence limitée, elles n’arrivaient jamais à comprendre qu’elles étaient en train de fabriquer du champagne. »
- Kurt Vonnegut Jr, Le breakfast du champion
Bon, ça fait une bonne année déjà que je songe à recevoir pour Noël, c’est-à-dire caller un Noël des mal-aimés***. (suite…)
Il y avait un anachronisme flagrant entre la Jaguar de location qui filait à tombeau ouvert, en tressautant à chaque caniveau, le long de cette mauvaise route longeant les marécages, et le décor lui-même. Un décor figé, cimenté par le brouillard qui s’agglomérait en nappes sur les étendues palustres hantées par les corneilles et qui changeaient les rares arbres, privés de leur feuilles en cette fin d’automne, en autant de spectres noirs dressés comme pour lancer d’interminables malédictions. parfois montait le cri repoussant du courlis, qui s’enfonçait tel un poignard dans la chair fragile du silence.
Malgré la capote relevée et le chauffage, le brouillard pénétrait dans l’habitacle de la jaguar, faisant frissonner Anna Marischka- une sublime créature blonde au corps de rêve- en dépit de son épais duffel-coat payé un prix d’or avec sa carte de crédit Hbc.
-Brrr…Coco, un froid de canard dans ce maudit pays… Si seulement on savait comment il s’appelle!…
Coco Acto, qui pilotait d’une main sûre, tourna légèrement vers sa compagne un visage dur éclairé par des yeux de caramel fondant où fleurissait un soupçon de sourire narquois.
-C’est le nom du froid de canard ou de pays que tu voudrais connaître? interrogea-t-il.
-Le nom du pays, bien sûr…
Coco Acto haussa les épaules.
-Si je le savais, Anna, je pourrais te renseigner. Hélas…
Coco Acto, nouvellement fonctionnaire pour le gouvernement, avait profité de sa nouvelle crédibilité pour faire une collection de cartes de crédit diverses et de multiples marges de crédit dans plusieurs institutions bancaires et s’employait à dilapider ces fonds par diverses extravagances sans avoir aucunement l’intention de rembourser quoi que ce soit.
Depuis, toute la nuit ils avaient roulé à l’aventure saisis par cette soif d’inconnu qui, souvent, les poussait en avant, mus, eût-on dit, par la même fatalité qui pousse certains animaux à fuir droit devant eux, sans raison, jusqu’à l’épuisement. Ils avaient franchi des kilomètre de plaines, de montagnes, traversé des villages qui n’étaient marqués sur aucune carte, roulé sur des routes de plus en plus mauvaises, qui semblaient ne mener nulle part. Il y a encore ainsi en Mauricie, de ces régions quasi désertes qui réellement, semblent figée hors du temps.
-Oh! Coco!- A présent, le jour était venu pour leur offrir que le spectacle désolant, oppressant de ces marais qui s’étendaient à perte de vue. Quelque part, très loin, une barraque de crème glacée molle émergeait de la brume.
Aussi loin que le lui permettait le brouillard, Anna Marischka scrutait l’étendu d’eau stagnante coupée.
Soudain, Anna s’interrompit, pour hurler:
-Triple malédictions!…
La brusque recommandation de la manequin était inutile car le conducteur avait aperçu, lui aussi, la créature, un superbe spécimen de Rana catesbeiana siégeait au milieu de la route regardant d’un air désapprobateur le bolide foncer droit sur lui.
Les réflexes de Acto furent d’une rapidité foudroyante. En même temps qu’il freinait, il rétrograda de vitesse en une série de mouvement quasi automatiques. Mais c’était sans compter la route scélérate, de terre mouillée, détrempé par des semaines de pluie incessante. La voiture dérapa dans la fange du marécage terrorisant les créatures lacustres qui hantaient les nénuphars.
-Coco!!! Damné foie jaune!!! Où as-tu pris tes cours de conduite!?!
Par le Diable! Pourvu qu’elle ne soit pas trop secouée! Il se précipita pour ouvrir le coffre arrière du véhicule et en sortie une bouteille de Romané Conti grand Echezeaux 1983 payée un prix exubérant avec sa carte American Express Golds.
-C’est trop bête la vie est si courte! Buvons maintenant avant que la Camargue ne cogne à ma porte. Il déboucha le grand cru avec son Laguiole tour Eiffel de collection numéroté payé un prix à faire mourrir de rire un abstème avec sa carte Sears Mastercards. La terre détrempée chuintait sous les pas et, parfois, il fallait littéralement patauger, enfoncé jusqu’aux chevilles dans des flaques d’eau vertes
-Ah! Cher moustique! me voila trempé comme une soupe après un tel bain forcé dans cette eau glacée, je risque la mort. Songez au destin exceptionnel qui est le vôtre; vous apprécierez de boire le sang d’un personnage de légende agrémenté du mélange d’une bouteille qui ne l’est pas moins.
Coco!! Maudit Poivrot!! – Elle saisit la bouteille et l’envoya au loin au milieu du marais où elle flotta le culot à demi immergée.
La pluie se mis à tomber telle une rangée de hallebardes.
-Viens mon chéri allons manger une crème glacée; il y un kiosque là-bas…
A ce moment, à une distance qu’il était difficile d’évaluer à cause du brouillard qui changeait la portée des sons, une sorte de rire éclata. Un rire caverneux qui ressemblait autant à une série de coassements. Et à présent, devant l’incompréhensible de la scène dont ils avaient été à la fois témoins et acteurs, ils se sentaient comme écrasés, rendus muets par une vague terreur qu’ils ne parvenaient pas à chasser.
Au loin dans l’eau un digne amphibien, un ouaouaron rondouillard, sirotait à même le gouleau; le vin qui semblait depuis des siècles lui être destiné…
Chère Maman, (suite…)
À la place du journaliste de la BBC, j’y serais certainement allé avec un autre choix de mot, mais bon, merci la science (C’est okay pour le bureau).
Mais qu’ai-je bien pu vouloir dire par là ? (suite…)
Vendredi, je suis passé voir une projection « spécial sexe » présenté par le Douteux.org au pub Brouhaha dans Rosemont. Un des nombreux faits saillants (ce fut trois heures de faits saillants) m’a semblé être le vidéo montrant un groupe d’Africains qui se font une petite partouse en forêt. Sauf qu’ils sont entièrement peints en bleu cobalt et portent des bonnets blancs, à l’exception de l’un d’eux qui porte un bonnet rouge et une barbe blanche. Ils s’enfilent à tour de rôle une femme avec une perruque blonde sous son bonnet, tout en fredonnant « la la la schtroumpf la-la. »
Je n’ai pas d’idées précises, c’est plutôt une émotion, une intuition, une vague vision, que je développe, en tâtonnant; c’est que je n’ai pas de mémoire, pratiquement aucune, j’oublie tout, chaque détail, les raisons, les gens, leurs histoires, tout comme mes cours d’histoire, ma culture générale, les règles des jeux de cartes, les livres et films que je regarde, sauf ceux visionnés cent fois, encodés par la force. les visages me disent quelque chose, j’essaie de comprendre d’où ils me viennent, qu’est-ce qu’ils me signifient, il faut qu’on m’aide à me souvenir. Je ressens un vide cervical, dans ces moments là, il faut que je me frotte le dessus de la tête avec vigueur, comme pour stimuler quelque chose, ce qu’il reste, ce qui fonctionne encore. Est-ce que j’ai pris trop de drogue ? Est-ce ma tête qui cherche à me protéger de mes pires souvenirs, ou est-ce que j’ai juste trop bouffé de sandwichs emballés dans du papier d’aluminium ?! Comme ma grand-mère, vais-je finir sénile, alzheimer, radotant, inquiet et agressif. Je lis «un roman français» de Beigbeder, il parle justement de son amnésie, et comme moi, il en souffre. Puis il y a ces gens oubliés qui pensent qu’on se fous d’eux, que c’est par snobisme, par mauvaise foi, si on se souvient plus de les avoir frenchés en secondaire 4. pourtant ça n’a rien à voir, c’est comme s’il faut vraiment que ça brasse fort pour rester imprimé et si ça brasse trop, on l’oublie aussi. Ça me réconforte de ne pas être seul à oublier, je ne me souviens absolument pas de mon enfance et j’ai perdu des grands bouts de mon adolescence, alors il y a cette phrase tout de même qui a attirée mon attention et retenue mon approbation, dans la lecture du Beigbeder, elle parle de la musique, cette musique qui, profonde et hallucinante, sait mieux que n’importe lequel exercice de mémoire, faire remonter des vagues de souvenirs enfouies dans les abysses de ce drôle d’intestin crânien, où tout à coup des bribes de conversations ou d’émotions vives, reliées à un passé incertain, ressurgissent sans qu’on ne comprenne trop pourquoi tout à coup, ça y est… il est écrit «la musique reste mon véhicule temporel préféré, le plus rapide moyen de ruminer le passé : je suis convaincu que ma collection de 45 tours grésillants contient l’histoire dont mon cerveau m’a dépossédé.» Pour avoir souvent pleuré sans prévenir, à l’écoute de certains vieux tubes, je pense que c’est pas mal ça.
En sortant prendre l’air, entre deux victoires, à Expozine, j’ai croisé un couple avec leur enfant. Le môme, visiblement fasciné par l’apprentissage de la temporalité, leur demandait sans cesse, dans un anglais aussi suraigü qu’insupportable, si on était l’après-midi. (suite…)
Merci B* de m’avoir fournit une expression servant à chapeauter l’impression que j’ai reçu de ma journée d’hier. Une des raisons qui font que la méthode est si difficile à acquérir est peut-être le fait que l’on sait pertinemment qu’il est possible de parvenir à des résultats sans trop s’en soucier. Parfois, cela semble même être une condition de succès.
Je suis parvenu à faire tout ce que j’avais à faire, en obtenant, pour chacune de mes tâches, un succès largement au-dessus de mes attentes, mais en suivant une démarche digne de M. Magoo. Le haut point de ce carnaval de la mitaine et de la logique floue a été le succulent poulet au cari que je me suis mitonné pour souper, qui s’annonçait dès le départ comme un désastre culinaire laissant ma cuisine dans les brumes des Nibelungen. Je vous épargne le récit des événements, car il n’y a pas de quoi se vanter. Tout semblait réussir malgré moi.
Que sait-on des sauces, et des effets?
Je n’ai jamais eu d’idée révolutionnaire. Je n’ai jamais écrit, ni publié sur les Annales du FAS un article pour la Chaire d’études André Serouille. Je n’ai jamais révisé, ni assemblé dans la cave d’Amygdale les 80 pages du 10e Fascicule du FAS. Je n’ai jamais acheté, ni vendu de produit dérivé du FAS. Je n’ai jamais passé quatorze heures dans un sous-sol d’église ni rencontré de sympathisants du FAS. Je n’ai jamais été coincée derrière une table minuscule avec d’autres activistes du FAS. Encourager le FAS et Expozine, c’est criminel et dangereux.
J’ai déjà raconté l’anecdote aux activistes présents lors de l’assemblage du 10e fascicule du FAS, spécial « zone oubliée » – presque déjà écoulé lors du dernier Expozine, soit dit en passant - mais je vais quand même refaire ici, pour le grand bien de tous, le compte rendu de mes plus récentes découvertes sur ce doyen de nos canopées qu’est le ginkgo biloba.
Lors de l’une de mes habituelles promenades dominicales dans le Mile-End avec T*, en passant devant une école primaire – celle où Mjack avait pris un jour la photo d’une murale bigarrée à côté de la BD qu’il était en train de lire – je remarquai par terre, au pied d’un arbre, un fruit étrange que je n’avais jamais vu auparavant. Ayant l’aspect d’une petite prune, d’une jolie couleur rosâtre et légèrement translucide, ce fruit avait, ma foi, l’air franchement appétissant. Spontanément, j’eus même envie d’en faire des confitures.
En levant la tête pour voir de quel sorte d’arbre provenait ce mystérieux fruit, j’aperçus avec ravissement un grand ginkgo biloba, que je reconnus évidemment à ses feuilles bilobées. Je ramassai donc le fruit, me disant que je pourrais peut-être profiter plus tard des vertus thérapeutiques du ginkgo.
En revenant à la maison, j’ouvris illico mon ordi pour faire ma petite recherche sur Wikipédia. J’y appris d’abord que, non seulement le ginkgo biloba était la plus ancienne espèce d’arbre connue – nous étions au courant – mais qu’il était apparu sur terre il y a plus de 270 millions d’années. C’est peu dire : il existait déjà quarante millions d’années avant l’apparition des dinosaures ! Autre détail intéressant : cet arbre a démontré, aux lendemains d’Hiroshima, une résistance hors du commun à la pollution et à la radioactivité.
Mais j’appris une chose encore plus étonnante : le « fruit » que j’avais ramassé n’était pas un fruit proprement dit, mais un ovule. Je vous explique la différence par une citation de Wikipédia, mon vocabulaire scientifique restreint ne me permettant pas de l’exprimer dans mes propres mots : « Le ginkgo est un arbre dioïque, c’est-à-dire que chaque arbre est soit mâle soit femelle [tout comme le févier dont je vous ai déjà parlé]. Sa reproduction très primitive est une étape entre la reproduction des fougères et celle des conifères et plantes à fleurs. […] Chez [ces derniers], l’ovule est très petit et grossit une fois la plante fécondée en accumulant des réserves de nourriture pour le futur bébé (la graine). Chez le ginkgo, l’ovule est déjà plein de réserves nutritives même si celui-ci n’est pas fécondé et dans ce cas, elles auront été produites en pure perte. » On compare donc l’ovule du ginkgo à un oeuf de poule, qui ne donnera un poussin que si la poule a été fécondée par le coq mais qui, dans le cas contraire, aura été produit inutilement par la poule, au grand plaisir des cuisiniers.
Cependant, l’ovule du ginkgo a ceci de particulier que, malgré son apparence attirante, il est loin de faire les délices de l’humanité, puisqu’il est non seulement toxique – il contient de l’acide butanoïque – mais extrêmement répugnant à cause de sa forte odeur de vomissure. On dit d’ailleurs que la plupart des ginkgo plantés en ville sont des mâles pour éviter la production de ces graines nauséabondes.
Je ne pus évidemment m’empêcher de porter le « fruit » à mes narines pour vérifier la véracité de ces faits. Il me sembla en effet détecter un légère odeur aigre-douce émanant du « fruit », me rappelant vaguement l’odeur d’un bébé venant de régurgiter. Mais je ne pus résister à l’envie d’en savoir plus : je me rendis dans la cuisine et d’un vif coup de couteau, je tranchai la peau du fruit pour en humer la chair.
Ouaaache ! Une puanteur des pires lendemains de brosse envahit la pièce ; un mélange de bile et d’huile rance qui ne nous quitta plus qu’après avoir jeté l’ovule à bout de bras dans la ruelle et ventilé la cuisine tout le reste de l’après-midi à l’air froid de l’automne.
Inutile de préciser que je n’ai pas cherché à en savoir plus sur les vertus thérapeutiques du ginkgo biloba.
Assis sur le rebord de mon lit, les mains devant le visage, je sanglote. Ma blessure est sans rémission, ma vie sans espoir, mon trouble sans accalmie. Ma plainte, si c’en est une, n’est perçue que de mon chat. Mes larmes ne mouillent que mes mains, cette lande stérile. Mes tremblements ne dissipent pas ma contrition; ma contrition ne jugule pas mes tremblements. Ma gorge est un noeud que je voudrais trancher d’un coup de dague. Je suis seul – ô combien triste et absolument seul – depuis des mois, des années, prisonnier d’un circuit dérisoire, passant par autant de tâches ingrates, saugrenues, inutiles. Je me bats, mais la lutte est vaine, je me rends et la guerre continue. Je suis tué et fragmenté. Je suis un gouffre de désespoir, un trou noir d’albédo zéro, et mon horizon est là où s’engouffrent les dernières lueurs.
La lumière est une onde
Comme ta chevelure blonde
Ou une particule
Comme tes yeux minuscules?
Las! Las! Las! Je ne me repais plus des lendemains qui chantent, car ils chantent tous faux! Tout m’est insupportable, abject, toxique. En un mot, c’est novembre.
Dans mon souvenir, il y a cette fille en cinquième année du primaire qui a des débuts de seins et un chum plus jeune qu’elle qui se fourre la face dedans à toutes les récrés. Elle porte presque toujours un t-shirt du Club Optimiste (par-dessus ses leggings). L’autre jour, je trouve un macaron du Club Optimiste dans un bazar. Je l’achète pendant que le vendeur me mate les seins.
Chaque printemps, on fait une sortie classe au port de P*. On observe les bernaches revenir de leur voyage dans l’sud. C’est plate alors pour nous appâter, les profs nous promettent une tournée générale à la fromagerie tout près du port, spécialiste en matière de « la crotte ». On se bourre la face aux frais de l’école (On saura plus tard que ce fromage n’a que l’apparence d’une denrée de sous-catégorie, sans en avoir le prix). Chaque printemps, c’est toujours la même sortie. Aujourd’hui, quand je contemple une envolée de bernaches, j’ai l’impression de voir des crottes de fromage fendre le ciel.
Un gars dans ma classe s’appelle Bertrand, on l’appelle Bernache pour rire, à cause de l’observation des bernaches. Un jour, il me donne une liste de tous les jeux de mots possibles avec mon nom de famille. La liste tient sur cinq pages. Aujourd’hui, quand je veux me punir d’une bévue, je me traite en silence de MacPuce, Marc’anus MariusPupus, Marcrotte…
Par une journée d’hiver post pijama-party orange-crush-crottes-de-fromage (les chips), je me fais traîner par un bigot quasi-inconnu (le père d’une nouvelle copine) à ma première messe. C’est l’affolement total : retard sur les mouvements de la foule, lipsinc laborieux. Une file s’allonge devant l’autel pendant que l’orange crush s’affère à une transsubstantiation en sueur dans mon pijama. J’espère me sauver la face en tirant la langue comme une pro devant « Le Pape », me fiant sur mon une expérience significative en matière de théâtre interactif (j’avais marché dans du Jello les yeux bandés au C* N* des Arts). Le moment venu, le bigot responsable de toute l’affaire me remorque violement par la corde de mitaine. Devant un public anxieux, il prononce ma sentence: « T’as-tu fait ta première communion mademoiselle ?» Ce à quoi je tente un « euh… j’pense que oui » incriminant. Aujourd’hui, le théâtre interactif me fait chier.
Une photo volée sur http://www.fotolog.com/500m/7967649

Notez, qui sort de la bouche du premier activiste, une langue en forme de bite.
J’ai assisté à la lente translation de mon prof de bio depuis l’esprit scientifique vers l’homéopathie. Translation douloureuse qui remettait en question sa sanité, sa foi en les nombres et son amour des éléments nobles du tableau périodique. Devant les objections faites grâce aux principes qu’il nous avait lui-même inculqués un peu plus tôt dans l’année, il répondait toujours la même chose « oui, mais ça marche avec les vaches! »
Mon prof de physique se disait neuro-diabétique. Il se vantait de ne pas ressentir la douleur dans ses cuisses. Se servant du matériel fourni par l’école, il se brûlait souvent, au fond de la classe, pendant les périodes d’exercices, sous les regards admiratifs des garçons réunis en conclave pendant que les filles travaillaient sur l’examen prochain, avec des pinces de métal chauffées à blanc, jusqu’à ce qu’une légère fumée nauséabonde de chair grillée se répande de la pièce.
Ma professeure d’atelier, de violon, de chant et d’arts plastiques avait une 13e passion : l’astronomie. En 1986, lors de l’éclipse de soleil, elle me donna une vitre qui me permettrait de regarder l’éclipse et d’établir, dès mes 7 ans, ma réputation de geek. Pendant l’éclipse, un exhibitionniste pénétra dans notre classe de mathématique et, dans la pénombre, nous avons tous aperçu son machin avant que le prof lui foutte une astique de volée, toujours dans la pénombre.
En secondaire 4, le responsable de pastorale et les profs de religion venaient faire du maraudage dans les classes de morale, histoire qu’on s’incrive en religion en secondaire 5, dernière année avant l’apocalypse. On a sauté sur l’occasion et on a profité de la crédulité de ces gens pour leur proposer un deal : on se met à cinq personnes, on est libéré de tous nos cours de religion pendant l’année et on vous fait une belle grosse recherche sur les cinq grandes religions (C*, J*, B*, I* et H*). On a donc eu tous nos cours libres où on allait fumer des joints dans les cubicules du département de musique et on a pondu un beau travail qui nous a pris une fin de semaine à faire. Je n’ai jamais cru en dieu, mais c’est à ce moment-là que j’en ai été le plus proche.
Un jour, un chien m’a jappé dessus et pendant 5 ans, j’ai fait le tour par une autre rue pour l’éviter même si on m’avait dit qu’il était mort.
Un jour, à onze ans, j’ai gagné tout seul à le revanche, mais en fait, j’avais perdu. J’ai pris ma revanche.
Quand j’avais neuf ans, je pensais que j’étais sourd. J’ai dit à mes parents que j’étais sourd et, devant le médecin, j’ai répété que j’étais sourd. Le pédiatre (un certain Dr P*), m’a regardé dans les yeux et m’a crié dans les oreilles que je n’étais pas sourd pentoute.
En secondaire 1, mon prof d’écologie refusait que les étudiants portent des vêtements roses. Si tu portais du rose, tu étais immédiatement exclus de la classe, sans possibilité d’appel. Un jour, on s’est organisés et les 36 étudiants, on portait un kangourou rose. Il avait fait la classe pareil. Plus tard, après le cours, alors qu’il refermait la porte de la classe en la prenant par la penture, quelqu’un (K*L* pour ne pas le nommer) la claqua violemment et le doigt du prof tomba, sectionné. Je l’ai revu 12 ans plus tard, il était aumonier à l’hôpital M*R*. Il m’a reconnu et a fui avec ses neuf doigts parce qu’une rumeur avait circulé comme quoi c’était moi qui avait claqué la porte.
Mon prof de chimie détenait un post-doctorat et chime nucléaire et travaillait part-time à Gentilly. Le problème, c’est qu’il était aussi atteint d’une terrible maladie de peau qui allait, on trouvait, toujours en s’empirant. 2+2 = 4.
Je ne suis jamais allé à mon party de retrouvailles parce que j’ai toujours pensé que quelques mois, c’est trop peu pour mettre de l’ordre dans ta vie.
FAS vaincra !
Notre tout dernier Fascicule du FAS, 10e de sa lignée. Nouveau look, nouvelle formule, même combat pour un quotidien délirant!
…à la vue de toutes mes fautes d’orthographe et grammaire, mais je m’en sens jamais la force de les corriger.
Il y a de ça deux mois, me semble-t-il, Joseph nous initiait à une littérature de pacotille qui invitait les hommes à devenir des mâles dominants et par là même conquérir une vingtaine de connes par mois (chiffres à l’appui). Sa technique était assez simple: ne se préoccuper que de soi, mépriser les autres et ne leur donner de l’attention que lorsque notre mépris les a réduit à la honte d’eux-même. Sa prescription contenait des trucs aussi caves que rouler les épaules lors de nos déplacements sur la rue, se concentrer sur le rack des filles lorsqu’elles nous emmerdent, porter des vêtements avec des couleurs agencées et surtout ne jamais entrer en communication avec qui que ce soit.
Salivant à l’idée de conquérir 20 connes par mois, j’écoutai l’Oussama en moi et me lançai dans l’aventure.
Après quelques essais, je me dis que j’étais peut-être déjà un mâle dominant, selon les standards de l’écrivain, parce qu’il semble que toutes ses prescriptions étaient déjà pas mal en place dans ma vie, et cela depuis des années, ce qui explique sûrement l’absence quasi totale de femmes dans mon entourage; donc accentuer mes travers de gros chien sale n’a eu que pour effet de chasser le peu de femmes qui acceptaient encore de me cotoyer.
J’ai abandonné l’alpha mâle pour l’oméga mâle; je me fais pas mal plus de fun en général.
À l’âge de sept ans, ma maîtresse d’école et ma classe au complet se ligua pour me convaincre que Dieu existait et que je devais être accompagnée pendant un an par un animateur de pastorale pour me préparer au baptême, puis aux autres sacrements que je pourrais recevoir en même temps que tout le monde. Ce que je fis sans la moindre objection de la part de mes parents.
À huit ans, mon optométriste convainquit mes parents que je souffrais d’astigmatisme en plus d’un début de myopie. Huit ans plus tard, ce verdict s’avérait faux mais ma vision était réduite à une peau de chagrin.
Le dentiste dit à mes parents que je devrais porter des broches car mes dents allaient être horriblement croches et que j’allais souffrir de l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.
Le médecin dit à mes parents que je devrais me faire recoller les oreilles si je ne voulais pas souffrir de l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.
Mon père m’emmena voir un médecin parce que j’avais les jambes croches et six étudiants universitaires vinrent confirmer le verdict. Seule une opération chirurgicale complexe parviendrait à régler ce problème esthétique qui sûrement allait m’attirer l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.
La mère d’une amie m’accusa d’avoir entraîné sa fille à fumer de la marijuana alors que celle-ci faisait de l’acide depuis l’âge de 11 ans, encouragée par ses deux cousins. La mère de cette même amie crut que la forcer à se débarrasser de tous ses effets personnels et regarnir sa chambre avec un mobilier et des décorations Ikéa exclusivement en noir et blanc – incluant un petit pierrot pleurant – était une bonne idée pour la remettre dans le droit chemin. L’amie en question n’en fit pas de cas.
Une fois par mois, pendant une semaine, une fille nous demandait à chaque récréation de vérifier si elle avait une tache rouge dans le cul.
Je compris que je n’avais rien à foutre de l’ostracisme de mes pairs et niai l’existence de Dieu.
Mon professeur de mathématiques fit allusion devant toute la classe à un film de cul célèbre qui portait comme titre mon prénom.
Mon professeur d’histoire déclara que la vie était comme un sandwich à la marde – plus tu vieillis, moins qu’il y a de pain. Il m’apprit également les trois caractéristiques du nazisme, que jamais je n’oubliai : négation de l’individu, culte de chef, exaltation de l’irrationnel.
Je décidai que mes pairs manquaient totalement d’intérêt et me trouvai des amis plus intéressants avec lesquels, des années plus tard, je militerais pour un quotidien délirant.
Je refusai d’aller à mon bal de finissants. Je ne suis jamais allée à mon party de retrouvailles.
Selon mon premier optométriste, si j’étais myope c’est que je n’avais pas assez marché à quatre pattes – quinze ans plus tard, il s’est présenté aux funérailles de mon père.
Mon prof d’art plastique était convaincu qu’il fallait croire en la réincarnation. Il m’a aussi dit qu’à mon âge, il me ressemblait.
Dans la maison où je suis né, des icônes suintaient du gras de porc. Mon frère avait un ami qui récitait le Je vous salue Marie à l’envers en pissant sur des pierres tombales.
Mon prof de math se prenait pour la petite Aurore et portait un surnom russe. Il a voulu me prouver qu’être catho, c’était pas parfait, mais que c’était mieux que d’être païen, athée ou de croire en la réincarnation. Selon lui, Georges Brassens était maniacodépressif (ce qui transparaissait dans sa musique). Un jour, mon prof de math m’a hypnotisé devant toute la classe.
Il y a la fois où la femme de mon frère m’a dit qu’il me détestait.
Mon prof de bio : « Les condoms ne protègent pas du sida. »
La femme de mon frère s’est fait frapper trois fois par la foudre avant qu’il décide de divorcer.
Mon prof de français m’a vanté les mérites des condoms extralarges, dit que Brassens était normand (ce qui transparaissait dans sa musique) et affirmé qu’il avait lu tout ce qu’il fallait vraiment lire. Selon lui, certains étudiants se sodomisaient en plein jour sous l’escalier en béton de la cour d’école.
Au sortir de l’école secondaire, j’ai commencé à militer pour un quotidien délirant.
Je ne suis jamais allé à mon party de retrouvailles.
FAS vaincra.
my sity is not far from Moscow.In USSR times,my sity was a close city(military),because this is a lot of military factory
- Dmitriy Boytsov
Si on la juge à la quantité de librairie qu’on y retrouve, on pourrait imaginer que Halifax est une ville plate. Pourtant on se rend rapidement compte qu’elle torche toutes les (suite…)
À l’occasion du rendez-vous des publications paradoxales 2009 (à Québec), des activistes du FAS sous le couvert de l’anonymat ont fait une :
Lecture publique du manifeste du FAS
En aucun cas… des fois, par exemple… pas tout le temps… juste quand ça nous tente… FAS vaincra!
Aujourd’hui on refait le big bang à l’envers; la température monte, la lumière, aspirée par ton corps, se dissipe. Je vois pourtant clair dans le noir et je plonge de l’escabeau couvert par les nuages, dans mon plongeon à travers le brouillard je vois se dissiper le croissant de ta lune et j’alunis. Ta respiration syncopée me rappelle qu’en apesanteur l’oxygène se fait rare, chaque expiration est un risque mortel, mais peu importe, il est inévitable que nous crevions d’amour parmi les étoiles; pour que nos cœurs deviennent des astres ensanglantés comme ultime trace du choc d’une comète et d’une planète, où les lois de la physique furent transgressées.
Nous sommes revenus sur terre lorsque ma mère ouvrit brusquement la porte du cabanon – ignorante que ce sasse empêchait le vide d’entrer – nous sommes morts étouffés…
Sous le regard éhonté des grands nous défilions sans trop comprendre, mais déjà mon esprit pointait vers l’espace et cherchait un nouveau moyen de m’évader de cette planète; ton trou noir aspirerait mon corps à jamais, depuis je passe mon temps dans mon atelier à concevoir un vaisseau qui me permettrait de m’évader dans la voie lactée.
En prévision de la prochaine édition d’Expozine, nous avons débuté l’édition d’un nouveau fascicule du FAS (le dixième!) qui sera fort probablement (mais dégage!) un spécial «Zone oubliée».
Je vous vois déjà, chers activistes, adoptant la position du vautour, grinçant du bec et maugréant : «Pourquoi Zone oubliée? Ça veut dire quoi? Pis c’est même pas drôle.» À cela, je réponds très finement : «Probable, mais dégage», vous invite à vous observer dans la position du vautour, et m’explique ensuite:

La «Zone oubliée», c’est l’espace d’un nouvel exotisme, le lieu de la frontière entre les chemins battus du quotidien le plus plat et celui du plus délirant, le désert de fibres optiques où Robodrigue éjecte sa carte à puce de l’entrejambe d’une cyberpute, le laboratoire où Amygdale, en émule d’Euj et Nism, se tranche le bras pour prouver une hypothèse scientifique, le Continent de plastique (Utopia?) où Julia Kristeva peut enfin vivre l’idéal collectiviste en se fondant corps et âme avec des ouvriers cubains, et j’en passe.
C’est dans une zone oubliée que nous fonderons, chers activistes, un phalanstère du FAS, où nous travaillerons ensemble pour connaître enfin la victoire.
FAS vaincra!
Rien de tel qu’un rôti de palettes avec des patates pilées. Je l’aime bien sur-cuit, presque carbonisé, avec des carottes et des navets qui mijotent dans son jus. Ce soir, je reste chez nous à péter.
Aujourd’hui, il m’est arrivé quelque chose de passablement délirant : je me suis fait embaucher comme scribe sur la rue.
J’allais rapporter mes bouquins à la BnQ, et en me cherchant un poteau pour ma bécane, j’ai croisé un vieux type – chapka, vareuse, un porte-document tout déchiré à la main – qui poussait comme moi son vélo entre les arbres, incapable de trouver une place vacante. « C’est-y pas une misère », qu’il me dit, et moi, croyant qu’il plaisantait en parlant du manque de rack à bécyk, je répartis ironiquement « Oui, tous les jours ». Mais le voilà qu’il se lance dans une tirade sur l’impossibilité d’obtenir sa carte du Parti Q*, et moi, par politesse, je n’ai d’autre choix que de lui offrir mon empathie, ayant déjà entamé la conversation. Il a une drôle de tête, et un drôle d’accent, pour un nationaliste; quand il prononce le mot « pays », ça sonne exactement comme si c’était G* V* qui parlait, qui chantait même, avec son acceso bien à lui. Toujours est-il qu’il réussi à m’enrôler dans une histoire de retranscription de documents, sans lesquels il lui sera impossible d’obtenir sa carte. On lui a dit, au bureau du parti, qu’il pourrait trouver un étudiant à la bibliothèque pour faire cela.
Je ne peux déjà plus le planter là. Je vais l’aider à trouver son… eh! Mais je peux faire ça, moi! Montrez-moi votre document (deux demi-pages, l’affaire d’une demie-heure). J’en demande vingt, ce qui est encore dix dollars de moins que le prix qu’on lui avait indiqué.
J’ai eu un mal fou avec les imprimantes de la BnQ, alors j’ai proposé d’aller à l’UQAM. C’était sur mon chemin. Mais ce ne fut pas de tout repos : le vieux, sans doute un peu sourd, parlait à tue-tête dans la bibliothèque. Ses papiers n’avaient rien à voir avec la politique. Il s’agissait de documents à faire parvenir à un avocat pour une affaire de succession d’une maison et d’une terre en Pologne. Il se disait maréchal ferrant, ce qui, je suppose, faisait de moi un scribe travaillant pour le compte la petit noblesse polonaise. Et même si la situation n’avait ni queue ni tête (à part peut-être celles de ses neufs chats, mais c’est une autre histoire), j’avoue que je commençais à y prendre goût. Les documents à retranscrire, écris dans un français approximatif, débitaient je ne sais quel charabia à propos de Fedex, de naturalisation, et de l’homme qui plantait des arbres. Le destin? Le voilà! Je n’ai pas pu m’empêcher de partager mon expérience de planteur, ce qui l’a entraîné à me parler des cerisiers qu’il avait planté sur sa terre. Mais qu’est-ce qu’il en a fallu du temps pour qu’un ordinateur se libère! Enfin, j’ai pu faire le travail et toucher mon pécule (je l’avais déjà reçu, mais je lui avait redonné, parce que c’eut été tellement facile de se pousser en courant, que cette idée en était venu à m’agacer). Ce à quoi il ajouta un billet de loto, prenant soin de me rappeler combien tout ceci était le destin, et combien les vétérinaires étaient tous des escrocs, etc.
Et que D* vous bénisse, m’a-t-il dit en me quittant.
Avec l’argent, je me suis payé un repas de saumon que je digère tranquillement. Et si je gagne le million, je ne dirai plus, avec Quine, que la loto est une taxe à la bêtise. Je rachèterai cette maison, sise dans la campagne polonaise. Les soirs d’automne, je me couvrirai de mon chapka en zibeline, et, me rapprochant du foyer en faïence, je contemplerai la cerisaie par la fenêtre.

Intoxicated Press étant toujours en lock-out, le reporter Herby Stup donne désormais dans le journalisme citoyen.
Binerie Mont-Royal – Un groupuscule révolutionnaire a investi un échafaudage situé en amont du Fameux Viande Fumée et Charcuterie, dimanche soir. Masqués de mousses carrées, ils ont également placardé les murs avoisinants d’affiches. Ils ont ensuite distribué des tracts. Du haut de la structure d’acier, ils se sont mis à scander, au moyen d’un mégaphone, un manifeste proclamant leur objectif de manière non-équivoque : « le FAS vaincra ! »
C’est une vieille caucasienne à la taille forte et à la voix stridente, mais elle a la grâce du cygne qui balbutie ingénument ses premières envolées. Notre première rencontre, il y a de cela deux ans, fût décisive : je savais qu’elle me traînerait aux confins de l’ascétisme, que pour elle, je me saignerais à blanc.
Ma nouvelle maîtresse de ballet a un patronyme qui se termine en ov. Un détail le fun qui incarne sans nuance la tradition. (Et ça tombe bien car je cherche dans mes activités quotidiennes ce brin d’exotisme qui puisse me consoler de ne pas pouvoir voyager quand bon me semble.) Son français est approximatif son anglais est un amalgame de mots français prononcés avec ce qu’elle croit être un accent anglais. Quant à son russe, je n’ai eu qu’à prêter l’oreille aux « insides jokes » qu’elle partage avec une des étudiantes, dont toutes les deux sortent hilares, pour conclure qu’elle maîtrise au moins cette langue correctement. Mais jamais je n’aurais douté que mes attentes en matière d’exotisme seraient comblées de façon aussi peu subtile. Ma foi, j’ai été servie. Et cette semaine, elle a atteint le sommet de cette gloire que je lui confie secrètement.
« Les garçons, les filles ! Pour faire les pirouettes, il faut penser que vous êtes le soldat ! Dur, dur, tronc solide, jambes comme les matraques! pensez que vous avez la kalachnikov dans les mains et Ratatatatatatatatatatatatatatatatatat !!!!! »
« Les garçons, les filles ! Pour faire le port de bras, il faut le bras solide. Toi, viens, frappe mon bras. Plus fort, plus fort, plus fort, plus fort, je veux avoir l’ecchymose. Choisissez, l’honneur ou le goulag ! »
« Les garçons, les filles ! Pour faire Adagio, il faut la mémoire. Pour avoir la mémoire, mangez le caviar! »
Juste pour ça, je la laisse me taper les fesses et me déboîter une jambe en public de temps en temps.
Ps : bulle pétée : Je « google-image » Vaslav Nijinski, figure mythique du ballet, dans le souhait de revoir quelques unes de ces gravures sur feuilles d’or qui datent du début du siècle et qui représentent le virtuose dans des poses et des déguisements assi magnifiques qu’improbables. Mais, horreur, je tombe sur une photo de sa tombe au cimetière de Montmartre. OUACHE !!! Ils ont transformé mon idole en un paillasse déchu avec des bottes de cow boy.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Vaslav_Nijinsky_tombstone.jpg