Le FAS est une entité polymorphe et polycéphale. Tous peuvent se réclamer du FAS et fonder une cellule d’action. Les sympathisants du FAS écrivent des textes répondant aux contraintes définies par des catégories. Ils sont d’abord publiés sur leur site, puis certains sont réunis dans des fanzines ou sous forme de recueils. Communiquez avec l’agitateur afin de vous joindre à notre lutte pour un quotidien délirant:
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FAS vaincra!
Je vous ai déjà parlé de ma vieille voisine indienne ? Elle est toujours là, sur le balcon, à surveiller les enfants. Elle ne parle ni français ni anglais, du moins pas plus que quelques mots, et j’imagine qu’elle doit souffrir parfois d’une terrible envie de communiquer avec d’autres personnes que les seuls membres de sa famille. De temps en temps, on se fait des petits brins de conversation ensemble, chacune dans notre langue, sans vraiment se comprendre. Dans le fond, ça ou dire salut ça va à ma voisine d’en haut, pour moi, c’est du pareil au même : un petit geste de bon voisinage, tout simplement. J’avais déjà réussi à déduire, à force de simagrées, que la vieille indienne voulait m’emprunter un râteau, mais là… J’étais en train d’attacher mes plants de tomates à leur tuteur en me disant que les coquilles d’oeufs, ça avait ben marché en ta cette année, quand elle s’approche et commence à me baragouiner quelque chose. Bien sûr, je ne comprends rien, mais je lui réponds quand même en français : ah oui, ils sont vraiment plus grands que l’année passée ! Dans l’embrasure de la porte, bébé au bras, sa fille me répond : c’est vrai, c’est ce que ma mère vient de dire…
Quoique celle-ci s’est passée sans trop d’anicroches. Mais en rentrant chez moi, un camelot m’envoie La Presse en pleine gueule. Je crois avoir un mauvais karma de Saint-Jean.
Depuis que j’ai perdu mon contrat à l’IUGM, je suis sans cesse ballotté d’un site à l’autre, où je trouve chaque fois de nouvelles opportunités d’y exercer les habiletés les plus délicates et presque saugrenues de mon métier, agent de sécurité. Entre toutes ces aptitudes, sans lesquelles le novice, communément appelé « le bleu », s’émousse comme une lame contre un récif, le cruciverbisme tient une place à part. Isolé dans une réalité souvent stérile, voire hostile, l’agent se transporte par cette activité dans un monde transfiguré au contact des mots et des énigmes. Il y goûte autant de doses minimes et édulcorées d’une sorte de bonbonnière de l’histoire et de la culture générale. Entre le nom des pyramides, celui des jupes en forme de cloche, des actinides et lanthanides, des conjugaisons au subjonctif imparfait et autres noms d’oiseaux, on a presque le temps d’oublier que l’on se trouve dans un garage à écouter des ambulanciers parler de leurs histoires d’horreur (y compris leur vie conjugale).
On comprend que l’on fait partie d’un monde plus vaste que celui des allées et venues de ces grabataires grognons et junkies jaunâtres, exactement comme le mot croisé se trouve dans un ensemble plus grand que lui-même, mais qu’il définit et qui le définit en retour par cercle herméneutique, et dont on entre et on sort comme d’un vice : le tabloïd.
Je dis « vice », car j’ai vu des gens développer de véritables dépendances au journal, dont ce petit vieux sur respirateur qui, chaque matin à l’IUGM, passait en chaise roulante devant mon poste pour voir si la pile se trouvait sur le comptoir de la réception. Chaque matin, il me jetait ce regard rempli d’espoir piteux, presque coupable, qui se changeait aussitôt en dureté insensible et cynique si la pile manquait à l’appel.
Eh bien! Moi aussi j’ai ce vice du tabloïd, voyez-vous, car j’y cherche la clé du grand et du petit puzzle, le mot-clé ou la clé des maux – pardonnez-moi ce jeu de mot pitoyable – le chiffre qui me permettrait de décoder la grammaire infiniment complexe de l’existence, l’Intention à l’Oeuvre – s’il en est une, et le pourquoi des choses, aussi. Au lieu de cela, je n’y trouve toujours que sept portes menant sur sept portes, des entrelacs toujours plus labyrinthiques de problèmes, de mystères, jusqu’à ce qu’enfin, irrémédiablement, je parvienne à une porte gardée par deux chien-gourous.

[Moi] : Ô chiens-gourou, salutations. Vous qui comme moi êtes gardiens et chimères, dites-moi : où mène cette porte?
[Chien-gourou 1] : Mortel, comment oses-tu seulement poser cette question, comme ton pied souillé devant ce portique! Bipède sans plume, va! Tremble plutôt que l’on ne te dévore!
[Chien-gourou 2] : Oui, par nature, tu es celui qui tremble, et nous ceux qui dévorons!
[Moi] : Mais alors, chiens immortels, ne sommes-nous pas de la même flamme? D’ailleurs, j’ai parfois l’impression que la nature me niaise…
[Chien-gourou 1] : Gallinacée impie! Ne sais-tu pas que l’oeil en pois-chiche d’Orus t’épie? Que de ses serres il pourrait t’écraser, homme, hummus ! Ah! Ah! Ah!
[Chien-gourou 2] : Wahouu! Wahouu!!!! Kik-kik ! Kik-kik! Tu aurais mieux fait de ne jamais naître!
[Moi] : Pourquoi cela? Je ne fais que me balader dans des labyrinthes…
[Chien-gourou 1] : Esprit fantasque et singulier, créature infirme! Tu ne sauras jamais ce qui se trouve derrière cette porte, car nous, qui sommes deux et plus puissants que toi, t’en interdirons le passage.
[Chien-gourou 2] : Ce qu’il dit n’est pas un mensonge!
[Moi] : Fort bien, chiens immortels! Pardon… gourous immortels! Mais, où en suis-je? Était-ce kan-chiens immortels? En quoi ma singularité serait-elle une infirmité? Et vous qui êtes deux, en quoi cela démontre que vous n’êtes pas des aberrations?
[Chien-gourou 1] : Nous sommes une race à part, bénie des dieux! Nous sommes le concept synthétique du chien et du kangourou!
[Chien-gourou 2] : Wahouu! Wahouu!!!! Kik-kik ! Kik-kik!
[Moi] : Mais je ne vous vois ni mains, ni poche!
[Chien-gourou 1] : C’est le grand Oeil d’Orus qui nous a créé ainsi, afin d’éviter que nous ne nous mettions les mains dans les poches.
[Chien-gourou 2] : Nous sommes les gardiens idéals!
[Moi] : Pour moi, vénérables Chien-gourous immortels, vous n’êtes que des avortons de l’oeil pois-chiche, et je crains fort que sans vos membres antérieurs, vous ne sachiez me capturer, et sans vos poches, me maintenir prisonnier. Je passerai sans peine entre vous deux.
[Chien-gourou 1] : Halte-là! Nous allons te mordre!
[Chien-gourou 2] : Saisis-lui les plumes!
***
C’est un peu comme ça qu’après 14 heures de travail dans un hôpital, j’avais tenté de m’enfuir. Je m’étais trouvé aux prises avec deux gardiens qui, sur ordre du sergent, m’avaient pris à bras-le-corps. J’étais parvenu à m’en déprendre, mais l’oeil de la caméra avait tout filmé. J’attends chez moi la lettre qui va me mettre à la porte.
« Combien d’artistes de performance ça prend pour changer une ampoule ? »
« Je ne sais pas, je suis partie après la cinquième heure. »
Imaginez la conversation entre un auteur célèbre du FAS – disons, Amygdale, par exemple – et une blogueuse sympathisante :
« Ça te tenterais-tu d’écrire des articles pour le FAS ? »
« Non, moé j’cross-post yienque. »
» Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail.
Dans la société capitaliste, le travail est la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique.
Les ouvriers ne peuvent-ils donc comprendre qu’en se surmenant au travail, ils épuisent leurs forces et celles de leur progéniture; que, usés, ils arrivent avant l’âge à être incapables de tout travail; qu’absorbés, abrutis par un seul vice, ils ne sont plus des hommes mais des tronçons d’hommes; qu’ils tuent en eux toutes les belles facultés pour ne laisser debout et luxuriante, que la folie furibonde du travail.»
Le 11 juin dernier, j’écoutais sur les ondes de Radio-Canada un entretien de l’animateur Patrick Masbourian avec Richard Arel, ex-propriétaire et fondateur du Madrid, lors d’une émission spéciale de deux heures consacrée au fameux restaurant sis au bord de la 20, à mi-chemin entre Montréal et Québec.
Après avoir raconté l’histoire de ses célèbres « monster trucks » et de ses non moins célèbres dinosaures, M. Arel déclara, lorsque l’animateur l’interrogea sur ses projets futurs, qu’il travaillait actuellement à développer « une forme d’énergie qui va transformer la planète au complet ».
Voilà, mes amis, la confirmation de nos soupçons sur la mystérieuse turbine aperçue dans le stationnement du Madrid au retour du RVPP.
Il y a plusieurs jours déjà, je me rendais, avec quelques amis, dans un local reclus, tout en haut d’un édifice si haut qu’il plonge ses voisins dans l’obscurité dès le milieu de l’après-midi et dont les fenêtres immenses surplombent la montagne. J’y passai l’une des soirées les plus marquantes de ma vie.
Au milieu de la pièce, des amas de nourriture et des bouteilles d’alcool jonchaient le sol, épars, en offrande à une occulte divinité païenne. Des individus arborant des costumes étranges et effrayants s’agitaient en tous sens, en proie à une transe spectaculaire. Ils agitaient des objets sonores et mystérieux, créant une mélodie envoûtante et un rythme irrégulier qui gonflait et se relâchait, telle la pulsation d’un monstre. Un instrument extraordinaire et incontrôlable imitait le chant des baleines.
Des faisceaux lumineux se réfractaient sur les murs en motifs changeants et multicolores. Sous les feux de la rampe, des adeptes de cette secte décadente exécutaient un danse effrenée. Avec des tubes de carton, ils construisaient des prisons pyramidales dans lesquelles ils s’enfermaient et dont ils se libéraient tour à tour. Ils les brandissaient comme une arme et s’en aidaient pour se repousser et se rapprocher les uns des autres.
Plus tard, un groupe s’attroupa et convoqua un à un les nouveaux venus. Une fois mon tour arrivé, ils m’assaillirent de questions sur ma vie intime et usèrent de ces renseignements personnels pour m’inventer un totem, que l’embarras me garde de vous révéler ici. Une prêtresse s’approcha de moi. Elle me versa un liquide froid sur la tête et m’oignit les joues et le front d’une pâte verte et visqueuse. Les gens applaudirent. Je venais de traverser le rituel immuable et traumatisant du baptême.
Une femme mystérieuse, au visage barbouillé de rouge, arborait un vêtement sur lequel se lisait un slogan sibyllin : la liberté et/ou la mort. Elle me captura en couvrant mes yeux d’une large bande de papier blanc pour m’hypnotiser. Elle me guida dans une cabane secrète et m’y enduisit le visage de poudre argentée tout en en psalmodiant des vers incompréhensibles. Elle me fit boire des élixirs magiques qui affectèrent mes sens et ma raison. Son nom était Spirit Duplicata et alors qu’elle transformait mon bandeau de papier en collerette extravagante, je fondis en larmes et lui avouai tout.
…
La famille des courges,
avec les mouches en quadrille,
se plaît à en découdre
et à partir en vrille.
…
Les galets du chemin,
tournent toujours le dos,
à ce qui les à vu naître,
à ce qui les garde au chaud.
…
Les asperges se rassemblent,
au grand dam des lucioles,
qui se frottent le ventre,
mais préfèrent les fagots.
…
Les laitues cessent
immédiatement d’être belles,
à l’arrivée des tortues,
qui les prennent d’assaut.
…
Les tomates se gonflent et se font pansues,
dans l’unique but de se montrer plus grosses
que la citrouille ou la pomme ou du moins la voisine,
parce que, pour une tomate, être grosse c’est aussi être vue.
…
J’ai fait tellement de correction dans ma vie, c’est juste comme épeurant quand j’y pense. On pourrait argüer que je suis, somme toute, assez jeune. Mais malgré ma superbe, et si je m’astreins à compter mes heures, je me rends compte des semaines passées à corriger textes par-dessus textes, phrases par-dessus phrases.
Pour le travail, les loisirs ou les études (mais beaucoup pour le travail parce qu’en bout de ligne, je me retrouve avec plus de fric dans mes sweatpants), j’ai relu, reconsidéré, réécrit, retapé, refusé, restructuré et modifié des centaines de pages de manuscrits, de textes de promo, d’argumentaires, de communiqués de presse, de pseudo-romans, d’études bidon, de tentatives d’essai (putain qu’j'ai de l’esprit), de fausses BD, d’affiches, de mémoires de philosophie, d’articles de journaux, de sites internet et de lettres de congédiement.
Mais plus que toute autre chose, ce que j’ai été amené à corriger le plus, ce sont des recettes de cuisine. Beaucoup de recettes. Une brouette de recettes. Des recettes jusqu’au plafond, jusqu’à ce que mes doigts me fassent mal et que ma tête ait envie de se lancer vers un mur. Ce travail est ardu et et plus long qu’il n’y parait : on croirait à tort qu’il suffit de corriger les fautes d’orthographe et schnip-schnap-schnip, tout est fait. Mais on se tromperait. Lorsqu’il s’agit de corriger des recettes, disons-le franchement, il faut corriger les erreurs corrigées par d’autres correcteurs, lesquelles ont déjà fait l’objet d’une correction. Au départ, je fus troublé. Je ne savais pas – et dans mon contrat on n’en parle nulle part – que la correction produit des métastases. Que c’est une espèce de traînée de rouille qui mange le texte à chaque fois que quelqu’un touche au document avec ses doigts plein d’humidité.
Prenons l’exemple du dernier livre, un livre de cuisine italienne de 176 pages écrit en anglais mais traduit simultanément en français pour une parution dans les deux langues. La version anglaise est corrigée par J* qui trouve une quantité invraisemblable de fautes et d’incohérences dans la version originale fournie par l’auteur. Quand je dis invraisemblable, je parle ici de dizaines de fautes par page pour un total de plus de 500 (des fautes qui vont des « Oliv Oil» , aux incohérences comme « Flavor» et « Flavour» dans la même page, aux décisions plus subtiles comme des coupures de mots mal faites). Pendant ce temps-là, A*D* traduit toutes les recettes en français à partir de la version originale anglaise (oui, avant la correction en anglais mais on n’avait pas le temps d’attendre). Au fur et à mesure que la traduction se fait, A* révise les versions traduites et envoie au graphiste les versions appelées versions 2. De la même façon, J* envoie au graphiste les versions anglaises révisées. Après le montage (on parle de 2 mois de travail), les documents sont révisés à nouveau. W* révise la version anglaise et trouve encore plus de 250 fautes! Le premier correcteur, J*, est un peu sermonné et se fait comme qui dirait montrer la porte, mais on se rend compte que le montage a lui-même entrainé des erreurs qui n’étaient pas présentes dans les documents word. Pendant ce temps, R* s’occupe de réviser la version 2 en français et trouve elle aussi une quantité démente de problèmes. Finalement, les versions 3 en anglais et en français sont relues par les patrons qui trouvent encore des centaines de problèmes…
Certes, le burn-out est proche et les plaies de chaise nous rongent le cul. Le goût de savourer le canon d’une arme à feu en vient presque à être une idée charmante. Mais, résilience oblige, on se dit que tout de même on avance, que c’est mieux que c’était au départ et qu’ils mangent donc tous de la marde les puristes francophiles!
Mais ce qui est le plus troublant dans cette expérience, c’est que je ne suis même pas si sûr qu’on avançait vraiment dans la bonne direction. Évidemment, les vraies erreurs ont pu être trouvées et corrigées. Mais après la version 2 dans les deux langues, les dernières modifications étaient bien souvent des questions de décisions éditoriales subjectives et la plupart du temps futiles. Par exemple : 1/4 tasse = 62,5 ml. C’est évidemment exclu de laisser ce nombre bâtard. Mais alors, arrondit-on à 60 ou 65? On s’entend que ça change rien à la recette parce qu’il s’agit d’huile d’olive, pas pas d’uranium 235. Mais une fois la décision prise, il faut s’assurer que les 1200 autres occurrences respectent cette convention. Et ceci est vrai pour toutes les conversions (1/3 tasse = 83,33 ml, 1 po = 2,5 cm, etc.) dans les deux langues !
Je me réveillais la nuit en sueur. J’avais l’impression de nettoyer une forêt de ses arbres tombés en sachant très bien que, même si ce sera mieux après mon passage, le temps que je finisse, d’autres arbres auraient eu le temps de retomber sur le chemin.
Aujourd’hui, à 15h, c’est terminé, les documents partent à l’impression. Je pense que je vais me mettre à la création d’une langue à la Julia Kristeva, dépourvue de voyelles et surtout de règles.
1 TSS = BHKBGRHH !