Qu’est-ce que le FAS?

Le FAS est une entité polymorphe et polycéphale. Tous peuvent s’en réclamer et fonder une cellule d’action. Les sympathisants du FAS écrivent des textes répondant aux contraintes définies par des catégories. Ils sont d’abord publiés sur leur site, puis certains sont réunis dans des fanzines ou dans des livres. Communiquez avec l’agitateur afin de vous joindre à notre lutte pour un quotidien délirant:

agitateur@frontdactionstupide.net.

FAS vaincra!

à la relecture du horla, pas lu depuis mon adolescence, j’éprouve non plus un simple sentiment de terreur, mais un agréable sentiment de complicité et de soulagement. les premières 20 pages me parlent directement, elles font allusion à ces moments où sans raisons concrètes l’angoisse monte en flèche dès le coucher du soleil, moments nocturnes où les comportements irrationnels et les terreurs enfantines me piochent la tête. cette angoisse, la même qui, lorsque je m’éveille couvert de sueur, me fait allumer une veilleuse dans la cuisine et la salle de bain, me tient en éveil jusqu’à l’aube en me torturant l’esprit avec mes problèmes, mes doutes, mes échecs. l’individu néfaste, se faire égorger ou étouffer, se faire observer, juger, triturer comme des doigts sales sur un bouton d’acné. j’y pensais aujourd’hui, assis dans mon bureau cloisonné, en tapotant le clavier d’ordi. ce bureau sordide, de ville d’anjou, où sur le boulevard Louis-Hippolyte Lafontaine je suis payé temporairement un prix surévalué à saisir des données assez inhabituelles. nouveau prix circulaire en vigueur le premier février: cerveaux bleus en jujube, 4.95$ le paquet…

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Poufiasse, 24 janvier 2012 [Triviale poésie]

Je suis passé par ici

Je  me suis gratté

la pierre de la roche

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al_hakim, 18 janvier 2012 [Bidons et autres contenants]

Un titre tiré par les cheveux, un texte peu inspiré : un retour sur le FAS?

Je pense – j’ai appris à quelque part que la preuve du cogito ne permettait pas prouver l’existence de l’être pensant puisque le tronc cérébral hallucine «je» lorsque je dors -, donc je suis, malgré mon sentiment de certiture, incapable de prouver avec certitude que je ne rêve pas.

 

Enfin, pour que tout ça soit clair, il faudrait que je parle de ben des affaires, dont le problème de la conscience autoréflexive, mais, franchement, qu’est-ce que ça changerait au fond?

 

Je ne suis pas sûr de ce que j’avance. Peu importe, tant qu’à y être vaut sans doute mieux se lancer. Ça pourrait sembler étrange, mais je ne suis pas sûr de m’être levé ce matin. J’ai l’impression que les souvenirs éthérées que je pourrais associer à mes «rêves» cadrent davantage avec «la réalité», même si je crois me rappeler de rien de précis, que la journée que je viens (???) de vivre.  En tout cas, depuis ce matin, je suis campé dans une posture de méfiance vis-à-vis ce qui m’entoure : essaie-t-on de me tromper?

 

Je pourrais peut-être bien vous glisser un mot ou deux sur la discussion que j’ai eu avec un ou deux collègues sur Camus (ça, je l’ai bien lu, Camus!), mais je l’ai suivi, la conversation, avec une tendre indifférence. Pourtant je le connais bien, lui. Enfin, je crois, du moins, il me semble. Avez-vous lu Camus, vous? Qu’est-ce qu’il dit? Pouvez-vous m’en citer des passages, comme ça, de l’Étranger, de La peste, du Mythe de Sisyphe? Nous n’en gardons que de vagues impressions.

 

Ça commence (ou ça se termine, peu importe) avec mon réveil. Un vague bruit qui se transforme en réveil matin qui sonne. Je le revois encore en train de tourner machinalement les pages du journal. Tu ne te souviens pas vraiment de ce qu’on y disait, hein?

 

C’est qu’ils ont terminé la journée par une rencontre, exactement de la même manière qu’ils ont abordé la suivante.

 

Et lors de la réunion, tu te souviens de leur air amusé quand tu as achevé de présenter ton point? C’est parce que c’était amusant ou parce que tu n’as finalement rien dit? Je ne sais pas, j’ai un souvenir approximatif des deux évènements. Peut-être se sont-ils produits en même temps? Pour trancher, il faudrait que nous nous adressions à ces dents ricaneuses. Elles le savent peut-être, elles.

 

Écris, écris, écris, travaille, montre que tu sais, que tu vaux… Attention!

 

Ça me dispense sûrement de toutes mes obligations, n’est-ce pas? Qui serait assez idiot pour rêver de son boulot futur ? Laisse tomber. Toutes ces conneries te font grincer les dents.

 

Et ce n’est pas tout.

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Bébé Astronaute, 17 janvier 2012 [Vol de contenus]

« Cardinal est une maison d’édition québécoise spécialisée dans la conception, le développement et la publication d’ouvrages gastronomiques, littéraires et pratiques ». Hé! Le FAS fitte dans toutes les catégories!

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« L’un de ces livres montrait des femmes en amour avec toutes sortes de bêtes, des chats, des oiseaux, des tigres, des chiens, des poissons et jusqu’à des poulpes qui, hideux, enlaçaient de leurs tentacules à ventouses les corps des mousmés hystériques. »

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Il est trois heures du matin et je viens de m’éveiller en poussant des cris mi-veau, mi-fantôme. J’ai fait un cauchemar. Comme je ne parviens pas à me rendormir et que ce rêve était, somme toute, authentiquement stupide, je vais vous le raconter.

Je suis à St-F*, mon village natal. C’est l’hiver, et mon voisin, un entrepreneur en construction, a déneigé la longue cour qui mène à son poulailler, ses hangars et son domicile avec le grand chasse-neige attelé à son tracteur. Mais il a fait un mauvais travail: le tracteur a laissé dans la neige tout un tas de traces et de sillons inesthétiques, et cela m’agace, aussi je décide d’égaliser le tout de mes poings en me traînant à quatre pattes. C’est la nuit, et je dois prendre garde de ne pas éveiller les chiens, surtout celui de son fils, dont la maison se trouve également le long dudit chemin. Alors je m’applique, avançant précautionneusement, mais résolument, vers mon but, le poulailler. De loin, je remarque qu’une voiture y est stationnée, les portes ouvertes et les lumières allumées. Les lumières de la maison du fils sont également allumées, ce qui augure mal, d’autant que je peux entendre le couple bavarder depuis leur chambre, comme dans ce reportage sur les chats que j’ai vu il y a longtemps et où on nous montre qu’ils peuvent entendre ce qui se passe derrières les portes et fenêtres, depuis la ruelle. D’ailleurs, c’est étrange, ce n’est pas la voix du fils, mais celle du père que j’entends sourdre de là. Alors j’avance, et parvenu à la hauteur du poulailler, j’entends les voix s’animer, comme s’ils se doutaient de quelque chose, tandis qu’à quatre pattes j’observe l’intérieur de la vieille Civic rouge pompier garée là. Les poules se mettent à caqueter, les chiens à gronder, la lumière de la voiture m’expose aux regards. Puis soudain, j’entends une voix s’exclamer : « le voilà, cet enfant! » Ils m’ont repéré! C’est alors que dans cette position humiliante, je me mets à bramer, mais en bramant je me dis autant leur faire peur, alors mon cri se change en une sorte de plainte menaçante et fantomatique… puis je m’éveille.

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L’an passé à peu près à une date semblable je devais être en train d’écrire un article sur le manque d’inspiration que je vivais par rapport à la production de littérature attrayante. Je m’imagine bien écrire un article sans intérêt, mais par là j’aurais peur de venir brouiller les esprits déjà affaiblis du FAS. Voilà donc une tentative tout à fait honnête d’éviter la fatidique situation que je viens d’évoquer; je la pressent être stérile et vaine malgré tout. Aucune relecture ou révision ne sera fait, il s’agit donc d’un test live de mes capacités à écrire un texte ayant un semblant de ma verve d’autrefois:

(Pause je regarde l’écran sans être capable d’y écrire un mot)

(je cherche une anecdote intéressante que je pourrais reformulée en éclat de verbiages amusants)

Voyez, mon cousin est DJ, il mix dans le 450 et connaît un certain succès, dans le milieux des bars de bronzés on le considère. Étant entre deux génération, dans ma famille, il n’y a personne qui a moins de 5 ans de différence d’âge avec moi dans ma famille, ils sont tous trop jeunes ou trop vieux pour avoir vécu une certaine symbiose lors de ma jeunesse. La frange plus jeune tourne autours de ce DJ et de ses réussites professionnelles ou artistique. Il fait de la musique de club du gros boum-boum pour faire danser la jeunesse. Bof… mon histoire va nul part, l’idée c’est que ma blonde visitait ma famille pour la première fois, et ma tante nous a tous fait assoir dans le salon pour qu’on écoute un CD de ce cousin, la musique était pas de circonstance et les vieux étaient pantois…

Bon je tâte un autre terrain… …

Je penses que je regardes trop le hockey et que je ne bois pas assez… (J’allume une clope) Ouais c’est ça je ne suis plus assez punk, plus assez fêtards et dépressif, l’angoisse m’attaque périodiquement et me rappelle à quel point je ne la connaît plus, je suis plus rarement en lendemain de brosse… Je vis l’angoisse comme un Lavalois qui n’arrive plus à payer son hypothéque, avant c’était grandiose, elle était toujours là à côté de moi, la honte m’étouffait, je me voyais aux côtés d’Eschyle, je voyais les murs de mon appartement comme l’ultime prison d’une existence tragico-fantastique et me confortait dans l’idée que mon désastre foisonnait de matériaux littéraires et ajoutait à la légende. Mais en même temps je suis toujours un déséquilibré, mais je voulais faire du Bergman moi, je m’en rapproche plus j’imagine… Peut-être que pour faire du Bergman il faut être un peu moins Panurge et un peu plus (J’allume une clope)… un peu plus, je sais pas, un peu plus confortable… Ça fait peur tout ça.

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Bébé Astronaute, 12 janvier 2012 [Vol de contenus]

Return to a Darker Age, un article paru dans le New-York Times, me rappelle drôlement cet article que j’ai écrit il y a déjà un peu trop longtemps sur les Annales…

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Louis Paspire, 9 janvier 2012 [Parasitisme révolutionnaire, Vol de contenus]
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Poufiasse, 7 janvier 2012 [FAS - Rencontres, Territoires troubles]

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Louis Paspire, 6 janvier 2012 [Bidons et autres contenants, Triviale poésie]

Ou comment jouer avec la signification divergente des mots français et québécois.

CQFD : une blonde en français est une cigarette et une petite amie en québécois

Je craque une allumette et me brûle les doigts en allumant ma blonde.

Elle me réchauffe de son doux souffle velouté.

Ses volutes sensuelles partent en fumée et dansent dans le vent.

Je roule ma blonde sur les chemins de traverse et apprécie sa sollicitude dans ma solitude.

Je la fume par les deux bouts, rend ses cendre à la terre mère et garde l’éphémère plaisir d’une vie passée à ses cotés.

 

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Louis Paspire, 5 janvier 2012 [Bidons et autres contenants, Mourir au Canada]
Bien le bonjour,

Quelle belle découverte que le FAS…
Lors d’un entrevue par Skype pour travailler à l’auberge du bout du monde de l’anse saint jean on m’a demandé : « 11 sept, complot ? ». Je leur ai répondu que pour moi c’était principalement le CELS’s Day ! o,O Du coup il a fallu que je leur explique ce qu’était le CELS…

Je suis français et ai travaillé 5 ans dans l’éducation nationale en tant que surveillant. Avec mes collègues et amis du lundi soir nous avions pris l’habitude de nous laisser aller à la folie douce qui nous habitait (et nous habite toujours) une fois les élèves couchés… le tout pour combattre la sinistrose sociétale par l’absurdité volutionnaire (Cf Alain Damasio dans « la zone du dehors ») . Le Club des Enculés du Lundi Soir (CELS) était né ! Nous nous sommes doté d’un « logo » : le fucking golden nain de jardin et allions de l’avant. Nous ne sommes plus collègues aujourd’hui mais plus que jamais amis, et le CELS vit toujours ! Lors du mariage de l’un des membre bien membré en juillet nous lui avons bien entendu offert un exemplaire du « golden fucking nain de jardin » et nous nous somme décidés à créer un CELS’s Day, anniversaire de la connerie humaine… le 11 sept fut unanimement choisie ! Ceci expliquant cela.

Bref lorsque j’ai expliqué tout ça à È. et P. ils m’ont regardé bizarrement, m’ont dit qu’il fallait que je connaisse le FAS et m’ont engagé !!!
Plusieurs mois que je vis avec eux et que ma lecture sur les toilettes sont vos livres… normal pour des annales !
Le FAS et le CELS sont bien cousins et en tant que membre du CELS je me permet de vous écrire pour que le CELS se joigne au FAS pour lutter pour un quotidien délirant !!!

Au plaisir de lutter à vos cotés

Louis PasPire


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Mysterious, 21 décembre 2011 [Vol de contenus]

J’hésite à classer dans «Activités culturelles cool», mais c’est sûr que je classe pas dans «Déprimer, c’est ok».

Ce lien est volé à l’activiste Robodrigue.

http://www.youtube.com/watch?v=O-hyVzTVDLg&feature=share

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Poufiasse, 16 décembre 2011 [Citations et aphorismes, Cool is Class War]

« Es-tu Français ? »

« Ben oui, c’est clair, heille, j’rentre chenous le soir, première affaire qu’euj fais, c’est cartonner vachement, toé ? »

 

 

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Vous connaissez le principe. On a fait un cadavre exquis sur Facesnatch. Mais comme personne n’arrive à plier son écran pour voir juste la dernière ligne, ben on triche un peu et ça donne ça :

 

En l’an de grace 2006, les agneaux se sacrifiaient pour mon grand plaisir dans un… (suite…)

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Bébé Astronaute, 27 novembre 2011 [Bidons et autres contenants]

Ça m’a presque donné le goût de recommencer à écrire sur le FAS…

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Poule de luxe, [Bidons et autres contenants]

« Sartre voyait de loin en loin Jacques Prévert et, une fois, il aperçut Gide ; mais il cultivait l’ellipse et ne raconta rien, sinon que Gide était fort habile au yo-yo : c’était un jeu à la mode et même il faisait fureur. Les gens se promenaient dans les rues, un yo-yo à la main. Sartre s’y exerçait du matin au soir avec un sombre acharnement » (Beauvoir)

 

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Mysterious, [Art is Evil, Vol de contenus]
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Bonjour,

Désolé du temps que nous avons mis à vous répondre mais notre service s’est vu débordé lors des dernières semaines.

Oui, il est vrai que les insectes ne possèdent pas de paupières et ne peuvent donc fermer leur yeux.

Au plaisir, M*B*

Insectarium de Montréal

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Amygdale, [Mourir au Canada]

Il va de soi du reste que « fantômes », « liens », « être suprême », « concept », « scrupules » ne sont que l’expression mentale idéaliste, la représentation apparente de l’individu isolé, la représentation de chaînes et de limites très empiriques à l’intérieur desquelles se meut le mode de production de la vie et le mode d’échanges qu’il implique.

- Karl Marx, L’Idéologie allemande

De Montréal à Ogoki

Une suite de bévues commises par nonchalance entraînèrent mon congédiement du musée où j’étais employé comme gardien. Nous étions en avril et la perspective de passer l’été prisonnier d’une ville humide et bruyante, dans un endroit somme toute ennuyeux, ne m’enchantait guère. Étudiant blasé et perclus, il me fallait du grand air. Je me décidai donc à offrir mes services comme reboiseur en Ontario. Un seul courriel suffit à me faire embaucher.

Tandis qu’à Montréal les arbres avaient revêtu leur feuillage vert tendre et que les déchets, libérés de l’emprise de la neige, virevoltaient librement dans l’air chaud, je préparais mes valises pour m’exiler vers des latitudes plus nordiques, où les lacs étaient encore gelés. J’apportai, en tout, un grand sac à dos et une poche de hockey remplis de ce que je m’imaginais nécessaire à la vie dans un bush camp : un matelas, une vingtaine de paires de bas de rechange, de vieux sous-vêtements, trois paires de pantalons de travail Big Bill, des chemises à carreaux et des articles pour la toilette. Il s’y trouvait également tout l’attirail du planteur, soit les bottes, une gourde en plastique surdimensionnée, un casque et des gants de jardinier. Enfin, l’outil essentiel, la pelle au manche court et à la lame étroite, affûtée et dûment identifiée à l’aide de bandes de duct tape de couleur.

Un bush camp, donc, c’est-à-dire un camp loin, très loin de toute civilisation. L’autobus qui sillonne le nord l’Ontario vous emmène généralement jusqu’à Thunder Bay, mais cette année-là, le jour prévu de mon départ, il s’arrêterait à Hearst. Il me faudrait donc me rendre de mes propres moyens à Longlac, où devaient nous prendre les foremans en camionnettes vers 17h le jeudi, pour nous amener jusqu’au camp par la Ogoki road. Je voulais à tout prix éviter de prendre le train, qui est la plus calamiteuse des limaces en termes de moyen de transport. Comme Longlac se trouve à 200 km à l’ouest de Hearst sur la Transcanadienne, j’estimai que j’aurais tout le temps d’arriver à mon rendez-vous sur le pouce.

Cette estimation devait s’avérer erronée. Flanqué de mes deux gros sacs, je passai toute la journée sous un crachin glacial à attendre au bord de la route, à Hearst. Un entrepreneur, qui faisait la navette entre les deux villes, me prit enfin, au moment où le soleil déclinait sur l’autoroute. J’arrivai à Longlac vers 19h, et bien sûr, tout le monde était parti. À l’hôtel, je téléphonai immédiatement aux bureaux de la compagnie. On me confirma que tous les planteurs étaient en direction du camp et qu’il me faudrait attendre le lendemain qu’une autre camionnette soit envoyée.


Illustration: BB Astronaute

J’attendis trois jours. Je dus changer de ville et me rendre à Geraldton. Mes deux nuits passées là, au Golden Nugget, me coûtèrent presque toutes mes économies. Au troisième jour, vers midi, après être revenu de la bibliothèque municipale, je vis un autobus faire irruption dans la cour de l’hôtel. Celle qu’on avait envoyé me chercher était la surveillante de la qualité pour la compagnie de reboisement. Elle s’appelait Karine. C’était une grande fille blonde, mince, à la forte ossature. Un peu timide, mais dévouée à son travail, elle avait déjà été planteuse. Elle savait ce qu’était le treeplanting et elle serait compréhensive envers nous, pensai-je. Encore une conjecture qui serait réfutée.

Je m’efforçai de sympathiser de mon mieux avec elle de mon anglais rouillé, schématique et un peu bègue. Elle m’expliqua qu’elle devait passer par l’aéroport de Nakina avant de revenir au camp. Elle allait chercher une équipe d’Ojibwés Eabametoong qui avait pris l’avion de Fort Hope. À sa façon de me regarder, je sentais que cette mission ne l’enthousiasmait pas outre mesure . Une fois embarqué, il faudrait conduire cet équipage à une aubainerie, le seul commerce de Nakina ouvert le dimanche, afin qu’ils puissent se procurer le matériel nécessaire, impossible à dénicher à Fort Hope. Alors que j’avais pris trois jours pour faire mes préparatifs, eux durent tout faire en une heure. Le résultat fut qu’on chargea un amas d’objets divers en désordre dans l’autobus, et une bonne quantité de chips.

Nous avions pris du retard sur l’horaire. K recevait des appels et semblait stressée. Une fois de retour sur la route, je me mis à socialiser avec les Indians. Il y avait John, le plus âgé du groupe; Danny, qui avait une dizaine d’années d’expérience comme planteur et se trouvait à ce titre le plus expérimenté. Il y avait aussi Mark, qui avait acheté une ligne à pêche bon marché et qui essayait de l’assembler. Les gars buvaient et mangeaient des chips dans le bus en s’envoyant des blagues et des regards chargés de sous-entendus. Puis, on se mit à se passer le calumet de la paix. À un moment, John me fit signe vers l’arrière, en portant à mon attention l’un de leurs camarades, qui avait l’air dans un état second, pour ne pas dire tierce. Je demandai à John la raison de son apparente stupeur et celui-ci se retourna vers les autres, qui s’esclaffèrent tous de rire. J’avais affaire au junkie du groupe, un certain Mike. Mike, avec sa moustache et sa beaver cut, ses yeux jaunâtres striés de veinules, passait instantanément d’un état de béatitude à une attitude de méfiance, redressé sur son banc. Puis, il retombait dans ses songes psychédéliques… (à suivre)

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Amygdale, 11 novembre 2011 [Mourir au Canada, Triviale poésie]

- Ding-dong! [La porte s'ouvre] Bonjour madame, vous allez bien?
- Bien je vais, Fabien
- N’ayez crainte, brève sera mon incursion en votre domicile
Un grand chapeau j’ai, mais sous ma redingote, point de missile
- … D’une telle pensée, j’avoue que j’étais loin
- Je suis représentant des Huskies de Rouyn
- Oui, cela se voit à votre écharpe, certes
- Vous savez que l’aréna sera bientôt ouverte?
- Je ne suis pas sans en être avisée
Puisque depuis ma fenêtre j’ai supervisé
Depuis un an le chantier et le vacarme…
- Eh bien le 24 enfin, elle déploiera ses charmes
Aux fans dont j’assume que vous faites partie
Et si je me trouve devant votre portique aujourd’hui
C’est pour que, comme tous vos voisins, sans hésiter
Vous bénéficiez…
- Mais c’est mon chum qu’il faut consulter
- Parfait! Je vous montre si fait de quoi il s’agit
On verra bien ce qu’on en dit
Voyez ici, 5 fois des 2 pour 1 sur les entrées
Ça fait d’emblée $75 d’économies
Voilà qui couvre déjà le prix du forfait
Et vous permet d’inviter vos amis
- Mais c’est plus mon chum qui est fan…
- Il n’y a pas de « chum » qui tienne, madame
De l’autre côté de la carte, les rabais pour le resto
Ne me dites pas que dans cette ville de pauvres
Vous n’aimez pas de temps en temps le repos
Qu’au retour de la mine votre chum dans l’alcôve
Ne mérite pas une sortie et un 2 pour 1 sur la bière
- Mais justement, de son patron il reçoit des billets gratuits
Et vos arguments ne m’émeuvent pas plus qu’une pierre
- Mais c’est parfait! Faites-en présent à Noël puis
Envoyez vos parents dans la chambre d’hôtel que voici
Où ils pourront dormir deux nuits pour le prix d’une
- Mais « 2 pour 1 », vous semblez n’avoir que cela en tête
- C’est vous qui, avec votre pierre, de faire deux coups d’une
M’avez suggéré l’idée. Comme je n’y suis pas pour la quête
Dites-moi à quel nom je dois inscrire le forfait
Nous prenons comptant, chèques, débit et crédit
Et je vous laisse mes coordonnées, ainsi
Si dans votre entourage il s’en trouve des jaloux
Qu’ils m’appellent et je soulagerai leur courroux

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Mysterious, 9 novembre 2011 [Activités culturelles cool]

Ce samedi 12 novembre, de 17h à 19h, aura lieu au Divan Orange le lancement du micro-livre Des nouvelles de ma tumeur (texte : David Clerson / illustrations : Vincent Couture) et le vernissage des oeuvres de Vincent Couture (Stade régressif des formes de vie inférieures du capitalisme tardif).

Buffet de poulpes et de créatures des abysses.

DJ J-F Hell.

Pur plaisir.

Plus d’information ici : http://divanorange.org/news/2011/11/08/expo-novembre-decembre-david-clerson-vincent-couture/

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L’Étranger – (…) la capture des animaux qui marchent présente elle aussi deux parties majeures.
Thééthète – Lesquelles?
L’Étranger – L’une concerne les animaux apprivoisés ; et l’autre, les bêtes sauvages.
Thééthète – Ainsi peut-on capturer des animaux apprivoisés?
L’Étranger – Oui, si tu considères que l’homme est un animal apprivoisé. C’est à toi de choisir : soit qu’il n’y a pas d’animaux apprivoisés, soit qu’il y en a mais l’homme est alors un animal sauvage ; ou bien l’homme est un animal apprivoisé, et on ne peut le capturer. Opte donc pour la possibilité vers laquelle va ta préférence, et fais en sorte de la développer devant nous.
Théétète – Je crois que nous sommes des animaux apprivoisés, et j’affirme que la chasse à l’homme existe bel et bien.

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Amygdale, 28 septembre 2011 [Bidons et autres contenants]
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Amygdale, 25 septembre 2011 [Triviale poésie]

Traduction libre de СОВЕТСКИЙ МИРНЫЙ ТРАКТОР , par Igor Baïkov.

Je vais parler d’un fait évident:
Sur les rives de l’Amour, en de vastes champs
Se trouve notre tracteur soviétique
À portée de six batteries asiatiques

Un salve frappe, les munitions criblent
Mais le conducteur a toute sa tête:
Il appuie sur les freins, et n’est plus cible
Au coeur d’une fumée de salpêtre

Le tracteur se braque contre l’ubac
Et du coup, l’agresseur, en guise de réplique
Pour nous inspirer la crainte du combat
Frappe d’une salve de missiles tactiques

Et notre conducteur, le capitaine Litvino
Regarde la carte et enclenche la nitro
Bombarde tranquillement Pékin
Puis s’engage en une courbe, serein

Au-delà de l’Amour il éteint le réacteur
Pour ne pas effrayer les chèvres et les moutons
Volant dans le ciel, nos fiers tracteurs
Enfin se ravitaillent en leur canton

Si l’ennemi à nouveau s’essaie
À troubler les récoltes fastidieuses
Sur ordre express de l’URSS
Nous envoyons les moissonneuses-batteuses!

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Depuis quelques mois déjà, Mysterious et moi menons des recherches très poussées en biologie – d’ailleurs, un livre rassemblant nos travaux les plus révolutionnaires devrait paraitre sous peu. Ce matin, j’étais en train de suivre une hypothèse sur l’apparition de nouvelles formes d’organismes vivants et j’ai fait cette étrange découverte :

Dans l’environnement immédiat de l’image, on peut aussi trouver l’hymne officiel du Pastafarisme francophone (que l’on doit chanter sur l’air de Funky Town).

L’univers entier a une
origine unique

Une origine vraiment chouette
et que moi j’aime beaucoup

J’y pense tous les jours

Pense tous les jours
Pense tous les jours
Pense tous les jours
Pense tous les jours, pense tous les jours
à à lui

Il faut y croire
Il faut y croire
Il faut y croire

Dieu est un Monstre
en Spaghettis

Oh Dieu est un Monstre
en Spaghettis

Oui Dieu est un Monstre
en Spaghettis

Baby Dieu est un Monstre
en Spaghettis

(Répéter)

 

http://site.lesdoigtsbleus.free.fr/monstre_spaghettis.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pastafarisme

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Bébé Astronaute, 16 septembre 2011 [Cool is Class War]

Il est 3h du matin. Un bruit inquiétant me tire du sommeil, semblable au cliquetis des chaînes d’un spectre traînant entre le monde des vivants et celui des morts. À mesure que les brumes se dissipent, je distingue plus clairement ce bruit métallique qui semble bien réel et ma foi, pas loin du tout. Je me tortille un peu et j’attrape mes lunettes à tâtons. Réussissant à m’extirper du lit, je me dirige à pas feutrés vers la porte d’entrée, encore un peu endormie. Puis je me réveille d’un coup sec. Le cliquetis de chaînes, c’est un voleur qui essaie de s’emparer de mon vélo. Sans réfléchir, j’ouvre la porte en criant « heille tabarnak » et j’entreprends de poursuivre le voleur, qui détale comme un lapin. Alors qu’il disparaît au coin de la rue,  je m’arrête sur le trottoir après quelques pas et fixe le regard sur mes orteils. Je réalise que je suis nu-pieds, et qu’il serait bien idiot de laisser la porte de l’appart grande ouverte au milieu de la nuit alors que je suis aux trousses d’un vulgaire voleur de bécyck. Une chance que je dors en pyjama.

C’est drôle les réflexes, je n’ai même pas pensé à ramasser la pelle de planting sur le crochet avant d’ouvrir la porte. Quand même, le gars aurait pu avoir un pied de biche dans les mains. En rentrant, je suis un peu nerveuse. Je me demande ce que j’aurais fait si quelque chose de vraiment grave était arrivé. Genre, un gars qui essaie de rentrer chez nous. Est-ce que j’aurais eu le guts d’appeler la police? Ha ha! La police! Il faudrait que ça soit vraiment grave – un cas de 911 genre – pour qu j’appelle la police. Sans ça, il sont bons à rien. Ce qui est drôle aussi, c’est que le gars qui voulait voler mon vélo, dans le noir, ressemblait un peu à mon ami T*, en un peu plus grand et un peu plus costaud. T*, si vous voulez savoir, ressemble quand à lui au gars couché dans un lit d’hôpital sur les paquets de cigarettes. Je m’imagine au poste, en train de dresser un portrait-robot, demandant aux policier s’ils ont des cigarettes.

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Amygdale, 12 septembre 2011 [Triviale poésie, Vol de contenus]

Haikus are easy
But they don’t always make sense
Refrigerator

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Amygdale, 9 septembre 2011 [Préparations au voyage vers Mars]

Où l’aventure spatiale est parfois un peu ennuyeuse

J’ai dit que j’avais pleuré un peu, une fois arrivé dans la demeure du vieil homme, parce que j’étais incapable d’articuler aucun mot en martien, mais la raison profonde est que je souhaitais me mettre un peu en scène, afin que l’on me prenne en charge et qu’on me tire du bourbier dans lequel je m’étais enfoncé. Après tout, j’étais sur Mars, j’avais vu la datcha, et puis mon imagination s’était tarie; qu’exiger de plus, au fond? Il s’agissait maintenant de ramasser deux ou trois cailloux et de rentrer au bercail.
Je sais! Il existe des missions qui prévoient que les cosmonautes resteront toute leur vie sur la planète rouge, mais je ne suis pas de ceux-là. Je ne suis pas trop le type colonisateur.

Les policiers arrivèrent enfin, et ils se mirent à me poser des questions, auxquelles je m’efforçai de répondre comme je pouvais. À la question « d’où venez-vous? », je levai mon bras et pointai un minuscule point bleu dans la voûte céleste : « Je viens de la Terre, je suis ici en mission d’exploration ». Une policière prenait ces informations en note, tandis que tous semblaient déjà échanger des conjectures ou des avis sur la marche à suivre. Ensuite, on me fit m’asseoir sur un banc isolé dans le compartiment arrière d’une petite fourgonnette, jouxtant la banquette où s’étaient entassés les policiers, et nous revînment à T*. Je buvais de l’eau pour tâcher de survivre à la chaleur suffocante qu’exhalait le moteur du véhicule, situé sous la petite table au centre du compartiment, jonchée de casquettes de flics, tout en essayant de coincer mes pieds sous le siège, pour éviter de m’y brûler. La route étant cahoteuse à souhait, il fallait bien se cramponner.

Nous arrivâmes au poste de T* où j’aperçus D* qui m’attendait. Assis devant une minuscule cellule où moisissait un type en attendant qu’on lui paie sa caution, je lui racontai tout de mon enlèvement. Il me dit que je pouvais me conter chanceux d’être encore en vie, et à ces mots je sentis s’élever en moi quelques objections, que je réprimai cependant. L’attente fut longue, mais au moins il ne me harcelait pas pour que je chante Le Temps des Cathédrales, ce qui était dans ses habitudes.

Puis la séquence exacte des évènements m’échappe un peu, mais certainement on me fit entrer dans un bureau (au quatrième, il fallait claudiquer dans les marches jusque là) pour faire une déposition. D*, qui avait appris le martien dans le ventre d’un tigre, agissait comme traducteur. Il n’était pas impressionné par mon jugement et mon sens du discernement, et à mesure que je racontais mon histoire, j’entendis plusieurs « дурак » lui échapper, qui culminèrent en un « идиот! » bien senti. Et moi, je ne trouvais rien d’autre à faire que de regarder la policière qui notait tout, puis le policier arabe, et de mettre tout cas sur le compte de la légèreté de l’être.

Mais oui, il y a des Arabes sur Mars. À vrai dire, Mars est à peu de chose près indiscernable de la Terre, à part bien sûr la couleur rouge omniprésente, et le fait que la gravité est trois fois moindre.
Comme dans ma déposition je mentionnais un ancien poste de contrôle transformé en dépanneur, que nous avions croisé au village avant de rejoindre la datcha, la préposée de nuit de cet établissement fut contactée et nous la rejoignâmes à un autre bureau. Il fallut remonter dans le bania mobile qu’était la camionnette pour se rendre à l’autre bout de la ville. Elle ne semblait guère enchantée de se trouver là et de me voir, mais on la priât de s’asseoir et de tracer un portrait-robot des jeunes qu’elle avait vus passer à son magasin la veille. Bien sûr, elle n’en avait gardé qu’un vague souvenir, aussi la tentative fut un échec. Puis, on m’invita à mon tour à m’asseoir pour tenter l’expérience.

Tracer un portrait-robot n’est pas une mince affaire. Un phénomène de gestalt fait en sorte que, si nous fixons bel et bien notre attention sur les traits saillants d’un visage, il s’avère que ces traits ne sont saillants que dans leur contexte, de sorte qu’il est très difficile, par la suite, de les identifier à partir d’une banque de traits du visage. Des sourcils, des nez, des oreilles… À mesure que le portrait s’assemble, on a l’impression de déguiser une image mentale fuyante de postiches ridicules, puis le cerveau s’adapte et recompose son image à partir des nouveaux éléments du portrait, ce qui fait en sorte que les deux images – celle du souvenir et celle du portrait – dérivent lentement pour s’amarrer dans un point arbitraire de l’espace caractérologique. Le résultat que l’on obtient ressemble à un personnage de jeu vidéo comme The Sims.

Avec le sentiment d’avoir tout juste obtenu la note de passage, je passai à un autre bureau, où sur un écran je vis défiler la racaille juvénile de la ville de T*, pour tenter d’identifier ceux qui m’avaient enlevé, mais sans succès. Il commençait à se faire tard, et lorsque nous repartîmes en direction du village de V*, il faisait déjà noir. Arrivé là, impossible de rien discerner dans cet amas de masures cordées le long de routes impraticables, menant souvent à des marécages, où nous nous sommes presque enfoncés à deux reprises. Il fallu renoncer et revenir à T*.

Revenu à mon hotel, je n’avais que cinq heures pour dormir, et pourtant la nuit me paru longue. Bien qu’exténué la veille, je m’éveillai une heure d’avance, sans cadran-réveil.

De retour au poste, nous passâmes à la clinique, où on me fit un examen. Je dus me déshabiller devant tout le monde, et ainsi exhiber les centaines de piqûres d’insecte que j’avais sur le ventre et sur les cuisses. On constatât que j’avais l’œil droit injecté de sang et que j’avais saigné de l’oreille gauche. Mais l’ensemble semblait viable, alors ce fut de nouveau l’équipée vers le village de V*. Cette fois, nous sillonnâmes les chemins de façon quasi-systématique, interrogeâmes les gens au sujet de cette datcha, dont j’avais fourni une description assez détaillée. Puis nous nous arrêtions occasionnellement et le policier arabe, qui semblait m’avoir pris en sympathie, mangeait des baies rouges dans un buisson en me questionnant sur la flore de ma planète d’origine. Comme possédé de l’ours mangé la veille, je goûtai à ces baies : elles étaient pâteuses, sans goût bien défini, mais elles ne présentaient pas de difficulté de mastication pour ma mâchoire endolorie. Pour moi, il y avait drame et urgence, mais pour les flics, c’était une journée de travail, aussi je devais patienter sagement, tandis qu’eux mangeaient leurs galettes de graines de tournesol en discutant de tout et de rien. Enfin, après moult tergiversations et après que je sois retourné au site où je m’étais éveillé la veille, il fallut rentrer, les policiers jugeant sans doute que nous avions brûlé suffisamment de mazout. Là-bas aussi, le pétrole, c’est la puissance.

Les officiers supérieurs s’impatientaient, alors il fut convenu que j’écrirais une note dans laquelle j’abandonnais toute poursuite contre mes agresseurs, en échange de quoi j’obtins une autre note grâce à laquelle je pourrais prendre une navette et décamper de là.

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Amygdale, 3 septembre 2011 [Préparations au voyage vers Mars]

Où je suis enlevé par des Martiens sur leur propre planète

C’était par une splendide journée de la fin juillet, à T*, dans une coquette ville martienne aux abords de l’Etna. Je fus pris d’une extraordinaire envie de boire de la vodka et de déguster un plat d’ours, ce que mon ami D* (que tout le monde croyait dévoré par un tigre, mais finalement c’est correct) m’avait promis. Nous partîmes donc, à bord d’un minibus délabré, jusqu’à une station à la frontière de la ville, d’où nous pûmes transiger avec un taximan la course pour nous rendre à un restaurant réputé pour ses banquets, où des serveuses en habits traditionnels vous apportent de succulents plats de gibier. Arrivés là-bas, nous nous installâmes à la terrasse, qui donnait sur un ruisseau, car oui, il y a de l’eau sur Mars, et où des enfants jouaient et des voitures passaient à gué, la route s’arrêtant là.
Nous nous assîmes et commandâmes aussitôt des chachliks, et des chachliks royaux, des champignons dans la crème fraîche, du bortsch, du pain noir, du jus de kiwi frais, des pelminis d’ours et d’élan, et bien sûr, du vin et de la vodka, ainsi que le plat spécialement conçu pour et savamment nommé « tout pour la vodka » (всё под водочку). Ce fût un délice, mais je fus seul à boire la vodka, D ayant renoncé à ce spiritueux suite à des abus commis lors d’une sortie à la datcha avec des camarades de classe. Le tout se terminât par des glaces au miel et une partie de billard russe à laquelle je jouai seul, D n’étant pas un adepte de ce passe-temps qui, il faut le dire, est extrêmement ardu là-bas, la table étant plus grande et les trous, plus étroits, tellement plus étroits. Puis arrivèrent G*, le frère de D, et un ami. Ils dînèrent, puis après une seconde tentative infructueuse de mettre à profit ces baguettes et cette table gondolées, nous repartîmes en direction de T*, où G pût me déposer à mon hôtel.
Hostel à vrai dire, où je téléversai les photos de mon dîner pour ensuite réaliser que, tout seul à 21h dans ma chambre, je m’ennuyais. Je décidai donc de sortir prendre l’air, histoire peut-être de prendre quelques autres clichés de la ville (et dans tous les cas, mû par la dialectique).
Je rencontrai par hasard une grosse fille à un arrêt d’autobus, qui elle aussi devait s’ennuyer, et après avoir rapidement fait connaissance, nous entrâmes tous deux dans un taxi et filâmes vers la banque, où je retirai une importante quantité de liquide, puis nous nous dirigeâmes vers le lac Blanc, où se tenait une danse party. L’ambiance était parfaite et j’étais très satisfait, alors je commandai de la bière et but encore, dansai, but, vomit, me fit montrer la sortie et partit seul retrouver mon hôtel, ce que je parvins à faire on ne sait trop comment.
Mais, arrivé là, je réalisai que je me trouvais en panne de cigarettes, alors je décidai aussitôt d’aller en chercher au magasin du coin. C’est là que je rencontrai une bande de jeunes qui buvaient de la bière, assis sur un banc en face des kiosques, de l’autre côté de la voie ferrée. Ceux-ci me demandèrent une cigarette, que je leur offris, puis je m’assieds avec eux et commençai à discuter. La proposition vint enfin d’acheter de nouveau quelques bières et de partir marcher dans la ville, ce à quoi j’acquiesçai, bien que j’eusse déjà bu pour, disons, une compagnie de lutins.
Nous marchâmes, marchâmes, nous arrêtâmes à quelques endroits pour boire et recruter de nouveaux membres, et bientôt nous nous trouvâmes une demi-douzaine à déambuler dans la ville et à boire. À un moment, je réalisai qu’on m’avait subtilisé mon appareil photo. Je me mis alors à traiter ma compagnie de voleurs et piquai une crise d’ivrogne, tentant de les attendrir en soutenant que j’avais travaillé très fort pour gagner cet argent, dans la forêt, et qu’ils ne devaient pas me prendre pour un boyard ou un bankomat. À ma grande surprise, l’un d’eux partit et revint quelques minutes plus tard avec l’appareil, et moi, plutôt que de m’enfuir, je décidai de pardonner le méfait et de poursuivre mon aventure. Nous nous dirigeâmes alors dans un parc où nous prîmes des photos idiotes. Puis vint la proposition d’aller à la datcha, proposition qui à vrai dire planait déjà depuis un certain temps et pour laquelle je nourrissais un enthousiasme débordant. Il fallut faire un autre retrait, acheter davantage d’alcool et héler un taxi, puis nous décollâmes pour la campagne.

La route fut agréable, mais tortueuse, et que le diable m’emporte si je rappelle du chemin. Mais elle en valait la peine : enfin parût la datcha, une si coquette petite maison non loin d’un village, toute en bois avec son toit pentu rouge. De plus, elle était équipée d’un banya et d’un barbecue. Dans la cour se trouvaient également deux serres où on faisait pousser des fleurs et des légumes. À l’intérieur de la datcha, on trouvait, dès franchit le pas de la porte, un foyer en brique, puis à droite un comptoir avec un frigo; au fond, un escalier menant au deuxième, tandis qu’à gauche se tenaient une table ronde et un lit placé contre le mur. L’ensemble était décoré de tapisserie et d’artéfacts pittoresques et je ne me méfiais pas le moins du monde, hormis de ce type au crâne rasé en tenue sportive qui semblait parcouru d’impulsions violentes. J’engageai avec lui une brève conversation et prétextai devoir aider à transporter des bûches au banya pour me défiler.
On trouvait ces bûches dans une petite cordée à l’arrière, accessible par un trottoir en bois. Mon chargement pris, j’entrai dans le banya, où déjà quelqu’un s’activait à alimenter le feu. Je déposai les bûches et en profitai pour jeter un rapide coup d’œil dans la chambre, où se trouvaient les bancs pour s’asseoir, ainsi qu’une demi-douzaine de plats en fonte laquée. J’avais pour ainsi dire vu la chambre secrète et atteint un des objectifs de mon voyage, et c’est le cœur plein d’enthousiasme que je retournai à l’extérieur, pris une photo de la datcha, discutai en martien avec un peu tout le monde, puis je rentrai pour continuer à boire.
J’engageai la conversation avec un jeune homme à qui semblait appartenir la datcha, et dont j’ai oublié la teneur, mais il semble qu’elle portait sur la Sibérie et peut-être la généalogie. Cette conversation durât environ 15 ou 20 minutes, peut-être plus.

***

Mais ici il y a une césure, car on me frappa violemment à la tête, avec une bûche, puis on me pilonna le thorax des pieds, avant de me brûler la main avec une cigarette. Lorsque je m’éveillai le lendemain, je réalisai immédiatement, avant même d’avoir ouvert les yeux, que je me trouvais à l’extérieur et incidemment, dans le pétrin. J’espérai une fraction de seconde avoir dormi dans la cour de la datcha, une espérance évanouie en un clignement d’yeux. Je constatai que j’avais tout perdu, jusqu’à mes chaussettes, et en fouillant dans mes poches je compris qu’on m’avait également pris mon passeport. Mes pieds, à force de piqûres d’insectes, étaient tout boursouflés, à l’image de ma gueule, comme j’allais le découvrir plus tard. De plus, mes pantalons étaient détachés, ce qui me porte à croire qu’on m’a fait des choses innommables, mais ce n’est qu’une induction faite sur un cas spécial d’abduction.
Donc, il fallut me lever et rattacher mes pantalons, et me diriger quelque part. Mais songez que je me trouve sur Mars, à 30 km de la ville la plus proche, en pleine forêt. D’abord, j’allai en direction d’un village, mais il s’y trouvait trop de clôtures, alors je rebroussai chemin. Comme j’entendais des bruits de machinerie sur ma droite, je m’y dirigeai, sans rien y trouver d’autre qu’une voie en terre battue, qui allait sans doute servir à construire une route. Comme cette terre molle était providentielle pour le vas-nu-pied que j’étais désormais devenu, et qu’elle semblait mener à un petit ruisseau, je m’y engageai. Après avoir bu au ruisseau, je rencontrai une paysanne, lui expliquai dans mon martien appris sur le tas que j’éprouvais des difficultés, ce qu’elle admit sans difficulté, et m’engagea à la suivre. Puis nous croisâmes encore une autre paysanne, puis un vieil homme, qui m’invitât à me rendre chez lui. Le vieil homme habitait avec son fils dans une cabane en bois rudimentaire. Il m’invitât à m’assoir, m’offrit à manger et à boire. Il me donna également une paire de vieilles sandales. Je mangeai, bu, pleurai un peu, car j’étais ému, épuisé, et je souffrais du dépit d’être incapable d’engager la conversation.
Puis ce fut l’attente et les policiers arrivèrent. La suite consiste uniquement en une quête vaine de retrouver la datcha, qui était vraisemblablement disparue comme par enchantement, ou pour mieux dire, téléportée.
Et c’est ainsi que je fus enlevé par des extra-terrestres sur leur propre planète.

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Dédale, 8 août 2011 [Triviale poésie]

les coquins mordent le rein
les coquets vivent de rien

mes coquelicots
fracassés contre la coque

« Yeah, you know…
Il avait une grosse coq. »

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Amygdale, 7 août 2011 [Préparations au voyage vers Mars]

Premier jour d’un voyage sidéral

On dit que le temps passe plus vite dans l’espace, mais c’est une erreur : confiné à ce petit compartiment cahotant dans les espaces évidés du cosmos, il semble que rien ne ressemble davantage à une heure qu’une autre; rien ne rappelle tant une conversation qu’une autre, rien n’est aussi néantisant, en somme, que le néant lui-même. Et j’ai perdu toutes mes bases de russe, ce qui fait que je suis réduit à les regarder manger des graines de tournesol et boire de la vodka dans des contenants hermétiques.

Pourtant, ce temps mort est bienvenu, car tout s’est déroulé si vite dans les dernières semaines : après un rude entraînement dans les Rocheuses, à des altitudes où l’oxygène se raréfie, j’ai mis la main sur une combinaison et une fusée, le tout en un temps record, à faire rougir Koroliov, puis j’ai réuni mon équipe et nous avons décollé, sans même prendre le temps de nous arrêter à la Station Spatiale Internationale. Qu’ils aillent se pendre, ceux-là, s’ils le peuvent. Nous, on file vers Mars, vers la Planète rouge, l’œil sur l’objectif. En ce moment, je ne peux m’empêcher de ressentir un brin de mépris envers ceux et celles qui rêvent d’hôtels sur la Lune, ou qui pensent déjà à explorer d’autres systèmes solaires. Vraiment, tout pour fuir la réalité!

Mais quel équipage! On ne sait parfois plus où suspendre son jugement. Et de regarder des revues de bagnoles! Sacrés Russes. Je ne peux pas leur en vouloir; d’abord, il faut chasser l’ennui, et d’autre part, il est évident qu’un jour, Mars sera une banlieue de la terre, avec ses centres d’achats et ses parkings, et on aura besoin de chars. Tout d’abord, il y aura de gigantesques serres, et comme Bradbury l’a bien compris, la vie y prendra tous les tours de la vie sur un ranch. Puis, dans 350 ans je dirais, on pourra y circuler avec des masques à gaz, et ce sera comme dans n’importe quelle métropole, somme toute. Et lorsqu’enfin l’air y sera respirable – dans 10 000 ans –, nous en aurons déjà fait une planète de plastique, un gigantesque dépotoir mauve et lilas. Nous serons alors en route vers une quelconque exoplanète. Mais (mais!) ce n’est pas demain, ce n’est pas demain. Il faut patienter, tuer le temps comme on peut.

Je crois que je vais aller fumer une clope dans le sas.

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Amygdale, 30 juillet 2011 [Mourir au Canada]

J e m’en veux d’avoir négligé de porter ce sac ventral pour des considérations esthétiques. Un pickpocket m’a eu au moment où je me disais « avec ce bras en l’air pour te tenir dans le métro, tu es une proie facile. » Les 15 secondes d’ouverture des portes n’ont pas suffi à me faire prendre conscience de l’affaire, et j’ai quitté la station tout nu, sans mes cartes, sans mon argent. Et puis je suis comme par hasard sorti à la station Kropotkine, près de l’ambassade canadienne, où je suis allé mourir. L’ambassadrice est une femme très occupée, mais également très attentionnée. Elle m’a laissé son numéro de cell; devrais-je la rappeler? Il me semble qu’il faudrait que les relations russo-canadiennes se réchauffent; comment lui faire comprendre? Et puis j’ai rencontré mon ami sibérien D*, un vrai de vrai raciste, machiste, avec cette déformation du nez qui lui interdit de ne jamais montrer autre chose que son derrière dans les photos. Il est insupportable, mais j’assure la note. Et le lendemain, ma chère L*, qui a de belles jambes et une verrue sur le menton, ce qui lui donne le droit de me donner un bracelet en cordon de coton rouge, noué sept fois, pour me protéger. Me protéger de tout, moi qui suis vraiment inapte au voyage. Et si jamais vous vous retrouvez seul avec deux gros types poilus de connivence dans une ruelle, remerciez le hasard (ou la nécessité) de vous avoir donné trois mois de planting et des muscles pour vous sortir de l’imbroglio.
Par contre, l’hôtel est sympa, la cour arrière donne sur une jolie basilique qui met tout plein de turquoise dans ma ville.

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Poufiasse, 20 juillet 2011 [Triviale poésie]

Sans faire dans la dentelle +

La tondeuse me coupera les cheveux =

Mohawk accidentel

 

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Amygdale, 7 juillet 2011 [Bidons et autres contenants]

J.ai l.habitude de me faire virer, mais qu.est-ce qu.il m.en a fallu du temps pour recuperer la conduite du « burban », le camion qu.on utilise pour amener les planteurs sur le block. Maintenant, je conduis tous ces jeunes en ville, dont deux francaises qui ont ete prises sur le pouce, detournees de leur but d.aller cueillir des cerises pour venir planter des arbres. Comme elles n.avaient aucun equipement, j.ai pris sur moi de leur en procurer. Je suppose qu.elles ont declenche en moi un instinct paternel. D.ailleurs, ces journees a faire du shopping et a m.occuper d.elles m.ont vallu les surnoms de « for the girls » et « papa ». J.ai la barbe du patriarche, il faut dire. Cet apres-midi, la plage. Ce soir, mourir. Non sans avoir assure ma posterite, cependant.

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« Tereza se souvenait des premières journées de l’invasion. Les gens retiraient les plaques des rues de toutes les villes et arrachaient des routes les panneaux indicateurs. Le pays était devenu anonyme en une nuit. Sept jours durant, l’armée russe avait erré à travers le pays sans savoir où elle était. Les officiers cherchaient les immeubles des journaux, de la télévision, de la radio pour les occuper, mais ne pouvaient les trouver. Ils interrogeaient les gens, mais les gens haussaient les épaules ou indiquaient de fausses adresses et une fausse direction. » (Kundera)

Prendre un quartier relativement achalandé et en retirer les titres et autres nominations (tout en noir) servant à l’orientation. Au matin, voir les automates simplement fonctionner. Et les nouvelles tronches se présenter pour se perdre. Et celles-ci chercher l’orientation et demander aux autres, qui devront (ré)apprendre les détails du quartier. _ Plusieurs variantes possibles et à développer en observation des premiers essais et/ou buts à atteindre. _ À suivre.

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le crouteux, 28 juin 2011 [Bidons et autres contenants]

Comment devenir un ninja et/ou gratuitement…

http://devenirunninjagratuitement.tumblr.com/

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Mysterious, 24 juin 2011 [Manger pour «vivre», Vol de contenus]

Une illustration tirée de Time Machine 1901, par Louis Rastelli.


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