Je m’approche d’un couple assis sur la terrasse du café Méliès, une cigarette dissimulée dans la main. Arrêté à leur hauteur, j’observe la dame qui observe son café. Je prends une seconde pour me demander lequel est absorbé par l’autre, puis me tourne vers l’homme. Je croise son regard ; il me tend son briquet d’un geste automatique.
Comme j’étais d’humeur allègre, je lui ai répondu sur un ton particulièrement cordial.
-Monsieur, vous avez lu dans mes pensées.
Plus allègre que moi encore, sur un ton qui eclipse ma propre bonne humeur:
-Ah-Ha! Tu le savais pas que j’avais un double-sens !
-(…)
Et dire que les gens regardent la télé…
Les MWHHA contre les WWKA from P45 on Vimeo
Enfin la paix entre Amygdale et Robodrigue!
C’était au temps des récoltes. Tandis que la nature exhibait, sur les étalages des marchés, son inquantifiable prodigalité, A* lui, en était réduit à une extrême frugalité. Il était progressivement devenu allergique au travail. Cherchant par tous les moyens à économiser le moindre sou, il avait pu constater combien les poivrons représentaient une aubaine à cette époque de l’année : on en vendait d’énormes paniers pour des sommes dérisoires, presque la moitié du prix courant. S’il avait sû faire des conserves, A* en aurait sans hésiter acheté une grande quantité et les aurait mis en pot pour la saison rude qui approchait. Mais il ne savait pas et d’ailleurs, son ex-petite amie était partie avec la batterie de cuisine.
Que fallait-il faire? Comment laisser passer une telle aubaine? À* cogita pendant des heures, des jours, sans trouver une solution à sa famine, jusqu’à ce que la réponse se présente en rêve. Dans ce rêve, il voyait des mains gantées blanches sur fond de drap noir manipuler un poivron, l’étirant à volonté en tous sens. Puis, un morceau de carton replié entrait en scène, dont les deux battants se déployaient lentement, révélant un tableau périodique des éléments. Comme en réponse à tous ses questionnements de cruciverbiste, ce tableau contenait la clé de l’énigme. La réponse était là : lui fallait un poivron extensible à l’infini, que l’on obtiendrait par des manipulations génétiques, voire physico-chimiques. Mais comment réaliser une telle chose? Qui avait les compétences — et la folie — pour seulement tenter un tel exploit? Pour trouver la solution à ce problème, il fallut à A* bien plus qu’un rêve. Il lui fallut un coup du destin.
A* était, certes, allergique au travail, mais il était également allergique à l’aide sociale, et pour vivre, il lui fallait du boulot. Il travaillait actuellement comme concierge pour une compagnie qui l’envoyait faire le ménage un peu partout dans le quartier industriel de la ville. Suite à des pressions syndicales exercées par des groupes de femmes, les concierges qualifiés uniquement en travaux légers gagnaient davantage que leurs homologues également qualifiés en travaux lourds. Sachant compter, A* s’en était tenu aux qualifications minimales. Il travaillait donc uniquement dans les bureaux, pour un salaire légèrement plus élevé. Cette fois, on l’avait envoyé nettoyer les locaux d’un laboratoire de recherche. Il y travaillerait de nuit, mais il serait tranquille, son casque d’écoute sur les oreilles.
Il se rendit là et fit ce qu’il avait à faire, mais vers onze heures du soir, quelqu’un s’introduisit dans les locaux. A* en était alors à sa pause et il entendit nettement quelqu’un tenter de crocheter la porte principale, et y parvenir! Il eu la chaire de poule et pensa à s’enfuir, mais sa curiosité l’emporta. Il alla donc jeter un coup d’oeil et parvins à repérer un individu, visiblement âgé et frêle, déambuler dans les couloirs, tâtant une à une les poignées de porte. Puis, le visiteur nocturne s’introduisit dans la cuisinette que A* venait de déserter. Il vint à A* l’idée saugrenue de l’intercepter. Il se posta donc à l’encoignure de la porte et attendit tranquillement que l’homme se retourne, ce qui fatalement se produisit, non sans désagrément pour l’intrus. Après qu’il eut évalué ses chances de déguerpir à « assymptotiquement nulles », le vieux renard joua le bluff : en découvrant légèrement un sarrau qu’il portait sous son trench-coat, l’homme s’adressa à A* d’un ton condescendant, en lui demandant s’il y avait quelque chose qu’il pouvait faire pour lui être utile. Mais A*, bien qu’il faillit mordre à l’hameçon, était encore trop stupéfait de cette rencontre pour répondre immédiatement. D’ailleurs, il avait bien entendu crocheter et vu l’homme à l’œuvre. Quelque chose ne tournait pas rond et pourtant, il n’avait pas l’autorité de faire quoi que ce soit. Du reste, ce n’était pas dans son descriptif de tâches. La seule chose que A* sû faire, ce fut de répondre par la réciproque, offrant en retour ses services à l’inconnu.
Le vieillard cogita un instant. La situation pouvait se développer dans tous les sens; il fallait prendre les devants. « Eh bien, dit-il d’un ton débonnaire, si vous pouviez m’aider les clés du labo, ce serait fort apprécié ». « Je ne crois pas que vos chances soient de les trouver dans la cuisinette », repartit A*, dont le sens pratique était irréprochable. La lumière de la lune, par une petite fenêtre à carreaux, parvenait jusqu’aux mains de l’intrus, qui tremblaient légèrement. Était-ce la peur? Était-ce la sénescence?
— Où donc se trouvent-elles », reprit le vieil homme.
— Je l’ignore.
— Vous mentez.
— Comment savez-vous?
— Vous clignez des yeux quand vous parlez. Ah! Si vous aviez ceux du pivert ou du cacatoès, vous pourriez me chanter tous vos airs sans que cela ne paraisse, mais là je vois.
— Mais… qu’est-ce que cela peut bien vous faire? Et d’ailleurs, même si je le savais, pourquoi vous le dirai-je?
— Dites-le-moi, et je ferai de vous un surhomme, l’être humain de demain.
Un surhomme. L’idée avait, pour certains esprits un peu roides, quelque chose de repoussant. Cependant, dans sa situation, il était impossible à A* de se croire l’aboutissement de l’évolution. Aussi était-il tout disposé à croire à un humain de demain, mais un « surhomme »?
— Oui! Un être d’exception. Un être dont toutes les faiblesses seraient transfigurées de façon magnifique, grâce à l’adjonction d’organes d’animaux parvenus au faîte de capacités spécifiques, dans des domaines de spéciation pointus dont la diversité ne connaît pas de limites. Vous pourriez voler aussi haut que l’aigle, plonger aussi profond que le cachalot et forniquer sans relâche, comme le babouin!
— Vous êtes une sorte de chirurgien esthétique, si je comprends bien?
— Je suis bien davantage que cela! Je suis Eugène Nîmes! Je suis un généticien visionnaire, doublé d’un praticien virtuose, cela va sans dire…
— Et vous pouvez tout pour moi? Je veux dire: la matière n’a plus de secret pour vous?
— La matière? Ne me parlez point d’atomes. Je suis biologiste, mon savoir concerne le vivant. Je suis le Karl Lagerfeld des tissus animaux, mais les collisions de particules, c’est pour les nuls.
— Ah.
— Quoi « ah »?
— Et bien, ce n’est pas clair votre histoire de surhomme. C’est que, vous savez, dans ma position, je suis plutôt subhomme, et franchir deux paliers comme ça, ça me donne le vertige.
— Ah, mais il est aussi bête que ce Euj!
— Quoi?
— Rien, je parlais à mon assistant.
Il n’y avait personne d’autre dans la pièce. A* poursuivi :
— Ce qui m’intéresse avant tout, voyez-vous, ce n’est pas de voler aussi profond que le babouin; pour cela j’attends la fin de la lutte des classes. Ce qui m’intéresse au plus haut point, c’est avant tout de manger à ma faim. Et pour cela, j’aurais cru que vous pourriez m’aider.
— Dites.
— Eh bien, j’ai eu cette vision voyez-vous, d’un poivron extensible à l’infini, que je pourrais sans cesse croquer et mâchouiller sans que jamais il ne perde en volume. C’en serait alors fini des disettes.
— Hum. Je vois. Mais ma spécialité, ce sont les tissus animaux. Quoique… Cela pourrait présenter un beau défi. L’avenir de l’homme serait-il végétal?
Le professeur Nîmes tentait d’évaluer les possibilités de constituer un végétal infiniment extensible. La forme du poivron avait quelque chose de la tête d’un zepoulpe; ses pensées se tournèrent naturellement vers le spécimen dont il était parvenu à produire une variété gigogne. D’ailleurs, s’il était possible d’implanter des gènes de crustacée fluorescent à des patates, pourquoi pas un gène de zepoulpe, caoutchouteux, élastique à souhait, à un poivron? Des ligues entières de crève-la-faim pourraient être rassasiées par ce produit peu coûteux en comparaison du zepoulpe, produit de luxe, toujours incessible aux classes laborieuses.
Par ailleurs, il avait semblé au professeur Nîmes, en observant une partie de rugby au cours de l’une de ses rares promenades de santé, que l’être humain bénéficierait grandement à développer son esprit de corps, sa capacité à se coaguler avec ses semblables pour exécuter une foule de tâches, jusqu’à s’échafauder les uns sur les autres pour atteindre, telles les fourmis magnan, des objectifs inaccessibles à l’individu isolé, aussi fort soit-il. Végétal et collectif : tel se devait d’être l’humain de demain. En se nourrissant de la sorte de végétaux modifiés pour accentuer leurs propriétés d’élasticité et de gluance, les hommes, par effet homéopathique, acquerraient les propriétés de ces végétaux transformés. Ils deviendraient eux-mêmes plus extensibles, plus souples, plus sociaux. Ne resterait dès lors plus qu’à leur assigner une grande tâche, à la réalisation de laquelle tendraient naturellement leurs nouvelles facultés.
— Ouvrez-moi ce labo, et vous aurez votre poivron, dit enfin le professeur Nîmes.
On a le beau jeu lorsqu’on place tous les politiciens dans le même panier. Dans le fond, moi je les aime bien. Surtout Jack. C’est qu’il m’envoie mensuellement une carte par la malle pour m’expliquer pourquoi Duceppe ne peut rien faire pour le Québec et à quel point Harpeur est méchant méchant. J’irais jusqu’à dire que je lui donnerais bien mon vote si les concepts de «Canada» et de «démocratie représentative» étaient signifiants. Récemment, j’ai eu l’idée de lui envoyer une invitation à son bureau de Toronto. Je me suis dit que boire une bière avec Jack, ça doit être vraiment cool dans le sens class war. En tout cas, c’est un projet à réaliser dans un avenir rapproché.
Je disais que j’ai de la sympathie pour eux (surtout Jack) parce que leur vie est pas facile, surtout quand vient le temps de répondre aux questions des journalistes. J’ai recueilli quelques perles lors de la conférence de presse qu’il a donné à Edmonton et qui avait pour titre (c’était ça que le ti-bandeau spécifiait en bas de l’écran) : plus de police pour combattre le crime.
Catégorie «toute est dans toute» ou «de quelle couleur est le cheval blanc de Napoléon»: Qu’elle est votre position sur la décriminalisation de la marijuana?
Catégorie «profession de foi» : Est-ce que vous croyez que la gêne occasionnée par la démission de vos deux candidats nuira à votre campagne?
À force de devoir répondre à ces deux mêmes questions en boucle pendant 10 minutes, Jack a effectivement fini par avoir l’air gêné. Ce que les journalistes n’ont cependant pas précisé c’est si cette gêne était le résultat du contenu des questions ou de leur forme. À vous de juger.
Quand j’ai repris semi conscience – état d’une durée de 20 à 45 minutes à mon réveil – j’entendais le son de plusieurs personnes qui couraient autour de moi, comme si elles se sauvaient toutes d’un Tsunami ou d’une allocution de Stéphane Dion. Pourquoi c’était pas des automobiles que j’entendais? Habituellement quand je me laisse tomber complètement saoul c’est sur le boulevard Saint-Laurent, en traversant d’est en ouest, c’est le moment où la fatigue gagne le combat, j’sais pas pourquoi, mais selon toute vraisemblance il y a toujours un automobiliste qui débarque de son char et qui me roule jusqu’entre deux auto stationnées, et là moi je dors paisible, caché entre les deux autos (ça empêche les étudiants du quartier de m’humilier, la preuve que le destin arrange bien les choses) et je me réveille en après-midi pour pleurer sur mon triste sort. Bien que ça ne soit pas l’idéal comme vie, je la traîne depuis 28 ans et je ne demande rien à personne.
J’ai fait un énorme effort pour ouvrir les yeux, je les aurais laissés fermés, surtout aussi tôt… jamais je ne les ai ouverts pour qui que ce soit ou quoi que ce soit, mais cette situation des pas de courses autours de moi me laissait perplexe. Comme j’ouvrais les yeux je vis de magnifiques jambes de demoiselles qui joggaient tranquillement, il y en avait plein d’autre autours, mais cette paire de jambe était quelque chose, faudrait les voir pour comprendre, j’ai levé les yeux pour voir si tout le reste était bien en place, et j’ai vu un visage radieux, en santé, des yeux foncés brûlant d’amour, et un nez fin et légèrement retroussé, elle avait attachés ses cheveux en tresse et elle portait un bandeau à la Rambo autours du crâne. Ce bandeau lassait présager qu’elle avait un certain goût pour les choses. Elle respirait la santé, le soleil devait la suivre partout, moi je respirait difficilement, ma peau devait être verte, mais devant le tableau j’ai lâché un « bravo! » qui est sorti sous la forme d’un glougloutement étouffé, elle ne l’a pas entendu, elle ne m’a pas remarqué et elle m’a lancé son gobelet d’eau à moitié plein plein au visage sans s’en rendre compte. Ça réveille d’un coup sec de l’eau au visage, même le soiffard le plus assommé.
Je me suis levé et j’ai vite réalisé que j’étais au beau milieu d’un marathon, le genre de truc que les gars de ma race ne voient que dans les films… qui fait un marathon? Sans blague moi tout ce que j’ai connu c’est la fête, l’idée que quelqu’un développe la forme physique nécessaire pour courir un marathon ça me dépasse; moi je suis le contraire de ces gens là, je n’ai absolument aucune ambition de réussite de quoi que ce soit, je n’ai aucun défi personnel, en fait je déteste, habituellement, les défis. Mais avec eux je me faisais mettre en pleine face que si je pensais tout ça c’était parce que j’étais un raté, bien que j’en soit complètement conscient et que le vie trouve toujours de nouveau moyens de me le rappeler, cette fois je réalisais toute la dimension et les niveaux où j’avais raté mon coup.
Les gens passaient autour de moi sans vraiment me juger, en fait ils ne me regardaient même pas, ils étaient en transe, chacun avait sa petite station I-pod accrochée au bras ou à la ceinture, et ils allaient droit devant. Ça me plaisait cette foule, il allaient tous dans la même direction, ils avaient chacun un numéro,, c’était la chose la plus plaisante, une super conformité où personne ne me jugeait, comme si leur tâche était trop importante pour perdre leur temps avec moi. C’est avec des gens comme ça que je veux être! Dans le fond je me frotte d’être en marge de la société, « mais je n’ai jamais demandé qu’à être comme tout le monde », si c’est aussi facile qu’un marathon alors j’y vais, juste à foncer droit devant et ne pas s’occuper des autres.
Quand j’ai raconté ça à Bernard à la taverne il m’a dit que c’était une histoire bien drôle et il a voulu me payer une bière. Je lui ai dit de la garder pour lui, que j’étais un marathonien maintenant et je me suis rassis à ma table pour terminer mon Stade Olympique en cure-dents.
Mercredi, je suis dans le Vieux-Port en train de bosser avec mon coloc. On pose des affiches moyennant un salaire de misère, mais on rigole bien. Une dame et sa fille passent à côté de nous et s’arrêtent pour nous parler. La dame: » Vous auriez pas l’affiche de Beethoven par hasard? » Nous: » Ben c’est quoi, c’est un concert, un disque? » Et elle nous répond, pas de joke, avec un air de dédain empreint de sympathie pour notre ignorance: » Ben non, c’est un être humain. » ………
Mon nom est Conquête.
Avec mes amis Pestilence, Guerre et Mort nous chevauchons tranquillement. Nous tournons au coin de St-Denis et de Mont-Royal, les gens se retournent aux claquement des sabots. À notre passage, la nouriture se putréfie dans les restos, la peur s’insinue dans les cerveaux, la terreur s’empare des bobos.
Pestilence esquisse un sourire d’anticipation contenue, un sac de retailles d’osties dans sa main et il en brise le sceau.
Un bruit de tonnere fendit l’athmosphère.
Il regarde un graphiste emo et lui dit : « Viens et regarde».
Je sors mon arc et d’une flèche je transperce la tête de Richard Martineau et brise ainsi le deuxième sot.
Je dis à un acteur, surtout serveur : «Viens et regarde».
Guerre à son tour s’avance et dans un crescendo de hurlements venant de la foule qui s’agite comme une houle, la bousculade éclate, les rixes s’enveniment et il reçut une épée.
Il trépane Francis Ready du revers de la main avec une facilité étonnante et ainsi se brise le troisième sot.
Il accroche un DJ par le collet et lui dit : «Viens et regarde».
Mort s’avance tenant entre ses mains une balance électronique, «une ecstacy pour dix piasses et un backstage pour le bal en blanc à 280» dit-il «et les micro-brasseries et la S.A.Q ne seront pas touchées».
Il sort un ziploc et brise le quatrième sceau en disant à une hippie aux pattes velues : «Viens et regarde».
Les membres de l’élite voient l’enfer qui le suit alors que du ciel l’orage éclate enfin et ‘une pluie de pigeons morts s’abat sur le plateau . nous fime retentir le didjeridou et a notre suite, descendirent vers le sud pour se jetter dans le bassin du parc lafontaine remplit d’huile à lampe parfumé, pris dans une petite boutique, pour que puisse commencer l’autodafé
L’homme sans qualité, tome 1 :
« [...] Telles étaient les pensées d’Ulrich. Il roulait comme une vague parmi ses frères-vagues, s’il est permis de s’exprimer ainsi;et pourquoi ne serait-ce pas pas permis, lorsqu’un homme qui s’est usé à un travail solitaire retrouve la communauté, et le bonheur de couler dans la même direction qu’elle!
Dans de tels moments, l’on est aussi éloigné que possible de penserque la vie que les hommes mènent, et qui les mène, ne les concerne quère, ne les concerne pas intimement. Pourtant chque homme sait cela, aussi longtemps qu’il est jeune. Ulrich se rappelait ce qu’eût été pour lui, dix ou quinze ans auparavant, une telle journée dans ces rues. Toutes choses étaient, une fois de plus, tellement belles ; et pourtant, il y avait très nettement, dans bouillonnant désir, le douloureux pressentiment d’un captivité; le sentiment inquiétant que tout ce que l’on croit atteindre vous atteint ; le térébrant soupçon que les affirmations fausses, distraites, sans importance personnelle, auront toujours dans ce monde un écho plus puissant que les véritables, et les plus singulières.«
Aronofsky, c’est le réalisateur de Requiem for a dream si ça vous permet de le replacer.
Le concept est vraiment cave en passant, je parles du concept de Robocop (cliquer sur ce lien pour une mise en situation du personnage), c’était plutôt, ouais, décevant, je voulais tellement le voir quand j’étais flo. À l’école tout le monde parlait de la première de Robocop à Super Écran, on venait tous de faire un revisionnement de Ghost Buster la semaine d’avant, il passait à Télé-Métropole, ça nous avait tous rapproché la classe de deuxième année « A » de Marie-Médiatrice. J’avais été couché chez un de mes potes du primaire pour le regarder – lui il avait super écran – et bon Dieu que j’avais été déçu! Mais quel imbécile ce robot; il y avait du mastic pour calfeutrer le vide entre son crâne et son affreux déguisement, l’acteur se déplaçait comme s’il était un robot, mais je savais bien qu’il avait séché ses cours de mime à l’école des acteurs. Tout était cheap, mais le topping sur le gâteau étai sa sale gueule d’homo à donner le goût de dégobiller toute la nuit je n’ai pas pu en dormir.
En me levant pour aller à la toilette, durant la nuit, il y avait l’oncle de mon ami qui habitait là en permanence (un joueur de Nintendo invétéré, maniaque de Nintendo, on l’avait déjà trouvé roupillant avec sa manette dans les mains devant son fétiche Zelda 2, je le trouvais dégoûtant), et bien ce salaud je l’ai croisé dans les toilettes et il portait un affreux genre de G-string crotté (on est en 87 à Pointe-Calumet) et il était passé devant moi à moitié nu, il s’en allait, résolu, regagner les bras de Morphée sous la musique redondante de Zelda 2 qui devait jouer en permanence dans ses deux oreilles. Je suis retourné en courant dans la chambre de mon ami en attendant que le jour se lève et que je puisse rentré chez moi, là où il n’y avait pas d’oncle oisif* ni de Robocop.
Voilà donc ce que je pense de Robocop, pour moi c’est ce raté d’oncle de M* qui était dans ma classe en deuxième année primaire. Alors Aronofsky t’as déjà un spectateur de moins dans ta sale salle de cinoche!
* J’allais avoir un oncle beaucoup plus oisif que l’oncle de M* qui allait venir hanter ma maison de l’âge de 11 à 14 ans.
Vous l’ignoriez peut-être, mais ben au nord de Montréal, dans le village de l’Anse Saint Jean, se trouve une cellule de sympathisants du front d’action stupide. Je vous transmet une communication reçue récemment:
Depuis quelques temps, sur la route pour le boulot, il y a des travaux assez longs. comme la distance est d’environ 3 km, il y a un véhicule escorte sur lequel on a fixé une grosse pancarte orange « suivez ce véhicule ».
À chaque matin je pense au gars qui conduit, à faire les même trois kilomètres aller-retour toute la journée à une vitesse moyenne de 20km/heure. pis ça me déprime un peu. je me demande chaque fois comment il peut trouver la motivation de passer à travers sa journée.
Hier je l’ai découvert. c’était écrit sur sa plaque d’immatriculation depuis le début : FAS 109.
Il n’y a qu’un seul monde. Je fais partie de ce monde, j’en suis indissociable. Je ne connais de ce monde que ce dont je fais l’expérience. Pour moi, « le monde » et « mon expérience du monde » sont indiscernables. Dans mon monde, je fais la rencontre d’autres individus, qui comme moi ont leurs perspectives propres sur le monde. Comme je ne connais du monde que ce dont je fais l’expérience, je suis forcé de prêter mes expériences à ces individus pour les comprendre, et en particulier anticiper leurs influences sur ma vie. Eux aussi m’aident à les comprendre sous la forme privilégiée, mais non exclusive, du récit de leurs expériences. À partir de mon vécu, je reconstruis ces expériences et je les transpose sur l’idée que je me fais du vécu de mon interlocuteur. Plus je souhaite connaître les autres, plus je dois enrichir ma propre expérience de matériaux qui servirons à ces reconstructions. Plus je souhaite connaître un autre individu, plus je dois me l’approprier par ma propre expérience, directement ou indirectement. Mais, plus il est miens, plus il devient imaginaire.
Publié sur Locus Solus.
Aujourd’hui, quelqu’un a téléphoné chez moi pour le compte de l’institut de psychiatrie de l’UdeM.
« Pour chacune des questions suivantes, répondez par oui ou par non. Au cours de la dernière semaine…
- les gens m’agaçaient (oui)
- je me sentais déprimé (non)
- j’avais de la difficulté à me déterminer à finir mes projets (oui)
- j’étais triste (oui)
- j’étais heureux (oui)
- je me sentais seul (oui – rire, larme)
- mon sommeil était agité (non, mais c’est faux)
- j’aimais la vie (oui).
Ou c’est cet homme qui est le diable ?
Pouvez-vous le tolérer en tête d’affiche de nos annales?
Publierez-vous plutôt une série d’articles afin qu’il disparaisse au plus vite dans les latrines du FAS ?
En tout cas, son quotidien est pas mal délirant…
