J’avoue! J’ai acheté et mangé du Cheez Whiz parce qu’il était en spécial. Je sais, c’est un acte de pur nazisme. C’est très très dégoûtant et dangereux. J’ai encouragé les crimes très sales et très graves des vulgaires terroristes de Kraft en laissant Kraft pénétrer chez moi. Je suis une lâche et je ne vaux pas mieux que ces monstres complètement pourris. Pardonne-moi André!
Mon propriétaire se laisse vachement désirer ces temps-ci. Le plafond de la salle de bains a coulé pendant plus d’un mois avant qu’il daigne enfin envoyer un plombier aussi édenté qu’allophone pour patcher les tuyaux. Bon, faut dire qu’il était parti deux semaines en Floride, mais moi, je pense qu’il était parti plutôt en Colombie, sûrement en train de traficoter une autre affaire louche.
Il dit toujours qu’il va venir demain ou dans deux jours, puis il vient gratter un petit peu le bobo pour faire semblant qu’il a commencé le travail. Là, au moins, c’est pas si pire, il est finalement venu boucher le trou béant qui exhalait des spores de moisissures dans toute la maison depuis une semaine.
Je stresse encore plus ces temps-ci parce qu’il a envoyé un avis de reprise de logement à V*, ma voisine d’en haut – une autre folle, on s’entend bien elle et moi – qui habite là depuis vingt-cinq ans. Il a essayé de la fourrer avec une histoire de dates fabriquée de toutes pièces qui légitimait son avis envoyé un mois en retard. Or, à force de me crêper le chignon avec V*, j’ai fini par lui signer un papier qui disait que S* n’était pas, comme il l’affirmait, hors du pays en février, puisque je l’avais vu avec son gros boyau pomper le reflux dans la cave de A*, mon voisin d’à côté – qui, en passant, est un gros geek qui sait même pas qu’il est gros et qui pense bien paraître sur sa photo d’employé du mois avec sa petite cravate pis sa chemise jaune banane.
En tous cas, je me souviens très bien de ce jour-là parce que j’étais lendemain de brosse et qu’en plus d’avoir un mal de tête terrible, j’avais une soif ardente et ça m’a foutu dans une colère épouvantable de m’apercevoir que cet enfant de chienne – mon propriétaire – avait coupé l’eau sans m’avertir. Alors quand je suis sortie pour aller au dépanneur et que j’ai glissé sur la patinoire qui s’étalait devant ma porte, je vous dis pas…
À un moment donné, j’étais rendue tellement exaspérée que quand L*, mon collègue, qui a son cours de pyrotechnicien, m’a offert à la blague d’aller faire exploser un char pour moi, j’ai vraiment cru que c’était une bonne idée. Après tout, mon propriétaire est italien et ça aurait pu facilement passer pour un de ces coups fumants qu’ils s’administrent périodiquement entre eux.
Parce que vous n’allez pas me faire croire que le feu dans la boulangerie l’an passé est parti du four. Je le sais, c’est à lui ce bloc-là aussi, c’est son numéro de téléphone sur la pancarte à louer, et je suis sûre qu’il n’y a pas que moi dans le quartier qui lui en veut. D’ailleurs, il est tellement sans scrupule que c’est probablement lui-même qui a foutu le feu pour empocher l’argent des assurrances. Quand j’ai vu son numéro de téléphone sur la pancarte, je me suis dit tout de suite que je devrais enfin en profiter pour aller me chercher quelques petits bulbes d’iris dans le carré de terre qui s’amenuise à côté depuis que le local est vide. Comme ça, j’aurais au moins soutiré à S* un petit quelque chose. Ben tabarnak, je sais pas comment il a fait pour savoir ça, alors que je reluque ces fleurs-là depuis des semaines, mais le même après-midi, il est venu tout jeter dans sa maudite poubelle verte qui traînait pleine de plâtre à côté de chez moi depuis deux semaines. Heureusement, il l’a laissée traîner là comme d’habitude et le soir venu, je suis allée rescaper deux trois iris parmi les clous et les tessons de bouteille.
Tout ça pour dire que j’ai trouvé une subpoena dans ma boîte aux lettres et que je dois aller témoigner pour V* à la régie du logement vendredi. D’ici là, j’espère que S* va venir finir la job dans la salle de bains parce qu’après, il va sûrement vouloir se venger en étirant la sauce jusqu’à la fin de l’été. Au moins, si je croyais en Dieu, je pourrais toujours me consoler en sachant qu’il finira dans le brasier, mais jusqu’à maintenant, tout ce que j’ai trouvé pour apaiser l’amok qui s’enflamme en moi, c’est d’aller placarder des affiches partout où il appose ses pancartes à louer:
« Boycott S*! Comment pouvez vous encourager S* alors qu’il utilise de sales mensonges à des fins criminelles? Faux rapports, fausses preuves! Des crimes très graves et très sales ont été commis par S* et vous, vous continuez à l’encourager en laissant S* pénétrer chez vous. Lâches! Pourquoi? Parce que vous n’êtes rien d’autre que de la marde de pourris. »
Jeudi passé je suis allé passer une partie de ma soirée au centre Clark où j’ai obtenu une résidence pour l’hiver prochain. J’avais reçu une invitation facebook dont la petite image laissait deviner un homme dont la tête était recouverte d’un truc de meneuses de claques bleu métallique. Comme l’artiste était français il aurait probablement parlé d’un truc de pom pom girl au moment de l’enfiler durant sa performance, mais j’allais me rendre compte plus tard qu’il avait changé d’accessoire et préféré une perruque de clown rouge.
Ma relation avec le centre Clark est assez ambivalente. Je connais quelques personnes, dont J*, qui gravitent autour ce de centre et parfois j’ai de la difficulté à ne pas mettre en doute leur crédibilité quand je les écoute théoriser sur leur production. Moi et ma soeur disons d’ailleurs affectueusement de ces gens qu’ils sont de «l’école du tas d’affaires à terre et de la petite goute de peinture sur le mur» parce qu’une majorité des expos qu’on y trouve démontre une préférence pour les installations présentant ou évoquant d’une manière ou d’une autre un tas d’affaires à terre ou une petite goutte de peinture sur le mur. Des fois c’est tellement systématique que s’en est presque cute. Pourtant ces mêmes personnes n’hésitent pas à qualifier ouvertement d’autres approches que les leurs de «faciles»
Anyway, je suis allé là et il y avait plein de monde que je connaissais, alors j’allais quand même pas me mettre à chialer. J’ai écouté la performance qui en fait tenait plus du spectacle folk urbain, dans le sens ou le gars chantait en nous racontant qu’il était venu ici de France pour faire des «recherches» pour faire un «film d’horreur», qu’il nous racontait en projetant sur un écran des images qu’il prenait avec son appareil numérique. Comme un petit enfant, il racontait l’histoire de son film en se réappropriant le sens d’une série d’objets posés en tas à terre.
Un détail a malgré tout attiré mon attention et m’a plongé dans une réflexion sur une certaine forme qui me plait de l’art contemporain. En parlant de ses «recherches» et juste avant d’enfiler la perruque rouge dont je parlais au début, il a tenté de nous convaincre que la transformation du héros en monstre était une constante du film d’horreur en nous présentant deux still frames du film Carrie qu’il avait juxtaposés. Il faut dire que, pour passer de l’un à l’autre des petits clips quicktime qu’il avait faits, il utilisait une technique de montage ma foi assez DIY, celle d’afficher une après l’autres les fenêtres vidéos qu’il avait ouvertes et réduites dans le bon ordre dans le dock. Il se lance: «dans les films il y a toujours une personne qui se tranforme. Par exemple, dans le film Carrie…» À ce moment, on ne voit que la moitié de l’image, celle ou la fille a l’air normal… «au début, la fille a l’air normal, puis le film passe et après elle change brusquement.» Il fait alors glisser la bande de défilement gauche droite de la fenêtre et révèle la fille couverte de sang, les yeux hallucinés, dans un éclairage rouge. Il poursuit en faisant redéfiler l’image: «Vous voyez, au début la fille est comme ça, puis le film passe et elle devient comme ça» Il recule un peu, pointe la large bande noire entre les deux images et dit « Vous voyez, le films est là, et après, la fille devient comme ça» (en pointant la deuxième image.)
Malade non? Je suis parti de là avec le sentiment que l’art, c’était ça. C’est après qu’il a enfilé la perruque devant son visage. Je me demande s’il a préféré la perruque rouge au pom pom bleu métallique à cause de la couleur de l’image qu’il nous a montré à l’ordinateur, mais je suis pas sûr que c’était un choix judicieux parce que plus tard en finissant sa performance il nous a foutu un faux générique «rigolo» où il remerciait un des artistes de Clark pour avoir partagé avec lui sa connaissance des pom pom girls dans le cadre de ses «recherches». D’ailleurs dans le même générique il a également remercié J* d’avoir «pris le risque de lui faire aimer Montréal» J*, qui n’aime pas l’art contemporain facile, doit avoir pas mal trippé sur les liberté de que gars prenait avec le champ lexical du mot «risque» parce que plus tard dans la soirée après avoir jasé un bout de temps avec une des membres de PME-ART, je l’ai vue qui se faisait vaguement prendre par le gars dans ses bras. Je me suis demandé s’il avait eu droit au rituel de lavage de mains et si la maison de sa mère sentait la lavande.
L’autre jour, je jouais à un sport de raquette (non pas celle que ça prend de la neige pour, celle avec laquelle il faut frapper quelque chose avec). En sortant du vestiaire, musclé et suant, je m’aperçois qu’on m’a appelé sur ma nouvelle mûre et que j’ai 8 messages non-écoutés. Cinq des huit messages sont de ma voisine, une certaine J*D* avec laquelle j’ai envie d’avoir des contacts autant que j’ai envie d’avoir des verrues sur ma grai**…
Les messages sont ceux d’une personne paniquée qui a surpris un voleur sur le point de défoncer mon nid douillet. Elle m’appelle une fois pour me dire qu’il y a un voleur sur ma galerie, une fois pour me dire qu’il est parti, une fois pour me dire qu’elle a pris l’initiative d’appeler les flics, une fois pour me dire qu’elle était nerveuse sur son premier message et qu’il ne faut surtout pas que je m’inquiète, une fois pour me donner – finalement! – son putain de numéro de téléphone.
En l’appelant, je comprends l’histoire : un gars dans la vingtaine a tenté de briser la vitre de la porte arrière de chez nous, mais le bruit l’a avertie que quelque chose se passait. Sortant de chez elle, elle a entrepris de demander au mec s’il (et je cite) » était un ami de Zepoulpe? » Sur quoi le mec a répondu qu’en effet, il est bien un ami de ZP (big fucking surprise!) et qu’il a entendu lui aussi la vitre se briser et c’est pourquoi il est là.
J*, n’écoutant que son intelligence limitée et ses bonnes manières, est retournée chez elle sans n’y rien comprendre. Dix minutes plus tard, une pensée l’envahit qui faillit lui faire perdre l’équilibre : « et si c’était ce même gars le voleur?!!?? » Elle regarda par la fenêtre et, ne voyant rien, elle composa le 911 et demanda de l’aide. Les policiers arrivèrent et elle raconta son histoire.
Quand j’ai appris l’histoire et en voyant l’une des deux vitres de ma porte défoncée, je me suis décidé à aller la remercier pour avoir fait fuir le voleur. Elle m’ouvrit la porte la bouche pleine – ce qui ne surprit pas. Je l’ai remerciée en lui proposant, si la situation se reproduisait, de demander à un inconnu se trouvant sur mon balcon s’il était « un ami de Luc? » Si l’inconnu tombait dans le piège et répondait « oui! », de simplement hocher la tête, de rentrer chez elle et d’appeler les flics.
J’ai pris une pause pour lui laisser digérer l’information.
Mais j’ai rapidement vu que ma proposition ne serait pas appliquée lorsque son visage, cherchant une réponse, s’est douloureusement crispé sous l’effort. Comme je ne lui tendais aucune perche pour expliquer ce que je voulais dire, elle me dit, en fronçant les sourcils de manière baroque : « mais tu ne t’appelles même pas Luc !!!! »
Je suis retourné chez nous ramasser la vitre pétée en pensant que mon voisinage, malgré ses cafés et ses petits restos, restait extrêmement dangereux.
Le poulpe, qui n’a pas de sang, et enchevêtre
dans le creux des rochers son noeud de tentacules
en changeant ses couleurs, je le hais…
Ion, fragment.
J’ai trouvé une jolie petite table pliante au chemin l’autre jour, toute belle, toute propre, en prenant une marche le jour des poubelles. Bien entendu, je l’ai ramassée, c’est presque une compulsion chez moi, et je l’ai installée dehors à côté de la porte d’entrée, juste sous la boîte aux lettres. Comme ça, je peux enfin poser mes sacs pour prendre mes clés et débarrer la porte à deux mains quand je reviens de l’épicerie. C’est que je dois toujours tirer la poignée en même temps que je tourne la clé, sinon ça bloque et je peux pas ouvrir la porte. Enfin.
Deux semaines plus tard, T* et moi, puisqu’il faisait encore un temps de cul, on est sortis pour aller louer un film. En revenant, on voit la folle de l’autre bout de la rue, celle qui a toute la cour devant son appart barricadée de clôtures broche à foin, celle qui a toute un traînée d’enfants à sa suite, celle qui a toutes sortes de plantes empilées dans des pots pis de statues de Jésus. Ben oui, là, celle qui a un poster géant de Madonna dans son hall d’entrée ! Bon, c’est ça, la folle de la rue. Elle marche à côté de son vélo en transportant une petite table pliante, et s’empresse de rentrer furtivement chez elle. « Heille, on dirait notre table ! » qu’on s’exclame en même temps.
Ben non, ça ne se peut pas ! Voler notre belle petite table pliante juste devant chez nous, comme ça, pendant qu’on est partis louer un film, c’est ridicule ! En s’approchant de chez nous, on constate que notre petite table est toujours là. Fiou !
Mais une fois arrivés, on s’aperçoit que ce n’est pas notre petite table pliante, toute belle, toute propre, trouvée dans les poubelles deux rues plus loin qui nous attend gentiment à côté de la porte, mais une table presque exactement pareille, sauf qu’elle est toute pourrie, craquée, dévernie, brinquebalante, avec le cerne d’un verre imprimé dessus.
Shit ! Pas la folle ! Elle peut pas nous faire ça ! On avait même commencé à se dire bonjour elle et moi, à se parler de notre jardin et tout ! Je croyais qu’il y avait une sorte de solidarité intrinsèque entres les folles du quartier, quand même ! Parce que, sérieusement, je ne m’en fais pas accroire ; je m’imagine très bien ce que les voisins disent de moi en cachette.
Vraiment perplexes, T* et moi, on décide tout de même de regarder la vérité en face et d’aller voir la madame pour lui demander what the fuck. Arrivés devant la baroque barricade, on écornifle, hésitants, à travers le portillon. Elle sort. Elle s’approche en nous regardant d’un air nerveux. Embarrassés, on lui explique la situation. Elle nous dit que non, elle n’est certainement pas venue chercher la table chez nous, vraiment ! elle ne ferait jamais ça ! non ! non ! elle était au chemin, la table, le monsieur venait de mourir, elle le connaissait, le monsieur, elle peut même nous montrer la table si on veut ! Elle nous montre la table. Semblable, mais pas la nôtre. Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ? On s’en va, tous penauds.
Je suis complètement humiliée de m’être fait avoir comme ça. Elle doit être fière de son coup, la vache ; elle a sûrement un collection de tables pliantes pas pourries au salon juste au cas où elle se ferait pogner à subtiliser les tables pas pourries des voisins par sa collection de tables pliantes pourries à la cave. Tout ce que je peux faire, maintenant, c’est de l’épier d’un air menaçant chaque fois que je passe devant chez elle pour la terroriser. Peut-être que je pourrais lui voler son petit Jésus en plâtre ?
Le legging est le Guantanamo du désir, un voile médiatico-légal de la chair nue.
Qu’est-ce que le Québec?
Une longue route ennuyante entre 2 St-Hubert BBQ ; hypostase du plaisir dans le regard lumineux de deux Boomers débarquant de leur moto joufflue.
Salut chair fassienne.
J’aimerais vous remercier pour la belle soirée de lancement. Ma jeune et belle épouse et moi avons beaucoup apprécié. C’est rare qu’on sorte de notre gated community (à part pour aller au power center et laissez-moi vous dire que c’est pas par plaisir) et j’ai toujours un peu peur des rencontres sociales, mais, là, je peux vous dire que « mondanité » n’a pas rimé avec « médiocrité ». Merci aussi beaucoup au gens de Royal Air Maroc qui ont mis de la belle musique. Que de plaisir aussi de voir nos personnages préférés en vrai! Je n’aurais jamais cru que Mysterious avait un si long nez (trompe?) et que Ze Poulpe avait la peau aussi grise et translucide (ce n’est pas comme à notre épicerie, mais on s’y fait). Merci encore même si c’est un peu en retard, mais on n’a pas tellement choix de ne pas de vivre dans notre bulle. With love. EDCAJ
Le samedi 25 avril, à L’Escogriffe (4467, rue Saint-Denis, Montréal, au Canada, ce pays où l’on meurt), se tiendra le très chic concert de rock apocalyptique suivant :
BRIGITTE BORDEL (dont le nom, m’a-t-on dit, inspire la terreur) ;
PEDO PEDRO ET SES ENFANTS (PP, c’est l’avenir du rock, la combinaison parfaite entre la pureté de l’adolescence et un anarcho-primitivisme à la Rock « Moïse » Thériault) ;
J’AI LE CANCER (un groupe de Trois-Rivières, ville natale de ma mère et haut lieu de poésie).
Mais ce concert, c’est peut-être avant tout cette incroyable affiche :

J’ai fait un petit montage inspiré par les séries éliminatoires!
http://i402.photobucket.com/albums/pp109/mordicus23/HigginstueLucic.jpg
J’ai trouvé cette perle dans la délicieuse Gazette de la Gendarmerie Royale du Canada.
« Nous n’enquêtons pas seulement sur des crimes, nous faisons réellement partie de la collectivité »
-Le caporal Ben Sewell, Gazette de la GRC, Vol. 71, no. 1, 2009, p.11
Les trois tomes des Annales du FAS, de même que six de nos fascicules (pour la plupart presque épuisés) sont désormais en vente sur Le Pressier.
L’ennemi ne prend pas de pause ; il doit en être de même de nos activités de propagande. D’abord, parasitons :
Activistes et sympathisants du FAS, je vous invite à aller inscrire vos commentaires sous les brefs textes de présentation de chacune de nos publications en vente sur Le Pressier. Peut-on baleiner l’imbaleinable ? Probable, mais dégage. Julia Kristeva est-elle plutôt apprivoisable ou domesticable ? Cette question n’est pas intrinsèquement maoïste. Le quotidien délirant passe-t-il par le nouvel exotisme et mène-t-il au Continent de plastique ? Certes, mais en passant par Repentigny.
FAS vaincra !
Ach! Je me pose toujours les mêmes question lorsque je me retrouvre dans la région zéro-cinq : comment-ça La Tribune existe encore ? qui la lit ? Mais surtout, son charme provient-il des inepties qu’on y écrit ou des inepties qu’on y relate ? Beaucoup des deux sans doute. Voici donc la perle de la fin de semaine, pravda-style, en gros titre, entre guillemets et en page 2 svp !
« Notre eau est 100% parfaite »
-Michel Cyr, chef de division Gestion des eaux, ville de Sherbrooke.
Lorraine Ipsum dolor sit amet,
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sed diam nonumy eirmod tempor invidunt ut labore.
Glané sur un gabarit de newletter sur le site d’un fournisseur de courriéleur gérant des envois massifs, cette triviale poésie m’a semblé émaner un puissant effet d’inquiétante étrangeté. Dans une démarche tout aussi étrange, j’ai ajouté les virgules et permuté « Lorem » pour « Lorraine ».
(Vu au Mousse-Café sur Beaubien, écrit sur un papier bleu-poudre en tout petit – genre 7 pts )
Bonjour,
Je suis à la recherche d’une femme qui pourrait devenir ma conjointe, mon amante ou ma partenaire de vie… dans le désordre ! Je souhaite qu’elle soit pas trop petite ni trop grande, qu’elle aime les randonnées (mais seulement dans les montagnes blanches), le sauvetage en mer, les poignées d’amour, les hommes de grande taille et proportionnellement répartis, les sorties au resto et qui déteste le cinéma. J’espère trouver cette perle dans ce monde de fous qui a élu S.Harper et G.Bush… J’aimerais qu’elle ait fait la paix avec son passé (surtout si elle s’est fait violer (sic!!!)) et qu’elle aime les animaux domestiques inhabituels. Je joue du piano. Je marche beaucoup dans les montagnes blanches. Je recherche une femme qui correspond à tous ces critères ou bien…. un homme. Je voudrais qu’il soit ouvert d’esprit, qu’il sache se taire et parfois commander pour moi au restaurant. Il doit aimer ses poignées d’amour et être de très bel (sic) apparence (proportionnel, plus grand que 4 pieds et demi) . Je joue du piano et je donne des cours aussi.
Si tu es celui que je cherche, écris-moi au *******@****.***
Je sais, c’est une joke de matante, mais combien de fois dans une vie j’aurai l’occasion de la faire une autre fois? Deux grands gars noirs comme la nuit, genre congolais, sont à côté de moi au marché devant le gars qui vend des oeufs et se demandent s’il y a une différence entre les blancs et les bruns. Comme je sais que même si les bruns sont plus chers, ils ont tous deux la même saveur et la même valeur nutritive, je m’immisce dans la conversation : non, y’en a pas, c’est comme les humains.
La propriété, c’est le vol.
- Proudhon
Les notions de « vol de contenu » et de « parasitisme révolutionnaire » sont fondamentales pour les activistes du FAS (pour les néophytes, voir les descriptions des catégories ). Quelque part, celle de « Cool is Class War » relève du sabotage et celle du « non-apprivoisable et du non-domesticable » renvoie à la violence et au chaos primitif. Le FAS pourrait-il, par conséquent, inciter à la délinquance, sinon au crime ?
Un sympathisant du FAS m’a raconté :
«Mon ami P* travaille en librairie. La semaine dernière un client vient le voir et lui demande : » Hey, t’as-tu ça les livres du FAS ? » Il lui montre les livres, en présentation sur une table dans la section » littérature québécoise » (je les aurais plutôt classés dans » biographie « , mais bon). Plus tard, P* repasse devant la section et constate la disparition d’un des trois tomes. Or, le client n’est pas passé à la caisse et le libraire se souvient de l’avoir vu partir, son manteau négligemment posé sur le bras, comme pour cacher quelque chose dessous : il avait volé le premier tome des Annales du FAS.»
Ce voleur avait-il initialement l’idée de voler ce livre où c’est en le voyant qu’il a décidé de le faire ? Avait-il déjà volé auparavant ? Sur nos livres figurent des activistes en action, masqués et armés. Notre propagande serait-elle néfaste pour l’ordre social ? Et si notre action militante n’influait pas seulement dans nos univers fictionnels, mais aussi dans le réel ? Je regarde mon cocktail Molotov en foam posé sur ma bibliothèque et je crois voir sa mèche s’allumer.
Sent: Saturday, November 22, 2008 4:15 PM
Subject: Un Dante pour Cécile?(22nov08)
Au temps de Nelligan, la fête de Ste-Cécile du 22novembre était aussi la journée des artistes. Ce jour-là, en 1898, et pour l’amour de Françoise, l’artiste Nelligan avoua son homo-sexe verlainien (forcé) dans une poésie dantesque, «Rêve d’une nuit d’hôpital»,
que la critique censurante a cachotté avant «Nelligan&Françoise»(ch1,sec13). Gérard Bessette, traitant des «Amours d’élite» d’Émile Nelligan, comme dans «Rêve d’artiste», «Placet», «Châteaux en Espagne»,etc, en juge ainsi : »C’était…une gageure que de placer son point de départ dans une atmosphère aussi raréfiée…et il semble impossible de pousser l’immatérialité plus loin. »
»Nelligan réussit pourtant ce tour de force dans (section) «Petite Chapelle», où c’est dans le ciel même qu’il s’installe… On ne saurait imaginer semblable audace, qui paraît pourtant chez lui toute naturelle.
Nous étions là deux enfants blêmes
Devant les grands autels à franges
O`Sainte Marie et les anges
Riaient parmi les chrysanthèmes.
»Disons-le en passant: aucun poète français n’a rien produit de semblable. Le «Dialogue mystique» de Verlaine est terre à terre en comparaison de cela. C’est à Saint Jean de la Croix et à la Divine Comédie qu’il faut recourir pour trouver une tournure semblable. Plein de spleen nostalgique et de rêves étranges
Un soir je m’en allai chez la Sainte adorée Où se donnait, dans la salle de l’Empyrée, Pour la fête du ciel, le récital des anges » («Images»,1960,p.222;j’ai soul.). »En souhaite-t-on même de (figures) célestes qui peuvent rappeler Villon et les préraphaéliques anglais? La belle Sainte (Cécile) au fond des cieuxMène l’orchestre archangélique
Dans la lointaine basilique
Dont la splendeur hante mes yeux » (ibid,p.259).
PaulWyczynski, qui a jamais cité ces louanges, et les a jamais contredites non plus. Ben, Edmund Wilson, le grand critique américain de New-York qui dit pareil: »Émile Nelligan. This poet is at once the Rimbaud and the Gérard de Nerval of French Canada, and he seems to me the only really first-rate Canadian poet, French or English, that I have read… He was the star of an École Littéraire in his native Montreal. He read all the then modern poets…But he developped his own rich imagery and his own perfection of form… He has nothing of the dilution and tepidity which were…in the United States… All his poems are full of point and close packed… A virtuosity of meter, rhyme and assonance, a peculiar intensity and strength, make something that is Nelligan’own out of even the Verlainean pathos or the metallic Heredian sonnet »(«O Canada»,1964,p.97s).
PaulWyczynski a cité seulement la 2e ligne de EdmundWilson (Biog,p.458).
Dante est super-admiré, vénéré, étudié, analysé, en Italie depuis 800 ans, et reconnu comme le père de la langue nationale comme de la littérature italienne. Pourtant, et les Italiens le savent, Dante a pas toujours été un ben bon garçon; il a eu une jeunesse-adultesse tumultueuse et il a fourré des papes en Enfer.
Nelligan en a jamais fait autant, mais il a été fourré en Asile par les papes, et son Oeuvre croupit dans les Cachettes d’la Censure depuis 100 ans, comme celles de plusieurs de ses contemporains censurés à cause de lui. »Pays sans littérature », a dit Lard Dur-ham. On comprend pas pourquoi ça dure.
D’aucuns sont aujouyrd’hui grands admirateurs de l’Italie moderne, donc celle de Berlusconi? et ils chiâlent contre notre Québec actuel, même chez les Italiensqui pourtant admireraient notre Nelligan si on leur faisait connaître sa poésie dantesque.
Je comprends nos intellos à la mode d’aujourd’hui qui voyagent pas mal et qui admirent les pays étrangers davantage que le leur.
Pourtant, comme la terre est ronde et qu’on finit toujours par revenir, moi je penche plutôt du côté de DuBellay:
Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison
Et puis est retourné plein d’usage et raison
Vivre entre ses parents le reste de son âge.
Le 22 novembre à Cécile a été l’occasion d’une évaluation de l’audace poétique d’Émile Nelligan. Cécile, fille romaine et martyre aussi, que Nelligan a célébrée dantesquement, devrait s’en rappeler.
phl.