juillet 2009

Le quotidien délirant est souvent trop fugace.  Les événements que relate cette chronique sont déjà pâlis dans ma mémoire, cette traîtresse.

Aujourd’hui, j’ai dû me rendre à L* afin d’escorter un patient de l’hôpital C.-l.-M. à la court municipale.  Une opération de routine, m’a dit le répartiteur au téléphone.  Comme il ne m’en a pas dit davantage, j’ai fais d’imposants préparatifs, emportant un livre, une bd, un lunch, mon baladeur, un appareil photo et un carnet de notes.  On ne sait jamais, surtout quand on sait que dalle.

Je me suis ensuite rendu à l’hôpital de L*.  Aucun plan ne résiste à la première minute d’une bataille, a dit l’un.  D’abord, on me demande de laisser toutes mes affaires au bureau, puis on me file une radio et des instructions.  Nous sommes, un vieux Marseillais et moi, l’unité 161.  Nous allons nous déplacer en taxi avec le patient.  Nous devons rapporter chaque départ et chaque arrivée, en plus des éventuels incidents de parcours.  Ne reste plus qu’à faire connaissance.

On se rend à l’aile psychiatrique.   Attente.  On discute de mesures de sécurité.  L’individu est « à risque », c’est-à-dire qu’il peut tenter de s’évader ou devenir agressif.  Je signifie clairement à l’officier que, si le patient s’énerve un peu trop, ce n’est pas moi qui va risquer mes montures.  Ce dernier arrive enfin, vêtu de son habit du dimanche : complet-veston rayé, chemise jaune serin et noeud-papillon.  Un haïtien dans la cinquantaine.  Je repère immédiatement une araignée au plafond dans ses manières un peu trop solennelles.  Il insiste pour que nous lui passions les menottes.  L’officier l’informe que, malheureusement, nous ne pouvons satisfaire à sa requête, car ici, « nous prônons la communication ». Mais je n’ai pas vraiment envie de jaser, alors je prends « toutes les précautions nécessaires », c’est-à-dire que je joue l’agent carcéral d’opérette.

On prend un taxi.  Chauffeur haïtien.  Ils commencent à discuter en Créole, et je perds  rapidement le fil de la conversation, à l’exception de quelques bribes en référence à « Jésus-Christ » et au « Zen ».  M* (c’est le patient), répète sans cesse qu’il est un descendant du roi Salomon et qu’il est un El Shaddaï.  Il est question d’une couleur aussi, une variété de bleu — était-ce turquoise?  cobalt? — j’ai oublié.  Durant l’échange, le chauffeur s’enflamme et lâche le volant : je dois le ramener à l’ordre.

Nous parvenons au palais de justice.  J’accompagne le patient jusqu’au bureau d’une avocate, qui souhaite avoir un entretient avec lui et son fils, déjà présent.  L’attente n’est pas trop longue.  Je n’ai pas le temps d’aller à la salle de bains qu’à mon retour, tout le monde s’est engouffré dans la salle d’audience.  Je m’assieds à la droite du fils.

M* a choisi de se défendre sans avocat.  Sans même laisser le temps à la juge de nous mettre en contexte, il se lance dans un soliloque d’une vingtaine de minutes sans discontinuer, où il est question d’Haïti, de chakras, d’indigo (la voilà la couleur!), de Zen, de El Shaddaï et de vol de voiture.  Son histoire est un embrouillamini absolument inextricable, mais comme il est beau de voir la juge écouter d’un air absolument impassible ses tirades sur la science infuse et ses dictons populaires devisant des conséquences d’embrasser les parties génitales d’un nègre.

Oh!  Comme je me bidonne intérieurement, et je l’avoue, je suis incapable de réprimer un fou rire, même en présence du fils, qui me tance d’un regard haineux.  Mais, votre honneur, c’est trop fort: « si votre honneur, considérant mon union transcendante à la dynastie du roi Salomon par la loge maçonnique de Port-au-Prince (pas ici, ici nous sommes racistes, alors que là-bas, tout le monde est indigo), veut bien s’apercevoir que je suis un El Shaddaï et m’embrasser la glande pinéale, alors je suis prêts à oublier cette histoire de vol de bagnole. »

Non, ce n’est pas tout à fait ça, ce n’était même pas du tout comme ça.  C’était beaucoup plus long et tortueux : séjourner dans le ventre d’un baleine était la seule chose qui manquât au parcours de cet homme syncrétique.  Comme je regrette de ne pas avoir un troisième oeil, afin de pouvoir filmer mon quotidien délirant. La juge s’est enfin décidée à ce fascinant épisode de « schizophrénie non-spécifique » juste avant qu’il ne devienne redondant.  On voyait qu’elle avait du métier.

Au retour, j’étais d’excellente humeur.  Je me suis débrouillé pour le faire parler, afin qu’il m’enseigne des choses.  De fait, il m’a appris que mon chakra dominant était le 4e — celui du coeur — et bien sûr, avant qu’on ne sorte du taxi, nous étions tous d’éternels indigos qui s’ignoraient.   Du reste, vous pouvez toujours consulter le schéma qu’il m’a aimablement gribouillé sur une page du Journal (ci-dessous).  Mais, le plus étrange dans cette histoire, c’est qu’en rentrant vers M* — vous vous rappelez du Marseillais?  Eh bien, il m’a tendu un papier avec son adresse, me disant que si je voulais en savoir plus, je n’avais qu’à lui écrire….

Quotidien délirant.

Chakras - Le labyrinthe

Le donjon est l’endroit propre et brillant où chaque soir je me repose de ce quotidien délirant. Derrière ses portes de granite ancienne dont j’ignore la véritable ingénérie ou encore l’année où elles furent installées, d’ailleurs avaient elles été utilisées dans un autre endroit avant de devenir les barrières de mon repos? Derrière ces portes toujours entrouvertes, jamais closes, se cachent la tendresse de mon enfance et l’abri du corps d’une femme, que j’aimes. L’endroit est froid et sombre, je ne distingue que la silhouette de ma femme, l’absence de lumière m’oblige toujours à sombrer en moi-même sans aucune autre tâche que de me rappeler, il n’y a pas d’internet de l’autre côté des portes, il n’y a pas de livre ou de crayons, juste moi, mon enfance, ma journée et la femme qui m’aime.

Les souvenirs je ne les laisse pas venir par eux-même, ce ne serait pas sage, je les choisi pas thème et les laisse m’envahir pour les vivre à nouveau. Ce n’est que dans le donjon que je prends conscience de mon nom et mon histoire. Le quotidien délirant est trop éprouvant pour laisser le délir s’étendre jusque dans nos rêves. Quand la nuit tombe je deviens sérieux.

Bébé astronaute, 27/07/2009 [Citations et aphorismes]

Sur la Plaza Saint-Hubert, un grand noir sort d’une boutique et s’exclame triomphalement, les bras levés au ciel :

« Michael Jackson est mort et c’est moi qui le remplace. Je m’appelle Patrick et je suis le plus grand danseur de tous les temps ! »

Quotidien délirant.

Mysterious, 26/07/2009 [Citations et aphorismes]

Ce groupe d’amis qui devisent joyeusement et plaisantent en buvant du vin rosé sous l’érable, peut-on vraiment croire que chacun d’eux a connu l’effroi, l’angoisse, la passion et la tentation glaciale du suicide?

- Éric Chevillard

Zepoulpe, 25/07/2009 [In Stupidatis Veritas]

En lisant Histoire d’UTÉRUS de la grosse, je n’ai pu m’empêcher de passer en revue ma longue feuille de route de consultations médicales. J’ai alors moi aussi pris conscience que je me suis souvent fait complimenter par des médecins pour des qualités que, franchement, je ne soupçonnais pas et dont je me passerais presque.

Ça a donné lieu à des phrases à la limite du hors-jeu :

« Wow, vous avez vraiment une vessie de jeune homme! »

« Avec une prostate de même, vous n’avez pas à vous plaindre mon cher. »

« Votre taux de bilirubine est tout ce qui a de plus charmant. »

« Mon bon Monsieur, votre circulation sanguine ferait pâlir d’envie l’Amazone. »

Etc…

Mais le plus gênant, c’est quand votre cas devient l’objet d’un intérêt de la part de la communauté scientifique. Les médecins deviennent alors complètement excités, commencent à bavasser auprès des collègues et finissent immanquablement par se présenter à votre chambre en banc serré de 8 ou 9 résidents, armés de clip-boards et de stéthoscopes non-utilisés. Bandés durs sous leurs sarraus, ils mouillent juste à l’idée de tomber sur LE pustule qui les rendra célèbres, LE syndrome qui portera leur nom.

C’est seulement dans ces moments-là que tu peux vraiment te rendre compte que ton individualité est un accessoire dans cette belle marche vers le progrès. Ta vie intérieure (celle que d’autres ont appelé la conscience) joue au mieux le rôle de faire-valoir de ta verrue, de straight-man de ton infection urinaire, de troisième roue dans la date entre la science et ton insuffisance cardiaque…

Mais le pire, c’est qu’on accepte toujours de bon coeur de se faire tripoter par des inconnus. En y repensant, j’aurais aimé être assez vite pour répondre quelque chose comme :

« Fuck you doc, je ne crois pas à ça le progrès. »

« Je te montre le mien à condition que tu me montres les tiens. »

« Si tu veux voir, c’est 20$, mais pour toucher, c’est 40$ »

J’ai quasiment hâte d’être malade presque.

la grosse, 23/07/2009 [In Stupidatis Veritas]

Aujourd’hui, je suis allée passer une bonne partie de cette magnifique journée à aller lire des revues actuelles et écouter du monde râler dans le fond d’une salle d’attente de clinique d’hôpital inhospitalière. Chacun son petit numéro, sa petite lettre, il faudra un temps fou pour parvenir à me faire spéculumer le fond de l’utérus.

Une heure d’attente

Voilà que se pointe un garçon, visiblement plus jeune que moi, marqué comme un pamphlet publicitaire de la tête aux pieds. Il me nomme. Iichhhh, me dis-je ,un peu nerveuse, me l’imaginant  se foutre la tête entre mes jambes. Non. Rien. Juste des yeux sur un papier, pas de mains dans une fente de jaquette. Un simple infirmier qui me trie des autres patients. Sur sa petite feuille, moi qui suit venue pour un stérilet, il coche que je suis un homme. Super. Ça donne le moral d’avoir l’air d’un mec. (électrolyse? oestrogène?)

 Retour dans la salle d’attente.Une demie-heure.

Un autre homme fait son entrée. Du haut de ses sept pieds et de son stéthoscope, il me nomme dans un murmure, un souffle, certains diraient qu’il « parle dans sa gueule ». Tout gentiment il m’explique qu’il est un apprenti médecin; d’ailleurs ici, à Verdun, ils se plaisent habituellement à se nommer eux même « bébés -médecins» pensant que la communauté verdunnoise est probablement trop stupide pour savoir ce qu’est un médecin résident. Bref, l’apprenti (ce qui est déjà beaucoup moins condescendant) veut me faire remplir un foutu sondage sur les services reçus, là, tout de suite, avant même que je n’aie reçu mon service. Processus inversé. Ok.  D’un coup, il me dit qu’il aurait autre chose à me dire, complètement hors contexte dit-il, et que je dois lui dire que je ne le poursuivrai pas pour cette phrase. Intriguant. Alors là, dans une salle de consultation médicale, face à face avec un médecin, je me fais complimenter, sourire, et tout cet espace exigu devient un temps très court un « meat market » où je semble être LA « meat ». J’en reviens pas. N’importe quoi cet hosto pourri. En plus, toujours pas vu le médecin en question.

 Retour dans la salle d’attente, questionnaire à la main et questionnements sur mes allures d’homme et l’urgence de prendre des hormones rejetées.

Enfin, une jeune femme se pointe, toute en dents, avec plein de papillons dans les cheveux.  Bon. Quelques questions d’ordre médical, puis questions d’ordre privé. Je m’en fous et lui réponds. Sur une feuille de prescription elle me dessine un utérus, un stérilet,  et compare l’effet du stérilet sur l’utérus à une tondeuse sur le « gazon de la paroi ». Décidemment, y’a quelque chose d’étrange dans l’air.

Finalement. LE test. Jaquette, étrier.  Ce genre de test me donne à coup sûr un fou rire incontrôlable, allez savoir pourquoi. Donc, la doctoresse  s’approche avec tout ces petits tubes et machins pour m’ausculter la cavité. La tête dans mon entrejambe sa lumière en main,  elle me dit (en parlant de mon col de l’utérus)  –«  j’en vois des cols, laissez moi vous dire que j’en vois, pis ça fait des semaines que j’ai pas vu un beau col de même. »

Je sais pas pourquoi mais je me suis mise à avoir des visions d’horreur, comme un mauvais film de série B. En gros gros plan. Le genre de truc qu’on n’a pas nécessairement envie d’entendre. Et qu’on ne peut visiblement pas s’empêcher de raconter non plus.

Franchement, merci Verdun.

je suis à l’étranger, depuis plusieurs semaines, déjà. je vis dans une caravane où se croisent thermites, araignés et où les rats et les poules mortes jonches le sol, tôt le matin, au moment de prendre son petit déjeuner… je me lève, écoeuré, je m’en vais m’écraser sur la plage.

sur le périple, des créatures des temps anciens nagent dans les eaux : ce sont les GMIWTF (grand-mother i want to fuck), elles sont à poil, leurs nichons sont aussi brun que de la sauce à poutine, leurs prothèses mamaires fondent sous le soleil de plomb, certaines ont dégainées leurs courbes naturelles, ça dégringole jusqu’aux genoux mais avec lustre, avec gloss; elles ont proche 80 ans mais se fringuent comme leurs arrières petites filles, devenues ados.

pourtant, le destin de ces protagonistes mérite toute notre attention, alors que des milliers d’espèces naissent puis disparaissent, elles ont suent traverser le temps, elles ont survécues au cataclysme du temps, elles sont des fossiles vivants ! Leur anatomie intrigue les scientifiques depuis toujours, elles sont des survivantes, des chattes sur plages brulantes ! L’une d’elle aime porter un brassard de l’armé, elle a découpé deux trou autour des mamelons, probablement avec ses dents. Sa longue perruque blonde voltige au vent, comme la vraie queue d’un cheval, comme la queue de ce type, là-derrière, bon, bref.

Sur les vastes plages, les GMIWTF sont des proies faciles elles s’écartillent et se crèmes les unes les autres, elles tournoient en masse, guidées par leur demi cerveau, c’est le carnage, de nombreux baigneurs tombent entre leurs cuisses brunes.

sur ma droite, une bande de chaines en or et de poupounes à peine pubères se dandinent , ils atteignent leur maturité sessuelle dès l’âge de 10 ans. et se masses eux aussi sur l’air d’une musique de leur radio portatif : «   des mamours, des discours, mais toujours pas d’amour, la la la la la »

je regarde les GMIWTF, moi je les aimes bien, je pourrais m’en prendre une; ici, la pêche à la GMIWTF est libre et sans aucune restriction. Je pourrais exploiter les ressources extraordinaires de cet animal, c’est une sorte d’antibiotique primitif à la vieillesse bactérienne. Je me lance,  entouré par des mâles empressés -en plein été, ici, c’est un rituel essentiel- j’en choisie une, la mienne est plus grosse, la mienne est plus vieille.Vu les services que rend cet animal, ça me semble normal de lui renvoyer la pareille. si je ne rencontre pas de vents contraires, je devrais y arriver sans escalle, je vivrai alors en couple pendant toute la saison des amours.

pour la survie de l’espèce, les pouvoirs publics s’efforcent d’entretenir cet équilibre fragile, pour que dans quelques années, leurs enfants puissent se régaller à leur tour, si toutefois elles survivent jusque là… souvenez-vous alors de la danse des GMIWTF, et de leur mystérieux ballet au creux des océans…

Je cherche présentement des images d’intérieurs bourgeois — non pas bourgeois: classiques, victoriens, baroques, ce genre de shit. Je dois en faire l’illustration que je projette projeter grâce à un rétroprojecteur sur du mobilier et du décor mélamine pour le métamorphoser en mobilier et décor bourgeois. Concept malade… l’art commercial à son meilleur.

Pour ce genre de recherches, l’internet s’est avéré être une mauvaise ressource. J’essaie donc la seule autre possibilité que mon expérience de recherchiste me laisse: la Grande Bibliothèque. En chemin, je me demande comment je pourrais faire pour faire à cette institution nationale la demande de l’achat des trois tomes du FAS. Je me demande s’il vaut la peine d’entreprendre cette démarche. Je pense à autre chose, une vision sur la rue me fait perdre mon idée.

À la bibliothèque, j’arrête devant le rayon des nouveautés. je ne sais pas par ou commencer ma recherche alors je lambine. Je pense à la bibliothèque de S* où il était si facile de prendre n’importe quel livre au hasard dans les chariots de livres en attente de classement qui traînaient. Ici, tout est rangé. Impossible de trouver un livre sans l’avoir cherché. Je me rabat sur la section actualités. Au moins là les livres ne sont classés selon aucun critère à part celui d’être «actuels». romans, livres sur le design, récits durs de domination d’un homme sur deux femmes, monologues d’ados mâles… whatever. Oh! tiens… Les annales du FAS tome 1: le Quotidien délirant. C’est moi qui ai fait ça? Je suis un magicien du réel.

Hé, hé, hé…

Poufiasse, 13/07/2009 [Cool is Class War]

Je regarde vers le ciel et ressens cette rare sensation de bien-être que seules procurent les journées ensoleillées.  Je vais jusqu’à fermer les yeux pour mieux apprécier le moment, mais quelque chose me fait défaut :  si mon esprit réagit favorablement aux rayons du soleil, ma peau peine à ressentir sa chaleur caractéristique.

Finalement il fait juste gris. Foutues lunettes jaunes.

Bébé astronaute, 13/07/2009 [Géopolitique du logis]

Pouvez-vous croire ça ? Ce matin, en revenant chez moi avec mon nouveau vélo – j’avais attaché mon autre au coin d’une ruelle ; je l’ai retrouvé tout tordu – j’ai croisé le facteur au moment même où il passait devant chez moi.

Il m’a demandé gentiment si S*W* et F*W* habitaient encore ici. Puis un autre nom dont je ne me souviens plus. Il m’a aussi demandé quel était mon nom à moi et s’il y avait quelqu’un d’autre qui habitait avec moi. Comme ça il n’aurait pas à encombrer inutilement notre boîte aux lettres avec du courrier qui ne nous était pas adressé. Croyez-le ou non, ce gars-là connaît par coeur le nom de tous les gens qui habitent sur sa run ! Et s’il ne le sait pas, quand en a l’occasion, il s’arrête pour le demander. En plus, on a le même nom – lui en version masculine, bien sûr.

On a jasé un peu. Je lui ai dit que ça avait l’air d’une belle job, facteur, il m’a dit qu’il aimait ben ça, pis que je devrais appliquer tout de suite parce que ça prenait ben du temps.

Ça m’a vachement impressionnée tout ça, même si dans le fond, c’est bien normal qu’il connaisse les noms des habitants du quartier. Ça fait trois ans – qu’il m’a dit – qu’il distribue le courrier sur la même run, cinq jours par semaine. C’est sûr qu’à la longue, ça doit venir tout seul, surtout quand il n’y a que ça à faire, lire des noms sur des enveloppes et les associer à des adresses. Mais je n’avais juste jamais pensé à ça. Ça veut dire qu’il doit connaitre le nom de ma vieille voisine indienne ! Pis de la folle à l’autre bout de la rue qui m’a volé ma petite table pliante. Pis du grand black à qui j’ai donné des plants de tomate une fois parce que son petit gars se précipitait toujours dans ma cour chaque fois qu’il passait devant chez moi. Pis de sa blonde qui est vraiment mal assortie, une grosse madame qui a l’air vraiment straight. Pis du petit vieux qui fait quinze fois par jour l’aller-retour entre chez lui et le coin de la rue et qui me dit toujours « ça va être beau ça ! » en parlant de mon jardin. Pis de la folle aux chats. Pis du vieux noir qui ramasse les bouteilles et qui m’a demandé l’autre jour si j’avais un mari pour m’aider. Tout ces personnages que je m’imaginais simplement graviter dans mon décor, ils ont un nom et une adresse. Et le facteur les connait par coeur. C’est fou ! C’est presque le FBI !

J’aurais dû lui demander s’il pouvait ne pas me déposer la maudite publicité de Bell, celle qui vient dans des enveloppes sans logo pour qu’on les ouvre mais dont peut quand même voir le logo à travers. Je ne sais pas s’il aurait accepté.

Mysterious, 09/07/2009 [Géopolitique du logis, Nouvelles, Pratique]

J’ai mis hier soir entre les mains de L*R*, l’homme derrière Distroboto (est-ce lui, dissimulé dans ces machines, qui actionne leurs mécanismes?), nos derniers exemplaires des fascicules du FAS suivants : « Probable, mais dégage » et « Hé, hé, hé… » Ils seront donc disponibles sous peu dans un distroboto près de chez vous pour la modique somme de $ 2.00 et ne seront sans doute pas réédités. La plupart des fascicules du FAS peuvent toutefois être toujours commandés sur le site du Pressier qui en possède les ultimes exemplaires.

J’en profite pour saluer le sens élevé de la géopolitique du logis de L*R* qui vit dans un univers envahit de fanzines, car, en plus de les distribuer, il les archive. Chez lui, ça sent l’encre et le papier : le doux parfum de l’autoédition.

De la théorie à la pratique

Le FAS passera bientôt à l’action (stupide). Ses activistes seront contactés en temps et lieu. De nouveaux fascicules devraient aussi être réalisés sous peu.

Sur l’autre continent (pas de plastique)

Un exemplaire d’un de nos fascicules s’est, par ailleurs, rendu en France dans les archives de la Fanzinothèque, un organisme qui récolte des zines depuis une bonne vingtaine d’années.

Serait-ce l’occasion d’embrigader la belle jeunesse de l’Hexagone?

Le FAS est un organisme international que ne saurait arrêter aucune frontière.

FAS vaincra!

Bébé astronaute, 08/07/2009 [Cool is Class War, Mourir au Canada]

J’ai passé la soirée d’hier à naviguer sur Internet, en commençant par la lecture d’une série d’articles du Devoir sur différentes façons de s’approprier la ville. J’y appris bien peu de choses — familière avec les mouvements de jardinage guérilla, j’avais déjà entendu parler des jardiniers de la Pointe libertaire, du Roerich Project d’Emily Rose Michaud et d’apiculture urbaine (j’ai un ami punk en banlieue de Paris qui produit un miel très prisé des gastronomes grâce aux interdictions municipales en matière de pesticides et aux nectars exotiques des jardins particuliers) — mais je pris quand même un certain plaisir à voir que je n’étais pas la seule à chercher des trésors cachés dans les interstices de la ville et que maintenant, les journaux sérieux en parlaient. Je terminai mon périple sur le blogue d’un espèce de naturaliste urbain y relatant les observations faites au cours de ses promenades quotidiennes à la découverte de la flore montréalaise. Tout comme moi, ce gars-là rêvait d’un « réseau d’espaces verts interconnectés » s’immisçant dans le tissu urbain.

Aujourd’hui, levée de bon matin et motivée à passer une journée productive de création, je résolus, après maintes tentatives infructueuses, de me rendre au Home Dépôt près de chez moi pour trouver le petit outil introuvable dont j’avais absolument besoin pour commencer à travailler. J’ai pensé que pourrais en profiter pour passer dire bonjour à mon arbre préféré, le févier mâle, dont les épines piquantes surpassent aisément en longueur et en rigidité celles de la couronne du Christ.

Ma visite au Home Dépôt me laissa toutefois insatisfaite. J’avais tout trouvé, sauf ce que je cherchais. Dépitée, je décidai, plutôt que d’aller saluer mon févier, de prendre une marche en passant par le terrain vague en pointe de tarte qui m’avait toujours intriguée, mais dont j’avais toujours remis à plus tard l’exploration.

Il semblait abandonné depuis longtemps, colonisé par des peupliers déjà matures, des chicots, des vinaigriers, plein de beaux arbres, quoi. Il était plein de déchets, ça sentait un peu la merde, mais moi, dissimulée par le feuillage, entre deux trois édifices industriels et leurs stationnements, j’avais l’impression de découvrir quelque chose d’extraodinaire : une zone oubliée du cadastre, une erreur d’arpentage, une enclave verdoyante au milieu d’un territoire stérile.

Au bout de la pointe, le terrain vague se transformait en un long corridor, puis un fossé grouillant rempli d’arbres mangeurs de clôtures. Ce n’était plus qu’une frontière dérisoire avalée par la végétation, l’emplacement parfait pour une section de parc linéaire. Je m’emballai et, comme à chaque fois que je traverse un terrain vague, je me pris à imaginer un sentier, quelques bancs, des fleurs, des tables à pique-nique. J’y vis aussi le prolongement de la piste cyclable s’arrêtant à côté du Home Dépôt.

Je continuai ma promenade dans les ruelles de ce quartier étrange en pleine mutation, coincé entre la Petite Italie, le Mile-End et Parc Extension, où se côtoient les lofts des édifices staliniens de l’ère industrielle et des maisons d’architectes, des entrepôts, des « boîtes à lunch » de pauvres et des condos de luxe. J’étais comme droguée aux champignons magiques. J’hallucinais. Les jardins explosaient. Le béton des ruelles était soulevé par les plantes qui jaillissaient des fissures : plantain, chardon et chicorée, mais aussi roses trémières, onagres, gloires du matin… Tout ça me semblait si beau et je me sentis pleine d’espoir pour la suite du monde.

Je me dirigeai ensuite vers la rue Saint-Hubert car je voulais aller acheter un livre sur la flore urbaine à la librairie Raffin. C’était la vente trottoir sur Saint-Hubert et j’ai vraiment débuzzé.

Lou Scandale, 07/07/2009 [Manger pour «vivre»]

Je vous propose de découvrir dans cette section des solutions alternatives et économiques qui vous permettront à vous aussi, petites gensses, de vous faire une place de choix dans cette jungle austère, mystérieuse et Michael Jacksonless, que l’on appelle plus communément, la vie. Osez dorénavant faire de chaque instant une occasion originale et créative de vous démarquer avec panache!

Grâce à des gestes simples, chacun de nous vous allez le voir, est en mesure d’apporter une petite touche personnelle et colorée, un certain supplément d’âme, un indéfinissable charme qui fait la différence en société. Ce soir nous allons non seulement associer l’utile à l’agréable mais en plus dans une optique de développement durable fort à propos avec le goût du jour.

Nous somme samedi-juin soir. Il est minuit 38 à votre slip de bain improvisé et le monde entier se jacuzzise.

Les repousses de torse de Josh ne se voient pas au clair de lune, Jean-Guy a sorti le Pernod et Anne Charlotte n’a pas lésiné sur le lip-gloss, signe avant coureur de fin de soirée heureuse.

Tout y est. Ce soir c’est dans le spa qu’ca s’spasse bébé.

Pourtant, malgré les nombreuses giclettes, palpations et autres coffrets spécial remix 99 Barry White, vous vous rendez compte que tout ne se passe pas exactement comme vous l’aviez prévu.

En effet, Anne Charlotte s’ennuie.

Après avoir passé 3 heures à s’émerveiller sur le changement de couleurs du fond du bassin qu’elle aurait tant voulu voir rester un peu plus longtemps sur ‘bleu des mers du sud’, la voilà qui se met à frissonner, trouvant la peau de ses doigts bien trop ramollie.

Que faire alors?

Vous allez voir avec quelle facilité cette triste situation peut se transformer en un tourbillon de plaisir des sens. Assurez vous au préalable d’avoir suivi à la lettre et ingurgité la préparation qui suit :

- 56 Dés de tofu-curry sautés au riz béchamel et petits légumes au beurre

- 6 pintes de Tremblay spécial promo 15 pour 12

- 4 verres à vin moitié pernod moitié Ricard

- 2 shoots de Johnny Walker

- 4 verres à bière de Champagne MOËT acheté au Duty Free de la guérite Saint-Bernard-de-la-colle

- 1 heure de saut en rythme sur ‘jump around’ dans le gazon

Bien installé dans le jacuzzi température 100F avec entre les fesses le jet sur position drainage lymphatique, passez discrètement votre doigt au niveau du plexus solaire, en formant un petit cercle que vous vous efforcerez d’accélérer tous les 5 tours et répéterez 6 fois ce geste. Vous vous apercevrez alors au 7ème qu’une petite impression de remontée vous prendra à la gorge. N’ayez pas peur et poursuivez votre chemin, l’attente ne sera pas bien longue.

En effet, quelques secondes plus tard, vous aurez la joie de découvrir une échappée-belle de minuscules particules appelées plus simplement mottons, qui pimenteront à merveille les couleurs éclatantes des remous en formant des centaines de confettis aquatiques, et qui apporteront une joie quasi immédiate au sein du bain commun.

Comment, je vous le demande, Anne Charlotte pourra t elle résister à ce poème olfactif et sensoriel s’offrant à elle?

Les mottons comestibles préparés grâce au mariage des ingrédients les plus fins, la propulseront sans détour dans le plus fou des voyages avec de surcroît une hydratation intense des couches supérieures de l’épiderme. Fini les soupirs et les regards accusateurs. Grâce aux mottons-party SPA bio-maison, vous relancerez la soirée sur une note drôlatique, sensuelle et originale tout en préservant l’environnement et ça, c’est vraiment gagnant.

La prochaine fois je vous inviterai à me suivre sur le chemin de l’introspection, grâce à la crème d’identité spéciale soirée VIP dans une école de danse contemporaine.

Bonne soirée!

Bébé astronaute, 03/07/2009 [Géopolitique du logis, Mourir au Canada]

Je vous ai déjà parlé de ma vieille voisine indienne ? Elle est toujours là, sur le balcon, à surveiller les enfants. Elle ne parle ni français ni anglais, du moins pas plus que quelques mots, et j’imagine qu’elle doit souffrir parfois d’une terrible envie de communiquer avec d’autres personnes que les seuls membres de sa famille. De temps en temps, on se fait des petits brins de conversation ensemble, chacune dans notre langue, sans vraiment se comprendre. Dans le fond, ça ou dire salut ça va à ma voisine d’en haut, pour moi, c’est du pareil au même : un petit geste de bon voisinage, tout simplement. J’avais déjà réussi à déduire, à force de simagrées, que la vieille indienne voulait m’emprunter un râteau, mais là… J’étais en train d’attacher mes plants de tomates à leur tuteur en me disant que les coquilles d’oeufs, ça avait ben marché en ta cette année, quand elle s’approche et commence à me baragouiner quelque chose. Bien sûr, je ne comprends rien, mais je lui réponds quand même en français : ah oui, ils sont vraiment plus grands que l’année passée ! Dans l’embrasure de la porte, bébé au bras, sa fille me répond : c’est vrai, c’est ce que ma mère vient de dire…