août 2010
al_hakim, 17/08/2010 [Territoires troubles]

Je sais pas pour vous, mais moi j’ai toujours l’impression, et c’est peut-être un peu de la paranoïa, d’avoir l’air suspect quand je suis surpris à «rien faire» au beau milieu de nul part par des passants. «Non, non, M. l’Inconnu, j’suis pas en train de préparer méthodiquement votre meurtre» que j’ai toujours envie de leur dire. Louche aussi sans doute en partie parce que le «riencrisseur» ou le méditant (c’est selon) est suspect aux yeux d’un monde jeté à corps perdu dans une activité sans fin : «been there, done that» ou plutôt «going there, doing that». Je ne suis pas un vrai fumeur, mais j’apprécie cependant l’alibi que me procure la clope pour chiller, exemple, sur un rail de chemin de fer. En tout cas, je lance ça de même, sans autre analyse.

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Bébé Astronaute, 16/08/2010 [Manger pour «vivre»]

Cet après-midi, j’ai décidé de profiter du temps de récoltes qui commence pour faire une batche de ma fameuse salsa. Plus tard, devant mon ordi, ayant oublié que j’avais manipulé force piments forts, j’ai eu la bonne idée d’essayer de me gratter le fond du conduit auditif. Faque là, j’ai les les oreilles qui chauffent en esti.

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Ensemble de chaises a jardin, 15/08/2010 [Triviale poésie]

À mon maître Amygdale, cela va comme suit…

Tu vas vers le boulot

Quand j’embrasse le goulot

Quand tu prends le métro

Moi, je prends l’apéro

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Maintenant, j’aime ce qui est agréable.

Avant, plus jeune, je détestais l’agréable et vénérait l’inconfort. Je choisissais toujours le moins bon choix à la cafétéria, le pire emplacement au camping (celui sur le bord des containers ou des Ontariens), les gens les plus tarés et désagréables comme amis, les lectures les plus ardues, les cours les plus impopulaires, les filles les plus grosses, les sentiers les moins battus. Comme si j’avais peur d’être pris pour un lâche. Comme si je croyais qu’on allait me juger sévèrement si je posais mon cul sur des coussins plutôt que sur un lit de clous acérés par quelque vieil homme participant à un programme de réinsertion sadique. J’avais moi-même peu de respect pour ceux qui se complaisaient dans la facilité, ceux qui avaient l’air climatisé ou des bancs en cuir, ceux qui avaient des femmes de ménage (pluriel), des râpes à fromage électriques et une télé dans la salle de bains, ceux qui se vantaient d’avoir une option politique et une paire de patins de rechange. Ceux que j’appelais, à la cantonade – comme un rugissant écho de l’air du temps – les Petits-Bourgeois.

Et puis, sans nécessairement m’assagir (je n’ai jamais vraiment pas été sage), j’ai comme intériorisé ma colère juvénile et décidé que des coussins et un lave-vaisselle n’étaient somme toute pas logiquement incompatibles avec l’enragement. Qu’on me juge sur mes choix.

C’est sur ce chemin que j’ai découvert l’agréable et en particulier ce moment que je me paye, soir après soir, qui consiste à m’asseoir sur mon balcon (lequel fait face à l’ouest-nord-ouest), vers 17h, pour y lire quelques pages d’un excellent bouquin que je fais semblant de lire, une bière ou un verre de lait à la main, en regardant le soleil estival terminer sa course derrière l’église Saint-Esprit (Masson et 5e). Cheesy, je sais. Mais c’est rudement bon pour le tan et parfait contre le suicide.

Aussi, mon agrément s’en est-il ressenti l’autre jour, lorsque, prenant place sur ma chaise face au soleil couchant, j’entendis force bourdonnement et vis, à 2 m de moi, un essaim de guêpes comportant à vue de nez une quarantaine d’individuses. Elles tournaient autour de mon BBQ, entrant et sortant par les interstices et maintenant que j’étais là, elles s’intéressaient désormais à moi comme une prof de première année s’intéresse à ce monsieur qui flash sa graine à travers la clôture de la cour de récré.

Qu’on me permette de digresser. Il faut comprendre que, plus jeune – pendant cette phase de recherche d’inconfort décrite plus haut – j’avais l’habitude de « tester », souvent à l’aide d’un bâton que je croyais assez long, le comportement des guêpes lorsqu’il m’arrivait de croiser un nid. Cet élan scientifique a abruptement pris fin lorsqu’un jour, je devais avoir 8 ou 9 ans, les guêpes se sont décidées à me montrer qu’un million d’années d’évolution, ça fait du venin très efficace, surtout lorsque la piqûre est en réalité quinze piqûres. Pas de sommeil pendant 2 jours à cause de la douleur. De cet épisode est née, non pas une phobie des guêpes, mais disons une conscience accrue de leur pouvoir de persuasion.

Aussi, laissant rapidement tomber mon plan bière/lecture/vitamine D, je me décidai à entrer dans la maison par la porte la plus proche. Déjà trois guêpes avaient réussi à se faufiler avec moi et l’une réfléchissait à l’existence posée sur ma main. En analysant la situation froidement, je me dis ceci : ok, elles sont plus nombreuses et ont bénéficié de l’effet de surprise; par contre, elles sont regroupées dans un BBQ, ce qui, de mémoire de guêpe, n’a jamais été autre chose qu’une lose-lose situation.

Ça va chauffer pour vous, mes jolies. Un problème se posait en outre : la bombonne de propane se trouvait de l’autre côté du BBQ, opposé à la porte et l’allumeur, comme tout allumeur qui se respecte, ne marchait plus. Il fallait donc que je passe devant le BBQ, ouvre le gaz, ouvre le couvercle, craque une alumette, la jette dans le BBQ et re-rentre dans la maison pour me protéger. Tout cela sans attirer l’attention de ces insectes charognards.

Que faire? Les distraire en siflottant « Ne me pique pas » ? Regarder ailleurs comme si de rien n’était? Utiliser un stunt-double? Finalement, je décidai de me vêtir adéquatement de vêtements longs : des pantalons d’entraînement bien calés dans mes bas rouges, des gants de construction sous mes manches longues, mon hoody mauve, un cache-cou, mes goggles de ski et mes bottes hautes (celles qui me donnent l’air d’une poutre).

J’ai fait un pas à l’extérieur, armé d’une boîte d’alumettes et les guêpes ont tout de suite chargé. C’est lettes des guêpes, il faut se le dire. Elles volent tout croches, font un bruit de marde et sentent mauvais. Elles sont comme l’homme saoûl de la famille des insectes (non, je ne sais pas si les insectes sont à proprement parler une « famille », mais please wikifuck-off!).

Elles me bourdonnaient dessus et une a même failli entrer dans mon cache-cou, la vlimeuse. Mais vaille que vaille, je me suis approché, j’ai ouvert le couvercle – wow, il y en avait plein là-dedans, grouillantes et surprises – et j’ai parti le gaz. Sérieusement, je ne savais pas que les guêpes n’aimaient pas le propane à ce point-là. J’aime bien ça le propane moi. Du moins en petite quantité. Pour une occasion spéciale. Mettons un party à Iqaluit. Mais les guêpes, ça ne leur plaisait visiblement pas puisqu’elles ont comme qui dirait décalissé en rangs serrés, frôlant mon visage et fonçant dans mes goggles. J’ai parti le feu et j’ai burné les retardataires, au grand plaisir de mon sadique intérieur (celui qui deviendra un vieux monsieur qui aiguise des clous, pour ceux qui suivent).

Sur ce, ça sonne à la porte. Purolator, je vois son truck brun du balcon. Je me dis que ça serait drôle d’aller répondre habillé comme ça, genre extra-terrestre ne comprenant pas les saisons ni les sports sur Terre. J’ouvre la porte et, c’est pas le monsieur de Purolator, c’est mon voisin d’en bas qui me regarde avec un drôle d’air et l’oeil droit tout enflé.

« T’as-tu des guêpes chez vous? »

Pas fort sur l’observation le voisin.

« Non-non, je m’en allais m’entraîner… » répondis-je en remettant mes goggles.

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Amygdale, 04/08/2010 [Préparations au voyage vers Mars]

17/12 > Nous voici à quelques lieues de Yakutsk, prisonniers d’un jour blanc qui dure depuis plusieurs heures. Sans doute avaient-ils torts, ceux qui niaient l’existence du corps. S’ils niaient une chose telle que cette main, assurément ils ignoraient qu’il peut se trouver un état de chose derrière la porte d’un congélateur, et que cette chose peut vivoter momentanément. Pourtant, aujourd’hui, je serais tenté de leur donner raison. Car qu’est-ce qu’une main comme ma main, bleue, roide, inepte? Une main qui passe son temps sous une aisselle n’est pas une main.

- Дай мне банку, пожалуйста. Я проголодался.

Je passe la boîte de Zepoulpe à Dmitri, qu’il ouvre à l’aide de son couteau de poche. Le contenu en est cryogénisé. Par chance, nous avons réussi à réchapper un Hibachi et une bouteille de butane de l’écrasement de notre Antonov. Grâce aux parois de neige érigées autour de notre camp de fortune, il arrive à produire une flamme suffisamment persuasive pour cuire des aliments. Je doute cependant que nous puissions tenir plus de deux jours dans ces conditions.

Dmitri engloutit la dernière tentacule embrochée à la pointe de sa lame. Son regard est livide, ses gestes sont ceux d’un animal à sang froid, lents, économes. Il porte à sa bouche un peu de neige, qu’il fait fondre lentement, puis, après gargarisme, il aspire l’eau en pinçant les joues. Cette tempête pourrait durer plusieurs jours. Je prends quelques instants pour prendre conscience du fait que mon collègue m’est inconnu. Certes, nous avons fait une partie de l’entraînement ensemble, mais, somme toute, tout ce que je sais à son sujet, c’est qu’il a une étrange difformité au visage, qu’il est originaire de T* et qu’il joue gardien de but au foot. Or, il me semble que quelque chose a changé dans sa physionomie, dans sa posture. Le dos courbé, il a périodiquement de ces étranges spasmes qui lui font arquer les épaules, accompagnés de pincements des lèvres. J’ai l’étrange sentiment qu’il va se transformer en gallinacée. Soudain, son pied botte la truelle, qui s’en va virevolter contre mon rücksack, tandis que lui se projette contre la paroi du campement, haletant, poussant d’étranges gémissements. Me voilà pris de stupeur, seul avec lui dans cet espace confiné qui pourrait être un module spatial.

- Que se passe-t-il, Dmitri?

Aucune réponse. Il a le souffle court et des plaques rouges sur le visage. Ce doit être le mal cosmique. Il tend le bras dans ma direction, ou plutôt vers l’ouverture de l’abri.

- т… т… тигр! ТИГР!!!

Je me retourne et j’aperçois un superbe spécimen de tigre de Sibérie à deux pas du campement. Que fait-il là, perdu en plein blizzard? Je n’ai pas le temps de me poser cette question idiote que déjà, la conserve de Zepoulpe voltige dans sa direction. Voyant que le félidé s’y intéresse, Dmitri en profite pour prendre la poudre d’escampette. Mieux vaut affronter une mort certaine par le froid qu’une mort certaine entre les crocs d’un fauve. Je cours, cours, cours. J’entends le bruit du souffle et des pas de Dmitri se faire de plus en plus sourd, lointain…

***

Mars, on y va pour ses paysages cyclopéens, on y reste pour ses microorganismes. Mais les stations spatiales, qu’ont-elles de si intéressant? Cela représente un travail d’entretient continuel; toujours des boulons à resserrer, des modules à ajouter, quand ce n’est pas l’habituel protocole de manipulations d’enzymes. Et je suis là en train de ressouder cette cellule photovoltaïque, mais était-ce bien cela que j’étais venu faire? Quelle était le but de cette sortie, déjà? Quel était la mission de ce vol, au juste? Où sont mes camarades? Partis: la navette a disparu. Alors, lentement, je me détache de la station. Je dérive en tournoyant dans l’espace, sans but. La station n’est rapidement plus qu’on objet distant très brillant. Je sens que je prends de la vitesse; le vertige m’envahit jusque dans les artères. Ma combinaison se réchauffe, elle s’embrunit. Mes gants prennent feu: j’entre dans l’atmosphère terrestre. Je peux voir les flammes m’envelopper tandis que dans la combinaison, je suffoque. Je n’en ai plus que pour quelques secondes à vivre avant de me désintégrer dans l’atmosphère. La chaleur monte, monte…

- Он просыпается.

Autour de moi, des ambulanciers s’affairent. J’entends le ronronnement des hélices de l’hélicoptère médical. Je parviens tant bien que mal à sortir mon bras de la couverture thermique dont on m’a emmitouflé. Je respire enfin.

- А где Дмитрий?

Aucune réponse.

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