J’aurais dû y penser deux fois avant de parler d’aventure. Dans mon wagon, une famille noire sortie tout droit d’un sitcom américain fait tout un boucan depuis le début du trajet. La mère a l’air vraiment trash et n’arrête pas de faire shush à ses cinq enfants pour qu’ils la ferment. Elle doit avoir à peu près vingt-cinq ans. Le père, je ne l’ai pas vu, mais tout ce qu’il semble capable de dire c’est sit down pis shut up. À la tombée de la nuit, les enfants s’endorment enfin et je crois avoir trouvé une position confortable pour dormir. Il faut dire que les bancs sont assez spacieux et qu’il n’y a personne à côté de moi. Le train s’arrête. Je n’arrive pas à m’endormir. Il y a un Québécois et une Anglaise dans le wagon qui sont pas mal sur le party et qui essaient de communiquer entre eux malgré leur unilinguisme. Ils parlent fort. Le Québécois est visiblement saoul et empêche tout le monde de dormir. Comme j’ai rabattu la visière et descendu les cache-oreilles de mon chapeau de poil pour m’aider à dormir, j’entends tout ce théâtre en sourdine. J’entends quelqu’un dire que le moteur est étouffé. Une Acadienne demande poliment au gars de baisser le ton. Le ton monte. Il lui répond que si elle voulait avoir la paix, elle n’avait qu’à se payer une couchette. Il continue en disant à la vieille Anglo qu’on a qu’une seule vie et qu’elle est faite pour s’amuser. Les fumeurs commencent à s’énerver parce qu’ils n’ont pas le droit de sortir étant donné qu’on est arrêté au milieu de nulle part. Le contrôleur ajoute que c’est parce qu’il faut que tout le monde soit à bord au cas où le moteur se remettrait en marche. Ça me fait penser à la fois où j’ai été obligée de pisser dans une bouteille, au planting, parce qu’après avoir tripoté dans le moteur pendant deux heures avant de faire décoller la van — on avait eu le temps de boire une caisse de 24 —, le foreman refusait de s’arrêter avant d’arriver au camp. L’ivrogne continue à s’époumoner. Un Français finit par se lever et crie à tue-tête :
— Vas-tu fermer ta putain de gueule, connard? Si tu veux continuer à faire la fête, va-t’en au wagon-bar et arrête d’emmerder tout le monde!
La mère trash se met à hurler :
— I’ve got motherfucking kids here trying to sleep!
Les kids se réveillent et se remettent à chialer. Il est minuit et je pense que ça fait bien une heure qu’on est arrêtés. Là, je suis réveillée pour de bon. J’entends le Québécois menacer le Français qu’il est mieux de ne pas débarquer à la gare Centrale à Montréal sinon ça va barder. Ça fait au moins une deux heures que le train est arrêté. Je me rassois sur mon banc et fouille dans mon sac pour trouver mes lunettes. Il commence à y avoir vraiment de l’action et je veux voir de quoi ont l’air tous ces personnages. Le Français se lève pour aller se plaindre au personnel des menaces du gros chauve avec le pyjama rayé. Les fumeurs sont sur les nerfs et un Amérindien a l’air de prendre un malin plaisir à toute cette agitation. Quelqu’un s’exclame:
— Cigarette break!
Mais c’est une fausse alerte. C’est encore interdit de sortir. Les fumeurs sont au bord de l’agonie. L’Amérindien semble s’être donné pour mission de faire crisser l’emmerdeur dehors du train. Il s’excite :
— They’re making phone calls right now, they’re gonna call the police, he wanted to pick a fight with me, etc.
Les lumières du train s’allument et le train repart tranquillement. J’entends des voix soupirer « Thank God! ». Mais c’est encore une fausse alerte. Le train avance d’à peu près cent mètres et s’arrête à nouveau, à bout de souffle, juste devant une gare. Parmi les fumeurs scandalisés à l’unisson, il y a un vieux bonhomme à la moustache jaunâtre et la face plissée qui me fait penser à un personnage de Muñoz Sampayo. Lui, il a vraiment besoin d’une cigarette. Mais même si on est juste à côté de la gare, c’est toujours interdit de sortir. Le train repart encore une fois. Par la fenêtre, je vois le gros chauve dehors, en pyjama, avec son petit sac de voyage, s’obstiner avec le chef de gare.
***
Au matin, je me lève pour aller prendre un café au wagon-cantine. J’apprends qu’on va être au moins trois heures en retard et que pour compenser, le café est gratuit. Wow, quelle aubaine : 2 $ de sauvés pour compenser 3 heures de ma vie. L’Amérindien est là et je commence à jaser avec lui. Il porte des jeans un peu râpés et un kangourou bleu marin délavé. Il a laissé son manteau de cuir sur son banc, mais il a mis son beau chapeau noir style gangster des années 50. Il s’appelle Jackie. Il a peur de l’avion. C’est pour ça qu’il prend le train. Il arrive de Nouvelle-Écosse et s’en va à Toronto. Je lui donne au plus la quarantaine, avec un air juste un tout petit peu magané pour son âge. Je dois mettre ça sur le dos du fait qu’il est amérindien. Pourtant, il a l’air pas mal en forme. Dans un western, il jouerait probablement le chasseur expérimenté ou le futur chef du village.
Au fil de la conversation — il fallait s’en douter —, je mentionne que j’ai déjà travaillé comme planteuse d’arbres, et que je m’ennuie de travailler dehors. Et du temps que j’étais en super forme. Il répond qu’il est lui-même en super forme, à cause de son métier. Il me demande d’attendre deux minutes: il va chercher son iPhone et pour me montrer une photo. C’est la photo d’un bodybuilder, genre monsieur Univers. Je dis en riant:
— That’s not you!
Il fléchit l’avant bras pour contracter ses muscles et m’invite à toucher.
— All right, I beleive you.
Je dis ça juste pour éviter de lui tripoter les muscles.
— Go ahead, touch it!
Incrédule, je touche. C’est effectivement le muscle le plus dur sur lequel j’ai mis la main de toute ma vie. Il me dit qu’il travaille « as an overage model ».
— Overage model? What does that mean?
— How old do you think I am?
— I dunno. I’m not good with ages.
— Well, I’m 64.
— You’re kidding me. You’re not 64.
— Why would I lie? People lie under their age, not over.
— Well, show me you ID.
Au début, il refuse. Il dit que ça ne compte pas, qu’elles pourraient être fakes, mais j’insiste. J’ai besoin d’une preuve pour écrire cette histoire sur le FAS en toute honnêteté. Alors il sort son portefeuille et me montre deux cartes: certificat de naissance et permis de conduire. Authentique. Date de naissance: 1947. C’est pour ça que le gros chauve voulait se battre avec lui. Monsieur Univers lui avait montré sa photo et le gros chauve ne croyait pas que c’était lui. Alors il lui a demandé d’enlever son chandail pour le prouver. Monsieur Univers a dit que c’était 75$ pour enlever son chandail et ça a dégénéré. Prétextant que je m’en vais travailler, je retourne à mon siège pour écrire cet article.
***
Le train est arrivé 3h30 en retard. En tous cas, je vais avoir 50 % de rabais sur mon prochain voyage en train.
Cher ami,
Il y aura de ça bientôt trente-et-une années que nous nous somme vus, bien des choses se sont passées depuis.
Cette nuit j’ai rêvé à mon ex, N*. Je me baladais dans un coin minable de la ville de S* avec, je ne sais trop pourquoi, un râteau à la main. Comme je descendais une côte avoisinant un centre d’achat, j’entendis d’une falaise une voix qui était la sienne. Je m’approchai et je l’aperçu sur le parterre en béton d’un appartement bourgeois – genre imitation Bauhaus – construit à même cette falaise. Ensuite je la vis entrer chez elle. Sous le regard ahuri des voisins, qui devaient me prendre pour le jardinier, je me dirigeai vers son domicile par un escalier en colimaçon. Au parterre, il y avait une piscine creusée et des cactus. Je m’attendais à voir une sculpture de Jeff Koons, ou bien un véritable caniche surgir de nulle part, mais non. Arrivé devant la porte patio, je pu discerner qu’elle se trouvait en présence d’un homme. Je m’approchai encore, et lorsque mes yeux se furent habitués à la pénombre, elle me présenta à lui de la sorte : « Salut S*, voici mon plus beau chum ». Nu torse, glabre, musclé et bronzé, on aurait dit un playboy sorti de Bay Watch. Sans attendre, je me mis à le frapper de toutes mes forces avec le râteau. Il s’enfuit dans son appartement. J’allais l’exterminer, mais N* est venu à son secours. Je les frappais tous deux sans relâche, lui au visage avec le coin du râteau, et elle en plein dos, à hauteur du coup, avec les dents qui s’enfonçaient en faisant des trous d’où pissait le sang, mais il n’y avait rien à faire; ils continuaient à me taper dessus et à se mouvoir en tous sens comme des boss dans Wolfenstein 3D. Horripilé, je me suis éveillé. J’espère toutefois qu’elle est morte au bout de son sang, cette sale nazie.
La lecture du dernier article de Bébé Astronaute m’inspire des confessions. Je dois partir dans l’Ouest à la fin du mois d’avril pour planter des arbres. Partir mourir ailleurs au Canada. Et je pourrais me contenter de dire que j’ai la flemme d’y aller, comme on rechigne à l’approche de la mort, où on se met à imaginer un meilleur monde, où peut-être on pourrait planter dans la crème pour l’éternité. Mais à vrai dire, mon problème, c’est surtout que j’ai la chienne d’y aller. J’en ai rêvé cette nuit. C’était un contrat de treeplanting au Québec, par contre, avec des têtes connues de l’Ontario: M* et B* comme foremans. On commençait en plein été, il faisait chaud, on entendait les grillons, j’étais complètement désorganisé, mes sacs se perdaient dans une autre van, je me traînais les pieds, je ne voulais pas le faire.
Mais avoir peur de partir, ça c’est gênant. Si ça continue comme ça, d’ailleurs, j’aurai bu toutes mes économies avant d’avoir acheté l’équipement nécessaire. Alors quoi? Serais-je devenu vieux?
C’est ma dernière soirée à Moncton et comme j’ai pas mal fini le projet que je suis venue réaliser ici, je profite de ma soirée pour faire du ménage dans mon ordi. Un foutu fouillis selon mes standards. En tous cas, je suis tombée sur un document où j’avais copié-collé plein de vieux courriels écrits ou reçus entre 2004 et 2007. Je crois qu’à un moment donné, je m’étais mise à farfouiller au fond de ma boîte de réception et j’avais eu envie d’organiser tout ça pour écrire un livre. Aussitôt amorcé, le projet a avorté, je pense, au moment où j’ai eu honte en me souvenant d’une fois où, adolescente, j’étais rentrée aux petites heures du matin et que j’avais surpris mon père en train d’écrire son autobiographie. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’avait terriblement gênée. En tous cas, j’ai relu le document en diagonale et finalement, c’était plutôt captivant. Sauf que ça m’a rappelé non sans mélancolie que ma vie avait déjà été vraiment palpitante et remplie d’aventures et que maintenant il ne m’arrive plus jamais rien digne de mention.
Ce qu’il y a de délirant avec la vie au motel, c’est que la femme de chambre arrête pas de m’appeler honey pis sweetie. Déjà que je suis mal à l’aise à l’idée qu’une étrangère fasse mon lit…
Ça doit faire six mois que je viens périodiquement sur le « tableau de bord » de wordpress en espérant retrouver un peu d’inspiration et écrire quelque chose, ne serait-ce que pour au moins avoir une ligne de publiée dans le prochain fanzine. Je n’arrive plus à faire des textes, je soupçonne un phénomène de l’inconscient par rapport à facebook, mon habitude d’y écrire, et ma libido qui est portée disparu ; il ne me reste qu’à découvrir sous la forme de quelle névrose la coquine refait surface.
Aussi il faut savoir que ça fait 78 jours que je n’ai bu une goutte d’alcool, et je ne fume plus, ça fait pas des écrivains bien forts.
C’est pas pour être cruelle avec Amygdale, mais quand j’ai vu la pleine lune à son périgée hier, j’ai repensé à cette conversation que j’ai eue avec mon frère, un soir, sur son balcon:
Moi (romantique): Ah! ça me rassure quand je vois la pleine lune en ville. Ça me rappelle que la nature existe encore.
Lui (désabusé): Moi ça me rappelle à quel point ça fait longtemps que j’ai pas fourré.
La séance du book club m’avait remis de bonne humeur, mais voilà que je me réveille en pleine nuit, incapable de me rendormir. C’est cette histoire de band qui, je pense, me tracasse. Je suis arrivé au bout du rock, semble-t-il. Une foule tiède, une chanteuse qui n’est pas à sa place, un bassiste qui en remplace un autre parti en Afrique. En Afrique: n’importe où sauf ici.
Je me dis que c’aurait peut-être été mieux si on avait gardé L*Z* au départ, mais quoi, il n’était pas fiable. Et là je pense à L*S*, la première chanteuse, avec qui je projette de partir un nouveau band, P-AvG* à la guitare. N’importe quoi. Comme si cette histoire de band, je veux dire depuis les tous débuts, n’avait pas été inventée comme prétexte pour pouvoir coucher avec elle. Dommage que je sois parvenu à me convaincre du contraire, alors qu’elle dormait dans mon lit. Et là je suis commis à croire que je m’intéresse à elle parce qu’elle a du potentiel comme chanteuse, ce qui n’est même pas faux. Remarquez que ce n’est pas la première fois que ça m’arrive, ce mécanisme de sublimation dans l’engagement: je suis resté cinq ans avec N*, avec qui tout aurait pu se dire et se faire en une nuit. Seulement cette nuit-là, c’est M* qui était parti avec. Par après, la nuit de ce one-night décalé s’était drôlement allongée, elle avait même perduré deux années dans une aube blafarde.
C’est pour ça que j’ai dit à O*, que je ne connais pas le moins du monde, qu’elle a de belles boules. Histoire d’être au clair, au moins une fois. Mais j’ai eu aussitôt honte et je me suis excusé de ma vulgarité. Retraite psychologiquement ruineuse: elle est revenue me voir plus tard pour me dire qu’elle avait dit à son ami que je l’avait agressée. C’est ça. Avec mes cheveux, Monsieur le juge.
En allant travailler à pied pour profiter du soleil, j’ai eu à suivre la plus petite naine qui promenait le plus gros chien. Je me suis dit: Cette naine est tellement plus petite que son chien qu’il pourrait la violer facilement. Je me suis ensuite demandé si tous les conservateurs qui font du lobbying contre les fanzines et autres bd underground n’avaient pas eu un peu raison à l’époque… puis j’ai pensé à l’internet… puis à cette information lue dans l’histoire de la sexualité de Foucault , sur les descriptions pointilleuses qu’avaient du écrire les prêtres du moyen age pour faire la gestion de toute la variété des péchés de nature sexuelle. Puis j’ai laissé faire, parce qu’il faisait soleil et les rayons chauffaient doucement et V* venait de m’envoyer un texto charmant.
J’écoute Jimmy Hunt, et je pense à toutes ces figures de styles dont j’ignore le nom:
Mariane doit partir tout l’été
travailler dans le WisconSIN
J’vais devoir me masturber
tous les jours en rêvant à ses MAINS
Comment on l’appelle celle là? Celle qui essaie de faire croire aux auditrices de radio Canada qu’un gars qui se fait barrer des Iles de la madeleine puisse se branler en pensant aux mains d’une fille? Quel sens de la formule quand même. Si seulement je pouvais écrire autre chose que des courriels, des status, des lignes de chat facebook et des textos…
Même si je m’efforce, depuis que je suis à Moncton, de dissimuler toute trace d’attitude métropocentriste – pour autant que j’en aie -, quelques secondes d’hésitation m’ont trahi quand une fille m’a demandé: « de quelle place que c’est qu’tu viens de? » On est loin du « j’te bet tu sais pas d’ousque chu from » franco-ontarien, mais quand même…
Vu sur le pannneau publicitaire d’une église à Moncton:
« The best vitamin for Christians is B! »
Quelqu’un peut m’expliquer?
C’est pas un voyage au Burkina Faso, mais j’ai découvert récemment la fonction Découvrir sur Antidote. Quand tu cliques là-dessus, ça sort un mot rare au hasard. Ma dernière trouvaille: buglosse.
Buglosse, nom féminin : Plante herbacée velue poussant dans les lieux incultes.
Les Burkinabè ont des façons de parler qui ressemblent étonnament aux Québécois. Par exemple, ils vont dire « un char », même si dans leur cas ça désigne une moto. Ils disent « de rien » aussi, lorsqu’on leur dit merci.
Un de mes tics préférés, c’est l’utilisation presque systématique du mot « d’abord » pour terminer une phrase. J’ai l’impression que ça a la même fonction que le « tsé » québécois. En clair, ça ne veut rien dire. Un burkinabé aurait dit: ça ne veut rien dire, d’abord.
En parlant à Sylvain hier, je me suis rendu compte que ça donnait pafois des résultats étonnants.
***
-Sylvain, est-ce que tu es marié ?
-Ah non! Je suis célibataire, d’abord.