La voyante a voulu lire mon avenir dans ma main. J’ai dit ok. J’ai rapidement compris qu’elle était très bonne. Elle m’a toisé un instant et a tout de suite compris que j’étais une personne un peu désorganisée et c’est ce qu’elle s’est employé à décrire.
Je me suis arrangé pour ne pas lui donner de matériel à partir duquel travailler. Chaque fois que qu’elle me lançait une perche du genre -Je vois une grave maladie dans ton enfance. Je répondais -Ah bon!
Pour s’inspirer, je crois qu’elle a voulu scruter mes réactions pour savoir ce que j’avais envie d’entendre.
-Madame, il faut lire dans ma main, pas dans mon visage. (suite…)
L’autre jour, j’étais dans une maison des Laurentides qui a ceci de déprimant qu’il faut parfois la quitter pour aller ailleurs.
Je ne crois pas au paradis, mais si j’avais à écrire une comédie musicale (genre la nouvelle version des Filles de Caleb dont j’ai commandé des billets pour – wait for it – absolument jamais), je choisirais ce set-up parce que c’est juste cute. Il y a des cèdres et des pins et des bourgeons et de la neige qui refuse de fondre et un marécage qui suinte et sent mauvais et un arbre bossu et une branche cassée que j’aime bien.
Parfaitement satisfait, assis sur une chaise de bois et baignant dans un soleil printannier jaune tirant sur le gris, je lisais le magazine American Scientist – ce qui en dit juste assez sur mon passé de nerd. Je parcourais mollement un article portant sur des serpents à tentacules qui attrapent leurs proies en les piégeant solide, un dossier faisant état des nouvelles découvertes en mathématiques sur la limite de Planck (je n’en pouvais plus d’attendre) et un papier sur le dégèlement de quelque chose d’important dû au méthane. Tout cela était bel et bon.
Mais soudain – au moment où je me demandais si le monde était vraiment aussi beau ou si c’était juste une question de lunettes de soleil – une voiture se pointe.
Il faut comprendre que la maison est située au bout d’un cul-de-sac qui est rarement emprunté et donc la survenance d’un véhicule non-désiré était bizarre. La voiture était sobre, peut-être louée. En descend un homme de petite taille, trapu jusqu’aux mollets et habillé somme toute assez casual pour un témoin de Jéhovah. Car, oui, j’avais devant moi le premier et peut-être le dernier TDJ à s’aventurer dans ce nid de païens qu’est le rang Brière.
Avais-je mentionné que j’étais superbement ivre? Ben quoi!? Avec cette superbe bouteille de Barollo à 26 piasses que je m’étais payée, j’allais faire quoi : attendre de la compagnie qui viendrait me la piquer par ce beau matin d’avril? Je ne pense pas non.
Le TDJ, tout sourir, le regard plein de certitudes bien classées s’approche et dit :
- Oulalalala, c’est un beau spot que vous avez là!
- Mets-en ! En plus ce qui a de bien, c’est que la plupart du temps personne ne vient nous déranger.
- Je ne vous dérangerai pas longtemps, c’est juste qu’il y a une promotion.
- Une promotion? dis-je espérant idiotement que ce soit une promotion sur des verres à vin (je venais d’en casser un). Une promotion sur quoi, la vie éternelle? Les transfusions non-utilisées?
- Je vois que j’ai affaire : à quelqu’un qui a l’esprit pratique.
Tout en parlant, il s’était approché à environ 45 pieds de l’endroit où je me trouvais. Je lui laissais jusqu’à 25 pieds avant d’intervenir physiquement. Peu importe l’équipement sportif à utiliser.
- Faut vraiment qu’on se parle, a-t-il continué.
- M’étonnerais.
- Non, non, faut vraiment qu’on se parle. Qu’est-ce que vous pensez qu’il arrive après la mort?
- La mienne ou la vôtre?
- La mienne, la vôtre, la nôtre à tous…. hahaha !
- Quelqu’un te trouve, appelle quelqu’un d’autre qui appelle ta famille, les gens sont tristes et écrivent des mots tristes comme : (, on doit signer des papiers et payer des dollars et, finalement, quelqu’un est pogné pour aller retourner tes vides?
- Euh… Oui, mais après, qu’est-ce qui se passe?
- Le hockey recommence?
Le TDJ commençait à voir à mon attitude que j’étais non seulement une cause perdue, une âme en peine, une brebis égarée, etc., mais que mon non-verbal pouvait lui câlisser une volée à tout moment. Il reculait vers son auto.
- Écoutez, je peux vous laisser des pamphlets et repasser parce qu’il faut vraiment qu’on se parle !
Avant que je puisse répondre – « non » ou « fuck off » ou quelque chose du genre – je comprends que mon TDJ est accompagné de trois autres adeptes qui se sont répartis les maisons du rang et qui reviennent – j’imagine bredouilles – vers l’auto. Le problème – ou plutôt leur problème – c’est que, rendu au cul-de-sac, le chemin fait une brève et abrupte montée qui, en ce dégel printannier, s’était changée en une rigolote rigole de bouette. Les trois autres TDJs luttaient et patinaient dans la bouetterie dans leurs beaux habits, spectacle plus agréable encore que quelqu’un qui finit d’utiliser une perceuse.
Des souliers propres sont devenus sales et ce qui pouvait arriver – je l’espérais du fond du coeur - arriva : deux d’entres eux perdirent pied et glissèrent dans le rang de boue froide et collante vers le bas de la côte. Je ne sais pas s’ils avaient répété ou quelque chose, mais la chorégraphie était parfaite : l’un perd l’équilibre et tente de s’accrocher à l’autre qui perd l’équilibre et s’affale. On aurait dit du Dave St-Pierre mais avec vachement moins de pathos.
Voyant cela, mon TDJ, celui qui était au sec, près de l’auto, regarda la scène un instant, puis, à mon grand étonnement, se retourna vers moi qui riais, sortit nonchalamment une clope de la poche intérieure de veston (ils ont le droit de fumer?), l’alluma avec ce qui me sembla être un briquet à BBQ, puis, parfaitement imperméable aux appels à l’aide de ces accolytes, souffla la fumée en petits ronds, me sourit avec complicité et me dit :
- Ouain, c’est vraiment un beau spot que vous avez là. Je suis content d’être venu.
Sérieux, il a failli accepter le verre de Barollo que je lui proposais.
Parkeur,
Ambianceur,
Moutonnier,
Dolotière,
Faux-type,
Sap-sap,
Bailleur,
Contrôle des plantes!
Mysterious
C’est drôle, il y a quelque jours tu me parlais de — ta déception? Ton regret? — de voir s’amenuiser la capacité de certaines des catégories des Annales à faire surgir le texte, l’idée, de la tête des sympathisants.
Et moi je me sentais coupable, n’ayant jamais vraiment été capable d’écrire autre chose, comme si je trouvais dans l’approche personnelle la seule position d’auteur honnêtement possible pour moi.
Et puis quoi?
J’ai découvert l’existence d’une nouvelle discipline, une science qui doit se trouver du côté le plus mou du spectre. « Memetics », que ses spécialistes l’appellent. Pour ces auteurs, les idées ont une vie, ce sont des organismes qui se reproduisent au même titre que les bestioles. Une « meme » serait l’une de ces bestioles dont la génétique serait faite d’informations s’assemblant pour former une idée. D’abord inspiré par d’obscure recherches sur l’influence du papier carbone et des photocopieurs sur les chaines de lettres du type « recopie ce message à neuf amis pour la chance, ceux qui ne l’ont pas copié sont morts » qu’ils auraient faient remonter à une intervention sournoise d’un certain Spiroberg. Depuis la popularisation des réseaux, puis des réseaux sociaux, leur idée a donné naissance à la notion de ‘contenus viraux’, basée sur cette métaphore.
Nos catégories sont-elles des organismes en voie d’extinction, ou plutôt de résistants parasites survivant dans la violente insipidité du quotidien comme ces bactéries qui pullulent au fond de l’océan, sans lumière ni oxygène?
à bientot,
Mjack
http://www.smithsonianmag.com/arts-culture/What-Defines-a-Meme.html
L’avantage de se tenir dans un bar de retraités, c’est que tout le monde s’en crisse. Tant que la bière ne soit pas trop chaude.
Quelques jours avant la St-Patrick, on m’a donné une idée grandiose : fêter la St-Patrick et faire boire de la bière verte à nos amis retraités burkinabè (prononcé BOUR-ki-na-bé, je n’arrive jamais à m’y faire).
Le plan était de filmer ce joyau de l’échange culturel parce que la bière émeraude serait si belle à l’écran. Pour ça, il fallait que les vieux arrivent un peu plus tôt que d’hab, sinon on aurait pas assez de lumière. On a donc prévenu tout le monde qu’on payait la première tournée, pourvu que tout le monde accepte de la boire verte. (suite…)
Hier j’ai bu comme un trou avec J*. J’aurais pu m’en passer : la soirée n’en valait pas vraiment la peine. Enfin, aujourd’hui j’suis décrissé comme des bottes d’armées après avoir été portées pendant dix ans par un punk squeege natif d’Amos. Pas beau à voir. Mais j’ai été réveillé par une note d’espoir, et j’ai repris goût à la vie. J’étais encore couché quand le téléphone a sonné. J’ai tendu le bras sans me lever et j’ai répondu : « Oui » (c’est généralement comme ça que je réponds au téléphone). Une jeune fille à la voix plutôt aiguë et un brin nasillarde (un peu comme la voix d’une nazie de 0,914 mètre) m’a dit qu’elle était une bénévole s’impliquant dans son quartier. Puis elle m’a parlé de la violence dans la rue et de la difficulté de vivre. Je l’écoutais parler et je me disais qu’elle était sûrement rousse et frisée avec des grosses lunettes, dans le genre pas très jolie, mais avec quelque chose d’un peu sexe (si vous voyez ce que je veux dire). Puis elle m’a demandé si je croyais qu’il y aurait un jour la paix sur Terre. J’ai répondu que je ne savais pas. Elle a continué en me parlant de la Bible, ce livre aujourd’hui négligé, mais qui a tant de choses à nous enseigner. Elle m’a aussi dit qu’« eux » (soudain elle s’était mise à parler au nom d’un groupe) pouvaient me dire exactement quand il y aurait la paix sur Terre. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne pouvais pas m’empêcher d’imaginer la paix sur Terre comme une sorte de décor de Télétubbies, quelque chose avec des arbres roses, des éléphants en carton et des papillons géants. Ça ne me tentait pas vraiment… Puis elle m’a demandé si je voulais qu’« ils » déposent de la documentation sur le sujet dans ma boîte aux lettres. J’ai refusé. Elle m’a remercié d’avoir pris le temps de l’écouter. Puis elle a raccroché. Là, je sais pas, j’ai un peu l’impression d’avoir manqué quelque chose. Il y avait peut-être des jolies illustrations dans sa documentation. Quelque chose que j’aurais pu coller sur mon frigo à côté de mon calendrier de Justin Trudeau. La vie est faite d’occasions manquées. Pour me changer les idées, j’ai lu un album de Babar. Ça c’est une belle journée.
Vous avez jusqu’au 1er mai pour découvrir la faune et la flore du Continent de plastique en visitant l’exposition d’un sympathisant du FAS qui s’ignore. Pour plus d’information, rendez-vous sur Accès culture Montréal et cherchez l’exposition Mycoplasma de Laurent Lamarche à la maison de la culture Plateau-Mont-Royal.
Les Annales du FAS tome 02 : Vers un nouvel exotisme est cette année finaliste au prestigieux Prix Expozine (catégorie «livre»).
Rappelons que Le fascicule du FAS spécial Non-apprivoisable/Non-domesticable a gagné (ex-aqueo) ce prix en 2006 (catégorie «zine»), et que Le fascicule du FAS spécial André Serouille avait été finaliste en 2007.
On peut aussi noter que j’ai été membre du jury du prix Expozine l’an dernier. Comme quoi toute est dans toute.
D’ailleurs, ma grand-tante R* a elle-même déjà été membre du jury du Grand prix de la piété de la Congrégation des Soeurs du Précieux-Sang à Trois-Rivières. Il semble aussi que son père (donc mon arrière grand-père) ait été membre d’un jury, en 1908, lors du festival des bûcherons de Saint-Tite. De plus, l’on murmure sur les réseaux sociaux que Les Mysterious entretiennent une relation particulière avec le Grand jury universel. Je vous en reparlerai, c’est promis. Ici, une photo de mon arrière grand-père:
Le Gala des Prix Expozine se tiendra le dimanche 3 avril, à 20h00, au Divan Orange. La soirée sera animée par l’improbable Pascal-Angelo Fioramore et le gala sera suivi d’une performance d’Otarie.
Le FAS y sera. Et nous vaincrons!