les coquins mordent le rein
les coquets vivent de rien
mes coquelicots
fracassés contre la coque
« Yeah, you know…
Il avait une grosse coq. »
Premier jour d’un voyage sidéral
On dit que le temps passe plus vite dans l’espace, mais c’est une erreur : confiné à ce petit compartiment cahotant dans les espaces évidés du cosmos, il semble que rien ne ressemble davantage à une heure qu’une autre; rien ne rappelle tant une conversation qu’une autre, rien n’est aussi néantisant, en somme, que le néant lui-même. Et j’ai perdu toutes mes bases de russe, ce qui fait que je suis réduit à les regarder manger des graines de tournesol et boire de la vodka dans des contenants hermétiques.
Pourtant, ce temps mort est bienvenu, car tout s’est déroulé si vite dans les dernières semaines : après un rude entraînement dans les Rocheuses, à des altitudes où l’oxygène se raréfie, j’ai mis la main sur une combinaison et une fusée, le tout en un temps record, à faire rougir Koroliov, puis j’ai réuni mon équipe et nous avons décollé, sans même prendre le temps de nous arrêter à la Station Spatiale Internationale. Qu’ils aillent se pendre, ceux-là, s’ils le peuvent. Nous, on file vers Mars, vers la Planète rouge, l’œil sur l’objectif. En ce moment, je ne peux m’empêcher de ressentir un brin de mépris envers ceux et celles qui rêvent d’hôtels sur la Lune, ou qui pensent déjà à explorer d’autres systèmes solaires. Vraiment, tout pour fuir la réalité!
Mais quel équipage! On ne sait parfois plus où suspendre son jugement. Et de regarder des revues de bagnoles! Sacrés Russes. Je ne peux pas leur en vouloir; d’abord, il faut chasser l’ennui, et d’autre part, il est évident qu’un jour, Mars sera une banlieue de la terre, avec ses centres d’achats et ses parkings, et on aura besoin de chars. Tout d’abord, il y aura de gigantesques serres, et comme Bradbury l’a bien compris, la vie y prendra tous les tours de la vie sur un ranch. Puis, dans 350 ans je dirais, on pourra y circuler avec des masques à gaz, et ce sera comme dans n’importe quelle métropole, somme toute. Et lorsqu’enfin l’air y sera respirable – dans 10 000 ans –, nous en aurons déjà fait une planète de plastique, un gigantesque dépotoir mauve et lilas. Nous serons alors en route vers une quelconque exoplanète. Mais (mais!) ce n’est pas demain, ce n’est pas demain. Il faut patienter, tuer le temps comme on peut.
Je crois que je vais aller fumer une clope dans le sas.