septembre 2011
Amygdale, 28/09/2011 [Bidons et autres contenants]
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Amygdale, 25/09/2011 [Triviale poésie]

Traduction libre de СОВЕТСКИЙ МИРНЫЙ ТРАКТОР , par Igor Baïkov.

Je vais parler d’un fait évident:
Sur les rives de l’Amour, en de vastes champs
Se trouve notre tracteur soviétique
À portée de six batteries asiatiques

Un salve frappe, les munitions criblent
Mais le conducteur a toute sa tête:
Il appuie sur les freins, et n’est plus cible
Au coeur d’une fumée de salpêtre

Le tracteur se braque contre l’ubac
Et du coup, l’agresseur, en guise de réplique
Pour nous inspirer la crainte du combat
Frappe d’une salve de missiles tactiques

Et notre conducteur, le capitaine Litvino
Regarde la carte et enclenche la nitro
Bombarde tranquillement Pékin
Puis s’engage en une courbe, serein

Au-delà de l’Amour il éteint le réacteur
Pour ne pas effrayer les chèvres et les moutons
Volant dans le ciel, nos fiers tracteurs
Enfin se ravitaillent en leur canton

Si l’ennemi à nouveau s’essaie
À troubler les récoltes fastidieuses
Sur ordre express de l’URSS
Nous envoyons les moissonneuses-batteuses!

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Depuis quelques mois déjà, Mysterious et moi menons des recherches très poussées en biologie – d’ailleurs, un livre rassemblant nos travaux les plus révolutionnaires devrait paraitre sous peu. Ce matin, j’étais en train de suivre une hypothèse sur l’apparition de nouvelles formes d’organismes vivants et j’ai fait cette étrange découverte :

Dans l’environnement immédiat de l’image, on peut aussi trouver l’hymne officiel du Pastafarisme francophone (que l’on doit chanter sur l’air de Funky Town).

L’univers entier a une
origine unique

Une origine vraiment chouette
et que moi j’aime beaucoup

J’y pense tous les jours

Pense tous les jours
Pense tous les jours
Pense tous les jours
Pense tous les jours, pense tous les jours
à à lui

Il faut y croire
Il faut y croire
Il faut y croire

Dieu est un Monstre
en Spaghettis

Oh Dieu est un Monstre
en Spaghettis

Oui Dieu est un Monstre
en Spaghettis

Baby Dieu est un Monstre
en Spaghettis

(Répéter)

 

http://site.lesdoigtsbleus.free.fr/monstre_spaghettis.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pastafarisme

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Bébé Astronaute, 16/09/2011 [Cool is Class War]

Il est 3h du matin. Un bruit inquiétant me tire du sommeil, semblable au cliquetis des chaînes d’un spectre traînant entre le monde des vivants et celui des morts. À mesure que les brumes se dissipent, je distingue plus clairement ce bruit métallique qui semble bien réel et ma foi, pas loin du tout. Je me tortille un peu et j’attrape mes lunettes à tâtons. Réussissant à m’extirper du lit, je me dirige à pas feutrés vers la porte d’entrée, encore un peu endormie. Puis je me réveille d’un coup sec. Le cliquetis de chaînes, c’est un voleur qui essaie de s’emparer de mon vélo. Sans réfléchir, j’ouvre la porte en criant « heille tabarnak » et j’entreprends de poursuivre le voleur, qui détale comme un lapin. Alors qu’il disparaît au coin de la rue,  je m’arrête sur le trottoir après quelques pas et fixe le regard sur mes orteils. Je réalise que je suis nu-pieds, et qu’il serait bien idiot de laisser la porte de l’appart grande ouverte au milieu de la nuit alors que je suis aux trousses d’un vulgaire voleur de bécyck. Une chance que je dors en pyjama.

C’est drôle les réflexes, je n’ai même pas pensé à ramasser la pelle de planting sur le crochet avant d’ouvrir la porte. Quand même, le gars aurait pu avoir un pied de biche dans les mains. En rentrant, je suis un peu nerveuse. Je me demande ce que j’aurais fait si quelque chose de vraiment grave était arrivé. Genre, un gars qui essaie de rentrer chez nous. Est-ce que j’aurais eu le guts d’appeler la police? Ha ha! La police! Il faudrait que ça soit vraiment grave – un cas de 911 genre – pour qu j’appelle la police. Sans ça, il sont bons à rien. Ce qui est drôle aussi, c’est que le gars qui voulait voler mon vélo, dans le noir, ressemblait un peu à mon ami T*, en un peu plus grand et un peu plus costaud. T*, si vous voulez savoir, ressemble quand à lui au gars couché dans un lit d’hôpital sur les paquets de cigarettes. Je m’imagine au poste, en train de dresser un portrait-robot, demandant aux policier s’ils ont des cigarettes.

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Amygdale, 12/09/2011 [Triviale poésie, Vol de contenus]

Haikus are easy
But they don’t always make sense
Refrigerator

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Amygdale, 09/09/2011 [Préparations au voyage vers Mars]

Où l’aventure spatiale est parfois un peu ennuyeuse

J’ai dit que j’avais pleuré un peu, une fois arrivé dans la demeure du vieil homme, parce que j’étais incapable d’articuler aucun mot en martien, mais la raison profonde est que je souhaitais me mettre un peu en scène, afin que l’on me prenne en charge et qu’on me tire du bourbier dans lequel je m’étais enfoncé. Après tout, j’étais sur Mars, j’avais vu la datcha, et puis mon imagination s’était tarie; qu’exiger de plus, au fond? Il s’agissait maintenant de ramasser deux ou trois cailloux et de rentrer au bercail.
Je sais! Il existe des missions qui prévoient que les cosmonautes resteront toute leur vie sur la planète rouge, mais je ne suis pas de ceux-là. Je ne suis pas trop le type colonisateur.

Les policiers arrivèrent enfin, et ils se mirent à me poser des questions, auxquelles je m’efforçai de répondre comme je pouvais. À la question « d’où venez-vous? », je levai mon bras et pointai un minuscule point bleu dans la voûte céleste : « Je viens de la Terre, je suis ici en mission d’exploration ». Une policière prenait ces informations en note, tandis que tous semblaient déjà échanger des conjectures ou des avis sur la marche à suivre. Ensuite, on me fit m’asseoir sur un banc isolé dans le compartiment arrière d’une petite fourgonnette, jouxtant la banquette où s’étaient entassés les policiers, et nous revînment à T*. Je buvais de l’eau pour tâcher de survivre à la chaleur suffocante qu’exhalait le moteur du véhicule, situé sous la petite table au centre du compartiment, jonchée de casquettes de flics, tout en essayant de coincer mes pieds sous le siège, pour éviter de m’y brûler. La route étant cahoteuse à souhait, il fallait bien se cramponner.

Nous arrivâmes au poste de T* où j’aperçus D* qui m’attendait. Assis devant une minuscule cellule où moisissait un type en attendant qu’on lui paie sa caution, je lui racontai tout de mon enlèvement. Il me dit que je pouvais me conter chanceux d’être encore en vie, et à ces mots je sentis s’élever en moi quelques objections, que je réprimai cependant. L’attente fut longue, mais au moins il ne me harcelait pas pour que je chante Le Temps des Cathédrales, ce qui était dans ses habitudes.

Puis la séquence exacte des évènements m’échappe un peu, mais certainement on me fit entrer dans un bureau (au quatrième, il fallait claudiquer dans les marches jusque là) pour faire une déposition. D*, qui avait appris le martien dans le ventre d’un tigre, agissait comme traducteur. Il n’était pas impressionné par mon jugement et mon sens du discernement, et à mesure que je racontais mon histoire, j’entendis plusieurs « дурак » lui échapper, qui culminèrent en un « идиот! » bien senti. Et moi, je ne trouvais rien d’autre à faire que de regarder la policière qui notait tout, puis le policier arabe, et de mettre tout cas sur le compte de la légèreté de l’être.

Mais oui, il y a des Arabes sur Mars. À vrai dire, Mars est à peu de chose près indiscernable de la Terre, à part bien sûr la couleur rouge omniprésente, et le fait que la gravité est trois fois moindre.
Comme dans ma déposition je mentionnais un ancien poste de contrôle transformé en dépanneur, que nous avions croisé au village avant de rejoindre la datcha, la préposée de nuit de cet établissement fut contactée et nous la rejoignâmes à un autre bureau. Il fallut remonter dans le bania mobile qu’était la camionnette pour se rendre à l’autre bout de la ville. Elle ne semblait guère enchantée de se trouver là et de me voir, mais on la priât de s’asseoir et de tracer un portrait-robot des jeunes qu’elle avait vus passer à son magasin la veille. Bien sûr, elle n’en avait gardé qu’un vague souvenir, aussi la tentative fut un échec. Puis, on m’invita à mon tour à m’asseoir pour tenter l’expérience.

Tracer un portrait-robot n’est pas une mince affaire. Un phénomène de gestalt fait en sorte que, si nous fixons bel et bien notre attention sur les traits saillants d’un visage, il s’avère que ces traits ne sont saillants que dans leur contexte, de sorte qu’il est très difficile, par la suite, de les identifier à partir d’une banque de traits du visage. Des sourcils, des nez, des oreilles… À mesure que le portrait s’assemble, on a l’impression de déguiser une image mentale fuyante de postiches ridicules, puis le cerveau s’adapte et recompose son image à partir des nouveaux éléments du portrait, ce qui fait en sorte que les deux images – celle du souvenir et celle du portrait – dérivent lentement pour s’amarrer dans un point arbitraire de l’espace caractérologique. Le résultat que l’on obtient ressemble à un personnage de jeu vidéo comme The Sims.

Avec le sentiment d’avoir tout juste obtenu la note de passage, je passai à un autre bureau, où sur un écran je vis défiler la racaille juvénile de la ville de T*, pour tenter d’identifier ceux qui m’avaient enlevé, mais sans succès. Il commençait à se faire tard, et lorsque nous repartîmes en direction du village de V*, il faisait déjà noir. Arrivé là, impossible de rien discerner dans cet amas de masures cordées le long de routes impraticables, menant souvent à des marécages, où nous nous sommes presque enfoncés à deux reprises. Il fallu renoncer et revenir à T*.

Revenu à mon hotel, je n’avais que cinq heures pour dormir, et pourtant la nuit me paru longue. Bien qu’exténué la veille, je m’éveillai une heure d’avance, sans cadran-réveil.

De retour au poste, nous passâmes à la clinique, où on me fit un examen. Je dus me déshabiller devant tout le monde, et ainsi exhiber les centaines de piqûres d’insecte que j’avais sur le ventre et sur les cuisses. On constatât que j’avais l’œil droit injecté de sang et que j’avais saigné de l’oreille gauche. Mais l’ensemble semblait viable, alors ce fut de nouveau l’équipée vers le village de V*. Cette fois, nous sillonnâmes les chemins de façon quasi-systématique, interrogeâmes les gens au sujet de cette datcha, dont j’avais fourni une description assez détaillée. Puis nous nous arrêtions occasionnellement et le policier arabe, qui semblait m’avoir pris en sympathie, mangeait des baies rouges dans un buisson en me questionnant sur la flore de ma planète d’origine. Comme possédé de l’ours mangé la veille, je goûtai à ces baies : elles étaient pâteuses, sans goût bien défini, mais elles ne présentaient pas de difficulté de mastication pour ma mâchoire endolorie. Pour moi, il y avait drame et urgence, mais pour les flics, c’était une journée de travail, aussi je devais patienter sagement, tandis qu’eux mangeaient leurs galettes de graines de tournesol en discutant de tout et de rien. Enfin, après moult tergiversations et après que je sois retourné au site où je m’étais éveillé la veille, il fallut rentrer, les policiers jugeant sans doute que nous avions brûlé suffisamment de mazout. Là-bas aussi, le pétrole, c’est la puissance.

Les officiers supérieurs s’impatientaient, alors il fut convenu que j’écrirais une note dans laquelle j’abandonnais toute poursuite contre mes agresseurs, en échange de quoi j’obtins une autre note grâce à laquelle je pourrais prendre une navette et décamper de là.

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Amygdale, 03/09/2011 [Préparations au voyage vers Mars]

Où je suis enlevé par des Martiens sur leur propre planète

C’était par une splendide journée de la fin juillet, à T*, dans une coquette ville martienne aux abords de l’Etna. Je fus pris d’une extraordinaire envie de boire de la vodka et de déguster un plat d’ours, ce que mon ami D* (que tout le monde croyait dévoré par un tigre, mais finalement c’est correct) m’avait promis. Nous partîmes donc, à bord d’un minibus délabré, jusqu’à une station à la frontière de la ville, d’où nous pûmes transiger avec un taximan la course pour nous rendre à un restaurant réputé pour ses banquets, où des serveuses en habits traditionnels vous apportent de succulents plats de gibier. Arrivés là-bas, nous nous installâmes à la terrasse, qui donnait sur un ruisseau, car oui, il y a de l’eau sur Mars, et où des enfants jouaient et des voitures passaient à gué, la route s’arrêtant là.
Nous nous assîmes et commandâmes aussitôt des chachliks, et des chachliks royaux, des champignons dans la crème fraîche, du bortsch, du pain noir, du jus de kiwi frais, des pelminis d’ours et d’élan, et bien sûr, du vin et de la vodka, ainsi que le plat spécialement conçu pour et savamment nommé « tout pour la vodka » (всё под водочку). Ce fût un délice, mais je fus seul à boire la vodka, D ayant renoncé à ce spiritueux suite à des abus commis lors d’une sortie à la datcha avec des camarades de classe. Le tout se terminât par des glaces au miel et une partie de billard russe à laquelle je jouai seul, D n’étant pas un adepte de ce passe-temps qui, il faut le dire, est extrêmement ardu là-bas, la table étant plus grande et les trous, plus étroits, tellement plus étroits. Puis arrivèrent G*, le frère de D, et un ami. Ils dînèrent, puis après une seconde tentative infructueuse de mettre à profit ces baguettes et cette table gondolées, nous repartîmes en direction de T*, où G pût me déposer à mon hôtel.
Hostel à vrai dire, où je téléversai les photos de mon dîner pour ensuite réaliser que, tout seul à 21h dans ma chambre, je m’ennuyais. Je décidai donc de sortir prendre l’air, histoire peut-être de prendre quelques autres clichés de la ville (et dans tous les cas, mû par la dialectique).
Je rencontrai par hasard une grosse fille à un arrêt d’autobus, qui elle aussi devait s’ennuyer, et après avoir rapidement fait connaissance, nous entrâmes tous deux dans un taxi et filâmes vers la banque, où je retirai une importante quantité de liquide, puis nous nous dirigeâmes vers le lac Blanc, où se tenait une danse party. L’ambiance était parfaite et j’étais très satisfait, alors je commandai de la bière et but encore, dansai, but, vomit, me fit montrer la sortie et partit seul retrouver mon hôtel, ce que je parvins à faire on ne sait trop comment.
Mais, arrivé là, je réalisai que je me trouvais en panne de cigarettes, alors je décidai aussitôt d’aller en chercher au magasin du coin. C’est là que je rencontrai une bande de jeunes qui buvaient de la bière, assis sur un banc en face des kiosques, de l’autre côté de la voie ferrée. Ceux-ci me demandèrent une cigarette, que je leur offris, puis je m’assieds avec eux et commençai à discuter. La proposition vint enfin d’acheter de nouveau quelques bières et de partir marcher dans la ville, ce à quoi j’acquiesçai, bien que j’eusse déjà bu pour, disons, une compagnie de lutins.
Nous marchâmes, marchâmes, nous arrêtâmes à quelques endroits pour boire et recruter de nouveaux membres, et bientôt nous nous trouvâmes une demi-douzaine à déambuler dans la ville et à boire. À un moment, je réalisai qu’on m’avait subtilisé mon appareil photo. Je me mis alors à traiter ma compagnie de voleurs et piquai une crise d’ivrogne, tentant de les attendrir en soutenant que j’avais travaillé très fort pour gagner cet argent, dans la forêt, et qu’ils ne devaient pas me prendre pour un boyard ou un bankomat. À ma grande surprise, l’un d’eux partit et revint quelques minutes plus tard avec l’appareil, et moi, plutôt que de m’enfuir, je décidai de pardonner le méfait et de poursuivre mon aventure. Nous nous dirigeâmes alors dans un parc où nous prîmes des photos idiotes. Puis vint la proposition d’aller à la datcha, proposition qui à vrai dire planait déjà depuis un certain temps et pour laquelle je nourrissais un enthousiasme débordant. Il fallut faire un autre retrait, acheter davantage d’alcool et héler un taxi, puis nous décollâmes pour la campagne.

La route fut agréable, mais tortueuse, et que le diable m’emporte si je rappelle du chemin. Mais elle en valait la peine : enfin parût la datcha, une si coquette petite maison non loin d’un village, toute en bois avec son toit pentu rouge. De plus, elle était équipée d’un banya et d’un barbecue. Dans la cour se trouvaient également deux serres où on faisait pousser des fleurs et des légumes. À l’intérieur de la datcha, on trouvait, dès franchit le pas de la porte, un foyer en brique, puis à droite un comptoir avec un frigo; au fond, un escalier menant au deuxième, tandis qu’à gauche se tenaient une table ronde et un lit placé contre le mur. L’ensemble était décoré de tapisserie et d’artéfacts pittoresques et je ne me méfiais pas le moins du monde, hormis de ce type au crâne rasé en tenue sportive qui semblait parcouru d’impulsions violentes. J’engageai avec lui une brève conversation et prétextai devoir aider à transporter des bûches au banya pour me défiler.
On trouvait ces bûches dans une petite cordée à l’arrière, accessible par un trottoir en bois. Mon chargement pris, j’entrai dans le banya, où déjà quelqu’un s’activait à alimenter le feu. Je déposai les bûches et en profitai pour jeter un rapide coup d’œil dans la chambre, où se trouvaient les bancs pour s’asseoir, ainsi qu’une demi-douzaine de plats en fonte laquée. J’avais pour ainsi dire vu la chambre secrète et atteint un des objectifs de mon voyage, et c’est le cœur plein d’enthousiasme que je retournai à l’extérieur, pris une photo de la datcha, discutai en martien avec un peu tout le monde, puis je rentrai pour continuer à boire.
J’engageai la conversation avec un jeune homme à qui semblait appartenir la datcha, et dont j’ai oublié la teneur, mais il semble qu’elle portait sur la Sibérie et peut-être la généalogie. Cette conversation durât environ 15 ou 20 minutes, peut-être plus.

***

Mais ici il y a une césure, car on me frappa violemment à la tête, avec une bûche, puis on me pilonna le thorax des pieds, avant de me brûler la main avec une cigarette. Lorsque je m’éveillai le lendemain, je réalisai immédiatement, avant même d’avoir ouvert les yeux, que je me trouvais à l’extérieur et incidemment, dans le pétrin. J’espérai une fraction de seconde avoir dormi dans la cour de la datcha, une espérance évanouie en un clignement d’yeux. Je constatai que j’avais tout perdu, jusqu’à mes chaussettes, et en fouillant dans mes poches je compris qu’on m’avait également pris mon passeport. Mes pieds, à force de piqûres d’insectes, étaient tout boursouflés, à l’image de ma gueule, comme j’allais le découvrir plus tard. De plus, mes pantalons étaient détachés, ce qui me porte à croire qu’on m’a fait des choses innommables, mais ce n’est qu’une induction faite sur un cas spécial d’abduction.
Donc, il fallut me lever et rattacher mes pantalons, et me diriger quelque part. Mais songez que je me trouve sur Mars, à 30 km de la ville la plus proche, en pleine forêt. D’abord, j’allai en direction d’un village, mais il s’y trouvait trop de clôtures, alors je rebroussai chemin. Comme j’entendais des bruits de machinerie sur ma droite, je m’y dirigeai, sans rien y trouver d’autre qu’une voie en terre battue, qui allait sans doute servir à construire une route. Comme cette terre molle était providentielle pour le vas-nu-pied que j’étais désormais devenu, et qu’elle semblait mener à un petit ruisseau, je m’y engageai. Après avoir bu au ruisseau, je rencontrai une paysanne, lui expliquai dans mon martien appris sur le tas que j’éprouvais des difficultés, ce qu’elle admit sans difficulté, et m’engagea à la suivre. Puis nous croisâmes encore une autre paysanne, puis un vieil homme, qui m’invitât à me rendre chez lui. Le vieil homme habitait avec son fils dans une cabane en bois rudimentaire. Il m’invitât à m’assoir, m’offrit à manger et à boire. Il me donna également une paire de vieilles sandales. Je mangeai, bu, pleurai un peu, car j’étais ému, épuisé, et je souffrais du dépit d’être incapable d’engager la conversation.
Puis ce fut l’attente et les policiers arrivèrent. La suite consiste uniquement en une quête vaine de retrouver la datcha, qui était vraisemblablement disparue comme par enchantement, ou pour mieux dire, téléportée.
Et c’est ainsi que je fus enlevé par des extra-terrestres sur leur propre planète.

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