Vous connaissez le principe. On a fait un cadavre exquis sur Facesnatch. Mais comme personne n’arrive à plier son écran pour voir juste la dernière ligne, ben on triche un peu et ça donne ça :
En l’an de grace 2006, les agneaux se sacrifiaient pour mon grand plaisir dans un… (suite…)
Nous vaincrons!
Des activistes du FAS en Russie?
Vous avez jusqu’au 1er mai pour découvrir la faune et la flore du Continent de plastique en visitant l’exposition d’un sympathisant du FAS qui s’ignore. Pour plus d’information, rendez-vous sur Accès culture Montréal et cherchez l’exposition Mycoplasma de Laurent Lamarche à la maison de la culture Plateau-Mont-Royal.
Aujourd’hui, je dois me rendre au Comissariat de la Police Nationale. En me rendant sur leur site web, en plus de trouver de suberbes gifs animés, j’ai eu l’agréable surprise de trouver un poème, directement sur la première page. Je le reproduis plus bas, mais vous pouvez trouver l’original ici.
Notre cher Amygdale aurait-il proposé ses services à la Police Nationale du Burkina Faso sous le pseudonyme OUÉDRAOGO Jean ?
Hommage à toi, Police Nationale du Burkina Faso ! Tu naquis le 28 décembre 1949 à Bobo Dioulasso ; Et depuis lors, attachée à la sacralité du service public, Ton travail au quotidien garantit la République.
En tout temps, en tout lieu, tu procures quiétudes et sécurité ; Parfois mal comprise mais toujours avec fermeté et maturité, Tu t’engage avec professionnalisme et sans réserve, Au profit de tous, grands et petits, que tu préserves.
Oh ! Police de nos valeurs ancestrales ! Majestueuse et fière, telle une cathédrale ; Paix et sécurité sont pour toi, un sacerdoce, Et ta garde, jamais baissée, veille loin des noces.
Oh ! Police des collines et des plaines ! Dans les villes et campagnes, tu sèmes ta graine ; Et aux populations soucieuses de toutes les extrémités, Patiente et persévérante, tu proposes ta proximité.
Dans une conférence obscure, où un enseignant qui m’emploie pour animer son projet dans after effects présentait son travail, Pierre Hébert parle de son travail d’animation en direct dans le cadre d’un projet de collaboration: « Dans ce projet mon intérêt était d’aller, aussi souvent que je voulais, voir les danseuses et la chorégraphe répéter. et je m’en suis félicité par la suite. »
Plus tard, il ajoute: « J’avais un appareil photo et je prenais des notes pendant qu’elle dansait pour moi les différentes parties de son spectacle. »
Qui se surprendra de cette fascination? Robodrigue?
Je vous ai déjà parlé des étoiles de Babel, mon projet de combinaisons de matrices en linogravure. Si je suis à Toronto en ce moment, c’est que je suis invitée comme artiste en résidence ici à Open Studio pour réaliser ce projet au moyen d’une presse Vandercook. Aujourd’hui récupérée par les artistes, cette presse typographique était jadis utilisée de façon industrielle pour l’impression des livres. Les typographes y assemblaient un à un les caractères typographiques de plomb pour composer chacune des pages des livres qui allaient ensuite être imprimés, colligés, reliés, puis distribués de par le monde. L’avantage de la presse Vandercook, contrairement à la plupart des presses manuelles que l’on retrouve de nos jours dans les ateliers d’estampe, c’est que son fonctionnement est partiellement mécanisé.
Pour imprimer manuellement, un rouleau est passé plusieurs fois sur une surface plane afin d’y répartir l’encre uniformément et en quantité appropriée. On encre ensuite les matrices en passant le rouleau pour y transférer l’encre. Puis on place la matrice sur la presse et on y positionne le papier au bon endroit à l’aide de marques de repérage. Ce processus est répété consciencieusement pour chaque épreuve de l’édition.
L’avantage de la presse Vandercook, c’est que l’encrage se fait presque automatiquement grâce à une cascade de rouleaux intégrés à même la presse et activés électriquement. Il suffit d’ajouter un peu d’encre sur les rouleaux à chaque dizaine d’épreuves, environ, ce qui à l’époque, permettait une productivité absolument révolutionnaire. Un dispositif permet également de positionner le papier et les matrices de façon très précise et uniforme pour chaque épreuve, réduisant ainsi les erreurs qui pourraient compromettre la production.
C’est donc grâce à cette machine fabuleuse mais aujourd’hui reléguée au rang d’équipement artisanal que j’imprimerai toutes les combinaisons possibles et imaginables de mes 25 matrices gravées, avec les trois couleurs primaires superposées dans l’ordre suivant : jaune, magenta et cyan.
Je n’ai pas le choix de m’ériger un tel système pour générer les combinaisons. Aussi électrique qu’elle soit, ce n’est pas la presse qui prendra les décisions à ma place pour savoir si telle image se superposera à telle autre; cette production ne peut se faire dans le chaos.
Le hic, c’est qu’avant de venir ici, j’ai omis de calculer l’étendue des possibilités de combinaisons selon le système sus-mentionné : le nombre s’élève à 15 625. Avec un rouleau du papier que j’utilise (19,15$ avec les taxes), je peux me couper en moyenne 250 feuilles. Ça veut dire que j’aurais besoin de 62 rouleaux et demi de papier pour mener à bien ce projet, ce qui me coûterait au bas mot 1206,45$ en papier seulement pour réaliser mon projet. Et puis ça fait trois jours que je coupe du papier; je suis tout juste rendue à 1 250 feuilles.
Alors je me dis que je devrais peut-être éliminer certaines combinaisons. Celles où la même matrice revient plus d’une fois, par exemple. Mais encore là, le nombre de combinaisons est réduit seulement à 12 167, ce qui se traduit par une facture de 932$ en papier. C’est encore beaucoup trop pour mon petit portefeuille d’artiste.
Je commence à me questionner sur l’intérêt de mon projet. Est-ce que la qualité passe par la quantité? Est-ce que la valeur de l’idée se mesure à sa concrétisation? Je me demande s’il est important de savoir si j’ai, oui ou non, imprimé toutes les combinaisons possibles de matrices? Si je ne les imprime pas toutes, est-ce que ce projet restera intéressant? Cette expérience commence à prendre l’allure d’un projet de recherche pour la chaire d’études André Serouille. Pour exposer l’ensemble des combinaisons possibles, il me faudrait le musée d’art contemporain au complet. Impossible pour l’instant. Si je présente le projet dans un lieu de diffusion plus modeste, je n’aurai donc pas d’autre choix que d’en présenter une fraction seulement. Dans ce cas, il serait inutile d’imprimer toutes ces épreuves supplémentaires pour rien. Devrais-je faire semblant, tout de même, de l’avoir fait, ou devrais-je prétendre que la poursuite elle-même d’un but presque impossible à atteindre est une fin en soi, une sorte d’affirmation de l’absurdité de la condition humaine?
Ces problématiques m’amènent à réfléchir au Front d’action stupide et de son absence quasi-totale d’action. La préparation au voyage vers Mars, par exemple, ne prendrait-elle pas tout son sens que si l’on se préparait à y aller vraiment?
J’ai déjà fait de la kétamine. Comme je suis une chaise, voire plusieurs, pour moi, faire de la kétamine, ça veut dire qu’il y a déjà eu de la kétamine qui a touché ma peau de plastique. Donc vous comprendrez que, pour moi, la drogue d’humain ce n’est pas très efficace. À la place, je regarde des trucs comme ça :
Je viens de lire, avec un plaisir presque certain, tout le contenu du onzième fascicule du FAS – à paraître dans un octbl’. Et j’ai pensé en le lisant que les activistes du FAS n’étaient peut-être jamais allés aussi loin dans leur délire d’autoréférence. En fait, la compréhension d’une bonne partie de ses articles et commentaires (ou du moins de leurs meilleurs gags) implique de suivre le FAS depuis longemps, d’être déjà familier avec ses grands principes, avec ce vaisseau spatial destiné à aller sur Mars, la notion de Kraft = nazi, celle de l’octbl’, le zepoulpe, la PDR, le Cool is Class War, le LME, et même le gag du hibou. Peut-être même ce réseau d’autoréférence est-il devenu comme un système de défense pour mieux lutter contre la stupidité insidieuse qui tente sournoisement de parasiter notre quotidien et d’empêcher qu’il soit enfin délirant. Néanmoins, je le demande, existe-t-il ce lecteur idéal prêt à sacrifier sa vie, à se plonger, des heures durant, sinon des semaines ou même des années, dans nos Annales, comme Julia Kristeva dans les lettres du nom de Balzac, ce musicien du sens, pour rechercher parmi les centaines de textes et les milliers de commentaires que nous avons publiés les clefs de toutes nos références ? Nous-mêmes, parcourant le réseau de nos écrits, risquerions de nous y perdre. Mais quel état de sublimation peut-on atteindre en ayant tracé tous les liens, reliés tous les chaînons, vu ce qui de Thrank Spiroberg mène à Lou Scandale, du bateau de croisière de M. au désert de fibres optiques de Robodrigue ? N’est-ce pas comme trouver la Clavicule de Salomon pour l’alchimiste, qu’amère déception, désintérêt devant le fait accompi, et quotidien redevenu soudain si aliénant, plat, morne – tout sauf délirant ? Mais n’est-ce pas là de toute façon un acte sisyphien, une lecture jamais terminée, un territoire toujours trouble, le réseau de sens du FAS continuant de se développer au fur et à mesure qu’il est décodé, et amenant le lecteur peu à peu, jour après jour, toujours plus loin sur les chemins improbables du quotidien le plus délirant ?
Je m’exalte à la simple pensée de la tâche qui m’attend. Je vais relire tous les textes que nous avons publiés. Je vais noter tous les liens internes et externes. Je vais retracer la part de réel dans le fictif, identifier M*, J*, A*S*, P*, H*H* et tous les autres. Enfin, je connaîtrai le frisson originel… Chérie, pourquoi m’as-tu quitté ? Viens, prends ma main, je t’amène avec moi là où le temps se compte en octbl’, où tu te feras des amies filles en danse ou filles en art, où tu pourras te faire bronzer sur les plages de polypropylène du Continent de plastique, et ensemble nous vaincrons !
À GAGNER : Au sympathisant qui fera la liste complète des liens faits dans cet article avec d’autres textes publiés sur le FAS, un billet en premier classe dans la navette en carton d’Amygdale !
C’est pas pour faire chier, mais la BD CACA RENTE de Martin Veyron, c’est vraiment de la merde…
L’autre jour, en furetant sur mon blogue préféré – après les Annales du FAS, bien sûr – je suis tombée sur un charmant petit article portant sur les sentiers battus en ville par le passage répété des humains. J’ai été tout de suite interpellée, étant moi-même fascinée depuis longtemps par ce phénomène qui incarne si bien la silencieuse révolte quotidienne des citoyens ordinaires contre un pouvoir municipal qui se borne obstinément à leur bloquer le passage.
Petite parenthèse : dans mon quartier, une affirmation beaucoup plus manifeste de ce droit de passage se fait sentir : les trous dans les clôtures. Avec le CN, c’est devenu depuis quelque temps une véritable saga. Chaque fois que le CN referme les trous, un petit malin s’amuse quelques semaines plus tard à ouvrir de nouveaux passages pour permettre aux bonnes gens de traverser la voie ferrée. Le CN en devient aussi psychotique qu’André Serouille : au lieu de rapiécer avec des morceaux de clôture normale, ils referment dorénavant les trous en entremêlant sur place un fouillis absolument chaotique de tiges, de tubes et de grillages de métal, comme pour faire comprendre aux gens : « Attention! Un fou dangereux a soudé cette clôture. Imaginez ce qu’il pourrait vous faire si vous essayez de traverser. »
Pour en revenir aux sentiers battus, il se trouve que ce phénomène porte un nom : desire path est le terme utilisé pour la première fois par Gaston Bachelard en 1958 dans son livre La poétique de l’espace, pour nommer un sentier tracé naturellement par l’érosion due au passage des humains ou des animaux, et qui représente habituellement le chemin le plus court ou le plus facile pour se rendre d’un point A à un point B.
Étrange, puisque Georges Bachelard est français, que je n’arrive à trouver nulle part sur Internet le terme français pour desire path. J’ai cherché en vain sentier du désir, puis chemin du désir, mais tout ce que j’ai trouvé, ce sont des références à des sites sur la spiritualité, l’ésotéristme ou la thérapie sexuelle, et pire encore, des poèmes d’amour publiés sur des pages personnelles.
En anglais, on dit aussi desire line ou social trail. Bien que dans une ébauche concernant l’architecture et l’urbanisme, Wikipédia propose comme traduction le terme ligne de désir, le terme me semble assez pauvre par rapport à desire path, et connote encore trop à mon goût la sexualité – ça me fait penser à la ligne de poils qui relie chez certaines personnes le nombril au pubis.
Depuis, j’ai essayé trois fois d’emprunter La poétique de l’espace à la grande bibliothèque. Chaque fois, plus un seul exemplaire n’était disponible. C’est là que j’ai réalisé pour la première fois l’effet « battement d’ailes du papillon » de la blogosphère.
Finalement, je crois que je vais simplement me résoudre à faire ma petite recherche sur Gaston Bachelard sur Wikipédia et citer son travail dans mes prochains textes de démarche artistique sans jamais avoir lu un seul de ses livres.
Notes pour une présentation élaborée dans le cadre d’un séminaire sur l’écologie des représentation, dans le cadre de ma maîtrise en atrst visuels et médiatiques.
Introduction, un parcours :
Cette présentation se penche sur la pratique de deux collectifs qui recyclent des esthétiques contestataires. Moins qu’une thèse au sens strict du terme, elle est un parcours parmi le paysage mental qui sert de niche écologique à ces deux manifestations artistiques.
Elle est également une réflexion sur les liens entre l’évolution des pratiques de ces deux collectifs et celle du paysage mental qui leur a permis de se développer.
L’atelier Van Lieshout, toujours en activité, a connu une grande popularité lors de l’établissement d’AVL-ville, décrit comme un territoire autonome situé à Rotterdam aux pays bas
Sans jamais y engager plus de temps que nécessaire, le Front d’action stupide mène, dans la fiction et dans la réalité, une combat pour un quotidien délirant qui se poursuivra jusqu’à la victoire.
http://yvettesbridalformal.com/index.htm
Un lien volé sans scrupules sur Lève ta jupe.
C’est toi, c’est moi, c’est nous autres ; c’est :
Mr Freedom!!!
Au moment de sa parution, en 2007, j’ai eu envie de publier sur les Annales du FAS – avant d’en faire la lecture, bien entendu – une critique de l’essai Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? de Pierre Bayard. Même si l’espèce de contre-mise en abime que j’imaginais revêtait pour moi un caractère fascien très à-propos, je fus interrompue dans mon élan lorsque j’aperçus lors d’une visite chez mon père – ce lecteur invétéré – un exemplaire de l’ouvrage en question sur la table du salon. Fait étrange, alors que mon père fréquente assidument la bibliothèque municipale, il n’achète jamais de livres ; cependant, il avait acheté celui-là, et insista pour me le prêter. Je lus donc Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? avec voracité – il fut pour moi une révélation – et j’abandonnai aussitôt mon projet d’article sur les Annales.
Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? est un ouvrage que je vous recommande fortement. Néanmoins – je sais que votre temps est précieux – je vais vous en épargner la lecture en faisant ici un petit résumé basé sur la table des matières – un truc vieux comme le monde évidemment préconisé par l’auteur pour savoir parler des livres que l’on n’a pas lus.
Dans le premier chapitre, Pierre Bayard évoque différentes manières de ne pas lire, outre celle de ne jamais ouvrir un livre, en se basant sur quatre catégories : les livres que l’on ne connaît pas, ceux que l’on a parcourus, ceux dont on a entendu parler et enfin, ceux que l’on a oubliés.
Il nous place ensuite devant certaines situations où nous pourrions être contraints – peut-être parce que le livre en question est censé être connu de toute personne cultivée ou pire, parce qu’il a été écrit par l’ami se trouvant devant nous – de s’exprimer sur des livres que l’on n’a pas lus : dans la vie mondaine, face à un professeur, devant l’auteur du livre ou encore avec l’être aimé. Si l’on est mal préparé, ces circonstances délicates risquent parfois de mettre notre réputation en danger.
Pour parer à cette éventualité, Pierre Bayard nous présente la bonne conduite à tenir : ne pas avoir honte, imposer ses idées, se permettre d’inventer le contenu des livres et, plus que tout, savoir parler de soi. Il conclut que la meilleure façon de parler des livres que l’on a pas lus est enfin de devenir soi-même créateur.
J’ai moi-même tiré les meilleures leçons de cette conclusion. Depuis la lecture de ce livre, j’ai poursuivi deux projets importants dans ma démarche artistique et dont la conception avait été fortement influencée par des idées émises par l’écrivain Jorge Luis Borges dans des livres que je n’avais pas lus.
Vous connaissez déjà mon projet de cartographie subjective. Je n’avais pas osé vous le dire, mais je n’ai même pas la moindre idée du titre du livre dans lequel Borges aurait pu émettre l’idée d’une cartographie de la Terre à l’échelle 1 : 1.
Mon autre projet, Les étoiles de Babel, constitue une réflexion sur la nature de l’art imprimé – mon médium de prédilection. Basé sur une série de vingt-cinq linogravures circulaires de petit format inspirées de l’imagerie spatiale – les étoiles, les galaxies, les constellations – il se développe selon un processus de création inspiré de la Bibliothèque de Babel imaginée par Borges : une vaste bibliothèque contenant tous les livres possibles écrits au hasard à partir d’un alphabet de vingt-cinq caractères.
Dans Les étoiles de Babel, j’identifie les matrices gravées aux caractères typographiques composant les livres de la bibliothèque – le motif des étoiles se prêtant à la démesure des possibilités. À l’image des livres de la bibliothèque, imprimés par un assemblage de caractères de plomb sur une presse typographique, j’établis, dans Les étoiles de Babel, des processus combinatoires me permettant de générer – théoriquement – toutes les estampes possibles à partir d’un « alphabet » de vingt-cinq matrices gravées. En variant les encrages et l’ordre d’impression des matrices, j’imprime une multitude d’estampes différentes, comme autant de vues par télescope d’un paysage spatial imaginaire.
Lors de ma dernière exposition, une journaliste locale me demanda de préciser le lien entre mon projet et la nouvelle de Borges à laquelle j’avais référé. Comme je vous disais, je n’avais jamais lu La bibliothèque de Babel, ni, soit dit en passant, aucun autre livre du même auteur. Tout ce que je savais, grâce à Wikipédia, c’est qu’il s’agissait d’une bibliothèque imaginaire de taille gigantesque contenant tous les livres de 410 pages possibles écrits au hasard avec le même nombre de signes provenant d’un alphabet vingt-cinq caractères. Pour moi c’était amplement suffisant. Je croyais qu’une fois une idée lancée dans l’univers, il appartenait à chacun de se l’approprier et d’en faire usage comme bon lui semble.
Mais madame la journaliste ne voyait pas la création du même oeil et s’attarda au fait qu’il n’y avait que 25 lettres dans cet alphabet et que selon elle, c’était une incohérence puisque notre alphabet en comprenait 26. Bafouillant, j’avançai que Borges était portugais, ou plutôt argentin, que peut-être son alphabet n’avait que 25 lettres et que de toutes façons, c’était à lui qu’il fallait demander pourquoi il avait choisi ce nombre de lettre pour les livres de sa bibliothèque, pas à moi. Moi, j’avais fait un ciel étoilé, pas une bibliothèque.
En mon for intérieur, je me dis que la réponse à la question de la journaliste était peut-être dans la nouvelle et que pour éviter l’embarras, j’aurais sûrement dû la lire avant d’y référer dans mon texte de démarche. Après tout, ce n’était qu’un petit texte d’une demi-douzaine de pages, tout au plus – ça ne pouvait pas être si pénible que ça à lire.
Quelques mois plus tard, j’empruntai donc Fictions, le recueil dans lequel se trouvait La bibliothèque de Babel, à mon ami Mysterious. Je lus la nouvelle qui m’intéressait et quelques autres, pour enfin comprendre les motivations profondes qui avaient poussé Pierre Bayard à écrire Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? Il y a des livres comme ça qu’il est inutile d’avoir lus, tout simplement parce qu’ils sont trop plates. Cela dit, loin de moi l’idée d’enlever à Borges ce qui appartient à Borges. « Après l’avoir approché, nous ne sommes plus les mêmes. Notre vision des êtres et des choses a changé. Nous sommes plus intelligents. » (Claude Mauriac) Mais je savais maintenant que n’avais pas besoin d’avoir lu La bibliothèque de Babel pour m’en inspirer. L’idée de la bibliothèque, telle une petite graine, s’était implantée dans mon cerveau, y avait germé et s’y était développée comme une entité autonome, indépendamment de la plante-mère, dans le terreau de ma pensée. La bibliothèque de Babel n’avait plus besoin de Borges.
Borges lui-même serait d’accord, j’en suis sûre, lui qui croyait que certains livres, bien que basés sur des idées géniales, ne valaient même pas la peine d’être écrits. Il alla même jusqu’à déclarer, en prologue à Fictions : « Délire laborieux et appauvrissant que de composer de vastes livres, de développer en cinq cents pages une idée que l’on peut très bien exposer oralement en quelques minutes. Mieux vaut feindre que ces livres existent déjà, et en offrir un résumé, un commentaire. »
Je comprends maintenant mieux les tendances mystificatrices dans l’écriture de Mysterious.
Je sais, c’est un projet de fou, borgésien même, mais j’ai entrepris de reconstituer une cartographie subjective de mon territoire. Pas à l’échelle 1 : 1, comme en rêve Borges – c’est irréaliste, quand même, je délire, mais je délire égal – mais disons à l’échelle 1,3 cm : 200 m. Ben pas disons, en fait, c’est vraiment ça et c’est assez in comme zoom pour moi.
Comment je fais ? Au début – ce projet à commencé il y a plusieurs années, quand j’étais encore à l’université – je traînais partout avec moi un petit carnet quadrillé dans lequel je traçais mes allées et venues. J’en ai même tiré un livre, sérigraphié à la main et édité en 3 exemplaires – vous pouvez d’ailleurs consulter l’exemplaire 3/3 au centre de conservation de la BAnQ, sur la rue Holt. Dans ce temps là, j’étais jeune, semi-nomade, et j’avais encore du temps à perdre alors je pouvais bien jouer les grandes exploratrices dans les rues de Montréal à dessiner mes cartes distordues de la ville.
J’avais mis en exergue, au début de mon livre, une citation de Paul Auster dans Trilogie New-Yorkaise : « […] il coucha aussi sur le papier avec un soin méticuleux l’itinéraire exact des errances de Stillman, marquant toute rue suivie, tout changement de direction, toute pause effectuée. Et, en plus d’occuper Quinn, le cahier rouge lui fit aussi ralentir le pas. » Je pensais que ça aiderait à comprendre le projet. Moi, mon cahier, il était pas rouge, il était recouvert de Duct tape gris avec un gros X au Sharpie écrit dessus. C’est vrai que j’étais pas mal punk dans le temps. Mais la couverture du livre que j’en ai fait par la suite était en toile beige avec le titre imprimé en rouge, Itinéraires – vous l’auriez deviné, j’en suis sûre.
J’aurais pu aussi vous expliquer mes motivations comme suit, avec une citation du Diable par la queue (c’est encore Paul Auster) : « Dublin n’est pas une très grande ville, et il ne fallut pas longtemps pour m’y retrouver. Il y avait un côté obsessionnel aux promenades que j’y faisais, un insatiable besoin d’errer, de dériver tel un fantôme au milieu d’inconnus, et au bout de deux semaines, les rues étaient devenues pour moi quelque chose de tout à fait personnel, une carte de mon territoire intérieur. » On dirait que c’est plus facile de me faire comprendre avec les mots d’un autre qu’avec les miens.
Mais je diverge. Je vous racontais tout ça pour vous dire que maintenant que je suis sédentaire avec une job steady, je n’ai plus que ça à faire, déambuler dans les rues. De toutes façons, dans le temps, Google Maps n’existait même pas, ou à peine, alors qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? Google Maps n’était qu’une ébauche, un embryon de plan. C’est vrai, pensez-y, j’ai vérifié mes sources : le service a été lancé au Canada en 2004 seulement. C’était ma dernière année de bac.
C’est fou, quand on y pense, la vitesse à laquelle on s’y est habitué. Quand je suis partie en voyage la première fois, en 2000, c’est tout juste si j’avais un e-mail – le mot courriel n’existait pas encore. Me parachuter dans une ville inconnue, sans même une carte pour m’orienter, ce n’était pourtant pas si traumatisant que ça. Me cacher sous un pont, tomber, et être presque engloutie dans le Tibre pollué, en plein coeur de Rome ; dormir sur une plage au centre-ville de Barcelone sans savoir qu’au matin je serais presque écrasée par une marée de pieds ; essayer de fuir les hordes de chiens errants dans les rues de Pompéi sans vraiment distinguer la vraie ville des ruines, me faire haranguer par un cocaïnomane New-Yorkais lançant des billets de 1000 lires à la ronde, me faire tirer d’embarras par un obsédé bisexuel, tout ça, c’était l’aventure, quoi ! Pourtant j’ai réussi à rentrer chez moi.
Mais je divague encore. Où je voulais en venir, c’est que maintenant, je ne peux plus me risquer en territoire inconnu sans vérifier scrupuleusement au préalable mon chemin sur Google maps. J’ai trop peur de me perdre. Et encore, je me retiens d’avoir un GPS. C’est pour dire comment notre sens de l’orientation est en train de s’atrophier, nous les humains. Mais c’est comme ça, alors mon projet d’itinéraires s’est transformé en projet de cartographie subjective et mes dessins, je les trace à partir de Google Maps. D’ailleurs, cette expression, je l’ai piquée à Amygdale et je m’en sers sans le moindre acquit de conscience dans tous mes textes de démarche artistique.
Quand je vais à l’atelier, je vais sur Google Maps voir les lieux que je connais. J’imprime, toujours à la même échelle, les fragments de cartes qui m’intéressent, puis je les découpe et je les assemble avec du papier collant. Après ça, je mets un papier transparent par-dessus, un Mylar, un Géofilm, whatever, c’est deux noms différents mais c’est le même papier, et je trace les rues que je connais. Après ça, je me sers de ce dessin pour imprimer une sérigraphie.
Je sais, c’est absurde, mais il faut bien trouver un sens à la vie. Alors je me prends pour Sisyphe et je fais ça en faisant semblant que c’est une bonne idée. Ça me fait plaisir de penser qu’un jour ce projet prenda la forme d’une immense toile d’araignée, très serrée au centre, pleine de croisements et de noeuds, puis s’élargissant vers les extrémités, couvrant des murs et des murs, avec d’immenses zones blanches parfois traversées d’une mince et interminable ligne, une autoroute.
Mais vous savez, un territoire, c’est changeant alors c’est toujours à recommencer. Un petit détour, par ici, un déménagement par là… C’est pour ça que récemment, j’ai dû repatcher des morceaux de ma cartographie subjective parce que par endroits, elle était toute noircie et chiffonnée. Alors je suis allée chercher des nouveaux morceaux sur Google Maps, et c’est là que je me suis rendue compte, en essayant de les assembler, que vraiment, quelque chose n’allait pas.
Avant, toutes les rues étaient de la même largeur. Maintenant, ils les ont ajustées un peu mieux à la réalité. C’est pour ça que le boulevard Décarie a conservé la même largeur mais que le petit tronçon de rue minus qui se transforme en chemin de gravelle en allant de chez nous vers les tracks, à côté de la vraie cour à bois, lui, s’est considérablement aminci. Alors ma carte, elle est pas raccord.
Mais c’est pas ça le pire : moi, j’avais déjà dessiné le Mont-Royal, avec les sentiers pis toutte, parce que je les connais bien. J’y ai quand même déjà passé plusieurs fins de semaines à construire des nids dans les arbres – mais ça, c’est une autre histoire. Mais là, les sentiers du Mont-Royal, sur Google Maps, ils n’ont pas juste rapetissé, ils ont disparu. Et ce n’est pas tout.
Au parc Lafontaine, le lac, disparu aussi ! Et le chemin qui traverse d’est en ouest le parc Laurier, disparu ! En n’allez pas penser que je n’ai pas zoomé in pour vérifier comme il faut. Au parc Jarry, même constat : plus de lac, plus de sentier, rien ! Au parc Maisonneuve, plus de sentier non plus, rien, rien rien ! Juste des grand aplats vert pâle.
Alors je me dis que c’est peut-être un complot des lobbies de l’automobile pour empêcher les gens d’aller se promener tranquilles. Moi, je le sais qu’il y a des sentiers dans les parcs, parce que je les ai dessinés. Je m’en souviens. J’ai une trace. Mais les autres… à la vitesse qu’ils oublient, comme ils ont oublié qu’il y avait une vie avant l’Internet, comme ils ont oublié qu’il y a à peine sept-huit ans, il fallait déployer une carte en papier pour s’orienter, comprenez-vous, en papier, est-ce qu’il vont se souvenir qu’il y a dèjà eu des sentiers dans les parcs de Montréal ? Et la Ville, eux, ils vont s’en souvenir, d’aller tondre le gazon et couper les branches ? Je ne pense pas. La végétation va gagner doucement du terrain et bientôt, elle va tout envahir, et les sentiers vont réellement disparaître.
Ça deviendra une vraie jungle ; peu à peu, les animaux sauvages viendront s’y installer. On ne pourra plus pénétrer dans les parcs qu’armé. Il faudra une machette pour faire son chemin. Et il ne restera plus de place dans cette ville que pour les automobiles.
INTOXICATED PRESS ( Rawdon) - C’est avec stupeur et tristesse que nous apprenions, hier, le décès du cinéaste français Éric Rohmer ( La Marquise d’O -1976-, Pauline à la plage -1983-). Notre reporter Herby Stup a eu le privilège de côtoyer le réalisateur français à l’occasion des derniers instants de sa vie. Toujours sous le coup de l’émotion, M. Stup nous confia sans surprise : « À l’image de tous ses films, ses derniers instants furent pénibles, longs et plates. » (suite…)
Je cherche présentement des images d’intérieurs bourgeois — non pas bourgeois: classiques, victoriens, baroques, ce genre de shit. Je dois en faire l’illustration que je projette projeter grâce à un rétroprojecteur sur du mobilier et du décor mélamine pour le métamorphoser en mobilier et décor bourgeois. Concept malade… l’art commercial à son meilleur.
Pour ce genre de recherches, l’internet s’est avéré être une mauvaise ressource. J’essaie donc la seule autre possibilité que mon expérience de recherchiste me laisse: la Grande Bibliothèque. En chemin, je me demande comment je pourrais faire pour faire à cette institution nationale la demande de l’achat des trois tomes du FAS. Je me demande s’il vaut la peine d’entreprendre cette démarche. Je pense à autre chose, une vision sur la rue me fait perdre mon idée.
À la bibliothèque, j’arrête devant le rayon des nouveautés. je ne sais pas par ou commencer ma recherche alors je lambine. Je pense à la bibliothèque de S* où il était si facile de prendre n’importe quel livre au hasard dans les chariots de livres en attente de classement qui traînaient. Ici, tout est rangé. Impossible de trouver un livre sans l’avoir cherché. Je me rabat sur la section actualités. Au moins là les livres ne sont classés selon aucun critère à part celui d’être «actuels». romans, livres sur le design, récits durs de domination d’un homme sur deux femmes, monologues d’ados mâles… whatever. Oh! tiens… Les annales du FAS tome 1: le Quotidien délirant. C’est moi qui ai fait ça? Je suis un magicien du réel.
Hé, hé, hé…
« Combien d’artistes de performance ça prend pour changer une ampoule ? »
« Je ne sais pas, je suis partie après la cinquième heure. »
Il y a plusieurs jours déjà, je me rendais, avec quelques amis, dans un local reclus, tout en haut d’un édifice si haut qu’il plonge ses voisins dans l’obscurité dès le milieu de l’après-midi et dont les fenêtres immenses surplombent la montagne. J’y passai l’une des soirées les plus marquantes de ma vie.
Au milieu de la pièce, des amas de nourriture et des bouteilles d’alcool jonchaient le sol, épars, en offrande à une occulte divinité païenne. Des individus arborant des costumes étranges et effrayants s’agitaient en tous sens, en proie à une transe spectaculaire. Ils agitaient des objets sonores et mystérieux, créant une mélodie envoûtante et un rythme irrégulier qui gonflait et se relâchait, telle la pulsation d’un monstre. Un instrument extraordinaire et incontrôlable imitait le chant des baleines.
Des faisceaux lumineux se réfractaient sur les murs en motifs changeants et multicolores. Sous les feux de la rampe, des adeptes de cette secte décadente exécutaient un danse effrenée. Avec des tubes de carton, ils construisaient des prisons pyramidales dans lesquelles ils s’enfermaient et dont ils se libéraient tour à tour. Ils les brandissaient comme une arme et s’en aidaient pour se repousser et se rapprocher les uns des autres.
Plus tard, un groupe s’attroupa et convoqua un à un les nouveaux venus. Une fois mon tour arrivé, ils m’assaillirent de questions sur ma vie intime et usèrent de ces renseignements personnels pour m’inventer un totem, que l’embarras me garde de vous révéler ici. Une prêtresse s’approcha de moi. Elle me versa un liquide froid sur la tête et m’oignit les joues et le front d’une pâte verte et visqueuse. Les gens applaudirent. Je venais de traverser le rituel immuable et traumatisant du baptême.
Une femme mystérieuse, au visage barbouillé de rouge, arborait un vêtement sur lequel se lisait un slogan sibyllin : la liberté et/ou la mort. Elle me captura en couvrant mes yeux d’une large bande de papier blanc pour m’hypnotiser. Elle me guida dans une cabane secrète et m’y enduisit le visage de poudre argentée tout en en psalmodiant des vers incompréhensibles. Elle me fit boire des élixirs magiques qui affectèrent mes sens et ma raison. Son nom était Spirit Duplicata et alors qu’elle transformait mon bandeau de papier en collerette extravagante, je fondis en larmes et lui avouai tout.
Jeudi passé je suis allé passer une partie de ma soirée au centre Clark où j’ai obtenu une résidence pour l’hiver prochain. J’avais reçu une invitation facebook dont la petite image laissait deviner un homme dont la tête était recouverte d’un truc de meneuses de claques bleu métallique. Comme l’artiste était français il aurait probablement parlé d’un truc de pom pom girl au moment de l’enfiler durant sa performance, mais j’allais me rendre compte plus tard qu’il avait changé d’accessoire et préféré une perruque de clown rouge.
Ma relation avec le centre Clark est assez ambivalente. Je connais quelques personnes, dont J*, qui gravitent autour ce de centre et parfois j’ai de la difficulté à ne pas mettre en doute leur crédibilité quand je les écoute théoriser sur leur production. Moi et ma soeur disons d’ailleurs affectueusement de ces gens qu’ils sont de «l’école du tas d’affaires à terre et de la petite goute de peinture sur le mur» parce qu’une majorité des expos qu’on y trouve démontre une préférence pour les installations présentant ou évoquant d’une manière ou d’une autre un tas d’affaires à terre ou une petite goutte de peinture sur le mur. Des fois c’est tellement systématique que s’en est presque cute. Pourtant ces mêmes personnes n’hésitent pas à qualifier ouvertement d’autres approches que les leurs de «faciles»
Anyway, je suis allé là et il y avait plein de monde que je connaissais, alors j’allais quand même pas me mettre à chialer. J’ai écouté la performance qui en fait tenait plus du spectacle folk urbain, dans le sens ou le gars chantait en nous racontant qu’il était venu ici de France pour faire des «recherches» pour faire un «film d’horreur», qu’il nous racontait en projetant sur un écran des images qu’il prenait avec son appareil numérique. Comme un petit enfant, il racontait l’histoire de son film en se réappropriant le sens d’une série d’objets posés en tas à terre.
Un détail a malgré tout attiré mon attention et m’a plongé dans une réflexion sur une certaine forme qui me plait de l’art contemporain. En parlant de ses «recherches» et juste avant d’enfiler la perruque rouge dont je parlais au début, il a tenté de nous convaincre que la transformation du héros en monstre était une constante du film d’horreur en nous présentant deux still frames du film Carrie qu’il avait juxtaposés. Il faut dire que, pour passer de l’un à l’autre des petits clips quicktime qu’il avait faits, il utilisait une technique de montage ma foi assez DIY, celle d’afficher une après l’autres les fenêtres vidéos qu’il avait ouvertes et réduites dans le bon ordre dans le dock. Il se lance: «dans les films il y a toujours une personne qui se tranforme. Par exemple, dans le film Carrie…» À ce moment, on ne voit que la moitié de l’image, celle ou la fille a l’air normal… «au début, la fille a l’air normal, puis le film passe et après elle change brusquement.» Il fait alors glisser la bande de défilement gauche droite de la fenêtre et révèle la fille couverte de sang, les yeux hallucinés, dans un éclairage rouge. Il poursuit en faisant redéfiler l’image: «Vous voyez, au début la fille est comme ça, puis le film passe et elle devient comme ça» Il recule un peu, pointe la large bande noire entre les deux images et dit « Vous voyez, le films est là, et après, la fille devient comme ça» (en pointant la deuxième image.)
Malade non? Je suis parti de là avec le sentiment que l’art, c’était ça. C’est après qu’il a enfilé la perruque devant son visage. Je me demande s’il a préféré la perruque rouge au pom pom bleu métallique à cause de la couleur de l’image qu’il nous a montré à l’ordinateur, mais je suis pas sûr que c’était un choix judicieux parce que plus tard en finissant sa performance il nous a foutu un faux générique «rigolo» où il remerciait un des artistes de Clark pour avoir partagé avec lui sa connaissance des pom pom girls dans le cadre de ses «recherches». D’ailleurs dans le même générique il a également remercié J* d’avoir «pris le risque de lui faire aimer Montréal» J*, qui n’aime pas l’art contemporain facile, doit avoir pas mal trippé sur les liberté de que gars prenait avec le champ lexical du mot «risque» parce que plus tard dans la soirée après avoir jasé un bout de temps avec une des membres de PME-ART, je l’ai vue qui se faisait vaguement prendre par le gars dans ses bras. Je me suis demandé s’il avait eu droit au rituel de lavage de mains et si la maison de sa mère sentait la lavande.
J’ai fait un petit montage inspiré par les séries éliminatoires!
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La propriété, c’est le vol.
- Proudhon
Les notions de « vol de contenu » et de « parasitisme révolutionnaire » sont fondamentales pour les activistes du FAS (pour les néophytes, voir les descriptions des catégories ). Quelque part, celle de « Cool is Class War » relève du sabotage et celle du « non-apprivoisable et du non-domesticable » renvoie à la violence et au chaos primitif. Le FAS pourrait-il, par conséquent, inciter à la délinquance, sinon au crime ?
Un sympathisant du FAS m’a raconté :
«Mon ami P* travaille en librairie. La semaine dernière un client vient le voir et lui demande : » Hey, t’as-tu ça les livres du FAS ? » Il lui montre les livres, en présentation sur une table dans la section » littérature québécoise » (je les aurais plutôt classés dans » biographie « , mais bon). Plus tard, P* repasse devant la section et constate la disparition d’un des trois tomes. Or, le client n’est pas passé à la caisse et le libraire se souvient de l’avoir vu partir, son manteau négligemment posé sur le bras, comme pour cacher quelque chose dessous : il avait volé le premier tome des Annales du FAS.»
Ce voleur avait-il initialement l’idée de voler ce livre où c’est en le voyant qu’il a décidé de le faire ? Avait-il déjà volé auparavant ? Sur nos livres figurent des activistes en action, masqués et armés. Notre propagande serait-elle néfaste pour l’ordre social ? Et si notre action militante n’influait pas seulement dans nos univers fictionnels, mais aussi dans le réel ? Je regarde mon cocktail Molotov en foam posé sur ma bibliothèque et je crois voir sa mèche s’allumer.
Depuis que le printemps nous gratifie de ses caresses, j’ai recommencé à pratiquer une de mes activités préférées : la marche. Pas la marche comme moyen de transport, non, ça je l’ai fait tout l’hiver et, croyez-moi, j’en ai mon truck. En cette saison, le vélo s’avère définitivement supérieur. En fait, la marche qui m’intéresse est psychogéographique. C’est la dérive, comme l’appelaient les situationnistes.
Sans but précis, ce genre de promenade aboutit souvent dans un cul de sac, mais mène parfois à des découvertes extraordinaires. Et la soirée d’hier a mis la barre haute quant à mes prochaines explorations urbaines.
T* et moi étions allés flâner aux alentours du viaduc Van Horne. Sur Saint-Laurent, de l’autre côté du feu parc sans nom, sous le viaduc, se trouvaient de curieuses installations modulaires faites de matériaux recyclés, très design. Comme je l’ai appris en feuilletant le petit cahier attaché à chacune d’elles, ces oeuvres étaient le fruit du travail d’un groupe d’étudiants en architecture, qui proposaient une réflexion sur le thème de l’habitation. Leur démarche était expliquée de façon détaillée dans le cahier, mais étant donné que mes facultés mentales étaient quelque peu affaiblies, je ne me suis pas trop attardée sur le sujet. Nous avons continué notre marche.
Juste un peu plus loin, une pile de pneus. Était-ce des déchets? Était-ce de l’art? Nous nous sommes approchés. Certains pneus étaient recouverts d’une housse faite d’un joli tissu à motifs imprimés, très propre, qui semblait faire de chacun d’eux une sorte de siège. J’en ai essayé un. En effet, c’était assez confortable. Les pneus étaient attachés ensemble par de solides attaches de plastique, créant un filet indestructible ponctué de taches colorées formées par les housses. C’était définitivement de l’art. Un peu à l’écart, un pneu solitaire traînait dans un flaque d’eau. Faisait-il partie de l’oeuvre? Quelques lignes mystérieuses tracées à la craie nous faisait croire que oui.
Nous avons continué notre route. Un amoncellement de morceaux de bois a attiré notre attention, mais cette fois, c’était certainement un tas de déchets, piquants, pourris, bons à rien.
On s’est dit qu’on en avait assez vu pour la soirée et qu’on allait rentrer à la maison, en passant par la rue Saint-Dominique, là où elle s’interrompt pour laisser place à la voie ferrée. On voulait voir s’il y avait encore quelqu’un qui squattait dans le tas de neige. C’est que la veille, en passant par là, on avait vu un chien, tout seul, qui semblait excité de voir des passants. On s’était approchés, croyant qu’il était perdu, mais le chien s’était mis à aboyer et était rentré se réfugier dans une cavité creusée dans la neige. Il avait une laisse autour du cou. On s’était dit alors qu’il y avait un bum qui s’était fait un trou pour dormir là et qu’on ferait aussi bien de le laisser tranquille.
Il avait fait chaud durant la journée et la neige avait commencé à fondre considérablement. En arrivant près du tas de neige, on a vu qu’il y avait non pas une, mais quatre cavités creusées à différents emplacements autour du tas de neige. En s’approchant de l’une d’elles, on a constaté que ce n’était pas une cavité, mais un tunnel menant à une pièce en forme de dôme creusée sous la neige. Contre le mur, un banc de neige formant un cercle autour de la pièce était jonché de quelques bouteilles de bière. Ce salon avait deux autres entrées, deux tunnels menant à d’autres chambres creusées dans la neige. Le premier, à gauche, menait à une alcôve visiblement destinée au sommeil. Celle-ci avait une autre issue, un plus petit tunnel faisant probablement office de sortie de secours.
L’autre tunnel partant du salon menait à une plus grande pièce, à ciel ouvert. Au milieu, quelques blocs de béton disposés en cercle contenaient les braises d’un feu éteint. Probablement la cuisine. Un tunnel menait à une autre chambre dont le plafond était partiellement fondu. Toutes ces chambres étaient reliées entre elles et constituaient une sorte de labyrinthe, un village secret complètement dissimulé sous la neige. Sans le chien effrayé, nous serions probablement passés à côté sans jamais nous apercevoir de rien.
Quel contraste et quelle étonnante simultanéité entre les découvertes de cette soirée! Comme tentative d’appropriation de la ville, l’art brut de ce réseau d’igloos urbains surpassait largement les simulacres d’habitations des étudiants en architecture, qui me semblèrent alors, certes intéressants, mais tellement bourgeois en comparaison!
En sortant, nous avons été surpris de voir une voiture de police stationnée tout près. Il faut dire qu’il y a toujours de plus en plus de flics dans le quartier. Peut-être venaient-ils d’expulser les habitants de leur abri de fortune, sous prétexte de les empêcher de mourir écrasés sous la neige fondante. Trop occupés qu’ils étaient à lire leur Journal de Montréal, il ne nous remarquèrent même pas. Probablement qu’ils étaient en train de se féliciter de voir encore les médias discréditer la racaille après la manifestation contre la brutalité policière.
En tous cas, vous pourrez dire à tous vos amis français qu’à Montréal, il y a vraiment du monde qui vivent dans des igloos.
Le FAS, c’est bien connu, est une entité planétaire, transculturelle, transgénique et transgénérationnelle qui cherche même à étendre ses tentacules jusqu’à Mars et jusqu’au Continent de plastique. Des activistes du FAS s’activent partout. Il n’existe pas d’endroit où militer pour un quotidien délirant soit dénué de sens.
Les trois tomes des Annales du FAS seront donc présentés au Off Salon du livre de Bruxelles (du 4 au 8 mars prochain) par nos frères (ennemis ?) de La Conspiration dépressionniste/Moult Éditions et du Pressier qui y tiendront une table de vente. Lecteurs belges, voilà l’occasion rêvée de tout savoir sur :
• L’élément disjonctif irréductiblement hostile et sauvage ;
• La conspiration Kraft + psychiatre = nazi ;
• La vie secrète et mystique de Julia Kristeva ;
• La supériorité des étudiantes en art et/ou en danse ;
• Les conséquences de la consommation de mescaline dans le nord de l’Ontario;
• L’art poétique en milieu humide ;
• La géopolitique du logis ;
• La migration du zepoulpe ;
• Le chat sans peau de Joël Legendre ;
… et plus encore !
FAS vaincra !
(Salutations et française juteuse à La Consdep)
QUOI de plus trivial et stupide, au fond, que l’amour, la mort, la liberté et le divin? La triviale poésie, en se privant de ces thèmes, ne cherche-t-elle pas à se sublimer d’une certaine façon, à se faire jouir par strangulation?
Je me suis réveillé la tête dans le cul. Affamé, j’ai mangé du cassoulet pour le p’tit dej en écoutant en boucle l’incroyable album «sur le bord de l’absolument fantastique» du Monde dans le feu. J’ai plus d’emploi depuis hier, mais, ce matin, la secrétaire de mon ancienne job m’a appelé parce qu’elle parvenait pas à utiliser Outlook. J’étais vraiment un employé indispensable. J’ai mal au coeur. Je m’invagine. Ai-je la tête dans le cul ou le cul dans la tête? Ravale ta saison. J’vas t’la crache dans face.