Amygdale, 07/04/2012 [Mourir au Canada]

Vers l’ouest, sur la 138, dans un pick-up blanc, on écoute du country acadien en fumant des clopes et en buvant de la Coors light. Natashquan est mort ce soir, c’est Vendredi Saint et tout le monde est allé se coucher après avoir assisté au chemin de croix. Bien résolus à manquer la grand-messe le lendemain, G* et moi avons déniché un partner de brosse prêt à nous emmener au village voisin, et c’est ça qui se passe en ce moment.

C’est à trente kilomètres à l’ouest et nous avons le temps de descendre deux bières. Arrivé là, on viraille un peu dans le village, question d’aller jeter un coup d’œil du côté du quai, puis on croise une bande de jeunes qui nous invite à passer chez eux. Une grande maison blanche, des jeunes, un piano. G* se met à jouer en improvisant des paroles, tandis que je reste planté là à boire, flanqué d’un grand ado métis qui me parle de la Basse Côte-Nord, là où il est né. C’est encore plus loin par là-bas, dans l’autre direction; y’a pas de chemin pour s’y rendre.

On se sauve plus ou moins au bar. Un clapier minuscule. À bâbords, une bande d’Innus qui mangent du saumon fumé, à tribords, des jeunes à calotte et veste de ski-doo qui jouent Stairway to heaven à la guitare. On commande des bières et on profite d’une sortie cigarette pour s’installer à la table des Innus. Je demande si je peux bouffer du saumon. Oui. J’y goûte : délicieux, mais je suis pas sûr pour le goût sucré. Pour bien m’en assurer, je vide l’assiette petit à petit, avant que les nachos et les ailes de poulet viennent faire diversion à mon appétit. « Appétit », d’ailleurs, c’est un grand mot : y’a que ça à faire, manger, ici. À part boire de la 50 tablette. J’ai demandé « tablette » et le serveur est sorti nous en chercher dans la cave ou le hangar, je sais plus. Bref: elles étaient aussi froides, sinon plus, que celles sorties du frigo.

G* se met à giguer à la LMFAO en changeant la musique au hasard. Les Innus rigolent. Je me mets à avoir des idées de grandeur : un collaborateur Innu dans le journal, qui écrirait en Montagnais. Ça serait cool. Je verrais bien toutes les petites communautés blanches de la Minganie de gratter la tête en voyant la une du journal, écrite d’un seul mot de 52 caractères indéchiffrables, tombée dans leur boîte postale. On finit par se pousser assez tôt, car on va mourir à Pointe-Parent demain. Encore.

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Amygdale, 29/03/2012 [Théorie]

Ainsi le budget conservateur compte éliminer graduellement la cenne noire, pour des économies de 11 millions de dollars.

La cenne noire, qui a suscité des rixes dans des drive-in, celle qui engendre le cénobitisme rouleur, celle-là même qui gît à côté de ma commode depuis deux semaine sans que je daigne la ramasser, oui LA cenne noire va disparaître.

Que dire, que faire, que porter? Des vêtements de deuil. Il est clair que par le prisme d’une décision en apparence toute monétaire, comptable, bref, on-ne-peut-plus trivialement financière, c’est tout un monde de représentations qui ressort sa puante idéologie. Ainsi, la plus petite unité monétaire coûte trop cher: éliminons-là. Ce serait trop compliqué de rajuster le système. Ça serait trop compliqué, messieurs les tories, de diviser par 10. Ou par 100.

Je crois qu’il faut passer le cap analytique et procéder à la synthèse de la cenne noire. Synthétisons la cenne noire, OUI! Roulons! Gavons les cochonnets! Ratissons les fontaines! Euh… Et les cennes américaines?? Elles ne feront plus fly-bine dans l’eau? Hein? Parce qu’on va les bannir!

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Amygdale, 05/03/2012 [Actions stupides]

Jouer de la air guitar sur la Place des Crânes (là où avaient lieu les pendaisons publiques), c’est comme ça que j’aime les actions stupides.

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Amygdale, 17/01/2012 [Sueurs nocturnes]

Il est trois heures du matin et je viens de m’éveiller en poussant des cris mi-veau, mi-fantôme. J’ai fait un cauchemar. Comme je ne parviens pas à me rendormir et que ce rêve était, somme toute, authentiquement stupide, je vais vous le raconter.

Je suis à St-F*, mon village natal. C’est l’hiver, et mon voisin, un entrepreneur en construction, a déneigé la longue cour qui mène à son poulailler, ses hangars et son domicile avec le grand chasse-neige attelé à son tracteur. Mais il a fait un mauvais travail: le tracteur a laissé dans la neige tout un tas de traces et de sillons inesthétiques, et cela m’agace, aussi je décide d’égaliser le tout de mes poings en me traînant à quatre pattes. C’est la nuit, et je dois prendre garde de ne pas éveiller les chiens, surtout celui de son fils, dont la maison se trouve également le long dudit chemin. Alors je m’applique, avançant précautionneusement, mais résolument, vers mon but, le poulailler. De loin, je remarque qu’une voiture y est stationnée, les portes ouvertes et les lumières allumées. Les lumières de la maison du fils sont également allumées, ce qui augure mal, d’autant que je peux entendre le couple bavarder depuis leur chambre, comme dans ce reportage sur les chats que j’ai vu il y a longtemps et où on nous montre qu’ils peuvent entendre ce qui se passe derrières les portes et fenêtres, depuis la ruelle. D’ailleurs, c’est étrange, ce n’est pas la voix du fils, mais celle du père que j’entends sourdre de là. Alors j’avance, et parvenu à la hauteur du poulailler, j’entends les voix s’animer, comme s’ils se doutaient de quelque chose, tandis qu’à quatre pattes j’observe l’intérieur de la vieille Civic rouge pompier garée là. Les poules se mettent à caqueter, les chiens à gronder, la lumière de la voiture m’expose aux regards. Puis soudain, j’entends une voix s’exclamer : « le voilà, cet enfant! » Ils m’ont repéré! C’est alors que dans cette position humiliante, je me mets à bramer, mais en bramant je me dis autant leur faire peur, alors mon cri se change en une sorte de plainte menaçante et fantomatique… puis je m’éveille.

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Amygdale, 19/11/2011 [Mourir au Canada]

Il va de soi du reste que « fantômes », « liens », « être suprême », « concept », « scrupules » ne sont que l’expression mentale idéaliste, la représentation apparente de l’individu isolé, la représentation de chaînes et de limites très empiriques à l’intérieur desquelles se meut le mode de production de la vie et le mode d’échanges qu’il implique.

- Karl Marx, L’Idéologie allemande

De Montréal à Ogoki

Une suite de bévues commises par nonchalance entraînèrent mon congédiement du musée où j’étais employé comme gardien. Nous étions en avril et la perspective de passer l’été prisonnier d’une ville humide et bruyante, dans un endroit somme toute ennuyeux, ne m’enchantait guère. Étudiant blasé et perclus, il me fallait du grand air. Je me décidai donc à offrir mes services comme reboiseur en Ontario. Un seul courriel suffit à me faire embaucher.

Tandis qu’à Montréal les arbres avaient revêtu leur feuillage vert tendre et que les déchets, libérés de l’emprise de la neige, virevoltaient librement dans l’air chaud, je préparais mes valises pour m’exiler vers des latitudes plus nordiques, où les lacs étaient encore gelés. J’apportai, en tout, un grand sac à dos et une poche de hockey remplis de ce que je m’imaginais nécessaire à la vie dans un bush camp : un matelas, une vingtaine de paires de bas de rechange, de vieux sous-vêtements, trois paires de pantalons de travail Big Bill, des chemises à carreaux et des articles pour la toilette. Il s’y trouvait également tout l’attirail du planteur, soit les bottes, une gourde en plastique surdimensionnée, un casque et des gants de jardinier. Enfin, l’outil essentiel, la pelle au manche court et à la lame étroite, affûtée et dûment identifiée à l’aide de bandes de duct tape de couleur.

Un bush camp, donc, c’est-à-dire un camp loin, très loin de toute civilisation. L’autobus qui sillonne le nord l’Ontario vous emmène généralement jusqu’à Thunder Bay, mais cette année-là, le jour prévu de mon départ, il s’arrêterait à Hearst. Il me faudrait donc me rendre de mes propres moyens à Longlac, où devaient nous prendre les foremans en camionnettes vers 17h le jeudi, pour nous amener jusqu’au camp par la Ogoki road. Je voulais à tout prix éviter de prendre le train, qui est la plus calamiteuse des limaces en termes de moyen de transport. Comme Longlac se trouve à 200 km à l’ouest de Hearst sur la Transcanadienne, j’estimai que j’aurais tout le temps d’arriver à mon rendez-vous sur le pouce.

Cette estimation devait s’avérer erronée. Flanqué de mes deux gros sacs, je passai toute la journée sous un crachin glacial à attendre au bord de la route, à Hearst. Un entrepreneur, qui faisait la navette entre les deux villes, me prit enfin, au moment où le soleil déclinait sur l’autoroute. J’arrivai à Longlac vers 19h, et bien sûr, tout le monde était parti. À l’hôtel, je téléphonai immédiatement aux bureaux de la compagnie. On me confirma que tous les planteurs étaient en direction du camp et qu’il me faudrait attendre le lendemain qu’une autre camionnette soit envoyée.


Illustration: BB Astronaute

J’attendis trois jours. Je dus changer de ville et me rendre à Geraldton. Mes deux nuits passées là, au Golden Nugget, me coûtèrent presque toutes mes économies. Au troisième jour, vers midi, après être revenu de la bibliothèque municipale, je vis un autobus faire irruption dans la cour de l’hôtel. Celle qu’on avait envoyé me chercher était la surveillante de la qualité pour la compagnie de reboisement. Elle s’appelait Karine. C’était une grande fille blonde, mince, à la forte ossature. Un peu timide, mais dévouée à son travail, elle avait déjà été planteuse. Elle savait ce qu’était le treeplanting et elle serait compréhensive envers nous, pensai-je. Encore une conjecture qui serait réfutée.

Je m’efforçai de sympathiser de mon mieux avec elle de mon anglais rouillé, schématique et un peu bègue. Elle m’expliqua qu’elle devait passer par l’aéroport de Nakina avant de revenir au camp. Elle allait chercher une équipe d’Ojibwés Eabametoong qui avait pris l’avion de Fort Hope. À sa façon de me regarder, je sentais que cette mission ne l’enthousiasmait pas outre mesure . Une fois embarqué, il faudrait conduire cet équipage à une aubainerie, le seul commerce de Nakina ouvert le dimanche, afin qu’ils puissent se procurer le matériel nécessaire, impossible à dénicher à Fort Hope. Alors que j’avais pris trois jours pour faire mes préparatifs, eux durent tout faire en une heure. Le résultat fut qu’on chargea un amas d’objets divers en désordre dans l’autobus, et une bonne quantité de chips.

Nous avions pris du retard sur l’horaire. K recevait des appels et semblait stressée. Une fois de retour sur la route, je me mis à socialiser avec les Indians. Il y avait John, le plus âgé du groupe; Danny, qui avait une dizaine d’années d’expérience comme planteur et se trouvait à ce titre le plus expérimenté. Il y avait aussi Mark, qui avait acheté une ligne à pêche bon marché et qui essayait de l’assembler. Les gars buvaient et mangeaient des chips dans le bus en s’envoyant des blagues et des regards chargés de sous-entendus. Puis, on se mit à se passer le calumet de la paix. À un moment, John me fit signe vers l’arrière, en portant à mon attention l’un de leurs camarades, qui avait l’air dans un état second, pour ne pas dire tierce. Je demandai à John la raison de son apparente stupeur et celui-ci se retourna vers les autres, qui s’esclaffèrent tous de rire. J’avais affaire au junkie du groupe, un certain Mike. Mike, avec sa moustache et sa beaver cut, ses yeux jaunâtres striés de veinules, passait instantanément d’un état de béatitude à une attitude de méfiance, redressé sur son banc. Puis, il retombait dans ses songes psychédéliques… (à suivre)

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Amygdale, 11/11/2011 [Mourir au Canada, Triviale poésie]

- Ding-dong! [La porte s'ouvre] Bonjour madame, vous allez bien?
- Bien je vais, Fabien
- N’ayez crainte, brève sera mon incursion en votre domicile
Un grand chapeau j’ai, mais sous ma redingote, point de missile
- … D’une telle pensée, j’avoue que j’étais loin
- Je suis représentant des Huskies de Rouyn
- Oui, cela se voit à votre écharpe, certes
- Vous savez que l’aréna sera bientôt ouverte?
- Je ne suis pas sans en être avisée
Puisque depuis ma fenêtre j’ai supervisé
Depuis un an le chantier et le vacarme…
- Eh bien le 24 enfin, elle déploiera ses charmes
Aux fans dont j’assume que vous faites partie
Et si je me trouve devant votre portique aujourd’hui
C’est pour que, comme tous vos voisins, sans hésiter
Vous bénéficiez…
- Mais c’est mon chum qu’il faut consulter
- Parfait! Je vous montre si fait de quoi il s’agit
On verra bien ce qu’on en dit
Voyez ici, 5 fois des 2 pour 1 sur les entrées
Ça fait d’emblée $75 d’économies
Voilà qui couvre déjà le prix du forfait
Et vous permet d’inviter vos amis
- Mais c’est plus mon chum qui est fan…
- Il n’y a pas de « chum » qui tienne, madame
De l’autre côté de la carte, les rabais pour le resto
Ne me dites pas que dans cette ville de pauvres
Vous n’aimez pas de temps en temps le repos
Qu’au retour de la mine votre chum dans l’alcôve
Ne mérite pas une sortie et un 2 pour 1 sur la bière
- Mais justement, de son patron il reçoit des billets gratuits
Et vos arguments ne m’émeuvent pas plus qu’une pierre
- Mais c’est parfait! Faites-en présent à Noël puis
Envoyez vos parents dans la chambre d’hôtel que voici
Où ils pourront dormir deux nuits pour le prix d’une
- Mais « 2 pour 1 », vous semblez n’avoir que cela en tête
- C’est vous qui, avec votre pierre, de faire deux coups d’une
M’avez suggéré l’idée. Comme je n’y suis pas pour la quête
Dites-moi à quel nom je dois inscrire le forfait
Nous prenons comptant, chèques, débit et crédit
Et je vous laisse mes coordonnées, ainsi
Si dans votre entourage il s’en trouve des jaloux
Qu’ils m’appellent et je soulagerai leur courroux

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L’Étranger – (…) la capture des animaux qui marchent présente elle aussi deux parties majeures.
Thééthète – Lesquelles?
L’Étranger – L’une concerne les animaux apprivoisés ; et l’autre, les bêtes sauvages.
Thééthète – Ainsi peut-on capturer des animaux apprivoisés?
L’Étranger – Oui, si tu considères que l’homme est un animal apprivoisé. C’est à toi de choisir : soit qu’il n’y a pas d’animaux apprivoisés, soit qu’il y en a mais l’homme est alors un animal sauvage ; ou bien l’homme est un animal apprivoisé, et on ne peut le capturer. Opte donc pour la possibilité vers laquelle va ta préférence, et fais en sorte de la développer devant nous.
Théétète – Je crois que nous sommes des animaux apprivoisés, et j’affirme que la chasse à l’homme existe bel et bien.

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Amygdale, 28/09/2011 [Bidons et autres contenants]
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Amygdale, 25/09/2011 [Triviale poésie]

Traduction libre de СОВЕТСКИЙ МИРНЫЙ ТРАКТОР , par Igor Baïkov.

Je vais parler d’un fait évident:
Sur les rives de l’Amour, en de vastes champs
Se trouve notre tracteur soviétique
À portée de six batteries asiatiques

Un salve frappe, les munitions criblent
Mais le conducteur a toute sa tête:
Il appuie sur les freins, et n’est plus cible
Au coeur d’une fumée de salpêtre

Le tracteur se braque contre l’ubac
Et du coup, l’agresseur, en guise de réplique
Pour nous inspirer la crainte du combat
Frappe d’une salve de missiles tactiques

Et notre conducteur, le capitaine Litvino
Regarde la carte et enclenche la nitro
Bombarde tranquillement Pékin
Puis s’engage en une courbe, serein

Au-delà de l’Amour il éteint le réacteur
Pour ne pas effrayer les chèvres et les moutons
Volant dans le ciel, nos fiers tracteurs
Enfin se ravitaillent en leur canton

Si l’ennemi à nouveau s’essaie
À troubler les récoltes fastidieuses
Sur ordre express de l’URSS
Nous envoyons les moissonneuses-batteuses!

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Amygdale, 12/09/2011 [Triviale poésie, Vol de contenus]

Haikus are easy
But they don’t always make sense
Refrigerator

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Amygdale, 09/09/2011 [Préparations au voyage vers Mars]

Où l’aventure spatiale est parfois un peu ennuyeuse

J’ai dit que j’avais pleuré un peu, une fois arrivé dans la demeure du vieil homme, parce que j’étais incapable d’articuler aucun mot en martien, mais la raison profonde est que je souhaitais me mettre un peu en scène, afin que l’on me prenne en charge et qu’on me tire du bourbier dans lequel je m’étais enfoncé. Après tout, j’étais sur Mars, j’avais vu la datcha, et puis mon imagination s’était tarie; qu’exiger de plus, au fond? Il s’agissait maintenant de ramasser deux ou trois cailloux et de rentrer au bercail.
Je sais! Il existe des missions qui prévoient que les cosmonautes resteront toute leur vie sur la planète rouge, mais je ne suis pas de ceux-là. Je ne suis pas trop le type colonisateur.

Les policiers arrivèrent enfin, et ils se mirent à me poser des questions, auxquelles je m’efforçai de répondre comme je pouvais. À la question « d’où venez-vous? », je levai mon bras et pointai un minuscule point bleu dans la voûte céleste : « Je viens de la Terre, je suis ici en mission d’exploration ». Une policière prenait ces informations en note, tandis que tous semblaient déjà échanger des conjectures ou des avis sur la marche à suivre. Ensuite, on me fit m’asseoir sur un banc isolé dans le compartiment arrière d’une petite fourgonnette, jouxtant la banquette où s’étaient entassés les policiers, et nous revînment à T*. Je buvais de l’eau pour tâcher de survivre à la chaleur suffocante qu’exhalait le moteur du véhicule, situé sous la petite table au centre du compartiment, jonchée de casquettes de flics, tout en essayant de coincer mes pieds sous le siège, pour éviter de m’y brûler. La route étant cahoteuse à souhait, il fallait bien se cramponner.

Nous arrivâmes au poste de T* où j’aperçus D* qui m’attendait. Assis devant une minuscule cellule où moisissait un type en attendant qu’on lui paie sa caution, je lui racontai tout de mon enlèvement. Il me dit que je pouvais me conter chanceux d’être encore en vie, et à ces mots je sentis s’élever en moi quelques objections, que je réprimai cependant. L’attente fut longue, mais au moins il ne me harcelait pas pour que je chante Le Temps des Cathédrales, ce qui était dans ses habitudes.

Puis la séquence exacte des évènements m’échappe un peu, mais certainement on me fit entrer dans un bureau (au quatrième, il fallait claudiquer dans les marches jusque là) pour faire une déposition. D*, qui avait appris le martien dans le ventre d’un tigre, agissait comme traducteur. Il n’était pas impressionné par mon jugement et mon sens du discernement, et à mesure que je racontais mon histoire, j’entendis plusieurs « дурак » lui échapper, qui culminèrent en un « идиот! » bien senti. Et moi, je ne trouvais rien d’autre à faire que de regarder la policière qui notait tout, puis le policier arabe, et de mettre tout cas sur le compte de la légèreté de l’être.

Mais oui, il y a des Arabes sur Mars. À vrai dire, Mars est à peu de chose près indiscernable de la Terre, à part bien sûr la couleur rouge omniprésente, et le fait que la gravité est trois fois moindre.
Comme dans ma déposition je mentionnais un ancien poste de contrôle transformé en dépanneur, que nous avions croisé au village avant de rejoindre la datcha, la préposée de nuit de cet établissement fut contactée et nous la rejoignâmes à un autre bureau. Il fallut remonter dans le bania mobile qu’était la camionnette pour se rendre à l’autre bout de la ville. Elle ne semblait guère enchantée de se trouver là et de me voir, mais on la priât de s’asseoir et de tracer un portrait-robot des jeunes qu’elle avait vus passer à son magasin la veille. Bien sûr, elle n’en avait gardé qu’un vague souvenir, aussi la tentative fut un échec. Puis, on m’invita à mon tour à m’asseoir pour tenter l’expérience.

Tracer un portrait-robot n’est pas une mince affaire. Un phénomène de gestalt fait en sorte que, si nous fixons bel et bien notre attention sur les traits saillants d’un visage, il s’avère que ces traits ne sont saillants que dans leur contexte, de sorte qu’il est très difficile, par la suite, de les identifier à partir d’une banque de traits du visage. Des sourcils, des nez, des oreilles… À mesure que le portrait s’assemble, on a l’impression de déguiser une image mentale fuyante de postiches ridicules, puis le cerveau s’adapte et recompose son image à partir des nouveaux éléments du portrait, ce qui fait en sorte que les deux images – celle du souvenir et celle du portrait – dérivent lentement pour s’amarrer dans un point arbitraire de l’espace caractérologique. Le résultat que l’on obtient ressemble à un personnage de jeu vidéo comme The Sims.

Avec le sentiment d’avoir tout juste obtenu la note de passage, je passai à un autre bureau, où sur un écran je vis défiler la racaille juvénile de la ville de T*, pour tenter d’identifier ceux qui m’avaient enlevé, mais sans succès. Il commençait à se faire tard, et lorsque nous repartîmes en direction du village de V*, il faisait déjà noir. Arrivé là, impossible de rien discerner dans cet amas de masures cordées le long de routes impraticables, menant souvent à des marécages, où nous nous sommes presque enfoncés à deux reprises. Il fallu renoncer et revenir à T*.

Revenu à mon hotel, je n’avais que cinq heures pour dormir, et pourtant la nuit me paru longue. Bien qu’exténué la veille, je m’éveillai une heure d’avance, sans cadran-réveil.

De retour au poste, nous passâmes à la clinique, où on me fit un examen. Je dus me déshabiller devant tout le monde, et ainsi exhiber les centaines de piqûres d’insecte que j’avais sur le ventre et sur les cuisses. On constatât que j’avais l’œil droit injecté de sang et que j’avais saigné de l’oreille gauche. Mais l’ensemble semblait viable, alors ce fut de nouveau l’équipée vers le village de V*. Cette fois, nous sillonnâmes les chemins de façon quasi-systématique, interrogeâmes les gens au sujet de cette datcha, dont j’avais fourni une description assez détaillée. Puis nous nous arrêtions occasionnellement et le policier arabe, qui semblait m’avoir pris en sympathie, mangeait des baies rouges dans un buisson en me questionnant sur la flore de ma planète d’origine. Comme possédé de l’ours mangé la veille, je goûtai à ces baies : elles étaient pâteuses, sans goût bien défini, mais elles ne présentaient pas de difficulté de mastication pour ma mâchoire endolorie. Pour moi, il y avait drame et urgence, mais pour les flics, c’était une journée de travail, aussi je devais patienter sagement, tandis qu’eux mangeaient leurs galettes de graines de tournesol en discutant de tout et de rien. Enfin, après moult tergiversations et après que je sois retourné au site où je m’étais éveillé la veille, il fallut rentrer, les policiers jugeant sans doute que nous avions brûlé suffisamment de mazout. Là-bas aussi, le pétrole, c’est la puissance.

Les officiers supérieurs s’impatientaient, alors il fut convenu que j’écrirais une note dans laquelle j’abandonnais toute poursuite contre mes agresseurs, en échange de quoi j’obtins une autre note grâce à laquelle je pourrais prendre une navette et décamper de là.

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Amygdale, 03/09/2011 [Préparations au voyage vers Mars]

Où je suis enlevé par des Martiens sur leur propre planète

C’était par une splendide journée de la fin juillet, à T*, dans une coquette ville martienne aux abords de l’Etna. Je fus pris d’une extraordinaire envie de boire de la vodka et de déguster un plat d’ours, ce que mon ami D* (que tout le monde croyait dévoré par un tigre, mais finalement c’est correct) m’avait promis. Nous partîmes donc, à bord d’un minibus délabré, jusqu’à une station à la frontière de la ville, d’où nous pûmes transiger avec un taximan la course pour nous rendre à un restaurant réputé pour ses banquets, où des serveuses en habits traditionnels vous apportent de succulents plats de gibier. Arrivés là-bas, nous nous installâmes à la terrasse, qui donnait sur un ruisseau, car oui, il y a de l’eau sur Mars, et où des enfants jouaient et des voitures passaient à gué, la route s’arrêtant là.
Nous nous assîmes et commandâmes aussitôt des chachliks, et des chachliks royaux, des champignons dans la crème fraîche, du bortsch, du pain noir, du jus de kiwi frais, des pelminis d’ours et d’élan, et bien sûr, du vin et de la vodka, ainsi que le plat spécialement conçu pour et savamment nommé « tout pour la vodka » (всё под водочку). Ce fût un délice, mais je fus seul à boire la vodka, D ayant renoncé à ce spiritueux suite à des abus commis lors d’une sortie à la datcha avec des camarades de classe. Le tout se terminât par des glaces au miel et une partie de billard russe à laquelle je jouai seul, D n’étant pas un adepte de ce passe-temps qui, il faut le dire, est extrêmement ardu là-bas, la table étant plus grande et les trous, plus étroits, tellement plus étroits. Puis arrivèrent G*, le frère de D, et un ami. Ils dînèrent, puis après une seconde tentative infructueuse de mettre à profit ces baguettes et cette table gondolées, nous repartîmes en direction de T*, où G pût me déposer à mon hôtel.
Hostel à vrai dire, où je téléversai les photos de mon dîner pour ensuite réaliser que, tout seul à 21h dans ma chambre, je m’ennuyais. Je décidai donc de sortir prendre l’air, histoire peut-être de prendre quelques autres clichés de la ville (et dans tous les cas, mû par la dialectique).
Je rencontrai par hasard une grosse fille à un arrêt d’autobus, qui elle aussi devait s’ennuyer, et après avoir rapidement fait connaissance, nous entrâmes tous deux dans un taxi et filâmes vers la banque, où je retirai une importante quantité de liquide, puis nous nous dirigeâmes vers le lac Blanc, où se tenait une danse party. L’ambiance était parfaite et j’étais très satisfait, alors je commandai de la bière et but encore, dansai, but, vomit, me fit montrer la sortie et partit seul retrouver mon hôtel, ce que je parvins à faire on ne sait trop comment.
Mais, arrivé là, je réalisai que je me trouvais en panne de cigarettes, alors je décidai aussitôt d’aller en chercher au magasin du coin. C’est là que je rencontrai une bande de jeunes qui buvaient de la bière, assis sur un banc en face des kiosques, de l’autre côté de la voie ferrée. Ceux-ci me demandèrent une cigarette, que je leur offris, puis je m’assieds avec eux et commençai à discuter. La proposition vint enfin d’acheter de nouveau quelques bières et de partir marcher dans la ville, ce à quoi j’acquiesçai, bien que j’eusse déjà bu pour, disons, une compagnie de lutins.
Nous marchâmes, marchâmes, nous arrêtâmes à quelques endroits pour boire et recruter de nouveaux membres, et bientôt nous nous trouvâmes une demi-douzaine à déambuler dans la ville et à boire. À un moment, je réalisai qu’on m’avait subtilisé mon appareil photo. Je me mis alors à traiter ma compagnie de voleurs et piquai une crise d’ivrogne, tentant de les attendrir en soutenant que j’avais travaillé très fort pour gagner cet argent, dans la forêt, et qu’ils ne devaient pas me prendre pour un boyard ou un bankomat. À ma grande surprise, l’un d’eux partit et revint quelques minutes plus tard avec l’appareil, et moi, plutôt que de m’enfuir, je décidai de pardonner le méfait et de poursuivre mon aventure. Nous nous dirigeâmes alors dans un parc où nous prîmes des photos idiotes. Puis vint la proposition d’aller à la datcha, proposition qui à vrai dire planait déjà depuis un certain temps et pour laquelle je nourrissais un enthousiasme débordant. Il fallut faire un autre retrait, acheter davantage d’alcool et héler un taxi, puis nous décollâmes pour la campagne.

La route fut agréable, mais tortueuse, et que le diable m’emporte si je rappelle du chemin. Mais elle en valait la peine : enfin parût la datcha, une si coquette petite maison non loin d’un village, toute en bois avec son toit pentu rouge. De plus, elle était équipée d’un banya et d’un barbecue. Dans la cour se trouvaient également deux serres où on faisait pousser des fleurs et des légumes. À l’intérieur de la datcha, on trouvait, dès franchit le pas de la porte, un foyer en brique, puis à droite un comptoir avec un frigo; au fond, un escalier menant au deuxième, tandis qu’à gauche se tenaient une table ronde et un lit placé contre le mur. L’ensemble était décoré de tapisserie et d’artéfacts pittoresques et je ne me méfiais pas le moins du monde, hormis de ce type au crâne rasé en tenue sportive qui semblait parcouru d’impulsions violentes. J’engageai avec lui une brève conversation et prétextai devoir aider à transporter des bûches au banya pour me défiler.
On trouvait ces bûches dans une petite cordée à l’arrière, accessible par un trottoir en bois. Mon chargement pris, j’entrai dans le banya, où déjà quelqu’un s’activait à alimenter le feu. Je déposai les bûches et en profitai pour jeter un rapide coup d’œil dans la chambre, où se trouvaient les bancs pour s’asseoir, ainsi qu’une demi-douzaine de plats en fonte laquée. J’avais pour ainsi dire vu la chambre secrète et atteint un des objectifs de mon voyage, et c’est le cœur plein d’enthousiasme que je retournai à l’extérieur, pris une photo de la datcha, discutai en martien avec un peu tout le monde, puis je rentrai pour continuer à boire.
J’engageai la conversation avec un jeune homme à qui semblait appartenir la datcha, et dont j’ai oublié la teneur, mais il semble qu’elle portait sur la Sibérie et peut-être la généalogie. Cette conversation durât environ 15 ou 20 minutes, peut-être plus.

***

Mais ici il y a une césure, car on me frappa violemment à la tête, avec une bûche, puis on me pilonna le thorax des pieds, avant de me brûler la main avec une cigarette. Lorsque je m’éveillai le lendemain, je réalisai immédiatement, avant même d’avoir ouvert les yeux, que je me trouvais à l’extérieur et incidemment, dans le pétrin. J’espérai une fraction de seconde avoir dormi dans la cour de la datcha, une espérance évanouie en un clignement d’yeux. Je constatai que j’avais tout perdu, jusqu’à mes chaussettes, et en fouillant dans mes poches je compris qu’on m’avait également pris mon passeport. Mes pieds, à force de piqûres d’insectes, étaient tout boursouflés, à l’image de ma gueule, comme j’allais le découvrir plus tard. De plus, mes pantalons étaient détachés, ce qui me porte à croire qu’on m’a fait des choses innommables, mais ce n’est qu’une induction faite sur un cas spécial d’abduction.
Donc, il fallut me lever et rattacher mes pantalons, et me diriger quelque part. Mais songez que je me trouve sur Mars, à 30 km de la ville la plus proche, en pleine forêt. D’abord, j’allai en direction d’un village, mais il s’y trouvait trop de clôtures, alors je rebroussai chemin. Comme j’entendais des bruits de machinerie sur ma droite, je m’y dirigeai, sans rien y trouver d’autre qu’une voie en terre battue, qui allait sans doute servir à construire une route. Comme cette terre molle était providentielle pour le vas-nu-pied que j’étais désormais devenu, et qu’elle semblait mener à un petit ruisseau, je m’y engageai. Après avoir bu au ruisseau, je rencontrai une paysanne, lui expliquai dans mon martien appris sur le tas que j’éprouvais des difficultés, ce qu’elle admit sans difficulté, et m’engagea à la suivre. Puis nous croisâmes encore une autre paysanne, puis un vieil homme, qui m’invitât à me rendre chez lui. Le vieil homme habitait avec son fils dans une cabane en bois rudimentaire. Il m’invitât à m’assoir, m’offrit à manger et à boire. Il me donna également une paire de vieilles sandales. Je mangeai, bu, pleurai un peu, car j’étais ému, épuisé, et je souffrais du dépit d’être incapable d’engager la conversation.
Puis ce fut l’attente et les policiers arrivèrent. La suite consiste uniquement en une quête vaine de retrouver la datcha, qui était vraisemblablement disparue comme par enchantement, ou pour mieux dire, téléportée.
Et c’est ainsi que je fus enlevé par des extra-terrestres sur leur propre planète.

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Amygdale, 07/08/2011 [Préparations au voyage vers Mars]

Premier jour d’un voyage sidéral

On dit que le temps passe plus vite dans l’espace, mais c’est une erreur : confiné à ce petit compartiment cahotant dans les espaces évidés du cosmos, il semble que rien ne ressemble davantage à une heure qu’une autre; rien ne rappelle tant une conversation qu’une autre, rien n’est aussi néantisant, en somme, que le néant lui-même. Et j’ai perdu toutes mes bases de russe, ce qui fait que je suis réduit à les regarder manger des graines de tournesol et boire de la vodka dans des contenants hermétiques.

Pourtant, ce temps mort est bienvenu, car tout s’est déroulé si vite dans les dernières semaines : après un rude entraînement dans les Rocheuses, à des altitudes où l’oxygène se raréfie, j’ai mis la main sur une combinaison et une fusée, le tout en un temps record, à faire rougir Koroliov, puis j’ai réuni mon équipe et nous avons décollé, sans même prendre le temps de nous arrêter à la Station Spatiale Internationale. Qu’ils aillent se pendre, ceux-là, s’ils le peuvent. Nous, on file vers Mars, vers la Planète rouge, l’œil sur l’objectif. En ce moment, je ne peux m’empêcher de ressentir un brin de mépris envers ceux et celles qui rêvent d’hôtels sur la Lune, ou qui pensent déjà à explorer d’autres systèmes solaires. Vraiment, tout pour fuir la réalité!

Mais quel équipage! On ne sait parfois plus où suspendre son jugement. Et de regarder des revues de bagnoles! Sacrés Russes. Je ne peux pas leur en vouloir; d’abord, il faut chasser l’ennui, et d’autre part, il est évident qu’un jour, Mars sera une banlieue de la terre, avec ses centres d’achats et ses parkings, et on aura besoin de chars. Tout d’abord, il y aura de gigantesques serres, et comme Bradbury l’a bien compris, la vie y prendra tous les tours de la vie sur un ranch. Puis, dans 350 ans je dirais, on pourra y circuler avec des masques à gaz, et ce sera comme dans n’importe quelle métropole, somme toute. Et lorsqu’enfin l’air y sera respirable – dans 10 000 ans –, nous en aurons déjà fait une planète de plastique, un gigantesque dépotoir mauve et lilas. Nous serons alors en route vers une quelconque exoplanète. Mais (mais!) ce n’est pas demain, ce n’est pas demain. Il faut patienter, tuer le temps comme on peut.

Je crois que je vais aller fumer une clope dans le sas.

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Amygdale, 30/07/2011 [Mourir au Canada]

J e m’en veux d’avoir négligé de porter ce sac ventral pour des considérations esthétiques. Un pickpocket m’a eu au moment où je me disais « avec ce bras en l’air pour te tenir dans le métro, tu es une proie facile. » Les 15 secondes d’ouverture des portes n’ont pas suffi à me faire prendre conscience de l’affaire, et j’ai quitté la station tout nu, sans mes cartes, sans mon argent. Et puis je suis comme par hasard sorti à la station Kropotkine, près de l’ambassade canadienne, où je suis allé mourir. L’ambassadrice est une femme très occupée, mais également très attentionnée. Elle m’a laissé son numéro de cell; devrais-je la rappeler? Il me semble qu’il faudrait que les relations russo-canadiennes se réchauffent; comment lui faire comprendre? Et puis j’ai rencontré mon ami sibérien D*, un vrai de vrai raciste, machiste, avec cette déformation du nez qui lui interdit de ne jamais montrer autre chose que son derrière dans les photos. Il est insupportable, mais j’assure la note. Et le lendemain, ma chère L*, qui a de belles jambes et une verrue sur le menton, ce qui lui donne le droit de me donner un bracelet en cordon de coton rouge, noué sept fois, pour me protéger. Me protéger de tout, moi qui suis vraiment inapte au voyage. Et si jamais vous vous retrouvez seul avec deux gros types poilus de connivence dans une ruelle, remerciez le hasard (ou la nécessité) de vous avoir donné trois mois de planting et des muscles pour vous sortir de l’imbroglio.
Par contre, l’hôtel est sympa, la cour arrière donne sur une jolie basilique qui met tout plein de turquoise dans ma ville.

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Amygdale, 07/07/2011 [Bidons et autres contenants]

J.ai l.habitude de me faire virer, mais qu.est-ce qu.il m.en a fallu du temps pour recuperer la conduite du « burban », le camion qu.on utilise pour amener les planteurs sur le block. Maintenant, je conduis tous ces jeunes en ville, dont deux francaises qui ont ete prises sur le pouce, detournees de leur but d.aller cueillir des cerises pour venir planter des arbres. Comme elles n.avaient aucun equipement, j.ai pris sur moi de leur en procurer. Je suppose qu.elles ont declenche en moi un instinct paternel. D.ailleurs, ces journees a faire du shopping et a m.occuper d.elles m.ont vallu les surnoms de « for the girls » et « papa ». J.ai la barbe du patriarche, il faut dire. Cet apres-midi, la plage. Ce soir, mourir. Non sans avoir assure ma posterite, cependant.

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Amygdale, 18/04/2011 [Actions stupides]

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Cette nuit j’ai rêvé à mon ex, N*. Je me baladais dans un coin minable de la ville de S* avec, je ne sais trop pourquoi, un râteau à la main. Comme je descendais une côte avoisinant un centre d’achat, j’entendis d’une falaise une voix qui était la sienne. Je m’approchai et je l’aperçu sur le parterre en béton d’un appartement bourgeois – genre imitation Bauhaus – construit à même cette falaise. Ensuite je la vis entrer chez elle. Sous le regard ahuri des voisins, qui devaient me prendre pour le jardinier, je me dirigeai vers son domicile par un escalier en colimaçon. Au parterre, il y avait une piscine creusée et des cactus. Je m’attendais à voir une sculpture de Jeff Koons, ou bien un véritable caniche surgir de nulle part, mais non. Arrivé devant la porte patio, je pu discerner qu’elle se trouvait en présence d’un homme. Je m’approchai encore, et lorsque mes yeux se furent habitués à la pénombre, elle me présenta à lui de la sorte : « Salut S*, voici mon plus beau chum ». Nu torse, glabre, musclé et bronzé, on aurait dit un playboy sorti de Bay Watch. Sans attendre, je me mis à le frapper de toutes mes forces avec le râteau. Il s’enfuit dans son appartement. J’allais l’exterminer, mais N* est venu à son secours. Je les frappais tous deux sans relâche, lui au visage avec le coin du râteau, et elle en plein dos, à hauteur du coup, avec les dents qui s’enfonçaient en faisant des trous d’où pissait le sang, mais il n’y avait rien à faire; ils continuaient à me taper dessus et à se mouvoir en tous sens comme des boss dans Wolfenstein 3D. Horripilé, je me suis éveillé. J’espère toutefois qu’elle est morte au bout de son sang, cette sale nazie.

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Amygdale, 28/03/2011 [Déprimer c'est ok]

La lecture du dernier article de Bébé Astronaute m’inspire des confessions. Je dois partir dans l’Ouest à la fin du mois d’avril pour planter des arbres. Partir mourir ailleurs au Canada. Et je pourrais me contenter de dire que j’ai la flemme d’y aller, comme on rechigne à l’approche de la mort, où on se met à imaginer un meilleur monde, où peut-être on pourrait planter dans la crème pour l’éternité. Mais à vrai dire, mon problème, c’est surtout que j’ai la chienne d’y aller. J’en ai rêvé cette nuit. C’était un contrat de treeplanting au Québec, par contre, avec des têtes connues de l’Ontario: M* et B* comme foremans. On commençait en plein été, il faisait chaud, on entendait les grillons, j’étais complètement désorganisé, mes sacs se perdaient dans une autre van, je me traînais les pieds, je ne voulais pas le faire.
Mais avoir peur de partir, ça c’est gênant. Si ça continue comme ça, d’ailleurs, j’aurai bu toutes mes économies avant d’avoir acheté l’équipement nécessaire. Alors quoi? Serais-je devenu vieux?

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La séance du book club m’avait remis de bonne humeur, mais voilà que je me réveille en pleine nuit, incapable de me rendormir. C’est cette histoire de band qui, je pense, me tracasse. Je suis arrivé au bout du rock, semble-t-il. Une foule tiède, une chanteuse qui n’est pas à sa place, un bassiste qui en remplace un autre parti en Afrique. En Afrique: n’importe où sauf ici.
Je me dis que c’aurait peut-être été mieux si on avait gardé L*Z* au départ, mais quoi, il n’était pas fiable. Et là je pense à L*S*, la première chanteuse, avec qui je projette de partir un nouveau band, P-AvG* à la guitare. N’importe quoi. Comme si cette histoire de band, je veux dire depuis les tous débuts, n’avait pas été inventée comme prétexte pour pouvoir coucher avec elle. Dommage que je sois parvenu à me convaincre du contraire, alors qu’elle dormait dans mon lit. Et là je suis commis à croire que je m’intéresse à elle parce qu’elle a du potentiel comme chanteuse, ce qui n’est même pas faux. Remarquez que ce n’est pas la première fois que ça m’arrive, ce mécanisme de sublimation dans l’engagement: je suis resté cinq ans avec N*, avec qui tout aurait pu se dire et se faire en une nuit. Seulement cette nuit-là, c’est M* qui était parti avec. Par après, la nuit de ce one-night décalé s’était drôlement allongée, elle avait même perduré deux années dans une aube blafarde.
C’est pour ça que j’ai dit à O*, que je ne connais pas le moins du monde, qu’elle a de belles boules. Histoire d’être au clair, au moins une fois. Mais j’ai eu aussitôt honte et je me suis excusé de ma vulgarité. Retraite psychologiquement ruineuse: elle est revenue me voir plus tard pour me dire qu’elle avait dit à son ami que je l’avait agressée. C’est ça. Avec mes cheveux, Monsieur le juge.

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Amygdale, 10/12/2010 [Bidons et autres contenants, Théorie]

Cet article, publié dans le Courrier International, brosse un tableau socio-historique du mouvement hipster. Ceux-ceux sont définis comme étant « la version jeune des bobos » (bourgeois-bohème). Le hipster est défini comme étant « un pseudo-résistant pour qui la collaboration n’a guère de signification, parce qu’il n’a rien contre l’idéal du commerce »; le mouvement serait issu du indie des années ’90, mais il trouve son appellation dans la culture black des années ’50. Vice Magazine, American Apparel, vélo à pignon fixe… vous connaissez l’attirail. Mais là où on trouve des similitudes avec le FAS, c’est le parasitisme révolutionnaire, l’idée que le « cool » constitue une forme de « class war » suffisante. L’habileté à récupérer les codes des mouvements « authentiquement » contestataires, quoi.

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Amygdale, 18/11/2010 [Préparations au voyage vers Mars]

« La certitude consiste à connaître sa destination alors même que toute résistance a cessé ».
- Sévère de Bourret-Marais

Voilà maintenant plus de trois ans que je m’entraîne pour me rendre apte à l’aventure spatiale. Je me suis astreins à une rude discipline. J’ai assemblé une à une les composantes nécessaires à mon voyage – la combinaison, la rampe de lancement, et, juste au moment où j’allais me décider à employer la méthode de propulsion d’Ilia Kabakov, l’élastique, j’ai réussi à mettre la main sur une fusée sans pareille, un vrai petit bijou que j’ai aperçu au détour d’une route de campagne, me dirigeant vers le chalet d’A*C*V*. Imaginez : elle servait d’emblème au dépanneur du coin. En ce qui concerne les modules martiens, je compte m’en dispenser. La marche à pieds, il n’y a que ça de vrai.

Adieu, eskers, swompes, lochs et glaciers
J’embarque pour Mars, mon visage émacié
Prêt pour un voyage de cinq cents jours
Je n’attends plus que le compte à rebours

J’ai nommé ma fusée Darogaïa, ma « chère ». Avec elle, auprès d’elle, en elle, je parcourrai sans crainte les quelque 335 millions de kilomètres qui me séparent de mon objectif (24/09/2010 13:20). Le voyage sur Mars est une entreprise de haute voltige, qui comporte une dimension de métaphysique expérimentale.

***

J’entre dans un bureau où sont déjà assis un homme et une femme. Ils s’affairent à remplir un formulaire, celui que me tend l’homme en cravate, qui me demande de m’asseoir et de le remplir à mon tour. Entre un autre homme, puis la séance commence.
« Personne n’a jamais rêvé de devenir vendeur d’assurance », commence l’homme en cravate, « étant petit, nous voulions devenir médecins, ou astronautes… »
Il poursuit son briefing sur la vente d’assurance chez I.A., un job qui selon lui offre le meilleur des deux mondes, j’entends celui du salariat et de l’entreprenariat. Un autre homme arrive en plein milieu de la séance. L’homme à cravate l’invite à s’asseoir, puis poursuit « nous vous avons donné un document avec une adresse et un code, ils donnent accès à un questionnaire destiné à évaluer vos qualités de détermination et de courage, essentielles au métier que nous exerçons ». L’homme arrivé au milieu de la séance prend la parole et affirme qu’il s’est trompé d’endroit, il doit y avoir un malentendu, etc. L’homme à cravate l’interrompt et l’enjoint de quitter les lieux sans s’étendre en explications.

J’en profite pour me demander pourquoi je suis là, moi-même. Je croyais venir à L* pour passer une entrevue afin d’obtenir un poste d’agent de service à la clientèle, et j’avais oublié pour quelle institution financière, mais ce n’était pas l’I.A. Ce devait être la R*B*C*. Oui, c’est ça. Mais je me suis fait avoir, car les locaux de l’I.A. sont situés dans l’immeuble de la RBC. Enfin. Ce que je veux dire, quand je demande « ce que je fais là », cela a un sens plus profond. Cela touche à quelque chose de plus intime et de plus lointain à la fois.

Je sors de cette entrevue songeur, en me remémorant ces mots « détermination, courage… astronaute. » Retournant vers la gare d’autobus, je prends le boulevard Terry Fox, puis j’oblique à travers un petit boisé menant à un gigantesque bâtiment en tôle grise. Je passe par le stationnement arrière et me dirige vers l’entrée, où je peux successivement lire, écrit en gros caractères sur l’immeuble, « centre des sciences de L* », « camp spatial » et enfin, « cosmodrome ». J’entre. Je passe devant la billetterie sans payer (j’ai des privilèges) et je m’enfonce, avide, dans le coeur de cette exposition peuplée de maquettes et de géants métalliques véritables, dont l’impressionnant réacteur que l’on peut voir au fond, sur cette image.

Je m’informe sur tout et rien, je m’introduis dans une reproduction d’un module de la station spatiale internationale, où l’on peut faire l’expérience de la désorientation que provoque l’apesanteur. On doit monter sur une plaque posée devant un mur. Sur ce mur se trouve une surface concave parsemée de points multicolores. En appuyant sur les deux boutons d’une manette, l’ensemble se met à tanguer et à tourner, tandis que l’on doit fixer un point au centre de la surface picotée… À un moment, nous dit le guide audio, nous devrions sentir que c’est non plus le mur, mais nous qui tournons.

Je m’approche ensuite d’un groupe suivant un guide posté devant une combinaison spatiale. Il insiste sur la ressemblance entre la semelle des bottes d’astronaute et celle des N* air. Je me dirige immédiatement vers l’autre guide, qui explique à un groupe de jeunes du secondaire, appuyés sur une rampe encerclant une reproduction de Pluton, pourquoi ce corps céleste a déchu de son titre de planète.

Éduquons. Pour être une planète, un corps doit:
a) être sphérique b) tourner autour du Soleil
c) avoir un axe orbital stable

Pluton satisfait aux conditions a) et b), mais est pris en faute à la troisième condition. En effet, Pluton possède un satellite qui, de sa surface, paraît six fois plus grand que notre Lune. Ce satellite exerce une telle attraction sur Pluton que celle-ci est carrément entraînée par son propre satellite! Un ado perplexe maintient pourtant sa position: « elle est pas une planète, parce qu’elle est trop p’tite! » C’est ça, avoir relativement raison.

Mais je quitte bientôt ce deuxième groupe pour me diriger vers le « camp d’entraînement », où sont stationnés certains des équipements destinés à mettre à l’épreuve les cosmonautes et surtout une réplique de la navette Endeavour.

Je contourne l’appareil, et j’aperçois bientôt un escalier menant à une porte grande ouverte qui mène au cockpit. Personne à l’horizon. COMMENT RÉSISTER?!?
J’entre. Voilà des sièges (3) posés devant des écrans. Voilà une porte, qui mène à la verrière et au nez de l’appareil. J’ouvre. Il y a des casques à l’intérieur. J’en saisis un avec des phares sur les côtés. Je songe à un larcin, mais je réalise rapidement que c’est impossible. Je repose le casque et reviens dans la cabine, où j’aperçois des vêtements posés sur des tablettes. Serait-ce… Non! Pas possible! des combinaisons d’astronaute!
Et je suis entré sans payer, donc sans passer au vestiaire, donc sans y laisser mon sac…

Je regrette de ne pas avoir pris la salopette qui va avec, mais ça aurait vraiment trop fait colis suspect. Peut-être une autre fois. En attendant, je me sens, dans ma veste (c’est plutôt un top bourré de velcro en fait), à un pas plus près de Mars. Je peux maintenant répondre à ce questionnaire pour devenir vendeur d’assurance sans la moindre crainte.

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Amygdale, 03/11/2010 [Bidons et autres contenants]

« your P4nis will be more than $100″.

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Amygdale, 19/10/2010 [Bidons et autres contenants]

J’ai constaté que mon lexique de l’insulte n’avait pas été renouvelé depuis longtemps. Des suggestions?

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Amygdale, 14/10/2010 [Citations et aphorismes]

« Parce que tu as le feu au cul, il est normal que tu voies rouge. Cependant, il ne s’ensuit pas que ce soit la révolution. »

- Sévère de Bourret-Marais

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Amygdale, 04/08/2010 [Préparations au voyage vers Mars]

17/12 > Nous voici à quelques lieues de Yakutsk, prisonniers d’un jour blanc qui dure depuis plusieurs heures. Sans doute avaient-ils torts, ceux qui niaient l’existence du corps. S’ils niaient une chose telle que cette main, assurément ils ignoraient qu’il peut se trouver un état de chose derrière la porte d’un congélateur, et que cette chose peut vivoter momentanément. Pourtant, aujourd’hui, je serais tenté de leur donner raison. Car qu’est-ce qu’une main comme ma main, bleue, roide, inepte? Une main qui passe son temps sous une aisselle n’est pas une main.

- Дай мне банку, пожалуйста. Я проголодался.

Je passe la boîte de Zepoulpe à Dmitri, qu’il ouvre à l’aide de son couteau de poche. Le contenu en est cryogénisé. Par chance, nous avons réussi à réchapper un Hibachi et une bouteille de butane de l’écrasement de notre Antonov. Grâce aux parois de neige érigées autour de notre camp de fortune, il arrive à produire une flamme suffisamment persuasive pour cuire des aliments. Je doute cependant que nous puissions tenir plus de deux jours dans ces conditions.

Dmitri engloutit la dernière tentacule embrochée à la pointe de sa lame. Son regard est livide, ses gestes sont ceux d’un animal à sang froid, lents, économes. Il porte à sa bouche un peu de neige, qu’il fait fondre lentement, puis, après gargarisme, il aspire l’eau en pinçant les joues. Cette tempête pourrait durer plusieurs jours. Je prends quelques instants pour prendre conscience du fait que mon collègue m’est inconnu. Certes, nous avons fait une partie de l’entraînement ensemble, mais, somme toute, tout ce que je sais à son sujet, c’est qu’il a une étrange difformité au visage, qu’il est originaire de T* et qu’il joue gardien de but au foot. Or, il me semble que quelque chose a changé dans sa physionomie, dans sa posture. Le dos courbé, il a périodiquement de ces étranges spasmes qui lui font arquer les épaules, accompagnés de pincements des lèvres. J’ai l’étrange sentiment qu’il va se transformer en gallinacée. Soudain, son pied botte la truelle, qui s’en va virevolter contre mon rücksack, tandis que lui se projette contre la paroi du campement, haletant, poussant d’étranges gémissements. Me voilà pris de stupeur, seul avec lui dans cet espace confiné qui pourrait être un module spatial.

- Que se passe-t-il, Dmitri?

Aucune réponse. Il a le souffle court et des plaques rouges sur le visage. Ce doit être le mal cosmique. Il tend le bras dans ma direction, ou plutôt vers l’ouverture de l’abri.

- т… т… тигр! ТИГР!!!

Je me retourne et j’aperçois un superbe spécimen de tigre de Sibérie à deux pas du campement. Que fait-il là, perdu en plein blizzard? Je n’ai pas le temps de me poser cette question idiote que déjà, la conserve de Zepoulpe voltige dans sa direction. Voyant que le félidé s’y intéresse, Dmitri en profite pour prendre la poudre d’escampette. Mieux vaut affronter une mort certaine par le froid qu’une mort certaine entre les crocs d’un fauve. Je cours, cours, cours. J’entends le bruit du souffle et des pas de Dmitri se faire de plus en plus sourd, lointain…

***

Mars, on y va pour ses paysages cyclopéens, on y reste pour ses microorganismes. Mais les stations spatiales, qu’ont-elles de si intéressant? Cela représente un travail d’entretient continuel; toujours des boulons à resserrer, des modules à ajouter, quand ce n’est pas l’habituel protocole de manipulations d’enzymes. Et je suis là en train de ressouder cette cellule photovoltaïque, mais était-ce bien cela que j’étais venu faire? Quelle était le but de cette sortie, déjà? Quel était la mission de ce vol, au juste? Où sont mes camarades? Partis: la navette a disparu. Alors, lentement, je me détache de la station. Je dérive en tournoyant dans l’espace, sans but. La station n’est rapidement plus qu’on objet distant très brillant. Je sens que je prends de la vitesse; le vertige m’envahit jusque dans les artères. Ma combinaison se réchauffe, elle s’embrunit. Mes gants prennent feu: j’entre dans l’atmosphère terrestre. Je peux voir les flammes m’envelopper tandis que dans la combinaison, je suffoque. Je n’en ai plus que pour quelques secondes à vivre avant de me désintégrer dans l’atmosphère. La chaleur monte, monte…

- Он просыпается.

Autour de moi, des ambulanciers s’affairent. J’entends le ronronnement des hélices de l’hélicoptère médical. Je parviens tant bien que mal à sortir mon bras de la couverture thermique dont on m’a emmitouflé. Je respire enfin.

- А где Дмитрий?

Aucune réponse.

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Amygdale, 03/07/2010 [Entomologicae Bestiare]

Comme vous le savez sans doute, je suis un grand sentimental. Plus souvent qu’à mon tour, il m’arrive de songer à mon enfance, à sa duveteuse insouciance, à son ennui lancinant et à l’ingéniosité Munchauserienne qu’il fallait pour s’en extirper. À cette époque, je pratiquais l’horticulture comme hobby et j’entretenais une grande variété de plantes vivaces, disposées sur un grand rocher situé à l’orée du petit boisé qui délimitait notre terrain. Cette « rocaille », comme je l’appelais dans ma pompe Louis XV, était le terrain d’expérimentation botanique idéal, car il s’y trouvait une bonne variété de sols, du sablonneux à l’organique, et divers degrés d’ensoleillement. J’y ai consacré des heures incalculables, au fil des ans, retournant la terre, repoussant la mauvaise herbe, érigeant des remparts d’ardoise, transplantant chaque année de nouvelles variétés achetées ou volées aux voisins.

Cette rocaille fit ma gloire comme ma déchéance. Parvenu à un âge ingrat, je l’abandonnai entièrement à la nature, ne m’y rendant que pour y signer mon mépris de la flore. Les quelques plants très rustiques qui y survivaient, à moitié étouffés, y déployaient péniblement leurs rares petites fleurs, m’adressant un reproche unanime. Je demeurai insensible à leurs plaintes odoriférantes, leur accordant cependant, magnanime, de ne pas les exterminer avec la tondeuse à gazon.

***

Mais cet abandon cruel n’avait-il pas, lui aussi, un caractère expérimental? Je me rappelle de quelques-unes des plantes que j’y ai vu pousser avant de quitter le nid familial. Des bouquets sans fleurs aux feuilles grasses, des épis semblables au salicaire, mais rouges, des pensées dispersées ça et là, mais surtout, un grand pied d’alouette (delphinium elatum) que j’avais transplanté au tout début et qui subsistait, impassible et magnifique, se fichant de moi comme je me fichais de lui.

C’est en songeant à ses fières hallebardes et à leur barbe mauve et touffue que je fus pris de l’envie d’en transplanter à nouveau dans mon modeste lopin de terre, à M*, il y a trois ans de cela. Depuis, et malgré le manque d’ensoleillement, il n’a pas manqué de fleurir à chaque année, jusqu’à ce qu’il fasse, au printemps dernier, sa première véritable démonstration de puissance. Après une timide percée en mai, sept petites hampes se sont graduellement enorgueillies en juin et une poussée fulgurante à la deuxième semaine du mois produisit de grands épis bulbeux, dont quatre ont éclos au solstice d’été. De mon bureau, je pouvais voir les passants s’arrêter, émerveillés par leur beauté étiolée tenant à quelques ficelles. Je pus constater des premières loges son magnétisme auprès la gente féminine. J’ai même vu un couple s’arrêter tout net devant et commencer à se frencher, tandis que j’essayais de m’éclipser derrière l’écran de mon ordinateur.

Mais à la St-Jean il a plu, ce qui a fait s’affaisser les quatre tiges sous le poids des fleurs mouillées. Je les ai donc coupées et mises dans un vase sur la table de la cuisine. Quétaine jusqu’au bout. Trois autres subsistaient sur le plant, dont deux assez considérables pour susciter une nouvelle vague d’admiration et de nouveaux tripotages.

Elles s’affaissaient bientôt. Cette fois, au lieu de les mettre dans un vase, je décidai de les laisser là, jugeant que je pourrais les conserver plus facilement jusqu’au premier juillet, date à laquelle ma nouvelle coloc Russe devait emménager. Placées dans la cuisine, elles feraient bon accueil.

***

Une foule de symboles et d’usages se rattachent au monde floral dans chaque culture, et les Russes n’y font pas exception. À la date prévue, E* vint faire une visite de sa chambre. Tandis que nous discutions de bouddhisme, de St-Pétersbourg et de films réalistes, elle porta mon attention sur le vase et me demanda s’il était survenu quelque malheur dans ma famille. Surpris, je m’enquis de ce qui l’induisait à penser une telle chose. Elle m’informa de la coutume de son pays qui veut que l’on offre un bouquet constitué d’un nombre de fleur pair à un proche dans le deuil, et impair dans les circonstances joyeuses ou romantiques. Le mien était composé des deux épis que j’avais conservés la tête en bas dans mon jardin. Elle croyait donc à la perte d’un proche. Amusé, je lui assurai qu’il n’en était rien.

Tombe un perce-oreille (forficula auricularia) du bouquet. Surpris et un peu dégoûté, je m’efforce d’insister sur la caractère inoffensif de cette petite bête, pour ne pas alarmer E*, en robe et talons hauts, tandis que je cherche une guenille pour m’en débarrasser. À peine ai-je le temps d’écrapoutir la bibitte que j’en vois une autre choir sur la table et se mettre à persévérer dans son existence. Décidément, elles se sont données rendez-vous! Il va me falloir une tapette à mouche, n’est-ce pas, et comme je me dirige vers l’endroit où je range cet indispensable outil, j’entends ma compagne s’écrier « Gospadi! Ikh niéckolka! » (oh mon Dieu, y’en a foule!). Et de me retourner pour constater qu’en effet, le fine-lame de la tapette que je suis risque fort de se retrouver impuissant devant le nombre. Ainsi donc, le charme opère même sur ces bestioles, qui s’y rassemblent en lek pour faire leurs saletés! En voilà une autre qui dégringole sur la table. Sur insistance de mon amie, je me résous à tout jeter dehors, heureux qu’elle ne se soit pas enfuie en courant et en criant.

Redoublant d’artifices oratoires, je parvins à lui faire oublier cet événement horrifiant et étrange. Elle repartit en me laissant le loyer; j’avais passé le test.

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Dehors, il ne reste plus qu’une seule tige en fleur sur ce plant, modeste, mais jolie. Elle ne suscite plus d’envie ni d’élans amoureux. La regardant de mon bureau par la fenêtre, je me fais penser à Ray Bradbury, trouvant dans mon mobilier des prétextes à raconter des histoires de bonnes femmes.

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Amygdale, 07/06/2010 [Actions stupides]

Le dimanche 13 juin à 15h se tiendra un happening participatif sur la piste cyclable le long de la voie ferrée (au niveau de la rue de Gaspé) afin de faire pression sur la ville et le CN pour qu’ils construisent des passages pour vélos et piétons entre le Mile-End et Rosemont. Il s’agit d’une opportunité d’action pour le FAS, déjà engagé dans l’exploration et la conceptualisation de ce sanctuaire-viaduc. Répondons à l’appel de mobilisation et profitons-en pour investir les lieux de notre presse offset, afin de distribuer de la propagande pro-fassienne et pro-sentiers conatifs (desire paths). Puis, faisons dérailler un train et lâchons les bestiaux dans la ville!

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Amygdale, 06/06/2010 [Triviale poésie]

Continent de plastique, polymère atoll
Golfe persique et du Mexique
Rutilants de sombre opal, pétrole
Laque des eaux toxiques

Marre du fioul, des plottes à gaz
Le kérosène jouissant des bas-fonds
Sucé sous les nappes – extase
Souille de sa nocturne pollution

Là un pélican d’envergure
Que le poids courbature
Couvert de mazout

De son goitre en entonnoir
Contre les séraphins noirs
Sors un cri qui dégoute

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Amygdale, 20/05/2010 [Triviale poésie, Vol de contenus]

[Par Ensemble de chaises à]

Le précariat triomphant
Les samares me smashent dans face
Une épidémie de bronzage
Frappe au Jean Coutu

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Amygdale, 28/04/2010 [Préparations au voyage vers Mars]

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Amygdale, 31/03/2010 [FAS - Rencontres]

On ne sait toujours pas où en est l’affaire entre Hilton et Perelman. On était habitué à voir ce dernier songeur, appuyé contre une porte du métro, désarmé par la beauté d’une formule, indolent et insouciant. Mais voilà que la célébrité le poursuit et que des paparazzi le harcèlent même dans son quotidien le plus banal. Y a-t-il une limite à l’emprise des médias sur la vie privée?

Pendant ce temps, Paris multiplie les appels, adressés selon toute vraisemblance à sa nouvelle amie, Lady Gaga, qui semble jouer le rôle d’entremetteuse dans cette affaire. Le conversation est toujours rapide et entrecoupée de « hihi » et de haussements d’épaules.

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Amygdale, 03/03/2010 [Préparations au voyage vers Mars]

02/10. Des tests, des batteries de tests. Dès cinq heures, je m’éveille. Le protocole de mise à l’épreuve d’un l’oligonucléotide expérimental s’enclenche aussitôt. Celui-ci a été élaboré afin d’éviter l’embonpoint de l’espace, trop fréquent dans ces modules exigus, où l’activité physique est limitée. On me colle tout d’abord des électrodes, 9 en tout, sur les chevilles, les bras et la poitrine. Puis, sous l’oeil imperturbable du docteur A. R. L*, des auxiliaires me piquent dans les bras, les cuisses, sur les flancs et sous l’ombilic, soit pour m’injecter le sérum — ou le placebo, je l’ignore et les auxiliaires également. Je dois ensuite demeurer immobile, en position semi-inclinée, pendant six heures, sans manger ni boire. À chaque demie-heure, un prélèvement sanguin est effectué à partir d’un cathéter inséré dans mon bras. Enfin, on inspecte les sites d’injection. Une infirmière me palpe, notant la moindre induration.

- Это больно?
- Нет, не больно.

Ensuite, le premier repas du jour. Les portions sont calibrées en fonction de mon indice de masse corporelle. Interdiction de partager. Je porte un bracelet muni d’une puce magnétique me permettant de me déplacer dans le laboratoire, soit pour aller à la toilette, soit pour aller au salon, mais il est impossible de quitter le bâtiment, même pour une courte marche dans l’enceinte. Je dois me satisfaire des rayons obliques qui entrent par la fenêtre du salon. La seule chose à faire, pour passer le temps, est de se familiariser avec l’équipage. Par exemple, il y a ce Roumain, S*, qui tient absolument à me faire connaître Miles Davis. Pour moi, il représente un curieux mélange de virilité latine et de brusquerie slave. Il ne croit pas à la notion de degré. Jusqu’ici, j’ai réussi à l’éviter en me réfugiant auprès d’un Britannique amateur de films d’espionnage de série B, mais ce dernier a été transféré dans une autre équipe. Il a donc fallu que je fasse la conversation avec le Roumain, qui à vrai dire, ressemblait davantage à un interrogatoire prenant rapidement des proportions métaphysiques. Il insistait pour que je lui dise la vérité sur tout. Lassé, je lui ai demandé « what is truth ? » Il m’a alors répondu « Truth is what we think ».

09/10. En faisant des tests, les psychologues ont découvert chez moi une nouvelle forme de synesthésie, qu’ils nomment la synesthésie du touché miroir. Lorsque je vois quelqu’un se blesser, je ressens de la douleur au même endroit. Ce n’est pas de l’empathie, mais une réaction instantanée et pour ainsi dire mécanique de mon cerveau, due à l’élagage atypique des connections synaptiques de ma circonvolution fusiforme. Rien de particulièrement inquiétant, mais les médecins ne peuvent s’empêcher de vous faire sentir que la moindre anomalie pourrait compromettre votre départ: « nous allons nous consulter ». S’il savaient que je me fiche de leur programme! Car en effet, vous le savez, j’ai décidé d’aller sur Mars par mes propres moyens.

13/10. Test de la cabine de pilotage avec L*, la copilote. Française, elle a l’hypertrophie du jugement. Du coup, elle me tape. « Elle est un peu petite, cette carlingue, non ? » Et aussi « ça me saoule tous ces boutons », ou encore « tu comptes vraiment apporter ce chat dans l’espace ? » Mais il faut bien admettre qu’elle a un sens de l’orientation à toute épreuve : que le vaisseau se mette à virevolter dans tous les sens, elle ne perdra pas de vue son sextoy.

19/10. C’est mardi, le temps est frais, mais ensoleillé. L’air est léger et la vue, dans cette plaine Sibérienne, porte à l’infini. Premier exercice d’apesanteur en vol parabolique. Étrangement, ce qui s’annonçait comme un exercice de familiarisation s’est avéré être une curieuse expérience d’aliénation somatique. Alors que nous commencions à léviter, j’ai senti un fort vertige, qui s’est rapidement résorbé. Mais, pendant environ 20 secondes, je me suis mis à voir derrière moi… comme si j’avais pivoté à 180 degrés, mais sans bouger! Je pouvais voir L* jubiler en se voyant flotter dans la soute. Je n’en ai pas parlé aux médecins, ni à L* d’ailleurs. J’ai passé la soirée à écouter des documentaires sur le paranormal, seul dans mon appartement de Chtchiolkovo.

Je ne sais pas ce qui m’attend dans les prochains jours. Peut-être la centrifugeuse, peut-être le confinement ou la piscine. J’ai entendu dire que les Russes suivaient un entraînement commando; ça ne sera pas une sinécure. Bah! Après tout, ce sera comme les scouts. On mangera des conserves gelées et, dans le pire des cas, j’y laisserai un orteil ou deux.

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Amygdale, 19/02/2010 [Parasitisme révolutionnaire]
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Vendredi, je suis passé voir une projection « spécial sexe » présenté par le Douteux.org au pub Brouhaha dans Rosemont. Un des nombreux faits saillants (ce fut trois heures de faits saillants) m’a semblé être le vidéo montrant un groupe d’Africains qui se font une petite partouse en forêt. Sauf qu’ils sont entièrement peints en bleu cobalt et portent des bonnets blancs, à l’exception de l’un d’eux qui porte un bonnet rouge et une barbe blanche. Ils s’enfilent à tour de rôle une femme avec une perruque blonde sous son bonnet, tout en fredonnant « la la la schtroumpf la-la. »

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Amygdale, 19/11/2009 [Manger pour «vivre»]

Merci B* de m’avoir fournit une expression servant à chapeauter l’impression que j’ai reçu de ma journée d’hier. Une des raisons qui font que la méthode est si difficile à acquérir est peut-être le fait que l’on sait pertinemment qu’il est possible de parvenir à des résultats sans trop s’en soucier. Parfois, cela semble même être une condition de succès.

Je suis parvenu à faire tout ce que j’avais à faire, en obtenant, pour chacune de mes tâches, un succès largement au-dessus de mes attentes, mais en suivant une démarche digne de M. Magoo. Le haut point de ce carnaval de la mitaine et de la logique floue a été le succulent poulet au cari que je me suis mitonné pour souper, qui s’annonçait dès le départ comme un désastre culinaire laissant ma cuisine dans les brumes des Nibelungen. Je vous épargne le récit des événements, car il n’y a pas de quoi se vanter. Tout semblait réussir malgré moi.

Que sait-on des sauces, et des effets?

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Amygdale, 16/11/2009 [Déprimer c'est ok]

Assis sur le rebord de mon lit, les mains devant le visage, je sanglote. Ma blessure est sans rémission, ma vie sans espoir, mon trouble sans accalmie. Ma plainte, si c’en est une, n’est perçue que de mon chat. Mes larmes ne mouillent que mes mains, cette lande stérile. Mes tremblements ne dissipent pas ma contrition; ma contrition ne jugule pas mes tremblements. Ma gorge est un noeud que je voudrais trancher d’un coup de dague. Je suis seul – ô combien triste et absolument seul – depuis des mois, des années, prisonnier d’un circuit dérisoire, passant par autant de tâches ingrates, saugrenues, inutiles. Je me bats, mais la lutte est vaine, je me rends et la guerre continue. Je suis tué et fragmenté. Je suis un gouffre de désespoir, un trou noir d’albédo zéro, et mon horizon est là où s’engouffrent les dernières lueurs.

La lumière est une onde
Comme ta chevelure blonde
Ou une particule
Comme tes yeux minuscules?

Las! Las! Las! Je ne me repais plus des lendemains qui chantent, car ils chantent tous faux! Tout m’est insupportable, abject, toxique. En un mot, c’est novembre.

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Amygdale, 11/11/2009 [Bidons et autres contenants]

Notre tout dernier Fascicule du FAS, 10e de sa lignée. Nouveau look, nouvelle formule, même combat pour un quotidien délirant!Couverture10

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Amygdale, 02/11/2009 [Mourir au Canada]

:) my sity is not far from Moscow.In USSR times,my sity was a close city(military),because this is a lot of military factory

- Dmitriy Boytsov

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