L’autre jour, j’étais dans une maison des Laurentides qui a ceci de déprimant qu’il faut parfois la quitter pour aller ailleurs.
Je ne crois pas au paradis, mais si j’avais à écrire une comédie musicale (genre la nouvelle version des Filles de Caleb dont j’ai commandé des billets pour – wait for it – absolument jamais), je choisirais ce set-up parce que c’est juste cute. Il y a des cèdres et des pins et des bourgeons et de la neige qui refuse de fondre et un marécage qui suinte et sent mauvais et un arbre bossu et une branche cassée que j’aime bien.
Parfaitement satisfait, assis sur une chaise de bois et baignant dans un soleil printannier jaune tirant sur le gris, je lisais le magazine American Scientist – ce qui en dit juste assez sur mon passé de nerd. Je parcourais mollement un article portant sur des serpents à tentacules qui attrapent leurs proies en les piégeant solide, un dossier faisant état des nouvelles découvertes en mathématiques sur la limite de Planck (je n’en pouvais plus d’attendre) et un papier sur le dégèlement de quelque chose d’important dû au méthane. Tout cela était bel et bon.
Mais soudain – au moment où je me demandais si le monde était vraiment aussi beau ou si c’était juste une question de lunettes de soleil – une voiture se pointe.
Il faut comprendre que la maison est située au bout d’un cul-de-sac qui est rarement emprunté et donc la survenance d’un véhicule non-désiré était bizarre. La voiture était sobre, peut-être louée. En descend un homme de petite taille, trapu jusqu’aux mollets et habillé somme toute assez casual pour un témoin de Jéhovah. Car, oui, j’avais devant moi le premier et peut-être le dernier TDJ à s’aventurer dans ce nid de païens qu’est le rang Brière.
Avais-je mentionné que j’étais superbement ivre? Ben quoi!? Avec cette superbe bouteille de Barollo à 26 piasses que je m’étais payée, j’allais faire quoi : attendre de la compagnie qui viendrait me la piquer par ce beau matin d’avril? Je ne pense pas non.
Le TDJ, tout sourir, le regard plein de certitudes bien classées s’approche et dit :
- Oulalalala, c’est un beau spot que vous avez là!
- Mets-en ! En plus ce qui a de bien, c’est que la plupart du temps personne ne vient nous déranger.
- Je ne vous dérangerai pas longtemps, c’est juste qu’il y a une promotion.
- Une promotion? dis-je espérant idiotement que ce soit une promotion sur des verres à vin (je venais d’en casser un). Une promotion sur quoi, la vie éternelle? Les transfusions non-utilisées?
- Je vois que j’ai affaire : à quelqu’un qui a l’esprit pratique.
Tout en parlant, il s’était approché à environ 45 pieds de l’endroit où je me trouvais. Je lui laissais jusqu’à 25 pieds avant d’intervenir physiquement. Peu importe l’équipement sportif à utiliser.
- Faut vraiment qu’on se parle, a-t-il continué.
- M’étonnerais.
- Non, non, faut vraiment qu’on se parle. Qu’est-ce que vous pensez qu’il arrive après la mort?
- La mienne ou la vôtre?
- La mienne, la vôtre, la nôtre à tous…. hahaha !
- Quelqu’un te trouve, appelle quelqu’un d’autre qui appelle ta famille, les gens sont tristes et écrivent des mots tristes comme : (, on doit signer des papiers et payer des dollars et, finalement, quelqu’un est pogné pour aller retourner tes vides?
- Euh… Oui, mais après, qu’est-ce qui se passe?
- Le hockey recommence?
Le TDJ commençait à voir à mon attitude que j’étais non seulement une cause perdue, une âme en peine, une brebis égarée, etc., mais que mon non-verbal pouvait lui câlisser une volée à tout moment. Il reculait vers son auto.
- Écoutez, je peux vous laisser des pamphlets et repasser parce qu’il faut vraiment qu’on se parle !
Avant que je puisse répondre – « non » ou « fuck off » ou quelque chose du genre – je comprends que mon TDJ est accompagné de trois autres adeptes qui se sont répartis les maisons du rang et qui reviennent – j’imagine bredouilles – vers l’auto. Le problème – ou plutôt leur problème – c’est que, rendu au cul-de-sac, le chemin fait une brève et abrupte montée qui, en ce dégel printannier, s’était changée en une rigolote rigole de bouette. Les trois autres TDJs luttaient et patinaient dans la bouetterie dans leurs beaux habits, spectacle plus agréable encore que quelqu’un qui finit d’utiliser une perceuse.
Des souliers propres sont devenus sales et ce qui pouvait arriver – je l’espérais du fond du coeur - arriva : deux d’entres eux perdirent pied et glissèrent dans le rang de boue froide et collante vers le bas de la côte. Je ne sais pas s’ils avaient répété ou quelque chose, mais la chorégraphie était parfaite : l’un perd l’équilibre et tente de s’accrocher à l’autre qui perd l’équilibre et s’affale. On aurait dit du Dave St-Pierre mais avec vachement moins de pathos.
Voyant cela, mon TDJ, celui qui était au sec, près de l’auto, regarda la scène un instant, puis, à mon grand étonnement, se retourna vers moi qui riais, sortit nonchalamment une clope de la poche intérieure de veston (ils ont le droit de fumer?), l’alluma avec ce qui me sembla être un briquet à BBQ, puis, parfaitement imperméable aux appels à l’aide de ces accolytes, souffla la fumée en petits ronds, me sourit avec complicité et me dit :
- Ouain, c’est vraiment un beau spot que vous avez là. Je suis content d’être venu.
Sérieux, il a failli accepter le verre de Barollo que je lui proposais.
Quand je l’ai finalement vu – avec cette ridicule région de la rétine qui imprime les choses situées en périphérie de l’action, comme les accidents de mobylettes impliquant des drag-queens ou les rebords de couchers de soleil – j’ai su que c’était vraiment un vendeur de chars.
Mais clairement façon nouvelle génération. The New and Improved Shit. La bédaine et la moustache? Gone. L’air fourreur et le regard crosseur? Vanished.
Il était mince, bronzé, en forme et, évidemment, hautement insupportable. Sa chemise entrouverte laissait deviner l’absence calculée de poils chestaires, de même qu’un très original collier de billes de bois. J’allais très vite apprendre, sans le demander, que cet homme vaguement chauve (mais qui s’assume), s’entraînait pour le Iron Man – c’est-à-dire un hobby de Forest Gumps sur le crack permettant d’avoir toujours une excuse sous la main pour expliquer ses courbatures et ses après-midi passés en short serrées à courir (nager, bécycler) vers nulle part.
Il avait le regard presque honnête et affichait les façons d’un père 2.0 – i.e. qui écoute avec ouverture les demandes de ses enfants avant de leur crisser une volée légale. Son prénom m’avait donné une idée de son âge – entre 45 et 55 ans – et ses bas remontés haut, de même que ses diplômes de masso-naturopathe acupuncteur/chiro/philothérapeute, m’avaient convaincu que j’avais affaire ici à quelqu’un qui pensait avoir de la personalité.
Ç’a allait se révéler être terriblement pas le cas.
** Il est important de dire à ce stade que toute cette non-aventure se déroulait à Laval. Et pas dans cette belle partie où le métro n’a pas peur d’aller.
Les chars que Stéphane – ou plutôt Stéfane, comme si cela changeait quoi que soit – souhaitait vendre étaient disposés dans un endroit que l’on doit, parce qu’il n’y pas d’autre mot, qualifier de garage. Mais cet endroit, en tant que garage, était beaucoup trop petit pour les ambitions de son propriétaire. Ce qui faisait qu’il était rempli à rabord de chars à vendre – au moins 20 – stationnés dans un endroit qui aurait pu en contenir relaxe 6 ou 7. Un esprit adroit – genre Gary Kasparov ou Paul Auster – eût pu en parquer 10 ou 12, sans se forcer. D’autres plus maladroits – genre Mel Gibson ou Lindsay Lohan – auraient clairement pris soin de bien mélanger les couleurs.
Les 20 chars en questions se trouvaient tous dans une pièce vraiment trop propre pour un garage, à l’arrière d’un bureau vraiment trop sale pour un bureau. Chaque véhicule était situé à moins de 9 cm de son voisin, dans un configuration somme toute remarquable et presque belle mais, disons, loin d’être aérée. N’importe quel mathématicien ou rainmen (au pluriel) auraient tout de suite compris que ces voitures (de marques par ailleurs célèbres) étaient disposées dans l’unique et seule configuration possible dans l’espace disponible. En effet, pour rentrer plus de putains de chars dans un espace aussi restreint – sans évidemment les empiler les uns par dessus les autres, ce qui aurait été de la tricherie vraiment magnifique à voir – il aurait fallu penser en quatre ou cinq dimensions. Mais, pour Stéfane, le temps manquait pour réfléchir à tout ça et, de tout façon, il y avait du roulement.
Le potentiel d’amusement ne m’avait pas flaché à mon arrivée dans le garage gigantesquement petit, mais après un certain temps à regarder ces autos cordées comme si elles étaient des bas dans le tiroir d’un comptable, celui-ci me sauta au yeux et je dis :
- Celle-là, dis-je en pointant l’auto la plus près de la porte du bureau et donc la plus loin de la porte du garage située à l’autre bout complètement, on peut-tu l’essayer?
- Pas de problème, dit Stéfane en n’hésitant pas plus que 42 centièmes de seconde.
Il alla donc chercher un porte-clés (le genre fait pour les contrôler tous) et, à distance, ouvrit la porte du garage, au loin.
Ce qui s’en suivit fut simplement grandiose. Stéfane entreprit de sortir, l’une après l’autre, les 19 voitures qui bloquaient la voie de celle que nous voulions tester. De haut, ç’a aurait eu l’air d’un jeu pour iPod qui consiste à résoudre un casse-tête très simple. Mais dans les faits, il fallait sortir la première assez loin sur la rue (genre pas mal loin), revenir à la course chercher la 2e et ainsi de suite x 19. Cela lui prit 37 minutes (j’ai compté).
Comme il fallait s’y attendre (mais Stéfane ne s’y attendait pas), après que celle que nous voulions fut libre et à l’extérieur, je dis :
- Chérie, es-tu sûre de la couleur. Me semble que ça ne nous ressemble pas. Qu’en penses-tu?
- Ouain, c’est un peu trop beige pour nous.
- Et les autres?
- Bien trop chères.
- En tous cas, merci Stéfane pour ton temps. On reste en contact.
Bref, on a adoré Laval.
Maintenant, j’aime ce qui est agréable.
Avant, plus jeune, je détestais l’agréable et vénérait l’inconfort. Je choisissais toujours le moins bon choix à la cafétéria, le pire emplacement au camping (celui sur le bord des containers ou des Ontariens), les gens les plus tarés et désagréables comme amis, les lectures les plus ardues, les cours les plus impopulaires, les filles les plus grosses, les sentiers les moins battus. Comme si j’avais peur d’être pris pour un lâche. Comme si je croyais qu’on allait me juger sévèrement si je posais mon cul sur des coussins plutôt que sur un lit de clous acérés par quelque vieil homme participant à un programme de réinsertion sadique. J’avais moi-même peu de respect pour ceux qui se complaisaient dans la facilité, ceux qui avaient l’air climatisé ou des bancs en cuir, ceux qui avaient des femmes de ménage (pluriel), des râpes à fromage électriques et une télé dans la salle de bains, ceux qui se vantaient d’avoir une option politique et une paire de patins de rechange. Ceux que j’appelais, à la cantonade – comme un rugissant écho de l’air du temps – les Petits-Bourgeois.
Et puis, sans nécessairement m’assagir (je n’ai jamais vraiment pas été sage), j’ai comme intériorisé ma colère juvénile et décidé que des coussins et un lave-vaisselle n’étaient somme toute pas logiquement incompatibles avec l’enragement. Qu’on me juge sur mes choix.
C’est sur ce chemin que j’ai découvert l’agréable et en particulier ce moment que je me paye, soir après soir, qui consiste à m’asseoir sur mon balcon (lequel fait face à l’ouest-nord-ouest), vers 17h, pour y lire quelques pages d’un excellent bouquin que je fais semblant de lire, une bière ou un verre de lait à la main, en regardant le soleil estival terminer sa course derrière l’église Saint-Esprit (Masson et 5e). Cheesy, je sais. Mais c’est rudement bon pour le tan et parfait contre le suicide.
Aussi, mon agrément s’en est-il ressenti l’autre jour, lorsque, prenant place sur ma chaise face au soleil couchant, j’entendis force bourdonnement et vis, à 2 m de moi, un essaim de guêpes comportant à vue de nez une quarantaine d’individuses. Elles tournaient autour de mon BBQ, entrant et sortant par les interstices et maintenant que j’étais là, elles s’intéressaient désormais à moi comme une prof de première année s’intéresse à ce monsieur qui flash sa graine à travers la clôture de la cour de récré.
Qu’on me permette de digresser. Il faut comprendre que, plus jeune – pendant cette phase de recherche d’inconfort décrite plus haut – j’avais l’habitude de « tester », souvent à l’aide d’un bâton que je croyais assez long, le comportement des guêpes lorsqu’il m’arrivait de croiser un nid. Cet élan scientifique a abruptement pris fin lorsqu’un jour, je devais avoir 8 ou 9 ans, les guêpes se sont décidées à me montrer qu’un million d’années d’évolution, ça fait du venin très efficace, surtout lorsque la piqûre est en réalité quinze piqûres. Pas de sommeil pendant 2 jours à cause de la douleur. De cet épisode est née, non pas une phobie des guêpes, mais disons une conscience accrue de leur pouvoir de persuasion.
Aussi, laissant rapidement tomber mon plan bière/lecture/vitamine D, je me décidai à entrer dans la maison par la porte la plus proche. Déjà trois guêpes avaient réussi à se faufiler avec moi et l’une réfléchissait à l’existence posée sur ma main. En analysant la situation froidement, je me dis ceci : ok, elles sont plus nombreuses et ont bénéficié de l’effet de surprise; par contre, elles sont regroupées dans un BBQ, ce qui, de mémoire de guêpe, n’a jamais été autre chose qu’une lose-lose situation.
Ça va chauffer pour vous, mes jolies. Un problème se posait en outre : la bombonne de propane se trouvait de l’autre côté du BBQ, opposé à la porte et l’allumeur, comme tout allumeur qui se respecte, ne marchait plus. Il fallait donc que je passe devant le BBQ, ouvre le gaz, ouvre le couvercle, craque une alumette, la jette dans le BBQ et re-rentre dans la maison pour me protéger. Tout cela sans attirer l’attention de ces insectes charognards.
Que faire? Les distraire en siflottant « Ne me pique pas » ? Regarder ailleurs comme si de rien n’était? Utiliser un stunt-double? Finalement, je décidai de me vêtir adéquatement de vêtements longs : des pantalons d’entraînement bien calés dans mes bas rouges, des gants de construction sous mes manches longues, mon hoody mauve, un cache-cou, mes goggles de ski et mes bottes hautes (celles qui me donnent l’air d’une poutre).
J’ai fait un pas à l’extérieur, armé d’une boîte d’alumettes et les guêpes ont tout de suite chargé. C’est lettes des guêpes, il faut se le dire. Elles volent tout croches, font un bruit de marde et sentent mauvais. Elles sont comme l’homme saoûl de la famille des insectes (non, je ne sais pas si les insectes sont à proprement parler une « famille », mais please wikifuck-off!).
Elles me bourdonnaient dessus et une a même failli entrer dans mon cache-cou, la vlimeuse. Mais vaille que vaille, je me suis approché, j’ai ouvert le couvercle – wow, il y en avait plein là-dedans, grouillantes et surprises – et j’ai parti le gaz. Sérieusement, je ne savais pas que les guêpes n’aimaient pas le propane à ce point-là. J’aime bien ça le propane moi. Du moins en petite quantité. Pour une occasion spéciale. Mettons un party à Iqaluit. Mais les guêpes, ça ne leur plaisait visiblement pas puisqu’elles ont comme qui dirait décalissé en rangs serrés, frôlant mon visage et fonçant dans mes goggles. J’ai parti le feu et j’ai burné les retardataires, au grand plaisir de mon sadique intérieur (celui qui deviendra un vieux monsieur qui aiguise des clous, pour ceux qui suivent).
Sur ce, ça sonne à la porte. Purolator, je vois son truck brun du balcon. Je me dis que ça serait drôle d’aller répondre habillé comme ça, genre extra-terrestre ne comprenant pas les saisons ni les sports sur Terre. J’ouvre la porte et, c’est pas le monsieur de Purolator, c’est mon voisin d’en bas qui me regarde avec un drôle d’air et l’oeil droit tout enflé.
« T’as-tu des guêpes chez vous? »
Pas fort sur l’observation le voisin.
« Non-non, je m’en allais m’entraîner… » répondis-je en remettant mes goggles.
Ce n’est pas sans une forme de tristesse larvée que nous constatons que Zepoulpe – auteur autrefois prolifique, sans cesse mécontent et ridiculement poilu – est en quelque sorte devenu moins qu’une ombre, une espèce de poussière d’esprit, un auteur résolument absent et singulièrement muet lors de ces derniers mois, voire même de ces dernières semaines.
Ce n’est sûrement pas sans un soupçon légitime que les milliers d’autres auteurs du FAS ont continué la lutte, croyant peut-être que Zepoulpe avait abdiqué ou, subjugué par les spectaculaires résultats que l’on sait et les généreuses quoique louches subsides, était pour ainsi dire parti en taxi vers le Sud, à la rencontre de Julia Kristeva, de l’Empire Kraft, voire de l’amour – aventure stupide s’il en est une.
D’aucuns auront cru que Zepoulpe – suivant en cela la tradition des gouverneurs romains dans Astérix – a utilisé ses dividendes pour fomenter un complot contre le FAS, voire même contre la stupidité elle-même (finançant quelque groupe rival – le FUS ou le FOS) – sans égard à la tradition stupide et persistante du Front qui l’a pourtant vu naître.
Mais les faits sont demeurés et la réalité est si sotte…
Zepoulpe a peut-être simplement fait faillite ! Peut-être a-t-il dû abdiquer, en espèces sonnantes, tous ses projets obtus et intellectuellement creux; toutes ses tentatives pour repousser le vol du boomerang dans le but d’en permettre le mouvement perpétuel; tous ses désirs d’un autre siècle (pas le dernier, pas l’autre, l’autre) de possession d’un fief; toutes ses tentatives pour ouvrir sur Sainte-Catherine soit : un stand à hot-dogs, un bordel, un stand de tir, une chambre anéchoïque, un refuge pour abeilles, une pesée pour gros ou un kiosque de dopage pour cyclistes urbains.
Zepoulpe a peut-être déjà (ou enfin) les pieds pris dans un socle de ciment ? Peut-être qu’au moment même où l’on se murmure des inepties à l’oreille et où l’on se sussure des cochonneries clownesques comme pick-up lines, du genre « Salut, est-ce que tu ne penses pas que ce linge-là sent un peu le chloroforme ? », Zepoulpe se meure et tente de respirer à travers une couple de pouces de caoutchouc ou une couple de martinis ?
Les auteurs du FAS ont-ils seulement cessé d’aimer la vie comme un jour la girafe a cessé d’aimer la courteur ? L’absence n’est-elle pas comme le silence, d’or ?
Ce sont des questions qui méritent réflexion. Et quoi de mieux pour la réflexion que le Laboratoire de Métaphysique Expérimentale ?
Je vous le demande.
Je vous ai manqué?
Poufiasse, lors d’une entrée récente, s’interrogeait sur le temps nécessaire à laisser passer avant de pouvoir (de nouveau) faire des blagues sur Haïti. Ma réponse était claire : 6 semaines (voir mon commentaire ici). Mais comme je sais que l’attente est, en soi, vachement terrible, voici un gag incroyablement cosmopolite que j’ai inventé (ou qui m’a été conté, who cares ?) :
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C’est un Chinois et un Juif qui se parlent pour la première fois. Le Juif demande au Chinois :
- Tu t’appelles comment?
- Chen.
- Ouain, mais en tout cas, moi je vous ai jamais pardonné à vous autres les Coréens pour avoir bombardé Pearl Harbor.
- Euh… d’abord je ne suis pas Coréen, je suis Chinois et deuxièmement ce ne sont pas les Coréens mais les Japonais qui ont bombardé Pearl Harbor.
- Ouais-ouais… Chinois, Japonais, Coréens, de toute façon c’est toutte pareil…
- (après une pause) Moi je n’ai jamais pardonné aux Juifs d’avoir coulé le Titanic.
- Quoi!?! Mais c’est un iceberg qui a coulé le Titanic!
- Goldberg, Steinberg, Iceberg, de toute façon c’est toutte pareil…
J’ai assisté à la lente translation de mon prof de bio depuis l’esprit scientifique vers l’homéopathie. Translation douloureuse qui remettait en question sa sanité, sa foi en les nombres et son amour des éléments nobles du tableau périodique. Devant les objections faites grâce aux principes qu’il nous avait lui-même inculqués un peu plus tôt dans l’année, il répondait toujours la même chose « oui, mais ça marche avec les vaches! »
Mon prof de physique se disait neuro-diabétique. Il se vantait de ne pas ressentir la douleur dans ses cuisses. Se servant du matériel fourni par l’école, il se brûlait souvent, au fond de la classe, pendant les périodes d’exercices, sous les regards admiratifs des garçons réunis en conclave pendant que les filles travaillaient sur l’examen prochain, avec des pinces de métal chauffées à blanc, jusqu’à ce qu’une légère fumée nauséabonde de chair grillée se répande de la pièce.
Ma professeure d’atelier, de violon, de chant et d’arts plastiques avait une 13e passion : l’astronomie. En 1986, lors de l’éclipse de soleil, elle me donna une vitre qui me permettrait de regarder l’éclipse et d’établir, dès mes 7 ans, ma réputation de geek. Pendant l’éclipse, un exhibitionniste pénétra dans notre classe de mathématique et, dans la pénombre, nous avons tous aperçu son machin avant que le prof lui foutte une astique de volée, toujours dans la pénombre.
En secondaire 4, le responsable de pastorale et les profs de religion venaient faire du maraudage dans les classes de morale, histoire qu’on s’incrive en religion en secondaire 5, dernière année avant l’apocalypse. On a sauté sur l’occasion et on a profité de la crédulité de ces gens pour leur proposer un deal : on se met à cinq personnes, on est libéré de tous nos cours de religion pendant l’année et on vous fait une belle grosse recherche sur les cinq grandes religions (C*, J*, B*, I* et H*). On a donc eu tous nos cours libres où on allait fumer des joints dans les cubicules du département de musique et on a pondu un beau travail qui nous a pris une fin de semaine à faire. Je n’ai jamais cru en dieu, mais c’est à ce moment-là que j’en ai été le plus proche.
Un jour, un chien m’a jappé dessus et pendant 5 ans, j’ai fait le tour par une autre rue pour l’éviter même si on m’avait dit qu’il était mort.
Un jour, à onze ans, j’ai gagné tout seul à le revanche, mais en fait, j’avais perdu. J’ai pris ma revanche.
Quand j’avais neuf ans, je pensais que j’étais sourd. J’ai dit à mes parents que j’étais sourd et, devant le médecin, j’ai répété que j’étais sourd. Le pédiatre (un certain Dr P*), m’a regardé dans les yeux et m’a crié dans les oreilles que je n’étais pas sourd pentoute.
En secondaire 1, mon prof d’écologie refusait que les étudiants portent des vêtements roses. Si tu portais du rose, tu étais immédiatement exclus de la classe, sans possibilité d’appel. Un jour, on s’est organisés et les 36 étudiants, on portait un kangourou rose. Il avait fait la classe pareil. Plus tard, après le cours, alors qu’il refermait la porte de la classe en la prenant par la penture, quelqu’un (K*L* pour ne pas le nommer) la claqua violemment et le doigt du prof tomba, sectionné. Je l’ai revu 12 ans plus tard, il était aumonier à l’hôpital M*R*. Il m’a reconnu et a fui avec ses neuf doigts parce qu’une rumeur avait circulé comme quoi c’était moi qui avait claqué la porte.
Mon prof de chimie détenait un post-doctorat et chime nucléaire et travaillait part-time à Gentilly. Le problème, c’est qu’il était aussi atteint d’une terrible maladie de peau qui allait, on trouvait, toujours en s’empirant. 2+2 = 4.
Je ne suis jamais allé à mon party de retrouvailles parce que j’ai toujours pensé que quelques mois, c’est trop peu pour mettre de l’ordre dans ta vie.
FAS vaincra !
C’était valonneux.
Un vallon, on pourrait dire que ce n’est rien d’autre qu’un long trou entouré de montagnes, mais ce serait mal connaître la susceptibilité des gens de la région de Thetford Mines lorsqu’on parle de trous…
La mine, ce n’est pas franchement ce qui est impressionnant : ça, c’est un gros trou sans ambition. Ce qui l’est par contre, ce sont les immenses tas de roches sortis au cours du dernier siècle de pelletage et qui jonchent la région à la manière de mastodontes inanimés. Une pelletée pour un lingot.
Mais Saint-Pierre-de-Brougthon, où on s’est réunis pour une festivité champêtre, n’est pas un trou. Non. C’est un beau petit village de 800 habitants, sis au fond d’un vau et peuplé de gens sympathiques dont certains sont presque ouverts d’esprit.
C’est dans cet environnement bucolique que nous prîmes pied, un jour de septembre pour y rencontrer de la boisson et des gigots que je m’apprêtais à faire en méchoui. SPDB est situé quelque part dans Chaudière-Appalaches, entre la Beauce et la région de Thetford.
Lorsque je me suis enquéris auprès de la caissière du dépanneur pour savoir si on était bel et bien en Beauce, elle s’est arrêtée de vendre des gratteux une seconde, s’est retournée vers moi et m’a dit d’un drôle d’air : « Ça, personne ne le sait…. » (En fait, elle a plutôt dit quelque chose comme « Chat, parchone le chavent », mais on se comprenait moi pis elle.) Ensuite, elle a rajouté : « Moi, si j’étais vous, je ne poserais pas trop cette question-là aux alentours… » (Moiche, chi ch’tais toé, je chierais pas trop dans ces champs-là »).
Reprenant nos denrées et poursuivant notre chemin, nous rencontrâmes deux vieillards qui discutaient :
- Ouais ben, je peux-tu dire qu’on a pris une sacrée rince hier soir?
- Mets-en !
- Entre toi pis moi, je me suis réveillé à matin pis QUELQU’UN avait chié dans mes culottes !
- Ça, ça se fait pas.
- Je peux pas te dire qui c’était, sauf qu’il aimait vraiment le maïs.
On a finalement pas posé la question et continué notre chemin.
Une amie, fort cultivée et intéressante – comme il en faut dans un chalet conçu pour recevoir un maximum de sept personnes lorsqu’on est treize, – tomba sur un recueil de poèmes de Rimbaud. S’exclammant bruyamment toute seule dans le noir d’un salon attenant, nous la priâmes de venir partager avec le groupe le résultat de ses lectures. Elle entreprit donc de nous lire Le sonnet du trou du cul de Roger Rimbaud (ou était-ce Kevin?). Ça donnait ceci :
Obscur et froncé comme un oeillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d’amour qui suit la pente douce
Des fesses blanches jusqu’au bord de son ourlet.
Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous l’autan cruel qui les repousse,
À travers de petits caillots de marne rousse,
Pour s’en aller où la pente les appelait.
Ma bouche s’accoupla souvent à sa ventouse ;
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.
C’est l’olive pâmée, et la flûte caline ;
C’est le tube où descend la céleste praline :
Chanaan féminin dans les moiteurs éclos !
Charmés devant tant de magie, nous soupâmes en paix en méditant la profondeur des mots de ce grand homme.
Ah oui ! Les gigots étaient parfaits.
L’environ était à première vue assez décevant. Quelques maisons revêtues de clabord beige, des jardinières ronflantes, des chalets agglutinés, des pins plantés trop près les uns des autres et qui, en poussant, avaient dû jouer du coude pour pogner de la lumière; côté grands singes, on apercevait des enfants (BEAUCOUP d’enfants) et des Ontariens qui croyaient sincèrement (nous allions l’apprendre plus tard) que les festivités de Canada Day ont une importance symbolique réelle dans le canadian-state-of-mind.
Pourtant, au loin, il y avait du potentiel : un lac formait un large bras qui entourait l’isthme sur lequel on avait construit le domaine. Ce lac était connecté à un autre lac par une petite rivière, puis à un autre lac, etc., et l’ensemble permettait d’anticiper une certaine forme de rêverie champêtre. N’eût été des crisses de mouches à chevreuil (pique-moi pis décalisse viarge!), on aurait presque pu parler d’un environnement charmant propice aux lamartinages.
C’est au moment où je m’avançais vers ce semi-éden (mais sans personne assez à l’aise avec sa nudité pour défier Dieu), conduisant la voiture de ma belle-mère, que j’eus souvenance d’un adage cité par un ami, fan de feu Trank Spiroberg : « Quand c’est si beau si jeune, ça peut juste aller vers plus lette en vieillissant ».
Et en effet, un événement d’une grande laideur s’en allait survenir juste là-là.
Les bureaux de la réception étaient mal indiqués et nous dûmes nous stationner dans un endroit interdit aux civils et strictement réservé aux employés. Au feeling, il ne me semblait pas que le taux de criminalité soit très élevé à St-Émile (population : 126) et je me dis que le nombre de membres bedonnants et inefficaces de la SQ et le nombre de remorqueuses devaient être à l’avenant. Personnellement, j’allais rapidement découvrir que pas pentoute; collectivement, nous allions l’apprendre plus tard…
La jeune fille de la réception – une beauté lacustre de 21 ans avec des belles fesses et une attitude genre « c’est moi qui dit à Dieu de ramasser ses bas sales » – nous expliqua tout ce qu’il fallait savoir sur St-Émile-de-Suffolk (ça tenait sur le recto d’un feuillet noir et blanc) et nous informa sur les attractions du camp familial. Nous apprîmes ainsi que des dizaines de sports étaient physiquement à portée de main : kayak, pétanque, tennis, canot, badminton, volleyball, basketball, vélo, shuffleboard (!), natation, freese-bee, etc.
Elle en était à nous dire l’heure des repas (bordel, QUI soupe entre 17h30 et 18h30 à l’extérieur d’un centre hospitalier!??) quand nous vîmes passer le véhicule rouge dans lequel nous arrivâmes (et qui appartient toujours à ma belle-mère), rempli de tous nos bagages; le véhicule en question était curieusement monté sur une remorqueuse de fortune, genre de tracteur rouge-hémorroïde avec un treuil qui semblait s’en aller vers autre part dans un nuage de fumée bleue et nauséabonde.
N’écoutant que mon impolitesse, j’interrompis la fille lacustre et me précipitai dehors pour stopper la manœuvre. Mais trop tard ! Un gros con, parfaitement sûr de lui, s’en allait sans s’arrêter, même si je rattrapais son putain de tracteur en joggant ! Même en lui criant que mon insuline était dans la voiture, bien rangée en compagnie de mon défibrillateur, de ma seringue d’épinéphrine, de mes retro-viraux, de mes médicaments contre la pression, de mon ventolin, de ma pompe à dick et de mes boules chinoises, rien n’y fit et l’insensible continua son pout-pout de chemin.
Mothafucka…
Je revins vers la réception dans un état psychologique qui ressemble à celui dans lequel je me trouve quand je lis les commentaires donnés à ma vidéo sur FAS-rencontre.
La jeune fille lacustre, tentant probablement de dédramatiser la situation, projeta de nous rassurer en nous affirmant que « Bob est toujours comme ça avec les étrangers qui tentent de contourner les réglements… » Peu enclins à croire cette jeune plotte de campagne, et surtout peu enclins à rester dans nos suits de voyage (dans mon cas, un super one-piece en coton ouaté beige : conçu pour une femme sur le BS, mais assez fort pour un homme comme Zepoulpe !), nous nous informâmes du lieu pour trouver le Bob en question.
« Il reste pas loin, une couple de milles vers Namur, 6 ou 7 max. »
« Ok, mais comment on fait pour aller à Namur avec pas de char? »
« Hihohi! C’est vrai, on vient de vous le tower ! »
« C’est ça oui. »
« Le mieux, c’est de demander à Bob de vous emmener. »
« Bob, c’est pas celui qui vient de nous tower? »
« Ouain pis? »
« … »
« Il revient quand Bob qu’on y jase sérieux? »
« Dès qu’il aura démonté votre char. »
« Quand tu dis démonter, tu parles de le descendre par terre ou de le démonter pour vendre les pièces? »
« Euhhhh… »
« Laisse faire. »
… J’attendais moi-même la suite (que nous allions apprendre plus tard) …
En lisant Histoire d’UTÉRUS de la grosse, je n’ai pu m’empêcher de passer en revue ma longue feuille de route de consultations médicales. J’ai alors moi aussi pris conscience que je me suis souvent fait complimenter par des médecins pour des qualités que, franchement, je ne soupçonnais pas et dont je me passerais presque.
Ça a donné lieu à des phrases à la limite du hors-jeu :
« Wow, vous avez vraiment une vessie de jeune homme! »
« Avec une prostate de même, vous n’avez pas à vous plaindre mon cher. »
« Votre taux de bilirubine est tout ce qui a de plus charmant. »
« Mon bon Monsieur, votre circulation sanguine ferait pâlir d’envie l’Amazone. »
Etc…
Mais le plus gênant, c’est quand votre cas devient l’objet d’un intérêt de la part de la communauté scientifique. Les médecins deviennent alors complètement excités, commencent à bavasser auprès des collègues et finissent immanquablement par se présenter à votre chambre en banc serré de 8 ou 9 résidents, armés de clip-boards et de stéthoscopes non-utilisés. Bandés durs sous leurs sarraus, ils mouillent juste à l’idée de tomber sur LE pustule qui les rendra célèbres, LE syndrome qui portera leur nom.
C’est seulement dans ces moments-là que tu peux vraiment te rendre compte que ton individualité est un accessoire dans cette belle marche vers le progrès. Ta vie intérieure (celle que d’autres ont appelé la conscience) joue au mieux le rôle de faire-valoir de ta verrue, de straight-man de ton infection urinaire, de troisième roue dans la date entre la science et ton insuffisance cardiaque…
Mais le pire, c’est qu’on accepte toujours de bon coeur de se faire tripoter par des inconnus. En y repensant, j’aurais aimé être assez vite pour répondre quelque chose comme :
« Fuck you doc, je ne crois pas à ça le progrès. »
« Je te montre le mien à condition que tu me montres les tiens. »
« Si tu veux voir, c’est 20$, mais pour toucher, c’est 40$ »
J’ai quasiment hâte d’être malade presque.
…
La famille des courges,
avec les mouches en quadrille,
se plaît à en découdre
et à partir en vrille.
…
Les galets du chemin,
tournent toujours le dos,
à ce qui les à vu naître,
à ce qui les garde au chaud.
…
Les asperges se rassemblent,
au grand dam des lucioles,
qui se frottent le ventre,
mais préfèrent les fagots.
…
Les laitues cessent
immédiatement d’être belles,
à l’arrivée des tortues,
qui les prennent d’assaut.
…
Les tomates se gonflent et se font pansues,
dans l’unique but de se montrer plus grosses
que la citrouille ou la pomme ou du moins la voisine,
parce que, pour une tomate, être grosse c’est aussi être vue.
…
J’ai fait tellement de correction dans ma vie, c’est juste comme épeurant quand j’y pense. On pourrait argüer que je suis, somme toute, assez jeune. Mais malgré ma superbe, et si je m’astreins à compter mes heures, je me rends compte des semaines passées à corriger textes par-dessus textes, phrases par-dessus phrases.
Pour le travail, les loisirs ou les études (mais beaucoup pour le travail parce qu’en bout de ligne, je me retrouve avec plus de fric dans mes sweatpants), j’ai relu, reconsidéré, réécrit, retapé, refusé, restructuré et modifié des centaines de pages de manuscrits, de textes de promo, d’argumentaires, de communiqués de presse, de pseudo-romans, d’études bidon, de tentatives d’essai (putain qu’j'ai de l’esprit), de fausses BD, d’affiches, de mémoires de philosophie, d’articles de journaux, de sites internet et de lettres de congédiement.
Mais plus que toute autre chose, ce que j’ai été amené à corriger le plus, ce sont des recettes de cuisine. Beaucoup de recettes. Une brouette de recettes. Des recettes jusqu’au plafond, jusqu’à ce que mes doigts me fassent mal et que ma tête ait envie de se lancer vers un mur. Ce travail est ardu et et plus long qu’il n’y parait : on croirait à tort qu’il suffit de corriger les fautes d’orthographe et schnip-schnap-schnip, tout est fait. Mais on se tromperait. Lorsqu’il s’agit de corriger des recettes, disons-le franchement, il faut corriger les erreurs corrigées par d’autres correcteurs, lesquelles ont déjà fait l’objet d’une correction. Au départ, je fus troublé. Je ne savais pas – et dans mon contrat on n’en parle nulle part – que la correction produit des métastases. Que c’est une espèce de traînée de rouille qui mange le texte à chaque fois que quelqu’un touche au document avec ses doigts plein d’humidité.
Prenons l’exemple du dernier livre, un livre de cuisine italienne de 176 pages écrit en anglais mais traduit simultanément en français pour une parution dans les deux langues. La version anglaise est corrigée par J* qui trouve une quantité invraisemblable de fautes et d’incohérences dans la version originale fournie par l’auteur. Quand je dis invraisemblable, je parle ici de dizaines de fautes par page pour un total de plus de 500 (des fautes qui vont des « Oliv Oil », aux incohérences comme « Flavor » et « Flavour » dans la même page, aux décisions plus subtiles comme des coupures de mots mal faites). Pendant ce temps-là, A*D* traduit toutes les recettes en français à partir de la version originale anglaise (oui, avant la correction en anglais mais on n’avait pas le temps d’attendre). Au fur et à mesure que la traduction se fait, A* révise les versions traduites et envoie au graphiste les versions appelées versions 2. De la même façon, J* envoie au graphiste les versions anglaises révisées. Après le montage (on parle de 2 mois de travail), les documents sont révisés à nouveau. W* révise la version anglaise et trouve encore plus de 250 fautes! Le premier correcteur, J*, est un peu sermonné et se fait comme qui dirait montrer la porte, mais on se rend compte que le montage a lui-même entrainé des erreurs qui n’étaient pas présentes dans les documents word. Pendant ce temps, R* s’occupe de réviser la version 2 en français et trouve elle aussi une quantité démente de problèmes. Finalement, les versions 3 en anglais et en français sont relues par les patrons qui trouvent encore des centaines de problèmes…
Certes, le burn-out est proche et les plaies de chaise nous rongent le cul. Le goût de savourer le canon d’une arme à feu en vient presque à être une idée charmante. Mais, résilience oblige, on se dit que tout de même on avance, que c’est mieux que c’était au départ et qu’ils mangent donc tous de la marde les puristes francophiles!
Mais ce qui est le plus troublant dans cette expérience, c’est que je ne suis même pas si sûr qu’on avançait vraiment dans la bonne direction. Évidemment, les vraies erreurs ont pu être trouvées et corrigées. Mais après la version 2 dans les deux langues, les dernières modifications étaient bien souvent des questions de décisions éditoriales subjectives et la plupart du temps futiles. Par exemple : 1/4 tasse = 62,5 ml. C’est évidemment exclu de laisser ce nombre bâtard. Mais alors, arrondit-on à 60 ou 65? On s’entend que ça change rien à la recette parce qu’il s’agit d’huile d’olive, pas pas d’uranium 235. Mais une fois la décision prise, il faut s’assurer que les 1200 autres occurrences respectent cette convention. Et ceci est vrai pour toutes les conversions (1/3 tasse = 83,33 ml, 1 po = 2,5 cm, etc.) dans les deux langues !
Je me réveillais la nuit en sueur. J’avais l’impression de nettoyer une forêt de ses arbres tombés en sachant très bien que, même si ce sera mieux après mon passage, le temps que je finisse, d’autres arbres auraient eu le temps de retomber sur le chemin.
Aujourd’hui, à 15h, c’est terminé, les documents partent à l’impression. Je pense que je vais me mettre à la création d’une langue à la Julia Kristeva, dépourvue de voyelles et surtout de règles.
1 TSS = BHKBGRHH !
C’est vrai que j’ai dérangé quelques personnes. C’est aussi vrai que j’ai souvent dû donner des coups de boule, plus que je l’aurais voulu…
Et c’est vrai que les anciens Kommerads, j’ai dû les mater avec mes jointures. C’est vrai que les Irlandoches, j’ai dû les amincir avec mes paumes. C’est vrai que les Itale-riens, je leur ai solidement ramolli leur ardeur. C’est vrai que les Rusko-baves, j’ai dû leur faire comprendre qui est qui et quoi c’est quoi. C’est vrai que les Ukré-merdes, je les ai tempérés dans leur coin. C’est vrai que les Marseillouches, je les ai mis dans mes petits bas. C’est vrai que les Corée-trucs, j’ai dû en faire des confetti. C’est vrai que les Polonazes, je les ai réduis en poudre.
C’est vrai que les Hippies-poches, je leur ai transmis le goût du suicide. C’est vrai que les Punko-phages, je les ai niqués dans ce qu’ils avaient de plus précieux. C’est vrai que les Goth-ingras, je les ai ravallés au rang de sous-humains. C’est vrai que les Yuppissettes, je leur ai fait savoir que d’avoir des Air-miles ne faisait certainement pas d’eux des êtres humains. C’est vrai que les Anar-shit, j’ai dû leur dire que la société, c’était surtout devenu de la merde à cause d’eux.
Mais sinon, j’aime bien les gentils garçons…
L’autre jour, je jouais à un sport de raquette (non pas celle que ça prend de la neige pour, celle avec laquelle il faut frapper quelque chose avec). En sortant du vestiaire, musclé et suant, je m’aperçois qu’on m’a appelé sur ma nouvelle mûre et que j’ai 8 messages non-écoutés. Cinq des huit messages sont de ma voisine, une certaine J*D* avec laquelle j’ai envie d’avoir des contacts autant que j’ai envie d’avoir des verrues sur ma grai**…
Les messages sont ceux d’une personne paniquée qui a surpris un voleur sur le point de défoncer mon nid douillet. Elle m’appelle une fois pour me dire qu’il y a un voleur sur ma galerie, une fois pour me dire qu’il est parti, une fois pour me dire qu’elle a pris l’initiative d’appeler les flics, une fois pour me dire qu’elle était nerveuse sur son premier message et qu’il ne faut surtout pas que je m’inquiète, une fois pour me donner – finalement! – son putain de numéro de téléphone.
En l’appelant, je comprends l’histoire : un gars dans la vingtaine a tenté de briser la vitre de la porte arrière de chez nous, mais le bruit l’a avertie que quelque chose se passait. Sortant de chez elle, elle a entrepris de demander au mec s’il (et je cite) » était un ami de Zepoulpe? » Sur quoi le mec a répondu qu’en effet, il est bien un ami de ZP (big fucking surprise!) et qu’il a entendu lui aussi la vitre se briser et c’est pourquoi il est là.
J*, n’écoutant que son intelligence limitée et ses bonnes manières, est retournée chez elle sans n’y rien comprendre. Dix minutes plus tard, une pensée l’envahit qui faillit lui faire perdre l’équilibre : « et si c’était ce même gars le voleur?!!?? » Elle regarda par la fenêtre et, ne voyant rien, elle composa le 911 et demanda de l’aide. Les policiers arrivèrent et elle raconta son histoire.
Quand j’ai appris l’histoire et en voyant l’une des deux vitres de ma porte défoncée, je me suis décidé à aller la remercier pour avoir fait fuir le voleur. Elle m’ouvrit la porte la bouche pleine – ce qui ne surprit pas. Je l’ai remerciée en lui proposant, si la situation se reproduisait, de demander à un inconnu se trouvant sur mon balcon s’il était « un ami de Luc? » Si l’inconnu tombait dans le piège et répondait « oui! », de simplement hocher la tête, de rentrer chez elle et d’appeler les flics.
J’ai pris une pause pour lui laisser digérer l’information.
Mais j’ai rapidement vu que ma proposition ne serait pas appliquée lorsque son visage, cherchant une réponse, s’est douloureusement crispé sous l’effort. Comme je ne lui tendais aucune perche pour expliquer ce que je voulais dire, elle me dit, en fronçant les sourcils de manière baroque : « mais tu ne t’appelles même pas Luc !!!! »
Je suis retourné chez nous ramasser la vitre pétée en pensant que mon voisinage, malgré ses cafés et ses petits restos, restait extrêmement dangereux.
(Vu au Mousse-Café sur Beaubien, écrit sur un papier bleu-poudre en tout petit – genre 7 pts )
Bonjour,
Je suis à la recherche d’une femme qui pourrait devenir ma conjointe, mon amante ou ma partenaire de vie… dans le désordre ! Je souhaite qu’elle soit pas trop petite ni trop grande, qu’elle aime les randonnées (mais seulement dans les montagnes blanches), le sauvetage en mer, les poignées d’amour, les hommes de grande taille et proportionnellement répartis, les sorties au resto et qui déteste le cinéma. J’espère trouver cette perle dans ce monde de fous qui a élu S.Harper et G.Bush… J’aimerais qu’elle ait fait la paix avec son passé (surtout si elle s’est fait violer (sic!!!)) et qu’elle aime les animaux domestiques inhabituels. Je joue du piano. Je marche beaucoup dans les montagnes blanches. Je recherche une femme qui correspond à tous ces critères ou bien…. un homme. Je voudrais qu’il soit ouvert d’esprit, qu’il sache se taire et parfois commander pour moi au restaurant. Il doit aimer ses poignées d’amour et être de très bel (sic) apparence (proportionnel, plus grand que 4 pieds et demi) . Je joue du piano et je donne des cours aussi.
Si tu es celui que je cherche, écris-moi au *******@****.***
Hollywood (Alberta) – Qui a dit que la croyance populaire et « corrompue » selon laquelle la terre serait ronde (et légèrement aplatie aux pôles) était vraie? C’est du moins ce que remettent en doute les membres de la Flat-Earth Society.
Persuadés que la terre n’est pas ronde, mais plate avec une profondeur « d’au moins 9000 mètres », les théoriciens de la Flat-Earth Society affirment « déprogrammer les masses depuis 1547″. Basée en Alaska (une place proche du bord du disque), la FES s’oppose au modèle « Efimovich » selon lequel la terre serait ronde en avançant plusieurs arguments de type massue :
1) L’espace n’est pas majoritairement composé de vide, mais d’éther.
2) Une terre ronde aurait finie par ralentir sa rotation depuis le temps qu’elle tourne.
3) Si la terre était ronde, les choses dessus (humains, arbres, autos, etc.) se seraient depuis longtemps « envolées » à cause de la vitesse.
4) Imaginons deux êtres humains, l’un se tenant debout au pôle nord et l’autre au pôle sud (c’est frisquet dans les deux cas). Celui au pôle nord est « bien entendu » attiré par la gravité vers le pôle sud. Mais celui se tenant sur le pôle sud, hein? vers où est-il attiré? Kaboom ! Dans ta face théorie de la terre ronde !
5) Mais imaginons que les deux hommes sont en réalité attirés par le sol sous eux (par le centre d’une terre ronde), qu’arriverait-il si le premier voulait visiter le second? En descendant le long de la terre (!), il serait confronté à une gravité « différente » de celle du pôle sud et finirait par tomber « en haut ».
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Les arguments sont comme qui dirait, en béton. Aussi, l’Académie fasienne de la stupidité manifeste est fière de nommer les membres du FES candidats au grand prix de la Stupidité Interplanétaire Carabinée (sic)!
Depuis que j’ai pris ma retraite de la vie publique, je suis plusieurs fois par jour assailli par des questions loufoques. Combien d’années a vécu Milou? Comment fait-on pour entendre comment sonne une langue dont on comprend le sens des mots? Est-ce qu’un journaliste est physiquement capable de s’empêcher d’utiliser l’expression projet-pilote? Est-ce qu’un chevreuil, c’est en réalité une vache des forêts? Pourquoi met-on souvent les gens incompétents derrière un comptoir?
Mais ce qui, le plus souvent, anime mon esprit lors de mes balades en forêt (nu), c’est l’avenir du pétrole et, plus précisément, de son petit neveu : le plastique. D’abord parce que je brûle plus d’essence en campagne qu’en ville (ben quoi, ils ne livrent pas) et aussi parce que j’ai fait une couple de succulentes fondues old school avec du gaz à briquet, je m’interroge si on n’est pas en train de passer à côté de la vraie tragédie sur cette fin attendue des fossiles écrapoux. On parle en effet beaucoup de la fin du pétrole en termes de prix de l’essence, mais qui parle de la mort des chandelles? De l’épuisement de la vaseline? de la rupture finale des Tupperwares?
Les tupperwares !! Ce fleuron du capitalisme de salon, ce conquérant des cuisines unisexes, cet ami du restant de spaghatte et du dernier morceau de tiramisu, que lui arrivera-t-il? Devra-t-on aller pêcher directement dans le Continent de plastique (en vente dans toutes les bonnes librairies)? Et après quelques années de pénurie, ne risque-t-on pas d’assister à la Guerre du plastique? Certains pays, plus prévoyants, auront-ils envisagé le pire et fait des réserves de tupperwares de tous les formats? Et qu’envisager pour le Québec? Quel rôle jouera-t-il dans ce conflit?
Personnellement, j’estime qu’il serait dès à présent sage d’investir dans un élément qui, assurément, prendra de la valeur au fil de l’ère du post-brun : les couvercles. Imaginez que le Québec possède éventuellement le monopole total sur tous les types de couvercles de tupperwares (et dieu seul sait s’ils sont nombreux!), imaginez de ce fait la convoitise dont on serait l’objet: les pays se battraient pour qu’on leur vende le bon couvercle, les individus feraient la queue pour s’abonner à notre assurance-couvercle, les immigrants capoteraient sur notre voiture roulant au jus de couvercles…
La liberté politique passant par la consommation abusive de plastique aux formes diverses, c’est ça In stupidatis Veritas !
Extrait des Mémoires de moi-même par Julia Kristeva
Tome II, chapitre CCVII
(…) et c’est alors qu’à mon corps défendant, je m’aperçus que je ne pouvais en introduire que la moitié. L’intertextualité de l’objet était pourtant manifeste. Il en allait comme de la confiture donnée aux cochons : une scène réjouissante, mais qui n’en finissait plus d’être injuste. Un peu à la manière d’un train de bétail qui part vers l’abattoir – emportant avec lui rêves et misères, je me mis en position ferroviaire. Se faisant, je me sentis immédiatement moins nue devant le féminisme massificateur de son sexe. Tendue comme une corde (ou plutôt comme une théorie des cordes), son ventre me renvoyait une image tronquée qui, à la manière d’un pulsar double, accordait mon corps au rythme lent et ferme de ses poussées. Sous ses assauts, mes paumes glissaient sur le plancher, rapprochant toujours davantage le sol de mon visage.
Et ce sol, ce n’était pas n’importe lequel. Non.
C’était celui de plus en plus à gauche et de plus en plus sablonneux de la deuxième perle des Antilles : Cuba. Un paysage familier mais humiliant à la fois qui, à la manière d’une barbe fraîchement coupée, me renvoyait une image de moi-même certes plus jeune mais qui n’en venait pas moins de dégueulasser l’évier, lequel était maintenant irrémédiablement bouché.
Mon échec de l’an dernier rythmait encore mes pensées. Après des années d’incertitude, ma thérapie avec un psychanalyste bien connu (celui qui dut prendre une retraite précipitée à cause d’absurdes révélations de pratiques dégradantes lancées par les journaux de droite) m’avait permis d’envisager mon grand retour en cette terre toute-incluse. Un vent de changement soufflait sur mon entreprise et quand l’avion se posa sur le sol, je me sentis ragaillardie.
J’avais connu l’homme avec qui je m’unissais (tout en continuant d’écrire) la veille, après un souper au buffet du zirorte. La salle énorme où l’on affirmait pouvoir calmer ma faim avait eu la chance de me voir débarquer tôt en ses lieux.
Il s’appelait Maria-Ruiz et surveillait les plages la nuit malgré son diplôme de chirurgien cardiaque. Je m’étais approché pour admirer mon reflet dans les vagues nocturnes et il était là, fumant une cigarette et m’observant…
(…)
J’ai essayé d’écrire le commentaire qui suit à propos du texte d’Amygdale intitulé Un monde pour les héros, mais WordPress ne veut pas me le publier sous prétexte qu’il « seems a little bit spammy ». Liberté d’expression, où donc te caches-tu?
________________
Sur World of Heroes, ils offrent du Viagra « normal » et du Viagra « Professional ». Question : est-ce que c’est la même différence qu’entre la suite Office Home et Office Professional (i.e. tu peux configurer ton fax et organiser tes meetings)? Ou est-ce simplement un edge marketing :
« Viagra Professional : pour bander extrêmement dur au travail comme dans les loisirs »
« Viagra Professional : pour l’homme de carrière qui ne fait aucun compromis devant les dames (ou son cardiologue). »
Il y a aussi le Viagra « Super Active » (ça commence vraiment à faire peur). Les concentrations sont strictement les mêmes que le normal et le professionnel, mais la forme et la couleur des pilules sont différentes, histoire – j’imagine – de matcher ta cravate (ou tes bas, allez savoir).
Mais il y a plus : le Viagra « Soft Flavored » (pour les difficiles de la bouche), disponible en plusieurs saveurs » It can be of strawberry, pineapple, orange or of black current taste. You can enjoy both sex and magnificent taste! »; le Female Viagra et aussi le Soft Viagra (pour les nostalgiques des érections molasses).
Merci Amygdale d’avoir « brûlé » une adresse électronique pour satisfaire notre besoin de savoir.
You really took one for the team this time.
(Toujours en lock-out, la salle des nouvelles d’Intoxicated Press est maintenue en vie par les cadres appelés en renfort pour tenir le public informé sur les vraies affaires. C’est donc avec un plaisir non feint qu’Intoxicated Press présente le deuxième d’une série de plusieurs articles, résultats d’une grande enquête sur le manger moderne.)
D’après Intoxicated Press,
Une collaboration spéciale et encadrée de Johnny Scab.
La plupart des spécialistes ne vous le diront pas mais le plus important dans le manger, c’est la passion. Tout est passionnant quand on parle de manger : le bruit que ça fait, le goût que ça goûte, la senteur que ça sent et les moules marinières… La passion, c’est ce qui fait se lever le cuisinier le lendemain d’une sérieuse soirée de boisson pour aller servir des crêpes aux cèpes aux bourgeois endimanchés; c’est cette même passion qui pousse cette vieille Italienne à sentir et à tâter TOUTES les tomates de l’étalage avant d’en choisir une seule pour son sandwich au thon; c’est cette passion qui met l’amoureux en taboire lorsque sa blonde arrive 1 heure et demie en retard alors qu’il a passé l’après-midi à cuisiner une merveille (merveille qui est maintenant molle et fort laide); c’est cette passion du culinaire qui pousse le facteur à crisser les 42 dernières lettres de sa run dans la même boîte aux lettres pour finir plus vite parce qu’il a un lunch fait à partir de bon menoum dans sa besace…
Par contre, pour plusieurs d’entre nous, le geste du manger est devenu une tâche, un travail, une job. Fini la passion. Pour ces malheureux, les quantités doivent être pesées, les portions évaluées, les glutamates éliminés, le sel contrôlé, le sucre régi, le beurre jeté, le gras scruté, les assiettes légères, la collation bannie, les gâteries oubliées, les hors-d’œuvres proscrits, les desserts éliminés, le tour de taille ceinturé, le pancréas réconforté et le goût de manger des cochonneries honni.
Parmi ceux qui doivent constamment être aux aguets contre le foie gras et ses délicieuses comparses, il y a ceux qui décident de se tourner vers le manger végétarien. Mais attention : contrairement à la croyance populaire, manger végétarien ne signifie pas nécessaire manger les feuilles des arbres ou brouter la pelouse du voisin. Il s’agit plutôt d’un mode de manger très sain qui élimine progressivement les protéines animales pour les remplacer par autres choses. L’art culinaire végétarien s’est en effet développé autour de 2 principes de base, pleins de bon sens : 1) une vache, soyons objectifs, est une chose répugnante et 2) le soya, c’est pas parce que c’est trangénique et que ça goûte rien pentoute que c’est pas bon pour la ligne.
À partir de ces principes – qui font figures d’axiomes de la conspiration végétarienne – la cuisine végétarienne s’est déployée en mille variétés : tofu au lentilles, lentilles au tofu, lentilles au tofu avec de la sauce soya, tofu grillé, bol d’eau chaude, salade d’algues, salades de branches d’arbre, riz au tofu avec de la sauce soya, curry au tofu, tofu au cari, grand verre de jus d’orange, pain doré sans steak haché, poutine à la sauce soya, sandwich au thon sans thon, etc. Comme on le constate, les possibilité sont pratiquement illimitées.
En plus, le végétarien est toujours quelqu’un qui parvient à rompre la monotonie dans le boire et le manger, car en plus de manger végétarien, le végétarien a souvent tendance à parler végétarien. En effet, il ne suffit souvent pas au végétarien de savourer son bol de pousses de bambou aux bananes, il cherche bien souvent à débattre sur le terrain des idées. Qui n’a jamais rencontré un végétarien qui lui posait l’une de ces questions : est-ce que tu sais ce qu’ils mettent dans ce poulet-là? Les hormones, est-ce que tu sais que c’est pas bon? T’as pas honte de manger du chat?
À cela, bien sûr, il est toujours possible de répondre « Probable, mais dégage », mais quand on y pense, c’est tout de même divertissant de se faire rabrouer par un être moralement supérieur. On se sent privilégié. On pense qu’on a en quelque sorte mérité son attention. On se pose des questions : et si la noblesse de son cœur était chose contagieuse? Et si cet être maigre et vert, sans énergie et sans aucun courage quand vient le temps d’abattre quelque chose de vivant, était ma porte de salut? Mon passeport pour le paradis? Et si d’écouter les balivernes bio de cet être faible et sans grâce me permettait, à moi, de toucher de la sainteté?
Un dossier à suivre…
Dans le prochain article de la série, Intoxicated Press s’intéresse à la littérature culinaire. On verra entre autres choses pourquoi se mettre tout nu, ça aide vraiment à faire un souper de famille réussi.
Les 3 premiers tomes des Annales du FAS sont maintenant disponibles en librairies, partout au Québec ! Si vous ne les trouvez pas près de chez vous, n’hésitez pas à demander à votre libraire favori de les commander pour vous ou achetez-les en ligne en cliquant ici !
Vous êtes aussi tous et toutes cordialement invité(e)s au lancement des livres qui aura lieu le jeudi 26 mars 2009 à 17h au Divan Orange (4234 boul. Saint-Laurent, Montréal. 514-840-9090). Lors de cet événement spécial, vous pourrez rencontrer les auteurs du FAS, danser au son de la musique de Dj Royal Air Togo, profiter de consommations gratuites de même que vous procurer les livres à un prix ridicule (1 tome = 15$, 2 tomes = 25$, 3 tomes = 30$) !
En espérant vous y voir !
Voilà, c’est fait. Nous avons signé le contrat, tout est dit. Le logo, l’image, l’idée enfin, tout est vendu, liquidé. Notre concept appartient désormais entièrement aux Éditions Pygargues, et mon patron, M. Aishu, vient de me téléphoner pour me féliciter de la célérité avec laquelle j’ai mené l’affaire. Il veut me voir à son bureau dès lundi matin. Ça augure bien. Pour la pub, j’ai choisi la seule stratégie qui m’inspire vraiment et que j’ai tirée de la Guerre des Gaules : choc et stupeur. Des déferlentes de courriels, d’immenses affiches sur le bord des routes, notre nom écrit sur des Airbus A380. Mon dieu que ce sera beau!
Avec cela, les tapettes n’ont qu’à bien se tenir! Il y a pourtant une ombre au tableau, un petit doute de rien du tout qui s’est formé dans mon esprit. J’y pensais comme ça et je me suis dit : « tiens, je me demande si je n’ai pas fait une petite erreur en laissant les contrats chez Amygdale ». C’est qu’il est un peu instable. En fait, c’est un looser. Oh! Pardon : un « nihiliste ». J’ai vu qu’il gardait une bouteille de Feuerzeugbenzin sur son pupitre. Ça m’inquiète. Foutu champagne.
Bah! La machine est lancée maintenant. Plus rien de pourra l’arrêter. La semaine prochaine, nous serons dans les publisacs.
L’objectif, c’est écrire une annonce de type « homme cherche femme » sur Craig’s list à laquelle nul ne répondra jamais :
Essai # 1 : « Elderly, accident-prone, severely depressed alcoholic coal miner, interested in british food and scandinavian folk-dancing seeks wealthy attractive sexually starved well-built woman in her late teens. Must be non-smoker. »
Essai # 2 : « Gaucher de naissance aimant profondément les enfants et travaillant comme commis aux cacas dans un pet-shop cherche jeune épouse aux cheveux d’or et aux dents blanches pour l’aider à garder sa roulotte propre. »
L’autre jour, je faisais du ski de fond au Parc Maisonneuve et j’ai été témoin d’une délicieuse scène digne du FAS. Un homme en ski croise une femme qui vient en sens contraire dans la piste. C’est une femme d’un certain âge, l’air un peu guindé; on pourrait la situer dans la catégorie ex-maîtresse d’école ou bibliothécaire à la retraite.
L’homme, voyant la femme s’approcher, lui dit :
- Excusez-moi, Madame, mais faut-il dire « À n’envers » ou « À l’envers« ?
- Mais voyons, Monsieur, il faut dire « À l’envers » !!!
- Ben c’est exactement ça que vous êtes, Madame : à l’envers de tout le monde…
La femme est sortie des pistes pour laisser passer le Monsieur et, vachement pincée et offusquée comme seule une vraie petite-bourgeoise peut l’être, a rapidement fui l’environ.
En relisant le troisième tome des Annales du FAS (disponibles en librairie à partir de tout de suite) intitulé Le Continent de Plastique, je me suis rendu compte qu’une coquille s’est glissée parmi l’un de mes textes (et oui, je me masturbe en googlant mon propre nom). En relisant Les gauchers sont-ils dangereux?, texte où je fais référence à l’Église de scientologie située rue Papineau, je me suis rendu compte que les correcteurs ont corrigé le mot « dianétique » (méthode d’éveil spirituel inventée par Hubbard) en le remplaçant par « diabétique » (la maladie du pancréas qui t’empêche de manger tes Joe Louis en paix).
Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas du genre à tenir rigueur à ces gens de bonne volonté – mais si j’avais à identifier un coupable, je pencherais pour Antidote (dont les frasques sont légion). Non, je me suis juste demandé si le mot « dianétique » n’avait pas lui-même toujours été le résultat, conservé par habitude, d’une coquille originelle survenue il y a si longtemps que plus personne ne s’en souvient, ni Beck ni encore moins ce pauvre Tom Cruise. Hubbard aurait peut-être depuis toujours voulu écrire « diabétique ».
J’ai souvent pensé que les grandes religions sont basées sur le même phénomène : un énorme malentendu qui, les siècles passant, devient digne de foi. Imaginez qu’on puisse demander confirmation aux personnes concernées :
« Quoi Marie, vierge???! Voyons donc ! C’était juste sa première fois avec un aussi bel homme que moé! »
« En fait, il y avait 20 commandements, mais j’ai bêché en descendant et j’ai pété l’autre table gravée. C’t'idée d’écrire ça sur d’la roche poche aussi ! »
« Non-non prie vers où ce que tu veux l’grand, pis arrête de m’énarver avec tes maudites histoires de cochon. »
Le paradoxe de la toilette écologique (PTE) s’énonce ainsi :
Prémisse 1 : Plus tu flushes, plus tu sauves de l’eau.
Prémisse 2 : Or, plus tu flushes, plus tu gaspilles de l’eau.
Conclusion : Donc, plus tu sauves de l’eau, plus tu gaspilles de l’eau.
Objectif de l’expérimentation (OE)
Le Laboratoire de métaphysique expérimentale (LME), ne reculant devant aucune idée reçue – réelle ou fictive – a pris en main de jeter enfin une lumière non partisane sur cette question pressante : « La toilette écologique sauvera-t-elle la planète et sinon, où aller? »
Hypothèse (H)
Tous les scientifiques consultés par le LME pensent que les réponses aux questions soulevées par l’hypothèse sont « non » et « nulle part, c’est parfait icitte ».
Axiomes (A)
Le LME a décidé d’adopter les axiomes suivants pour mettre à l’épreuve l’hypothèse énoncée plus haut. Un axiome étant une vérité indémontrable qui doit être admise d’emblée sans aucune autre espèce de démonstration, il serait préférable qu’on cesse d’interrompre le LME pour des objections bizarres trahissant toutes ces conneries non-réglées regardant la place de sa maman (ou de tout succédané équivalent) dans la construction de son estime de soi, lesquelles conneries expliquent en bonne partie les draps humides et les rêves de naufrages – et qu’on laisse le LME poursuivre dans sa quête de vérité et d’exactitude.
A1 : sauver quelque chose = fucking good.
Scolie 1 (S1) : En tant que but de la vie, sauver quelque chose reste encore et toujours une valeur béton. Par exemple : son âme, les enfants malades, les plages de Sorel, la face, sa mère de la faillite ou de la noyade, ses fesses, un jeune enfant haïtien de 4 ans coincé dehors dans Hochelaga au coin de Darling et Ontario lorsqu’il fait -40 degrés sous zéro, etc.
A 2 : « Gaspiller » = concept vide de sens.
Scolie 2 (S2) : Quand on y songe plus que 22 secondes (même à temps perdu ou en rêvassant, i.e. pendant la job ou durant une baise vraiment ordinaire) et qu’on essaie de penser à l’extérieur de la tendance vert-bouteille ambiante, le « gaspillage » demeure un concept en quelque sorte indéfinissable ou du moins une question qui fait appel à une quantité de distinctions floues. À noter, la distinction entre « naturel » et « artificiel », entre « utile » et « inutile » et entre « propre » et « usée ».
Matériel (Mat)
1 toilette écologique, soit une toilette qui flushe moins de 7.5 litres (ou 1.97 gallons pour les gens de l’Oregon, mettons).
1 paire de lunettes de protection
1 paire de bottes de travail
1 couple de boîtes de papiers à usage unique (genre des kleenex et n’en parlons plus)
1 grosse semaine de congé
Manipulation (Man)
1. Acheter la toilette écologique (TE)
2. Crisser l’ancienne toilette non-écologique au chemin (non sans un sourire ironique).
3. Ploguer la TE après le drain et après l’arrivée d’eau (bien visser les affaires qui s’vissent).
4. Constater avec plaisir le résultat de son travail et aller chercher son époux(se) pour shower-off.
5. Tirer la flush.
6. Apprécier la douce rotation anti-horaire.
7. Mesurer l’eau sauvée (30 l – 7,5 l = 22,5 l).
8. Lancer un petit papier à usage unique (PPUU) dans la cuvette.
9. Apprécier le sacrifice de ce petit hêtre (sourire ironique) pour la science.
10. Re-flusher et regarder disparaître son nouvel ami.
11. Mesurer l’eau sauvée et commencer à se poser des questions sur l’eau gaspillée. (30-7,5 = 22,5; 7,5 + 7,5 = 15…)
12. Se moucher légèrement ou demander l’aide de son époux(se).
13. Lancer le PPUU humide (PPUUH) dans la cuvette.
14. Re-flusher pour la peine et re-re-flusher pour la cause.
15. Prendre sa calculette (22,5 litres sauvés par flush pour 30 litres gaspillés; 7,5 litres gaspillés par flush x 4 flushes = 30 litres sauvés)
16. Se mettre à douter, et donc à être (suivant le fameux : si je pense donc je suis; je pense, donc je suis… je pense).
Notes enregistrées par le scientifique durant l’expérimentation NEPLSDLE)
« J’ai vraiment envie de faire un geste pour l’environnement (je suis un scientifique dont la conscience morale est chevillée au corps). J’achète une toilette écologique qui flushe seulement 7,5 litres au lieu des 30 litres habituels. Wow. Je fais clairement des efforts qui me valorisent et me remettent moins dans la face que je conduis un Ford F-150 pour transporter des coussins (ma femme ne cesse d’en acheter pour des raisons qui me dépassent). La pose de la TE a été plus difficile que je pensais, mais après quelques reculs dégueulasses, j’ai appelé minou et je lui ai montré, fier-pet, le fruit de mon travail. Elle a regardé ça, a soupiré parce que depuis le départ, elle trouve tout ceci débile, et a fini par me féliciter par un simple « Oublie pas de bien laver le plancher, ça sent ‘à marde ici ». Bref, un succès sur toute la ligne. Lorsque j’ai flushé la première fois, c’est pas mêlant, j’ai eu un frisson qui m’a passé bord-en-bord ! La planète, j’allais la sauver, une flush à la fois.
Je sentais tellement que je faisais un beau geste que je me suis mis à flusher rien que pour donner un coup de pouce à la Terre, ma deuxième planète préférée. Un petit chat dans la gorge? Ptuuu, tu craches un demi-millilitre dans le bol et tu flushes. Une tite tache sur ton chandail? Tu grattes un peu et zoooooo, flush. Tu passes simplement par là? Flush. Un oiseau chante sa joie de vivre dans l’été? Pan, tu flushes. Une bonne toune entraînante dans’ tête? Fluuuuuuuush. Rien de bon à la tivi? Fluuuuuuuuuuuuuuuuuuuuush. Les Libéraux ont encore gagné? Gâte-toi : flush deux fois.
C’est minou qui m’a fait remarquer après deux semaines que je ne sauvais pas beaucoup d’eau à flusher pour un oui ou pour un non (oui (flush); non (flush)). J’ai réfléchi à ce qu’elle a dit et franchement, c’était pas fou son raisonnement. C’est après en avoir discuté avec mon psychologue qu’il a décidé que j’arrêterais de flusher pour rien et que je me concentrerais sur mes autres « issues » : mes 9 tatoos à l’effigie de maman, mon mariage imaginaire et mon obsession à vouloir laver mon lave-vaisselle à la main après usage. Il m’a aussi convaincu que les résultats de l’expérience du PTE pointent dans la direction suivante : non, ça ne sauvera pas la planète et où aller : chez le psy. »
L’autre jour, j’ai commencé à prendre des antibiotiques pour une infection hypothétique. La docteure – une jeune femme de même pas 30 ans assez cute mais sexuellement drabbe – m’a dit que mes douleurs étaient probablement causées par une infection, mais qu’il n’y avait aucun moyen de le savoir. Pour traiter le problème, on allait utiliser une technique chère aux théologiens scolastiques du XIIIe : prouver l’existence de quelque chose par l’impossibilité de sa non-existence.
- Si les antibiotiques marchent, c’est que vous souffrez bien de ça.
J’avais comme l’impression d’être entre les mains d’un aveugle qui cherche son deuxième bas noir dans son panier à linge sale pendant une panne d’électricité. Mais bon, qui suis-je devant la science moderne?
J’allais quitter le bureau quand la doctoresse – celle à qui il va bien falloir que je montre ma gueraine un jour puisque elle est mon médecin de famille – s’est retournée le visage vers moi et m’a dit :
- Ah oui, une dernière chose : pas du tout d’alcool durant le traitement.
- « Pas du tout » dans quel sens?
- Est-ce qu’il y a vraiment plusieurs sens?
- Bien sûr ! Il y a « pas du tout » dans le sens de ça nuit vraiment au traitement, mais tout le monde est libre de faire ce qu’il veut à cause de la constitution; il y a aussi « pas du tout » dans le sens de ta maman te fait dire que c’est mieux pas; et il y a aussi « si tu prends une goutte, tu meurs par desquamation. »
- Ça serait plus proche du 3e.
- Shit.
Le problème, c’est que l’Halloween approche et que c’est de loin la période de l’année où les partys sont les plus cool (et nombreux). À Noël ou au Jour de l’an, les gens sont souvent dans leurs familles ou partis à l’étranger. Par contre, fin octobre, les étudiants sont en mi-session, les travailleurs sont gris-vert et le temps n’est pas idéal pour un tour de la Gaspésie sur le pouce. En plus, la fête des morts était l’unique prétexte dont les filles avaient besoin pour assumer pleinement leur déguisement de tiret-pute : pirate tiret pute, vampire tiret pute, princesse tiret pute, docteur tiret pute, etc. Ça donne droit à un spectacle inspirant de chair et de sang.
Well, que je me dis. Je fumerai des joints ou je boirai des red-bulls pour le frisson.
Le party en question est Le party du boucher™ et se déroule chez A* (qui a déjà fait l’objet d’une mini-biographie dans ses pages. Voir ici). Normalement, c’est relax, il y a environ entre 300 et 400 personnes et la police n’ose plus intervenir par peur d’un putsch. C’est sur 3 appartes, séparés selon le type de drogue prise par la majorité : pot (en bas), speed et extasy (au milieu) et quelque chose d’autre de très bizarre (en haut). Évidemment, le milieu est le plus dansant et l’apparte du bas, celui où il se dit le plus de choses du genre « heille dude, est-ce que t’a vu l’autel en l’honneur du décès de Ricky Martin? »
Bon, donc on arrive vers 23h. Il n’y presque personne – même pas 150 – et la musique arrache vaguement la tapisserie. Je n’ai pas bu du tout pendant le souper qu’on a eu chez des amis. Par contre, eux se sont savamment et avec un très beau sens du devoir pinté dans ma face au vin rouge/gin tonic. Je suis un peu edgy à cause des 6 ou 7 red-bulls que je me suis claqués (il m’en reste 4 autres) et mon déguisement de cow-boy/redneck/zombie ne parvient pas à masquer mon irritabilité.
En plus, contrairement à d’habitude, on dirait que j’agis comme un super-magnet pour toutes ses âmes esseulées : tout le monde vient me voir, on veut me parler, me toucher, m’embrasser (malgré mon maquillage qui coule); les inconnus demandent à d’autres inconnus qui je suis, on semble me connaître par réputation (!), on veut comprendre tout cette énergie bouillante que je dégage (j’ai beau dire que c’est le red-bull, mais on veut en savoir plus). Bref, on fait la queue pour me proposer du feu.
En plus, tout le monde me propose du scotch de 45 ans, du vin de glace de Sibérie, de la vodka de bison au nom imprononçable, un verre de Château Margaux 1961 « un vin bâti pour l’éternité »; de la coke qui vient directement du pusher des stars, de l’extasy pure, du haschisch libanais, de l’opium afghan, des speeds qui te donnent le goût de toutte, des cigares Diplomatico # 5, du mush des Îles-de-la-Madeleine…
J’ai comme les dents serrées et je me contente de branler la tête sur le rythme de « La poupée qui fait non ». Les filles sont de plus en plus saoules et me confient leurs derniers coups de cœur et leurs derniers coups de bite. J’ai désormais les dents full serrées et je hoche la tête sur le rythme de « Si j’avais un marteau ». J’ai presque fini mon dernier red-bull et il n’est même pas 1h. Les gens dansent en faisant des gestes obscènes, rien de bien nouveau quand t’as pas bu du tout.
Soudain, mon regard croise les yeux d’une fille déguisée en infirmière tiret pute. Elle a des porte-jarretelles apparents, des seins partout devant elle et un sourire de Mona Lisa tiret pute. En regardant mieux, je me dis que cette nurse en manque me dit quelque chose. Mais il y a tellement de monde que je pense reconnaître que ça veut rien dire. Déjà j’ai vu le gars de la quincaillerie qui m’a dit s’appelé Le-gars-de-la-quincaillerie (sic), la serveuse du Billy Kun, le criss de cycliste frisé blond à pédales à clip, le chien de ma voisine et le cassier heureux d’être content de chez Canadian Tailleur… Mais en regardant bien, mon cœur s’arrête entre deux battements, juste le temps pour lui de dire « what the f ?!? » : ben oui, c’est ma docteure !! Elle est plus bourrée que Bourriquet (tiret pute) et compte tenu de sa coordination, je ne lui demanderais pas de m’enlever une écharde ou de procéder à ma vasectomie.
Je m’approche d’elle et j’enlève mon masque. 2 minutes 30 plus tard, elle me reconnait et me dit en lettres attachées :
- Monsieur R* ! Est-ce que vous avez respecté la consigne?
- Oui, je suis au red-bull (geste du doigt).
- Vous ne devriez pas, c’est bien pire que l’alcool avec vos antibiotiques.
- Oups.
- C’est correct. Juste à pas le dire à votre docteure…
- Bouche cousue.
Je suis rentré chez moi les dents serrées par la caféine en comptant les étoiles du ciel… deux fois.
Comme vous le savez peut-être, des protagonistes du FAS sont à mettre sur pied les 3 premiers tomes des livres du FAS. Après lecture du premier tome (envoyé en exclusivité à des journalistes triés sur le volet), les critiques se sont mises à pleuvoir. En voici quelques-unes que nous pensons reproduire sur les 4e de couverture des tomes 2 et 3.
« Three thumps-up ! »
–The Yellowknife Courrier
« Le F.A.S., un rempart de béton contre la stupidité insidieuse. »
–Protège-toé
« Le F.A.S. frappe encore un court-circuit ! »
– L’Épique
« Le FAS, une véritable aspiration pour les jeunes et moins jeunes. »
– Clin de pouce
« Le F.A.S., une tendance éphémère avec laquelle on devra compter sur. »
– Heille Québec
« Le FAS prouve une fois encore que 2 + 2 n’égale pas toujours 7 »
– Québec Silence
« Des recettes délicieuses, des conseils pratiques, des amis, des rencontres… »
– Chatte Laide
« 7 étoiles minimum ! »
– Le 8 jours
« *?!?%$!! »
– Le Soleil d’East-Brompton
« Le F.A.S. : en rupture avec tout. »
– Le Nouvel Alternateur
« Nul n’a jamais vraiment vécu avant d’avoir lu ce livre. »
– La Mode Diplomatique
« F.A.S. represents. »
– The Orlando Post
« Le FAS réinvente tous nos clichés ! »
– L’Inactualité
« Des scoops sur nos vedettes et nos insectes favoris ! »
– Flush
« La vérité sur le secret dans la théorie du complot enfin révélée. »
– Boir
« Ça faisait longtemps qu’on attendait que quelqu’un parle des vraies affaires. »
– Le magazine des Vraies Affaires
« Le FAS, pas mal plus que du bonbon, mais avec le goût de pogner des caries en prime! »
– Le lecteur indigeste
« Le FAS, parfait pour attendre en ligne au purgatoire. »
– Réveillez-nous
« Le FAS, un véritable karma de caméléon. »
– Boy George
« Avant le F.A.S., rien. Après le F.A.S., une bonne sieste.»
– Hubert Reeves
« Si j’avais le choix, je voterais sûrement F.A.S. »
– Robert Kennedy
« Incroyable, lire le F.A.S. a vraiment changé ma vie ! »
– Charles III, dit le stupide
« Ce livre pourrait vous sauver la vie. »
– John Lennon
Plus je vieillis, j’ai noté, plus les jeunes prennent de l’âge. Bientôt, les jeunes auront 44 ans. Mais c’est de même la vie me dira-t-on : une foule d’affaires que tu sais pas pourquoi c’est de même. Comme par exemple pourquoi j’ai l’impression que tous les gens qui vont en Antarctique sont terriblement mal dans leur peau?
L’autre jour, S* et D* sont venus fêter quelque chose chez moi, la vie, l’amour ou que sais-je encore; bref, un de ces thèmes interdits dans les triviales poésies. Nous avions plutôt bien picolé, moi plus que les autres parce que je me respecte davantage, et en sortant le lendemain matin de ce soir-là, j’aurais préféré que le soleil call malade avec ses rayons qui me brûlaient les yeux. Les voitures faisaient, me semblait-il, un boucan de tous les enfers et un voisin, probablement heureux d’être content, jouait de la scie à métal comme pour se venger du silence.
Je m’étais réveillé avec une seule idée en tête : concocter une sauce à spagatte gi-gan-tes-que, avec des saucisses italiennes fortes, des champignons et des herbes fraîches. J’avais mis mes lunettes de soleil les plus foncées (celles avec lesquelles je regarde les éclipses et m’adonne parfois à la soudure décorative) et j’avançais pour ainsi dire à l’aveuglette, tâtant du pied le bout des trottoirs, histoire de ne pas me planter.
Les portes de l’épicerie se sont ouvertes automatiquement et j’ai pris un panier rouge avec le plus de désinvolture possible. Il y avait une machine à café qui pissait un genre de liquide brun-tiède et comme c’était gratos, je m’en suis servi un délicieux gobelet. Après une première gorgée difficile – après laquelle je me suis vomi une petite giclée amère dans la bouche que j’ai ravalée prestement – je me suis dirigé vers le département des viandes, mon endroit favori.
Du coin de l’œil, en haut à gauche de mes lunettes, j’ai aperçu comme du mouvement. En me retournant, j’ai vu le boucher, un petit trapu vêtu comme il se doit d’une serviette sanitaire usagée, un wrapper de 11 ans et demi et quelque chose comme un gérant (les seuls qui dans une épicerie sont habillés pour aller à des funérailles) qui s’approchaient de moi. Il se plantèrent à une distance réglementaire et le gérant s’adressa à moi :
- Monsieur, on pensait vous avoir bien spécifié de ne plus remettre les pieds ici.
Il y a eu comme un flottement pendant lequel je me suis demandé si c’était à moi qu’ils parlaient. Je me suis retourné pour voir, mais le steak haché dormait mi-maigrement derrière moi.
- Euh… Est-ce que je peux savoir c’était pourquoi déjà?
Le gérant a regardé le boucher qui a regardé le wrapper qui s’est regardé un bouton en train d’éclore.
- Monsieur R*, vous savez très bien pourquoi la direction a dû en venir à cette mesure. Votre comportement d’hier était inaceptable.
Merde, ils savaient même mon nom ! J’essayai de me rémémorer ma journée d’hier : lever, café, travail, branlette, dîner, branlette, travail, Facebook, souper, branlette. Rien de vraiment compromettant pour un gérant d’épicerie. Je me rappelle même plus être venu à leur ostie d’épicerie !
- Je pense que vous avez la mauvaise personne. Je ne suis même pas venu ici hier.
- Ah non? Et comment expliquez-vous ceci?
Il me tendit une feuille avec trois photos tirées d’une caméra de surveillance. Dans la première, on me voyait en train de lancer des cannes de conserve aux clients, dans la deuxième je semblais être en train de pisser dans l’aquarium des homards et dans la troisième, on me sortait manu militari de l’environ grâce aux concours de flics appelés en renfort.
Je me suis gratté la tête. Comment j’avais pu oublier cet événement? M’étais-je à ce point pinté?
- J’ai juste besoin d’une couple d’affaires, me laissez-vous 2 minutes?
- C’est hors de question. On vous demanderait de sortir immédiatement.
J’ai regardé les trois hommes, j’ai soupesé mes chances de leur en câlisser une (chances que j’estimais à « pas très bonnes »), puis je déposai mon panier rouge et décidai de me laisser guider vers la sortie, devant le regard apeuré de 8 caissières et de 7 homards.
Rendu dehors, je me suis dit : fuck, c’est plate d’être barré de l’épicerie la plus proche de chez vous. Puis j’ai repris ma marche vers l’avenue du M*-R* pour aller à l’autre épicerie (celle où j’espérais n’avoir pas été hier). Rendu devant chez les 4 F*, je vis le caissier, un grand baraqué avec un problème de boucles d’oreille, qui me regardait en secouant la tête. Lorsque je vins pour passer la porte, il sortit un batte de baseball de sous le comptoir et me cria :
- Toé mon osti, tu remets pu jamais les pieds icitte !
Je soupesai rapidement mes chances de lui en câlisser une (chances que j’estimais à « hasardeusement mauvaises ») et je décidai de quitter l’environ, toujours vêtu de ma dentition. Rendu dehors, je me suis dit : fuck, c’est poche d’être barré de la deuxième épicerie la plus proche de chez vous.
Je décidai de me rabattre sur la fruiterie Chez R* pour trouver de quoi faire ma délicieuse sauce à spag. Rendu devant la porte, j’observai la caissière que je connais assez bien (une certaine M* qui a l’accent de Saint-Eustache). Elle était en train de servir un client, j’ai donc hésité, puis j’ai décidé de pousser la porte. Quand la petite criss de cloche accrochée à la porte a fait cling-cling, M* (la caissière à l’accent aïgu) s’est retournée et le temps s’est mis à se dilater et M* s’est mise à crier tout en plongeant sous son comptoir :
- ALERTEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE…
J’ai figé ben raide. Au loin, en haut à droite de mes lunettes, j’ai vu le fameux R* sortir du backstore muni d’un 12-pompe à gros sel qu’il brandissait à la recherche d’une cible. Je soupesai rapidement mes chances de lui en câlisser une (chances que j’estimais à « asymptotiquement nulles »), je pris mes jambes à mon cou et repartis en catastrophe au grand galop vers chez moi. Devant chez moi, j’ai vu mon propriétaire avec deux gros gars qui sortaient mes meubles en les lançant dans un container et ma blonde qui cassait chacun de mes disques avec application. À la gueule qu’ils avaient, j’ai décidé de continuer mon chemin.
Parfois, ça suce vraiment d’être un sociopathe alcoolique.
(Malgré le lock-out qui sévit toujours à la salle des nouvelles d’IP, la direction a demandé à ses cadres de prendre la place des dégoutants syndiqués qui refusent de comprendre qu’une piasse et demie par page, c’est ben en masse. Le public a le droit d’être informé.)
D’après Intoxicated Press
Une collaboration spéciale de Johnny Scab.
Gloucester (Massachusetts) – Une équipe de chercheurs bien de chez nous est arrivée à une conclusion passablement incroyable hier après-midi, alors qu’on annonçait de la pluie sur tous nos secteurs. Publiés dans le Journal of Unbelievable Medecine, ces résultats remettent vachement en question ce qu’on avait toujours supposé jusqu’à avant-hier matin, soit que la friture n’est pas très bonne pour la santé et qu’elle laisse le majeur luisant. Or, et c’est là que le boa se blesse, selon l’étude conduite de mains de maître par le docteur Robert Geai, directeur du centre de recherche sur les matières grasses de l’université Cambridge et membre depuis 2 ans du gymnase Haltères et Go, situé rue Bellechasse, la graisse de la friture, loin d’être mauvaise pour les artères, le tour de taille et l’apparence de la face après les repas, serait bénéfique pour l’individu. Le spécialiste se base sur une étude réalisée auprès de 85 000 répondants 19 fois sur 20, avec une marge d’erreur de 4 pieds et demi, selon laquelle il appert en premier lieu que la friture goûte très bonne. « En effet, affirme le docteur Geai, les courbes sont sans équivoque, la friture, c’est du bon menoum-menoum. »
Se fondant aussi sur une expérience personnelle difficile due à son patronyme rappelant un oiseau à la sexualité ambigüe, le docteur Geai insiste : « Appelez-moi juste Robert. Donc oui, l’étude démontre aussi que les gens sont absolument incapables de résister à la friture. Par exemple, mes collègues et moi avons fait deep-frieder des trente sous et 80 % des gens les engloutissaient comme s’il s’était s’agit de petites crevettes! Lorsqu’on a fait frire des 1 piasse, le pourcentage montait à plus de 92 % et à 99% avec des deux piasses ! Pour être sûr de notre affaire, on a aussi enrobé de friture des chaises de patio, des capotes usagées, des tracteurs, des rotoculteurs, une réplique en cire d’Idi Amin, un dentier, un rappeur avec son hummer custom, un parachute, une vierge, une can de zepoulpe encore fermée, une pommeau de douche, la perruque de Robert Lepage, une crotte de béluga, un crayon bic et de vieux essuie-glaces; toujours, la plupart des cobayes s’en délectaient. »
En deuxième lieu, les chercheurs soutiennent que la friture, c’est bon pour la peau. « En jammant les pores, les molécules de gras permettent en quelque sorte de dérinecher les molécules du poil, leur permettant d’être plus bien dans leur peau… sans jeu de mots ! affirme le spécialiste en riant gras (c’est son métier). » « Pas plus tard que vendredi passé, je me suis fais un masque d’huile vidangée que j’ai achetée au greaser du coin. Une vraie fontaine de Jouvence pour le visage ! »
Finalement, l’étude démontre que la friture, ça aide la croissance des enfants. En en mangeant quotidiennement, les enfants s’assurent un apport en plus ou moins toutte, ce qui leur garantit une croissance horizontale optimale. Aujourd’hui, avec les glaciers qui fondent et la population qui vieillit, il ne faut pas sous-estimer les dangers pour les enfants trop maigres. Selon Robert, il est recommandé d’inclure des aliments frits dès la tendre enfance : purées frites, lait tempura, croquettes de pablum, etc. Ainsi, les enfants seront aptes à digérer plus rapidement cet aliment sain.
Éclairante, bien écrite et somme toute câlissement révolutionnaire, l’étude de Robert s’inscrit dans un grand courant de pensée qui remet en cause les choses prises pour vraies. Intoxicated Press sera là lors de la sortie des prochaines études du Docteur Geai portant sur les méfaits pour la santé de la fréquentation de dauphins, sur les risques attribuables au rire des enfants, au danger du visionnement des fleurs en saison et du potentiel nocif relatif à l’odeur des bébés.
(Encore une fois, l’entrée qui suit constitue une entorse à la catégorie Mourir au Canada, mais comme ce n’est pas la première, je me suis dit que c’était moins grave; c’est la première scrach sur ta Ferrari neuve qui fait de la peine, pas la seconde)
Bar Harbor (Maine) – C’est lorsque je l’ai vu orner les gentes de roues d’un scooter à batteries que j’ai commencé à me poser des questions et à être plus attentif à sa présence. Le vieil homme fonçait sur moi, monté sur son fauteuil électrique, façon batmobile pour olympiques spéciaux, la bouche ouverte, l’oeil déterminé à me rouler dessus à la vitesse d’un météorite venant en sens inverse du trafic. J’ai fait un pas de côté et j’ai pu éviter le bolide de justesse et j’ai vu qu’en plus des roues, on l’avait aussi accroché derrière le dossier du fauteuil, à la manière d’une cape tricolore qui flottait dans l’air mainois (ou mainien, je m’en fous).
Puis, de village en village, sur tous les poteaux et toutes les pelouses; sur les boissons gazeuses, les sacs d’épicerie, les napkins, les verres à vin, les bombonnes de propane, les ustensiles de plastique; sous la semelle de souliers faits en Chine, à l’endos des livres imprimés à Singapour, derrière les voitures japonaises; sous les ponts, sur le bord des routes, sur les pancartes; partout, toujours, il est là, flottant ou non, l’air de s’ennuyer comme un rat mort enfermé dans un vieux mur.
Grâce à sa version portative, les gens peuvent afficher leurs couleurs même en voyage : sur le BBQ de camping, accroché à la voiture, sur le parasol ou le parapluie, sur des jeans, des chaps (!) ou des casques de moto (même si le casque de moto au Maine n’est pas obligatoire, à moins que tu sois vraiiiiiiiment fif), sur les arbres synthétiques que les gens installent près de leur roulotte, sur des t-shirts, des soutiens-gorge et bien sûr sur les colliers des animaux domestiques. Dans sa version je-tiens-dans-la-main, notons les petits sachets de nutrasucre, transformés en vecteur de cohésion sociale par cet ajout étoilé.
Tant de présence et d’unanimité dans le patriotisme est pour moi incompréhensible. Déjà, à la Saint-Jean, un petit malaise me prend d’en voir autant, dansant autour du feu au son de Journée d’Amérique. Mais ici, ce n’est pas leur réunion mais leur répartition qui étonne. Il y a quelque chose d’une mélopée dans ce besoin de répéter ad nauseam cette même enseigne. Est-ce que l’Alzheimer est à ce point répandu que l’on a besoin de scander à tous bout de champ (littéralement) les couleurs de la République? Est-ce que quelqu’un, au département d’État, s’est gouré dans les quantités à commander?
Cosmonaute en partance demain matin pour 18 mois dans l’espace recherche jeune fille dans ce bar-ci pour relation rapide avant de partir vers la planète rouge. La jeune fille peut être n’importe quelle fille, mais disons que la jolie rousse qui joue au baby-foot serait grandement appréciée. En outre, la jeune fille en question doit être disponible, peu attachée au mariage ou à quelque manifestation d’engagement que ce soit, porter la jupe ou du moins habiter dans l’environ. Peut aimer le cinéma, la littérature et le patins à roues alignées, mais pas grave si elle pas, tant qu’on.
On demande Pouffiasse, boîte vocale 1245281.
Alain prend son pied en faisant ce que tout le monde est incapable de faire : ouvrir les portes d’une voiture qui ne lui appartient pas, prendre le contrôle d’un cellulaire à distance et le faire composer un numéro 1-976, décrocher un contrat avec une boîte de pubs pour la conception d’un spot de céréales (même s’il ne conçoit pas de pubs), fabriquer un bijou en or de 5 kilos, déboulonner les wagons de métro, démonter un moteur de tondeuse et le remonter pour en faire un bateau télécommandé, fabriquer un skate à moteur que les Japonais veulent acheter, etc.
Le plus drôle, c’est que personne ne sait vraiment ce qu’Alain fait dans la vie. On m’a déjà dit qu’il était producteur d’événements (et c’est vrai que son téléphone sonne souvent) et aussi qu’il faisait des «gros coups d’argent par ci, par là». La cousine de ma blonde affirme qu’il «vend des affaires», mais elle ne se sait pas quoi. Ses horaires semblent variables, voire atypiques. Ses colocs, invariablement des Français en échange, doivent bien le savoir, mais dès qu’on m’en présente un et que je viens pour lui demander, zooouup, il est reparti en France !
En plus - et je pèse mes mots - il semble que TOUTE la ville connaisse Alain… Des vieux amis du secondaire que j’avais totalement oubliés m’appellent pour me dire qu’ils prennent une bière avec Alain, ma mère connaît Alain, mon médecin connaît Alain, ma soeur connaît Alain et je n’ai même pas de soeur. Les électriciens connaissent Alain, les soudeurs connaissent Alain, les profs de français connaissent Alain, les Colombiens connaissent tous Alain; les ratons-laveurs sous ma galerie s’arrêtent de creuser pour me demander des nouvelles d’Alain, un pompier pris dans un arbre a déjà été sauvé par Alain et la plus petites des plus petites babouchkas m’a dit l’autre jour, en sortant du ventre de sa grande soeur/mère « tu salueras Alain pour moi, c’est un vieux pote ».
Facebook a bien entendu été créé à la demande d’Alain et est conçu à partir d’une photographie de son agenda. Alain a plus d’amis que Denis Coderre et Philippe Schnobb réunis. Les créateurs de FB appellent Alain avant de faire un changement à leur profil. Si tu invites Alain à quoi que ce soit, tu gagnes automatiquement 22000 armés, trois z et six o, 1 million de chips au poker, toutes tes games d’échecs, tu signes automatiquement toutes les pétitions et tu deviens ami avec tout le monde. Kim-Jung ill a demandé d’être ami avec Alain pour des raison géostratégiques. Obama a gagné parce qu’Alain a mentionné son nom dans un message texte, une fois. Quand tu cherches quelque chose sur Google, le système demande d’abord à Alain son avis. L’entrepôt d’E-bay, c’est le garde-robe d’Alain (et il reste de la place en masse). Alain a un député qui ne représente que lui à Ottawa et à Québec; oui, Alain est officiellement une circonscription.
Alain = André Sérouille + santé mentale + vie sociale
C’est incroyable !
Mon mûrier se porte à merveille !!! Pour honorer cette beauté si difficile à atteindre, j’ai décidé de me comporter décemment. La ville m’a d’ailleurs envoyé un message assez clair : « Monsieur, si vous ne cessez pas d’être aussi désagréable avec nos préposés, et si vos lettres continuent de contenir un nombre aussi impressionant de jurons, nous devrons imposer des sanctions. »
J’avoue, j’ai pris peur, mais je me suis aussitôt calmé. Il faut dire que mon mûrier est simplement magnifique ! Plein de fleurs et d’une vie que je n’aurais jamais imaginée…. Les insectes sont presque tous partis, sauf ces magnifiques vers de terre qui sont si doux au toucher…
La ville m’a averti que si je continuais à vouloir mettre des pesticides dans mon jardin, elle entreprendrait des actions. Je n’ai pas vraiment écouté ce que le huissier – un homme de petite taille qui parlait plus fort qu’à l’accoutumée – me disait. Mais j’ai tout de suite réalisé l’absurdité de ma démarche.
À l’époque j’étais en colère et je ne saisissais pas la diversité des sentiments qui m’habitaient. En fait, j’ai toujours beaucoup aimé la ville où je vis et mes voisins sont mes amis. Les mots si durs que j’ai utilisés n’étaient que les reflets d’un être qui ne voulait pas grandir, d’une personne qui était socialement et humainement en retard sur les autres, d’un être qui refusait de voir ses propres faiblesses et qui fabulait celles des autres. Mais grâce au Docteur Choubadaoui, j’ai compris que j’étais à cette époque un être frustré, solitaire et misogyne…
Ça fait maintenant presque que six mois que je prends malgré moi ces délicieuses pilules bleues. Je suis maintenant un être épanoui qui se satisfait de peu. En fait, depuis que les gens de l’hôpital me permettent de manger des trucs durs, je me sens vraiment pleinement satisfait et je ne cesse de me répéter que « Je mange du dur » !!!
Maintenant, enfin, ma vie fait du sens !
Cette expérience de l’autodafé virtuel que nous avons vécue – chacun à sa façon selon que votre cortex est apte ou non à supporter ce genre de changement drastique - nous fera, je crois, tous et toutes grandir un peu.
Aussi, je pense que l’occasion est bien choisie pour se recueillir un brin et songer à tous ces écrits oubliés qui ont glissé dans la bouche d’égoût de l’histoire, à ces lettres d’amour pas assez affranchies, à ces télégrammes chantants victimes d’instinction de voix, à ces messages téléphoniques effacés par erreur, à ces blind-dates que la fille n’était pas comme dans l’annonce, à ces courriels que tu peux pas envoyer parce que ça marche juste pus, à ces romans apocryphes que le gars était en train d’écrire mais a oublié de mettre son nom avant de crever, à ses poèmes sussurés à l’oreille d’une jolie sourde …
Bref, faut prendre tout ça avec un grain de sel !
Merci à Mjack, Robodrigue, Rha et Amygdale pour leur travail de récupération inespérée. J’avoue que j’ai perdu un texte (Le cycliste en orbite), mais en y repensant, il n’était pas si bon. Quoique ceux qui l’ont lu pensent sûrement le contraire…
L’autre jour, j’ai fait réparer mon vélo chez Vélo V. – ça fait 12 ans que je l’ai sans me le faire voler, un reccord absolu à Mtl, et je n’ai à peu près jamais mis d’argent dessus. Mon ami T, un terrien à classer dans la catégorie des gentils, m’avait dit « passe en fin de journée, je te mettrai ta guidoline et on parlera ». En arrivant dans sa boutique qui est environ grande comme deux fois le tour de taille de Mysterious, je me retrouve nez-à-nez avec un cycliste dans son milieu naturel. T me le présente «voici F un ami très proche avec qui je fais du vélo». Je me suis demandé c’est quoi diable un ami «très» proche ?
Le F en question est habillé comme une guidoune (le revêtement du guidon), c’est-à-dire dans un lycra super-ajusté aux couleurs subtilement nuancées de jaune serin et de vert lime, entrecoupées de lignes turquoises, mauves, roses et noires. L’ensemble donne au outfit du monsieur un air vachement alpin qui n’est pas sans rappeler Eddy Merckx en danseuse lors du Tour de 69. Il marche comme une cane qui vient de se faire enculer (à cause des pédales à clips), porte une barbe blonde, des cheveux frisés blonds et un sourire qui se veut intrigant mais qui n’est que niais. Il porte bien entendu des cuissards qui laissent entrevoir sa petite graine frette de cycliste.
Quelques fois dans la vie, et malgré des dispositions adéquates (pas faim, pas soif, pas envie, pas de contravention, pas de dent qui bouge, pas de dette avec la pègre, etc.) des gens nous sont immédiatement, au moment même où on les aperçoit, parfaitement et indubitablement antipathiques. Je fais l’hypothèse que c’est une question de phéromones, mais Charles Tisseyre ne retourne plus mes appels depuis l’événement de Noël dernier.
F et moi, on regarde T mettre de la guidoline en geignant parce que c’est à peu près aussi plaisant que de mettre une capote à un manchot lors du téléthon enfant-soleil. F regarde mon Cannondale couleur vert-décâlissé en soupirant, l’air de dire «les gens roulent vraiment sur n’importe quoi». Moi je suis bien content que quelqu’un qui s’y connaît fasse cette tâche ingrate.
« Je suis content de pouvoir payer pour ne pas avoir à faire ça, que j’ai dit pour passer le temps.»
« Moi, ça me prend juste 5 minutes faire ça. Les yeux fermés. »
Super, un modeste. Pendant que T répond au téléphone, F, se croyant en droit de me parler, commence alors à me dire ce qu’il fait en termes d’exploits au quotidien (rides de bike jusqu’au Yukon, grosse maison, grosse job, responsabilités, filles accrochées à son palmarès, préparation d’un «Tour de France» en Suisse, etc.) Je l’écoute d’un air distrait (j’ai gardé mes lunettes de soleil), mais il me pompe la rate et j’ai juste hâte d’être ailleurs, sans cet ami proche.
Soudain, il se rend compte qu’il parle tu-seul.
« Bon, assez parlé de moi ! Comment tu trouves mon bike ? C’est un cadre italien que j’ai fait venir directement de… »
Pfff…
Ça, c’était mardi de la semaine passée. Depuis, j’ai vu F à 9 fucking reprises !! Chez Loblaws, à la SAQ, au Else’s, à l’animalerie, au Mont-Royal, au Parc Maisonneuve, chez un ami (qui n’a rien à voir avec lui), sur la rue Duluth ! Toujours, il a sa même criss de face de tarla, son sourire de super-héros à la retraite, une démarche de jument constipée et ses esti de souliers à clips ! Deux fois, il m’a vu sans me reconnaître (évidemment, j’étais dans la foule pendant son monologue) et c’est tant mieux, je pense que je lui aurais swigné mon cadenas en pleine face. Peut-on l’inclure dans le voyage sur Mars Amygdale, pliiiiiize ?
Je le kicke moi-même en orbite.