Zepoulpe, 07/05/2007 [Bidons et autres contenants]

Une fois, je suis allé dans une “levée de fonds” (une arnaque pour les gens qui ont mauvaise conscience). Le lieu était le sous-sol de l’église du Saint-Nom-de-l’enfant-Jésus, sur Saint-Dominique entre St-Joseph et Laurier. La cause était noble : je me souviens plus trop, voyage d’entraide en Afrique sub-saharienne ou nettoyage d’une plage à Sorel. Il y avait un band de blues pas pire et des grillades faites par des Portugais de Ville Saint-Laurent.

Faique c’est ça qui est ça : la soirée progresse, les jupes commencent à lever, les gens dansouillent mollement. Les organisateurs sont contents puisque des alcooliques friqués sont présents en grand nombre et ils peuvent donc espérer réaliser leur projet d’éradication de la punaise en Amérique centrale.

Je regarde le spectacle en pensant à tous ces accords que je ne connais pas sur une guitare lorsque me vient une envie comme on dit “impérieuse” de pisser. Me levant, je me dirige vers une direction (un de mes dadas) en cherchant le signe d’une salle d’eau. N’en trouvant pas, je procède à une analyse de la situation : continue-je-tu ou demande-je-tu mon chemin à un quidam? Comme j’ai lu Nietzsche, je valorise l’autonomie de l’individu et décide d’assumer pleinement mes envies et je continue.

Aviez-vous remarqué que le sous-sol d’une église est souvent situé à proximité d’un lieu de culte?

Je me retrouve donc seul, dans un long corridor sordide (j’ai tourné à droite, puis deux fois à gauche, au hasard). Malheureusement aucune lumière au bout du tunnel, seulement une porte avec écrit “Chapelle” dessus. La poussant, je me retrouve dans ladite et j’aperçois sur ma gauche des confessionaux béants. J’ai toujours voulu dire à un confesseur “Mon père, pardonnez-moi parce que j’ai menti la semaine dernière lorsque je me confessais. J’ai dit à l’autre curé que j’avais menti, mais ce n’était pas vrai”, puis partir et laisser ce pauvre homme à ses ruminations sémanticologiques. Bien que je ne déteste pas à l’occasion mentir à un saint homme, le temps était mal choisi pour lister mes péchés.

Donc, me voilà dans ce lieu qui a connu tant de baillements et de soupirs agacés à chercher l’endroit où je pourrais tordre ma vessie à sec. Les curés vont-ils aux toilettes ? Avec la moyenne d’âge des célébrants de nos jours, ne devraient-ils pas mettre un urinoir à distance de marchette? Me voilà sur l’autel, à fouiller les rideaux (pourquoi mettent-ils toujours des rideaux dans les églises? au cas où les gens commencent à huer pendant la messe et réclamment un vaudeville?)

Soudain, tadam !, une porte dérobée se trouve là, enfouie sous des tentures couleur rouge-sang-du-seigneur-notre-sauveur. Mon envie d’uriner s’accèlère. J’ai d’ailleurs remarqué que l’envie de pisser atteint toujours un paroxysme lorsque tu ouvres une porte (ou pire : lorsque tu essaies de trouver une clé pour ouvrir une porte).

Je pousse la porte et c’est CE moment que le système d’alarme choisit pour se déclencher. Et on ne parle pas ici d’un petit ouain-ouain, genre grand-mère ne veut pas qu’on lui vole ses paparmanes, ô non. On parle ici d’un boucan de tous les enfers (propice?). En plus, une église, quand on parle d’écho, on fait peut-être mieux, mais on doit alors appeller ça une chaîne de montagnes, non? Ce système d’alarme n’a pas été conçu pour avertir de la présence d’un intru : il a été conçu pour neutraliser l’intru ! Ça fait genre HIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII ! (pause) HIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII ! Évidemment, à cause de l’écho, la pause n’en n’est pas vraiment une. C’est inhumain, insuportable, inaudible tellement c’est puissant. Tu sens qu’il te faudra faire le deuil de l’ouïe et te rabattre sur un autre sens, le toucher ou le goûter peut-être. Tu songes à Beethoven, à Ginette Reno !

Et j’ai toujours autant envie de pisser !

Donc, je fais comme tout le monde dans ces cas-là, je referme la porte et espère que la sonnerie s’arrêtera. Rien n’y fait ! Je me sauve par où je suis venu, une main sur le bas-ventre, une autre pour protéger mes oreilles. Je m’imagine que je vais passer la nuit en cellule, les pantalons mouillés et malentendant (décodeur requis) ! Je refais le chemin en sens inverse et c’est en tournant à gauche que le miracle se produit : le bruit cesse enfin et mon coeur se remet à battre normalement. Je me retrouve dans le sous-sol de l’église où les participants sont terrorisés, ils se tiennent tous par la main et se sont assis en rond pour pleurer des larmes de sang.

Finalement, je suis allé pisser dans la ruelle (où j’aurais dû aller dès le départ). Puis, je compris que ce n’était pas moi qui a déclenché le système d’alarme, mais un autre fêtard égaré qui a ouvert une (vraie) porte défendue.

Lorsque la police, les curés, les organisateurs, les gars du band de blues, les Portugais, les voisins en jaquette, les pompiers et les chiens errants lui ont demandé en tapant méchamment du pied ce qu’il faisait si loin dans les quartiers interdits du presbytère, il a levé les épaules et a dit d’un air nonchalant :

“J’avais envie de pisser un coup. J’cherchais les chiottes.”

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