Zepoulpe, 30/05/2008 [Bidons et autres contenants]

L’autre jour, j’ai fait réparer mon vélo chez Vélo V. – ça fait 12 ans que je l’ai sans me le faire voler, un reccord absolu à Mtl, et je n’ai à peu près jamais mis d’argent dessus. Mon ami T, un terrien à classer dans la catégorie des gentils, m’avait dit « passe en fin de journée, je te mettrai ta guidoline et on parlera ». En arrivant dans sa boutique qui est environ grande comme deux fois le tour de taille de Mysterious, je me retrouve nez-à-nez avec un cycliste dans son milieu naturel. T me le présente «voici F un ami très proche avec qui je fais du vélo». Je me suis demandé c’est quoi diable un ami «très» proche ?

Le F en question est habillé comme une guidoune (le revêtement du guidon), c’est-à-dire dans un lycra super-ajusté aux couleurs subtilement nuancées de jaune serin et de vert lime, entrecoupées de lignes turquoises, mauves, roses et noires. L’ensemble donne au outfit du monsieur un air vachement alpin qui n’est pas sans rappeler Eddy Merckx en danseuse lors du Tour de 69. Il marche comme une cane qui vient de se faire enculer (à cause des pédales à clips), porte une barbe blonde, des cheveux frisés blonds et un sourire qui se veut intrigant mais qui n’est que niais. Il porte bien entendu des cuissards qui laissent entrevoir sa petite graine frette de cycliste.

Quelques fois dans la vie, et malgré des dispositions adéquates (pas faim, pas soif, pas envie, pas de contravention, pas de dent qui bouge, pas de dette avec la pègre, etc.) des gens nous sont immédiatement, au moment même où on les aperçoit, parfaitement et indubitablement antipathiques. Je fais l’hypothèse que c’est une question de phéromones, mais Charles Tisseyre ne retourne plus mes appels depuis l’événement de Noël dernier.

F et moi, on regarde T mettre de la guidoline en geignant parce que c’est à peu près aussi plaisant que de mettre une capote à un manchot lors du téléthon enfant-soleil. F regarde mon Cannondale couleur vert-décâlissé en soupirant, l’air de dire «les gens roulent vraiment sur n’importe quoi». Moi je suis bien content que quelqu’un qui s’y connaît fasse cette tâche ingrate.

« Je suis content de pouvoir payer pour ne pas avoir à faire ça, que j’ai dit pour passer le temps.»

« Moi, ça me prend juste 5 minutes faire ça. Les yeux fermés. »

Super, un modeste. Pendant que T répond au téléphone, F, se croyant en droit de me parler, commence alors à me dire ce qu’il fait en termes d’exploits au quotidien (rides de bike jusqu’au Yukon, grosse maison, grosse job, responsabilités, filles accrochées à son palmarès, préparation d’un «Tour de France» en Suisse, etc.) Je l’écoute d’un air distrait (j’ai gardé mes lunettes de soleil), mais il me pompe la rate et j’ai juste hâte d’être ailleurs, sans cet ami proche.

Soudain, il se rend compte qu’il parle tu-seul.

« Bon, assez parlé de moi ! Comment tu trouves mon bike ? C’est un cadre italien que j’ai fait venir directement de… »

Pfff…

Ça, c’était mardi de la semaine passée. Depuis, j’ai vu F à 9 fucking reprises !! Chez Loblaws, à la SAQ, au Else’s, à l’animalerie, au Mont-Royal, au Parc Maisonneuve, chez un ami (qui n’a rien à voir avec lui), sur la rue Duluth ! Toujours, il a sa même criss de face de tarla, son sourire de super-héros à la retraite, une démarche de jument constipée et ses esti de souliers à clips ! Deux fois, il m’a vu sans me reconnaître (évidemment, j’étais dans la foule pendant son monologue) et c’est tant mieux, je pense que je lui aurais swigné mon cadenas en pleine face. Peut-on l’inclure dans le voyage sur Mars Amygdale, pliiiiiize ?

Je le kicke moi-même en orbite.

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Commentaires:

  • Commentaire by Amygdale, 01/06/2008:
  • Puisque tu demande, je me disais que ce serait bien d’avoir une sonde pour fourguer tous les amis proches et les chics types de ce monde.

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