Cool is Class War

«Celui qui offre des sacrifices à d’autres dieux qu’à l’Éternel seul sera voué à l’extermination». Exode 22 : 20

Avez-vous remarqué que nos braves militants du FAS ont tendance à se liquéfier pendant l’été? Certains vont jusqu’à parler de «déprime» (hihihi-hahaha-hohoho!) Rassurez-vous chers lecteurs, il n’en est rien. En fait, j’irais jusqu’à dire que les membres en règle sont alors au zénith de leur forme. Je m’explique.

Alors que j’en étais encore à mes premiers balbutiements sur le FAS, j’avais osé écrire un article dans lequel j’avais qualifié mon quotidien délirant de «gothique». N’en déplaise à Bosch, je doute que le délire fascien ait quoi que ce soit à voir avec l’angoisse de la damnation : après tout, FAS vaincra! Non, s’y j’avais à associer notre style de vie à une culture, ce serait peut-être quelque chose comme l’esprit juif. Enfin, celui que Dostoïevski décrit dans ses fameux Carnets de la maison morte. Peut-être vous souvenez-vous (ou pas, peu importe) de cette scène où un prisonnier juif célébrant le shabbat «feint» la tristesse la plus poignante en récitant les prières coutumières pour subitement, l’instant suivant,  éclater de la joie la plus exalté qui soit. Eh bien! Je crois que cette scène dépeint assez bien l’âme fascienne.

Le FAS bipolaire? C’est une interprétation plausible. Pour ma part, j’y vois une nouvelle esthétique, une forme d’exotisme intérieur.

Dommage qu’on ne s’intéresse pas vraiment à l’histoire du FAS. On saurait alors que le FAS est né spontanément lorsque, simultanément et à plusieurs endroits sur Terre : un individu louche pataugeant d’in trou d’bouette aperçu la lumière; un halluciné pris la décision d’être communiste pendant une journée ; un groupuscule terré dans un repère-labyrinthe et propulsé par l’alcool cheap décida de se dévoiler au grand jour afin de militer pour le retour du train dans une banlieue; le zepoulpe remplaça subrepticement les cadavres de nos aînés comme ingrédient de base du pablum. Qu’ont en commun tous ces événements sans lien apparent? Je dirais la déchéance achevée, la prophétie de la victoire finale et la totale acceptation de sa vanité. L’essence du FAS quoi!

Mais la chair est faible. Elle tend à succomber paresseusement au désespoir, elle se tourne alors vers de fausses idoles : «vérité», vie de famille, vidanges, V… C’est au plus sombre moment de son insigne existence, lorsque l’homo fascius croit n’être plus qu’une coquille vide que se manifeste en lui avec l’attirance d’un veau d’word qu’on embroche (veau d’or… non ? ah bon…) ce cri de pirate : FAS vaincra!

Alors pleurez mes amis, pleurez! Je sais que vous sentez alors plus que jamais cet appel qui tonne au fond de votre cœur, ce tropisme intérieur qui vous propulse vers les continents inexplorés. Pleurez, car je vous sais en train de vaincre…

À cheval sur ma bécane, je dévale à toute allure la côte Berri (je roule si vite que le ciel devient rouge). J’attache mon véhicule au premier poteau d’acier venu, je passe ma main sur mon front pour en retirer la sueur et je m’engouffre dans la station d’autobus voyageur, juste à temps pour attraper Poule de luxe et Fonny Gozier qui s’apprêtent à partir mourir ailleurs au Canada. Ils me filent les clefs de leur appartement, tout juste acquis à Saint-Henri, m’embrassent chaleureusement (leur amitié m’émeut – je suis un tendre) et disparaissent valise en main dans leur autobus. J’ajoute leurs clefs à mon trousseau, puis je repars sur ma bécane.

Le soleil me brûle le crâne. Des auréoles de sueur grandissent sous mes bras. Je remonte la ville. Bientôt, j’arrive chez T* et Bébé Astronaute dans la Petite Patrie. Je sors mon trousseau de clefs et j’ouvre leur porte. Par terre dans leur salon, mon sac de couchage déroulé et quelques effets personnels. Je récupère le tout. Bébé revient le jour même (de mourir ailleurs au Canada) et je veux lui laisser son appartement et les bras musclés de T*. Je repars.

Je roule encore. J’arrive chez moi, dans Villeray, ou du moins dans ce qu’il y a peu était encore vraiment chez moi. Je sors mon trousseau de clefs. J’ouvre la porte. J’ai l’impression de marcher dans un appartement fantôme, dans un lieu du passé, où tous les signes de ce que j’ai pu être, jour après jour, me semblent de plus en plus abstraits – c’est bien là que je dormais, toujours avec la même personne, toutes les nuits ? Je ne suis plus sûr de savoir ce qui m’attachait tant à cette personne et à ce lieu, ça me dégoûte et la nausée me monte à la gorge. Je retire mon t-shirt humide, me passe une serviette sur le corps, enfile un autre t-shirt, récupère quelques effets personnels et m’apprête à repartir lorsque – soudain – j’entre dans mon bureau, prends un gros crayon feutre vert fluo et cours dans la chambre y dessiner sur le mur une gigantesque hermine (ou une belette, ou je ne sais quel autre mustélidé) à la bouche baveuse, et je repars.

Quelques minutes plus tard, toujours dans Villeray, j’ouvre la porte de B*, qui m’a refilé ses clefs le matin même, avant de partir chanter du côté de Tadoussac au milieu des carcasses de baleines en putréfaction (est-ce cela, mourir au Canada ?). Je m’assois derrière le bureau de sa chambre, face à sa fenêtre ouverte. Dans ma poche, mon trousseau de clefs pèse lourd. Je me dis qu’aucune porte ne peut me résister, mais j’ai vraiment l’impression d’être nulle part. Est-ce ça, le nouvel exotisme ? J’habite un territoire trouble. Je me perds dans ma cartographie subjective, allant dans toutes les directions à la fois. Demain, je ne sais pas, j’irai peut-être à Saint-Henri. J’ouvrirai les portes de l’appartement de Fonny et Poule. Ils viennent tout juste d’y arriver. Leurs boîtes ne sont pas même ouvertes. C’est un espace en transition, aux frontières poreuses – l’occasion de se laisser couler vers l’ailleurs ? Je crois que je me coucherai en boule dans un coin et que lentement, je me liquéfierai.

je tourne subitement le coin de la rue, sur mon supra bolide, le maillot de bain encore humide, collé à la peau, emmitouflé, vaguement, dans un pardessus qui s’attache devant, il donne un air décent à l’entre-jambe. je pédale bien relaxe, j’arrive sur le coin d’Everett, ce coin miteux près de la plaza haute, près de ce bouiboui de musique du monde où on sert n’importe quoi à n’importe qui. un presque gang bang de crétins -et pédés par dessus le marché- me lorgnent du coin de l’œil… ce qui n’arrange rien, ils sont Mexicains. ça, ça veut dire que la sauce piquante leur dégouline sur le menton en permanence, qu’ils ont des yeux brûlés par le désir et une espèce de moustache perverse… z’avez jamais vu un type sortir de la piscine et se promener à bécane ?! de parfaits imbéciles, en gougounes, en plus… je sais que c’est bien connu, mais tu peux juste pas être crédible en gougounes et avec une moustache…

juste avant, le gamin qui a vomi dans la piscine, hier, il était encore là ce matin… coudonc criss… c’est dégueulasse, ils le font exprès, il va pas s’y remettre… par cette chaleur, le vomis et les mexicains, c’est trop de saveurs… j’ai entendu le père dans le vestiaire, il disait à qui voulait l’entendre que son fiston devait pas rester traumatisé, que dans ce temps là il faut vite remonter… il voulait surtout se justifier d’avoir ramené le gamin alors qu’on a vidé des tonnes de litres d’eau infestés de vomi, hier, par sa faute. j’adore certains enfants, mais pas quand ils vomissent dans l’eau de piscine, un jour de canicule… « mon fiston doit pas rester traumatisé, dans ce temps là il faut vite remonter »… remonter ? ah plonger, tu veux dire, innocent…

moi remonter, moi oui j’ai remonté. me suis remis à la bécane, il y a quelques jours à peine. toute ma vie j’avais chevauché la ville de briques rouges, tel un bachibouzouk… je roulais dans toutes les directions, parfois à contre courant, walk-man sur une oreille, je dévalais les pentes, je montais péniblement la Sherbrooke, la côte Ste-Catherine… j’étais passablement cool sur ma bécane. j’emmerdais personne. j’étais chic sur la route. souple et rapide. j’ai tout de même eu le gros crash : un nid de poule gargantuesque, mauditement bien caché dans l’ombre d’une rue sombre… a toute vitesse, une main en moins sur le guidon -j’étais à 2 secondes de mon ancien logis- ni vu ni connu, j’ai bumpé dedans. au dernier moment j’ai eu juste le temps de penser « tu vas avoir mal »… le vélo de montagne aplati comme une galette, les minutes dans le flou, une dame en voiture qui s’arrête et vient me demander si ça va, si j’ai besoin d’aide pour m’enlever du chemin car elle peut plus circuler… ça va pauvre cloche, je me lève… c’était la nuit, on voyait rien ou presque. pendant des semaines, les bleus sur tout le corps… on me disait que j’étais Pretty sexy. «Joseph, mmm… tu es pretty sexy avec tes bleus»… ce doit encore être cette bonne vieille fascination chrétienne pour le pathétique, le meurtri… bref, j’étais pretty sexy avec mes bleus. tellement que 5 ans plus tard j’avais toujours pas remonté…. maintenant ça y est. me suis dit, y’a rien de plus con que de ne plus faire de bécane sous prétexte que la bécane peut être dangereuse. qu’est-ce qu’une vie sans le moindre risque ? alors j’ai toléré la petite vomissure latente qui pataugeais dans l’eau, de l’autre côté de la cloison où je faisais mon crawl… Il a vomi hier, maintenant il replonge… wow, c’est une analogie de situation particulièrement savoureuse… vous admettrez.

je vais tenter de me trouver une combinaison de plongeur, ainsi en sortant de la piscine, en maillot de bain, sur ma bécane, par une chaleur torride, l’uniforme humide et collant encore sur le corps, m’offrant un peu de fraicheur quand je pédale, aucune bande de parfaits imbéciles -pédés et Mexicains- ne pourra commencer à me lorgner l’entre-jambe, sous prétexte que c’est humide ou que ça coule… il y avait semblait-il une blague là-dessous, un jeux de mot, quelque chose… ark… âhh les pd mexicains…

Mysterious, 03/07/2010 [Cool is Class War]

Rarement mon quotidien n’a été aussi mal vécu et peut-être n’a-t-il jamais été aussi propice à l’écriture de Cool is Class War. En fait, j’en écris continuellement dans ma tête et des bons, des très bons mêmes : des histoires d’une tristesse inouie, mais regorgeant d’improbables péripéties, de ces récits où on pleure en riant, où on se rit de la vie pour moins souffrir. Pourtant, ils restent dans ma tête, bien à l’abri entre les plaques de ma boîte crânienne. Souvent, je me frappe l’os frontal et me gratte le pariétal, me disant : mais cela renferme du Grand Art, les articles du FAS que vous avez toujours voulu lire, le quotidien le plus délirant qui soit. Je n’enfonce pas pour autant mes doigts entre mes fontanelles pour m’ouvrir le crâne à deux mains et en extraire ces histoires. Elles concernent des choses qui m’importent beaucoup trop et une personne qui a vraiment trop d’importance pour l’affubler d’un pseudonyme et étaler sa vie privée, même fictionnalisée, au grand jour. Je ne sais pas. Quelque chose s’est brisé. Soudain, je me méfie de l’ironie.

Bébé Astronaute, 03/07/2010 [Citations et aphorismes, Cool is Class War]

L*, 11 ans, porte un T-shirt sur lequel est écrit : « Video games ruined my life. Good thing I have two extra lives. » Après une petite remarque amusée de ma part, L* me confie d’un air songeur : « Si j’avais trois vies, je gaspillerais la première à jouer à des jeux vidéos. La deuxième, je la dédierais à ma carrière, et la troisième, à faire la révolution. »

Mysterious, 16/04/2010 [Cool is Class War, Vol de contenus]
Joseph, 03/04/2010 [Cool is Class War]

Effluves d’été, vent doux et chaud, sifflement tel celui de la tune de scorpions faisant allusion au vent. la pièce joue justement sur la radio portative du vieux en jogging qui nourrie les mouettes. ton st-guillaume fait scouic scouic sous la dent, tu fais des mélanges incongrues dans ta bouche, la glace de ton fond de verre de café glacé, une tomate séchée, pendant que coco acto t’en passe des vites, tu cherches dans ton jeux de cartes des doublons ou des triplons, mais finalement t’es plus intéressé par le requin 3D qui se trouve dessus. wharg !!! tu bouges la carte et sa grosse gueule veut t’avaler tout rond. merveilleux jour de pseudo-été au parc jarry, quand soudain tu entends des voix graves et fortes murmurer des mots qui ne sont pas doux à ton oreille… scrotum… testicules… c’est l’intestin grêle, non tu te trompes, il a la aorte de travers, tu dois d’abord lui écarter la jugulaire… le muscle dartois, il avait le fascia spermatique externe déplacé. oui le scrotum se fond dans la peau de l’abdomen…. C’est comme le monde qui parlent au cinéma, comme ceux qui marchent sur toute la largeur du trottoir quand t’es pressé. En leur expulsant d’un trait une pluie meurtrière de brisures de glace de café latté j’ai hurlé « Taisez-vous. Voulez-vous vous taire? Je vous défends d’employer des mots grossiers. » Toute la vulgarité des truckers peut s’éprouver dans les parcs les plus feuillus et en compagnie d’individus en apparence tout à fait fréquentables.

Bon, ça fait une bonne année déjà que je songe à recevoir pour Noël, c’est-à-dire caller un Noël des mal-aimés***. (suite…)

Chère Maman, (suite…)

Je n’ai pas d’idées précises, c’est plutôt une émotion, une intuition, une vague vision, que je développe, en tâtonnant; c’est que je n’ai pas de mémoire, pratiquement aucune, j’oublie tout, chaque détail, les raisons, les gens, leurs histoires, tout comme mes cours d’histoire, ma culture générale, les règles des jeux de cartes, les livres et films que je regarde, sauf ceux visionnés cent fois, encodés par la force. les visages me disent quelque chose, j’essaie de comprendre d’où ils me viennent, qu’est-ce qu’ils me signifient, il faut qu’on m’aide à me souvenir. Je ressens un vide cervical, dans ces moments là, il faut que je me frotte le dessus de la tête avec vigueur, comme pour stimuler quelque chose, ce qu’il reste, ce qui fonctionne encore. Est-ce que j’ai pris trop de drogue ? Est-ce ma tête qui cherche à me protéger de mes pires souvenirs, ou est-ce que j’ai juste trop bouffé de sandwichs emballés dans du papier d’aluminium ?! Comme ma grand-mère, vais-je finir sénile, alzheimer, radotant, inquiet et agressif. Je lis «un roman français» de Beigbeder, il parle justement de son amnésie, et comme moi, il en souffre. Puis il y a ces gens oubliés qui pensent qu’on se fous d’eux, que c’est par snobisme, par mauvaise foi, si on se souvient plus de les avoir frenchés en secondaire 4. pourtant ça n’a rien à voir, c’est comme s’il faut vraiment que ça brasse fort pour rester imprimé et si ça brasse trop, on l’oublie aussi. Ça me réconforte de ne pas être seul à oublier, je ne me souviens absolument pas de mon enfance et j’ai perdu des grands bouts de mon adolescence, alors il y a cette phrase tout de même qui a attirée mon attention et retenue mon approbation, dans la lecture du Beigbeder, elle parle de la musique, cette musique qui, profonde et hallucinante, sait mieux que n’importe lequel exercice de mémoire, faire remonter des vagues de souvenirs enfouies dans les abysses de ce drôle d’intestin crânien, où tout à coup des bribes de conversations ou d’émotions vives, reliées à un passé incertain, ressurgissent sans qu’on ne comprenne trop pourquoi tout à coup, ça y est… il est écrit «la musique reste mon véhicule temporel préféré, le plus rapide moyen de ruminer le passé : je suis convaincu que ma collection de 45 tours grésillants contient l’histoire dont mon cerveau m’a dépossédé.» Pour avoir souvent pleuré sans prévenir, à l’écoute de certains vieux tubes, je pense que c’est pas mal ça.

Bébé Astronaute, 09/11/2009 [Cool is Class War, Théorie]

À l’âge de sept ans, ma maîtresse d’école et ma classe au complet se ligua pour me convaincre que Dieu existait et que je devais être accompagnée pendant un an par un animateur de pastorale pour me préparer au baptême, puis aux autres sacrements que je pourrais recevoir en même temps que tout le monde. Ce que je fis sans la moindre objection de la part de mes parents.

À huit ans, mon optométriste convainquit mes parents que je souffrais d’astigmatisme en plus d’un début de myopie. Huit ans plus tard, ce verdict s’avérait faux mais ma vision était réduite à une peau de chagrin.

Le dentiste dit à mes parents que je devrais porter des broches car mes dents allaient être horriblement croches et que j’allais souffrir de l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.

Le médecin dit à mes parents que je devrais me faire recoller les oreilles si je ne voulais pas souffrir de l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.

Mon père m’emmena voir un médecin parce que j’avais les jambes croches et six étudiants universitaires vinrent confirmer le verdict. Seule une opération chirurgicale complexe parviendrait à régler ce problème esthétique qui sûrement allait m’attirer l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.

La mère d’une amie m’accusa d’avoir entraîné sa fille à fumer de la marijuana alors que celle-ci faisait de l’acide depuis l’âge de 11 ans, encouragée par ses deux cousins. La mère de cette même amie crut que la forcer à se débarrasser de tous ses effets personnels et regarnir sa chambre avec un mobilier et des décorations Ikéa exclusivement en noir et blanc – incluant un petit pierrot pleurant – était une bonne idée pour la remettre dans le droit chemin. L’amie en question n’en fit pas de cas.

Une fois par mois, pendant une semaine, une fille nous demandait à chaque récréation de vérifier si elle avait une tache rouge dans le cul.

Je compris que je n’avais rien à foutre de l’ostracisme de mes pairs et niai l’existence de Dieu.

Mon professeur de mathématiques fit allusion devant toute la classe à un film de cul célèbre qui portait comme titre mon prénom.

Mon professeur d’histoire déclara que la vie était comme un sandwich à la marde – plus tu vieillis, moins qu’il y a de pain. Il m’apprit également les trois caractéristiques du nazisme, que jamais je n’oubliai : négation de l’individu, culte de chef, exaltation de l’irrationnel.

Je décidai que mes pairs manquaient totalement d’intérêt et me trouvai des amis plus intéressants avec lesquels, des années plus tard, je militerais pour un quotidien délirant.

Je refusai d’aller à mon bal de finissants. Je ne suis jamais allée à mon party de retrouvailles.

Mysterious, 08/11/2009 [Cool is Class War, Théorie]

Selon mon premier optométriste, si j’étais myope c’est que je n’avais pas assez marché à quatre pattes – quinze ans plus tard, il s’est présenté aux funérailles de mon père.

Mon prof d’art plastique était convaincu qu’il fallait croire en la réincarnation. Il m’a aussi dit qu’à mon âge, il me ressemblait.

Dans la maison où je suis né, des icônes suintaient du gras de porc. Mon frère avait un ami qui récitait le Je vous salue Marie à l’envers en pissant sur des pierres tombales.

Mon prof de math se prenait pour la petite Aurore et portait un surnom russe. Il a voulu me prouver qu’être catho, c’était pas parfait, mais que c’était mieux que d’être païen, athée ou de croire en la réincarnation. Selon lui, Georges Brassens était maniacodépressif (ce qui transparaissait dans sa musique). Un jour, mon prof de math m’a hypnotisé devant toute la classe.

Il y a la fois où la femme de mon frère m’a dit qu’il me détestait.

Mon prof de bio : « Les condoms ne protègent pas du sida. »

La femme de mon frère s’est fait frapper trois fois par la foudre avant qu’il décide de divorcer.

Mon prof de français m’a vanté les mérites des condoms extralarges, dit que Brassens était normand (ce qui transparaissait dans sa musique) et affirmé qu’il avait lu tout ce qu’il fallait vraiment lire. Selon lui, certains étudiants se sodomisaient en plein jour sous l’escalier en béton de la cour d’école.

Au sortir de l’école secondaire, j’ai commencé à militer pour un quotidien délirant.

Je ne suis jamais allé à mon party de retrouvailles.

FAS vaincra.

Poufiasse, 29/10/2009 [Cool is Class War, Mourir au Canada]

Si on la juge à la quantité de librairie qu’on y retrouve, on pourrait imaginer que Halifax est une ville plate. Pourtant on se rend rapidement compte qu’elle torche toutes les (suite…)

Le vélo-boomerang, c’est un Giant. Et tout commence avec ce son que je déteste : la sonnerie de la porte. C’était l’été dernier. (suite…)

Poufiasse, 24/09/2009 [Cool is Class War]

Samedi,  j’ai eu comme un petit blues en rentrant chez moi. D’habitude, sur ma béacane à trois vitesses, je suis une force qui va! Pas cette fois. (suite…)

Lou Scandale, 09/08/2009 [Cool is Class War]

- Oui bonjour, c’est pour un problème

- Dites-voir?

- Ben…jme demandais…vous croyez que à force de regarder des films porno on risque de rester coincé?

- Je ne vous comprends pas bien…qu’entendez-vous par ‘rester coincé’?

- J’entends par là que je n’arrive plus à savoir si je vois la vie du même bon oeil, et surtout, je me demande si finalement…je mérite les choses qui s’offrent à moi. Tenez par exemple. Je n’arrive plus à faire l’amour à ma femme. Non pas qu’elle ne me fasse plus d’effet, au contraire. C’est juste que je ne sais plus si je la mérite, et si justement procéder à un acte de chair avec elle ne serait pas un outrage impardonnable à sa personne. Parce que, voyez-vous je la respecte!

- Oui mais vous vous rendez bien compte que justement, la consommation dudit mariage fasse partie intégrante de la manoeuvre, surtout si par surcroît, vous ressentez encore un tant soit peu de ressenti! Vous rendez vous compte du nombre de gens qui vous envient mon cher…?

- Harold. Non non vous mélangez. Je vous parle d’un problème plus profond. Je veux dire…ma VISION a changé. Mon interprétation du monde a changé. Chaque chose que j’entreprends dans la vie réelle est, j’en ai l’impression, tout le temps en rapport avec le monde des trois iquses. Je voudrais que cela cesse, et je vous demande alors si je vais rester coincé là dedans, car je ne peux plus me souffrir une minute de plus. Ma tendre….ma belle Jocelyne hier m’a fait le plus beau des cadeaux qu’il soit et je n’ai été guère plus à la hauteur qu’un moins que rien.

- Qu’est ce qui s’est passé on vous prie?

- Nous avions terminé le souper, une si belle quiche. Et comme à l’accoutumé ma Jo se lève et s’absente le temps d’un lavage. Jusque là tout va bien, je me sens tout à fait sujet à la suite, me ressers un verre de Suze et prends position sur le sofa, face à la porte, en signe d’approbation. Elle sort endimanchée et s’execute. J’veux dire, y’en a rien à en redire justement. Vous voyez, c’est ma femme, c’est pas pour rien! Sauf que ça m’a repris encore, j’ai transposé. Je lui caressais les cheveux d’accompagnement, puis regardant son doux visage procéder, c’est apparu comme je vous vois à travers ce combiné :

SHE LIKES CUM ON HER WHORE FACE
MATURE BRUNETTE WANTS IT HARD IN HER TIGHT ASS

Qu’est ce que vous croyez ??? Je la respecte bien trop pour accepter ce genre de pensées. Je lui ai donc dit d’immédiatement arrêter parce qu’elle valait bien mieux que ça.

- Je comprends qu’elle n’ait pas compris.

je suis à l’étranger, depuis plusieurs semaines, déjà. je vis dans une caravane où se croisent thermites, araignés et où les rats et les poules mortes jonches le sol, tôt le matin, au moment de prendre son petit déjeuner… je me lève, écoeuré, je m’en vais m’écraser sur la plage.

sur le périple, des créatures des temps anciens nagent dans les eaux : ce sont les GMIWTF (grand-mother i want to fuck), elles sont à poil, leurs nichons sont aussi brun que de la sauce à poutine, leurs prothèses mamaires fondent sous le soleil de plomb, certaines ont dégainées leurs courbes naturelles, ça dégringole jusqu’aux genoux mais avec lustre, avec gloss; elles ont proche 80 ans mais se fringuent comme leurs arrières petites filles, devenues ados.

pourtant, le destin de ces protagonistes mérite toute notre attention, alors que des milliers d’espèces naissent puis disparaissent, elles ont suent traverser le temps, elles ont survécues au cataclysme du temps, elles sont des fossiles vivants ! Leur anatomie intrigue les scientifiques depuis toujours, elles sont des survivantes, des chattes sur plages brulantes ! L’une d’elle aime porter un brassard de l’armé, elle a découpé deux trou autour des mamelons, probablement avec ses dents. Sa longue perruque blonde voltige au vent, comme la vraie queue d’un cheval, comme la queue de ce type, là-derrière, bon, bref.

Sur les vastes plages, les GMIWTF sont des proies faciles elles s’écartillent et se crèmes les unes les autres, elles tournoient en masse, guidées par leur demi cerveau, c’est le carnage, de nombreux baigneurs tombent entre leurs cuisses brunes.

sur ma droite, une bande de chaines en or et de poupounes à peine pubères se dandinent , ils atteignent leur maturité sessuelle dès l’âge de 10 ans. et se masses eux aussi sur l’air d’une musique de leur radio portatif : «   des mamours, des discours, mais toujours pas d’amour, la la la la la »

je regarde les GMIWTF, moi je les aimes bien, je pourrais m’en prendre une; ici, la pêche à la GMIWTF est libre et sans aucune restriction. Je pourrais exploiter les ressources extraordinaires de cet animal, c’est une sorte d’antibiotique primitif à la vieillesse bactérienne. Je me lance,  entouré par des mâles empressés -en plein été, ici, c’est un rituel essentiel- j’en choisie une, la mienne est plus grosse, la mienne est plus vieille.Vu les services que rend cet animal, ça me semble normal de lui renvoyer la pareille. si je ne rencontre pas de vents contraires, je devrais y arriver sans escalle, je vivrai alors en couple pendant toute la saison des amours.

pour la survie de l’espèce, les pouvoirs publics s’efforcent d’entretenir cet équilibre fragile, pour que dans quelques années, leurs enfants puissent se régaller à leur tour, si toutefois elles survivent jusque là… souvenez-vous alors de la danse des GMIWTF, et de leur mystérieux ballet au creux des océans…

Poufiasse, 13/07/2009 [Cool is Class War]

Je regarde vers le ciel et ressens cette rare sensation de bien-être que seules procurent les journées ensoleillées.  Je vais jusqu’à fermer les yeux pour mieux apprécier le moment, mais quelque chose me fait défaut :  si mon esprit réagit favorablement aux rayons du soleil, ma peau peine à ressentir sa chaleur caractéristique.

Finalement il fait juste gris. Foutues lunettes jaunes.

Bébé Astronaute, 08/07/2009 [Cool is Class War, Mourir au Canada]

J’ai passé la soirée d’hier à naviguer sur Internet, en commençant par la lecture d’une série d’articles du Devoir sur différentes façons de s’approprier la ville. J’y appris bien peu de choses — familière avec les mouvements de jardinage guérilla, j’avais déjà entendu parler des jardiniers de la Pointe libertaire, du Roerich Project d’Emily Rose Michaud et d’apiculture urbaine (j’ai un ami punk en banlieue de Paris qui produit un miel très prisé des gastronomes grâce aux interdictions municipales en matière de pesticides et aux nectars exotiques des jardins particuliers) — mais je pris quand même un certain plaisir à voir que je n’étais pas la seule à chercher des trésors cachés dans les interstices de la ville et que maintenant, les journaux sérieux en parlaient. Je terminai mon périple sur le blogue d’un espèce de naturaliste urbain y relatant les observations faites au cours de ses promenades quotidiennes à la découverte de la flore montréalaise. Tout comme moi, ce gars-là rêvait d’un « réseau d’espaces verts interconnectés » s’immisçant dans le tissu urbain.

Aujourd’hui, levée de bon matin et motivée à passer une journée productive de création, je résolus, après maintes tentatives infructueuses, de me rendre au Home Dépôt près de chez moi pour trouver le petit outil introuvable dont j’avais absolument besoin pour commencer à travailler. J’ai pensé que pourrais en profiter pour passer dire bonjour à mon arbre préféré, le févier mâle, dont les épines piquantes surpassent aisément en longueur et en rigidité celles de la couronne du Christ.

Ma visite au Home Dépôt me laissa toutefois insatisfaite. J’avais tout trouvé, sauf ce que je cherchais. Dépitée, je décidai, plutôt que d’aller saluer mon févier, de prendre une marche en passant par le terrain vague en pointe de tarte qui m’avait toujours intriguée, mais dont j’avais toujours remis à plus tard l’exploration.

Il semblait abandonné depuis longtemps, colonisé par des peupliers déjà matures, des chicots, des vinaigriers, plein de beaux arbres, quoi. Il était plein de déchets, ça sentait un peu la merde, mais moi, dissimulée par le feuillage, entre deux trois édifices industriels et leurs stationnements, j’avais l’impression de découvrir quelque chose d’extraodinaire : une zone oubliée du cadastre, une erreur d’arpentage, une enclave verdoyante au milieu d’un territoire stérile.

Au bout de la pointe, le terrain vague se transformait en un long corridor, puis un fossé grouillant rempli d’arbres mangeurs de clôtures. Ce n’était plus qu’une frontière dérisoire avalée par la végétation, l’emplacement parfait pour une section de parc linéaire. Je m’emballai et, comme à chaque fois que je traverse un terrain vague, je me pris à imaginer un sentier, quelques bancs, des fleurs, des tables à pique-nique. J’y vis aussi le prolongement de la piste cyclable s’arrêtant à côté du Home Dépôt.

Je continuai ma promenade dans les ruelles de ce quartier étrange en pleine mutation, coincé entre la Petite Italie, le Mile-End et Parc Extension, où se côtoient les lofts des édifices staliniens de l’ère industrielle et des maisons d’architectes, des entrepôts, des « boîtes à lunch » de pauvres et des condos de luxe. J’étais comme droguée aux champignons magiques. J’hallucinais. Les jardins explosaient. Le béton des ruelles était soulevé par les plantes qui jaillissaient des fissures : plantain, chardon et chicorée, mais aussi roses trémières, onagres, gloires du matin… Tout ça me semblait si beau et je me sentis pleine d’espoir pour la suite du monde.

Je me dirigeai ensuite vers la rue Saint-Hubert car je voulais aller acheter un livre sur la flore urbaine à la librairie Raffin. C’était la vente trottoir sur Saint-Hubert et j’ai vraiment débuzzé.

Poufiasse, 25/06/2009 [Cool is Class War]

Quoique celle-ci s’est passée sans trop d’anicroches. Mais en rentrant chez moi, un camelot m’envoie La Presse en pleine gueule. Je crois avoir un mauvais karma de Saint-Jean.

Bébé Astronaute, 24/05/2009 [Activités culturelles cool, Cool is Class War]

Un monsieur en complet noir, avec des lunettes cerclées de métal et une moustache comme celle de Steiner dans Corto Maltese, s’approche de notre table et nous demande si nous prenons Visa. J’ai la profonde certitude qu’il appartient au très sélect Club de Richmond.

Notre plus fervent admirateur nous avoue être passé à deux doigts de la folie après qu’un soir de brosse, il ait échappé la collection complète des fascicules du FAS dans le bain. Heureusement pour lui, nous étions là pour l’aider à remettre sa santé mentale sur les rails en lui procurant derechef les trois premiers tomes de nos Annales.

Un jeune éphèbe s’arrête longuement devant notre stand, absorbé dans sa lecture du fascicule spécial « hé hé hé ». Mysterious et moi décelons dans son oeil brillant la lueur caractéristique d’un futur sympathisant du FAS. Toujours prêt à corrompre la jeunesse, Mysterious saisit l’opportunité de lui offrir en prime le spécial « baleiner l’imbaleinable » le premier, m’évitant de justesse l’humiliation de passer pour une vieille croulante devant notre public cible. Julia Kristeva serait fière de moi.

Une mystérieuse pancarte à l’entrée des toilettes nous avise de « laisser nos sacs à la cuisine ». Assise sur la cuvette, je m’interroge en vain sur la nature des trésors que recèlent les toilettes de l’église et dont je pourrais m’emparer et dissimuler avidement dans mon sac.

Je jubile ! J*D* achète un cahier fait par E* avec une de mes sérigraphies. Je lui avoue combien j’ai été fascinée de retrouver les ateliers où je travaille dans son Journal, et combien j’étais passée près de me croire en train de vivre dans son univers de fiction. C* semble surpris que j’aie deviné qu’il était l’homme à la tête d’ours.

E* rencontre son sosie, qui ne se rend compte de rien.

Mjack est obnubilé par ce qui me semble être un petit animal non apprivoisé et non domestiqué. À mon avis, il a décidément fait le bon choix de s’inscrire à la maîtrise.

Le gars des annonces de téléphone achète à Mjack « Souvenir du Continent », une superbe sérigraphie dépeignant les drapés d’un sac de plastique.

Les serveuses du Madrid avouent à J* qu’elles « font toutte », ce qui stimule son imagination débordante. De mon côté, je me demande si les filles qui parlent de magasinage dans les toilettes font partie de « l’expérience Madrid ».

Dévoué pour la cause – pas de temps mort ni de repos

Réveil à six heures du mat. Rendez-vous à huit heures à la place E*G*. J’y arrive, traînant avec moi la fameuse valise du FAS débordante de livres et de fanzines. M’y attendaient Mjack, Bébé Astronaute et plusieurs exposants du RVPP. Vroum. Départ pour Québec dans un véhicule dirigé d’une main de maître par Mjack. Nous nous retrouvons, par une belle journée de printemps, dans le sous-sol humide de l’église où, cette année encore, a lieu le RVPP. Joseph, Coco Acto et Nicoloutre nous y rejoignent bientôt. Notre propagande est sauvage – notre victoire ne fait pas de doute. Plusieurs personnes, n’ayant souvent jamais entendu parler du FAS, achètent nos livres et nos fanzines.

Salutations aux frères qui tomberont au combat

Salutations, d’abord, à ce lecteur fidèle du FAS qui, par une nuit d’ivresse (peut-être pris d’un accès de moralité) a jeté sa collection de fanzines dans son bain. L’intégrale des fascicules du FAS a failli y passer, mais fut miraculeusement rescapée, le lendemain, à grands coups de séchoir. Notre lecteur, pris de regrets, a, cette année, pu acquérir les trois tomes des Annales du FAS. Nous l’invitons maintenant à se joindre à notre lutte pour un quotidien délirant. Il est comme Noé rescapé du déluge ; nous représentons les espèces emportées avec lui sur son arche. Saura-t-il nous mener jusqu’au Continent de plastique ?

Salutions, aussi, aux plusieurs personnes qui ont manifesté le désir d’écrire sur nos Annales. Notre site est un gouffre sans fond. Il faut savoir s’accrocher aux aspérités de ses parois (les catégories dans lesquelles nos textes sont classés, leurs thèmes récurrents, etc.) pour éviter d’y sombrer. Y plonger est risqué, mais nous savons, qu’à terme, nous vaincrons. Parcourez nos archives. Commentez les textes. Fondez une cellule du FAS. Passez à l’action dans le réel ou dans la fiction.

Les gars, lâchez pas vos études

J’ai lu dans un fanzine : « C’est ton deuxième post-doc ? Je vénère ton pénis ! Ton sperme est un nectar [dessin d’une jolie fille qui boit dans une tasse, un sourire espiègle aux lèvres]. J’aime aussi ton style vestimentaire. Défonce-moi. Yeah !!! » Ça s’appelle Séduction académique et c’est fait par des filles en art.

Vivre dans la fiction

Je sais, je sais, je suis, mais où suis-je ? Au RVPP, j’ai cru habiter les pages du Journal (fait de textes, d’images et de collages) de JD*, que j’ai lu ce printemps. Elle était assise, en chair et en os (je ne l’avais jamais vue que dessinée), à quelques mètres de nous, où elle vendait des livres et des objets d’art. Avec elle, il y avait BC*, que JD* dessine avec une tête de chat dans son Journal. Chaque fois que je le voyais, une tête féline en noir et blanc venait se superposer sur sa tête bien ronde et rose. Comme Bébé Astronaute le suggérait, il y a peu, peut-être vivons-nous, en réalité, dans les univers fictionnels de JD* ?

Un château fort espagnol gardé par des monstres préhistoriques

Retour tardif. Fourgonnette pleine d’exposants, dont le fameux J*, auteur du classique The Orgies of Abitibi. Humour. Tension. Odeurs. Autoroute 20. Arrêt au Madrid où nous découvrons, cachée derrière les murailles d’une forteresse, une turbine secrète qui transforme les excréments des dinosaures en engrais. Saurons-nous l’employer pour rendre fertiles les terres de polypropylène du Continent de plastique ? Plus loin, nous nous égarons dans le domaine privé du Club de St-Paul, une branche déviante du Club de Richmond. Ses membres y vivent nus au milieu d’un troupeau de cerfs qui, l’hiver, les réchauffent de leur haleine. Du lichen leur pousse sur la peau. Ils sont comme statufiés et, lorsqu’ils bougent, leurs articulations grincent. Shiiiiiiiiiiit. Je m’égare. Bah. Bof. Arrivée tardive à Montréal. Je dépose la valise du FAS chez moi. Moment de doute : j’ai vraiment dépensé autant d’énergie pour un truc qui s’appelle le Front d’action stupide ? Quelque part, j’aime ça. Est-ce l’impression de combattre le mal par le mal ? Trop de questions pour rien. Je repars : show (quatre bands) dans un appart. Plein de sales rockers qui écrasent leurs mégots sur un plancher en bois franc. D’autres qui s’écroulent, ivres, sur des piles de sacs de poubelle. Quelques activistes du FAS en tenue civile. Une fille avec un joli nez. Je tente de convaincre Al Hakim de la séduire (sans succès). Un quotidien délirant. À quoi bon dormir? FAS vaincra !

La matinée est fraîche, et le sommeil est bon.

Mon propriétaire se laisse vachement désirer ces temps-ci. Le plafond de la salle de bains a coulé pendant plus d’un mois avant qu’il daigne enfin envoyer un plombier aussi édenté qu’allophone pour patcher les tuyaux. Bon, faut dire qu’il était parti deux semaines en Floride, mais moi, je pense qu’il était parti plutôt en Colombie, sûrement en train de traficoter une autre affaire louche.

Il dit toujours qu’il va venir demain ou dans deux jours, puis il vient gratter un petit peu le bobo pour faire semblant qu’il a commencé le travail. Là, au moins, c’est pas si pire, il est finalement venu boucher le trou béant qui exhalait des spores de moisissures dans toute la maison depuis une semaine.

Je stresse encore plus ces temps-ci parce qu’il a envoyé un avis de reprise de logement à V*, ma voisine d’en haut – une autre folle, on s’entend bien elle et moi – qui habite là depuis vingt-cinq ans. Il a essayé de la fourrer avec une histoire de dates fabriquée de toutes pièces qui légitimait son avis envoyé un mois en retard. Or, à force de me crêper le chignon avec V*, j’ai fini par lui signer un papier qui disait que S* n’était pas, comme il l’affirmait, hors du pays en février, puisque je l’avais vu avec son gros boyau pomper le reflux dans la cave de A*, mon voisin d’à côté – qui, en passant, est un gros geek qui sait même pas qu’il est gros et qui pense bien paraître sur sa photo d’employé du mois avec sa petite cravate pis sa chemise jaune banane.

En tous cas, je me souviens très bien de ce jour-là parce que j’étais lendemain de brosse et qu’en plus d’avoir un mal de tête terrible, j’avais une soif ardente et ça m’a foutu dans une colère épouvantable de m’apercevoir que cet enfant de chienne – mon propriétaire – avait coupé l’eau sans m’avertir. Alors quand je suis sortie pour aller au dépanneur et que j’ai glissé sur la patinoire qui s’étalait devant ma porte, je vous dis pas…

À un moment donné, j’étais rendue tellement exaspérée que quand L*, mon collègue, qui a son cours de pyrotechnicien, m’a offert à la blague d’aller faire exploser un char pour moi, j’ai vraiment cru que c’était une bonne idée. Après tout, mon propriétaire est italien et ça aurait pu facilement passer pour un de ces coups fumants qu’ils s’administrent périodiquement entre eux.

Parce que vous n’allez pas me faire croire que le feu dans la boulangerie l’an passé est parti du four. Je le sais, c’est à lui ce bloc-là aussi, c’est son numéro de téléphone sur la pancarte à louer, et je suis sûre qu’il n’y a pas que moi dans le quartier qui lui en veut. D’ailleurs, il est tellement sans scrupule que c’est probablement lui-même qui a foutu le feu pour empocher l’argent des assurrances. Quand j’ai vu son numéro de téléphone sur la pancarte, je me suis dit tout de suite que je devrais enfin en profiter pour aller me chercher quelques petits bulbes d’iris dans le carré de terre qui s’amenuise à côté depuis que le local est vide. Comme ça, j’aurais au moins soutiré à S* un petit quelque chose. Ben tabarnak, je sais pas comment il a fait pour savoir ça, alors que je reluque ces fleurs-là depuis des semaines, mais le même après-midi, il est venu tout jeter dans sa maudite poubelle verte qui traînait pleine de plâtre à côté de chez moi depuis deux semaines. Heureusement, il l’a laissée traîner là comme d’habitude et le soir venu, je suis allée rescaper deux trois iris parmi les clous et les tessons de bouteille.

Tout ça pour dire que j’ai trouvé une subpoena dans ma boîte aux lettres et que je dois aller témoigner pour V* à la régie du logement vendredi. D’ici là, j’espère que S* va venir finir la job dans la salle de bains parce qu’après, il va sûrement vouloir se venger en étirant la sauce jusqu’à la fin de l’été. Au moins, si je croyais en Dieu, je pourrais toujours me consoler en sachant qu’il finira dans le brasier, mais jusqu’à maintenant, tout ce que j’ai trouvé pour apaiser l’amok qui s’enflamme en moi, c’est d’aller placarder des affiches partout où il appose ses pancartes à louer:

« Boycott S*! Comment pouvez vous encourager S* alors qu’il utilise de sales mensonges à des fins criminelles? Faux rapports, fausses preuves! Des crimes très graves et très sales ont été commis par S* et vous, vous continuez à l’encourager en laissant S* pénétrer chez vous. Lâches! Pourquoi? Parce que vous n’êtes rien d’autre que de la marde de pourris. »

mjack, 27/04/2009 [Art is Evil, Cool is Class War]

Jeudi passé je suis allé passer une partie de ma soirée au centre Clark où j’ai obtenu une résidence pour l’hiver prochain. J’avais reçu une invitation facebook dont la petite image laissait deviner un homme dont la tête était recouverte d’un truc de meneuses de claques bleu métallique. Comme l’artiste était français il aurait probablement parlé d’un truc de pom pom girl au moment de l’enfiler durant sa performance, mais  j’allais me rendre compte plus tard qu’il avait changé d’accessoire et préféré une perruque de clown rouge.

Ma relation avec le centre Clark est assez ambivalente. Je connais quelques personnes, dont J*, qui gravitent autour ce de centre et parfois j’ai de la difficulté à ne pas mettre en doute leur crédibilité quand je les écoute théoriser sur leur production. Moi et ma soeur disons d’ailleurs affectueusement de ces gens qu’ils sont de «l’école du tas d’affaires à terre et de la petite goute de peinture sur le mur» parce qu’une majorité des expos qu’on y trouve démontre une préférence pour les installations présentant ou évoquant d’une manière ou d’une autre un tas d’affaires à terre ou une petite goutte de peinture sur le mur. Des fois c’est tellement systématique que s’en est presque cute. Pourtant ces mêmes personnes n’hésitent pas à qualifier ouvertement d’autres approches que les leurs de «faciles»

Anyway, je suis allé là et il y avait plein de monde que je connaissais, alors j’allais quand même pas me mettre à chialer. J’ai écouté la performance qui en fait tenait plus du spectacle folk urbain, dans le sens ou le gars chantait en nous racontant qu’il était venu ici de France pour faire des «recherches» pour faire un «film d’horreur», qu’il nous racontait en projetant sur un écran des images qu’il prenait avec son appareil numérique. Comme un petit enfant, il racontait l’histoire de son film en se réappropriant le sens d’une série d’objets posés en tas à terre.

Un détail a malgré tout attiré mon attention et m’a plongé dans une réflexion sur une certaine forme qui me plait de l’art contemporain. En parlant de ses «recherches» et juste avant d’enfiler la perruque rouge dont je parlais au début, il a tenté de nous convaincre que la transformation du héros en monstre était une constante du film d’horreur en nous présentant deux still frames du film Carrie qu’il avait juxtaposés. Il faut dire que, pour passer de l’un à l’autre des petits clips quicktime qu’il avait faits, il utilisait une technique de montage ma foi assez DIY, celle d’afficher une après l’autres les fenêtres vidéos qu’il avait ouvertes et réduites dans le bon ordre dans le dock. Il se lance: «dans les films il y a toujours une personne qui se tranforme. Par exemple, dans le film Carrie…» À ce moment, on ne voit que la moitié de l’image, celle ou la fille a l’air normal… «au début, la fille a l’air normal, puis le film passe et après elle change brusquement.» Il fait alors glisser la bande de défilement gauche droite de la fenêtre et révèle la fille couverte de sang, les yeux hallucinés, dans un éclairage rouge. Il poursuit en faisant redéfiler l’image: «Vous voyez, au début la fille est comme ça, puis le film passe et elle devient comme ça» Il recule un peu, pointe la large bande noire entre les deux images et dit « Vous voyez, le films est là, et après, la fille devient comme ça» (en pointant la deuxième image.)

Malade non?  Je suis parti de là avec le sentiment que l’art, c’était ça. C’est après qu’il a enfilé la perruque devant son visage. Je me demande s’il a préféré la perruque rouge au pom pom bleu métallique à cause de la couleur de l’image qu’il nous a montré à l’ordinateur, mais je suis pas sûr que c’était un choix judicieux parce que plus tard en finissant sa performance il nous a foutu un faux générique «rigolo» où il remerciait un des artistes de Clark pour avoir partagé avec lui sa connaissance des pom pom girls dans le cadre de ses «recherches». D’ailleurs dans le même générique il a également remercié J* d’avoir «pris le risque de lui faire aimer Montréal» J*, qui n’aime pas l’art contemporain facile, doit avoir pas mal trippé sur les liberté de que gars prenait avec le champ lexical du mot «risque» parce que plus tard dans la soirée après avoir jasé un bout de temps avec une des membres de PME-ART, je l’ai vue qui se faisait vaguement prendre par le gars dans ses bras. Je me suis demandé s’il avait eu droit au rituel de lavage de mains et si la maison de sa mère sentait la lavande.

Zepoulpe, 21/04/2009 [Cool is Class War]

L’autre jour, je jouais à un sport de raquette (non pas celle que ça prend de la neige pour, celle avec laquelle il faut frapper quelque chose avec). En sortant du vestiaire, musclé et suant, je m’aperçois qu’on m’a appelé sur ma nouvelle mûre et que j’ai 8 messages non-écoutés.  Cinq des huit messages sont de ma voisine, une certaine J*D* avec laquelle j’ai envie d’avoir des contacts autant que j’ai envie d’avoir des verrues sur ma grai**…

Les messages sont ceux d’une personne paniquée qui a surpris un voleur sur le point de défoncer mon nid douillet. Elle m’appelle une fois pour me dire qu’il y a un voleur sur ma galerie, une fois pour me dire qu’il est parti, une fois pour me dire qu’elle a pris l’initiative d’appeler les flics, une fois pour me dire qu’elle était nerveuse sur son premier message et qu’il ne faut surtout pas que je m’inquiète, une fois pour me donner – finalement! – son putain de numéro de téléphone.

En l’appelant, je comprends l’histoire : un gars dans la vingtaine a tenté de briser la vitre de la porte arrière de chez nous, mais le bruit l’a avertie que quelque chose se passait. Sortant de chez elle, elle a entrepris de demander au mec s’il (et je cite)  » était un ami de Zepoulpe?  » Sur quoi le mec a répondu qu’en effet, il est bien un ami de ZP (big fucking surprise!) et qu’il a entendu lui aussi la vitre se briser et c’est pourquoi il est là.

J*, n’écoutant que son intelligence limitée et ses bonnes manières, est retournée chez elle sans n’y rien comprendre. Dix minutes plus tard, une pensée l’envahit qui faillit lui faire perdre l’équilibre :  « et si c’était ce même gars le voleur?!!?? » Elle regarda par la fenêtre et, ne voyant rien, elle composa le 911 et demanda de l’aide. Les policiers arrivèrent et elle raconta son histoire.

Quand j’ai appris l’histoire et en voyant l’une des deux vitres de ma porte défoncée, je me suis décidé à aller la remercier pour avoir fait fuir le voleur. Elle m’ouvrit la porte la bouche pleine – ce qui ne surprit pas. Je l’ai remerciée en lui proposant, si la situation se reproduisait, de demander à un inconnu se trouvant sur mon balcon s’il était « un ami de Luc? » Si l’inconnu tombait dans le piège et répondait « oui! », de simplement hocher la tête, de rentrer chez elle et d’appeler les flics.

J’ai pris une pause pour lui laisser digérer l’information.

Mais j’ai rapidement vu que ma proposition ne serait pas appliquée lorsque son visage, cherchant une réponse, s’est douloureusement crispé sous l’effort. Comme je ne lui tendais aucune perche pour expliquer ce que je voulais dire, elle me dit, en fronçant les sourcils de manière baroque : « mais tu ne t’appelles même pas Luc !!!! »

Je suis retourné chez nous ramasser la vitre pétée en pensant que mon voisinage, malgré ses cafés et ses petits restos, restait extrêmement dangereux.

J’ai trouvé une jolie petite table pliante au chemin l’autre jour, toute belle, toute propre, en prenant une marche le jour des poubelles. Bien entendu, je l’ai ramassée, c’est presque une compulsion chez moi, et je l’ai installée dehors à côté de la porte d’entrée, juste sous la boîte aux lettres. Comme ça, je peux enfin poser mes sacs pour prendre mes clés et débarrer la porte à deux mains quand je reviens de l’épicerie. C’est que je dois toujours tirer la poignée en même temps que je tourne la clé, sinon ça bloque et je peux pas ouvrir la porte. Enfin.

Deux semaines plus tard, T* et moi, puisqu’il faisait encore un temps de cul, on est sortis pour aller louer un film. En revenant, on voit la folle de l’autre bout de la rue, celle qui a toute la cour devant son appart barricadée de clôtures broche à foin, celle qui a toute un traînée d’enfants à sa suite, celle qui a toutes sortes de plantes empilées dans des pots pis de statues de Jésus. Ben oui, là, celle qui a un poster géant de Madonna dans son hall d’entrée ! Bon, c’est ça, la folle de la rue. Elle marche à côté de son vélo en transportant une petite table pliante, et s’empresse de rentrer furtivement chez elle. « Heille, on dirait notre table ! » qu’on s’exclame en même temps.

Ben non, ça ne se peut pas ! Voler notre belle petite table pliante juste devant chez nous, comme ça, pendant qu’on est partis louer un film, c’est ridicule ! En s’approchant de chez nous, on constate que notre petite table est toujours là. Fiou !

Mais une fois arrivés, on s’aperçoit que ce n’est pas notre petite table pliante, toute belle, toute propre, trouvée dans les poubelles deux rues plus loin qui nous attend gentiment à côté de la porte, mais une table presque exactement pareille, sauf qu’elle est toute pourrie, craquée, dévernie, brinquebalante, avec le cerne d’un verre imprimé dessus.

Shit ! Pas la folle ! Elle peut pas nous faire ça ! On avait même commencé à se dire bonjour elle et moi, à se parler de notre jardin et tout ! Je croyais qu’il y avait une sorte de solidarité intrinsèque entres les folles du quartier, quand même ! Parce que, sérieusement, je ne m’en fais pas accroire ; je m’imagine très bien ce que les voisins disent de moi en cachette.

Vraiment perplexes, T* et moi, on décide tout de même de regarder la vérité en face et d’aller voir la madame pour lui demander what the fuck. Arrivés devant la baroque barricade, on écornifle, hésitants, à travers le portillon. Elle sort. Elle s’approche en nous regardant d’un air nerveux. Embarrassés, on lui explique la situation. Elle nous dit que non, elle n’est certainement pas venue chercher la table chez nous, vraiment ! elle ne ferait jamais ça ! non ! non ! elle était au chemin, la table, le monsieur venait de mourir, elle le connaissait, le monsieur, elle peut même nous montrer la table si on veut ! Elle nous montre la table. Semblable, mais pas la nôtre. Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ? On s’en va, tous penauds.

Je suis complètement humiliée de m’être fait avoir comme ça. Elle doit être fière de son coup, la vache ; elle a sûrement un collection de tables pliantes pas pourries au salon juste au cas où elle se ferait pogner à subtiliser les tables pas pourries des voisins par sa collection de tables pliantes pourries à la cave. Tout ce que je peux faire, maintenant, c’est de l’épier d’un air menaçant chaque fois que je passe devant chez elle pour la terroriser. Peut-être que je pourrais lui voler son petit Jésus en plâtre ?

Bébé Astronaute, 05/04/2009 [Cool is Class War, Manger pour «vivre»]

Je sais, c’est une joke de matante, mais combien de fois dans une vie j’aurai l’occasion de la faire une autre fois? Deux grands gars noirs comme la nuit, genre congolais, sont à côté de moi au marché devant le gars qui vend des oeufs et se demandent s’il y a une différence entre les blancs et les bruns. Comme je sais que même si les bruns sont plus chers, ils ont tous deux la même saveur et la même valeur nutritive, je m’immisce dans la conversation : non, y’en a pas, c’est comme les humains.

Bébé Astronaute, 21/03/2009 [Art is Evil, Cool is Class War]

Depuis que le printemps nous gratifie de ses caresses, j’ai recommencé à pratiquer une de mes activités préférées : la marche. Pas la marche comme moyen de transport, non, ça je l’ai fait tout l’hiver et, croyez-moi, j’en ai mon truck. En cette saison, le vélo s’avère définitivement supérieur.  En fait, la marche qui m’intéresse est psychogéographique. C’est la dérive, comme l’appelaient les situationnistes.

Sans but précis, ce genre de promenade aboutit souvent dans un cul de sac, mais mène parfois à des découvertes extraordinaires. Et la soirée d’hier a mis la barre haute quant à mes prochaines explorations urbaines.

T* et moi étions allés flâner aux alentours du viaduc Van Horne. Sur Saint-Laurent, de l’autre côté du feu parc sans nom, sous le viaduc, se trouvaient de curieuses installations modulaires faites de matériaux recyclés, très design. Comme je l’ai appris en feuilletant le petit cahier attaché à chacune d’elles, ces oeuvres étaient le fruit du travail d’un groupe d’étudiants en architecture, qui proposaient une réflexion sur le thème de l’habitation. Leur démarche était expliquée de façon détaillée dans le cahier, mais étant donné que mes facultés mentales étaient quelque peu affaiblies, je ne me suis pas trop attardée sur le sujet. Nous avons continué notre marche.

Juste un peu plus loin, une pile de pneus. Était-ce des déchets? Était-ce de l’art? Nous nous sommes approchés. Certains pneus étaient recouverts d’une housse faite d’un joli tissu à motifs imprimés, très propre, qui semblait faire de chacun d’eux une sorte de siège. J’en ai essayé un. En effet, c’était assez confortable. Les pneus étaient attachés ensemble par de solides attaches de plastique, créant un filet indestructible ponctué de taches colorées formées par les housses. C’était définitivement de l’art. Un peu à l’écart, un pneu solitaire traînait dans un flaque d’eau. Faisait-il partie de l’oeuvre? Quelques lignes mystérieuses tracées à la craie nous faisait croire que oui.

Nous avons continué notre route. Un amoncellement de morceaux de bois a attiré notre attention, mais cette fois, c’était certainement un tas de déchets, piquants, pourris, bons à rien.

On s’est dit qu’on en avait assez vu pour la soirée et qu’on allait rentrer à la maison, en passant par la rue Saint-Dominique, là où elle s’interrompt pour laisser place à la voie ferrée. On voulait voir s’il y avait encore quelqu’un qui squattait dans le tas de neige. C’est que la veille, en passant par là, on avait vu un chien, tout seul, qui semblait excité de voir des passants. On s’était approchés, croyant qu’il était perdu, mais le chien s’était mis à aboyer et était rentré se réfugier dans une cavité creusée dans la neige. Il avait une laisse autour du cou. On s’était dit alors qu’il y avait un bum qui s’était fait un trou pour dormir là et qu’on ferait aussi bien de le laisser tranquille.

Il avait fait chaud durant la journée et la neige avait commencé à fondre considérablement. En arrivant près du tas de neige, on a vu qu’il y avait non pas une, mais quatre cavités creusées à différents emplacements autour du tas de neige. En s’approchant de l’une d’elles, on a constaté que ce n’était pas une cavité, mais un tunnel menant à une pièce en forme de dôme creusée sous la neige. Contre le mur, un banc de neige formant un cercle autour de la pièce était jonché de quelques bouteilles de bière. Ce salon avait deux autres entrées, deux tunnels menant à d’autres chambres creusées dans la neige. Le premier, à gauche, menait à une alcôve visiblement destinée au sommeil. Celle-ci avait une autre issue, un plus petit tunnel faisant probablement office de sortie de secours.

L’autre tunnel partant du salon menait à une plus grande pièce, à ciel ouvert. Au milieu, quelques blocs de béton disposés en cercle contenaient les braises d’un feu éteint. Probablement la cuisine. Un tunnel menait à une autre chambre dont le plafond était partiellement fondu. Toutes ces chambres étaient reliées entre elles et constituaient une sorte de labyrinthe, un village secret complètement dissimulé sous la neige. Sans le chien effrayé, nous serions probablement passés à côté sans jamais nous apercevoir de rien.

Quel contraste et quelle étonnante simultanéité entre les découvertes de cette soirée! Comme tentative d’appropriation de la ville, l’art brut de ce réseau d’igloos urbains surpassait largement les simulacres d’habitations des étudiants en architecture, qui me semblèrent alors, certes intéressants, mais tellement bourgeois en comparaison!

En sortant, nous avons été surpris de voir une voiture de police stationnée tout près. Il faut dire qu’il y a toujours de plus en plus de flics dans le quartier. Peut-être venaient-ils d’expulser les habitants de leur abri de fortune, sous prétexte de les empêcher de mourir écrasés sous la neige fondante. Trop occupés qu’ils étaient à lire leur Journal de Montréal, il ne nous remarquèrent même pas. Probablement qu’ils étaient en train de se féliciter de voir encore les médias discréditer la racaille après la manifestation contre la brutalité policière.

En tous cas, vous pourrez dire à tous vos amis français qu’à Montréal, il y a vraiment du monde qui vivent dans des igloos.

Robodrigue, 25/02/2009 [Cool is Class War, FAS - Rencontres]

(Cet article est la suite et la fin d’un récit entamé ici)

J’avais un message en attente; pendant ma mise hors fonction, la base a communiqué avec moi :

Bip. Connexion rétablie. Bip. L’amour! L’arme fatale! Bip. Mettez de l’huile, camarade androdrigue, sinon, vous êtes foutu! Brzzzip. Ondes brouillées. Brrrrrzzzzzzzzziiiiiiiiiippp…

- Mysterious

On avait réparé mes jambes, mais mon bras gauche était je ne sais où. Je regardai autour de moi; j’étais toujours dans le désert, des dunes à perte de vue. C’était toujours la nuit, mon horloge interne m’indiquait que deux seules heures s’étaient déroulées depuis l’affrontement. J’étais seul, impossible de me lever; mes jambes, bien que réparées, étaient débranchées de mon processeur. Mais si on avait réparé mes jambes, il était clair qu’on avait des plans pour moi et j’étais prêt à parier que ça n’incluait pas une pute… à ma grande déception.

Mais qu’avait bien voulu dire Mysterious avec son message? Comment avait-il été mis au courant qu’on m’avait tendu un piège? Je regardais les étoiles à l’horizon je me disais que l’un de ces points lumineux devait être Gigapole qui, dans cette nuit maudite, se confondait parmi les étoiles. Pour la première fois, mon cœur de robot cherchait le réconfort et l’image qui m’apparut fut la racoleuse morte quelques heures plus tôt… le cerveau brûlé par l’alcool à bois, elle était devenue complètement folle, elle s’arrachait les cheveux et les mangeait, elle courait dénudée dans le désert, elle faisait des choses indicibles… mais elle m’avait séduit, surtout dans les dernières minutes alors qu’elle ne faisait qu’un long glougloutement sans fin.

Alors que je rêvais d’une nuit d’amour, deux silhouettes commencèrent à se former dans la noirceur de la nuit, elles n’étaient pas très loin, mais on n’y voyait rien. Que le grand cric me croque! C’était la pute et le modérobot! Mois qui venais de parier le contraire!

Je regardai autour de moi si quelqu’un m’avait entendu -, un vieux réflexe de gambler – et j’aperçus une canne d’huile posée à côté de moi, sûrement qu’on l’avait utilisée pour réparer mes jambes. Mais qu’est-ce que cette salope pouvait bien faire, vivante, avec ce robot.

- Robodrigue, qu’elle dit, j’imagine que vous vous demandez ce qui se passe? Je ne suis pas qu’une simple prostituée à moitié folle, je suis aussi très dangereuse.

Le modérobot s’avança vers moi et les paroles de Mysterious me revinrent à l’esprit « Mettez de l’huile, camarade androdrigue, sinon, vous êtes foutu! », j’essayais d’agripper la canne d’huile pour la lancer sur la brute, mais du bout des doigts je n’arrivais qu’à la renverser sur le sol où l’huile se répandit.

-Voyez-vous, vous n’êtes qu’un pion dans un grand jeu d’échecs, dit la pute. Nous vous avons utilisé; grâce à vos informations nous avons tendu un piège aux membres du FAS! ils sont tous en route pour venir vous chercher dans ce désert fatal! Malheureusement, une énorme pétoire à lapin les y attend.

Elle pointa au loin un énorme canon que je n’avais pas vu jusque-là, assez gros pour détruire les Annales d’un seul coup. Cette fois, mes excès n’avaient pas seulement mis en péril ma vie seule, mais l’existence même du FAS. Je devais m’en sortir et empêcher la petite prostituée d’accomplir son sombre dessein.

-Je croyais pouvoir vous utiliser, mais mes plans ont changé. Bruno! dit-elle au Robot, détruit Robodrigue immédiatement!

Le modérobot s’approcha pour se pencher vers moi dans toute la froideur que je lui avais connue jusqu’alors. Il m’agrippa par le cou et me souleva de terre.

-C’est la fin mon doux amant, avez-vous un dernier souhait?

-Non, si ce n’est de revivre cette nuit dans le désert à vos côtés.

Elle se mordit la lèvre et détourna le regard, c’était le signe pour Bruno. Le robot fit un pas par derrière pour prendre son élan et m’écraser le crâne d’un seul coup de poing. Son pied se posa directement dans la flaque d’huile, il glissa et se ramassa sur le dos avec moi par-dessus. Ni une, ni deux, je lui enfonçai mon seul bras pour lui défoncer la cage thoracique et agripper son processeur central, ses yeux aux plasmas m’imploraient, les miens exprimaient la satisfaction, j’approchai mon visage du sien pour pouvoir regarder ses yeux de près :

-Yipicaille pauvre merde!

D’un seul coup ma main broyait son processeur, provoquant une explosion qui me projeta à quelques mètres de là. Le brouillage était terminé, je remis mes jambes en état de marche grâce à la fonction blue-tooth. Je me levai dans la fumée de l’explosion pour me diriger vers la tapineuse.

La petite guenon pointait un pistolaser en ma direction en me sommant de reculer, comme je n’obtempérais pas, elle fit feu à plusieurs reprises; désolé poupée, mais il faut plus que ce joujou pour arrêter Robodrigue. Je continuai mon chemin vers elle alors que les rayons laser effleuraient à peine mon armure. Je lui arrachai finalement l’arme et serrai la petite mignonne dans mon bras où elle éclata en sanglots:

- Moi aussi je vous aime Robodrigue, mais nous vivons dans un monde où notre race a de plus grands desseins que ceux de l’amour. Si j’étais née femme et vous homme nous aurions pu nous aimer, mais les androdrigues de notre espèce sont occupés à servir les passions de l’homme!

Ainsi donc, elle était une androdrigue également. Je la regardai et me dit que c’était trop con qu’on ne puisse vivre cet amour brutal, mais si Zepoulpe ou Mysterious apprenait son existence, ils la détruiraient et me demanderaient de rendre des comptes. Je glissai ma main dans son entrejambe et en éjectai sa carte mémoire… sans souvenir elle resta prise dans cet état à mi-chemin entre la surprise de ma tendresse et le déchirement de l’amour impossible, mais ce n’étais qu’une fonction; j’enlignai mon canon en sa direction et fit feu.

Le soleil se leva et découvrit une envolée de zepoulpes sauvages; je voyais Gigapole à l’horizon:

-J’ai gardé ta mémoire dans mon cœur et, ma mignonne, un jour tu m’aimeras mais d’ici là le FAS vaincra!

Fin

Ça faisait bientôt trois semaines que ce putain de modérobot nous coupait la comunic entre moi et la base,  j’étais pris dans cette saleté de désert à la con, une de ces tarées de racoleuses, carburant à l’alcool à bois, m’avait emmené dans les dunes de fibres optiques entourant Gigapole; la d’moiselle elle avait rendu l’âme pendant l’acte, l’alcool avait brûlé la majorité de ses organes internes, surtout au niveau de la cervelle, elle en était rendue pitoyable à la fin… c’était tout de même un bon coup; pauvre fille va.

J’savais bien que cette saleté de tas de ferraille devait rouler sa mécanique dans le coin, un modérobot hors fonctions ça n’est pas laissé en liberté bien longtemps; c’était assurément un mauvais fonctionnement d’un mectron perdu dans cet enfer pour la tôle, l’émanation des bioprocesseurs sous-terrain avait dû affecté son filage, il se dégradait et allait périmer de sa belle fin… d’ici quelques demies vies, tout comme moi. Si je voulais sortir de là j’devais identifier, trouver et châtrer le malfrat. J’enclenchais mes rétrofusées et laissais le curieux processus des photons se transformer en électron dans mon processeur, ce qui me permettait de voir à la manière des hommes; je balayais le paysage de cette décharge optique sans fin.

Je planais au-dessus des dunes, un cosmos de fibre illuminé de quelques parcelles d’énergie imitait parfaitement le ciel étoilé, partout où je portais mon regard j’étais entouré d’infini, le modérobot s’y trouvait, au-dessus? En dessous? Moi j’allais devant; si un humain s’était retrouvé à ma place il en aurait perdu ses sens, mais moi j’ai un GPS qui me situe dans plus de la moitié de la Voie lactée, de la Proxima du Centaure jusqu’à Mercure je savais où j’étais, peu d’humains, ou d’robots, peuvent en dire autant… mais tant que j’étais brouillé par ce modérobot j’étais réduit à un rayon de 1 km, distance à laquelle cette quincaillerie de pacotille se trouvait de moi.

Je décrivais une grande spirale dans le ciel, agrandissant l’anneau à chaque tour complet, laissant dans mon sillage une brume radioactive azure et rouge vermeille, donnant à cette vision une allure encore plus onirique… il y avait même le grand silence du vide de l’espace. Le brouillage de mon GPS m’indiquait la direction de l’ennemi. Je larguais quelques rockettes à l’occasion dans la direction où devait être ma cible. J’approchais d’un monticule qui pouvait servir de cache, je chargeais un missile et le lançais en sa direction. Comme la rockette allait atteindre l’objectif, un dispositif antimissile surgit de derrière le monticule et fit exploser mon projectile en plein vol. Deux gigantesques bras cybernétiques surgirent du monticule et faisant voler le fibre optique dans les airs… ses yeux rouges injectés de plasma me fixaient, j’étais face à l’ennemi…

Sans crier gare l’androdrigue le plus rapide de la galaxie envoya une salve de rayons laser sur le contrevenant, qui, lui, gardait son regard braqué sur moi sans même se soucier de cette salve assez puissante pour réduire une trentaine de péripatéticiennes en bouilli – j’avais déjà fait l’expérience -. À l’impact de la volée un grand nuage de poussière optique se leva jusqu’à une centaine de mètres. Je branchais ma radio pour faire contact avec les Annales pour revenir à la base. « Ici Robo, est-ce que vous me recevez? J’aurais besoin d’un convoi de Zepoulpe immédiatement. Mysterious? Amygdale? » J’avais le système glacé par le souvenir du regard du modérobot, jamais je n’avais vu autant de haine dans un système informatique. « Alors, y’a quelqu’un? Bébé A. t’es là? » Mon système m’indiquait que je n’avais toujours pas de connexion avec la base. J’entendais un sifflement dans l’air, le doux son d’une rockette robotique. Elle m’atteint dans le cul, quel salaud ce putain de robot… une rockette dans le cul!

Je piquais du nez en vrille vers le sol sous le martellement de tirs en masse de rayons laser à radioactivité antibiologique, genre de truc qu’on ne veut pas recevoir à la suite d’un missile dans les fesses. Mon bras gauche se détacha de mon tronc et mes jambes étaient en lambeaux, hors fonction. Mon atterrissage creusa un cratère d’une profondeur d’à peu près cinq mètres et d’un rayon d’une vingtaine de mètres.

…..———–0101010000000110101011000 ——–

La pauvrette qui était morte dans mes bras la nuit d’avant me criait ses dernières paroles dans les oreilles « Robodrigue, ah ah ah, vous êtes le dernier des idiots, votre goût pour les femmes de basses vertus vous a amené jusqu’ici d’où ne sortirez jamais. » Elle savait donc quelques choses, tout ceci était un attrape-nigaud, quelqu’un à Gigapole avait mis cette merde robotique sur mon chemin… Et moi je m’étais laissé prendre à cette douce infection qui attaque l’organe reproducteur pour se rendre jusqu’au cœur… l’amour…

Suite

Sire Doneilles, 12/02/2009 [Cool is Class War, Théorie]

L’influence de son millieu sur l’individu.

J’ai récement déménagé mes pénates du coin Fullum-Ontario jusqu’au coeur du chic Plateau Mont-Royal, afin de poursuivre ma fulgurante montée dans l’échelle sociale.

Afin de célébrer cette ascention, je vais dans « une p’tite boutique » (aka dépanneur ) me chercher de la bière importée (aka de la Molson ex de l’europe).

Quel ne fût point ma surprise que de m’y voir bousculé par un malotru barbu , fleurant la trop rare douche et l’Ethylisme avancé , les bras chargée de canettes de Carling grommelant jurons et vulgarités.

De peine et de misère je réprime le reflexe Centre-Sudiste de diriger ma main vers le couteau de chasse, habituellement Duct-tapé en travers le bas de mon dos, que je ne porte plus dans ce nouveau quartier de bon gout.
En souvenir de toutes les grosses O’Keefes, bu avec ses semblables, pauvres bougres, au Bar Fullum. Je décide de laisser couler.

Je ressort, digne et souriant, de la p’tite boutique, mon pack d’excellente Pilsner-Urquel sous le bras. Quand j’entend de nouveaux jurons et le bruit d’une vessie qui se vide et c’est alors que j’aperçois le sus-mentionné bourru, appuyé sur le mur , jaunissant allégrement cette belle neige blanche et pur qui recouvre le quartier de sa chape rassurante.

Secouant la tête, je retourne chez moi écouter de l’électro Jazz et me nettoyé la tête en méditant sur la malheureuse primauté de l’éthique sur l’esthétique dans une sociale-démocratie.

Hier, je discutais dans un bar avec Ben dit « le prolixe ». Ce qui est sympa avec Ben, c’est que, malgré son jeune âge, il a compris qu’il en mettait parfois un peu trop, mais ce qui est vraiment beau, c’est que c’est plus fort que lui. Que voulez-vous, Ben, c’est Ben. Bon, anyway, j’avais perdu la trace de la belle que je pistais alors je me suis dit que je pouvais bien écouter ce qu’il avait à me raconter, d’autant plus que le sujet c’était la mythologie grecque. En aparté, si jamais vous vous retrouvez à court de conversation en présence de ma personne, startez moi sur la mythologie. Je suis un fan. Ce qui est bien avec les mythes, c’est que toute est dans toute. Pis ça fait aussi de belles histoires à raconter aux enfants (ou aux adultes, vous voyez ce que je veux dire?)

La pomme de discorde

Vous avez tous entendu parler de la guerre de Troie, mais en connaissez-vous les causes? On dit qu’Éris, déesse de la discorde (évidemment, c’est une femme), envoya une pomme d’or aux dieux pour se venger, ses divins collègues ayant négligé de l’inviter à un mariage olympien. Sur le fruit maudit était simplement inscrit : « à la plus belle ». Vous imaginez un peu le scénario : Héra, Athéna et Aphrodite sortant de leur réserve divine et se querellant afin de s’approprier le précieux trésor. Comme rien n’y fait, elles se présentent (ça c’est Ben qui l’a inventé, je crois) devant nul autre que Zeus pour régler le litige, car, en plus de présider l’assemblée des dieux, il a la réputation d’être le plus sage des êtres. Zeus de répondre alors sagement : « No way! Allez régler vos affaires ailleurs. » Déboutées, elles se tournent alors vers un mortel, Pâris/Alexandre, réputé connaisseur en matière du beau sexe. Malgré leur divine beauté, chacune des filles décide par-devers elle de mettre toutes les chances de  son bord. Alors qu’elles paradent à tour de rôle devant leur juge, elles en profitent pour susurrer furtivement des mots doux à l’oreille de notre naif de service. Héra s’approche de sa victime et lui tient à peu près ce langage : « Si tu me choisis, je ferais de toi le maître de l’Asie. » Passe ensuite Athéna qui offre plutôt de lui faire don de la sagesse divine en plus d’en faire le plus grand guerrier. Aphrodite s’avance à son tour pour lui couler ces paroles mielleuses dans l’oreille : « Choisis-moi et je mettrais la plus belle femme dans ton lit. » Pâris/Alexandre choisit finalement de donner la pomme damnée à Aphrodite et « the rest is history » comme on dit au sud de chez nous.

Les trois prétendants d’Aphrodite

Certains d’entre vous la connaissaient sans doute déjà cette fameuse histoire. Par contre, la mythologie semble silencieuse sur le cas du mariage d’Aphrodite et d’Héphaistos (bon je connais pas tout non plus). Ça m’a toujours un peu travaillé parce que, voyez-vous, en plus d’être difforme, c’est seulement le dieu des mines, des forges, du feu et des volcans (ce qui est à peu près l’équivalent du ministère des Pêches et des Ressources naturelles). Bref, c’est pas la gloire. C’est là qu’intervient le récit mythologique de Ben intitulé « les trois prétendants d’Aphrodite ».

Arrivée en âge de se marier, Aphrodite décide d’aller faire un tour à la taverne de Dyonisos pour se trouver un bon parti. Après tout, un paradis ne saurait être paradisiaque sans un débit de boisson digne de ce nom. Mais là, n’allez pas vous imaginer un endroit peu recommandable comme ceux que les fassiens et fassiennes ont l’habitude de fréquenter. Je crois plutôt qu’elle doit ressembler à un de ces clubs qu’on retrouve sur St-Laurent : vous savez ces bars où on voit des blondes platine sortir dehors en mini-jupe et talons aiguilles en pleine tempête de neige? Donc, à peine a-t-elle mis un pied dans le bar qu’elle est déjà abordée par Arès, dieu de la guerre. Arès est militaire, c’est donc un homme hardi : pas de niaisage avec lui parce qu’il sait ce qu’il veut et c’est avoir du fun. Après tout, il peut très bien y rester le lendemain au cours d’une bataille. Ça, ça fait que lorsqu’une occasion se présente, il la saisit immédiatement. Bon, vous êtes capables (j’en suis convaincu) d’imaginer un peu ce qui se dit entre ces deux-là. La déesse, jeune et inexpérimentée, fait bien sûr semblant d’être choquée parce qu’elle vient d’une bonne famille, mais au fond elle est émoustillée par l’impétuosité de son prétendant, et ce, même si ce n’est pas le plus sexy du bar. Il ne faudrait cependant pas sous-estimer Apollon, dieu du soleil et de la poésie (bon OK, c’est « théoriquement » son frère, mais passons) qui se terre dans un coin sombre. Lui, il a décidé de prendre tout son temps, après tout il chasse à l’arc. Alors pendant ce temps il pianote un peu, puis il joue de la lyre tout en feignant de ne pas être intéressé. En gros, il laisse faire Arès. Lorsque son rival s’absente pour vidanger le tonneau de bière d’ambroisie ingurgitée, il se pointe au bar et commande un verre à la fille. C’est là qu’il commence son attaque. Il lui glisse subtilement de petits mots divinement inspirés dans le creux de l’oreille alors que son haleine souffle doucement sur sa nuque. Au bout d’un moment, Aphrodite rit aux éclats et trouve que ce dernier, par sa grâce et son esprit dépasse de loin son rival qui lui apparaît dès lors par trop grossier. Les dés semblent être jetés. Alors qu’on en est rendu à conclure l’affaire, Héphaistos le « jobbeux», retardé par l’ouvrage et le gros doorman black (pourquoi d’ailleurs les doormans de bars chics sont pratiquement toujours noirs?) arrive tant bien que mal (il claudique) jusqu’au comptoir. Il est sale, couvert de haillons, il pue : tous s’esclaffent donc en voyant sa dégaine. Arrivé près d’Aphrodite, il lui déclare malgré tout sa flamme en bégayant. Et juste au moment où elle s’apprête à l’éconduire outrageusement, il sort de ses poches le plus beau des colliers de diamants (disons « l’Idée » du collier de diamants). Les pierres sont tellement pures qu’à chaque mouvement, le peu de lumière présente est réfléchie partout dans le bar comme une pluie d’étoiles filantes, et ce, jusque dans les yeux de la belle Aphrodite : « Diamonds are girl’s best friend. »  Enfin, tout ça ne change rien au fait qu’Aphrodite aura par la suite des tas d’aventures avec pas mal tous les dieux, y compris Arès. J’ai trouvé son histoire tellement édifiant que je suis reparti chez moi immédiatement après pour aller m’endormir seul… dans les bras de Morphée.

mjack, 25/01/2009 [Cool is Class War]

Ayoye  je travaille vraiment fort ces temps-ci  je dois faire un effort de mobilisation permanent pour conserver mon image d’artiste post-conceptuel street tout le monde veut que je fasse cent mille affaires pour eux  je sais pas où je vais trouver le temps pour te voir A* veut que müde Organ joue au lancement du FAS  ça marchera pas ensemble  Müde Organ c’est trop kraut rock trop salopp pour le FAS  c’est vrai que c’est moi qui ai conçu les deux esthétiques  mais il comprends pas que c’est pas parce que t’as un corps sans organe que tu peux pas prendre des trajectoires divergentes   sous l’épiderme les corpuscules de Kraus frayent comme des spermatozoïdes  A* me fait penser aux gueloues de l’uqam  tsé les filles en communication avec des mèches pis des chandails en minou qui marchent les bras croisés  elles ont tout le temps l’air d’être insultées  elles devraient fourrer des monteurs de ligne elles seraient moins frustrées

Mysterious est muet comme une carpe ces derniers jours; il est lost in redaction, ma parole ?! «Inspiration, aspirations, inspiration, disparition : c’est la respiration du poète.» disparition Fasienne, pas une disparition comme être mort là, ni comme être en manque d’inspiration là, non le trop plein d’inspiration qui renvoit à la disparition Fasienne… Comme le Fas ressent chaque fois qu’un de ses enfants s’éloigne. Rien qu’un peu.

Zepoulpe, 12/01/2009 [Cool is Class War, FAS - Rencontres]

L’autre jour, je faisais du ski de fond au Parc Maisonneuve et j’ai été témoin d’une délicieuse scène digne du FAS. Un homme en ski croise une femme qui vient en sens contraire dans la piste. C’est une femme d’un certain âge, l’air un peu guindé; on pourrait la situer dans la catégorie ex-maîtresse d’école ou bibliothécaire à la retraite.

L’homme, voyant la femme s’approcher, lui dit :

- Excusez-moi, Madame, mais faut-il dire « À n’envers » ou « À l’envers« ?

- Mais voyons, Monsieur, il faut dire « À l’envers » !!!

- Ben c’est exactement ça que vous êtes, Madame : à l’envers de tout le monde…

La femme est sortie des pistes pour laisser passer le Monsieur et, vachement pincée et offusquée comme seule une vraie petite-bourgeoise peut l’être, a rapidement fui l’environ.

Les high-five sont un luxe que ceux dont l’épaule déboîte ne peuvent s’offrir de façon pleinement satisfaisante. Il faut se contenter  de « down lows », qui n’ont pas le même éclat. (suite…)

Bébé Astronaute, 30/12/2008 [Art is Evil, Cool is Class War, Vol de contenus]

L’autre jour je suis allée chez Fichtre! pour trouver un cadeau à Mjack. En plus de Noël, c’était sa fête aussi le 27 alors je devais me forcer un peu, surtout que lui me fait toujours des super beaux cadeaux. J’ai choisi une bédé de J*D*, son auteure de bandes dessinées préférée. C’est assez volumineux, comme livre, mais je n’ai pas pu m’empêcher de le lire au complet avant de l’emballer. C’est le journal de son année 2003. C’est drôle, parce qu’elle parle souvent de Graff, l’atelier où je travaille depuis quelques années. En fait, quand je dis travaille, je parle de mes projets d’art, mais je travaille aussi dans le bureau depuis l’automne, comme employée, ce qui me permet de grappiller par-ci par-là quelques rumeurs sur l’histoire du lieu.

Je me souviens, une des premières fois que j’y suis allée, j’ai rencontré J*D* et j’étais vraiment impressionnée, mais je ne me souviens pas ce que je lui a dit ou même si je lui ai parlé. Elle a vraiment pas l’air trash qu’on imagine, en fait elle a l’air d’une personne normale. En tous cas, je ne l’ai jamais revue. Elle a arrêté d’aller à Graff pas très longtemps après, je crois. Moi, j’étais partie sur une balloune et je ne suis pas retournée pour environ six mois, alors je ne peux pas dire, vraiment, ce qui s’est passé. Dans la bédé, J*D* parle souvent de D*, à qui j’avais parlé aussi une fois à Graff et que vous avez sûrement déjà vue en spectacle avec les G*L*. Je lui avais dit que je lisais ses bédés quand j’étais ado à S**. Je pense qu’elle était rendue assez loin de Z*Z*, son alter ego, et ça a eu l’air de la gêner. En tous cas, elle non plus elle ne vient plus aux ateliers, ni J*, que j’ai vue un peu plus souvent, et que Mjack connait à cause de E*. Elles ont on atelier ensemble maintenant, à ce qu’il parait (J*D*, D* et J*). J*D* parle aussi de M*E*, avec qui j’ai suivi un cours à l’université. Je crois bien que c’est elle, parce que la chronologie concorde et le dessin est assez ressemblant. C’est drôle, parce qu’en classant les copies d’atelier à Graff, l’autre jour, je suis tombée sur le livre qu’elle ont fait ensemble à M** (J*D* en parle dans son journal) et c’est vrai qu’il n’est pas super beau. J’ai vu aussi toutes sortes d’autres objets que j’aime bien, que J*D* a fabriqués durant cette année-là et dont elle parle dans son journal. Elle parle aussi quelques fois, sans les nommer, de L* et C*, avec qui je travaille. C’est fou, je n’avais jamais remarqué que L* portait des lunettes. Et le stratagème pour camoufler C* (un autre) en le dessinant en ours, pfff, même si je ne l’ai vu que quelques fois (à
Expozine), je peux dire qu’il a vraiment une tête d’ours.

Quand je suis déménagée à Montréal, la première fois, je trippais parce que je voyais le nom des rues, des parcs, des bars que j’avais lu dans des livres ou entendus dans des chansons. Pareil quand je suis allée en France. Mais là, c’est autre chose. De lire dans un livre acheté au magasin, pas dans un fanzine broché ni un blogue, des descriptions de lieux que je connais comme ma poche, de reconnaître en dessin des personnes que j’ai déjà vues, mais que je ne connais pas, c’est vraiment bizarre. C’est comme si mon propre monde devenait un monde de fiction.

La semaine dernière, j’ai fait le classique gag de mélanger la cassonade avec du poivre.

Aujourd’hui, mon café goûte le piment fort. Pas mal.

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Mes sincères félicitations pour le FAS nouveau. La référence à F’murrr est particulièrement appréciée.

Tout comme le clin d’oeil aux momies du Guadalarajah.

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J’ai d’ailleurs pensé à pawner mes copies d’auteur de façon à ce qu’on soit les premiers à voir nos oeuvres dans les brocantes avant même la sortie en librairie. J’attends toujours des nouvelles de mon avocat.

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Pour l’occasion est pour terminer l’année en beauté, j’annonce en grande pompe mon tout premier marathon-stupide. Et hop. Un par jour, pendant dix jours! Comme les douze travaux!

Poufiasse, 18/12/2008 [Cool is Class War]

Avant-hier matin j’ai croisé M* en me rendant au travail. Il m’a avoué, désinvolte, avoir passé la nuit à faire des combats sanglants sur le mont Belllevue. Je ne me rappelle plus s’il s’agissait d’humains ou de zombies. On a ensuite parlé de ses angoisses professionnelles.

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