Mourir au Canada
Poufiasse, 26/01/2010 [Déprimer c'est ok, Vol de contenus]

« My drug addiction became the worst it has ever been, » he says. « I didn’t want to wake up in the morning any more. It was just too painful to keep on. »

For about a year he stayed in bed, wrestling the depressive side effects of hepatitis C medication. He stopped writing songs, playing the guitar, seeing friends.

« The good thing is that my life finally became so intolerable that I could no longer be bothered to go out and buy drugs, » he concludes with a parched cackle that shakes his wraithlike body. « As a consequence, in the last year and a half, a lot of good things have started to happen to me. »

source: Michael Dwyer (http://www.smh.com.au/news/entertainment/arts/still-the-boy-next-door/2008/10/31/1224956299409.html)

Bon, ça fait une bonne année déjà que je songe à recevoir pour Noël, c’est-à-dire caller un Noël des mal-aimés***. (suite…)

Chère Maman, (suite…)

Je n’ai pas d’idées précises, c’est plutôt une émotion, une intuition, une vague vision, que je développe, en tâtonnant; c’est que je n’ai pas de mémoire, pratiquement aucune, j’oublie tout, chaque détail, les raisons, les gens, leurs histoires, tout comme mes cours d’histoire, ma culture générale, les règles des jeux de cartes, les livres et films que je regarde, sauf ceux visionnés cent fois, encodés par la force. les visages me disent quelque chose, j’essaie de comprendre d’où ils me viennent, qu’est-ce qu’ils me signifient, il faut qu’on m’aide à me souvenir. Je ressens un vide cervical, dans ces moments là, il faut que je me frotte le dessus de la tête avec vigueur, comme pour stimuler quelque chose, ce qu’il reste, ce qui fonctionne encore. Est-ce que j’ai pris trop de drogue ? Est-ce ma tête qui cherche à me protéger de mes pires souvenirs, ou est-ce que j’ai juste trop bouffé de sandwichs emballés dans du papier d’aluminium ?! Comme ma grand-mère, vais-je finir sénile, alzheimer, radotant, inquiet et agressif. Je lis «un roman français» de Beigbeder, il parle justement de son amnésie, et comme moi, il en souffre. Puis il y a ces gens oubliés qui pensent qu’on se fous d’eux, que c’est par snobisme, par mauvaise foi, si on se souvient plus de les avoir frenchés en secondaire 4. pourtant ça n’a rien à voir, c’est comme s’il faut vraiment que ça brasse fort pour rester imprimé et si ça brasse trop, on l’oublie aussi. Ça me réconforte de ne pas être seul à oublier, je ne me souviens absolument pas de mon enfance et j’ai perdu des grands bouts de mon adolescence, alors il y a cette phrase tout de même qui a attirée mon attention et retenue mon approbation, dans la lecture du Beigbeder, elle parle de la musique, cette musique qui, profonde et hallucinante, sait mieux que n’importe lequel exercice de mémoire, faire remonter des vagues de souvenirs enfouies dans les abysses de ce drôle d’intestin crânien, où tout à coup des bribes de conversations ou d’émotions vives, reliées à un passé incertain, ressurgissent sans qu’on ne comprenne trop pourquoi tout à coup, ça y est… il est écrit «la musique reste mon véhicule temporel préféré, le plus rapide moyen de ruminer le passé : je suis convaincu que ma collection de 45 tours grésillants contient l’histoire dont mon cerveau m’a dépossédé.» Pour avoir souvent pleuré sans prévenir, à l’écoute de certains vieux tubes, je pense que c’est pas mal ça.

Amygdale, 16/11/2009 [Déprimer c'est ok]

Assis sur le rebord de mon lit, les mains devant le visage, je sanglote. Ma blessure est sans rémission, ma vie sans espoir, mon trouble sans accalmie. Ma plainte, si c’en est une, n’est perçue que de mon chat. Mes larmes ne mouillent que mes mains, cette lande stérile. Mes tremblements ne dissipent pas ma contrition; ma contrition ne jugule pas mes tremblements. Ma gorge est un noeud que je voudrais trancher d’un coup de dague. Je suis seul – ô combien triste et absolument seul – depuis des mois, des années, prisonnier d’un circuit dérisoire, passant par autant de tâches ingrates, saugrenues, inutiles. Je me bats, mais la lutte est vaine, je me rends et la guerre continue. Je suis tué et fragmenté. Je suis un gouffre de désespoir, un trou noir d’albédo zéro, et mon horizon est là où s’engouffrent les dernières lueurs.

La lumière est une onde
Comme ta chevelure blonde
Ou une particule
Comme tes yeux minuscules?

Las! Las! Las! Je ne me repais plus des lendemains qui chantent, car ils chantent tous faux! Tout m’est insupportable, abject, toxique. En un mot, c’est novembre.

Amygdale, 02/11/2009 [Mourir au Canada]

:) my sity is not far from Moscow.In USSR times,my sity was a close city(military),because this is a lot of military factory

- Dmitriy Boytsov

Poufiasse, 29/10/2009 [Cool is Class War, Mourir au Canada]

Si on la juge à la quantité de librairie qu’on y retrouve, on pourrait imaginer que Halifax est une ville plate. Pourtant on se rend rapidement compte qu’elle torche toutes les (suite…)

Zepoulpe, 14/09/2009 [Mourir au Canada, Triviale poésie]

C’était valonneux.

Un vallon, on pourrait dire que ce n’est rien d’autre qu’un long trou entouré de montagnes, mais ce serait mal connaître la susceptibilité des gens de la région de Thetford Mines lorsqu’on parle de trous…

La mine, ce n’est pas franchement ce qui est impressionnant : ça, c’est un gros trou sans ambition. Ce qui l’est par contre, ce sont les immenses tas de roches sortis au cours du dernier siècle de pelletage et qui jonchent la région à la manière de mastodontes inanimés. Une pelletée pour un lingot.

Mais Saint-Pierre-de-Brougthon, où on s’est réunis pour une festivité champêtre, n’est pas un trou. Non. C’est un beau petit village de 800 habitants, sis au fond d’un vau et peuplé de gens sympathiques dont certains sont presque ouverts d’esprit.

C’est dans cet environnement bucolique que nous prîmes pied, un jour de septembre pour y rencontrer de la boisson et des gigots que je m’apprêtais à faire en méchoui. SPDB est situé quelque part dans Chaudière-Appalaches, entre la Beauce et la région de Thetford.

Lorsque je me suis enquéris auprès de la caissière du dépanneur pour savoir si on était bel et bien en Beauce, elle s’est arrêtée de vendre des gratteux une seconde, s’est retournée vers moi et m’a dit d’un drôle d’air : « Ça, personne ne le sait…. » (En fait, elle a plutôt dit quelque chose comme « Chat, parchone le chavent », mais on se comprenait moi pis elle.) Ensuite, elle a rajouté : « Moi, si j’étais vous, je ne poserais pas trop cette question-là aux alentours… » (Moiche, chi ch’tais toé, je chierais pas trop dans ces champs-là »).

Reprenant nos denrées et poursuivant notre chemin, nous rencontrâmes deux vieillards qui discutaient :

- Ouais ben, je peux-tu dire qu’on a pris une sacrée rince hier soir?

- Mets-en !

- Entre toi pis moi, je me suis réveillé à matin pis QUELQU’UN avait chié dans mes culottes !

- Ça, ça se fait pas.

- Je peux pas te dire qui c’était, sauf qu’il aimait vraiment le maïs.

On a finalement pas posé la question et continué notre chemin.

Une amie, fort cultivée et intéressante – comme il en faut dans un chalet conçu pour recevoir un maximum de sept personnes lorsqu’on est treize, – tomba sur un recueil de poèmes de Rimbaud. S’exclammant bruyamment toute seule dans le noir d’un salon attenant, nous la priâmes de venir partager avec le groupe le résultat de ses lectures. Elle entreprit donc de nous lire Le sonnet du trou du cul de Roger Rimbaud (ou était-ce Kevin?). Ça donnait ceci :

Obscur et froncé comme un oeillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d’amour qui suit la pente douce
Des fesses blanches jusqu’au bord de son ourlet.

Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous l’autan cruel qui les repousse,
À travers de petits caillots de marne rousse,
Pour s’en aller où la pente les appelait.

Ma bouche s’accoupla souvent à sa ventouse ;
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

C’est l’olive pâmée, et la flûte caline ;
C’est le tube où descend la céleste praline :
Chanaan féminin dans les moiteurs éclos !

Charmés devant tant de magie, nous soupâmes en paix en méditant la profondeur des mots de ce grand homme.

Ah oui ! Les gigots étaient parfaits.


Zepoulpe, 04/08/2009 [Mourir au Canada, Vol de contenus]

L’environ était à première vue assez décevant. Quelques maisons revêtues de clabord beige, des jardinières ronflantes, des chalets agglutinés, des pins plantés trop près les uns des autres et qui, en poussant, avaient dû jouer du coude pour pogner de la lumière; côté grands singes, on apercevait des enfants (BEAUCOUP d’enfants) et des Ontariens qui croyaient sincèrement (nous allions l’apprendre plus tard) que les festivités de Canada Day ont une importance symbolique réelle dans le canadian-state-of-mind.

Pourtant, au loin, il y avait du potentiel : un lac formait un large bras qui entourait l’isthme sur lequel on avait construit le domaine. Ce lac était connecté à un autre lac par une petite rivière, puis à un autre lac, etc., et l’ensemble permettait d’anticiper une certaine forme de rêverie champêtre. N’eût été des crisses de mouches à chevreuil (pique-moi pis décalisse viarge!), on aurait presque pu parler d’un environnement charmant propice aux lamartinages.

C’est au moment où je m’avançais vers ce semi-éden (mais sans personne assez à l’aise avec sa nudité pour défier Dieu), conduisant la voiture de ma belle-mère, que j’eus souvenance d’un adage cité par un ami, fan de feu Trank Spiroberg :  « Quand c’est si beau si jeune, ça peut juste aller vers plus lette en vieillissant ».

Et en effet, un événement d’une grande laideur s’en allait survenir juste là-là.

Les bureaux de la réception étaient mal indiqués et nous dûmes nous stationner dans un endroit interdit aux civils et strictement réservé aux employés. Au feeling, il ne me semblait pas que le taux de criminalité soit très élevé à St-Émile (population : 126) et je me dis que le nombre de membres bedonnants et inefficaces de la SQ et le nombre de remorqueuses devaient être à l’avenant. Personnellement, j’allais rapidement découvrir que pas pentoute; collectivement, nous allions l’apprendre plus tard…

La jeune fille de la réception – une beauté lacustre de 21 ans avec des belles fesses et une attitude genre « c’est moi qui dit à Dieu de ramasser ses bas sales » – nous expliqua tout ce qu’il fallait savoir sur St-Émile-de-Suffolk (ça tenait sur le recto d’un feuillet noir et blanc) et nous informa sur les attractions du camp familial. Nous apprîmes ainsi que des dizaines de sports étaient physiquement à portée de main : kayak, pétanque, tennis, canot, badminton, volleyball, basketball, vélo, shuffleboard (!), natation, freese-bee, etc.

Elle en était à nous dire l’heure des repas (bordel, QUI soupe entre 17h30 et 18h30 à l’extérieur d’un centre hospitalier!??) quand nous vîmes passer le véhicule rouge dans lequel nous arrivâmes (et qui appartient toujours à ma belle-mère), rempli de tous nos bagages; le véhicule en question était curieusement monté sur une remorqueuse de fortune, genre de tracteur rouge-hémorroïde avec un treuil qui semblait s’en aller vers autre part dans un nuage de fumée bleue et nauséabonde.

N’écoutant que mon impolitesse, j’interrompis la fille lacustre et me précipitai dehors pour stopper la manœuvre. Mais trop tard ! Un gros con, parfaitement sûr de lui, s’en allait sans s’arrêter, même si je rattrapais son putain de tracteur en joggant ! Même en lui criant que mon insuline était dans la voiture, bien rangée en compagnie de mon défibrillateur, de ma seringue d’épinéphrine, de mes retro-viraux, de mes médicaments contre la pression, de mon ventolin, de ma pompe à dick et de mes boules chinoises, rien n’y fit et l’insensible continua son pout-pout de chemin.

Mothafucka…

Je revins vers la réception dans un état psychologique qui ressemble à celui dans lequel je me trouve quand je lis les commentaires donnés à ma vidéo sur FAS-rencontre.

La jeune fille lacustre, tentant probablement de dédramatiser la situation, projeta de nous rassurer en nous affirmant que « Bob est toujours comme ça avec les étrangers qui tentent de contourner les réglements… » Peu enclins à croire cette jeune plotte de campagne, et surtout peu enclins à rester dans nos suits de voyage (dans mon cas, un super one-piece en coton ouaté beige : conçu pour une femme sur le BS, mais assez fort pour un homme comme Zepoulpe !), nous nous informâmes du lieu pour trouver le Bob en question.

« Il reste pas loin, une couple de milles vers Namur, 6 ou 7 max. »

« Ok, mais comment on fait pour aller à Namur avec pas de char? »

« Hihohi! C’est vrai, on vient de vous le tower ! »

« C’est ça oui. »

« Le mieux, c’est de demander à Bob de vous emmener. »

« Bob, c’est pas celui qui vient de nous tower? »

« Ouain pis? »

« … »

« Il revient quand Bob qu’on y jase sérieux? »

« Dès qu’il aura démonté votre char. »

« Quand tu dis démonter, tu parles de le descendre par terre ou de le démonter pour vendre les pièces? »

« Euhhhh… »

« Laisse faire. »

… J’attendais moi-même la suite (que nous allions apprendre plus tard) …

Bébé astronaute, 08/07/2009 [Cool is Class War, Mourir au Canada]

J’ai passé la soirée d’hier à naviguer sur Internet, en commençant par la lecture d’une série d’articles du Devoir sur différentes façons de s’approprier la ville. J’y appris bien peu de choses — familière avec les mouvements de jardinage guérilla, j’avais déjà entendu parler des jardiniers de la Pointe libertaire, du Roerich Project d’Emily Rose Michaud et d’apiculture urbaine (j’ai un ami punk en banlieue de Paris qui produit un miel très prisé des gastronomes grâce aux interdictions municipales en matière de pesticides et aux nectars exotiques des jardins particuliers) — mais je pris quand même un certain plaisir à voir que je n’étais pas la seule à chercher des trésors cachés dans les interstices de la ville et que maintenant, les journaux sérieux en parlaient. Je terminai mon périple sur le blogue d’un espèce de naturaliste urbain y relatant les observations faites au cours de ses promenades quotidiennes à la découverte de la flore montréalaise. Tout comme moi, ce gars-là rêvait d’un « réseau d’espaces verts interconnectés » s’immisçant dans le tissu urbain.

Aujourd’hui, levée de bon matin et motivée à passer une journée productive de création, je résolus, après maintes tentatives infructueuses, de me rendre au Home Dépôt près de chez moi pour trouver le petit outil introuvable dont j’avais absolument besoin pour commencer à travailler. J’ai pensé que pourrais en profiter pour passer dire bonjour à mon arbre préféré, le févier mâle, dont les épines piquantes surpassent aisément en longueur et en rigidité celles de la couronne du Christ.

Ma visite au Home Dépôt me laissa toutefois insatisfaite. J’avais tout trouvé, sauf ce que je cherchais. Dépitée, je décidai, plutôt que d’aller saluer mon févier, de prendre une marche en passant par le terrain vague en pointe de tarte qui m’avait toujours intriguée, mais dont j’avais toujours remis à plus tard l’exploration.

Il semblait abandonné depuis longtemps, colonisé par des peupliers déjà matures, des chicots, des vinaigriers, plein de beaux arbres, quoi. Il était plein de déchets, ça sentait un peu la merde, mais moi, dissimulée par le feuillage, entre deux trois édifices industriels et leurs stationnements, j’avais l’impression de découvrir quelque chose d’extraodinaire : une zone oubliée du cadastre, une erreur d’arpentage, une enclave verdoyante au milieu d’un territoire stérile.

Au bout de la pointe, le terrain vague se transformait en un long corridor, puis un fossé grouillant rempli d’arbres mangeurs de clôtures. Ce n’était plus qu’une frontière dérisoire avalée par la végétation, l’emplacement parfait pour une section de parc linéaire. Je m’emballai et, comme à chaque fois que je traverse un terrain vague, je me pris à imaginer un sentier, quelques bancs, des fleurs, des tables à pique-nique. J’y vis aussi le prolongement de la piste cyclable s’arrêtant à côté du Home Dépôt.

Je continuai ma promenade dans les ruelles de ce quartier étrange en pleine mutation, coincé entre la Petite Italie, le Mile-End et Parc Extension, où se côtoient les lofts des édifices staliniens de l’ère industrielle et des maisons d’architectes, des entrepôts, des « boîtes à lunch » de pauvres et des condos de luxe. J’étais comme droguée aux champignons magiques. J’hallucinais. Les jardins explosaient. Le béton des ruelles était soulevé par les plantes qui jaillissaient des fissures : plantain, chardon et chicorée, mais aussi roses trémières, onagres, gloires du matin… Tout ça me semblait si beau et je me sentis pleine d’espoir pour la suite du monde.

Je me dirigeai ensuite vers la rue Saint-Hubert car je voulais aller acheter un livre sur la flore urbaine à la librairie Raffin. C’était la vente trottoir sur Saint-Hubert et j’ai vraiment débuzzé.

Bébé astronaute, 03/07/2009 [Géopolitique du logis, Mourir au Canada]

Je vous ai déjà parlé de ma vieille voisine indienne ? Elle est toujours là, sur le balcon, à surveiller les enfants. Elle ne parle ni français ni anglais, du moins pas plus que quelques mots, et j’imagine qu’elle doit souffrir parfois d’une terrible envie de communiquer avec d’autres personnes que les seuls membres de sa famille. De temps en temps, on se fait des petits brins de conversation ensemble, chacune dans notre langue, sans vraiment se comprendre. Dans le fond, ça ou dire salut ça va à ma voisine d’en haut, pour moi, c’est du pareil au même : un petit geste de bon voisinage, tout simplement. J’avais déjà réussi à déduire, à force de simagrées, que la vieille indienne voulait m’emprunter un râteau, mais là… J’étais en train d’attacher mes plants de tomates à leur tuteur en me disant que les coquilles d’oeufs, ça avait ben marché en ta cette année, quand elle s’approche et commence à me baragouiner quelque chose. Bien sûr, je ne comprends rien, mais je lui réponds quand même en français : ah oui, ils sont vraiment plus grands que l’année passée ! Dans l’embrasure de la porte, bébé au bras, sa fille me répond : c’est vrai, c’est ce que ma mère vient de dire…

Bébé astronaute, 15/06/2009 [Mourir au Canada]

Le 11 juin dernier, j’écoutais sur les ondes de Radio-Canada un entretien de l’animateur Patrick Masbourian avec Richard Arel, ex-propriétaire et fondateur du Madrid, lors d’une émission spéciale de deux heures consacrée au fameux restaurant sis au bord de la 20, à mi-chemin entre Montréal et Québec.

Après avoir raconté l’histoire de ses célèbres « monster trucks » et de ses non moins célèbres dinosaures, M. Arel déclara, lorsque l’animateur l’interrogea sur ses projets futurs, qu’il travaillait actuellement à développer « une forme d’énergie qui va transformer la planète au complet ».

Voilà, mes amis, la confirmation de nos soupçons sur la mystérieuse turbine aperçue dans le stationnement du Madrid au retour du RVPP.

Mysterious, 20/05/2009 [Activités culturelles cool, Mourir au Canada]

Le samedi 23 mai, de 11h à 18h, se tiendra la troisième édition du Rendez-Vous des Publications Parallèles (RVDPP) dans le (fameux) sous-sol de l’église St-Jean-Baptiste à Québec (470 rue St-Jean). Des activistes du FAS y seront, armés de leurs  AK-47 en foam authentique du Continent de plastique. Dans le sous-sol de cette église se cachent, sous des piles de fanzines cathos imbibés de bière, des petites bêtes non apprivoisables dont les pupilles ont la forme du Zepoulpe. La rumeur veut aussi qu’Henri H., le fondateur du célèbre Club de Richmond, y vive reclus, enfermé dans un confessionnal. Mon âme (cette salope) y ère aussi, parfois. Je l’ai perdu, un soir d’ivresse, en récitant de la triviale poésie la tête plongée dans un bénitier.

Maman, dis-moi, pourquoi dois-je y retourner? FAS vaincra!

Mysterious, 19/04/2009 [Activités culturelles cool, Mourir au Canada]

Le samedi 25 avril, à L’Escogriffe (4467, rue Saint-Denis, Montréal, au Canada, ce pays où l’on meurt), se tiendra le très chic concert de rock apocalyptique suivant :

BRIGITTE BORDEL (dont le nom, m’a-t-on dit, inspire la terreur) ;

PEDO PEDRO ET SES ENFANTS
(PP, c’est l’avenir du rock, la combinaison parfaite entre la pureté de l’adolescence et un anarcho-primitivisme à la Rock « Moïse » Thériault) ;

J’AI LE CANCER (un groupe de Trois-Rivières, ville natale de ma mère et haut lieu de poésie).

Mais ce concert, c’est peut-être avant tout cette incroyable affiche :

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J’ai trouvé cette perle dans la délicieuse Gazette de la Gendarmerie Royale du Canada.

 

« Nous n’enquêtons pas seulement sur des crimes, nous faisons réellement partie de la collectivité »

-Le caporal Ben Sewell, Gazette de la GRC, Vol. 71, no. 1, 2009, p.11


Courriel reçu pour Xième fois depuis mon arrivé sur internet (1995)

Permettez-moi de vous informer de mon desir d’entre dans le rapport d’affaires avec vous.  J’ai prie plus et après cela j’ai choisi votre nom entre tant d’autres  .
je pense que vous etes digne de la recommandation de ma prière. je me nomme Mlle FADIGA MIRIAM la seule fille des defunts  M. et Mme FADIGA moustapha Mon père etait un negociant de cacao et exploitant d’or à Abidjan la capitale economique de la Cote d’Ivoire, mon père a ete empoisonne par ses associes d’affaires. j’aimerais que vous me temoignez votre confiance afin que je fasse des affaires avec vous. Ainsi je n’aurai aucune hesitation,  me fier  vous pour des affaires simples et sincères. Ma mère est morte quand j’etais un bebe et depuis lors mon père
m’a pris a sa charge. Avant la mort de mon père le 29novembre 2003 à abidjan. Avant son deces il m’a   appelé au chevet et m’expliqua qu’il avait la somme de six millions cinq cents mille dollars USD ($6,500.000) dans un compte d’ordre fixe/ordre dans  la banque principale ici à abidjan il l’a deposé à mon nom comme etant le beneficiare de cet heritage.Il m’a egalement explique que c’etait en raison de cette richesse qu’il a ete empoisonne par ses associes d’affaires. Il à aussi conseillé de chercher un associe etranger dans un pays de mon choix ou je transfererai cet argent et l’employerai dans des investissements tel que la gestion de biens immobiliers ou la gestion d’hotel. Monsieur, je cherche honorablement votre aide des manières suivantes: (1) pour fournir un compte bancaire sur lequel transferer cet argent.(2) pour servir de gardien de ces fonds puisque j’ai seulement 22 ans.(3) Pour m’aider à immigrer dans votre pays avec une attestation de residence afin que je puisse y poursuivre mes etudes. Ainsi dit , je suis dispose à vous offrir 15% de toute la somme qui represente mon heritage en compensation pour votre effort après le transfert de ces fonds sur votre compte. En outre, vous indiquez vos options pour m’aider sachant pour
moi, j’ai la foi que cette transaction peut se faire le plus vite possible. J’aimerai avoir votre point de vue sur la question et cela selon votre disponibilite. Vous pourrez me joindre dès reception du present message a mon
email:  fad_miria2003@yahoo.fr
Merci , que Dieu vous benisse immensement.
Fadiga Miriam

Je me suis permis de rêver plusieurs fois de Mlle Fadiga, je me suis imaginé ce que ça pouvait être partager des millions de dollars avec une princesse africaine. Avant son arrivée au Canada on aurait échangé des lettres pour mieux se connaître, après tout elle me confiait sa fortune familiale, elle aurait sûrement voulu mieux me connaître. Je lui aurais parlé des méchantes filles de Montréal qui nous abandonne à nous même sans nous donner la moindre chance de leur crier notre amour! Comme je l’imaginais, il est certain que Mlle Fadiga en aurait été outrée!

« Robodrigue, qu’elle me dit, les femmes canadiennes ne sont que de petites sottes, un androdrigue de votre qualité! abandonné! C’est contre-productif. Laissez-moi m’occuper de vous, dès mon arrivée à Montréal quand je sortirai de l’avion je vous reconnaîtrai, même si je ne vous ai jamais vu je sais que je vous reconnaîtrai! C’est vôtre manière d’écrire vos lettres, j’y ressens une grande tristesse… il y a deux robots en vous, laissez-moi les aimer »

Comme elle me comprend bien Miriame, woauuuuu… Alors moi je continue ma petite vie à Montréal en attendant qu’elle arrive. Je suis bien et les gens se disent « Robodrigue a un je ne sais quoi » c’est parce que bien loin d’ici il y aune femme qui m’aime et que j’estime plus que vous tous! Quand vous allez la voir, vous allez dire « Hé bien ce chenapan avait conquis le coeur d’une superbe femme d’un pays lointain et il est rendu millionnaire, quels idiots on fait! »

Mais depuis 5-6 ans toutes les fois où j’essaie de rêver à Mlle Fadiga je ne peux que m’imaginer quelques poilus arnaqueurs devant leur écran d’ordinateur espérant me soutirer du fric pour payer leur coke et leur tapineuse… Et je me dis que ça serait un sacré bon moyen pour payer mes « excès »; j’imagine que c’est ça perdre son innocence.

Amygdale, 15/01/2009 [Mourir au Canada]

Y fait frette hein? Ça donne envie de rester sur le bord du foyer pis de raconter des histoires. Là, assisez-vous ben comme faut, m’en va vous conter une comme dans l’temps. C’est mon grand-père du bord de ma mère qui me l’a contée, un bon soir de Noël. Lui, qui s’appelait Noël, parce qu’il était né à Noël (et allait mourir un Noël), avec son pedigree, il nous évitait tout triturage de méninges: c’est invariablement lui qui faisait le Père Noël. Ça fait qu’y m’avait fait m’asseoir sur ses genoux, pis avec sa grosse voix de vieux caribou, y m’avait demandé si j’avais été sage, cette année-là. Moi, pas fou, j’avais dit oui, comme d’habitude, parce que dans le nuage de six ou sept points de réponses aléatoires à cette question, c’était celle qui était le plus régulièrement associée à une récompense. « Attention », qu’y m’avait dit. Pis là, y faisait grouiller son moignon en imitant Donald Duck « tu pourrais t’eurtrouver amanché comme moé! » Le père Noël, y lui manquait un bras, on savait pas pourquoi, nous autres, les jeunes, rapport que nos parents voulaient pas nous en parler.

« Commence pas à faire peur aux enfants, eul’père! » avait dit ma tante Monique, en passant. Mais le père voulait rien savoir : « c’est pour leu mette du plomb dans tête, à c’t'engeance-là, que je leu raconte mes histoêres. »

« C’était une fois qu’on bûchait dans les environs de Alma, ça fait ah… ton père était même pas né! » avait-il commencé. « Les moulins, dans ce temps-là, roulaient jour et nuit; du papier, on en faisait, cré-moé, y’en avait pour les fins pis les fous! Mais pour faire c’te papier-là comprends-tu, y fallait bûcher. Y fallait bûcher à longueur d’année. On vivait chichement, sur une terre. L’hiver, un petit pécule de surplus, c’était bienvenue, tandis que la femme restait à maison avec les enfants. En tout cas… sur papier! Ça fait que cette année-là, j’avais mis ma crémone, mes mitaines, pis j’étais parti bûcher. »

« Aussitôt que le train s’arrêtait à Alma, il fallait rejoindre le forman, qui nous attendait avec la chenille. On niaisais pas, on partait direct pour le camp. On roulait dans des petits chemins d’hiver, pas trop entretenus, pendant deux ou trois heures. Puis, on arrivait finalement au camp, tard le soir, et le forman nous laissait choisir, parmi cinq ou six cabanes, celle où on voulait s’installer. C’était pas le Hilton que c’té cabanes-là! On vivait six par chalet, pis le soir, m’a te dire un affaire, ça sentait l’habitant dans la place. Mais les gars étaient par r’gardants, y étaient là pour travailler, des grosses journées de dix, des fois douze heures, ça fait que le soir, tu rentrais pis tu cantais assez vite. Combien de fois j’ai vu Herménégilde – mon partner – endormi sur le sofa, le matin, avec sa pipe dans’ main! »

« Remarque, on avait pas toujours été chum, moé pis lui. Méné – comme on l’appelait -, c’était toute une armoire à glace. Il était deux fois gros comme moé, je te mens pas. Il en imposait, pis y le savait. Dans ce temps-là, les hommes forts étaient traités comme des princes, ça fait qu’y étaient portés à se croire tout permis. La première année que je travaillais su c’te camps-là, je connaissais personne, ça fait que j’avais déposé mon bardas su mon grabat sans mot dire, pis je m’étais assis dans la petite pièce commune pour fumer tranquillement pis lire la gâzette. Personne parlait. C’est là que le gros Méné était rentré, en tapant su’l mur pour escouer ses grosses bottes. Y s’était approché de moé, pis y m’avait r’gardé d’un air à me demander qu’est-ce que je faisais là. J’étais sur sa chaise, ou du moins, la place où il avait l’habitude de poser son gros derrière plein de soupe. « Ôte-toé de d’là! » qu’y m’avait dit, sans même me demander mon nom.
- Comment ça?
- T’é assis su ma chaise.
Je le r’gardais. Y touchait quasiment au plafond d’la cabane.
- Ôte-toé, ou bedon, c’est moé qui va t’ôter!
J’ai pas dit un mot. Je l’air r’gardé direct din yeux une bonne escousse, pis quand j’ai compris qu’y allait pas me sacrer patience, je me suis à peine levé, juste assez pour y ramasser le plastron de sa salopette. J’ai tiré rienqu’un coup, ben sec, pis ses brettelles ont sauté. Le gros Méné s’est ramassé en combines devant toute la maisonnée. Alors, tu comprends ben, la pudeur, dans ce temps-là… Méné était parti se cacher dans son coin, tout honteux. Nous autres, on riait comme des bons. »

« À partir de là, c’était clair qu’y ferait plus son frais avec moé, mais je voyais qu’y cherchait à me faire un mauvais coup. C’était pas une lumière, mais ça prenait pas grand-chose, sur ses camps-là, pour se retrouver dans l’trouble. Sans trop me méfier, je continuais de faire mes affaires. Un bon jour, que je bûchais à la hache, le gros Méné travaillait dans les environs avec un autre gars, avec une grande scie passe-partout. Il travaillait pour deux, ce gros boeuf-là! Son partner se contentait de tenir l’autre bout de la scie, juste pour dire qu’à restait pas coincée dans l’arbre. À un moment donné, j’ai entendu un gros craquement, puis, après un silence, ça s’est mis à crier à tue-tête. Quelqu’un demandait de l’aide. Je suis tout de suite parti voir ce qui se passait. Quand je suis arrivé sur place, j’ai vu Méné étendu à terre. Il y avait du sang partout sur la neige autour de lui. Une grosse branche sèche s’était détachée de l’arbre et lui était tombée direct sur la tête. Le gros Méné ne grouillait pas une cenne. Son partner courait en tout sens en jurant comme un cheminot, mais il n’aboutissait à rien. Le sang continuait de couler. Il fallait ben faire quequ’chose, ça fait que j’ai décidé de prendre le gros Herménégilde sur mes épaules et de le traîner jusqu’aux baraquements. »

« J’ai marché comme ça deux bons miles, dans deux pieds de neige, avec ce gros ours-là su mon dos. Quand je suis arrivé au camp, ils m’attendaient avec un attelage de chevaux. Le partner s’était déniaisé pis les avait averti de faire venir l’infirmière. Ils ont mis le gros dans le traîneau, puis ils sont parti vers le camp, où ils ont pu le transférer dans la chenille, qui partait direct pour l’hôpital. »

« Le gros Méné était revenu une semaine et demie plus tard. Il m’avait rien dit, rapport à ce qui s’était passé, mais en partant pour bûcher, y m’avait demandé si je travaillais tout seul, parce que lui, son partner était malade. Alors, tu comprends bien… On était payé à l’arbre. Bûcher à la hache, c’était deux fois plus long. Avec le gros Méné, je ferais au moins trois fois plus de coupe, et on pourrait couper des plus gros arbres. Pis quand tu bûchais des plus gros arbres, le forman t’avais dans ses faveurs. »

« Ça fait que je me suis mis chum avec Méné pis le forman, Roland, qui venait du coin. Une fois de temps en temps, y nous invitait boire un petit verre de rhum, nous autres pis les autres gros bûcheurs, dans sa cabane. Pis là… »

- Pis là quoi?
- Attends minute… je m’en rappelle plus.
- Quoi? Mais ton bras, c’est ousse que tu l’as perdu?
- Je… m’en souviens plus.
- Ça a pas rapport ton histoire!

… à suivre?

Communiqué, pour diffusion immédiate.

Expozine 2008, le septième salon annuel des fanzines, bandes dessinées et petits éditeurs aura lieu les samedi et dimanche 29 et 30 novembre, de 12h à 18h, au 5035, rue Saint-Dominique (Église Saint-Enfant-Jésus, entre Laurier et Saint-Joseph, métro Laurier). Comme d’hab, le FAS y sera.

Des activistes du FAS, en tenue de ville ou de campagne, y vendront (à perte) les fascicules suivants :

• Spécial Julia Kristeva ;

• Spécial non apprivoisable et non domesticable ;

• Spécial hé, hé, hé…

• Spécial baleiner l’imbaleinable ;

• Spécial André Serouille ;

• Spécial « Probable, mais dégage. »

Mjack exposera aussi ses nouvelles sérigraphies d’activistes en action.

Notre table d’exposition sera un lieu ouvert où il nous fera plaisir d’accueillir différents activistes et sympathisants du FAS : Poufiasse, Rhaaaa(rgl), Clark Gabeul, Sire d’oneilles, Bébé Astronaute, Robodrigue et tous les autres, soyez des nôtres ! C’est l’occasion rêvée de signer des dédicaces à vos fans en furie.

Sera, par ailleurs, annoncée la sortie prochaine des 3 premiers livres du FAS, constitués à partir de textes puisés sur nos annales :

• Tome 1: Le Quotidien délirant ;

• Tome 2 : Vers un nouvel exotisme ;

• Tome 3 : Le Continent de plastique.

Chers fasciens et fasciennes, à quoi bon en douter : nous vaincrons !

Cédrika

Commotion dans les médias
On a perdu la petite Cédrika
Chacun cherche à la retrouver
Mais nul ne sait par où commencer

(Refrain)
Cédrika, Cédrika, oh toi ma petite Cédrika
Je t’ai cherché partout partout
Cédrika, Cédrika, oh toi ma petite Cédrika
Dans les forêts dans les égouts

J’ai arpenté tous les terrains vagues
Je suis descendu dans tous les ravins
À la recherche d’un collier d’une bague
Que tu portais mais c’était en vain

(refrain)
À voir toutes ces affiches partout qu’on plaqua
Il est évident que la nation entière
Cherche à te retrouver ma petite Cédrika
Mais moi je crains que tous désespèrent

(bridge)
J’ai enfin trouvé ma petite Cédrika
Car un ange m’a dit où te chercher
Et je n’ai eu qu’à me retourner
Pour tout de suite crier « eurêka ! »

(refrain)
Je me suis tourné vers l’intérieur
Tu étais cachée au fond de mon coeur
Je cherche maintenant le coroner
Qui t’en sortira au journal de sept heure

Anyone remembers the Angry woman on Bernard street that would spew her hatred for men and patriarchy by yelling at strangers ? Man she was loud. Yelling « BLOODSUCKING VAMPIRES » was pretty much her typical opener as strolled in the café with comtempt in her eyes as fierce as her longing for cafeine.

I remember how funny it was to see the difference between patrons startled by her loud, loud i’m-crazy-out-of-my-mind feminist rants; and regulars from the café who would just continue reading their paper as if that woman going berserk ValeriFabrikant-style was just a normal daily happening. It actually was.

The secret was not to make eye-contact and let the guys from the café deal with her. She was nicer to them. She knew if she started going into a fit before she got her coffee; they would not let her have it. I guess paranoid delusions are like cigarettes: they taste better with coffee.

Anyway’s, I’m pretty sure I saw her on St-Laurent this week. She was’nt yelling. Staring at her, realizing who she was, I braced instinctively for the flow of insults that I knew would surely come my way as we’d make eye-contact.

No thousands of years of male oppression were put on my shoulders that morning.Nor was I referred to as a  bloodsucking vampire.

I believe she actually smiled back at me.

On a le beau jeu lorsqu’on place tous les politiciens dans le même panier. Dans le fond, moi je les aime bien. Surtout Jack. C’est qu’il m’envoie mensuellement une carte par la malle pour m’expliquer pourquoi Duceppe ne peut rien faire pour le Québec et à quel point Harpeur est méchant méchant. J’irais jusqu’à dire que je lui donnerais bien mon vote si les concepts de «Canada» et de «démocratie représentative» étaient signifiants. Récemment, j’ai eu  l’idée de lui envoyer une invitation à son bureau de Toronto. Je me suis dit que boire une bière avec Jack, ça doit être vraiment cool dans le sens class war. En tout cas, c’est un projet à réaliser dans un avenir rapproché.

Je disais que j’ai de la sympathie pour eux  (surtout Jack) parce que leur vie est pas facile, surtout quand vient le temps de répondre aux questions des journalistes. J’ai recueilli quelques perles lors de la conférence de presse qu’il a donné à Edmonton et qui avait pour titre (c’était ça que le ti-bandeau spécifiait en bas de l’écran) : plus de police pour combattre le crime.

Catégorie «toute est dans toute» ou «de quelle couleur est le cheval blanc de Napoléon»: Qu’elle est votre position sur la décriminalisation de la marijuana?

Catégorie «profession de foi» : Est-ce que vous croyez que la gêne occasionnée par la démission de vos deux candidats nuira à votre campagne?

À force de devoir répondre à ces deux mêmes questions en boucle pendant 10 minutes, Jack a effectivement fini par avoir l’air gêné. Ce que les journalistes n’ont cependant pas précisé c’est si cette gêne était le résultat du contenu des questions ou de leur forme. À vous de juger.

Vous l’ignoriez peut-être, mais ben au nord de Montréal, dans le village de l’Anse Saint Jean, se trouve une cellule de sympathisants du front d’action stupide. Je vous transmet une communication reçue récemment:

Depuis quelques temps, sur la route pour le boulot, il y a des travaux assez longs. comme la distance est d’environ 3 km, il y a un véhicule escorte sur lequel on a fixé une grosse pancarte orange « suivez ce véhicule ».

À chaque matin je pense au gars qui conduit, à faire les même trois kilomètres aller-retour toute la journée à une vitesse moyenne de 20km/heure. pis ça me déprime un peu. je me demande chaque fois comment il peut trouver la motivation de passer à travers sa journée.

Hier je l’ai découvert. c’était écrit sur sa plaque d’immatriculation depuis le début : FAS 109.

Zepoulpe, 29/07/2008 [Mourir au Canada]

(Encore une fois, l’entrée qui suit constitue une entorse à la catégorie Mourir au Canada, mais comme ce n’est pas la première, je me suis dit que c’était moins grave; c’est la première scrach sur ta Ferrari neuve qui fait de la peine, pas la seconde)

Bar Harbor (Maine) – C’est lorsque je l’ai vu orner les gentes de roues d’un scooter à batteries que j’ai commencé à me poser des questions et à être plus attentif à sa présence. Le vieil homme fonçait sur moi, monté sur son fauteuil électrique, façon batmobile pour olympiques spéciaux, la bouche ouverte, l’oeil déterminé à me rouler dessus à la vitesse d’un météorite venant en sens inverse du trafic. J’ai fait un pas de côté et j’ai pu éviter le bolide de justesse et j’ai vu qu’en plus des roues, on l’avait aussi accroché derrière le dossier du fauteuil, à la manière d’une cape tricolore qui flottait dans l’air mainois (ou mainien, je m’en fous).

Puis, de village en village, sur tous les poteaux et toutes les pelouses; sur les boissons gazeuses, les sacs d’épicerie, les napkins, les verres à vin, les bombonnes de propane, les ustensiles de plastique; sous la semelle de souliers faits en Chine, à l’endos des livres imprimés à Singapour, derrière les voitures japonaises; sous les ponts, sur le bord des routes, sur les pancartes; partout, toujours, il est là, flottant ou non, l’air de s’ennuyer comme un rat mort enfermé dans un vieux mur.

Grâce à sa version portative, les gens peuvent afficher leurs couleurs même en voyage : sur le BBQ de camping, accroché à la voiture, sur le parasol ou le parapluie, sur des jeans, des chaps (!) ou des casques de moto (même si le casque de moto au Maine n’est pas obligatoire, à moins que tu sois vraiiiiiiiment fif), sur les arbres synthétiques que les gens installent près de leur roulotte, sur des t-shirts, des soutiens-gorge et bien sûr sur les colliers des animaux domestiques. Dans sa version je-tiens-dans-la-main, notons les petits sachets de nutrasucre, transformés en vecteur de cohésion sociale par cet ajout étoilé.

Tant de présence et d’unanimité dans le patriotisme est pour moi incompréhensible. Déjà, à la Saint-Jean, un petit malaise me prend d’en voir autant, dansant autour du feu au son de Journée d’Amérique. Mais ici, ce n’est pas leur réunion mais leur répartition qui étonne. Il y a quelque chose d’une mélopée dans ce besoin de répéter ad nauseam cette même enseigne. Est-ce que l’Alzheimer est à ce point répandu que l’on a besoin de scander à tous bout de champ (littéralement) les couleurs de la République? Est-ce que quelqu’un, au département d’État, s’est gouré dans les quantités à commander?

Robodrigue, 16/07/2008 [Actions stupides, Mourir au Canada]

DING DONG, DING DONG

Merde mes œufs, c’est Rigoberta qui sonne

DING DONG, DING DONG

Fuck mon café, je dois aller ouvrir à la grosse folle

DING DONG, DING DONG

Tabouère mes pieds se sont pris dans mes lacets, ça c’est chien!

BADING BADANG, BADING BADANG

J’ai d’abord fait un vol plané, survolant les premières marches de mon escalier qui mène vers la grosse folle de Rigoberta. Mon cœur s’est serré. J’ai une aversion pour les marches des appartements à Montréal, celles qui datent de l’époque de L’eau chaude, l’eau frette. Elles sont recouvertes de tapis fleuris, quasi monochromes, puisqu’il n’y a que du brun en plusieurs teintes. Mes cheveux étaient dressés sur ma tête, j’ai eu la chienne de ma vie parce que ces marches tapissées des motifs de mon dégoût, vous voyez je ne les ai jamais nettoyées en 5 ans de location, elles étaient déjà méprisables à mon arrivée et j’ai réussi à empirer les choses- rentrer à quatre pattes, cigarette écrasées quand j’étais pressé, urine de chat, cadavre de coquerrelles (en fait il fait noir puisque je n’ai jamais changée l’ampoule brûlée depuis des mois, alors mon imagination en a fait un couloir abominable)-.

Mon corps a commencé par s’incliner vers l’avant, et ma gueule se dirigait vers le motif d’une grosse fleur brune qui semble être représentée sous son plus mauvais profil. Mon premier réflexe est d’étendre mes bras et mes jambes en étoile pour agripper les rampes. Malheureusement, comme mon corps était incliné par en avant, juste mes pieds se sont pris sur la rampe. Cette prise des pieds a créé comme un effet de balancier qui a projeté mon crâne directement sur la grosse fleur brune, dans le choque j’ai eu le temps de voir la grosse face de Rigoberta qui me regardait par la fenêtre de la porte, comme elle est laide Rigoberta! Comme j’ai eu le très bon réflexe de tendre mon corps, ma tête a rebondi me projetant dans les airs, Rigoberta aplaudissait de bonheur de l’autre côté de la porte: la fleur brune m’a consenti une seconde tentative pour agripper la rampe avec mes mains; mais cette fois ce sont mes pieds qui étaient trop bas, je me suis donc pris les indexes et les majeurs dans les coudes de la rampe, ce qui qui les a fracturés, mes genoux ont subi le même effet de balancier que mon crane quelques secondes plus tôt, l’onde de choc s’est fait ressentir jusque dans ma colonne vertébrale et a ressorti par ma bouche sous la forme du cri primal de Janov, sans les papas/mamans superficiels et enfantins, un racourci douloureux mais moins ridicule.

Comme j’avais quatre doigts de cassés j’ai lâché la rampe terrorisé par la suite d’évènements et tout ce qui allait s’en suivre; je me suis laissé tomber vers l’avant, atterrissant directement sur mes clavicules qui se fracassèrent dans un grand “CRACK” retentissant. Cette blessure s’ajoutant aux autres que j’ai subies, résultèrent en un état de semi-coma (surtout à cause du premier coup à la tête). Je me compte chanceux d’avoir perdue la conscience à ce moment, ça a servi d’anesthésie générale pour la suite de la chute.

À mon réveil, que j’estime à deux jours plus tard, j’étais toujours dans mon escalier, personne n’avait eu vent de mon accident; en essayant de bouger je me rendis compte que la suite de la chute, dont je n’avais pas été conscient, avait fini d’achever les organes et les os de mon corps qui avaient résisté aux premiers chocs. Je ne voyais pas Rigoberta, c’était tout de même une bonne chose: voir son air d’ahurri m’aurait vraiment déplu, mais cette grosse poufiasse m’aurait-elle abandonné à mon pauvre sort?

Comme parler me faisait très mal j’ai dû apprendre à siffler puisque je n’avais jamais trouvé utile de siffler, je trouvais ridicules les hommes qui prétendaient être comme les oiseaux. Après deux jours de pratique et beaucoup de pleurs, ça faisait mal tout ça, j’ai enfin réussi à pousser un sifflement perceptible qui alerta mon voisin…

Et voilà, 3 mois plus tard je suis de retour dans mon appartement pour reprendre le cours normal de la vie, mais à ma stupéfaction quelqu’un a mangé mes oeufs et bu mon café, la grosse Rigoberta a même laissé son immonde rouge à lèvres mauve sur ma tasse de café.

Bébé astronaute, 24/06/2008 [Actions stupides, Mourir au Canada]

Déjà à l’époque où ce beau grand pays qui nous verra mourir n’était encore qu’immensité, richesses et sauvagerie, on observait chez les premiers européens à fouler ce territoire inconnu les signes précurseurs de l’esprit du FAS :

A highligh of the Beaver Club gatherings was the restaging of le grand voyage. Using that narrow window of opportunity between being uproariously drunk and actually passing out, the Nor’Westers would stumble around until they were seated on the floor, arranged two abreast, pretending they were steering a fast-moving canot du nord. Grasping fire-tongs, pokers, walking sticks, swords annd other likely looking implements as imaginary paddles, they bawled voyageur songs as they stroked ever faster, their eyes glazed, their faces beet-red with exertion. But even make-beleive northern canoes must eventually encounter rapids – and they required a change of tactic. With the false shrewdness of the very drunk, the Nor’Westers would consider the possibilities, then clamber up on the dinner-tables and ride the rapids by « shooting » to the floor astride empty wine casks, bellowing a variation on Indian war whoops that verged on Highland battle cries. By this time it might have been four or five in the morning, and the rented dining-room resembled the field hospital of a vanquished army. The few members still upright would adjourn the meeting and stagger home.

Peter C. Newman, Caesars of the Wilderness

Bébé astronaute, 20/06/2008 [Mourir au Canada]

À travers les remarquables exploits des aventuriers de la North West Company, qui défièrent courageusement pendant plusieurs décennies le pouvoir et la majesté de la Hudson’s Bay Company dans leur conquête du nouveau continent, le livre relate durant quelques pages les activités hivernales de ces « barons de la fourrure » :

The fur trade was a demanding but highly seasonal entreprise. While the rivers were frozen the Montreal-based nouveaux riches devoted their energies to outdoing one another at lavishly catered sleigh rides, card tournaments, private musical recitals and masked balls. One former winterer shod his favourite horse with silver and galloped through the city’s poorer districts, scattering showers of coins. He also loved riding into particulary fancy restaurants and ordering the animal a full-course meal. It was a comfortable if self-indulgent existence, but like veterans who can never transcend their time in the trenches, the citified Nor’Westers yearned to recapture the wild freedom and excitement of the frontier. Something, anything, to make the adrenalin pump again.

Thoses urges found their outlet in February 1785 with the founding of the Beaver Club, which became the quintessential NWC institution. Nothing like it could have been created by the prosaïc ramrods then in charge of the Hudson’s Bay Company. Despite its astronomical liquor consumption, the Beaver Club was much more than an urban watering hole. Here the Nor’Westers could abandon artificial dignities and re-create those heady times that had given meaning to their lives. Because it was only among their own that such nostalgia was lifted above it’s more mundane level of providing an excuse to get drunk and break furniture, membership in the Beaver Club was limited to fifty-five fur traders who had spent at least one full season in le pays d’en haut. Club rules were simple but rigidly followed. On admission, each new member had a gold medal struck, engraved with his name, initial wintering date and the club motto : « Fortitude in distress. » […] The repasts were convened at prestigious local dining-rooms […] where meals were served on the club’s crested crystal and china with matching silver cutelry. […]

Usually no one was sober enough to keep minutes of the proceedings, but Georges T. Landmann, a visiting British officer, left this description of a typical meeting in his Adventures and Recollections : « In those days we dined at 4 o’clock, and after taking a satisfactory quantity of wine, the married man… retired, leaving about a dozen to drink to their health. We now began in right earnest and true Highland style, and by 4 o’clock in the morning, the whole of us had arrived at such a state of perfection, that we could all sing admirably, we could all drink like fishes and we all thought we could dance on the table without disturbing a single decanter, glass or plate… but on making the experiment we discovered that it was a complete delusion, and ultimately, we broke all the plates, glasses, bottles, etc., and the tables also, and worse than that all the heads and hands of the party received many severe contusion, cuts and scratches… I was afterwards informed that one hundred and twenty bottles of wine had been consumed at our convivial meeting. »

Landmann diary noted the presence of a dozen guests at the gathering, which translated into an incredible ten bottles of wine each – but that tally did not include the large quantities of ale, porter, gin and brandy also drowned on these occasions.

Peter C. Newman, Caesars of the Wilderness

Moi qui pensais que nous avions un quotidien délirant

Poufiasse, 19/06/2008 [Intoxicated Press, Mourir au Canada]

TORONTO (INTOXICATED PRESS)- Plusieurs activistes du FAS ont été, par le passé, neutralisés en Ontario. On apprend maintenant qu’une cellule complète du FAS, avec têtes dirigeantes mégalomanes et tout, a été neutralisée par la GRC à l’été 2006, dans LA MÊME DITE ONTARIO. C’est pas Herby Stupp qui le dit, c’est radiocan.

Bébé astronaute, 04/06/2008 [Art is Evil, Mourir au Canada]
Bébé astronaute, 03/06/2008 [Mourir au Canada, Triviale poésie]

Sunglasses in the dark

In my eye the spark

Oh, baby! I’m a shark

Graffiti lu dans un autobus de planteurs à Ogoki, dans le nord de l’Ontario. Je repense à ce poème régulièrement et je soupçonne Amygdale de l’avoir composé.

Mysterious, 02/06/2008 [Cool is Class War, Mourir au Canada]

Je me suis perdu dans la ville souterraine. Elle est trop éclairée. Il y a des enseignes lumineuses : Second Cup, Le Château, Sushi Shop…mais je ne trouve plus les signes qui indiquent la sortie. Des gens vont et viennent. Ils semblent savoir où ils vont. Un vieil homme est assis sur une chaise, à la table d’un café. Seules ses pupilles bougent, lentement. Il regarde les gens passer. Des néons grésillent au plafond. Derrière l’homme, une fresque représente une jungle luxuriante. Entre les grandes feuilles des arbres, on peut voir un toucan multicolore et des singes rieurs.

*

- Vous partez où?
- On va à Montréal, voir la ville souterraine.
- La ville souterraine?
- Oui, papa m’a dit que c’était la plus étendue au monde. L’hiver, il fait tellement froid que les gens vivent sous terre.

J’étais sceptique : l’hiver, pour moi, était surtout prétexte à construire des forts et à improviser des batailles de boules de neige – il n’y avait pas de raison de vivre sous terre –, mais mon cousin français avait su m’intriguer : je n’avais jamais visité Montréal alors qu’on venait de France pour voir sa ville souterraine. J’imaginais, derrière les toilettes crasseuses d’un bar, une petite porte, un passage secret, s’ouvrant sur un escalier étroit descendant dans le noir et, plus bas, un monde underground : des bars clandestins, des humains allergiques à la lumière, un vaste réseau de tunnels obscurs… Je crois que j’aurais su m’y repérer, mais ici la lumière est trop claire et les odeurs aseptisées. Je me suis assis sur un banc. Je ne sais plus par où aller. Peut-être pourrais-je suivre cette fille qui se déhanche joliment, mais elle s’engouffre dans un magasin de lingerie fine et je suis un peu timide. J’ère au hasard, repensant au vieil homme assis devant la jungle. Je ne saurais pas le retrouver. Dommage, je me serais caché derrière une colonne et aurais attendu, quelques minutes ou quelques heures, qu’il se lève et se mette à marcher : il m’aurait mené à la sortie. La foule est de plus en plus dense. Je marche avec elle. Certains parlent fort. Plusieurs semblent parler seuls, un téléphone miniature accroché à leurs oreilles. La foule avance, se divise et se reforme, se disperse, se renouvelle. Des escaliers roulants. Des ascenseurs. Trente kilomètres de tunnels. Je pourrais marcher toute la journée, mais je la vois, cette petite porte, au ras du sol, entre deux vitrines de magasin. Je m’accroupis devant elle. Elle semble scellée. Je sors mon couteau suisse de la poche de mon pantalon et introduis sa lame entre la porte et son cadre. Je l’emploie comme un levier. Je répète l’opération à différents endroits autour de la porte et parviens à l’ouvrir. Derrière, il fait noir. Le passage est poussiéreux. Je ne sais pas où il mène, mais je m’y glisse à quatre pattes en repensant une dernière fois à toi et à ce cadeau qu’il me fallait te trouver – ce morceau de tissu coloré ou cet objet brillant – , quelque part, station McGill, Place-des-Arts ou Square-Victoria, sous terre.

J’exige un compte rendu des RVPP; si on va propager la bonne nouvelle et qu’on en fait pas un évangile c’est comme pisser dans le vent! Et je veux quatre évangiles, dont trois appocrifes, l’évangile selon Mjack me parait être une probable auto-fiction christique, ce qui est déjà assez intéressant, les lettres d’Amygdale aux Martiens II et l’apocalypse de Mysterious sont deux livre dogmatique que je m’apprête a baffoué à la minute de leur parution. Mais bordel que s’est-il vraiment passé à Québec? N’était-ce que des hommes, est-ce que vous avez dû enlever la poussière de vos « scandales » en quitant le village? ou encore était-ce l’Isra-Hell tant attendu?

Poufiasse, 15/05/2008 [Mourir au Canada]

Le 2 juillet 1986, au matin, les épouses calumet-pontoises ramassaient les corps de leurs maris imbibés d’alcool et éparpillés de toutes les parties de cette localité – les chèques d’aides sociale avaient été encaissés la veille, ce qui donnait droit à un carnaval orgiaque entre le premier et le deuxième jour de chaque mois. Parmi les plus agiles on en retrouvait dans le clocher de l’église avec tous les poils rasés, parmi les plus gloutons on en retrouvait dans les confiseries couverts de leurs propres fluides corporels, les policiers délirants d’alcool déguisés en femme s’étaient enfermés eux-mêmes dans la prison et les bandits libres avaient été retrouvés déshydratés la bouteille à la main dans le coffre fort de la caisse populaire, vide de surcroît vue la masse de chèques encaissés le jour précédent les évènements. Les enfants s’amusaient grandement lors des deuxièmes jours de chaque mois, ils s’amusaient à dévêtir les hommes, leur dessiner des obscénités partout sur le corps avec des déchets, ils leur mettaient des pétards dans les orifices ou encore il utilisait des rampes de lancement pour sauter par-dessus les immondes corps à l’aide de leurs vélos; les hommes les plus gaillards qui se réveillaient nus pendant les manœuvres tentaient d’obtenir réparation, mais toujours saouls ils étaient titubants et se retrouvaient sur le derrière la plupart du temps, ce qui divertissait encore plus les jeunes calumet-pontois qui leur criaient ” Maudit fous, arrêtez de boire de la bière ça donne la chaude pisse!” Et les bambins leur lançaient des pierres, les hommes, honteux, s’effondraient souvent en larmes. Comme la « grande fête du premier » attirait les hommes des villages à l’entoures on voyait des femmes étrangères à bord des camions à ordures des villages voisins remplir leur coffre avec les hommes à l’haleine fétide pour le voyage de retour. À travers tout ça les mégères locales chassaient les enfants avec des épées et des weed-eater pour rapatrier les corps malades.

Écœurées par cette manifestation sensuelle mensuelle de leur mari, c’est toujours le 2 juillet 1986 en après-midi que les épouses dépassées se tournèrent ver le seul homme possédant encore une dignité aux abords du Lac des Deux Montagnes, c’est-à-dire le vieux professeur Euphélius Lampa. Metteur en scène émérite dans sa jeunesse, il était, plus vieux, devenu chercheur de l’occulte pour ensuite se ressaisir et aller couler de jours heureux sur la péninsule avec la fortune qu’il avait accumulée par ses séances de spiritisme. Il vivait dans un manoir victorien éloigné du village, on le voyait souvent sur son voilier faire le pitre — enfin pour les gens de Pointe-Calumet lire un livre c’était faire le pitre—, mais sinon on ne connaissait rien de lui.

Face aux plaintes des bonnes femmes, le gentil docteur vint avec l’idée d’utiliser cette masse de chair puante à bon escient: “Pourquoi ne pas leur donner un projet valable et digne? Chères bonnes épouses répugnantes! Parce que vous l’êtes croyez-moi, mes vieux yeux me permettent toujours de le constater; il suffirait de leur donner un rêve, une fierté, les ignorants ont besoin d’être poussés ver l’excellence, sinon ils ne pensent qu’à se donner de la bouteille! Revenez demain à la même heure, je vous exposerai un plan qui vous sortira autant vous que vos maris de la vie de misère méprisable que vous menez, et cela, grâce à la science!»

Les épouses n’ayant pas compris un seul mot se mirent en tête de le brûler sur le champ pensant avoir assisté à une incantation satanique, mais la plus savante d’entre elles affirma qu’elle l’avait entendu dire “revenez demain à la même heure”. Elles décidèrent donc de revenir le lendemain pour voir ce que le bon professeur leur proposerait, en attendant elles devaient aller battre leurs maris avant qu’ils ne reprennent toutes leurs forces.

Le lendemain les femmes du village se ramassèrent toutes devant le manoir du docte Euphélius Lampa, elles regardaient ne sachant à quoi s’attendre. Une voix venant d’un haut-parleur dit : « Voici la science faite homme! Mesdames toutes aussi sottes et laides que vous êtes vous devez admirez les progrès de vos hommes, car ces derniers s’apprêtent à voyager par delà les nuages! Le professeur les emmènera tous avec lui dans un long voyage qui les mènera ver la planète des martiens, la grande planète rouge!! ». Du coup le professeur Lampa sortit vêtu d’un uniforme blanc et ample avec un casque représentant un visage grotesque et souriant. Les femmes étaient pantoises, le professeur fit quelques mouvements de gymnastique pour démontrer les possibilités qu’offrait un tel accoutrement. Il enleva le casque et afficha un large sourire en les saluant de la main.

Ceci sont les premiers évènements d’une grande aventure qui mena les neuf courageux cosmonautes calumet-pontois ver la plus grande aventure interstellaire de l’histoire humaine. Vous avez sûrement déjà entendu parler de cette histoire, voilà pourquoi je m’abstiendrai de vous la raconter. De plus ça ne serait d’aucune utilité dans mon étude des mœurs de ce petit bourg bucolique, il s’agit ici de faire la généalogie de l’action stupide.

Astronaute Gravier

L’astronaute Gravier fait une démonstration de gymnastique sur la rampe de lancement avant le deuxième voyage ayant pour but de sauver la princesse des Martiens.

Zepoulpe, 26/03/2008 [Mourir au Canada]

Au départ, on n’a vu qu’une boule de poils beige. Elle avait visiblement été arrachée d’un animal sans son consentement. Et comme les îles de Boucherville sont proprement envahies de chevreuils, la conclusion s’imposait : je tenais dans mes mains une boule de poils de cerf de Virginie. Un peu plus loin, dans le lit d’un ru gelé, figé par une croûte de neige de 4 pieds, un couple de quinquagénaires restait planté là en nous regardant. L’homme s’adressa à nous :

- Ça ne peut pas être des loups, il n’y a en pas au sud du fleuve.

Avec ma propension légendaire pour l’exactitude – celle qui a fini par me faire perdre la plupart de mes jobs – je me reteins de lui dire que nous nous trouvions en réalité au milieu du fleuve et que donc, ça ne prouvait rien; genre “dans ta face, l’grand”.

- Est-ce que c’est un chevreuil, vous pensez ? que je lui ai demandé en montrant la boule de poils.

- Oh oui, c’est un chevreuil. Il est juste là.

Son doigt de quinquagénaire pointait vers un talus bordé de quenouilles enneigées. En faisant un pas de plus, on se retrouva nez-à-nez avec une grosse femelle qui gisait là. Elle était indubitablement décédée, ce qui nous donna le goût d’aller voir de plus proche. En s’approchant davantage, on pouvait voir que son museau et la moitié de son abdomen avait été dévorés par quelque chose, voire par quelqu’un. Du sang, des tripes, des poils et des restants de bouts de quelque chose appartenant à la chevreuille, s’amoncelaient autour de la carcasse, laquelle regardait la mort en direction ouest-sud-ouest.

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- Ça peut pas être des ours, rappela le quinquagénaire, il y en a pas ici.

On l’ostina pas : il semblait s’y connaître en répartition de bestiaux. G qui était un peu plus haut, à environ 2 mètres de la carcasse, s’amusait à pousser du pied un bout d’intestin rempli de crottes pas encore chiées. Un ami des bêtes, pas de doute.

- Est-ce qu’il y a des carcajous ici? demanda le quinquagénaire, résolu à trouver le coupable et à le juger sévèrement.

- Non, et je ne pense pas que ce soit l’oeuvre d’une licorne ni d’un centaure non plus.

C’est grâce à ce genre d’attitude que j’ai perdu la plupart de mes amis et que ma mère me parle plus.

- Un coyotte? qu’il proposa.

- Probalement, que je lui dis.

- Mais pourquoi il l’a juste bouffé au quart? demanda M.

Bonne question. Qui demeura sans réponse. Vu que tout le monde a vu CSI (normal, il y a une émission qui commence toutes les 20 minutes, sur 23 postes), on s’est dit que le moment était bien choisi pour prendre des photos.

- Je pense qu’on devrait le dire aux gardiens du parc, annonça le quinquagénaire à sa femme qui se tenait en retrait, emmitouflée dans sa bourgeoisie.

G et moi on s’est regardés en voulant dire, «c’est vrai que quelqu’un devrait le dire aux gardiens, et ce quelqu’un devrait vraiment être nous.» On salua les quinquagénaires qui s’en allaient au petit pas en direction de la guérite, annoncer leur découverte.

De nouveau seuls sur le sentier croûté, on se regarda une seconde, puis on fit une entente tacite : on serait les premiers à le dire aux gardiens ou bien merde ! Les quinquagénaires ne nous voleraient pas le pion, ou plutôt mourir !

Go !

Trois flèches sauvages coupèrent dans le bois en direction de la guérite. On avait environ 1 km à faire, et on entendait bien le faire plus vite que ces asti de baby-boomers. La neige enfonçait un peu en crissant, mais rien à faire, on avançait de plus en plus vite. On avait emprunté un autre chemin que les quinquâgés et on espérait que le nôtre était le plus court. Le chemin en rejoignait d’autres et de plus en plus de gens (tous des quinquagénaires) s’y retrouvaient pour se diriger en direction de l’accueil, augmentant d’autant notre nervosité. On s’imaginait qu’ils communiquaient entre eux à distance par téléphone et que déjà, les quinquagénaires avaient annoncé leur découverte aux gardiens. Devait-on arrêter physiquement les individus qu’on croisait, au cas où ils seraient dans la combine? Jouer l’homme plutôt que jouer la puck?

Plus l’objectif approchait, plus nos coeurs battaient vite et plus nos pas se faisaient pressants. À 100 m, nous avancions au petit trot; à 50 m, nous joggions; à 10m, nous sprintions carrément. Devant le gardien ébahi, nous regardâmes autour de nous en sueur, pour voir si le quinquagénaire et sa bourgeoise nous avaient doublés, mais il semblait bien que nous étions dans la plotte de tête.

Victoire !

Noblesse !

Honneur !

- On a trouvé un chevreuil mort ! que nous avons dit à l’unisson, fiers de faire un geste pour que la nature reste propre.

- Ok, où ça? que nous dit le gardien

- Sur le petit ruisseau, à environ 1 km d’ici.

Le gardien, un petit à moustache dont les sourcils formaient un sourcil, se retourna vers son collègue, un grand roux avec des yeux bleus, et dit :

- Va falloir dire à Yvon de le mettre ailleurs, parce que là on se fait écoeurer 10 fois par jour par des gens qui pensent l’avoir découvert les premiers.

Damn.

Robodrigue, 27 novembre 2007
Enregistré dans :Mourir au Canada, Chaire d’Études André Serouille Flesh of Studies

Tu ne connais donc point les pits de sables de Pointe-Calumet? C’est la source des assoiffés, les bassins de la suffisance; on s’y rafraîchit comme autant de bons vivants! D’où le nom latin de Pointe-Calumet “Punius Pipus Banus”; L-J Papineau parlait de ses bains calumet-pontois comme d’une nouvelle naissance, ce fût la première fois qu’il dit le “vidi” du fameux “Veni vidi vici”. Aujourd’hui, autour des ruines qu’à laissé le passage des Romains, on a construit le Beach Club et le Super Aqua Club où citadins de tout acabits viennent promener la charogne que René Levesque nommait corpus. Bien qu’on les appel “club” il n’y a nul besoin d’être membre pour y pénétrer, le membership nécessite uniquement la triste condition humaine; on y est tous des Calumet-Pontois.

Les mini vans promotionnelles qui déambulent dans les rues de la métropole avec l’image rafraîchissante de la vague du beach club (La puissance de cette image est une construction publicitaire, non il n’y a point de vague à PC sinon les sillons de la machine infernale du Super Aqua Club) l’image de cette vague nous laisse croire que cette institution y a toujours été, pourtant les vieux de la Pointe, eux, connaissent la sombre histoire de ce qu’on appelait alors “La machine à ski” (les Calumet-Pontois n’ayant jamais vraiment fait confiance aux nouveaux mots préférait nommer les choses comme elles sont (ex: machine à ski pour téléski, machine à marcher pour chaussure ou encore machine à manger pour fourchette)). Mais ceci est une autre histoire comme disait le narrateur de Conan le barbare.

AHHHHHH pis non, je vais quand même vous la raconter (comme dit trop souvent J.K. Rowling).

En 1950 un Viennois du nom rigolo de Ansus Wajowskionovicthgang quitta son pays après avoir été impliqué dans une histoire de recèle de bicyclette à une roue, l’histoire avait pris un tournant regrettable quand il réalisa que les bicyclettes volées étaient en fait des prototypes pour une machine à coudre sur laquelle les Autrichiens comptaient pour relancer leur économie. Ces machines ridicules et casi inutilisables devinrent la risée de leur voisins Polonais qui eux comptaient sur un nouveau polymère à base de rutabaga pour relancer leur économie, échec lamentable dans les deux cas mais les Polonais profitaient de la chance que leur trouvaille n’aie pas eu d’apparence ridicule.

Monsieur Wajowskionovicthgang cherchait une patrie d’exile où il pourrait couler de jours heureux en oubliant cette fâcheuse histoire de laquelle il considérait être le dindon de la farce. C’est alors qu’il tomba sur un article de journal qui racontait une histoire fabuleuse:

Des nains de six pieds
13 janvier 1950
Intoxicated press

Un petit Bourg canadien attire des milliers de gens venus des cinq continents! Il s’agirait de bassins bucoliques aux propriétés mystiques, on y voit des nains en ressortir avec une taille de géant, des femmes enceintes y accouchent d’enfants déjà adultes, avec barbe et diplômes, des Canadiens-Français en ressortent même avec la capacité de s’exprimer et de manger avec des ustensiles. C’est dans le joli bourg de Pointe-Calumet que ce trouvent ces dits bassins, le maire Marcien Therrien…

“Voilà!” s’écria le receleur viennois, voilà l’endroit où il irait chercher bonne fortune et où son nom ridicule s’accorderait sans problème avec celui du maire de ce bourg canadien!

L’histoire de la machine à ski deviendrait évidente et se révélerait dans toute son horreur quelques mois après son arrivé. (À suivre)

Amygdale, 9 septembre 2007
Enregistré dans :Mourir au Canada, Préparation au voyage vers mars

Comme la catégorie projetée des exploits sportifs destinés à demeurer dans l’ombre n’a jamais été crée, je crois que courrir un marathon peut bien valoir pour un préparatif en vue d’un voyage sur Mars, du moins en un sens.  Quant à (pleurer et) mourrir au Canada, ça a bien failli m’arriver.  Vous serez sans doute fiers de votre Amygdale, qui s’est clenché le marathon de Montréal en 3:53:42.6.  Enough said.

Zepoulpe, 20/08/2007 [Mourir au Canada]

(Veracruz n’est pas au Canada. Aussi cette entrée constitue-t-elle une entorse, une jambette, un sabotage, une claque dans face, etc., à la superbe catégorie Mourir au Canada. En revanche, comme l’histoire qui suit se déroule « d’un Océan à l’Autre », i.e. de l’Atlantique au Pacifique, on s’est dit qu’il y avait là une magnifique fable canadienne et matière à une très belle leçon de bilinguisme. Donc si puriste, s’abstenir.)

Les vagues de l’Antlantique faisaient ce pour quoi elles étaient conçues : onduler et se briser sur la plage en flacottant. Puis le soleil s’est subitement écrasé contre le Golfe du Mexique et tout le monde s’est mis à vomir à l’unisson, à la manière d’un quintette de tubas, débutant dans le répertoire classique. Et pourtant, le vieil indien zapotec de Oaxaca nous l’avait dit: « n’allez pas à Veracruz, vous allez tous y mourir ! » Peut-être parce qu’il était fin saoul, peut-être que parce qu’il lui manquait une jambe, peut-être parce qu’il n’avait qu’un oeil et que celui-ci nous fixait drôlement… reste qu’on ne l’a pas cru. Et nous avons eu vachement tort !

Le véritable problème de l’indigestion de voyage (aussi appelée la fidèle gastro) est, selon les experts, de ces choses qu’il faut d’emblée situer dans le champ de la «vraie» psychanalyse. Elle s’explique en trois mots par une hypertrophie du surmoi. En effet, ce n’est de vomir et de chier (comme je pisse sur les femmes infidèles) qui posent problème, c’est d’être vu en train de faire ces gestes au demeurant fort naturels et beaux. C’est la honte de l’enfant qui fait pipi dans ses culottes et qui doit affronter le regard culpabilisateur du père. C’est l’embarras du jeune matelot qui a laissé échapper la chaîne de l’ancre et qui doit aller prévenir le capitaine – un bourru – que l’ancre a coulé à pic. Bref, mourir de déshydration n’est pas grave (ça permet même de rester mince), tant que personne ne vous voit en train de vous répandre en tortillas sur fond de coucher de soleil.

Veracruz (située à la manière d’un truisme dans l’État de Veracruz) a ceci de particulier qu’elle est une destination touristique fréquentée uniquement par les Mexicains, donc zéro gringos dans les parages. Fin juillet, les Mexicains débarquent en rangs serrés et prennent d’assaut les hôtels et les plages. Conséquence : partout, toujours, à chaque instant, de manière continue et ininterrompue, les toilettes sont occupées. Pas moyen d’être diarrhétique en paix, plus moyen de se laisser passer la bactérie en toute intimité ou alors, il faut accepter de subir le regard horrifié des autres êtres humains à votre sortie de l’isoloire. Il vous faut accepter de mourir en silence.

Et pour ce qui est de mourir, j’y ai cru ! Les crampes vous prennent au moment où vous ne vous y attendez pas, à la manière de contractions masculines qui provoquent force grimaces et rictus embarassés. Puis, quand elles sont rendues aux cinq minutes et que vous êtes dilaté à 10 cm, il est vachement trop tard… Plus moyen de courir jusqu’à l’hôtel, c’est du tout cuit, prêt à servir. Reste l’océan, mais encore là, une bonne dose de courage est nécessaire compte tenu que l’eau est translucide et que des enfants, innocents par définition, y jouent au water-polo…

Il reste aussi la possibilité de rester dans la chambre d’hôtel. Mais cette apparente solution n’est….euh… qu’apparente et se trouve immédiatement voidée si vos compagnons de voyage sont malades en même temps que vous. À la manière d’un horrible choeur grec (ayant mangé de la tsatsiki jaunâtre), commence une passablement lamentable bataille de coqs pour la conquête de la salle d’eau, bataille qui se termine bien souvent par la sortie précipitée du perdant (ou du plus gentleman) à la recherche effrenée d’une alternative rapprochée.

Mais là où tout se corse et où, véritablement, on sépare les hommes des enfants, c’est quand il faut prendre un autobus pour une durée de 12 heures, disons dans les montagnes, sur une route pavée par une équipe d’ivrognes qui, à la pointe du fusil, ont décidé de se mettre en arrêt de travail. Ce sont dans ces moments-là que tu vois si Dieu est avec toi ou contre toi. S’il est de ton bord, tu t’endures les coliques jusqu’aux passagères haltes routières, déciminées çà et là dans ces déserts de cactus; sinon, tu visites la porte arrière, celle qui ferme mal et qui donne à penser à un séjour à l’intérieur d’un camion de vidange, en moins joli…

Bref, on est là, bousculés de tous bords dans le bus, souffrants dans le bas-ventre, pissants des petites giclées de caca dans son dernier boxer propre, en train de conjecturer sur l’amour que l’on porte au papier-cul, quand, sans avertissement, le bus stoppe. « Bonne nouvelle ! » : nous pensions que les freins, ben, y en avait pas ! Mais en regardant mieux l’environ, on se rend vite compte qu’il s’agit en fait d’un barrage militaire.

Rentre dans le bus un militaire, plus jeune qu’il ne faut, vêtu d’un survête de camouflage (inefficace dans un autobus) et d’un énorme M-16 probablement prêté par les Américains, toujours intéressés à bien paraître quand bien même ils ne sont pas là. Le jeune a genre 15 ans et demi, ce qui, de mémoire d’homme, est beaucoup trop jeune pour fouiller des bagages. Il nous demande de nous sortir le cul de nos sièges, ce qui resterait raisonnable en temps normal, mais qui demeure inadmissible en temps de chiasse. Péniblement, de peur de se faire buter par un jeune con à la moustache potentiellement touffue, nous nous exécutons et nous sortons du bus.

Être assis, lorsqu’on chie, est naturel. Mais être debout, lorsqu’on ne chie pas et que toute communication entre le cerveau et les sphincters est perdue, représente une épreuve que je ne souhaite même pas à Luke Skywalker (non, lui je lui souhaite de faire un peu de temps dans une prison fédérale, juste voir combien de temps il tiendra). Bref, nous voilà forcés, tous, de sortir du car. Comme chacun sait, les millitaires viennent en bande, pareils que les orties, ce qui fait que nous nous retrouvons devant dix hommes, vêtus dignement à la manière de canards obéissants, qui nous proposent, fusil d’assault à l’appui, de sortir nos valises et de les ouvrir sur le champ.

Les sympathisants du F.A.S. le savent : la peur est un puissant agent constipatoire. Sauf que «trop c’est comme pas assez» et, de nous tous, un seul dépassa sa limite fécale et se répandit dans ses shirts à la manière d’un ouragan sur les côtes de l’Alabama… Cet incident fut rendu possible par le fait que cet homme (que je ne nommerai pas, à moins bien sûr que quelqu’un n’insiste) était le plus gentleman d’entre nous et avait pris plaisir à faire passer quelqu’un d’autre avant lui aux toilettes de l’hôtel. La gentillesse est inexplicable quand vient le temps d’être sérieux. Aussi, il dut expliquer l’immondice qui tachait son pantalon en disant que « la bouffe mexicaine n’est pas ce qu’elle était et je m’ai échappé ».

Et puis soudainement, les millitaires se sont mis à rire, à rire, à rire…

Puis, après avoir ri, les millitaires se sont esclaffés, puis ont pouffé, puis se sont bidonnés, puis se sont moqués. Ce qui fait que, eux-mêmes, en pointant la déconfiture de l’homme sale, ils ont pissé dans leurs culottes tous autant qu’ils étaient. Puis, réalisant cet écart au code de conduite de l’armée et comprenant du même coup que l’homme est imparfait et que nul – même le plus brave – n’est à l’abri d’une fuite, les millitaires nous ont laissé partir vers l’horizon, souhaitant que, jamais, on ne revienne les faire chier.

Mysterious, 20/06/2007 [Entomologicae Bestiare, Mourir au Canada]

Mysterious, 20 juin 2007
Enregistré dans :Mourir au Canada, Entomologicae Bestiare

J’aime le lit car c’est le seul endroit où, comme le chat,
je puis faire le mort en respirant tout en étant vivant.

- Arthur Cravan

Elle m’avait fait couler un bain. Depuis combien de jours ne t’es-tu pas lavé ? Je ne lui avais pas répondu ; elle avait claqué la porte en partant. Étendu sur le lit, je me laissais bercer par le rythme de ma respiration. Elle n’allait pas être de retour avant la nuit tombée ; j’allais m’assoupir et somnoler doucement. J’étendis le bras pour tourner au maximum le bouton du calorifère fixé près du lit. L’appareil ronronnait en chauffant. Mon bras pendait le long du matelas. Je rêvais des des tropiques. Elle, elle n’avait cessé de me vanter le Saguenay. Elle y était née et rêvait d’y retourner. Elle y avait ses racines, ses amis, sa famille. C’était arrivé presque par hasard : on lui avait proposé du travail à Chicoutimi, un emploi dans son domaine, une nouvelle entreprise qui devait revaloriser la région, une offre qu’elle ne pouvait refuser. Je l’avais suivie. Par amour, sans doute.

Je me rappelais la jungle à Tikal : son climat torride, sa végétation luxuriante, les cris des singes hurleurs… J’avais grimpé au sommet d’une pyramide maya ; prétextant la fatigue, elle ne m’avait pas suivi. L’édifice émergeait au-dessus des arbres. J’étais seul. Autour de moi s’étendait une mer de verdure, la jungle à perte de vue. Un soleil de plomb me tapait sur le crâne. Il me semblait que ma chair fumait et que j’avais la tête auréolée de lumière. J’étais petit sous le soleil, mais me sentais immense : il n’y avait que le ciel, la jungle et moi. J’avançai les bras, les tendant vers le soleil, comme pour l’enlacer. La tête levée vers le ciel, je laissai mes yeux se fermer. Le monde était rouge sous mes paupières. Je ne voulais pas être ailleurs. Ce sont des pas sur l’escalier qui me rappelèrent ce que j’étais. Un groupe de touristes grimpait la pyramide. M’avait-on vu ? Je laissai mes bras retomber contre mon tronc. J’avais un peu honte, comme si j’avais été humilié : j’appartenais décidément à l’espèce humaine. Un premier touriste me rejoint au sommet, le pas lourd, le souffle court et le t-shirt imbibé de sueur. Il fut bientôt suivi d’une série d’autres. L’un d’eux tenait un caméscope à la main. Il filmait ses pairs qui riaient fort en prenant la pose devant le paysage. Ils s’entassaient à mes côtés, s’agglutinant, formant une masse bruyante et suante. Un bras frôla le mien. Je me souviens encore du contact de sa peau moite contre la mienne. Ce jour-là, j’eus des envies génocidaires ; aujourd’hui, je ne souhaite que peu de chose, savourer l’inactivité, peut-être.

Elle était partie travailler. J’avais la journée devant moi, mais savais qu’elle allait revenir le soir venu. Elle allait entrer dans l’appartement en emportant avec elle l’air glacé du mois de mars au Saguenay. Nous nous étions rencontrés sur une terrasse à Montréal, rue St-Denis, et étions partis pour l’Amérique latine l’automne venu. Auberges à bas prix, escapades dans la jungle, cocktails sur la plage, plongée sous-marine… Nous ne justifions pas nos actes et passions d’un pays à l’autre comme si chacun était le nôtre. Dis-moi chérie, pourquoi ne sommes-nous pas restés sous le soleil du Paraguay ?

J’avais la journée devant moi, mais elle allait revenir. J’entendais déjà ses reproches : Tu ne sors jamais, si au moins tu te lavais, tu ne portes même plus de sous-vêtement. La chaleur montait dans la pièce et je commençais à suer. Lorsqu’elle allait rentrer du travail, je savais qu’elle allait baisser le chauffage et m’obliger à me lever pour changer les draps du lit. La veille, sa main avait, ce faisant, frôlé mon bras ; notre premier contact physique depuis plusieurs jours, ses doigts froids contre ma peau. J’avais frémi. La dernière fois que j’étais sorti avec elle, nous étions allés au centre-ville de Jonquière. C’était par une nuit glaciale, mais, dans les bars, paraît-il, l’ambiance était chaleureuse. Je me souviens d’avoir aperçu, à travers une fenêtre givrée, une motoneige qui roulait sur la rue principale.

Elle allait revenir. Des reproches, encore : Tu n’as plus vingt ans, il faut penser à ton avenir, as-tu consulté les offres d’emploi ? Trouver du travail à Chicoutimi avec un bac en anthropologie : j’allais finir pompiste ou commis de dépanneur. Et puis, avais-je vraiment envie de travailler ? Je n’espérais rien. Je ne m’inquiétais ni de mon avenir ni de ma survie. Étendu dans mon lit aux draps imbibés de sueur, j’étais assis sur la plage sous un soleil brûlant : des poissons scintillaient parmi les vagues, un gros crabe s’était figé à quelques mètres de moi, la sueur perlait sur mon front, je respirais doucement. Pourtant, ce jour-là, je ne parvenais pas tout à fait à me détendre. Chérie, dis-moi, quand retrouverons-nous le soleil des tropiques ? Elle allait revenir et j’anticipais son retour. Peut-être devais-je faire quelques concessions ? De ma chambre, je pouvais voir la porte entrebâillée de la salle de bain. Quelques mètres seulement ; j’envisageai de m’y rendre en rampant. Je m’imaginais à plat ventre sur le plancher grinçant, me prenant pour une tortue de mer, les bras et les jambes allant et venant dans la poussière, puis je me dis que, tout de même, ce n’était pas raisonnable, et je m’assis au bord du lit. Sur le mur, elle avait accroché une photo où nous posions tous les deux sur les rives du lac Atitlan. L’image me semblait factice ; nos dents étaient trop blanches et le ciel trop bleu, mais pourtant, tandis que je nous revoyais tous les deux, posant l’un à côté de l’autre – je dois le reconnaître – elle me manquait un peu. J’avais le goût d’elle, mais sa vie allait à toute allure et je ne savais comment la retenir. Elle courait vers l’avenir alors que je l’aurais bien gardée près de moi. Nous aurions fermé la porte de la chambre, monté le chauffage au maximum et nous serions collés l’un contre l’autre, nos sueurs se mélangeant comme pour former un adhésif : nous nous serions enfermés dans un cocon et aurions hiberné, ensemble, loin du monde. À l’heure qu’il était, elle devait déjà être au travail. Elle appelait des clients, répondait à des courriels, faisait la promotion de son entreprise. Certains jours, elle prenait même sa voiture pour traverser le parc des Laurentides et se rendre jusqu’à Québec y rencontrer des gens d’affaires. L’aller-retour en une journée ; elle me l’avait dit. Elle était fraîche et vive, jeune et dynamique, prête à faire sa vie en société ; je l’avais préférée étendue sur la plage à mes côtés. Je revoyais les lunettes fumées posées sur son nez et les goutelettes de sueur qui reluisaient sur sa peau. Ici elle ne se consacrait qu’à son travail ; elle avait de l’ambition, paraît-il, et n’avait pas de temps à perdre. Moi, je pouvais me contenter de prendre un bain. Après tout, elle ne m’avait rien demandé d’autre. J’hésitais pourtant à le faire. Sur un mur de la pièce, une lézarde s’étirait du plafond vers le plancher. De jour en jour, elle semblait plus longue, mais ce matin-là, je croyais la voir s’allonger, presque imperceptiblement. Je fermai les yeux et pensai à ces insectes qui devaient reposer à l’intérieur du mur, blottis dans la laine minérale. Je les imaginai se réveillant avec le printemps et élargissant la lézarde avec leurs petites pattes pour se glisser dans ma chambre, puis je me dis que c’était peu probable, que ce n’était là qu’une image. Je ris tout bas et me levai. Mon sexe pendouillait entre mes jambes. Je fis quelques pas jusqu’à la porte de la salle de bain que je poussai d’une main en m’appuyant de l’autre sur son cadre. Devant moi, un miroir couvert de buée me renvoya mon image trouble. Cela aussi me fit rire. Il faisait très chaud dans la pièce. L’eau du bain devait être brûlante. Je voyais la vapeur s’en élever ; m’y plonger tout de suite ne serait pas sage. Il s’agissait d’une baignoire à l’ancienne, perchée haut sur pattes, dont l’émail s’écaillait à plusieurs endroits. Sa cuve était creuse, mais peu longue : j’aurais pu m’y plonger tout entier, mais seulement les jambes repliées. On aurait dit un curieux animal. Il me rappela le lit animé de Little Nemo marchant sur ses pattes extensibles. L’air était vaporeux et la chaleur me montait à la tête. Je fis un pas dans la pièce puis me laissai glisser contre le mur ; mes fesses se posèrent sur le carrelage. Si, dans les hauteurs de la salle de bain, l’air était torride, son plancher restait relativement frais. Moi qui avais tant rêvé des tropiques, je m’accomodais alors d’une température plus douce. Je courbai la tête et laissai mes paupières retomber sur mes yeux. Je ne pensais plus trop à prendre un bain, mais me revoyais, semblablement assis, contre un rocher, près d’une lagune du Yucatan, bercé par le clapotis des vagues, avec toi, il n’y avait pas si longtemps. Je sentais le sang couler dans mes veines et m’entendais respirer doucement. J’entrouvris les yeux et mon regard glissa lentement sur le carrelage. Sous la baignoire s’ouvrait un petit univers, un espace à part. Je m’étendis à plat ventre et rampai jusqu’à elle. Sous sa cuve, entre ses pattes, s’étaient accumulés de petits tas de poussière auxquels s’entremêlaient des cheveux. Je les tâtai du bout des doigts ; ils étaient un peu poisseux. Une légère odeur de moisissure me monta au nez, sans me déplaire. Si l’eau du bain devait être brûlante, l’espace qui s’ouvrait sous lui offrait une température plus tempérée. J’y étendis mes deux bras et y posai mes mains à plat, les doigts écartés, semblables à des étoiles de mer. Ma cage thoracique se pressait sur le carrelage à chacune de mes inspirations. J’avais placé mon menton sur le plancher, comme un pillier soutenant ma tête à l’angle de mes deux bras. Les yeux grands ouverts, j’avais devant moi un petit monde que j’explorais du regard. Bientôt, je pus voir des poissons d’argent se glisser entre mes doigts.

A quoi reconnaît on le déclin d’une civilisation? À son urgence de faire la guerre? Au trafic aérien dans l’azure qui la surplombe? Aux épaulards pouvant maintenant se confondre dans sa population jusqu’à être mépris pour un obèse parmi tant d’autres? Absurde dites vous? Nous pensons ici à ce loup marin qui s’était fait passé pour un habitant du Wisconsin et qui était devenu gérant d’un Wendy’s en plein centre ville de Los Angeles. Les gens prenaient ses glougloutements pour l’accent incongru du Wisconsin, c’est lors d’un vol à main armée quand il a reçues trois balles dans le flanc gauche que les employés du Wendy’s découvrirent, non sans stupéfaction, la véritable identité de monsieur WhoooooHooooha: un méprisable loup marin dopé de Filet o’ Fishs.

Mais toujours est-il que ce n’est pas à la faune marine prenant activement part à la vie civile que nous reconnaissons le déclin d’une civilisation; même lors de l’âge d’or américain un dauphin était devenu débardeur au port de New York et une anémone la coqueluche des grands boulevards.

Je crois que l’épisode suivant est à méditer; par une réflexion bien personnelle vous verrez ce qui cloche et qui amène à voir les véritables tares qui nous mènerons ver ce que notre descendance appellera “La décadence calumet-pontoise” car Pointe-Calumet est en fait le laboratoire de mes observations et expériences sociales, et comme plusieurs le craignent, ce havre de paix est aussi le nid d’un mal qui s’étendrait sur tout le continent.

Retour en arrière: en 2003-2004 la chaîne de dépanneurs Couche-tard se lance dans une mise en marché agressive de sa nouvelle barbotine à qui elle donne des airs de déglingues, les saveurs sont : Schtroumfs écrasés, caca de père noël, windsheer washer… vous voyez le topo? Ça a fait un beau petit scandale à l’époque, voyez cette sloche était destinée aux enfants en apparence, je crois qu’un autre but a été atteint, celui de soumettre la populace entière; la corruption est telle chez les épiciers que l’on a mis de côté de la morale et on se frotte les mains d’une si bonne affaire.

Mais peut-être que pour vous il s’agit d’une mince affaire qui a sombrée dans l’oubli depuis, après tout à Montréal on en voit à tous les jours des scandales; à Pointe Calumet non! Il faut d’abord comprendre que Pointe Calumet a eu ses cinquante balais en 2005, soulignés par la visite des Respectables à “Pointe”. Cinquante ans c’est jeune (pas pour un alcolo, c’est déjà bien avancé dans l’enfer) et Pointe Calumet a connu plusieurs transformations depuis ses années de station de vacance (Lire le livre Pointe-Calumet Boogie Woogie de Claude Jasmin) ensuite repère des familles squatteuses du compté de Deux Montagne (vivant dans des maisons mobiles, des cabanes à pêche) pour finir cité dortoir se trouvant à la toute fin de la 640, on y vit paisiblement dans de nouveaux développements où l’odeur des égouts est constamment présente (mauvaise prévision des ingénieurs). Toute les étapes de la décrépitude occidentale; et finalement on s’endort dans une maison en agrégat envahie d’une odeur puante pour s’y sentir chez soi.

Quand la sloche est tombée sur ce bordel paroissiale ça a été comme un éveil; au début on en consommait juste en haut de la moyenne provinciale, on en était friands mais pas malade encore. On s’amusait à mélanger les couleurs, le fond de la mienne était mauve et le dessus vert fluorescant, les commis du dep’ étaient rendus experts et pour amuser les enfants, ils dessinaient des motifs dans la barbotine. Mais comme toute la magie qui entourait la sloche s’évanouissait à toutes les fois qu’on entendait le son de la paille tâtant le fond en aspirant de l’air, on devait en racheter une autre; en quelques semaines on a défoncées les statistiques, la consommation de ce petit blède était comparable à celle de l’île de Laval et ça dans un seul Couche-tard! Les parents s’y sont laissés aller aussi, toujours de plus grosses sloches; si les habitants du Lac St Jean se frottent d’avoir inventer la grosse la bière, les Calumet-Pontois, eux, se frottent d’avoir inventer la grosse sloche.

Cette spirale de mépris envers le bon goût, ce cercle vicieux de la gloutonnerie allait donner un retour karmique à cette bonne populace: on ne chicotte pas avec autant de sucre sans en payer le prix. Voyez vous, la raison pour laquelle les Calumet-Pontois aimaient tant la barbotine, c’est que l’ancien épicier de Pointe Calumet était diabétique et n’avait jamais vendu de produit à haut de taux de sucre en 50 ans aux abords du lac des Deux Montagne, l’arrivé impromptue d’un Couche-tard avec ses masses de sucres allait briser en quelques jours l’idylle zéro calorie que l’épicier du village avait construit avec tant de volonté.

Il faut comprendre qu’un Calumet-Pontois se retrouvant dans un Couche-tard nouvellement bâti, avec ses néons, ses couleurs bleues et rouges, sa musak à plein volume, et surtout la distributrice a barbotine tournant toujours dans le même sens quasi hypnotisant pour maintenir uniforme ces mixtures de morts froides et fluorescentes; hé bien pour le Calumet-Pontois c’est comme pour un adolescent montréalais qui est entré chez les putes avec de fausses cartes; son engin lève la tête: Bienvenu à la maison l’ami.

Le bonheur rime avec glucose-fructose-saccharose liquide*.

(la suite à venir)

* type de sucre utilisé pour la production de barbotines.