Déprimer c’est ok

Lundi, mon association d’univercécitaires vote l’enclenchement de la grève générale illimitée dans un théâtre. Se questionnant sur la chose, un a dit à l’autre que c’était approprié. L’autre a demandé pourquoi, et un a répond qu’on jouait des rôles. Sa remarque, ceci dit, soulignait plus de subtilités si on s’y attardait. L’autre, et l’un, ne s’y sont pas attardé. Machine démocratique spectaculaire et clowns. Amener son masque de la comedia del arte et poser « les questions-doutes qu’il faut » et être un groupe, avec tous les clichés. Quelque chose comme Alex et ses droogies, mais en plus coloré. _
Aussi, È.L. dans un cours de « pratiques sociales et politiques de l’art » parlait des activités des membres de l’IS, qui prenaient, autour de l’idée de Dérive, la carte de Londres pour s’orienter dans Paris. Ils tentaient de suivre les routes de l’une dans l’autre, exploraient les différentes critiques qu’on pouvait en sortir. Ils se droguaient dans ces Dérives, et quelques uns n’en sont jamais revenus. Je me plais un peu – pas trop, pas vraiment en fait – à me dire que s’ils rencontraient une masse non-négligeable d’eau, ils n’évitaient pas la noyade et redevenaient poissons en désertion. _ Peut-être refaire la chose avec une vieille carte d’un pays en guerre, avec des choses qui explosent pour contrecarrer les murs empêchant le 100% de l’exploration. Des choses comme ça. Ou avec un pouvoir d’abstraction sur-réel. _
Dans une même logique, j’ai rêvé que des membres d’une organisation secrète intra-gouvernementale me chassais à la sortie d’une chambre de théâtre; je disparaissais du réel et mon état d’abstraction était tel qu’il remettait en doute la fiction dominante. Lors d’un combat digne de la matrice, je remarquais qu’effectivement, mes mouvements contribuaient à l’effacement de mon corps dans le temps, dans la fiction spatio-temporelle.

O

Un papier jauni avec du papier collant et un coeur rouge dollorama sous le papier collant qui ne colle plus, se lit comme suit. Trouvé dans une station souterraine;
« Brittany
Enjoy your last Saturday being 19.
Next Saturday you won’t be a teenager and will have to eat low fat yogurt. Love, Your Mom. LOL! »

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Et dire que je prévoyais parler du rapport particulier que j’entretiens avec ma chatte.

 

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à la relecture du horla, pas lu depuis mon adolescence, j’éprouve non plus un simple sentiment de terreur, mais un agréable sentiment de complicité et de soulagement. les premières 20 pages me parlent directement, elles font allusion à ces moments où sans raisons concrètes l’angoisse monte en flèche dès le coucher du soleil, moments nocturnes où les comportements irrationnels et les terreurs enfantines me piochent la tête. cette angoisse, la même qui, lorsque je m’éveille couvert de sueur, me fait allumer une veilleuse dans la cuisine et la salle de bain, me tient en éveil jusqu’à l’aube en me torturant l’esprit avec mes problèmes, mes doutes, mes échecs. l’individu néfaste, se faire égorger ou étouffer, se faire observer, juger, triturer comme des doigts sales sur un bouton d’acné. j’y pensais aujourd’hui, assis dans mon bureau cloisonné, en tapotant le clavier d’ordi. ce bureau sordide, de ville d’anjou, où sur le boulevard Louis-Hippolyte Lafontaine je suis payé temporairement un prix surévalué à saisir des données assez inhabituelles. nouveau prix circulaire en vigueur le premier février: cerveaux bleus en jujube, 4.95$ le paquet…

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Robodrigue, 30/03/2011 [Déprimer c'est ok, L'improbable missive]

Cher ami,

Il y aura de ça bientôt trente-et-une années que nous nous somme vus, bien des choses se sont passées depuis.

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Amygdale, 28/03/2011 [Déprimer c'est ok]

La lecture du dernier article de Bébé Astronaute m’inspire des confessions. Je dois partir dans l’Ouest à la fin du mois d’avril pour planter des arbres. Partir mourir ailleurs au Canada. Et je pourrais me contenter de dire que j’ai la flemme d’y aller, comme on rechigne à l’approche de la mort, où on se met à imaginer un meilleur monde, où peut-être on pourrait planter dans la crème pour l’éternité. Mais à vrai dire, mon problème, c’est surtout que j’ai la chienne d’y aller. J’en ai rêvé cette nuit. C’était un contrat de treeplanting au Québec, par contre, avec des têtes connues de l’Ontario: M* et B* comme foremans. On commençait en plein été, il faisait chaud, on entendait les grillons, j’étais complètement désorganisé, mes sacs se perdaient dans une autre van, je me traînais les pieds, je ne voulais pas le faire.
Mais avoir peur de partir, ça c’est gênant. Si ça continue comme ça, d’ailleurs, j’aurai bu toutes mes économies avant d’avoir acheté l’équipement nécessaire. Alors quoi? Serais-je devenu vieux?

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Bébé Astronaute, 27/03/2011 [Déprimer c'est ok]

C’est ma dernière soirée à Moncton et comme j’ai pas mal fini le projet que je suis venue réaliser ici, je profite de ma soirée pour faire du ménage dans mon ordi. Un foutu fouillis selon mes standards. En tous cas, je suis tombée sur un document où j’avais copié-collé plein de vieux courriels écrits ou reçus entre 2004 et 2007. Je crois qu’à un moment donné, je m’étais mise à farfouiller au fond de ma boîte de réception et j’avais eu envie d’organiser tout ça pour écrire un livre. Aussitôt amorcé, le projet a avorté, je pense, au moment où j’ai eu honte en me souvenant d’une fois où, adolescente, j’étais rentrée aux petites heures du matin et que j’avais surpris mon père en train d’écrire son autobiographie. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’avait terriblement gênée. En tous cas, j’ai relu le document en diagonale et finalement, c’était plutôt captivant. Sauf que ça m’a rappelé non sans mélancolie que ma vie avait déjà été vraiment palpitante et remplie d’aventures et que maintenant il ne m’arrive plus jamais rien digne de mention.

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Bébé Astronaute, 21/03/2011 [Déprimer c'est ok]

C’est pas pour être cruelle avec Amygdale, mais quand j’ai vu la pleine lune à son périgée hier, j’ai repensé à cette conversation que j’ai eue avec mon frère, un soir, sur son balcon:

Moi (romantique): Ah! ça me rassure quand je vois la pleine lune en ville. Ça me rappelle que la nature existe encore.

Lui (désabusé): Moi ça me rappelle à quel point ça fait longtemps que j’ai pas fourré.

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«Celui qui offre des sacrifices à d’autres dieux qu’à l’Éternel seul sera voué à l’extermination». Exode 22 : 20

Avez-vous remarqué que nos braves militants du FAS ont tendance à se liquéfier pendant l’été? Certains vont jusqu’à parler de «déprime» (hihihi-hahaha-hohoho!) Rassurez-vous chers lecteurs, il n’en est rien. En fait, j’irais jusqu’à dire que les membres en règle sont alors au zénith de leur forme. Je m’explique.

Alors que j’en étais encore à mes premiers balbutiements sur le FAS, j’avais osé écrire un article dans lequel j’avais qualifié mon quotidien délirant de «gothique». N’en déplaise à Bosch, je doute que le délire fascien ait quoi que ce soit à voir avec l’angoisse de la damnation : après tout, FAS vaincra! Non, s’y j’avais à associer notre style de vie à une culture, ce serait peut-être quelque chose comme l’esprit juif. Enfin, celui que Dostoïevski décrit dans ses fameux Carnets de la maison morte. Peut-être vous souvenez-vous (ou pas, peu importe) de cette scène où un prisonnier juif célébrant le shabbat «feint» la tristesse la plus poignante en récitant les prières coutumières pour subitement, l’instant suivant,  éclater de la joie la plus exalté qui soit. Eh bien! Je crois que cette scène dépeint assez bien l’âme fascienne.

Le FAS bipolaire? C’est une interprétation plausible. Pour ma part, j’y vois une nouvelle esthétique, une forme d’exotisme intérieur.

Dommage qu’on ne s’intéresse pas vraiment à l’histoire du FAS. On saurait alors que le FAS est né spontanément lorsque, simultanément et à plusieurs endroits sur Terre : un individu louche pataugeant d’in trou d’bouette aperçu la lumière; un halluciné pris la décision d’être communiste pendant une journée ; un groupuscule terré dans un repère-labyrinthe et propulsé par l’alcool cheap décida de se dévoiler au grand jour afin de militer pour le retour du train dans une banlieue; le zepoulpe remplaça subrepticement les cadavres de nos aînés comme ingrédient de base du pablum. Qu’ont en commun tous ces événements sans lien apparent? Je dirais la déchéance achevée, la prophétie de la victoire finale et la totale acceptation de sa vanité. L’essence du FAS quoi!

Mais la chair est faible. Elle tend à succomber paresseusement au désespoir, elle se tourne alors vers de fausses idoles : «vérité», vie de famille, vidanges, V… C’est au plus sombre moment de son insigne existence, lorsque l’homo fascius croit n’être plus qu’une coquille vide que se manifeste en lui avec l’attirance d’un veau d’word qu’on embroche (veau d’or… non ? ah bon…) ce cri de pirate : FAS vaincra!

Alors pleurez mes amis, pleurez! Je sais que vous sentez alors plus que jamais cet appel qui tonne au fond de votre cœur, ce tropisme intérieur qui vous propulse vers les continents inexplorés. Pleurez, car je vous sais en train de vaincre…

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Poufiasse, 26/01/2010 [Déprimer c'est ok, Vol de contenus]

« My drug addiction became the worst it has ever been, » he says. « I didn’t want to wake up in the morning any more. It was just too painful to keep on. »

For about a year he stayed in bed, wrestling the depressive side effects of hepatitis C medication. He stopped writing songs, playing the guitar, seeing friends.

« The good thing is that my life finally became so intolerable that I could no longer be bothered to go out and buy drugs, » he concludes with a parched cackle that shakes his wraithlike body. « As a consequence, in the last year and a half, a lot of good things have started to happen to me. »

source: Michael Dwyer (http://www.smh.com.au/news/entertainment/arts/still-the-boy-next-door/2008/10/31/1224956299409.html)

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Bon, ça fait une bonne année déjà que je songe à recevoir pour Noël, c’est-à-dire caller un Noël des mal-aimés***. (suite…)

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Chère Maman, (suite…)

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Je n’ai pas d’idées précises, c’est plutôt une émotion, une intuition, une vague vision, que je développe, en tâtonnant; c’est que je n’ai pas de mémoire, pratiquement aucune, j’oublie tout, chaque détail, les raisons, les gens, leurs histoires, tout comme mes cours d’histoire, ma culture générale, les règles des jeux de cartes, les livres et films que je regarde, sauf ceux visionnés cent fois, encodés par la force. les visages me disent quelque chose, j’essaie de comprendre d’où ils me viennent, qu’est-ce qu’ils me signifient, il faut qu’on m’aide à me souvenir. Je ressens un vide cervical, dans ces moments là, il faut que je me frotte le dessus de la tête avec vigueur, comme pour stimuler quelque chose, ce qu’il reste, ce qui fonctionne encore. Est-ce que j’ai pris trop de drogue ? Est-ce ma tête qui cherche à me protéger de mes pires souvenirs, ou est-ce que j’ai juste trop bouffé de sandwichs emballés dans du papier d’aluminium ?! Comme ma grand-mère, vais-je finir sénile, alzheimer, radotant, inquiet et agressif. Je lis «un roman français» de Beigbeder, il parle justement de son amnésie, et comme moi, il en souffre. Puis il y a ces gens oubliés qui pensent qu’on se fous d’eux, que c’est par snobisme, par mauvaise foi, si on se souvient plus de les avoir frenchés en secondaire 4. pourtant ça n’a rien à voir, c’est comme s’il faut vraiment que ça brasse fort pour rester imprimé et si ça brasse trop, on l’oublie aussi. Ça me réconforte de ne pas être seul à oublier, je ne me souviens absolument pas de mon enfance et j’ai perdu des grands bouts de mon adolescence, alors il y a cette phrase tout de même qui a attirée mon attention et retenue mon approbation, dans la lecture du Beigbeder, elle parle de la musique, cette musique qui, profonde et hallucinante, sait mieux que n’importe lequel exercice de mémoire, faire remonter des vagues de souvenirs enfouies dans les abysses de ce drôle d’intestin crânien, où tout à coup des bribes de conversations ou d’émotions vives, reliées à un passé incertain, ressurgissent sans qu’on ne comprenne trop pourquoi tout à coup, ça y est… il est écrit «la musique reste mon véhicule temporel préféré, le plus rapide moyen de ruminer le passé : je suis convaincu que ma collection de 45 tours grésillants contient l’histoire dont mon cerveau m’a dépossédé.» Pour avoir souvent pleuré sans prévenir, à l’écoute de certains vieux tubes, je pense que c’est pas mal ça.

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Amygdale, 16/11/2009 [Déprimer c'est ok]

Assis sur le rebord de mon lit, les mains devant le visage, je sanglote. Ma blessure est sans rémission, ma vie sans espoir, mon trouble sans accalmie. Ma plainte, si c’en est une, n’est perçue que de mon chat. Mes larmes ne mouillent que mes mains, cette lande stérile. Mes tremblements ne dissipent pas ma contrition; ma contrition ne jugule pas mes tremblements. Ma gorge est un noeud que je voudrais trancher d’un coup de dague. Je suis seul – ô combien triste et absolument seul – depuis des mois, des années, prisonnier d’un circuit dérisoire, passant par autant de tâches ingrates, saugrenues, inutiles. Je me bats, mais la lutte est vaine, je me rends et la guerre continue. Je suis tué et fragmenté. Je suis un gouffre de désespoir, un trou noir d’albédo zéro, et mon horizon est là où s’engouffrent les dernières lueurs.

La lumière est une onde
Comme ta chevelure blonde
Ou une particule
Comme tes yeux minuscules?

Las! Las! Las! Je ne me repais plus des lendemains qui chantent, car ils chantent tous faux! Tout m’est insupportable, abject, toxique. En un mot, c’est novembre.

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