Contrairement à ce que la plupart d’entre vous s’imaginent sûrement, en puriste de la langue que je suis, je suis tout à fait favorable à la nouvelle orthographe. Débarrassée de ses reliquats les plus inutiles, la graphie rectifiée a le mérite d’être plus claire, plus précise, plus belle, et beaucoup moins incohérente que l’ancienne orthographe.
J’en conviens, sans son i, l’ognon n’aura plus tout a fait la même saveur, même rissolé au beurre en accompagnement des rognons, mais au moins ça évitera toute ambigüité dans l’écriture des mots ambigus. Maintenant que tous les adjectifs numéraux composés sont systématiquement reliés par des traits d’union, il est désormais possible de distinguer soixante et un tiers (60 + 1/3) de soixante-et-un tiers (61/3), ce qui est fort utile dans la vie de tous les jours – au moment de payer son loyer, par exemple. J’avoue que mon propriétaire a fixé mon loyer à un prix vraiment bizarre et que ça n’arrive pas exactement à tout le monde, mais bon, je ne m’embarrasserai pas de détails aussi insignifiants. De toute façon, sachant que le mot exéma vaut presque autant de points au Scrabble qu’eczéma, moi, j’approuve : ils ont bien fait de supprimer toutes ces anomalies irritantes. Surtout en ce qui concerne les mots d’origine étrangère, laissez-moi vous dire qu’un fiord, au Saguenay, ça a ben plus d’allure qu’un fjord. Et les nostalgiques du maelström de règles incompréhensibles de leur enfance, qu’ils déménagent donc en Norvège.
Rien ne sert de s’assoir sur ses lauriers après avoir conquis le milieu de l’édition. La thèse du parasitisme révolutionnaire du FAS doit s’immiscer jusque dans les dictionnaires et pour ce faire, il est grand temps que les sympathisants du FAS embrassent le progrès en appliquant dès aujourd’hui la graphie rectifiée à leur lexique, à commencer par le mot octbl’.
D’abord, ce mot ne comprend aucune voyelle, ce qui rend indument ardue la prononciation. Et l’apostrophe à la fin du mot est un archaïsme qu’on ne voit plus depuis le temps de nos grand’mères, qui eurent néanmoins, quant à elles, beaucoup de difficulté à s’adapter au trait d’union.
Je propose donc la nouvelle graphie octabule, qui simplifie le pluriel, facilite l’intégration à la langue française et s’harmonise avec l’orthographe des autres mots comme pendule, libellule et bidule, ce qui vous aidera certainement à faire passer la pilule.
Alors, vous acceptez ou vous êtes juste une bande de vieux réacs, pires que Joël Le Bigot ? Me ferez-vous subir le même sort qu’à Brassens, qui dut quitter la Fédération anarchiste car ses collègues le trouvaient trop pointilleux sur les règles d’orthographe ?
Quoi de plus naturel que de s’emparer de l’identité de Spirit Duplicata pour publier un article sur les Annales du FAS ? C’est tout à fait dans la lignée des projets chéris de Poufiasse « poutine sur Poutine » ou « lancer une cenne noire dans la face de la reine ». Ou encore de cracher dans la bouche de quelqu’un.
Intoxicated Press étant toujours en lock-out, le reporter Herby Stup donne désormais dans le journalisme citoyen.
Binerie Mont-Royal – Un groupuscule révolutionnaire a investi un échafaudage situé en amont du Fameux Viande Fumée et Charcuterie, dimanche soir. Masqués de mousses carrées, ils ont également placardé les murs avoisinants d’affiches. Ils ont ensuite distribué des tracts. Du haut de la structure d’acier, ils se sont mis à scander, au moyen d’un mégaphone, un manifeste proclamant leur objectif de manière non-équivoque : « le FAS vaincra ! »
Le quotidien délirant est souvent trop fugace. Les événements que relate cette chronique sont déjà pâlis dans ma mémoire, cette traîtresse.
Aujourd’hui, j’ai dû me rendre à L* afin d’escorter un patient de l’hôpital C.-l.-M. à la court municipale. Une opération de routine, m’a dit le répartiteur au téléphone. Comme il ne m’en a pas dit davantage, j’ai fais d’imposants préparatifs, emportant un livre, une bd, un lunch, mon baladeur, un appareil photo et un carnet de notes. On ne sait jamais, surtout quand on sait que dalle.
Je me suis ensuite rendu à l’hôpital de L*. Aucun plan ne résiste à la première minute d’une bataille, a dit l’un. D’abord, on me demande de laisser toutes mes affaires au bureau, puis on me file une radio et des instructions. Nous sommes, un vieux Marseillais et moi, l’unité 161. Nous allons nous déplacer en taxi avec le patient. Nous devons rapporter chaque départ et chaque arrivée, en plus des éventuels incidents de parcours. Ne reste plus qu’à faire connaissance.
On se rend à l’aile psychiatrique. Attente. On discute de mesures de sécurité. L’individu est « à risque », c’est-à-dire qu’il peut tenter de s’évader ou devenir agressif. Je signifie clairement à l’officier que, si le patient s’énerve un peu trop, ce n’est pas moi qui va risquer mes montures. Ce dernier arrive enfin, vêtu de son habit du dimanche : complet-veston rayé, chemise jaune serin et noeud-papillon. Un haïtien dans la cinquantaine. Je repère immédiatement une araignée au plafond dans ses manières un peu trop solennelles. Il insiste pour que nous lui passions les menottes. L’officier l’informe que, malheureusement, nous ne pouvons satisfaire à sa requête, car ici, « nous prônons la communication ». Mais je n’ai pas vraiment envie de jaser, alors je prends « toutes les précautions nécessaires », c’est-à-dire que je joue l’agent carcéral d’opérette.
On prend un taxi. Chauffeur haïtien. Ils commencent à discuter en Créole, et je perds rapidement le fil de la conversation, à l’exception de quelques bribes en référence à « Jésus-Christ » et au « Zen ». M* (c’est le patient), répète sans cesse qu’il est un descendant du roi Salomon et qu’il est un El Shaddaï. Il est question d’une couleur aussi, une variété de bleu — était-ce turquoise? cobalt? — j’ai oublié. Durant l’échange, le chauffeur s’enflamme et lâche le volant : je dois le ramener à l’ordre.
Nous parvenons au palais de justice. J’accompagne le patient jusqu’au bureau d’une avocate, qui souhaite avoir un entretient avec lui et son fils, déjà présent. L’attente n’est pas trop longue. Je n’ai pas le temps d’aller à la salle de bains qu’à mon retour, tout le monde s’est engouffré dans la salle d’audience. Je m’assieds à la droite du fils.
M* a choisi de se défendre sans avocat. Sans même laisser le temps à la juge de nous mettre en contexte, il se lance dans un soliloque d’une vingtaine de minutes sans discontinuer, où il est question d’Haïti, de chakras, d’indigo (la voilà la couleur!), de Zen, de El Shaddaï et de vol de voiture. Son histoire est un embrouillamini absolument inextricable, mais comme il est beau de voir la juge écouter d’un air absolument impassible ses tirades sur la science infuse et ses dictons populaires devisant des conséquences d’embrasser les parties génitales d’un nègre.
Oh! Comme je me bidonne intérieurement, et je l’avoue, je suis incapable de réprimer un fou rire, même en présence du fils, qui me tance d’un regard haineux. Mais, votre honneur, c’est trop fort: « si votre honneur, considérant mon union transcendante à la dynastie du roi Salomon par la loge maçonnique de Port-au-Prince (pas ici, ici nous sommes racistes, alors que là-bas, tout le monde est indigo), veut bien s’apercevoir que je suis un El Shaddaï et m’embrasser la glande pinéale, alors je suis prêts à oublier cette histoire de vol de bagnole. »
Non, ce n’est pas tout à fait ça, ce n’était même pas du tout comme ça. C’était beaucoup plus long et tortueux : séjourner dans le ventre d’un baleine était la seule chose qui manquât au parcours de cet homme syncrétique. Comme je regrette de ne pas avoir un troisième oeil, afin de pouvoir filmer mon quotidien délirant. La juge s’est enfin décidée à ce fascinant épisode de « schizophrénie non-spécifique » juste avant qu’il ne devienne redondant. On voyait qu’elle avait du métier.
Au retour, j’étais d’excellente humeur. Je me suis débrouillé pour le faire parler, afin qu’il m’enseigne des choses. De fait, il m’a appris que mon chakra dominant était le 4e — celui du coeur — et bien sûr, avant qu’on ne sorte du taxi, nous étions tous d’éternels indigos qui s’ignoraient. Du reste, vous pouvez toujours consulter le schéma qu’il m’a aimablement gribouillé sur une page du Journal (ci-dessous). Mais, le plus étrange dans cette histoire, c’est qu’en rentrant vers M* — vous vous rappelez du Marseillais? Eh bien, il m’a tendu un papier avec son adresse, me disant que si je voulais en savoir plus, je n’avais qu’à lui écrire….
Quotidien délirant.

Je cherche présentement des images d’intérieurs bourgeois — non pas bourgeois: classiques, victoriens, baroques, ce genre de shit. Je dois en faire l’illustration que je projette projeter grâce à un rétroprojecteur sur du mobilier et du décor mélamine pour le métamorphoser en mobilier et décor bourgeois. Concept malade… l’art commercial à son meilleur.
Pour ce genre de recherches, l’internet s’est avéré être une mauvaise ressource. J’essaie donc la seule autre possibilité que mon expérience de recherchiste me laisse: la Grande Bibliothèque. En chemin, je me demande comment je pourrais faire pour faire à cette institution nationale la demande de l’achat des trois tomes du FAS. Je me demande s’il vaut la peine d’entreprendre cette démarche. Je pense à autre chose, une vision sur la rue me fait perdre mon idée.
À la bibliothèque, j’arrête devant le rayon des nouveautés. je ne sais pas par ou commencer ma recherche alors je lambine. Je pense à la bibliothèque de S* où il était si facile de prendre n’importe quel livre au hasard dans les chariots de livres en attente de classement qui traînaient. Ici, tout est rangé. Impossible de trouver un livre sans l’avoir cherché. Je me rabat sur la section actualités. Au moins là les livres ne sont classés selon aucun critère à part celui d’être «actuels». romans, livres sur le design, récits durs de domination d’un homme sur deux femmes, monologues d’ados mâles… whatever. Oh! tiens… Les annales du FAS tome 1: le Quotidien délirant. C’est moi qui ai fait ça? Je suis un magicien du réel.
Hé, hé, hé…
Samedi après-midi, c’est le Salon du livre anarchiste de Montréal et, en soirée, c’est le lancement de l’anthologie de la Conspiration dépressionniste, coéditée par LUX et Moult. Cet ouvrage contient des illustrations et des textes d’activistes du FAS (ces parasites). Comme quoi toute est dans toute. Apportez votre breuvage et votre tenue de fête. Mysterious y sera (sans doute déguisé en «hipster»).

Les trois tomes des Annales du FAS, de même que six de nos fascicules (pour la plupart presque épuisés) sont désormais en vente sur Le Pressier.
L’ennemi ne prend pas de pause ; il doit en être de même de nos activités de propagande. D’abord, parasitons :
Activistes et sympathisants du FAS, je vous invite à aller inscrire vos commentaires sous les brefs textes de présentation de chacune de nos publications en vente sur Le Pressier. Peut-on baleiner l’imbaleinable ? Probable, mais dégage. Julia Kristeva est-elle plutôt apprivoisable ou domesticable ? Cette question n’est pas intrinsèquement maoïste. Le quotidien délirant passe-t-il par le nouvel exotisme et mène-t-il au Continent de plastique ? Certes, mais en passant par Repentigny.
FAS vaincra !
Comme Mjack et moi nous questionnions à propos de l’usage des termes intertextualité ou hypertextualité pour définir les trois tomes des Annales du FAS, j’ai effectué une petite recherche. J’ai découvert que la notion d’intertextualité, apparue dans les années soixante, avait été définie d’abord par Julia Kristeva avant d’être reprise dans les années 70 et 80 par Roland Barthes. N’ayant pas trouvé de définition de moins de trois pages pour hypertextualité – je n’ai pas que ça à faire, quand même – et le terme s’appliquant plus précisément, à mon avis, au blogue qu’au livre, j’ai trouvé que la référence sous-entendue à l’auteure préférée de Zepoulpe et à celui de Mjack consistait une raison plus que satifaisante de trancher. Va pour intertextualité, donc, mot qui me plaît d’autant plus pour sa ressemblance phonétique avec le vocable acadien entertet‘, qui signifie craque de seins.
J’ai su grâce à la magie des outils de marketing réseautage social qu’un ancien collègue de travail avait reçu pour nowel des condoms à l’effigie de Sarah Palin. Devinez ce qu’ils ont écrit sur l’emballage ?
je reviens du salon nouveau genre, ça mit un peu de temps à lever côté ambiance, beaucoup de matantes au début et je craignais de me retrouver au salon des métiers d’art, (les premiers curieux m’ont tous reproché les petis caractères difficiles à lires pour leur début de presbytie) mais finalement un flot de jeunes gens appétissants sont débarqués en converse et manteaux de cuir et se sont littéralement jetés sur votre cher Joseph, avides de connaître l’essence et la définition du mot FAS… Chaleureux échanges avec les dépressionnistes, admiration sans borne du public pour le mjack et ses sérigraphies… les flyers ont volés comme des petits pains !
C’était au temps des récoltes. Tandis que la nature exhibait, sur les étalages des marchés, son inquantifiable prodigalité, A* lui, en était réduit à une extrême frugalité. Il était progressivement devenu allergique au travail. Cherchant par tous les moyens à économiser le moindre sou, il avait pu constater combien les poivrons représentaient une aubaine à cette époque de l’année : on en vendait d’énormes paniers pour des sommes dérisoires, presque la moitié du prix courant. S’il avait sû faire des conserves, A* en aurait sans hésiter acheté une grande quantité et les aurait mis en pot pour la saison rude qui approchait. Mais il ne savait pas et d’ailleurs, son ex-petite amie était partie avec la batterie de cuisine.
Que fallait-il faire? Comment laisser passer une telle aubaine? À* cogita pendant des heures, des jours, sans trouver une solution à sa famine, jusqu’à ce que la réponse se présente en rêve. Dans ce rêve, il voyait des mains gantées blanches sur fond de drap noir manipuler un poivron, l’étirant à volonté en tous sens. Puis, un morceau de carton replié entrait en scène, dont les deux battants se déployaient lentement, révélant un tableau périodique des éléments. Comme en réponse à tous ses questionnements de cruciverbiste, ce tableau contenait la clé de l’énigme. La réponse était là : lui fallait un poivron extensible à l’infini, que l’on obtiendrait par des manipulations génétiques, voire physico-chimiques. Mais comment réaliser une telle chose? Qui avait les compétences — et la folie — pour seulement tenter un tel exploit? Pour trouver la solution à ce problème, il fallut à A* bien plus qu’un rêve. Il lui fallut un coup du destin.
A* était, certes, allergique au travail, mais il était également allergique à l’aide sociale, et pour vivre, il lui fallait du boulot. Il travaillait actuellement comme concierge pour une compagnie qui l’envoyait faire le ménage un peu partout dans le quartier industriel de la ville. Suite à des pressions syndicales exercées par des groupes de femmes, les concierges qualifiés uniquement en travaux légers gagnaient davantage que leurs homologues également qualifiés en travaux lourds. Sachant compter, A* s’en était tenu aux qualifications minimales. Il travaillait donc uniquement dans les bureaux, pour un salaire légèrement plus élevé. Cette fois, on l’avait envoyé nettoyer les locaux d’un laboratoire de recherche. Il y travaillerait de nuit, mais il serait tranquille, son casque d’écoute sur les oreilles.
Il se rendit là et fit ce qu’il avait à faire, mais vers onze heures du soir, quelqu’un s’introduisit dans les locaux. A* en était alors à sa pause et il entendit nettement quelqu’un tenter de crocheter la porte principale, et y parvenir! Il eu la chaire de poule et pensa à s’enfuir, mais sa curiosité l’emporta. Il alla donc jeter un coup d’oeil et parvins à repérer un individu, visiblement âgé et frêle, déambuler dans les couloirs, tâtant une à une les poignées de porte. Puis, le visiteur nocturne s’introduisit dans la cuisinette que A* venait de déserter. Il vint à A* l’idée saugrenue de l’intercepter. Il se posta donc à l’encoignure de la porte et attendit tranquillement que l’homme se retourne, ce qui fatalement se produisit, non sans désagrément pour l’intrus. Après qu’il eut évalué ses chances de déguerpir à « assymptotiquement nulles », le vieux renard joua le bluff : en découvrant légèrement un sarrau qu’il portait sous son trench-coat, l’homme s’adressa à A* d’un ton condescendant, en lui demandant s’il y avait quelque chose qu’il pouvait faire pour lui être utile. Mais A*, bien qu’il faillit mordre à l’hameçon, était encore trop stupéfait de cette rencontre pour répondre immédiatement. D’ailleurs, il avait bien entendu crocheter et vu l’homme à l’œuvre. Quelque chose ne tournait pas rond et pourtant, il n’avait pas l’autorité de faire quoi que ce soit. Du reste, ce n’était pas dans son descriptif de tâches. La seule chose que A* sû faire, ce fut de répondre par la réciproque, offrant en retour ses services à l’inconnu.
Le vieillard cogita un instant. La situation pouvait se développer dans tous les sens; il fallait prendre les devants. « Eh bien, dit-il d’un ton débonnaire, si vous pouviez m’aider les clés du labo, ce serait fort apprécié ». « Je ne crois pas que vos chances soient de les trouver dans la cuisinette », repartit A*, dont le sens pratique était irréprochable. La lumière de la lune, par une petite fenêtre à carreaux, parvenait jusqu’aux mains de l’intrus, qui tremblaient légèrement. Était-ce la peur? Était-ce la sénescence?
— Où donc se trouvent-elles », reprit le vieil homme.
— Je l’ignore.
— Vous mentez.
— Comment savez-vous?
— Vous clignez des yeux quand vous parlez. Ah! Si vous aviez ceux du pivert ou du cacatoès, vous pourriez me chanter tous vos airs sans que cela ne paraisse, mais là je vois.
— Mais… qu’est-ce que cela peut bien vous faire? Et d’ailleurs, même si je le savais, pourquoi vous le dirai-je?
— Dites-le-moi, et je ferai de vous un surhomme, l’être humain de demain.
Un surhomme. L’idée avait, pour certains esprits un peu roides, quelque chose de repoussant. Cependant, dans sa situation, il était impossible à A* de se croire l’aboutissement de l’évolution. Aussi était-il tout disposé à croire à un humain de demain, mais un « surhomme »?
— Oui! Un être d’exception. Un être dont toutes les faiblesses seraient transfigurées de façon magnifique, grâce à l’adjonction d’organes d’animaux parvenus au faîte de capacités spécifiques, dans des domaines de spéciation pointus dont la diversité ne connaît pas de limites. Vous pourriez voler aussi haut que l’aigle, plonger aussi profond que le cachalot et forniquer sans relâche, comme le babouin!
— Vous êtes une sorte de chirurgien esthétique, si je comprends bien?
— Je suis bien davantage que cela! Je suis Eugène Nîmes! Je suis un généticien visionnaire, doublé d’un praticien virtuose, cela va sans dire…
— Et vous pouvez tout pour moi? Je veux dire: la matière n’a plus de secret pour vous?
— La matière? Ne me parlez point d’atomes. Je suis biologiste, mon savoir concerne le vivant. Je suis le Karl Lagerfeld des tissus animaux, mais les collisions de particules, c’est pour les nuls.
— Ah.
— Quoi « ah »?
— Et bien, ce n’est pas clair votre histoire de surhomme. C’est que, vous savez, dans ma position, je suis plutôt subhomme, et franchir deux paliers comme ça, ça me donne le vertige.
— Ah, mais il est aussi bête que ce Euj!
— Quoi?
— Rien, je parlais à mon assistant.
Il n’y avait personne d’autre dans la pièce. A* poursuivi :
— Ce qui m’intéresse avant tout, voyez-vous, ce n’est pas de voler aussi profond que le babouin; pour cela j’attends la fin de la lutte des classes. Ce qui m’intéresse au plus haut point, c’est avant tout de manger à ma faim. Et pour cela, j’aurais cru que vous pourriez m’aider.
— Dites.
— Eh bien, j’ai eu cette vision voyez-vous, d’un poivron extensible à l’infini, que je pourrais sans cesse croquer et mâchouiller sans que jamais il ne perde en volume. C’en serait alors fini des disettes.
— Hum. Je vois. Mais ma spécialité, ce sont les tissus animaux. Quoique… Cela pourrait présenter un beau défi. L’avenir de l’homme serait-il végétal?
Le professeur Nîmes tentait d’évaluer les possibilités de constituer un végétal infiniment extensible. La forme du poivron avait quelque chose de la tête d’un zepoulpe; ses pensées se tournèrent naturellement vers le spécimen dont il était parvenu à produire une variété gigogne. D’ailleurs, s’il était possible d’implanter des gènes de crustacée fluorescent à des patates, pourquoi pas un gène de zepoulpe, caoutchouteux, élastique à souhait, à un poivron? Des ligues entières de crève-la-faim pourraient être rassasiées par ce produit peu coûteux en comparaison du zepoulpe, produit de luxe, toujours incessible aux classes laborieuses.
Par ailleurs, il avait semblé au professeur Nîmes, en observant une partie de rugby au cours de l’une de ses rares promenades de santé, que l’être humain bénéficierait grandement à développer son esprit de corps, sa capacité à se coaguler avec ses semblables pour exécuter une foule de tâches, jusqu’à s’échafauder les uns sur les autres pour atteindre, telles les fourmis magnan, des objectifs inaccessibles à l’individu isolé, aussi fort soit-il. Végétal et collectif : tel se devait d’être l’humain de demain. En se nourrissant de la sorte de végétaux modifiés pour accentuer leurs propriétés d’élasticité et de gluance, les hommes, par effet homéopathique, acquerraient les propriétés de ces végétaux transformés. Ils deviendraient eux-mêmes plus extensibles, plus souples, plus sociaux. Ne resterait dès lors plus qu’à leur assigner une grande tâche, à la réalisation de laquelle tendraient naturellement leurs nouvelles facultés.
— Ouvrez-moi ce labo, et vous aurez votre poivron, dit enfin le professeur Nîmes.
Vous l’ignoriez peut-être, mais ben au nord de Montréal, dans le village de l’Anse Saint Jean, se trouve une cellule de sympathisants du front d’action stupide. Je vous transmet une communication reçue récemment:
Depuis quelques temps, sur la route pour le boulot, il y a des travaux assez longs. comme la distance est d’environ 3 km, il y a un véhicule escorte sur lequel on a fixé une grosse pancarte orange « suivez ce véhicule ».
À chaque matin je pense au gars qui conduit, à faire les même trois kilomètres aller-retour toute la journée à une vitesse moyenne de 20km/heure. pis ça me déprime un peu. je me demande chaque fois comment il peut trouver la motivation de passer à travers sa journée.
Hier je l’ai découvert. c’était écrit sur sa plaque d’immatriculation depuis le début : FAS 109.

Le FAS parasite la haute couture.
Le FAS est partout. Il parasite. Il subvertit. Ainsi le retrouve-t-on dans la section «idée» du site des Enfants Sauvages, une boîte de couture se définissant elle-même comme anarcho-mystique et posant, à sa façon, la question de l’apprivoisable et du domesticable. Miaou! Nous sommes félins pour l’autre. Tricotés, tissés ou maillés, nous vaincrons!
Le FAS aurait tout avantage à envahir purement et simplement les commentaires sur RDS. Anyway, on a déjà des pseudonymes.
Et pour la plupart (sauf Normand Touche-Seins), ceux-ci décrivent mieux l’âme du partisan que les pseudonymes du réseau de Pierre et Yvon. Quelques exemples :
Miss Koivu
imbattable
Habs4life92
j’ai hâte
la relève
jab44
habsrule !
goducksgo
prolétaire
zesecret
honda98
tour du chapeau
boutchone
fullmoon
ti-fouine
le king des gros
Remarques en vrac :
J’ai de la misère à imaginer Prolétaire et Honda98 ensemble, mais pas de problème à imaginer honda98 avec boutchone, casquettedecôté et cellulaireàlaceinture .
Le king des gros travaille-t-il encore chez Léon, c’est la question qui nous brûle tous les lèvres… Et miss Koivu est clairement un gars… et j’ai hâte est un casseur qui rêve de péter des vitres de chars.
FAS vaincra !
Le Fascicule du FAS, spécial Julia Kristeva est présentement en vente dans le distroboto situé au 2275, rue Holt (Bibliothèque et Archives nationales du Québec). Le Fascicule du FAS, spécial non-apprivoisable et non-domesticable sera disponible sous peu dans le distroboto du Divan orange (4234 rue St-Laurent). Julia Kristeva à la bibliothèque et le non-apprivoisable dans un débit de boisson… FAS vaincra !
… d’ailleurs, paraîtrait qu’on est des artistes émergents.
Justement, à part moi y’en a t il des vrais anals du Fas ? Ou suis-je encore le seul à m’intéresser à ce genre de choses ?! Ce n’est pas un vain jeu de mot, c’est une question, ma foi, fondamentale pour mon équilibre psychologique. Dernièrement, en effet, un proche de votre dévoué Joseph lui demandait de se positionner sur ses motivations profondes à s’intéresser de près à un sujet aussi peu ragoûtant que la chromoscatologie. L’on me reprochait avec condescendance amusée ne pas avoir dépassé le stade anal…
L’on dit que ce stade se situe vers deux ans quand l’enfant commence à maîtriser ses sphincters et l’anus devient alors une zone érogène sous l’influence de l’exigence de propreté exprimée par les parents. L’anus, zone de passage entre l’intérieur du corps et le monde extérieur est soumis à la volonté de l’enfant qui s’aperçoit qu’il peut empêcher l’expulsion et en retire donc un plaisir de rétention découlant de l’application de sa volonté. Il prend progressivement conscience du soulagement lié au fait de laisser sortir : c’est la découverte du plaisir d’expulsion. Il est fréquent que l’enfant s’intéresse à ses selles et les manipule, les explore ou les exhibe. Le «boudin fécal» stimule la zone érogène et est perçu par l’enfant comme une partie de son corps qu’il perd.
Or, rien à voir avec moi qui m’intéresse plutôt à la chromoscatologie, science qui étudie la couleur des selles, il n’y a d’ailleurs pas vraiment de sites sur le sujet !!!
«CHROMOSCATOLOGIE»
La couleur des selles est liée en majeure partie à notre alimentation. Les végétariens auraient des selles claires alors que les grands consommateurs de viande auraient les selles foncées. C’est l’influence directe de la teneur en sels biliaires.
Les variations de couleur se trouvant dans nos selles traduisent donc les variations de notre alimentation ! Hyper intéressant ! Je suis tout à fait attentif aux signes aisément accessibles que nous envoie notre organisme au quotidien ! Sympathisant du FAS, soyez attentifs aux signes qui ne trompent pas !
Certains aliments contenant des pigments stables comme la betterave, par exemple, peuvent même colorer directement nos selles ! Vous l’aviez bien sûr remarqué ! Non ? Quelle conception fascinante que de pouvoir retrouver ci et là les couleurs familières des aliments dégustés avec joie, défigurés en un art abstrait aux couleurs parfois vives et folles !
Mais mais mais… En cas d’obstruction des voies qui conduisent la bile du foie vers l’intestin, ces pigments passent dans le sang… Les selles sont alors très claires et la peau devient jaune. Cela s’appelle une jaunisse, Calisse !
Sachez, chers sympathisants, qu’une simple accélération du transit intestinal peut éclaircir significativement les selles, sans qu’il n’y ait pour autant de maladie des voies biliaires.
Des indices précis sur l’état de santé :
La présence de sang digéré dans les selles (saignement de l’estomac ou de l’intestin grêle) provoque des selles noires et très nauséabondes appelées maelena. Il ne s’agit pas de selles foncées, mais de selles vraiment noires.
Un saignement dans la partie terminale du côlon peut donner des selles rouges.
Certaines infections, notamment parasitaires, peuvent donner des selles vertes ou verdâtres…
Et je passe sur l’odeur ou le côté glaireux, solide, en petites billes, massif, liquide de l’étron, qui est encore autre chose !!!
Comme vous l’aurez compris, la chromoscatologie est une science complexe ! Une science, oui une vraie science !
Et je cite «Il n’existe pas de chromoscatologue, mais à mon avis, il y aurait un marché»… Ah, j’avais mal lu osti, je croyais avoir lu il n’existe pas de «chromoscatalogue», un genre de recueil des maladies par les couleurs du boudin fécal (ha ha ha, boudin fécal, maudits français que vous êtes drôles !), maudite marde, justement, il va falloir que je l’invente ce chromoscatalogue !