Sueurs nocturnes

à la relecture du horla, pas lu depuis mon adolescence, j’éprouve non plus un simple sentiment de terreur, mais un agréable sentiment de complicité et de soulagement. les premières 20 pages me parlent directement, elles font allusion à ces moments où sans raisons concrètes l’angoisse monte en flèche dès le coucher du soleil, moments nocturnes où les comportements irrationnels et les terreurs enfantines me piochent la tête. cette angoisse, la même qui, lorsque je m’éveille couvert de sueur, me fait allumer une veilleuse dans la cuisine et la salle de bain, me tient en éveil jusqu’à l’aube en me torturant l’esprit avec mes problèmes, mes doutes, mes échecs. l’individu néfaste, se faire égorger ou étouffer, se faire observer, juger, triturer comme des doigts sales sur un bouton d’acné. j’y pensais aujourd’hui, assis dans mon bureau cloisonné, en tapotant le clavier d’ordi. ce bureau sordide, de ville d’anjou, où sur le boulevard Louis-Hippolyte Lafontaine je suis payé temporairement un prix surévalué à saisir des données assez inhabituelles. nouveau prix circulaire en vigueur le premier février: cerveaux bleus en jujube, 4.95$ le paquet…

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Amygdale, 17/01/2012 [Sueurs nocturnes]

Il est trois heures du matin et je viens de m’éveiller en poussant des cris mi-veau, mi-fantôme. J’ai fait un cauchemar. Comme je ne parviens pas à me rendormir et que ce rêve était, somme toute, authentiquement stupide, je vais vous le raconter.

Je suis à St-F*, mon village natal. C’est l’hiver, et mon voisin, un entrepreneur en construction, a déneigé la longue cour qui mène à son poulailler, ses hangars et son domicile avec le grand chasse-neige attelé à son tracteur. Mais il a fait un mauvais travail: le tracteur a laissé dans la neige tout un tas de traces et de sillons inesthétiques, et cela m’agace, aussi je décide d’égaliser le tout de mes poings en me traînant à quatre pattes. C’est la nuit, et je dois prendre garde de ne pas éveiller les chiens, surtout celui de son fils, dont la maison se trouve également le long dudit chemin. Alors je m’applique, avançant précautionneusement, mais résolument, vers mon but, le poulailler. De loin, je remarque qu’une voiture y est stationnée, les portes ouvertes et les lumières allumées. Les lumières de la maison du fils sont également allumées, ce qui augure mal, d’autant que je peux entendre le couple bavarder depuis leur chambre, comme dans ce reportage sur les chats que j’ai vu il y a longtemps et où on nous montre qu’ils peuvent entendre ce qui se passe derrières les portes et fenêtres, depuis la ruelle. D’ailleurs, c’est étrange, ce n’est pas la voix du fils, mais celle du père que j’entends sourdre de là. Alors j’avance, et parvenu à la hauteur du poulailler, j’entends les voix s’animer, comme s’ils se doutaient de quelque chose, tandis qu’à quatre pattes j’observe l’intérieur de la vieille Civic rouge pompier garée là. Les poules se mettent à caqueter, les chiens à gronder, la lumière de la voiture m’expose aux regards. Puis soudain, j’entends une voix s’exclamer : « le voilà, cet enfant! » Ils m’ont repéré! C’est alors que dans cette position humiliante, je me mets à bramer, mais en bramant je me dis autant leur faire peur, alors mon cri se change en une sorte de plainte menaçante et fantomatique… puis je m’éveille.

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