Vous souvenez-vous du village sous la neige ? C’était à peu près au même moment l’année dernière. Hé bien l’autre fois, avec T*, on est allés vérifier s’il n’aurait pas été reconstruit. On a vite cru trouver une entrée dérobée, entre la clôture et le géant tas de neige, mais on n’y découvrit qu’une bien peu profonde et décevante cavité.
On retourna quand même une autre fois pour voir si le travail avait avancé. Apparemment, pas beaucoup, mais un petit bout de plastique attira toutefois mon attention. Un bac de recyclage, imbriqué de blocs de neige durcie, formait un mur dissimulant vraisemblablement une entrée. Quand même, on n’allait pas défoncer la porte et pénétrer par effraction !
De toutes façon, on s’est dit que c’était sûrement temporaire, le temps qu’il finissent de creuser. Et puis, il n’y avait pas beaucoup neigé cet hiver, ils avaient dû commencer assez tard. Quand même, ils n’allaient pas détruire et reconstruire une palissade à chaque fois qu’ils voulaient entrer et sortir de là !
Ce n’est que plusieurs jours plus tard qu’on découvrit à quel point on avait été dupés. Trop tard, encore une fois, parce qu’un printemps prématuré faisait fondre la glace à une vitesse folle. Les bums eux-mêmes ne se donnaient plus la peine de se cacher : les restes d’une feu éteint gisaient carrément devant l’entrée du fort, béante. On se risqua tout de même à l’intérieur pour jeter un coup d’oeil, vite vite, parce qu’avec toute cette eau qui coulait, on avait un peu peur que le toit s’effondre sur nous.
On était loin de l’Hôtel de glace, mais quand même, l’âtre, les bancs sculptés, les coussins, les bières vides, tout ça, ça donnait une superbe version prolétaire du fameux palace.
Je crois que ce dude était du genre à trouver que vingt-quatre heures dans une journée, c’est pas assez pour virer complètement barge. Il a donc élaboré la théorie du timecube, une sorte de quadrature du cercle qui revient à dire que 4 journées se déroulent simultanément sur la terre. Aussi, l’interface du site rappelle le premier site des annales du FAS, sauf que c’est composé d’une seule et interminable entrée. Bravo.
Cette seconde révolution moderne est celle qui, réconciliée avec ses principes de base (la techno-sciences, la démocratie, les droits de l’homme, le marché) est emportée par un processus hyperbolique de modernisation de la modernité elle-même.
Je sais, c’est un projet de fou, borgésien même, mais j’ai entrepris de reconstituer une cartographie subjective de mon territoire. Pas à l’échelle 1 : 1, comme en rêve Borges – c’est irréaliste, quand même, je délire, mais je délire égal – mais disons à l’échelle 1,3 cm : 200 m. Ben pas disons, en fait, c’est vraiment ça et c’est assez in comme zoom pour moi.
Comment je fais ? Au début – ce projet à commencé il y a plusieurs années, quand j’étais encore à l’université – je traînais partout avec moi un petit carnet quadrillé dans lequel je traçais mes allées et venues. J’en ai même tiré un livre, sérigraphié à la main et édité en 3 exemplaires – vous pouvez d’ailleurs consulter l’exemplaire 3/3 au centre de conservation de la BAnQ, sur la rue Holt. Dans ce temps là, j’étais jeune, semi-nomade, et j’avais encore du temps à perdre alors je pouvais bien jouer les grandes exploratrices dans les rues de Montréal à dessiner mes cartes distordues de la ville.
J’avais mis en exergue, au début de mon livre, une citation de Paul Auster dans Trilogie New-Yorkaise : « […] il coucha aussi sur le papier avec un soin méticuleux l’itinéraire exact des errances de Stillman, marquant toute rue suivie, tout changement de direction, toute pause effectuée. Et, en plus d’occuper Quinn, le cahier rouge lui fit aussi ralentir le pas. » Je pensais que ça aiderait à comprendre le projet. Moi, mon cahier, il était pas rouge, il était recouvert de Duct tape gris avec un gros X au Sharpie écrit dessus. C’est vrai que j’étais pas mal punk dans le temps. Mais la couverture du livre que j’en ai fait par la suite était en toile beige avec le titre imprimé en rouge, Itinéraires – vous l’auriez deviné, j’en suis sûre.
J’aurais pu aussi vous expliquer mes motivations comme suit, avec une citation du Diable par la queue (c’est encore Paul Auster) : « Dublin n’est pas une très grande ville, et il ne fallut pas longtemps pour m’y retrouver. Il y avait un côté obsessionnel aux promenades que j’y faisais, un insatiable besoin d’errer, de dériver tel un fantôme au milieu d’inconnus, et au bout de deux semaines, les rues étaient devenues pour moi quelque chose de tout à fait personnel, une carte de mon territoire intérieur. » On dirait que c’est plus facile de me faire comprendre avec les mots d’un autre qu’avec les miens.
Mais je diverge. Je vous racontais tout ça pour vous dire que maintenant que je suis sédentaire avec une job steady, je n’ai plus que ça à faire, déambuler dans les rues. De toutes façons, dans le temps, Google Maps n’existait même pas, ou à peine, alors qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? Google Maps n’était qu’une ébauche, un embryon de plan. C’est vrai, pensez-y, j’ai vérifié mes sources : le service a été lancé au Canada en 2004 seulement. C’était ma dernière année de bac.
C’est fou, quand on y pense, la vitesse à laquelle on s’y est habitué. Quand je suis partie en voyage la première fois, en 2000, c’est tout juste si j’avais un e-mail – le mot courriel n’existait pas encore. Me parachuter dans une ville inconnue, sans même une carte pour m’orienter, ce n’était pourtant pas si traumatisant que ça. Me cacher sous un pont, tomber, et être presque engloutie dans le Tibre pollué, en plein coeur de Rome ; dormir sur une plage au centre-ville de Barcelone sans savoir qu’au matin je serais presque écrasée par une marée de pieds ; essayer de fuir les hordes de chiens errants dans les rues de Pompéi sans vraiment distinguer la vraie ville des ruines, me faire haranguer par un cocaïnomane New-Yorkais lançant des billets de 1000 lires à la ronde, me faire tirer d’embarras par un obsédé bisexuel, tout ça, c’était l’aventure, quoi ! Pourtant j’ai réussi à rentrer chez moi.
Mais je divague encore. Où je voulais en venir, c’est que maintenant, je ne peux plus me risquer en territoire inconnu sans vérifier scrupuleusement au préalable mon chemin sur Google maps. J’ai trop peur de me perdre. Et encore, je me retiens d’avoir un GPS. C’est pour dire comment notre sens de l’orientation est en train de s’atrophier, nous les humains. Mais c’est comme ça, alors mon projet d’itinéraires s’est transformé en projet de cartographie subjective et mes dessins, je les trace à partir de Google Maps. D’ailleurs, cette expression, je l’ai piquée à Amygdale et je m’en sers sans le moindre acquit de conscience dans tous mes textes de démarche artistique.
Quand je vais à l’atelier, je vais sur Google Maps voir les lieux que je connais. J’imprime, toujours à la même échelle, les fragments de cartes qui m’intéressent, puis je les découpe et je les assemble avec du papier collant. Après ça, je mets un papier transparent par-dessus, un Mylar, un Géofilm, whatever, c’est deux noms différents mais c’est le même papier, et je trace les rues que je connais. Après ça, je me sers de ce dessin pour imprimer une sérigraphie.
Je sais, c’est absurde, mais il faut bien trouver un sens à la vie. Alors je me prends pour Sisyphe et je fais ça en faisant semblant que c’est une bonne idée. Ça me fait plaisir de penser qu’un jour ce projet prenda la forme d’une immense toile d’araignée, très serrée au centre, pleine de croisements et de noeuds, puis s’élargissant vers les extrémités, couvrant des murs et des murs, avec d’immenses zones blanches parfois traversées d’une mince et interminable ligne, une autoroute.
Mais vous savez, un territoire, c’est changeant alors c’est toujours à recommencer. Un petit détour, par ici, un déménagement par là… C’est pour ça que récemment, j’ai dû repatcher des morceaux de ma cartographie subjective parce que par endroits, elle était toute noircie et chiffonnée. Alors je suis allée chercher des nouveaux morceaux sur Google Maps, et c’est là que je me suis rendue compte, en essayant de les assembler, que vraiment, quelque chose n’allait pas.
Avant, toutes les rues étaient de la même largeur. Maintenant, ils les ont ajustées un peu mieux à la réalité. C’est pour ça que le boulevard Décarie a conservé la même largeur mais que le petit tronçon de rue minus qui se transforme en chemin de gravelle en allant de chez nous vers les tracks, à côté de la vraie cour à bois, lui, s’est considérablement aminci. Alors ma carte, elle est pas raccord.
Mais c’est pas ça le pire : moi, j’avais déjà dessiné le Mont-Royal, avec les sentiers pis toutte, parce que je les connais bien. J’y ai quand même déjà passé plusieurs fins de semaines à construire des nids dans les arbres – mais ça, c’est une autre histoire. Mais là, les sentiers du Mont-Royal, sur Google Maps, ils n’ont pas juste rapetissé, ils ont disparu. Et ce n’est pas tout.
Au parc Lafontaine, le lac, disparu aussi ! Et le chemin qui traverse d’est en ouest le parc Laurier, disparu ! En n’allez pas penser que je n’ai pas zoomé in pour vérifier comme il faut. Au parc Jarry, même constat : plus de lac, plus de sentier, rien ! Au parc Maisonneuve, plus de sentier non plus, rien, rien rien ! Juste des grand aplats vert pâle.
Alors je me dis que c’est peut-être un complot des lobbies de l’automobile pour empêcher les gens d’aller se promener tranquilles. Moi, je le sais qu’il y a des sentiers dans les parcs, parce que je les ai dessinés. Je m’en souviens. J’ai une trace. Mais les autres… à la vitesse qu’ils oublient, comme ils ont oublié qu’il y avait une vie avant l’Internet, comme ils ont oublié qu’il y a à peine sept-huit ans, il fallait déployer une carte en papier pour s’orienter, comprenez-vous, en papier, est-ce qu’il vont se souvenir qu’il y a dèjà eu des sentiers dans les parcs de Montréal ? Et la Ville, eux, ils vont s’en souvenir, d’aller tondre le gazon et couper les branches ? Je ne pense pas. La végétation va gagner doucement du terrain et bientôt, elle va tout envahir, et les sentiers vont réellement disparaître.
Ça deviendra une vraie jungle ; peu à peu, les animaux sauvages viendront s’y installer. On ne pourra plus pénétrer dans les parcs qu’armé. Il faudra une machette pour faire son chemin. Et il ne restera plus de place dans cette ville que pour les automobiles.
Cher Amygdale,
Au début du mois de janvier, j’ai vu Avatar de James Cameron et je me suis demandé comment ça pouvait aller plus mal. Une semaine plus tard, un séïsme secouait Haïti. (suite…)
Le site web le plus insolite depuis Barbe douce.
http://science-univers.qc.ca/sexualite/54-pedophilie.html
La page d’accueil
http://science-univers.qc.ca/
Dear Pat Robertson,
I know that you know that all press is good press, so I appreciate the shout-out. And you make God look like a big mean bully who kicks people when they are down, so I’m all over that action.
But when you say that Haiti has made a pact with me, it is totally humiliating.
I may be evil incarnate, but I’m no welcher. The way you put it, making a deal with me leaves folks desperate and impoverished. Sure, in the afterlife, but when I strike bargains with people, they first get something here on earth — glamour, beauty, talent, wealth, fame, glory, a golden fiddle. Those Haitians have nothing, and I mean nothing. And that was before the earthquake. Haven’t you seen « Crossroads »? Or « Damn Yankees »? If I had a thing going with Haiti, there’d be lots of banks, skyscrapers, SUVs, exclusive night clubs, Botox — that kind of thing. An 80 percent poverty rate is so not my style. Nothing against it — I’m just saying: Not how I roll.
You’re doing great work, Pat, and I don’t want to clip your wings — just, come on, you’re making me look bad. And not the good kind of bad. Keep blaming God. That’s working. But leave me out of it, please. Or we may need to renegotiate your own contract.
-Best, Satan
source: The Star Tribune
C’était la meilleure de 2009. Elle s’est fait attendre longtemps. Jusqu’au 31 décembre 2009, en vrai. Contrairement à mon habitude, je suis arrivé le premier, à temps pour les hors-d’oeuvre. T*, arrivé en deuxième, était visiblement surpris/content de me voir, et en a profité pour faire une entrée tout en interjection, me lançant enthousiasmé et le plus naturellement du monde : – Ça fait un LAMPADAIRE que je ne t’ai pas vu!
Moi: (!?)
Lui: (…), euh, un lustre… ça fait un lustre!
Tous (à l’unisson) : ÇA FAIT DES LUSTRES !
***
Quelqu’un m’a d’ailleurs fait remarquer qu’un lampadaire est beaucoup plus long qu’un lustre. Depuis, je ne dors plus.
INTOXICATED PRESS ( Rawdon) - C’est avec stupeur et tristesse que nous apprenions, hier, le décès du cinéaste français Éric Rohmer ( La Marquise d’O -1976-, Pauline à la plage -1983-). Notre reporter Herby Stup a eu le privilège de côtoyer le réalisateur français à l’occasion des derniers instants de sa vie. Toujours sous le coup de l’émotion, M. Stup nous confia sans surprise : « À l’image de tous ses films, ses derniers instants furent pénibles, longs et plates. » (suite…)
La chaleur est insoutenable, contraste évident avec les froids polaires qui sévissent a l’extérieur de mon scaphandre spatio-cosmique, de même qu’avec le fait que je sois plus près de l’équateur que de quelque pôle que ce soit. (suite…)
«Kilgore Trout avait écrit une nouvelle, dont le sujet était un dialogue entre deux micro-levures. Celles-ci discutaient ensemble des buts essentiels de l’existence, tout en mangeant du sucre et en étouffant dans leurs excréments. Du fait de leur intelligence limitée, elles n’arrivaient jamais à comprendre qu’elles étaient en train de fabriquer du champagne. »
- Kurt Vonnegut Jr, Le breakfast du champion
Bon, ça fait une bonne année déjà que je songe à recevoir pour Noël, c’est-à-dire caller un Noël des mal-aimés***. (suite…)
Chère Maman, (suite…)
À la place du journaliste de la BBC, j’y serais certainement allé avec un autre choix de mot, mais bon, merci la science (C’est okay pour le bureau).
Mais qu’ai-je bien pu vouloir dire par là ? (suite…)
Vendredi, je suis passé voir une projection « spécial sexe » présenté par le Douteux.org au pub Brouhaha dans Rosemont. Un des nombreux faits saillants (ce fut trois heures de faits saillants) m’a semblé être le vidéo montrant un groupe d’Africains qui se font une petite partouse en forêt. Sauf qu’ils sont entièrement peints en bleu cobalt et portent des bonnets blancs, à l’exception de l’un d’eux qui porte un bonnet rouge et une barbe blanche. Ils s’enfilent à tour de rôle une femme avec une perruque blonde sous son bonnet, tout en fredonnant « la la la schtroumpf la-la. »
Je n’ai pas d’idées précises, c’est plutôt une émotion, une intuition, une vague vision, que je développe, en tâtonnant; c’est que je n’ai pas de mémoire, pratiquement aucune, j’oublie tout, chaque détail, les raisons, les gens, leurs histoires, tout comme mes cours d’histoire, ma culture générale, les règles des jeux de cartes, les livres et films que je regarde, sauf ceux visionnés cent fois, encodés par la force. les visages me disent quelque chose, j’essaie de comprendre d’où ils me viennent, qu’est-ce qu’ils me signifient, il faut qu’on m’aide à me souvenir. Je ressens un vide cervical, dans ces moments là, il faut que je me frotte le dessus de la tête avec vigueur, comme pour stimuler quelque chose, ce qu’il reste, ce qui fonctionne encore. Est-ce que j’ai pris trop de drogue ? Est-ce ma tête qui cherche à me protéger de mes pires souvenirs, ou est-ce que j’ai juste trop bouffé de sandwichs emballés dans du papier d’aluminium ?! Comme ma grand-mère, vais-je finir sénile, alzheimer, radotant, inquiet et agressif. Je lis «un roman français» de Beigbeder, il parle justement de son amnésie, et comme moi, il en souffre. Puis il y a ces gens oubliés qui pensent qu’on se fous d’eux, que c’est par snobisme, par mauvaise foi, si on se souvient plus de les avoir frenchés en secondaire 4. pourtant ça n’a rien à voir, c’est comme s’il faut vraiment que ça brasse fort pour rester imprimé et si ça brasse trop, on l’oublie aussi. Ça me réconforte de ne pas être seul à oublier, je ne me souviens absolument pas de mon enfance et j’ai perdu des grands bouts de mon adolescence, alors il y a cette phrase tout de même qui a attirée mon attention et retenue mon approbation, dans la lecture du Beigbeder, elle parle de la musique, cette musique qui, profonde et hallucinante, sait mieux que n’importe lequel exercice de mémoire, faire remonter des vagues de souvenirs enfouies dans les abysses de ce drôle d’intestin crânien, où tout à coup des bribes de conversations ou d’émotions vives, reliées à un passé incertain, ressurgissent sans qu’on ne comprenne trop pourquoi tout à coup, ça y est… il est écrit «la musique reste mon véhicule temporel préféré, le plus rapide moyen de ruminer le passé : je suis convaincu que ma collection de 45 tours grésillants contient l’histoire dont mon cerveau m’a dépossédé.» Pour avoir souvent pleuré sans prévenir, à l’écoute de certains vieux tubes, je pense que c’est pas mal ça.
En sortant prendre l’air, entre deux victoires, à Expozine, j’ai croisé un couple avec leur enfant. Le môme, visiblement fasciné par l’apprentissage de la temporalité, leur demandait sans cesse, dans un anglais aussi suraigü qu’insupportable, si on était l’après-midi. (suite…)
Je n’ai jamais eu d’idée révolutionnaire. Je n’ai jamais écrit, ni publié sur les Annales du FAS un article pour la Chaire d’études André Serouille. Je n’ai jamais révisé, ni assemblé dans la cave d’Amygdale les 80 pages du 10e Fascicule du FAS. Je n’ai jamais acheté, ni vendu de produit dérivé du FAS. Je n’ai jamais passé quatorze heures dans un sous-sol d’église ni rencontré de sympathisants du FAS. Je n’ai jamais été coincée derrière une table minuscule avec d’autres activistes du FAS. Encourager le FAS et Expozine, c’est criminel et dangereux.
À l’âge de sept ans, ma maîtresse d’école et ma classe au complet se ligua pour me convaincre que Dieu existait et que je devais être accompagnée pendant un an par un animateur de pastorale pour me préparer au baptême, puis aux autres sacrements que je pourrais recevoir en même temps que tout le monde. Ce que je fis sans la moindre objection de la part de mes parents.
À huit ans, mon optométriste convainquit mes parents que je souffrais d’astigmatisme en plus d’un début de myopie. Huit ans plus tard, ce verdict s’avérait faux mais ma vision était réduite à une peau de chagrin.
Le dentiste dit à mes parents que je devrais porter des broches car mes dents allaient être horriblement croches et que j’allais souffrir de l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.
Le médecin dit à mes parents que je devrais me faire recoller les oreilles si je ne voulais pas souffrir de l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.
Mon père m’emmena voir un médecin parce que j’avais les jambes croches et six étudiants universitaires vinrent confirmer le verdict. Seule une opération chirurgicale complexe parviendrait à régler ce problème esthétique qui sûrement allait m’attirer l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.
La mère d’une amie m’accusa d’avoir entraîné sa fille à fumer de la marijuana alors que celle-ci faisait de l’acide depuis l’âge de 11 ans, encouragée par ses deux cousins. La mère de cette même amie crut que la forcer à se débarrasser de tous ses effets personnels et regarnir sa chambre avec un mobilier et des décorations Ikéa exclusivement en noir et blanc – incluant un petit pierrot pleurant – était une bonne idée pour la remettre dans le droit chemin. L’amie en question n’en fit pas de cas.
Une fois par mois, pendant une semaine, une fille nous demandait à chaque récréation de vérifier si elle avait une tache rouge dans le cul.
Je compris que je n’avais rien à foutre de l’ostracisme de mes pairs et niai l’existence de Dieu.
Mon professeur de mathématiques fit allusion devant toute la classe à un film de cul célèbre qui portait comme titre mon prénom.
Mon professeur d’histoire déclara que la vie était comme un sandwich à la marde – plus tu vieillis, moins qu’il y a de pain. Il m’apprit également les trois caractéristiques du nazisme, que jamais je n’oubliai : négation de l’individu, culte de chef, exaltation de l’irrationnel.
Je décidai que mes pairs manquaient totalement d’intérêt et me trouvai des amis plus intéressants avec lesquels, des années plus tard, je militerais pour un quotidien délirant.
Je refusai d’aller à mon bal de finissants. Je ne suis jamais allée à mon party de retrouvailles.
Selon mon premier optométriste, si j’étais myope c’est que je n’avais pas assez marché à quatre pattes – quinze ans plus tard, il s’est présenté aux funérailles de mon père.
Mon prof d’art plastique était convaincu qu’il fallait croire en la réincarnation. Il m’a aussi dit qu’à mon âge, il me ressemblait.
Dans la maison où je suis né, des icônes suintaient du gras de porc. Mon frère avait un ami qui récitait le Je vous salue Marie à l’envers en pissant sur des pierres tombales.
Mon prof de math se prenait pour la petite Aurore et portait un surnom russe. Il a voulu me prouver qu’être catho, c’était pas parfait, mais que c’était mieux que d’être païen, athée ou de croire en la réincarnation. Selon lui, Georges Brassens était maniacodépressif (ce qui transparaissait dans sa musique). Un jour, mon prof de math m’a hypnotisé devant toute la classe.
Il y a la fois où la femme de mon frère m’a dit qu’il me détestait.
Mon prof de bio : « Les condoms ne protègent pas du sida. »
La femme de mon frère s’est fait frapper trois fois par la foudre avant qu’il décide de divorcer.
Mon prof de français m’a vanté les mérites des condoms extralarges, dit que Brassens était normand (ce qui transparaissait dans sa musique) et affirmé qu’il avait lu tout ce qu’il fallait vraiment lire. Selon lui, certains étudiants se sodomisaient en plein jour sous l’escalier en béton de la cour d’école.
Au sortir de l’école secondaire, j’ai commencé à militer pour un quotidien délirant.
Je ne suis jamais allé à mon party de retrouvailles.
FAS vaincra.
En prévision de la prochaine édition d’Expozine, nous avons débuté l’édition d’un nouveau fascicule du FAS (le dixième!) qui sera fort probablement (mais dégage!) un spécial «Zone oubliée».
Je vous vois déjà, chers activistes, adoptant la position du vautour, grinçant du bec et maugréant : «Pourquoi Zone oubliée? Ça veut dire quoi? Pis c’est même pas drôle.» À cela, je réponds très finement : «Probable, mais dégage», vous invite à vous observer dans la position du vautour, et m’explique ensuite:

La «Zone oubliée», c’est l’espace d’un nouvel exotisme, le lieu de la frontière entre les chemins battus du quotidien le plus plat et celui du plus délirant, le désert de fibres optiques où Robodrigue éjecte sa carte à puce de l’entrejambe d’une cyberpute, le laboratoire où Amygdale, en émule d’Euj et Nism, se tranche le bras pour prouver une hypothèse scientifique, le Continent de plastique (Utopia?) où Julia Kristeva peut enfin vivre l’idéal collectiviste en se fondant corps et âme avec des ouvriers cubains, et j’en passe.
C’est dans une zone oubliée que nous fonderons, chers activistes, un phalanstère du FAS, où nous travaillerons ensemble pour connaître enfin la victoire.
FAS vaincra!
Intoxicated Press étant toujours en lock-out, le reporter Herby Stup donne désormais dans le journalisme citoyen.
Binerie Mont-Royal – Un groupuscule révolutionnaire a investi un échafaudage situé en amont du Fameux Viande Fumée et Charcuterie, dimanche soir. Masqués de mousses carrées, ils ont également placardé les murs avoisinants d’affiches. Ils ont ensuite distribué des tracts. Du haut de la structure d’acier, ils se sont mis à scander, au moyen d’un mégaphone, un manifeste proclamant leur objectif de manière non-équivoque : « le FAS vaincra ! »
Le vélo-boomerang, c’est un Giant. Et tout commence avec ce son que je déteste : la sonnerie de la porte. C’était l’été dernier. (suite…)
À cheval sur ma bécane, je roule à toute allure, en pleine heure de pointe, rue St-Denis. Mes roues lancent des flammèches. J’ai ce qui me reste de cheveux dans le vent. Je roule si vite que le ciel devient rouge feu. Un homme qui vient de traverser la rue, sans se soucier des voitures qui manquent de le transformer en morceau de viande, arrive sur moi. Je me tourne vers lui, sans m’arrêter, et mes yeux tombent droit dans les siens. Un large sourire illumine sa barbe abondante. « J’ai vu le diable », qu’il me dit. Je retourne la tête devant moi, juste à temps pour éviter un autre cycliste stationné un peu plus loin, puis je poursuis ma route sans regarder en arrière. Et je me demande maintenant : «Est-ce moi le diable en question ? N’ai-je fait qu’apprivoiser momentanément la bête qui sommeille en moi ?» J’ai l’impression de vivre dans un univers à la croisée des fictions de P* et de D*, et peut-être même de celles de B*. Pas mal délirant, en tout cas.
donc il faut regarder le vidéo de Languirand «la santé et la connaissance de soi, versus La masturbation chez le foetus»… je le qualifie de drôle
et d’instructif, il est plein d’échographies perverses, de médecins impressionnés et de parents fiers et/ou honteux. Hé hé hé…
Cat’s back on the track, but I let him out of the shack, and now meow it doesnt want to come back… Im having a heart attack… When I get him ill tear his little body apart…
Ça, c’est l’intégrale du courriel le plus étrange qui ne m’ait jamais été envoyé. Je pense que c’est une version féline de Back in Black. Mention spéciale à Lou pour le courriel des côtes cassées, qui vient en deuxième. Damned, trois de plusse et ça fait un top 5.
Si j’ai pas dormi, je peux-tu dîner pareil ?
Je roule sur des corps que mon regard attise,
un champ de chair offerte à l’infini de l’oeil,
Et j’entends par millier des voix tendres qui disent
« La nuit commence ici, tu ne sera plus jamais seul »
- Gilles Vigneault
Un nouveau fascicule du FAS, compilé par les soins généreux d’Amygdale et de Poufiasse, est en cours d’édition. Le débat fait actuellement rage parmi les plus influents des auteurs du FAS sur le titre à donner à ce déjà célèbre ouvrage. Je transmets à nos lecteurs certaines des suggestions déjà émises, les pires comme les meilleures. Notez que la plupart font référence à des choses que je ne comprends pas ou que j’ai préféré oublier. Comme le FAS (cette utopie collectiviste) ne parle que d’une seule voix, j’ai ici évité d’indiquer qui avait suggéré quoi. Il va de soi que d’autres suggestions pourraient s’ajouter. À quand un spécial suggestions?
Donc, le prochain fascicule du FAS pourrait être un :
Spécial asymptotiquement nul ;
Spécial combines invaginescentes ;
Spécial tyrannie newtonienne ;
Spécial Chinois blanc d’Amérique ;
Spécial j’crosse rienque ;
Spécial travail, famille, patrie ;
Spécial oeuvre de maturité ;
Spécial là où tout ce qui démoralise s’énergise ;
Spécial la planète de l’espace ;
Spécial philosophie de vie ;
Spécial philosophie personnelle ;
Spécial intéressant ;
Spécial intriguant ;
Spécial des pauvres ;
Spécial plus de Logo moins de Sophie ;
Spécial ben là, c’est ça ;
Spécial Charlotte sometimes ;
Spécial Le Bilan ;
Spécial asymptotiquement winner ;
Spécial sexe abordable (vendeur !) ;
Spécial Down avec le facteur humain ;
Spécial vous divaguez, les gars ! ;
Spécial franc et authentique (Cool is Class War !) ;
Spécial presque ;
Spécial chien gourou ;
Spécial saison morte ;
Spécial vague à l’âme ;
Spécial « Bob, c’est pas celui qui vient de nous tower? » ;
Spécial le facteur les connaît par coeur (équivoque) ;
Spécial flâner aux alentours du viaduc Van Horne ;
Spécial le monde entier se jacuzzise (dur à prononcer) ;
Spécial ironie du double exact (trop bon, à garder pour plus tard) ;
Spécial belle petite table pliante (vendeur ET winner) ;
Spécial parler des vraies affaires ;
Spécial on s’en câlisse du monde de Québec ;
Spécial inerme mais dangereux ;
Spécial douce infection ;
Spécial plus peut le moins ;
Spécial brunch ;
Spécial Heal the world ;
Spécial bassin méditerranéen ;
Spécial ni putes ni soumises ;
Spécial Babylone P.Q. ;
Spécial voir Montréal… et vomir ;
Spécial l’amour aux temps du VIH
Spécial chômage, célibat, cité (Vichy ça me fait peur) ;
Spécial critique de la raison fascienne ;
Spécial l’invisible, l’indicible et l’impensable ou encore «ni vu ni connu» ;
Spécial l’idée était bonne… ;
Spécial héliocentrisme ou la révolution c’est les autres ;
Spécial l’amour au temps du cholestérol ;
Spécial l’invisible, l’indicible et l’invaginable (Le zine qu’on ne voit pas, dont on ne dit mot et dont le repli sur lui-même est impossible.)
Comme l’écrivait Poufiasse : « Ça fait déjà une pas pire trawlée, doit bien en avoir un pour vaincre. »
Le débat est ouvert.
FAS vaincra !
De la bouche d’un bonhomme qui visiblement, n’avait pas l’air d’un grand buveur d’eau:
-Heille! Faut pas dire : je ne boirai jamais de ton eau!
Je me suis retenu de lui préciser la formulation exacte du proverbe ; je crois qu’il parlait carrément de la fontaine.
Le quotidien délirant est souvent trop fugace. Les événements que relate cette chronique sont déjà pâlis dans ma mémoire, cette traîtresse.
Aujourd’hui, j’ai dû me rendre à L* afin d’escorter un patient de l’hôpital C.-l.-M. à la court municipale. Une opération de routine, m’a dit le répartiteur au téléphone. Comme il ne m’en a pas dit davantage, j’ai fais d’imposants préparatifs, emportant un livre, une bd, un lunch, mon baladeur, un appareil photo et un carnet de notes. On ne sait jamais, surtout quand on sait que dalle.
Je me suis ensuite rendu à l’hôpital de L*. Aucun plan ne résiste à la première minute d’une bataille, a dit l’un. D’abord, on me demande de laisser toutes mes affaires au bureau, puis on me file une radio et des instructions. Nous sommes, un vieux Marseillais et moi, l’unité 161. Nous allons nous déplacer en taxi avec le patient. Nous devons rapporter chaque départ et chaque arrivée, en plus des éventuels incidents de parcours. Ne reste plus qu’à faire connaissance.
On se rend à l’aile psychiatrique. Attente. On discute de mesures de sécurité. L’individu est « à risque », c’est-à-dire qu’il peut tenter de s’évader ou devenir agressif. Je signifie clairement à l’officier que, si le patient s’énerve un peu trop, ce n’est pas moi qui va risquer mes montures. Ce dernier arrive enfin, vêtu de son habit du dimanche : complet-veston rayé, chemise jaune serin et noeud-papillon. Un haïtien dans la cinquantaine. Je repère immédiatement une araignée au plafond dans ses manières un peu trop solennelles. Il insiste pour que nous lui passions les menottes. L’officier l’informe que, malheureusement, nous ne pouvons satisfaire à sa requête, car ici, « nous prônons la communication ». Mais je n’ai pas vraiment envie de jaser, alors je prends « toutes les précautions nécessaires », c’est-à-dire que je joue l’agent carcéral d’opérette.
On prend un taxi. Chauffeur haïtien. Ils commencent à discuter en Créole, et je perds rapidement le fil de la conversation, à l’exception de quelques bribes en référence à « Jésus-Christ » et au « Zen ». M* (c’est le patient), répète sans cesse qu’il est un descendant du roi Salomon et qu’il est un El Shaddaï. Il est question d’une couleur aussi, une variété de bleu — était-ce turquoise? cobalt? — j’ai oublié. Durant l’échange, le chauffeur s’enflamme et lâche le volant : je dois le ramener à l’ordre.
Nous parvenons au palais de justice. J’accompagne le patient jusqu’au bureau d’une avocate, qui souhaite avoir un entretient avec lui et son fils, déjà présent. L’attente n’est pas trop longue. Je n’ai pas le temps d’aller à la salle de bains qu’à mon retour, tout le monde s’est engouffré dans la salle d’audience. Je m’assieds à la droite du fils.
M* a choisi de se défendre sans avocat. Sans même laisser le temps à la juge de nous mettre en contexte, il se lance dans un soliloque d’une vingtaine de minutes sans discontinuer, où il est question d’Haïti, de chakras, d’indigo (la voilà la couleur!), de Zen, de El Shaddaï et de vol de voiture. Son histoire est un embrouillamini absolument inextricable, mais comme il est beau de voir la juge écouter d’un air absolument impassible ses tirades sur la science infuse et ses dictons populaires devisant des conséquences d’embrasser les parties génitales d’un nègre.
Oh! Comme je me bidonne intérieurement, et je l’avoue, je suis incapable de réprimer un fou rire, même en présence du fils, qui me tance d’un regard haineux. Mais, votre honneur, c’est trop fort: « si votre honneur, considérant mon union transcendante à la dynastie du roi Salomon par la loge maçonnique de Port-au-Prince (pas ici, ici nous sommes racistes, alors que là-bas, tout le monde est indigo), veut bien s’apercevoir que je suis un El Shaddaï et m’embrasser la glande pinéale, alors je suis prêts à oublier cette histoire de vol de bagnole. »
Non, ce n’est pas tout à fait ça, ce n’était même pas du tout comme ça. C’était beaucoup plus long et tortueux : séjourner dans le ventre d’un baleine était la seule chose qui manquât au parcours de cet homme syncrétique. Comme je regrette de ne pas avoir un troisième oeil, afin de pouvoir filmer mon quotidien délirant. La juge s’est enfin décidée à ce fascinant épisode de « schizophrénie non-spécifique » juste avant qu’il ne devienne redondant. On voyait qu’elle avait du métier.
Au retour, j’étais d’excellente humeur. Je me suis débrouillé pour le faire parler, afin qu’il m’enseigne des choses. De fait, il m’a appris que mon chakra dominant était le 4e — celui du coeur — et bien sûr, avant qu’on ne sorte du taxi, nous étions tous d’éternels indigos qui s’ignoraient. Du reste, vous pouvez toujours consulter le schéma qu’il m’a aimablement gribouillé sur une page du Journal (ci-dessous). Mais, le plus étrange dans cette histoire, c’est qu’en rentrant vers M* — vous vous rappelez du Marseillais? Eh bien, il m’a tendu un papier avec son adresse, me disant que si je voulais en savoir plus, je n’avais qu’à lui écrire….
Quotidien délirant.

Le donjon est l’endroit propre et brillant où chaque soir je me repose de ce quotidien délirant. Derrière ses portes de granite ancienne dont j’ignore la véritable ingénérie ou encore l’année où elles furent installées, d’ailleurs avaient elles été utilisées dans un autre endroit avant de devenir les barrières de mon repos? Derrière ces portes toujours entrouvertes, jamais closes, se cachent la tendresse de mon enfance et l’abri du corps d’une femme, que j’aimes. L’endroit est froid et sombre, je ne distingue que la silhouette de ma femme, l’absence de lumière m’oblige toujours à sombrer en moi-même sans aucune autre tâche que de me rappeler, il n’y a pas d’internet de l’autre côté des portes, il n’y a pas de livre ou de crayons, juste moi, mon enfance, ma journée et la femme qui m’aime.
Les souvenirs je ne les laisse pas venir par eux-même, ce ne serait pas sage, je les choisi pas thème et les laisse m’envahir pour les vivre à nouveau. Ce n’est que dans le donjon que je prends conscience de mon nom et mon histoire. Le quotidien délirant est trop éprouvant pour laisser le délir s’étendre jusque dans nos rêves. Quand la nuit tombe je deviens sérieux.
Sur la Plaza Saint-Hubert, un grand noir sort d’une boutique et s’exclame triomphalement, les bras levés au ciel :
« Michael Jackson est mort et c’est moi qui le remplace. Je m’appelle Patrick et je suis le plus grand danseur de tous les temps ! »
Quotidien délirant.
Ce groupe d’amis qui devisent joyeusement et plaisantent en buvant du vin rosé sous l’érable, peut-on vraiment croire que chacun d’eux a connu l’effroi, l’angoisse, la passion et la tentation glaciale du suicide?
- Éric Chevillard
En lisant Histoire d’UTÉRUS de la grosse, je n’ai pu m’empêcher de passer en revue ma longue feuille de route de consultations médicales. J’ai alors moi aussi pris conscience que je me suis souvent fait complimenter par des médecins pour des qualités que, franchement, je ne soupçonnais pas et dont je me passerais presque.
Ça a donné lieu à des phrases à la limite du hors-jeu :
« Wow, vous avez vraiment une vessie de jeune homme! »
« Avec une prostate de même, vous n’avez pas à vous plaindre mon cher. »
« Votre taux de bilirubine est tout ce qui a de plus charmant. »
« Mon bon Monsieur, votre circulation sanguine ferait pâlir d’envie l’Amazone. »
Etc…
Mais le plus gênant, c’est quand votre cas devient l’objet d’un intérêt de la part de la communauté scientifique. Les médecins deviennent alors complètement excités, commencent à bavasser auprès des collègues et finissent immanquablement par se présenter à votre chambre en banc serré de 8 ou 9 résidents, armés de clip-boards et de stéthoscopes non-utilisés. Bandés durs sous leurs sarraus, ils mouillent juste à l’idée de tomber sur LE pustule qui les rendra célèbres, LE syndrome qui portera leur nom.
C’est seulement dans ces moments-là que tu peux vraiment te rendre compte que ton individualité est un accessoire dans cette belle marche vers le progrès. Ta vie intérieure (celle que d’autres ont appelé la conscience) joue au mieux le rôle de faire-valoir de ta verrue, de straight-man de ton infection urinaire, de troisième roue dans la date entre la science et ton insuffisance cardiaque…
Mais le pire, c’est qu’on accepte toujours de bon coeur de se faire tripoter par des inconnus. En y repensant, j’aurais aimé être assez vite pour répondre quelque chose comme :
« Fuck you doc, je ne crois pas à ça le progrès. »
« Je te montre le mien à condition que tu me montres les tiens. »
« Si tu veux voir, c’est 20$, mais pour toucher, c’est 40$ »
J’ai quasiment hâte d’être malade presque.
Aujourd’hui, je suis allée passer une bonne partie de cette magnifique journée à aller lire des revues actuelles et écouter du monde râler dans le fond d’une salle d’attente de clinique d’hôpital inhospitalière. Chacun son petit numéro, sa petite lettre, il faudra un temps fou pour parvenir à me faire spéculumer le fond de l’utérus.
Une heure d’attente
Voilà que se pointe un garçon, visiblement plus jeune que moi, marqué comme un pamphlet publicitaire de la tête aux pieds. Il me nomme. Iichhhh, me dis-je ,un peu nerveuse, me l’imaginant se foutre la tête entre mes jambes. Non. Rien. Juste des yeux sur un papier, pas de mains dans une fente de jaquette. Un simple infirmier qui me trie des autres patients. Sur sa petite feuille, moi qui suit venue pour un stérilet, il coche que je suis un homme. Super. Ça donne le moral d’avoir l’air d’un mec. (électrolyse? oestrogène?)
Retour dans la salle d’attente.Une demie-heure.
Un autre homme fait son entrée. Du haut de ses sept pieds et de son stéthoscope, il me nomme dans un murmure, un souffle, certains diraient qu’il « parle dans sa gueule ». Tout gentiment il m’explique qu’il est un apprenti médecin; d’ailleurs ici, à Verdun, ils se plaisent habituellement à se nommer eux même « bébés -médecins» pensant que la communauté verdunnoise est probablement trop stupide pour savoir ce qu’est un médecin résident. Bref, l’apprenti (ce qui est déjà beaucoup moins condescendant) veut me faire remplir un foutu sondage sur les services reçus, là, tout de suite, avant même que je n’aie reçu mon service. Processus inversé. Ok. D’un coup, il me dit qu’il aurait autre chose à me dire, complètement hors contexte dit-il, et que je dois lui dire que je ne le poursuivrai pas pour cette phrase. Intriguant. Alors là, dans une salle de consultation médicale, face à face avec un médecin, je me fais complimenter, sourire, et tout cet espace exigu devient un temps très court un « meat market » où je semble être LA « meat ». J’en reviens pas. N’importe quoi cet hosto pourri. En plus, toujours pas vu le médecin en question.
Retour dans la salle d’attente, questionnaire à la main et questionnements sur mes allures d’homme et l’urgence de prendre des hormones rejetées.
Enfin, une jeune femme se pointe, toute en dents, avec plein de papillons dans les cheveux. Bon. Quelques questions d’ordre médical, puis questions d’ordre privé. Je m’en fous et lui réponds. Sur une feuille de prescription elle me dessine un utérus, un stérilet, et compare l’effet du stérilet sur l’utérus à une tondeuse sur le « gazon de la paroi ». Décidemment, y’a quelque chose d’étrange dans l’air.
Finalement. LE test. Jaquette, étrier. Ce genre de test me donne à coup sûr un fou rire incontrôlable, allez savoir pourquoi. Donc, la doctoresse s’approche avec tout ces petits tubes et machins pour m’ausculter la cavité. La tête dans mon entrejambe sa lumière en main, elle me dit (en parlant de mon col de l’utérus) –« j’en vois des cols, laissez moi vous dire que j’en vois, pis ça fait des semaines que j’ai pas vu un beau col de même. »
Je sais pas pourquoi mais je me suis mise à avoir des visions d’horreur, comme un mauvais film de série B. En gros gros plan. Le genre de truc qu’on n’a pas nécessairement envie d’entendre. Et qu’on ne peut visiblement pas s’empêcher de raconter non plus.
Franchement, merci Verdun.
Je cherche présentement des images d’intérieurs bourgeois — non pas bourgeois: classiques, victoriens, baroques, ce genre de shit. Je dois en faire l’illustration que je projette projeter grâce à un rétroprojecteur sur du mobilier et du décor mélamine pour le métamorphoser en mobilier et décor bourgeois. Concept malade… l’art commercial à son meilleur.
Pour ce genre de recherches, l’internet s’est avéré être une mauvaise ressource. J’essaie donc la seule autre possibilité que mon expérience de recherchiste me laisse: la Grande Bibliothèque. En chemin, je me demande comment je pourrais faire pour faire à cette institution nationale la demande de l’achat des trois tomes du FAS. Je me demande s’il vaut la peine d’entreprendre cette démarche. Je pense à autre chose, une vision sur la rue me fait perdre mon idée.
À la bibliothèque, j’arrête devant le rayon des nouveautés. je ne sais pas par ou commencer ma recherche alors je lambine. Je pense à la bibliothèque de S* où il était si facile de prendre n’importe quel livre au hasard dans les chariots de livres en attente de classement qui traînaient. Ici, tout est rangé. Impossible de trouver un livre sans l’avoir cherché. Je me rabat sur la section actualités. Au moins là les livres ne sont classés selon aucun critère à part celui d’être «actuels». romans, livres sur le design, récits durs de domination d’un homme sur deux femmes, monologues d’ados mâles… whatever. Oh! tiens… Les annales du FAS tome 1: le Quotidien délirant. C’est moi qui ai fait ça? Je suis un magicien du réel.
Hé, hé, hé…