Théorie
al_hakim, 17/08/2010 [Territoires troubles]

Je sais pas pour vous, mais moi j’ai toujours l’impression, et c’est peut-être un peu de la paranoïa, d’avoir l’air suspect quand je suis surpris à «rien faire» au beau milieu de nul part par des passants. «Non, non, M. l’Inconnu, j’suis pas en train de préparer méthodiquement votre meurtre» que j’ai toujours envie de leur dire. Louche aussi sans doute en partie parce que le «riencrisseur» ou le méditant (c’est selon) est suspect aux yeux d’un monde jeté à corps perdu dans une activité sans fin : «been there, done that» ou plutôt «going there, doing that». Je ne suis pas un vrai fumeur, mais j’apprécie cependant l’alibi que me procure la clope pour chiller, exemple, sur un rail de chemin de fer. En tout cas, je lance ça de même, sans autre analyse.

Maintenant, j’aime ce qui est agréable.

Avant, plus jeune, je détestais l’agréable et vénérait l’inconfort. Je choisissais toujours le moins bon choix à la cafétéria, le pire emplacement au camping (celui sur le bord des containers ou des Ontariens), les gens les plus tarés et désagréables comme amis, les lectures les plus ardues, les cours les plus impopulaires, les filles les plus grosses, les sentiers les moins battus. Comme si j’avais peur d’être pris pour un lâche. Comme si je croyais qu’on allait me juger sévèrement si je posais mon cul sur des coussins plutôt que sur un lit de clous acérés par quelque vieil homme participant à un programme de réinsertion sadique. J’avais moi-même peu de respect pour ceux qui se complaisaient dans la facilité, ceux qui avaient l’air climatisé ou des bancs en cuir, ceux qui avaient des femmes de ménage (pluriel), des râpes à fromage électriques et une télé dans la salle de bains, ceux qui se vantaient d’avoir une option politique et une paire de patins de rechange. Ceux que j’appelais, à la cantonade – comme un rugissant écho de l’air du temps – les Petits-Bourgeois.

Et puis, sans nécessairement m’assagir (je n’ai jamais vraiment pas été sage), j’ai comme intériorisé ma colère juvénile et décidé que des coussins et un lave-vaisselle n’étaient somme toute pas logiquement incompatibles avec l’enragement. Qu’on me juge sur mes choix.

C’est sur ce chemin que j’ai découvert l’agréable et en particulier ce moment que je me paye, soir après soir, qui consiste à m’asseoir sur mon balcon (lequel fait face à l’ouest-nord-ouest), vers 17h, pour y lire quelques pages d’un excellent bouquin que je fais semblant de lire, une bière ou un verre de lait à la main, en regardant le soleil estival terminer sa course derrière l’église Saint-Esprit (Masson et 5e). Cheesy, je sais. Mais c’est rudement bon pour le tan et parfait contre le suicide.

Aussi, mon agrément s’en est-il ressenti l’autre jour, lorsque, prenant place sur ma chaise face au soleil couchant, j’entendis force bourdonnement et vis, à 2 m de moi, un essaim de guêpes comportant à vue de nez une quarantaine d’individuses. Elles tournaient autour de mon BBQ, entrant et sortant par les interstices et maintenant que j’étais là, elles s’intéressaient désormais à moi comme une prof de première année s’intéresse à ce monsieur qui flash sa graine à travers la clôture de la cour de récré.

Qu’on me permette de digresser. Il faut comprendre que, plus jeune – pendant cette phase de recherche d’inconfort décrite plus haut – j’avais l’habitude de « tester », souvent à l’aide d’un bâton que je croyais assez long, le comportement des guêpes lorsqu’il m’arrivait de croiser un nid. Cet élan scientifique a abruptement pris fin lorsqu’un jour, je devais avoir 8 ou 9 ans, les guêpes se sont décidées à me montrer qu’un million d’années d’évolution, ça fait du venin très efficace, surtout lorsque la piqûre est en réalité quinze piqûres. Pas de sommeil pendant 2 jours à cause de la douleur. De cet épisode est née, non pas une phobie des guêpes, mais disons une conscience accrue de leur pouvoir de persuasion.

Aussi, laissant rapidement tomber mon plan bière/lecture/vitamine D, je me décidai à entrer dans la maison par la porte la plus proche. Déjà trois guêpes avaient réussi à se faufiler avec moi et l’une réfléchissait à l’existence posée sur ma main. En analysant la situation froidement, je me dis ceci : ok, elles sont plus nombreuses et ont bénéficié de l’effet de surprise; par contre, elles sont regroupées dans un BBQ, ce qui, de mémoire de guêpe, n’a jamais été autre chose qu’une lose-lose situation.

Ça va chauffer pour vous, mes jolies. Un problème se posait en outre : la bombonne de propane se trouvait de l’autre côté du BBQ, opposé à la porte et l’allumeur, comme tout allumeur qui se respecte, ne marchait plus. Il fallait donc que je passe devant le BBQ, ouvre le gaz, ouvre le couvercle, craque une alumette, la jette dans le BBQ et re-rentre dans la maison pour me protéger. Tout cela sans attirer l’attention de ces insectes charognards.

Que faire? Les distraire en siflottant « Ne me pique pas » ? Regarder ailleurs comme si de rien n’était? Utiliser un stunt-double? Finalement, je décidai de me vêtir adéquatement de vêtements longs : des pantalons d’entraînement bien calés dans mes bas rouges, des gants de construction sous mes manches longues, mon hoody mauve, un cache-cou, mes goggles de ski et mes bottes hautes (celles qui me donnent l’air d’une poutre).

J’ai fait un pas à l’extérieur, armé d’une boîte d’alumettes et les guêpes ont tout de suite chargé. C’est lettes des guêpes, il faut se le dire. Elles volent tout croches, font un bruit de marde et sentent mauvais. Elles sont comme l’homme saoûl de la famille des insectes (non, je ne sais pas si les insectes sont à proprement parler une « famille », mais please wikifuck-off!).

Elles me bourdonnaient dessus et une a même failli entrer dans mon cache-cou, la vlimeuse. Mais vaille que vaille, je me suis approché, j’ai ouvert le couvercle – wow, il y en avait plein là-dedans, grouillantes et surprises – et j’ai parti le gaz. Sérieusement, je ne savais pas que les guêpes n’aimaient pas le propane à ce point-là. J’aime bien ça le propane moi. Du moins en petite quantité. Pour une occasion spéciale. Mettons un party à Iqaluit. Mais les guêpes, ça ne leur plaisait visiblement pas puisqu’elles ont comme qui dirait décalissé en rangs serrés, frôlant mon visage et fonçant dans mes goggles. J’ai parti le feu et j’ai burné les retardataires, au grand plaisir de mon sadique intérieur (celui qui deviendra un vieux monsieur qui aiguise des clous, pour ceux qui suivent).

Sur ce, ça sonne à la porte. Purolator, je vois son truck brun du balcon. Je me dis que ça serait drôle d’aller répondre habillé comme ça, genre extra-terrestre ne comprenant pas les saisons ni les sports sur Terre. J’ouvre la porte et, c’est pas le monsieur de Purolator, c’est mon voisin d’en bas qui me regarde avec un drôle d’air et l’oeil droit tout enflé.

« T’as-tu des guêpes chez vous? »

Pas fort sur l’observation le voisin.

« Non-non, je m’en allais m’entraîner… » répondis-je en remettant mes goggles.

Plaisirs Immatériaux, 31/07/2010 [Territoires troubles]

Tout commence et fini par la bicycletterie B* B*.  Accompagné de G*, je devais acheter une nouvelle trippe pour mon pneu arrière qui a dû éclater dans une histoire de brosse où il y avait beaucoup trop de monde sur un seul vélo.  À première vue la boutique a l’air fermée – prévisible vu le quartier et le dimanche 4pm que nous étions.  Un client qui arrive presque en même temps que nous décide de s’essayer et ouvrir la porte – comme on le fait tous quand on ne peut dont pas croire que le magasin est déjà fermé – et – comme vous vous y attendez peut-être – la porte s’ouvrît comme une porte déverrouillée ( c’est à dire ; elle s’ouvrît ).  Les regards suspicieux s’échangent, un « vous êtes tous témoins de ce qui suit » circule en silence et en moins d’un octbl’  l’autre client, G* et moi pénétrions dans le mystère.  Les « he- ooo », » ooo- he » ainsi que le produits des « allos? » et « yo?! » étaient nuls.  Personne.  Les lumières fermées, pas de traces d’effractions, pas de message d’absence.

J’aime déjà ça.

D’autres clients arrivent, les points d’interrogations se décuplent.  G* et moi inspectons les environs, à l’aide de ma frontale – ai toujours une frontale – je scrute tous les coins sombres de l’entrepôt et du sous-sol à la recherche d’un cadavre ou pire encore.  L’endroit est désert, pas de sang, pas de morts, rien.  G* trouve un carnet d’adresses sur le bureau, il contient pleins de noms avec des numéros de téléphone sans aucune indication pratique comme « liste des employés et responsables de la boutique » ou encore « facturation St-H* BBQ ».  Voyant la situation tourner en rond, les autres clients, ennuyés, décident de s’esquiver et faire mieux de leur temps. Prout.   G* guette les vélos rutilants, bien huilés et sans défenses qui gisent dans la pièce.  Les cadenas imprenables, les sièges tous plus confortables les uns que les nôtres, les casques, les garde-boues et les rayons nouveau genre, juste nous et eux.  Ce qu’il reste a faire, s’inventer une vie ou déchiffrer le code secret du carnet d’adresses.  Après équations et délibérations  sur les noms et numéros du carnet, j’appelle G* M*-B* 514-***-****; la dame qui répond ne veut rien me dire, vu les questions que je lui pose, elle se méfie (avec raison).  Tant pis :  B* D*, 514-***-****
«
- oui heu, B* s’il vous plait.
- heu, c’est moi ?
- salut, ici la bicycletterie B* B*, connaîtrais-tu ça toi du monde qui travaillent chez nous ? »

Mysterious, 30/07/2010 [In Stupidatis Veritas]

Hey, Robodrigue, pour en manger des filles en danse, t’as pensé à prendre des cours de ballet jaws?

SPIRIT DUPLICATA, 30/07/2010 [Citations et aphorismes]

 » Mieux vaut plaisanter que mordre ses amis. »

J.Coenen-Huther

«Celui qui offre des sacrifices à d’autres dieux qu’à l’Éternel seul sera voué à l’extermination». Exode 22 : 20

Avez-vous remarqué que nos braves militants du FAS ont tendance à se liquéfier pendant l’été? Certains vont jusqu’à parler de «déprime» (hihihi-hahaha-hohoho!) Rassurez-vous chers lecteurs, il n’en est rien. En fait, j’irais jusqu’à dire que les membres en règle sont alors au zénith de leur forme. Je m’explique.

Alors que j’en étais encore à mes premiers balbutiements sur le FAS, j’avais osé écrire un article dans lequel j’avais qualifié mon quotidien délirant de «gothique». N’en déplaise à Bosch, je doute que le délire fascien ait quoi que ce soit à voir avec l’angoisse de la damnation : après tout, FAS vaincra! Non, s’y j’avais à associer notre style de vie à une culture, ce serait peut-être quelque chose comme l’esprit juif. Enfin, celui que Dostoïevski décrit dans ses fameux Carnets de la maison morte. Peut-être vous souvenez-vous (ou pas, peu importe) de cette scène où un prisonnier juif célébrant le shabbat «feint» la tristesse la plus poignante en récitant les prières coutumières pour subitement, l’instant suivant,  éclater de la joie la plus exalté qui soit. Eh bien! Je crois que cette scène dépeint assez bien l’âme fascienne.

Le FAS bipolaire? C’est une interprétation plausible. Pour ma part, j’y vois une nouvelle esthétique, une forme d’exotisme intérieur.

Dommage qu’on ne s’intéresse pas vraiment à l’histoire du FAS. On saurait alors que le FAS est né spontanément lorsque, simultanément et à plusieurs endroits sur Terre : un individu louche pataugeant d’in trou d’bouette aperçu la lumière; un halluciné pris la décision d’être communiste pendant une journée ; un groupuscule terré dans un repère-labyrinthe et propulsé par l’alcool cheap décida de se dévoiler au grand jour afin de militer pour le retour du train dans une banlieue; le zepoulpe remplaça subrepticement les cadavres de nos aînés comme ingrédient de base du pablum. Qu’ont en commun tous ces événements sans lien apparent? Je dirais la déchéance achevée, la prophétie de la victoire finale et la totale acceptation de sa vanité. L’essence du FAS quoi!

Mais la chair est faible. Elle tend à succomber paresseusement au désespoir, elle se tourne alors vers de fausses idoles : «vérité», vie de famille, vidanges, V… C’est au plus sombre moment de son insigne existence, lorsque l’homo fascius croit n’être plus qu’une coquille vide que se manifeste en lui avec l’attirance d’un veau d’word qu’on embroche (veau d’or… non ? ah bon…) ce cri de pirate : FAS vaincra!

Alors pleurez mes amis, pleurez! Je sais que vous sentez alors plus que jamais cet appel qui tonne au fond de votre cœur, ce tropisme intérieur qui vous propulse vers les continents inexplorés. Pleurez, car je vous sais en train de vaincre…

À cheval sur ma bécane, je dévale à toute allure la côte Berri (je roule si vite que le ciel devient rouge). J’attache mon véhicule au premier poteau d’acier venu, je passe ma main sur mon front pour en retirer la sueur et je m’engouffre dans la station d’autobus voyageur, juste à temps pour attraper Poule de luxe et Fonny Gozier qui s’apprêtent à partir mourir ailleurs au Canada. Ils me filent les clefs de leur appartement, tout juste acquis à Saint-Henri, m’embrassent chaleureusement (leur amitié m’émeut – je suis un tendre) et disparaissent valise en main dans leur autobus. J’ajoute leurs clefs à mon trousseau, puis je repars sur ma bécane.

Le soleil me brûle le crâne. Des auréoles de sueur grandissent sous mes bras. Je remonte la ville. Bientôt, j’arrive chez T* et Bébé Astronaute dans la Petite Patrie. Je sors mon trousseau de clefs et j’ouvre leur porte. Par terre dans leur salon, mon sac de couchage déroulé et quelques effets personnels. Je récupère le tout. Bébé revient le jour même (de mourir ailleurs au Canada) et je veux lui laisser son appartement et les bras musclés de T*. Je repars.

Je roule encore. J’arrive chez moi, dans Villeray, ou du moins dans ce qu’il y a peu était encore vraiment chez moi. Je sors mon trousseau de clefs. J’ouvre la porte. J’ai l’impression de marcher dans un appartement fantôme, dans un lieu du passé, où tous les signes de ce que j’ai pu être, jour après jour, me semblent de plus en plus abstraits – c’est bien là que je dormais, toujours avec la même personne, toutes les nuits ? Je ne suis plus sûr de savoir ce qui m’attachait tant à cette personne et à ce lieu, ça me dégoûte et la nausée me monte à la gorge. Je retire mon t-shirt humide, me passe une serviette sur le corps, enfile un autre t-shirt, récupère quelques effets personnels et m’apprête à repartir lorsque – soudain – j’entre dans mon bureau, prends un gros crayon feutre vert fluo et cours dans la chambre y dessiner sur le mur une gigantesque hermine (ou une belette, ou je ne sais quel autre mustélidé) à la bouche baveuse, et je repars.

Quelques minutes plus tard, toujours dans Villeray, j’ouvre la porte de B*, qui m’a refilé ses clefs le matin même, avant de partir chanter du côté de Tadoussac au milieu des carcasses de baleines en putréfaction (est-ce cela, mourir au Canada ?). Je m’assois derrière le bureau de sa chambre, face à sa fenêtre ouverte. Dans ma poche, mon trousseau de clefs pèse lourd. Je me dis qu’aucune porte ne peut me résister, mais j’ai vraiment l’impression d’être nulle part. Est-ce ça, le nouvel exotisme ? J’habite un territoire trouble. Je me perds dans ma cartographie subjective, allant dans toutes les directions à la fois. Demain, je ne sais pas, j’irai peut-être à Saint-Henri. J’ouvrirai les portes de l’appartement de Fonny et Poule. Ils viennent tout juste d’y arriver. Leurs boîtes ne sont pas même ouvertes. C’est un espace en transition, aux frontières poreuses – l’occasion de se laisser couler vers l’ailleurs ? Je crois que je me coucherai en boule dans un coin et que lentement, je me liquéfierai.

je tourne subitement le coin de la rue, sur mon supra bolide, le maillot de bain encore humide, collé à la peau, emmitouflé, vaguement, dans un pardessus qui s’attache devant, il donne un air décent à l’entre-jambe. je pédale bien relaxe, j’arrive sur le coin d’Everett, ce coin miteux près de la plaza haute, près de ce bouiboui de musique du monde où on sert n’importe quoi à n’importe qui. un presque gang bang de crétins -et pédés par dessus le marché- me lorgnent du coin de l’œil… ce qui n’arrange rien, ils sont Mexicains. ça, ça veut dire que la sauce piquante leur dégouline sur le menton en permanence, qu’ils ont des yeux brûlés par le désir et une espèce de moustache perverse… z’avez jamais vu un type sortir de la piscine et se promener à bécane ?! de parfaits imbéciles, en gougounes, en plus… je sais que c’est bien connu, mais tu peux juste pas être crédible en gougounes et avec une moustache…

juste avant, le gamin qui a vomi dans la piscine, hier, il était encore là ce matin… coudonc criss… c’est dégueulasse, ils le font exprès, il va pas s’y remettre… par cette chaleur, le vomis et les mexicains, c’est trop de saveurs… j’ai entendu le père dans le vestiaire, il disait à qui voulait l’entendre que son fiston devait pas rester traumatisé, que dans ce temps là il faut vite remonter… il voulait surtout se justifier d’avoir ramené le gamin alors qu’on a vidé des tonnes de litres d’eau infestés de vomi, hier, par sa faute. j’adore certains enfants, mais pas quand ils vomissent dans l’eau de piscine, un jour de canicule… « mon fiston doit pas rester traumatisé, dans ce temps là il faut vite remonter »… remonter ? ah plonger, tu veux dire, innocent…

moi remonter, moi oui j’ai remonté. me suis remis à la bécane, il y a quelques jours à peine. toute ma vie j’avais chevauché la ville de briques rouges, tel un bachibouzouk… je roulais dans toutes les directions, parfois à contre courant, walk-man sur une oreille, je dévalais les pentes, je montais péniblement la Sherbrooke, la côte Ste-Catherine… j’étais passablement cool sur ma bécane. j’emmerdais personne. j’étais chic sur la route. souple et rapide. j’ai tout de même eu le gros crash : un nid de poule gargantuesque, mauditement bien caché dans l’ombre d’une rue sombre… a toute vitesse, une main en moins sur le guidon -j’étais à 2 secondes de mon ancien logis- ni vu ni connu, j’ai bumpé dedans. au dernier moment j’ai eu juste le temps de penser « tu vas avoir mal »… le vélo de montagne aplati comme une galette, les minutes dans le flou, une dame en voiture qui s’arrête et vient me demander si ça va, si j’ai besoin d’aide pour m’enlever du chemin car elle peut plus circuler… ça va pauvre cloche, je me lève… c’était la nuit, on voyait rien ou presque. pendant des semaines, les bleus sur tout le corps… on me disait que j’étais Pretty sexy. «Joseph, mmm… tu es pretty sexy avec tes bleus»… ce doit encore être cette bonne vieille fascination chrétienne pour le pathétique, le meurtri… bref, j’étais pretty sexy avec mes bleus. tellement que 5 ans plus tard j’avais toujours pas remonté…. maintenant ça y est. me suis dit, y’a rien de plus con que de ne plus faire de bécane sous prétexte que la bécane peut être dangereuse. qu’est-ce qu’une vie sans le moindre risque ? alors j’ai toléré la petite vomissure latente qui pataugeais dans l’eau, de l’autre côté de la cloison où je faisais mon crawl… Il a vomi hier, maintenant il replonge… wow, c’est une analogie de situation particulièrement savoureuse… vous admettrez.

je vais tenter de me trouver une combinaison de plongeur, ainsi en sortant de la piscine, en maillot de bain, sur ma bécane, par une chaleur torride, l’uniforme humide et collant encore sur le corps, m’offrant un peu de fraicheur quand je pédale, aucune bande de parfaits imbéciles -pédés et Mexicains- ne pourra commencer à me lorgner l’entre-jambe, sous prétexte que c’est humide ou que ça coule… il y avait semblait-il une blague là-dessous, un jeux de mot, quelque chose… ark… âhh les pd mexicains…

Je vous ai déjà parlé des étoiles de Babel, mon projet de combinaisons de matrices en linogravure. Si je suis à Toronto en ce moment, c’est que je suis invitée comme artiste en résidence ici à Open Studio pour réaliser ce projet au moyen d’une presse Vandercook. Aujourd’hui récupérée par les artistes, cette presse typographique était jadis utilisée de façon industrielle pour l’impression des livres. Les typographes y assemblaient un à un les caractères typographiques de plomb pour composer chacune des pages des livres qui allaient ensuite être imprimés, colligés, reliés, puis distribués de par le monde. L’avantage de la presse Vandercook, contrairement à la plupart des presses manuelles que l’on retrouve de nos jours dans les ateliers d’estampe, c’est que son fonctionnement est partiellement mécanisé.

Pour imprimer manuellement, un rouleau est passé plusieurs fois sur une surface plane afin d’y répartir l’encre uniformément et en quantité appropriée. On encre ensuite les matrices en passant le rouleau pour y transférer l’encre. Puis on place la matrice sur la presse et on y positionne le papier au bon endroit à l’aide de marques de repérage. Ce processus est répété consciencieusement pour chaque épreuve de l’édition.

L’avantage de la presse Vandercook, c’est que l’encrage se fait presque automatiquement grâce à une cascade de rouleaux intégrés à même la presse et activés électriquement. Il suffit d’ajouter un peu d’encre sur les rouleaux à chaque dizaine d’épreuves, environ, ce qui à l’époque, permettait une productivité absolument révolutionnaire. Un dispositif permet également de positionner le papier et les matrices de façon très précise et uniforme pour chaque épreuve, réduisant ainsi les erreurs qui pourraient compromettre la production.

C’est donc grâce à cette machine fabuleuse mais aujourd’hui reléguée au rang d’équipement artisanal que j’imprimerai toutes les combinaisons possibles et imaginables de mes 25 matrices gravées, avec les trois couleurs primaires superposées dans l’ordre suivant : jaune, magenta et cyan.

Je n’ai pas le choix de m’ériger un tel système pour générer les combinaisons. Aussi électrique qu’elle soit, ce n’est pas la presse qui prendra les décisions à ma place pour savoir si telle image se superposera à telle autre; cette production ne peut se faire dans le chaos.

Le hic, c’est qu’avant de venir ici, j’ai omis de calculer l’étendue des possibilités de combinaisons selon le système sus-mentionné : le nombre s’élève à 15 625. Avec un rouleau du papier que j’utilise (19,15$ avec les taxes), je peux me couper en moyenne 250 feuilles. Ça veut dire que j’aurais besoin de 62 rouleaux et demi de papier pour mener à bien ce projet, ce qui me coûterait au bas mot 1206,45$ en papier seulement pour réaliser mon projet. Et puis ça fait trois jours que je coupe du papier; je suis tout juste rendue à 1 250 feuilles.

Alors je me dis que je devrais peut-être éliminer certaines combinaisons. Celles où la même matrice revient plus d’une fois, par exemple. Mais encore là, le nombre de combinaisons est réduit seulement à 12 167, ce qui se traduit par une facture de 932$ en papier. C’est encore beaucoup trop pour mon petit portefeuille d’artiste.

Je commence à me questionner sur l’intérêt de mon projet. Est-ce que la qualité passe par la quantité? Est-ce que la valeur de l’idée se mesure à sa concrétisation? Je me demande s’il est important de savoir si j’ai, oui ou non, imprimé toutes les combinaisons possibles de matrices? Si je ne les imprime pas toutes, est-ce que ce projet restera intéressant? Cette expérience commence à prendre l’allure d’un projet de recherche pour la chaire d’études André Serouille. Pour exposer l’ensemble des combinaisons possibles, il me faudrait le musée d’art contemporain au complet. Impossible pour l’instant. Si je présente le projet dans un lieu de diffusion plus modeste, je n’aurai donc pas d’autre choix que d’en présenter une fraction seulement. Dans ce cas, il serait inutile d’imprimer toutes ces épreuves supplémentaires pour rien. Devrais-je faire semblant, tout de même, de l’avoir fait, ou devrais-je prétendre que la poursuite elle-même d’un but presque impossible à atteindre est une fin en soi, une sorte d’affirmation de l’absurdité de la condition humaine?

Ces problématiques m’amènent à réfléchir au Front d’action stupide et de son absence quasi-totale d’action. La préparation au voyage vers Mars, par exemple, ne prendrait-elle pas tout son sens que si l’on se préparait à y aller vraiment?

Bébé Astronaute, 03/07/2010 [Citations et aphorismes, Cool is Class War]

L*, 11 ans, porte un T-shirt sur lequel est écrit : « Video games ruined my life. Good thing I have two extra lives. » Après une petite remarque amusée de ma part, L* me confie d’un air songeur : « Si j’avais trois vies, je gaspillerais la première à jouer à des jeux vidéos. La deuxième, je la dédierais à ma carrière, et la troisième, à faire la révolution. »

Amygdale, 03/07/2010 [Entomologicae Bestiare]

Comme vous le savez sans doute, je suis un grand sentimental. Plus souvent qu’à mon tour, il m’arrive de songer à mon enfance, à sa duveteuse insouciance, à son ennui lancinant et à l’ingéniosité Munchauserienne qu’il fallait pour s’en extirper. À cette époque, je pratiquais l’horticulture comme hobby et j’entretenais une grande variété de plantes vivaces, disposées sur un grand rocher situé à l’orée du petit boisé qui délimitait notre terrain. Cette « rocaille », comme je l’appelais dans ma pompe Louis XV, était le terrain d’expérimentation botanique idéal, car il s’y trouvait une bonne variété de sols, du sablonneux à l’organique, et divers degrés d’ensoleillement. J’y ai consacré des heures incalculables, au fil des ans, retournant la terre, repoussant la mauvaise herbe, érigeant des remparts d’ardoise, transplantant chaque année de nouvelles variétés achetées ou volées aux voisins.

Cette rocaille fit ma gloire comme ma déchéance. Parvenu à un âge ingrat, je l’abandonnai entièrement à la nature, ne m’y rendant que pour y signer mon mépris de la flore. Les quelques plants très rustiques qui y survivaient, à moitié étouffés, y déployaient péniblement leurs rares petites fleurs, m’adressant un reproche unanime. Je demeurai insensible à leurs plaintes odoriférantes, leur accordant cependant, magnanime, de ne pas les exterminer avec la tondeuse à gazon.

***

Mais cet abandon cruel n’avait-il pas, lui aussi, un caractère expérimental? Je me rappelle de quelques-unes des plantes que j’y ai vu pousser avant de quitter le nid familial. Des bouquets sans fleurs aux feuilles grasses, des épis semblables au salicaire, mais rouges, des pensées dispersées ça et là, mais surtout, un grand pied d’alouette (delphinium elatum) que j’avais transplanté au tout début et qui subsistait, impassible et magnifique, se fichant de moi comme je me fichais de lui.

C’est en songeant à ses fières hallebardes et à leur barbe mauve et touffue que je fus pris de l’envie d’en transplanter à nouveau dans mon modeste lopin de terre, à M*, il y a trois ans de cela. Depuis, et malgré le manque d’ensoleillement, il n’a pas manqué de fleurir à chaque année, jusqu’à ce qu’il fasse, au printemps dernier, sa première véritable démonstration de puissance. Après une timide percée en mai, sept petites hampes se sont graduellement enorgueillies en juin et une poussée fulgurante à la deuxième semaine du mois produisit de grands épis bulbeux, dont quatre ont éclos au solstice d’été. De mon bureau, je pouvais voir les passants s’arrêter, émerveillés par leur beauté étiolée tenant à quelques ficelles. Je pus constater des premières loges son magnétisme auprès la gente féminine. J’ai même vu un couple s’arrêter tout net devant et commencer à se frencher, tandis que j’essayais de m’éclipser derrière l’écran de mon ordinateur.

Mais à la St-Jean il a plu, ce qui a fait s’affaisser les quatre tiges sous le poids des fleurs mouillées. Je les ai donc coupées et mises dans un vase sur la table de la cuisine. Quétaine jusqu’au bout. Trois autres subsistaient sur le plant, dont deux assez considérables pour susciter une nouvelle vague d’admiration et de nouveaux tripotages.

Elles s’affaissaient bientôt. Cette fois, au lieu de les mettre dans un vase, je décidai de les laisser là, jugeant que je pourrais les conserver plus facilement jusqu’au premier juillet, date à laquelle ma nouvelle coloc Russe devait emménager. Placées dans la cuisine, elles feraient bon accueil.

***

Une foule de symboles et d’usages se rattachent au monde floral dans chaque culture, et les Russes n’y font pas exception. À la date prévue, E* vint faire une visite de sa chambre. Tandis que nous discutions de bouddhisme, de St-Pétersbourg et de films réalistes, elle porta mon attention sur le vase et me demanda s’il était survenu quelque malheur dans ma famille. Surpris, je m’enquis de ce qui l’induisait à penser une telle chose. Elle m’informa de la coutume de son pays qui veut que l’on offre un bouquet constitué d’un nombre de fleur pair à un proche dans le deuil, et impair dans les circonstances joyeuses ou romantiques. Le mien était composé des deux épis que j’avais conservés la tête en bas dans mon jardin. Elle croyait donc à la perte d’un proche. Amusé, je lui assurai qu’il n’en était rien.

Tombe un perce-oreille (forficula auricularia) du bouquet. Surpris et un peu dégoûté, je m’efforce d’insister sur la caractère inoffensif de cette petite bête, pour ne pas alarmer E*, en robe et talons hauts, tandis que je cherche une guenille pour m’en débarrasser. À peine ai-je le temps d’écrapoutir la bibitte que j’en vois une autre choir sur la table et se mettre à persévérer dans son existence. Décidément, elles se sont données rendez-vous! Il va me falloir une tapette à mouche, n’est-ce pas, et comme je me dirige vers l’endroit où je range cet indispensable outil, j’entends ma compagne s’écrier « Gospadi! Ikh niéckolka! » (oh mon Dieu, y’en a foule!). Et de me retourner pour constater qu’en effet, le fine-lame de la tapette que je suis risque fort de se retrouver impuissant devant le nombre. Ainsi donc, le charme opère même sur ces bestioles, qui s’y rassemblent en lek pour faire leurs saletés! En voilà une autre qui dégringole sur la table. Sur insistance de mon amie, je me résous à tout jeter dehors, heureux qu’elle ne se soit pas enfuie en courant et en criant.

Redoublant d’artifices oratoires, je parvins à lui faire oublier cet événement horrifiant et étrange. Elle repartit en me laissant le loyer; j’avais passé le test.

***

Dehors, il ne reste plus qu’une seule tige en fleur sur ce plant, modeste, mais jolie. Elle ne suscite plus d’envie ni d’élans amoureux. La regardant de mon bureau par la fenêtre, je me fais penser à Ray Bradbury, trouvant dans mon mobilier des prétextes à raconter des histoires de bonnes femmes.

J’ai déjà fait de la kétamine. Comme je suis une chaise, voire plusieurs, pour moi, faire de la kétamine, ça veut dire qu’il y a déjà eu de la kétamine qui a touché ma peau de plastique. Donc vous comprendrez que, pour moi, la drogue d’humain ce n’est pas très efficace.  À la place, je regarde des trucs comme ça :

En tus tierras bailaré

C’qui se passe avec pétasse ? Pardon je voulais parler de Poufiasse, elle a complètement disparue de la carte, où est-elle allée se foutre ? Avec qui ? Faudrait organiser une battue et pour le moins retrouver son corps, elle mérite peut-être pas de vraies funérailles catholiques, mais un coup on pourrait fermer les yeux et lui chanter l’Ave Maria en oubliant son passé de catin…

Bébé Astronaute, 03/06/2010 [In Stupidatis Veritas]

L’autre soir à l’émission 275-allo, l’animatrice A* D* pose sa question du jour à des enfants de Val D’Or : « Comment savez-vous que vos parents s’aiment? »

Un jeune garçon lui répond : « Ben, ils couchent ensemble! »

SPIRIT DUPLICATA, 01/06/2010 [Intoxicated Press]

On reproche souvent aux artistes de performance de produire de l’art pour la sphère performative exclusivement et d’écarter ainsi tout contact possible avec un public extérieur….Évidemment, on génère son propre emploi.

Je renvois ici, aujourd’hui, cette même critique envers les activistes du FAS. Quiconque ne fait pas partie du cercle de plus en plus fermé et exclusif qu’est le FAS ne peut absolument rien comprendre à ce que ses protagonistes racontent. Les annales sont truffées d’entre-citation et  d’inside qui inciteront un lecteur inconnu et non averti  à ne jamais revenir s’immiscer dans la clique intime. Les rapports fasciens deviennent  incestueux et il serait bon que de nouveaux activistes s’intègrent afin de libérer le FAS du cercle traumatique.

Bébé Astronaute, 31/05/2010 [Géopolitique du logis]

Une autre fascinante conversation ce matin avec ma vieille voisine indienne. Elle vient me voir dans mon jardin pour me parler de mes fines herbes. Comme d’habitude, je ne comprends rien à ce qu’elle me dit mais elle semble touchée par le fait que je cultive de la coriandre. On dirait qu’elle me demande si toutes les autres plantes sont comestibles aussi. Je lui fais faire un petit tour en lui faisant sentir le thym, la menthe, etc. Elle fait de drôles de gestes qui semblent désigner la cour en général, puis de petits gestes brusques du tranchant de la main vers son poignet. Je la regarde, interloquée. J’ai l’impression qu’elle veut me dire qu’il y a des objets coupants dans la terre de mon jardin. Bon, si elle veut dire que c’est de la terre de remplissage pleine de déchets de construction et que ce n’est pas nécessairement ce qu’il y a de meilleur pour la santé, c’est bon, je suis déjà au courant. Je voudrais lui dire que c’est pas grave, que j’ai mis du bon compost maison et que ça devrait compenser pour tout le goudron, mais je me contente de rester là, bouche bée. Elle passe ensuite aux tomates – elle dit le mot tomato, là on se comprend – faisant le même geste que l’année passée, quand elle disait que mes plants étaient rendus plus grands que l’année d’avant. Après que j’aie fini mon café, je lui souhaite une bonne journée et je pars à l’atelier sur mon vélo.

En tous cas, même si on ne se comprend pas très bien, j’aime cent fois mieux une conversation avec ma vieille voisine indienne qu’avec S*, ma voisine d’en haut, qui est toujours en train d’espionner pour voir si je suis dans mon jardin et qui vient me parler de choses insignifiantes à chaque fois que je mets le nez dehors. C’est drôle comme on parle la même langue mais on ne se comprend pas vraiment plus. Y’a tu quelqu’un qui peut me dire ce que ça veut dire : « il manque juste la gomme dans le front » ? Parce que si c’est supposé être un signe de folie ou quelque chose comme ça, elle devrait se regarder dans le miroir un peu.

Mysterious, 27/05/2010 [Activités culturelles cool, Théorie]

Des activistes du FAS armés et décidés seront présents ce samedi au Salon du livre anarchiste. Le tout nouveau fascicule du FAS « Déprimer c’est OK» y sera disponible en quantité hyper limitée, ainsi que des rééditions de plusieurs anciens fascicules (« Zone oubliée », « Hé, hé, hé… », « Probable, mais dégage », etc.)

Chers activistes et/ou sympathisants du FAS, nous espérons vous y voir en grand nombre.

Mais pourquoi au Salon du livre anarchiste? Parce que le FAS est une entité fondamentalement collectiviste, imprégnée de culture DIY, et jouant sur le mode mi-sérieux mi-ironique avec les codes esthétiques et politiques (c’est du pareil au même ?) des mouvements radicaux d’extrême gauche. Pis parce que l’anarchie, on aime ça.

Amygdale, faute d’aller (pour l’instant) sur Mars, sera ce même samedi à Québec au très chic Salon nouveau genre avec zines et fascicules en main.

Si le FAS ne sera  pas le genre humain (mais plutôt le genre céphalopode), il reste que la nouveauté, c’est nous. De fait, en luttant pour un quotidien délirant, il nous faut sans cesse nous projeter vers l’avenir, adapter nos comportements subversifs pour déjouer à répétition l’ennemi invisible.

Qui en doute ?

Nous vaincrons !

SPIRIT DUPLICATA, 26/05/2010 [Territoires troubles]

Comme acte de résistance envers tous les Eudistes, j’ai recommencé à ne plus laver mes mains après avoir pissé. Et vlan! j’me sens déjà plus heureuse.

Mysterious, 25/05/2010 [Citations et aphorismes, Théorie, Vol de contenus]

« Sans jamais y consacrer plus de temps que nécessaire, le Front d’action stupide mène, dans la fiction et dans la réalité, un combat pour un quotidien délirant qui se poursuivra jusqu’à la victoire. »

- Mjack

SPIRIT DUPLICATA, 25/05/2010 [Art is Evil]

Bébé Astronaute, 21/05/2010 [Citations et aphorismes]

Entendu aujourd’hui à l’après-midi porte conseil :

« Une mouche qui se pose trois fois sur un homme est annonciatrice d’une grande rentrée d’argent. »

Tu parles !

Mysterious, 20/05/2010 [Art is Evil, Théorie]

Je viens de lire, avec un plaisir presque certain, tout le contenu du onzième fascicule du FAS – à paraître dans un octbl’. Et j’ai pensé en le lisant que les activistes du FAS n’étaient peut-être jamais allés aussi loin dans leur délire d’autoréférence. En fait, la compréhension d’une bonne partie de ses articles et commentaires (ou du moins de leurs meilleurs gags) implique de suivre le FAS depuis longemps, d’être déjà familier avec ses grands principes, avec ce vaisseau spatial destiné à aller sur Mars, la notion de Kraft = nazi, celle de l’octbl’, le zepoulpe, la PDR, le Cool is Class War, le LME, et même le gag du hibou. Peut-être même ce réseau d’autoréférence est-il devenu comme un système de défense pour mieux lutter contre la stupidité insidieuse qui tente sournoisement de parasiter notre quotidien et d’empêcher qu’il soit enfin délirant. Néanmoins, je le demande, existe-t-il ce lecteur idéal prêt à sacrifier sa vie, à se plonger, des heures durant, sinon des semaines ou même des années, dans nos Annales, comme Julia Kristeva dans les lettres du nom de Balzac, ce musicien du sens, pour rechercher parmi les centaines de textes et les milliers de commentaires que nous avons publiés les clefs de toutes nos références ? Nous-mêmes, parcourant le réseau de nos écrits, risquerions de nous y perdre. Mais quel état de sublimation peut-on atteindre en ayant tracé tous les liens, reliés tous les chaînons, vu ce qui de Thrank Spiroberg mène à Lou Scandale, du bateau de croisière de M. au désert de fibres optiques de Robodrigue ? N’est-ce pas comme trouver la Clavicule de Salomon pour l’alchimiste, qu’amère déception, désintérêt devant le fait accompi, et quotidien redevenu soudain si aliénant, plat, morne – tout sauf délirant ? Mais n’est-ce pas là de toute façon un acte sisyphien, une lecture jamais terminée, un territoire toujours trouble, le réseau de sens du FAS continuant de se développer au fur et à mesure qu’il est décodé, et amenant le lecteur peu à peu, jour après jour, toujours plus loin sur les chemins improbables du quotidien le plus délirant ?

Je m’exalte à la simple pensée de la tâche qui m’attend. Je vais relire tous les textes que nous avons publiés. Je vais noter tous les liens internes et externes. Je vais retracer la part de réel dans le fictif, identifier M*, J*, A*S*, P*, H*H* et tous les autres. Enfin, je connaîtrai le frisson originel… Chérie, pourquoi m’as-tu quitté ? Viens, prends ma main, je t’amène avec moi là où le temps se compte en octbl’, où tu te feras des amies filles en danse ou filles en art, où tu pourras te faire bronzer sur les plages de polypropylène du Continent de plastique, et ensemble nous vaincrons !

À GAGNER : Au sympathisant qui fera la liste complète des liens faits dans cet article avec d’autres textes publiés sur le FAS, un billet en premier classe dans la navette en carton d’Amygdale !

Lou Scandale, 17/05/2010 [Géopolitique du logis]

« – T’es tombée du lit la môme?

- Nan, j’vais à un entretien de travail

- A cette heure ci?! ‘Tain se font plus chier les mecs…qu’est ce que tu bois?

Un Irish Carbomb


- Un café allongé avec du lait s’il te plait.

- Et c’est pour ça que t’as fermé ta chemise aussi loin ? Détends toi c’est pas la fin du monde, c’est pour quoi ce boulot?

- Pour faire du travail. Dans une chaise sur la moquette dans un bureau, dans un immeuble.

- Bon allez fais pas cette tête, ça va marcher j’en suis sûr

… moi c’que j’voulais c’était apprendre l’italien à même le sol…..


- T’as raison on verra bien….merde il pleut et je suis en sandales…tu crois j’ai le temps de changer mes pompes?

- Mais oui, t’es large ! »

Je sais


Maison-chaussures-miroir-face de wtf-porte

Porte.

Porte……

heu…

Hein? Ben allez, go! Hop! Porte!

?

LA PORTE CAWLISSE !

T’es trop loin j’vous entends pas


Et c’est quoi qui pue comme ça d’abord? Merde vous pourriez au moins débarrasser la table de temps en temps c’est tout le temps moi qui me farcis tout dans cette maison…et la poubelle ! Oh non hein mais quand même on est plus des ados à la fin !
Tiens, qu’est ce que c’est que ça? Ah ben oui! Le voilà. Le super collier que je trouvais plus…à sa place derrière l’aspirateur. C’est dingue comme quoi quand on y voit plus clair tout devient évident… d’ailleurs tiens est ce que je rentre encore dans cette petite robe ? J’vais prendre une douche d’abord ca sera plus simple.Oh shit que a fait du bien. C’est la meilleure douche que j’ai prise depuis bien longtemps. Jpense même que je vais me relaver les cheveux avec ce délicieux Fructis aux vitamines et minéraux « colorshot » qui sent si bon qu’on en mangerait.

Quand même, tu nous manques Alain Bashung


Et cette chanson là…comme un Lego…c’est fou pareil. Quand il dit « Comme un Légo avec du sang »…c’est vrai, un Légo ça a pas de sang, d’ailleurs un stylo non plus ça a pas de sang…ou ptet que oui, l’encre, c’est le sang du stylo comme l’eau du robinet c’est le sang du robinet, et que quand tu l’ouvres, tu fais saigner les tuyaux ? Quel poète ! Quelle finesse….je sais pas si jpourrais écrire un truc pareil, aussi vrai, aussi profond…aussi simple finalement. Tout le monde nous fait tout le temps chier avec la complitesse des choses et des situations quand simplement prendre le temps de regarder autour et de voir que tout a finalement un sens. Que c’est beau. Quelle belle journée les amis.
J’pourrais tout faire !!!

Plus rien ne m’arrête. Tiens d’ailleurs allez. Je vais aller tenir compagnie à Angelo du café du coin, il est tellement cool on fera des blagues.

Merde, il pleut.


Lou Scandale, 16/05/2010 [Le non-apprivoisable et le non-domesticable]

Madame tout le monde comme madame fait les courses, madame chie et madame se coupe les ongles des pieds. Madame mange un yaourt dans l’train, madame se rase les t’ssous d’bras, madame a envie de pisser. Madame est triste, madame se demande, madame se retourne dans le lit, madame a chaud mais en fait faim, madame fait pitié.

Madame t’emmerde.

Madame voudrait bien que tu dresses la table correctement, que tu remettes des bûches et qu’est ce que c’est que tête ?!

Puis tiens, pendant que vous y êtes, vous me passerez un peu le balais à la cave et vous irez vous débarbouiller.

Madame est rentrée.

C’est pas pour faire chier, mais la BD CACA RENTE de Martin Veyron, c’est vraiment de la merde…

Travaillant encore sur mon palimpseste de cartographie subjective, je dois aller vérifier sur Google Maps l’endroit exact où je suis allée l’autre soir, pour pouvoir l’ajouter à mon territoire qui s’étend petit à petit. Aaaaargh ! Les espions de Google ont entendu ma complainte. Plutôt que de se laisser accuser d’obscurantisme, ils sont aussitôt passés à l’acte. Voyez par vous-mêmes : ils ont réintroduit sur leurs cartes les sentiers qui sillonnent les parcs ! Et les lacs aussi : le Lac aux castors, les étangs du parc Lafontaine, celui du parc Jarry, ils sont tous là ! Même le stade Olympique est revenu ! Ils ont même dessiné les contours de tous les édifices qui forment cette ville.

D’un côté, je me dis yes ! Je vais enfin pouvoir intégrer à mon projet les ruelles de Montréal qui me sont si chères. Je n’avais jamais pu le faire jusqu’ici à cause de la distorsion de l’espace-temps qui s’opère lorsque quand je pénètre dans ces lieux semi-publics, semi-privés, qui me fait oublier instantanément ma position dans l’univers et qui m’empêche de retrouver, par exemple, un objet fascinant déniché près d’une poubelle mais que j’aurais décidé de revenir chercher plus tard, après mon petit tour au marché.

D’un autre côté, j’angoisse grave : comment vais-je-faire pour tenir le rythme ? Ils sont probablement des milliers à travailler sans répit, comme des fourmis dans une fourmilière, alors que moi, je suis toute seule dans mon atelier. Même si j’avais la moindre chance d’y arriver, pourquoi diable continuerais-je, alors qu’il y a toute une trâlée de monde qui fait le travail à ma place ? Sans compter qu’eux, ils sont payés pour…

Bébé Astronaute, 09/05/2010 [Citations et aphorismes, Manger pour «vivre»]

Entendu l’autre soir de la bouche de Y*, visiblement heureux de pouvoir enfin afficher au grand jour son amour des germinations devant quelqu’un qui ne le jugera pas (moi). Mille mercis pour les petites pousses qui ont pris rapidement de l’expansion jusqu’à la délicieuse salade de ce midi.

Bébé Astronaute, 04/05/2010 [L'improbable missive]

Chères sympathisantes et activistes,

Je vous écris en tant qu’unique représentante féminine du comité central autoproclamé du FAS et du consortium des principaux investisseurs du Fonds d’actions stupide. Entourée de toutes ces brutes, je commence à me sentir un peu isolée : il me semble que vous vous faites rares ces temps-ci et je le sens, votre absence aura bientôt de fâcheuses répercussions sur le contenu de nos Annales. Je ne sais trop comment vous convaincre de vous joindre à nouveau à la lutte, mais j’adresse personnellement un message à chacune d’entre vous :

Xanthippe,

Pas un mot depuis que je t’ai traitée de petite planète. J’espère que tu n’as pas pris trop au sérieux cette petite rivalité que j’ai voulu instaurer entre nous. Dans la vraie vie, je suis une personne tout à fait  inoffensive et le FAS sert d’exutoire à mes appétits inavoués pour la bisbille et la raillerie. Je croyais que tu aurais l’aplomb de répliquer. J’espère que tu n’es pas fâchée et que tu es simplement trop occupée avec ta marmaille, ou bien que tu crains qu’ils ne découvrent un jour ce côté obscur de ta personnalité. Ou peut-être trouves-tu qu’il y a assez de mères indignes dans le paysage ces temps-ci et que tu préfères t’abstenir pour le moment.

Touche-toi,

Ton sens de la répartie me manque cruellement. Ta vie de couple t’apporte-t-elle plus d’émotions que tes vieux amis ? J’ose croire que tu ne nous as pas encore oubliés. J’attends avec impatience ton prochain Top 5.

Poule de luxe,

Tu es arrivée tout récemment et tu as compris avec tant de justesse l’univers du FAS. Je ne comprends pas pourquoi tu nous as séduits de la sorte avant de nous abandonner aussi froidement. J’espère que tu nous serviras bientôt une nouvelle leçon de triviale poésie.

Fée Étincelle,

Si seulement tu avais le courage de te faire un user et d’écrire un vrai article, peut-être que tu pourrais apporter un peu de fraîcheur au FAS. Tu devrais savoir que tu n’as qu’à communiquer avec l’agitateur afin de te joindre à notre lutte pour un quotidien délirant : agitateur@frontdactionstupide.net.

Lâchez pas les filles ! Je vous embrasse,

Bébé Astronaute

Cette émission de radio canada me tape sur les nerfs, mais je ne peut parfois m’empêcher de l’écouter, à la fois pour meubler le silence et pour mieux la mépriser. De toutes les chroniques à y être présentées, celle de monsieur Truc est de loin la plus retardée. Qui, à l’écoute de la chaine nationale, a réellement besoin de savoir qu’en y ajoutant un peu d’eau, il est possible de ré-humidifier nos fruits secs trop secs plutôt que de les jeter?

aujourd’hui cependant Monsieur Truc atteint des sommets en terme de délire auto-ironique, avec l’approbation amusée de l’animatrice, qui laisse ainsi croire qu’elle trouve le concept de l’émission qu’elle anime complètement handicapé mental.

Le sujet aujourd’hui: comment organiser un super party surprise à notre mère. La manière d’éloigner la mère en attendant que les invités arrivent, et se cachent pour le « surprise »: envoyez-la magasiner à la place versailles suivre un atelier de réflexologie interpersonnelle (!!!)

enfin, je crois l’avoir entendu, je confirme demain une fois la baladodiffusion de l’émission mise en ligne.

L’autre jour, en furetant sur mon blogue préféré – après les Annales du FAS, bien sûr – je suis tombée sur un charmant petit article portant sur les sentiers battus en ville par le passage répété des humains. J’ai été tout de suite interpellée, étant moi-même fascinée depuis longtemps par ce phénomène qui incarne si bien la silencieuse révolte quotidienne des citoyens ordinaires contre un pouvoir municipal qui se borne obstinément à leur bloquer le passage.

Petite parenthèse : dans mon quartier, une affirmation beaucoup plus manifeste de ce droit de passage se fait sentir : les trous dans les clôtures. Avec le CN, c’est devenu depuis quelque temps une véritable saga. Chaque fois que le CN referme les trous, un petit malin s’amuse quelques semaines plus tard à ouvrir de nouveaux passages pour permettre aux bonnes gens de traverser la voie ferrée. Le CN en devient aussi psychotique qu’André Serouille : au lieu de rapiécer avec des morceaux de clôture normale, ils referment dorénavant les trous en entremêlant sur place un fouillis absolument chaotique de tiges, de tubes et de grillages de métal, comme pour faire comprendre aux gens : « Attention! Un fou dangereux a soudé cette clôture. Imaginez ce qu’il pourrait vous faire si vous essayez de traverser. »

Pour en revenir aux sentiers battus, il se trouve que ce phénomène porte un nom : desire path est le terme utilisé pour la première fois par Gaston Bachelard en 1958 dans son livre La poétique de l’espace, pour nommer un sentier tracé naturellement par l’érosion due au passage des humains ou des animaux, et qui représente habituellement le chemin le plus court ou le plus facile pour se rendre d’un point A à un point B.

Étrange, puisque Georges Bachelard est français, que je n’arrive à trouver nulle part sur Internet le terme français pour desire path. J’ai cherché en vain sentier du désir, puis chemin du désir, mais tout ce que j’ai trouvé, ce sont des références à des sites sur la spiritualité, l’ésotéristme ou la thérapie sexuelle, et pire encore, des poèmes d’amour publiés sur des pages personnelles.

En anglais, on dit aussi desire line ou social trail. Bien que dans une ébauche concernant l’architecture et l’urbanisme, Wikipédia propose comme traduction le terme ligne de désir, le terme me semble assez pauvre par rapport à desire path, et connote encore trop à mon goût la sexualité – ça me fait penser à la ligne de poils qui relie chez certaines personnes le nombril au pubis.

Depuis, j’ai essayé trois fois d’emprunter La poétique de l’espace à la grande bibliothèque. Chaque fois, plus un seul exemplaire n’était disponible. C’est là que j’ai réalisé pour la première fois l’effet « battement d’ailes du papillon » de la blogosphère.

Finalement, je crois que je vais simplement me résoudre à faire ma petite recherche sur Gaston Bachelard sur Wikipédia et citer son travail dans mes prochains textes de démarche artistique sans jamais avoir lu un seul de ses livres.

Notes pour une présentation élaborée dans le cadre d’un séminaire sur l’écologie des représentation, dans le cadre de ma maîtrise en atrst visuels et médiatiques.

Introduction, un parcours :

Cette présentation se penche sur la pratique de deux collectifs qui recyclent des esthétiques contestataires. Moins qu’une thèse au sens strict du terme, elle est un parcours parmi le paysage mental qui sert de niche écologique à ces deux manifestations artistiques.

Elle est également une réflexion sur les liens entre l’évolution des pratiques de ces deux collectifs et celle du paysage mental qui leur a permis de se développer.

L’atelier Van Lieshout, toujours en activité, a connu une grande popularité lors de l’établissement d’AVL-ville, décrit comme un territoire autonome situé à Rotterdam aux pays bas

Sans jamais y engager plus de temps que nécessaire, le Front d’action stupide mène, dans la fiction et dans la réalité, une combat pour un quotidien délirant qui se poursuivra jusqu’à la victoire.

(suite…)

Mysterious, 14/04/2010 [Pratique, Territoires troubles, Théorie]

Ça commence à faire un sacré bail que j’ai pas écrit un vrai texte de fond sur le FAS, mais c’est pas faute d’avoir essayé. J’accumule les ébauches, je me vautre dans l’inaccompli, je suis terrassé à répétition par l’impression de profonde vacuité qui accompagne souvent l’écriture d’un texte délibérément associé à la stupidité. Je mange toujours du zepoulpe, mais j’ai souvent la nausée.

Pourtant, pourtant, je crois toujours (enfin, parfois) en la cause du FAS et je me demande souvent si ce n’est pas, au fond, dans leur incomplétude que mes textes sont les mieux réussis. Une œuvre achevée, de à A à Z, n’est-elle point à l’image du faux réel, du quotidien le plus plat, contre lequel nous prétendons lutter ? Et peut-être, au fond, mes ébauches constituent-elles mes plus beaux textes, comme les poèmes inachevés d’A*C* ou les romans incomplets de K* ?

Voici donc, pour le meilleur et pour le pire, une suite de fragments puisés dans mes plus récents textes non publiés sur le FAS.

FAS vaincra :

(suite…)

(http://twitter.com/DeepakChopra)

« Had a powerful meditation just now — caused an earthquake in Southern California, »
« Sorry about that. »

Malheureusement je n’ai pas les 5 U$ requis pour pousser ma recherche préliminaire plus loin que cet article. Certains sujets à la Cd’ÉASFofS* demandent plus de financement que d’autres faut-il croire.

http://yvettesbridalformal.com/index.htm

Un lien volé sans scrupules sur Lève ta jupe.

Ensemble de chaises a jardin, 30/03/2010 [Art is Evil, Citations et aphorismes, Vol de contenus]

C’est toi, c’est moi, c’est nous autres ; c’est :

Mr Freedom!!!

Robodrigue, 19/03/2010 [Territoires troubles]

J’étais atteint d’un vers informatique; je maigrissait à vue d’oeil. Je l’avais chopper d’une serveuse FTP dans laquelle j’avais téléversé de l’information sans parfeu, ce sont des choses qui arrivent. Bien qu’affaiblie je trônais toujours comme l’androdrigue le plus rapide d’la galaxe. Je ne sais pas pourquoi mais même si elle était infectée jusqu’aux oreilles cette petite serveuse FTP était radieuse, et comme elle était pas chère je la traînais avec moi au cas où l’envie me prenait de télécharger un peu de porno.mov.

Affaiblie autant par le vers que par ma maîtresse je vivais aux abords du désert de fibre optique en bordure de Gigapole, je me faisais bronzer au gamma de mon écran en espérant reprendre un peu de force. La petite mignonne elle aimait se promener et faire du macramé à partir du fibre optique, ça m’attendrissait de la voir ainsi. Elle n’était jamais loin au cas où j’avais besoin de me brancher firewire 800. Pourtant ça faisait déjà quelques heures que je ne l’avais pas vu, je décidais donc de m’envoler et et balayer les environs pour la surprendre de ma tendresse; voyez-vous, j’suis user friendly pour les nénettes.

Une envie pressente de me brancher animait tous mes périphériques, une rustine ne ferait pas l’affaire. Je cherchais et cherchais sans la trouver. J’apercevais une silhouette au loin, espérant la trouver j’enclenchais l’horloge de mon processeur et filait à toute allure vers elle, mais en m’approchant je réalisais que c’était la silhouette d’un homme, j’armais mes canons de photon et continuais à avancer en me préparant au pire. La silhouette était celle de Mysterious, curieusement venu me visiter dans ma déchéance.

(À suivre)

Mysterious, 18/03/2010 [Le best-seller]

« Alors vous l’aurez délivré de tous ses automatimes et rendu à sa véritable  liberté. Alors vous lui réapprendrez à danser à l’envers comme dans le délire des bals musette.

Et cet envers sera son véritable endroit. »

Artaud

Bébé Astronaute, 16/03/2010 [Art is Evil, Vol de contenus]

Au moment de sa parution, en 2007, j’ai eu envie de publier sur les Annales du FAS – avant d’en faire la lecture, bien entendu – une critique de l’essai Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? de Pierre Bayard. Même si l’espèce de contre-mise en abime que j’imaginais revêtait pour moi un caractère fascien très à-propos, je fus interrompue dans mon élan lorsque j’aperçus lors d’une visite chez mon père – ce lecteur invétéré – un exemplaire de l’ouvrage en question sur la table du salon. Fait étrange, alors que mon père fréquente assidument la bibliothèque municipale, il n’achète jamais de livres ; cependant, il avait acheté celui-là, et insista pour me le prêter. Je lus donc Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? avec voracité – il fut pour moi une révélation – et j’abandonnai aussitôt mon projet d’article sur les Annales.

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? est un ouvrage que je vous recommande fortement. Néanmoins – je sais que votre temps est précieux –  je vais vous en épargner la lecture en faisant ici un petit résumé basé sur la table des matières – un truc vieux comme le monde évidemment préconisé par l’auteur pour savoir parler des livres que l’on n’a pas lus.

Dans le premier chapitre, Pierre Bayard évoque différentes manières de ne pas lire, outre celle de ne jamais ouvrir un livre, en se basant sur quatre catégories : les livres que l’on ne connaît pas, ceux que l’on a parcourus, ceux dont on a entendu parler et enfin, ceux que l’on a oubliés.

Il nous place ensuite devant certaines situations où nous pourrions être contraints – peut-être parce que le livre en question est censé être connu de toute personne cultivée ou pire, parce qu’il a été écrit par l’ami se trouvant devant nous – de s’exprimer sur des livres que l’on n’a pas lus : dans la vie mondaine, face à un professeur, devant l’auteur du livre ou encore avec l’être aimé. Si l’on est mal préparé, ces circonstances délicates risquent parfois de mettre notre réputation en danger.

Pour parer à cette éventualité, Pierre Bayard nous présente la bonne conduite à tenir : ne pas avoir honte, imposer ses idées, se permettre d’inventer le contenu des livres et, plus que tout, savoir parler de soi. Il conclut que la meilleure façon de parler des livres que l’on a pas lus est enfin de devenir soi-même créateur.

J’ai moi-même tiré les meilleures leçons de cette conclusion. Depuis la lecture de ce livre, j’ai poursuivi deux projets importants dans ma démarche artistique et dont la conception avait été fortement influencée par des idées émises par l’écrivain Jorge Luis Borges dans des livres que je n’avais pas lus.

Vous connaissez déjà mon projet de cartographie subjective. Je n’avais pas  osé vous le dire, mais je n’ai même pas la moindre idée du titre du livre dans lequel Borges aurait pu émettre l’idée d’une cartographie de la Terre à l’échelle 1 : 1.

Mon autre projet, Les étoiles de Babel, constitue une réflexion sur la nature de l’art imprimé – mon médium de prédilection. Basé sur une série de vingt-cinq linogravures circulaires de petit format inspirées de l’imagerie spatiale – les étoiles, les galaxies, les constellations – il se développe selon un processus de création inspiré de la Bibliothèque de Babel imaginée par Borges : une vaste bibliothèque contenant tous les livres possibles écrits au hasard à partir d’un alphabet de vingt-cinq caractères.

Dans Les étoiles de Babel, j’identifie les matrices gravées aux caractères typographiques composant les livres de la bibliothèque – le motif des étoiles se prêtant à la démesure des possibilités. À l’image des livres de la bibliothèque, imprimés par un assemblage de caractères de plomb sur une presse typographique, j’établis, dans Les étoiles de Babel, des processus combinatoires me permettant de générer – théoriquement – toutes les estampes possibles à partir d’un « alphabet » de vingt-cinq matrices gravées. En variant les encrages et l’ordre d’impression des matrices, j’imprime une multitude d’estampes différentes, comme autant de vues par télescope d’un paysage spatial imaginaire.

Lors de ma dernière exposition, une journaliste locale me demanda de préciser le lien entre mon projet et la nouvelle de Borges à laquelle j’avais référé. Comme je vous disais, je n’avais jamais lu La bibliothèque de Babel, ni, soit dit en passant, aucun autre livre du même auteur. Tout ce que je savais, grâce à Wikipédia, c’est qu’il s’agissait d’une bibliothèque imaginaire de taille gigantesque contenant tous les livres de 410 pages possibles écrits au hasard avec le même nombre de signes provenant d’un alphabet vingt-cinq caractères. Pour moi c’était amplement suffisant. Je croyais qu’une fois une idée lancée dans l’univers, il appartenait à chacun de se l’approprier et d’en faire usage comme bon lui semble.

Mais madame la journaliste ne voyait pas la création du même oeil et s’attarda au fait qu’il n’y avait que 25 lettres dans cet alphabet et que selon elle, c’était une incohérence puisque notre alphabet en comprenait 26. Bafouillant, j’avançai que Borges était portugais, ou plutôt argentin, que peut-être son alphabet n’avait que 25 lettres et que de toutes façons, c’était à lui qu’il fallait demander pourquoi il avait choisi ce nombre de lettre pour les livres de sa bibliothèque, pas à moi. Moi, j’avais fait un ciel étoilé, pas une bibliothèque.

En mon for intérieur, je me dis que la réponse à la question de la journaliste était peut-être dans la nouvelle et que pour éviter l’embarras, j’aurais sûrement dû la lire avant d’y référer dans mon texte de démarche. Après tout, ce n’était qu’un petit texte d’une demi-douzaine de pages, tout au plus – ça ne pouvait pas être si pénible que ça à lire.

Quelques mois plus tard, j’empruntai donc Fictions, le recueil dans lequel se trouvait La bibliothèque de Babel, à mon ami Mysterious. Je lus la nouvelle qui m’intéressait et quelques autres, pour enfin comprendre les motivations profondes qui avaient poussé Pierre Bayard à écrire Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? Il y a des livres comme ça qu’il est inutile d’avoir lus, tout simplement parce qu’ils sont trop plates. Cela dit, loin de moi l’idée d’enlever à Borges ce qui appartient à Borges. « Après l’avoir approché, nous ne sommes plus les mêmes. Notre vision des êtres et des choses a changé. Nous sommes plus intelligents. » (Claude Mauriac) Mais je savais maintenant que n’avais pas besoin d’avoir lu La bibliothèque de Babel pour m’en inspirer. L’idée de la bibliothèque, telle une petite graine, s’était implantée dans mon cerveau, y avait germé et s’y était développée comme une entité autonome, indépendamment de la plante-mère, dans le terreau de ma pensée. La bibliothèque de Babel n’avait plus besoin de Borges.

Borges lui-même serait d’accord, j’en suis sûre, lui qui croyait que certains livres, bien que basés sur des idées géniales, ne valaient même pas la peine d’être écrits. Il alla même jusqu’à déclarer, en prologue à Fictions : « Délire laborieux et appauvrissant que de composer de vastes livres, de développer en cinq cents pages une idée que l’on peut très bien exposer oralement en quelques minutes. Mieux vaut feindre que ces livres existent déjà, et en offrir un résumé, un commentaire. »

Je comprends maintenant mieux les tendances mystificatrices dans l’écriture de Mysterious.