Depuis l’accident de vélo qui a failli me défigurer vendredi dernier, j’éprouve un peu plus d’empathie pour les minorités visibles. Moi qui n’ai pas mon pareil pour dévisager les gens — je ne le fais pas exprès, je ne m’en rends même pas compte ! — je m’imagine un peu mieux ce que peuvent ressentir les nains, les bossus et autres entachés de naissance lorsque les yeux se braquent sur eux. Je ne sais pas si ça m’aidera à contrôler le manque flagrant de subtilité dans mon regard, mais ça m’a fait songer avec amusement à une autre des excentricités de mon père.
Plus jeune, étudiant et fraîchement débarqué à Montréal, il s’était inventé une nouvelle distraction. Dans cette ville remplie d’inconnus, il lui arrivait de se promener en public en faisant semblant de boiter, en simulant le syndrome de Gilles de la Tourette ou en feignant une quelconque infirmité, juste pour comprendre ce que ça faisait d’être marginalisé. Même si mon père n’a jamais eu besoin de mettre une roche dans son soulier pour avoir l’air bizarre, j’avoue que j’admire son empathie sincère et empirique envers les rejetés de ce monde. Ses expériences farfelues sur l’esprit humain feraient-elles de lui un précurseur au Laboratoire de métaphysique expérimentale ?
Je ne sais pas, mais en revenant de l’hôpital, je me suis fait aborder par un duo de « missionnaires de Jésus-Christ ». En bons opportunistes, ils m’ont assuré que Dieu était avec moi et qu’il comprenait ma souffrance — ce à quoi j’ai répondu que je ne souffrais pas tant que ça.
Kraft+pepsi+nestlé+biotech=nazi
http://lesforlife.blogspot.com/2011/04/pepsi-boycott-announced-by-prolife.html
Où sont expérimentées les théories conspirationnistes de la Chaire d’Études André Serouille Flesh of Studies et la notion fasienne du vol de contenu:
http://blogocram.wordpress.com/2010/12/19/street-art-kraft-foods-photos/
Où un super-héros est confronté à André Serouille : http://justifiedjustice.blogspot.com/2007/05/mission-statement.html
Aujourd’hui, je dois me rendre au Comissariat de la Police Nationale. En me rendant sur leur site web, en plus de trouver de suberbes gifs animés, j’ai eu l’agréable surprise de trouver un poème, directement sur la première page. Je le reproduis plus bas, mais vous pouvez trouver l’original ici.
Notre cher Amygdale aurait-il proposé ses services à la Police Nationale du Burkina Faso sous le pseudonyme OUÉDRAOGO Jean ?
Hommage à toi, Police Nationale du Burkina Faso ! Tu naquis le 28 décembre 1949 à Bobo Dioulasso ; Et depuis lors, attachée à la sacralité du service public, Ton travail au quotidien garantit la République.
En tout temps, en tout lieu, tu procures quiétudes et sécurité ; Parfois mal comprise mais toujours avec fermeté et maturité, Tu t’engage avec professionnalisme et sans réserve, Au profit de tous, grands et petits, que tu préserves.
Oh ! Police de nos valeurs ancestrales ! Majestueuse et fière, telle une cathédrale ; Paix et sécurité sont pour toi, un sacerdoce, Et ta garde, jamais baissée, veille loin des noces.
Oh ! Police des collines et des plaines ! Dans les villes et campagnes, tu sèmes ta graine ; Et aux populations soucieuses de toutes les extrémités, Patiente et persévérante, tu proposes ta proximité.
http://meta.anarchopedia.org/Ideas_for_the_4th_General_Meeting
Biscuit de Noël Kraft + 350 C = four crématoire.
Depuis quelques mois, j’entends régulièrement transpercer des murs de mon appartement – à travers la musique de wigger de mon autre voisin – un petit cri joyeux : wou-hou-hou! Genre le début de la toune de Kill Bill mais après le premier wouhou. Et quand je dis régulièrement, je veux dire, genre, quinze, vingt fois par jour. Depuis le début du mois de juillet. Si vous vous demandez ce qui peut bien se passer dans la tête d’un personne aussi bruyamment jovialiste, moi, je me perds en conjectures et c’est en train de me rendre folle. Bientôt je n’aurai plus d’autre choix que de m’engager comme cobaye pour la Chaire d’études André Serouille.
Je vous ai déjà parlé des étoiles de Babel, mon projet de combinaisons de matrices en linogravure. Si je suis à Toronto en ce moment, c’est que je suis invitée comme artiste en résidence ici à Open Studio pour réaliser ce projet au moyen d’une presse Vandercook. Aujourd’hui récupérée par les artistes, cette presse typographique était jadis utilisée de façon industrielle pour l’impression des livres. Les typographes y assemblaient un à un les caractères typographiques de plomb pour composer chacune des pages des livres qui allaient ensuite être imprimés, colligés, reliés, puis distribués de par le monde. L’avantage de la presse Vandercook, contrairement à la plupart des presses manuelles que l’on retrouve de nos jours dans les ateliers d’estampe, c’est que son fonctionnement est partiellement mécanisé.
Pour imprimer manuellement, un rouleau est passé plusieurs fois sur une surface plane afin d’y répartir l’encre uniformément et en quantité appropriée. On encre ensuite les matrices en passant le rouleau pour y transférer l’encre. Puis on place la matrice sur la presse et on y positionne le papier au bon endroit à l’aide de marques de repérage. Ce processus est répété consciencieusement pour chaque épreuve de l’édition.
L’avantage de la presse Vandercook, c’est que l’encrage se fait presque automatiquement grâce à une cascade de rouleaux intégrés à même la presse et activés électriquement. Il suffit d’ajouter un peu d’encre sur les rouleaux à chaque dizaine d’épreuves, environ, ce qui à l’époque, permettait une productivité absolument révolutionnaire. Un dispositif permet également de positionner le papier et les matrices de façon très précise et uniforme pour chaque épreuve, réduisant ainsi les erreurs qui pourraient compromettre la production.
C’est donc grâce à cette machine fabuleuse mais aujourd’hui reléguée au rang d’équipement artisanal que j’imprimerai toutes les combinaisons possibles et imaginables de mes 25 matrices gravées, avec les trois couleurs primaires superposées dans l’ordre suivant : jaune, magenta et cyan.
Je n’ai pas le choix de m’ériger un tel système pour générer les combinaisons. Aussi électrique qu’elle soit, ce n’est pas la presse qui prendra les décisions à ma place pour savoir si telle image se superposera à telle autre; cette production ne peut se faire dans le chaos.
Le hic, c’est qu’avant de venir ici, j’ai omis de calculer l’étendue des possibilités de combinaisons selon le système sus-mentionné : le nombre s’élève à 15 625. Avec un rouleau du papier que j’utilise (19,15$ avec les taxes), je peux me couper en moyenne 250 feuilles. Ça veut dire que j’aurais besoin de 62 rouleaux et demi de papier pour mener à bien ce projet, ce qui me coûterait au bas mot 1206,45$ en papier seulement pour réaliser mon projet. Et puis ça fait trois jours que je coupe du papier; je suis tout juste rendue à 1 250 feuilles.
Alors je me dis que je devrais peut-être éliminer certaines combinaisons. Celles où la même matrice revient plus d’une fois, par exemple. Mais encore là, le nombre de combinaisons est réduit seulement à 12 167, ce qui se traduit par une facture de 932$ en papier. C’est encore beaucoup trop pour mon petit portefeuille d’artiste.
Je commence à me questionner sur l’intérêt de mon projet. Est-ce que la qualité passe par la quantité? Est-ce que la valeur de l’idée se mesure à sa concrétisation? Je me demande s’il est important de savoir si j’ai, oui ou non, imprimé toutes les combinaisons possibles de matrices? Si je ne les imprime pas toutes, est-ce que ce projet restera intéressant? Cette expérience commence à prendre l’allure d’un projet de recherche pour la chaire d’études André Serouille. Pour exposer l’ensemble des combinaisons possibles, il me faudrait le musée d’art contemporain au complet. Impossible pour l’instant. Si je présente le projet dans un lieu de diffusion plus modeste, je n’aurai donc pas d’autre choix que d’en présenter une fraction seulement. Dans ce cas, il serait inutile d’imprimer toutes ces épreuves supplémentaires pour rien. Devrais-je faire semblant, tout de même, de l’avoir fait, ou devrais-je prétendre que la poursuite elle-même d’un but presque impossible à atteindre est une fin en soi, une sorte d’affirmation de l’absurdité de la condition humaine?
Ces problématiques m’amènent à réfléchir au Front d’action stupide et de son absence quasi-totale d’action. La préparation au voyage vers Mars, par exemple, ne prendrait-elle pas tout son sens que si l’on se préparait à y aller vraiment?
Travaillant encore sur mon palimpseste de cartographie subjective, je dois aller vérifier sur Google Maps l’endroit exact où je suis allée l’autre soir, pour pouvoir l’ajouter à mon territoire qui s’étend petit à petit. Aaaaargh ! Les espions de Google ont entendu ma complainte. Plutôt que de se laisser accuser d’obscurantisme, ils sont aussitôt passés à l’acte. Voyez par vous-mêmes : ils ont réintroduit sur leurs cartes les sentiers qui sillonnent les parcs ! Et les lacs aussi : le Lac aux castors, les étangs du parc Lafontaine, celui du parc Jarry, ils sont tous là ! Même le stade Olympique est revenu ! Ils ont même dessiné les contours de tous les édifices qui forment cette ville.
D’un côté, je me dis yes ! Je vais enfin pouvoir intégrer à mon projet les ruelles de Montréal qui me sont si chères. Je n’avais jamais pu le faire jusqu’ici à cause de la distorsion de l’espace-temps qui s’opère lorsque quand je pénètre dans ces lieux semi-publics, semi-privés, qui me fait oublier instantanément ma position dans l’univers et qui m’empêche de retrouver, par exemple, un objet fascinant déniché près d’une poubelle mais que j’aurais décidé de revenir chercher plus tard, après mon petit tour au marché.
D’un autre côté, j’angoisse grave : comment vais-je-faire pour tenir le rythme ? Ils sont probablement des milliers à travailler sans répit, comme des fourmis dans une fourmilière, alors que moi, je suis toute seule dans mon atelier. Même si j’avais la moindre chance d’y arriver, pourquoi diable continuerais-je, alors qu’il y a toute une trâlée de monde qui fait le travail à ma place ? Sans compter qu’eux, ils sont payés pour…
L’autre jour, en furetant sur mon blogue préféré – après les Annales du FAS, bien sûr – je suis tombée sur un charmant petit article portant sur les sentiers battus en ville par le passage répété des humains. J’ai été tout de suite interpellée, étant moi-même fascinée depuis longtemps par ce phénomène qui incarne si bien la silencieuse révolte quotidienne des citoyens ordinaires contre un pouvoir municipal qui se borne obstinément à leur bloquer le passage.
Petite parenthèse : dans mon quartier, une affirmation beaucoup plus manifeste de ce droit de passage se fait sentir : les trous dans les clôtures. Avec le CN, c’est devenu depuis quelque temps une véritable saga. Chaque fois que le CN referme les trous, un petit malin s’amuse quelques semaines plus tard à ouvrir de nouveaux passages pour permettre aux bonnes gens de traverser la voie ferrée. Le CN en devient aussi psychotique qu’André Serouille : au lieu de rapiécer avec des morceaux de clôture normale, ils referment dorénavant les trous en entremêlant sur place un fouillis absolument chaotique de tiges, de tubes et de grillages de métal, comme pour faire comprendre aux gens : « Attention! Un fou dangereux a soudé cette clôture. Imaginez ce qu’il pourrait vous faire si vous essayez de traverser. »
Pour en revenir aux sentiers battus, il se trouve que ce phénomène porte un nom : desire path est le terme utilisé pour la première fois par Gaston Bachelard en 1958 dans son livre La poétique de l’espace, pour nommer un sentier tracé naturellement par l’érosion due au passage des humains ou des animaux, et qui représente habituellement le chemin le plus court ou le plus facile pour se rendre d’un point A à un point B.
Étrange, puisque Georges Bachelard est français, que je n’arrive à trouver nulle part sur Internet le terme français pour desire path. J’ai cherché en vain sentier du désir, puis chemin du désir, mais tout ce que j’ai trouvé, ce sont des références à des sites sur la spiritualité, l’ésotéristme ou la thérapie sexuelle, et pire encore, des poèmes d’amour publiés sur des pages personnelles.
En anglais, on dit aussi desire line ou social trail. Bien que dans une ébauche concernant l’architecture et l’urbanisme, Wikipédia propose comme traduction le terme ligne de désir, le terme me semble assez pauvre par rapport à desire path, et connote encore trop à mon goût la sexualité – ça me fait penser à la ligne de poils qui relie chez certaines personnes le nombril au pubis.
Depuis, j’ai essayé trois fois d’emprunter La poétique de l’espace à la grande bibliothèque. Chaque fois, plus un seul exemplaire n’était disponible. C’est là que j’ai réalisé pour la première fois l’effet « battement d’ailes du papillon » de la blogosphère.
Finalement, je crois que je vais simplement me résoudre à faire ma petite recherche sur Gaston Bachelard sur Wikipédia et citer son travail dans mes prochains textes de démarche artistique sans jamais avoir lu un seul de ses livres.

(http://twitter.com/DeepakChopra)
« Had a powerful meditation just now — caused an earthquake in Southern California, »
« Sorry about that. »
Malheureusement je n’ai pas les 5 U$ requis pour pousser ma recherche préliminaire plus loin que cet article. Certains sujets à la Cd’ÉASFofS* demandent plus de financement que d’autres faut-il croire.
http://yvettesbridalformal.com/index.htm
Un lien volé sans scrupules sur Lève ta jupe.
Je crois que ce dude était du genre à trouver que vingt-quatre heures dans une journée, c’est pas assez pour virer complètement barge. Il a donc élaboré la théorie du timecube, une sorte de quadrature du cercle qui revient à dire que 4 journées se déroulent simultanément sur la terre. Aussi, l’interface du site rappelle le premier site des annales du FAS, sauf que c’est composé d’une seule et interminable entrée. Bravo.
Je sais, c’est un projet de fou, borgésien même, mais j’ai entrepris de reconstituer une cartographie subjective de mon territoire. Pas à l’échelle 1 : 1, comme en rêve Borges – c’est irréaliste, quand même, je délire, mais je délire égal – mais disons à l’échelle 1,3 cm : 200 m. Ben pas disons, en fait, c’est vraiment ça et c’est assez in comme zoom pour moi.
Comment je fais ? Au début – ce projet à commencé il y a plusieurs années, quand j’étais encore à l’université – je traînais partout avec moi un petit carnet quadrillé dans lequel je traçais mes allées et venues. J’en ai même tiré un livre, sérigraphié à la main et édité en 3 exemplaires – vous pouvez d’ailleurs consulter l’exemplaire 3/3 au centre de conservation de la BAnQ, sur la rue Holt. Dans ce temps là, j’étais jeune, semi-nomade, et j’avais encore du temps à perdre alors je pouvais bien jouer les grandes exploratrices dans les rues de Montréal à dessiner mes cartes distordues de la ville.
J’avais mis en exergue, au début de mon livre, une citation de Paul Auster dans Trilogie New-Yorkaise : « […] il coucha aussi sur le papier avec un soin méticuleux l’itinéraire exact des errances de Stillman, marquant toute rue suivie, tout changement de direction, toute pause effectuée. Et, en plus d’occuper Quinn, le cahier rouge lui fit aussi ralentir le pas. » Je pensais que ça aiderait à comprendre le projet. Moi, mon cahier, il était pas rouge, il était recouvert de Duct tape gris avec un gros X au Sharpie écrit dessus. C’est vrai que j’étais pas mal punk dans le temps. Mais la couverture du livre que j’en ai fait par la suite était en toile beige avec le titre imprimé en rouge, Itinéraires – vous l’auriez deviné, j’en suis sûre.
J’aurais pu aussi vous expliquer mes motivations comme suit, avec une citation du Diable par la queue (c’est encore Paul Auster) : « Dublin n’est pas une très grande ville, et il ne fallut pas longtemps pour m’y retrouver. Il y avait un côté obsessionnel aux promenades que j’y faisais, un insatiable besoin d’errer, de dériver tel un fantôme au milieu d’inconnus, et au bout de deux semaines, les rues étaient devenues pour moi quelque chose de tout à fait personnel, une carte de mon territoire intérieur. » On dirait que c’est plus facile de me faire comprendre avec les mots d’un autre qu’avec les miens.
Mais je diverge. Je vous racontais tout ça pour vous dire que maintenant que je suis sédentaire avec une job steady, je n’ai plus que ça à faire, déambuler dans les rues. De toutes façons, dans le temps, Google Maps n’existait même pas, ou à peine, alors qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? Google Maps n’était qu’une ébauche, un embryon de plan. C’est vrai, pensez-y, j’ai vérifié mes sources : le service a été lancé au Canada en 2004 seulement. C’était ma dernière année de bac.
C’est fou, quand on y pense, la vitesse à laquelle on s’y est habitué. Quand je suis partie en voyage la première fois, en 2000, c’est tout juste si j’avais un e-mail – le mot courriel n’existait pas encore. Me parachuter dans une ville inconnue, sans même une carte pour m’orienter, ce n’était pourtant pas si traumatisant que ça. Me cacher sous un pont, tomber, et être presque engloutie dans le Tibre pollué, en plein coeur de Rome ; dormir sur une plage au centre-ville de Barcelone sans savoir qu’au matin je serais presque écrasée par une marée de pieds ; essayer de fuir les hordes de chiens errants dans les rues de Pompéi sans vraiment distinguer la vraie ville des ruines, me faire haranguer par un cocaïnomane New-Yorkais lançant des billets de 1000 lires à la ronde, me faire tirer d’embarras par un obsédé bisexuel, tout ça, c’était l’aventure, quoi ! Pourtant j’ai réussi à rentrer chez moi.
Mais je divague encore. Où je voulais en venir, c’est que maintenant, je ne peux plus me risquer en territoire inconnu sans vérifier scrupuleusement au préalable mon chemin sur Google maps. J’ai trop peur de me perdre. Et encore, je me retiens d’avoir un GPS. C’est pour dire comment notre sens de l’orientation est en train de s’atrophier, nous les humains. Mais c’est comme ça, alors mon projet d’itinéraires s’est transformé en projet de cartographie subjective et mes dessins, je les trace à partir de Google Maps. D’ailleurs, cette expression, je l’ai piquée à Amygdale et je m’en sers sans le moindre acquit de conscience dans tous mes textes de démarche artistique.
Quand je vais à l’atelier, je vais sur Google Maps voir les lieux que je connais. J’imprime, toujours à la même échelle, les fragments de cartes qui m’intéressent, puis je les découpe et je les assemble avec du papier collant. Après ça, je mets un papier transparent par-dessus, un Mylar, un Géofilm, whatever, c’est deux noms différents mais c’est le même papier, et je trace les rues que je connais. Après ça, je me sers de ce dessin pour imprimer une sérigraphie.
Je sais, c’est absurde, mais il faut bien trouver un sens à la vie. Alors je me prends pour Sisyphe et je fais ça en faisant semblant que c’est une bonne idée. Ça me fait plaisir de penser qu’un jour ce projet prenda la forme d’une immense toile d’araignée, très serrée au centre, pleine de croisements et de noeuds, puis s’élargissant vers les extrémités, couvrant des murs et des murs, avec d’immenses zones blanches parfois traversées d’une mince et interminable ligne, une autoroute.
Mais vous savez, un territoire, c’est changeant alors c’est toujours à recommencer. Un petit détour, par ici, un déménagement par là… C’est pour ça que récemment, j’ai dû repatcher des morceaux de ma cartographie subjective parce que par endroits, elle était toute noircie et chiffonnée. Alors je suis allée chercher des nouveaux morceaux sur Google Maps, et c’est là que je me suis rendue compte, en essayant de les assembler, que vraiment, quelque chose n’allait pas.
Avant, toutes les rues étaient de la même largeur. Maintenant, ils les ont ajustées un peu mieux à la réalité. C’est pour ça que le boulevard Décarie a conservé la même largeur mais que le petit tronçon de rue minus qui se transforme en chemin de gravelle en allant de chez nous vers les tracks, à côté de la vraie cour à bois, lui, s’est considérablement aminci. Alors ma carte, elle est pas raccord.
Mais c’est pas ça le pire : moi, j’avais déjà dessiné le Mont-Royal, avec les sentiers pis toutte, parce que je les connais bien. J’y ai quand même déjà passé plusieurs fins de semaines à construire des nids dans les arbres – mais ça, c’est une autre histoire. Mais là, les sentiers du Mont-Royal, sur Google Maps, ils n’ont pas juste rapetissé, ils ont disparu. Et ce n’est pas tout.
Au parc Lafontaine, le lac, disparu aussi ! Et le chemin qui traverse d’est en ouest le parc Laurier, disparu ! En n’allez pas penser que je n’ai pas zoomé in pour vérifier comme il faut. Au parc Jarry, même constat : plus de lac, plus de sentier, rien ! Au parc Maisonneuve, plus de sentier non plus, rien, rien rien ! Juste des grand aplats vert pâle.
Alors je me dis que c’est peut-être un complot des lobbies de l’automobile pour empêcher les gens d’aller se promener tranquilles. Moi, je le sais qu’il y a des sentiers dans les parcs, parce que je les ai dessinés. Je m’en souviens. J’ai une trace. Mais les autres… à la vitesse qu’ils oublient, comme ils ont oublié qu’il y avait une vie avant l’Internet, comme ils ont oublié qu’il y a à peine sept-huit ans, il fallait déployer une carte en papier pour s’orienter, comprenez-vous, en papier, est-ce qu’il vont se souvenir qu’il y a dèjà eu des sentiers dans les parcs de Montréal ? Et la Ville, eux, ils vont s’en souvenir, d’aller tondre le gazon et couper les branches ? Je ne pense pas. La végétation va gagner doucement du terrain et bientôt, elle va tout envahir, et les sentiers vont réellement disparaître.
Ça deviendra une vraie jungle ; peu à peu, les animaux sauvages viendront s’y installer. On ne pourra plus pénétrer dans les parcs qu’armé. Il faudra une machette pour faire son chemin. Et il ne restera plus de place dans cette ville que pour les automobiles.
Le site web le plus insolite depuis Barbe douce.
http://science-univers.qc.ca/sexualite/54-pedophilie.html
La page d’accueil
http://science-univers.qc.ca/
C’était la meilleure de 2009. Elle s’est fait attendre longtemps. Jusqu’au 31 décembre 2009, en vrai. Contrairement à mon habitude, je suis arrivé le premier, à temps pour les hors-d’oeuvre. T*, arrivé en deuxième, était visiblement surpris/content de me voir, et en a profité pour faire une entrée tout en interjection, me lançant enthousiasmé et le plus naturellement du monde : – Ça fait un LAMPADAIRE que je ne t’ai pas vu!
Moi: (!?)
Lui: (…), euh, un lustre… ça fait un lustre!
Tous (à l’unisson) : ÇA FAIT DES LUSTRES !
***
Quelqu’un m’a d’ailleurs fait remarquer qu’un lampadaire est beaucoup plus long qu’un lustre. Depuis, je ne dors plus.
En sortant prendre l’air, entre deux victoires, à Expozine, j’ai croisé un couple avec leur enfant. Le môme, visiblement fasciné par l’apprentissage de la temporalité, leur demandait sans cesse, dans un anglais aussi suraigü qu’insupportable, si on était l’après-midi. (suite…)
Je n’ai jamais eu d’idée révolutionnaire. Je n’ai jamais écrit, ni publié sur les Annales du FAS un article pour la Chaire d’études André Serouille. Je n’ai jamais révisé, ni assemblé dans la cave d’Amygdale les 80 pages du 10e Fascicule du FAS. Je n’ai jamais acheté, ni vendu de produit dérivé du FAS. Je n’ai jamais passé quatorze heures dans un sous-sol d’église ni rencontré de sympathisants du FAS. Je n’ai jamais été coincée derrière une table minuscule avec d’autres activistes du FAS. Encourager le FAS et Expozine, c’est criminel et dangereux.
À cheval sur ma bécane, je roule à toute allure, en pleine heure de pointe, rue St-Denis. Mes roues lancent des flammèches. J’ai ce qui me reste de cheveux dans le vent. Je roule si vite que le ciel devient rouge feu. Un homme qui vient de traverser la rue, sans se soucier des voitures qui manquent de le transformer en morceau de viande, arrive sur moi. Je me tourne vers lui, sans m’arrêter, et mes yeux tombent droit dans les siens. Un large sourire illumine sa barbe abondante. « J’ai vu le diable », qu’il me dit. Je retourne la tête devant moi, juste à temps pour éviter un autre cycliste stationné un peu plus loin, puis je poursuis ma route sans regarder en arrière. Et je me demande maintenant : «Est-ce moi le diable en question ? N’ai-je fait qu’apprivoiser momentanément la bête qui sommeille en moi ?» J’ai l’impression de vivre dans un univers à la croisée des fictions de P* et de D*, et peut-être même de celles de B*. Pas mal délirant, en tout cas.
Cat’s back on the track, but I let him out of the shack, and now meow it doesnt want to come back… Im having a heart attack… When I get him ill tear his little body apart…
Ça, c’est l’intégrale du courriel le plus étrange qui ne m’ait jamais été envoyé. Je pense que c’est une version féline de Back in Black. Mention spéciale à Lou pour le courriel des côtes cassées, qui vient en deuxième. Damned, trois de plusse et ça fait un top 5.
De la bouche d’un bonhomme qui visiblement, n’avait pas l’air d’un grand buveur d’eau:
-Heille! Faut pas dire : je ne boirai jamais de ton eau!
Je me suis retenu de lui préciser la formulation exacte du proverbe ; je crois qu’il parlait carrément de la fontaine.
Le quotidien délirant est souvent trop fugace. Les événements que relate cette chronique sont déjà pâlis dans ma mémoire, cette traîtresse.
Aujourd’hui, j’ai dû me rendre à L* afin d’escorter un patient de l’hôpital C.-l.-M. à la court municipale. Une opération de routine, m’a dit le répartiteur au téléphone. Comme il ne m’en a pas dit davantage, j’ai fais d’imposants préparatifs, emportant un livre, une bd, un lunch, mon baladeur, un appareil photo et un carnet de notes. On ne sait jamais, surtout quand on sait que dalle.
Je me suis ensuite rendu à l’hôpital de L*. Aucun plan ne résiste à la première minute d’une bataille, a dit l’un. D’abord, on me demande de laisser toutes mes affaires au bureau, puis on me file une radio et des instructions. Nous sommes, un vieux Marseillais et moi, l’unité 161. Nous allons nous déplacer en taxi avec le patient. Nous devons rapporter chaque départ et chaque arrivée, en plus des éventuels incidents de parcours. Ne reste plus qu’à faire connaissance.
On se rend à l’aile psychiatrique. Attente. On discute de mesures de sécurité. L’individu est « à risque », c’est-à-dire qu’il peut tenter de s’évader ou devenir agressif. Je signifie clairement à l’officier que, si le patient s’énerve un peu trop, ce n’est pas moi qui va risquer mes montures. Ce dernier arrive enfin, vêtu de son habit du dimanche : complet-veston rayé, chemise jaune serin et noeud-papillon. Un haïtien dans la cinquantaine. Je repère immédiatement une araignée au plafond dans ses manières un peu trop solennelles. Il insiste pour que nous lui passions les menottes. L’officier l’informe que, malheureusement, nous ne pouvons satisfaire à sa requête, car ici, « nous prônons la communication ». Mais je n’ai pas vraiment envie de jaser, alors je prends « toutes les précautions nécessaires », c’est-à-dire que je joue l’agent carcéral d’opérette.
On prend un taxi. Chauffeur haïtien. Ils commencent à discuter en Créole, et je perds rapidement le fil de la conversation, à l’exception de quelques bribes en référence à « Jésus-Christ » et au « Zen ». M* (c’est le patient), répète sans cesse qu’il est un descendant du roi Salomon et qu’il est un El Shaddaï. Il est question d’une couleur aussi, une variété de bleu — était-ce turquoise? cobalt? — j’ai oublié. Durant l’échange, le chauffeur s’enflamme et lâche le volant : je dois le ramener à l’ordre.
Nous parvenons au palais de justice. J’accompagne le patient jusqu’au bureau d’une avocate, qui souhaite avoir un entretient avec lui et son fils, déjà présent. L’attente n’est pas trop longue. Je n’ai pas le temps d’aller à la salle de bains qu’à mon retour, tout le monde s’est engouffré dans la salle d’audience. Je m’assieds à la droite du fils.
M* a choisi de se défendre sans avocat. Sans même laisser le temps à la juge de nous mettre en contexte, il se lance dans un soliloque d’une vingtaine de minutes sans discontinuer, où il est question d’Haïti, de chakras, d’indigo (la voilà la couleur!), de Zen, de El Shaddaï et de vol de voiture. Son histoire est un embrouillamini absolument inextricable, mais comme il est beau de voir la juge écouter d’un air absolument impassible ses tirades sur la science infuse et ses dictons populaires devisant des conséquences d’embrasser les parties génitales d’un nègre.
Oh! Comme je me bidonne intérieurement, et je l’avoue, je suis incapable de réprimer un fou rire, même en présence du fils, qui me tance d’un regard haineux. Mais, votre honneur, c’est trop fort: « si votre honneur, considérant mon union transcendante à la dynastie du roi Salomon par la loge maçonnique de Port-au-Prince (pas ici, ici nous sommes racistes, alors que là-bas, tout le monde est indigo), veut bien s’apercevoir que je suis un El Shaddaï et m’embrasser la glande pinéale, alors je suis prêts à oublier cette histoire de vol de bagnole. »
Non, ce n’est pas tout à fait ça, ce n’était même pas du tout comme ça. C’était beaucoup plus long et tortueux : séjourner dans le ventre d’un baleine était la seule chose qui manquât au parcours de cet homme syncrétique. Comme je regrette de ne pas avoir un troisième oeil, afin de pouvoir filmer mon quotidien délirant. La juge s’est enfin décidée à ce fascinant épisode de « schizophrénie non-spécifique » juste avant qu’il ne devienne redondant. On voyait qu’elle avait du métier.
Au retour, j’étais d’excellente humeur. Je me suis débrouillé pour le faire parler, afin qu’il m’enseigne des choses. De fait, il m’a appris que mon chakra dominant était le 4e — celui du coeur — et bien sûr, avant qu’on ne sorte du taxi, nous étions tous d’éternels indigos qui s’ignoraient. Du reste, vous pouvez toujours consulter le schéma qu’il m’a aimablement gribouillé sur une page du Journal (ci-dessous). Mais, le plus étrange dans cette histoire, c’est qu’en rentrant vers M* — vous vous rappelez du Marseillais? Eh bien, il m’a tendu un papier avec son adresse, me disant que si je voulais en savoir plus, je n’avais qu’à lui écrire….
Quotidien délirant.

on comprendraient que notre « Terre d’Émeraude » est le lieu où les esprits ou âmes s’incarnent pour tenter d’acquérir le plus de maturité possible, leurs permettant ainsi d’avoir la possibilité d’opter pour une région plus édénique avec leur famille, lors d’une prochaine incarnation.
Ce qui signifie que, selon le bilan de vie d’un(e) esprit ou âme lors d’un passage incarné(e) ici-bas, le choix de la région et des conditions dans lesquelles on aura à se réincarner peut être plus ou moins varié, justement en fonction de cette évaluation. Alors, les esprits ou âmes qui se sont mérités(es) de subir les affres infernales de lieux comme les régions visées par cette Association Québécoise des Organismes de Coopération Internationale ou A. Q. O. C. I., ce sont des esprits ou âmes qui ont agi pour se mériter de tels passages incarnés(es) infernaux pour expier les fautes commises antérieurement.
Donc, dans ces lieux d’enfer, on retrouvent des esprits ou âmes qui ne peuvent se réincarner avec les membres de leur famille, parce qu’ils / elles ont commis(es) de Graves Erreurs dans l’utilisation de leur « Libre-Arbitre », lors d’un ou de plusieurs passage(s) incarné(e) antérieur(s). Comme nous nous incarnons ICI-BAS pour acquérir de la Maturité dans le « libre-choix » d’actions, de pensées ou d’omissions de passer à l’action alors, les gens qui ont à subir ces désagréments doivent vivre de telles « punitions », avant d’espérer pouvoir retrouver les leurs, dans des lieux plus édéniques.
D’ailleurs, c’est une des raisons pour laquelle ces régions infernales ont peu d’ordre dans leur tentatives de se sortir de la misère car, ce sont des esprits ou âmes qui, pour la plupart, n’ont aucun lien filial donc, aucun passé commun qui permettrait de mettre sur pieds une Organisation quelconque de leur activités, pour espérer Évoluer dans leurs conditions vitales…
Alors, si on comprenaient cette Vérité Rédemptrice des esprits ou âmes vivants de telles conditions misérables, on comprendraient que c’est involutif de la part de Pays bien Structurés comme les Nôtres, de chercher à allouer des montants d’argent toujours plus importants, d’une année à l’autre, quand il est assuré que ÇA ne sert qu’à retarder l’Épreuve d’Expiation que ces bougres ont à transcender pour pouvoir retrouver la possibilité de s’incarner dans un lieu édenique avec les autres membres de leur filiation.
Les explications précédentes doivent être comprises pour que Nous puissions cesser de gaspiller notre argent dans ces gouffres sans fond alors, qu’il y a tant à faire Chez-Nous pour sortir une bonne partie de notre population de la misère dans la quelle elle est « engluée ». Souvenons-Nous toujours que: « Charité bien ordonnée, doit toujours commencer par SOI-MÊME ! »
Merci de votre Attention & c’est si simple pourtant…!
Votre Ami, SAGE, lui,
MAURICE MONETTE
Biologiste #939
Spécialité Écologie
Grande Rivière
(En réponse à l’invitation de l’AQOCI à faire pression sur Ottawa pour l’augmentation de l’aide au développement, et publié sur le site internet du Devoir).
J’avoue! J’ai acheté et mangé du Cheez Whiz parce qu’il était en spécial. Je sais, c’est un acte de pur nazisme. C’est très très dégoûtant et dangereux. J’ai encouragé les crimes très sales et très graves des vulgaires terroristes de Kraft en laissant Kraft pénétrer chez moi. Je suis une lâche et je ne vaux pas mieux que ces monstres complètement pourris. Pardonne-moi André!
Mon propriétaire se laisse vachement désirer ces temps-ci. Le plafond de la salle de bains a coulé pendant plus d’un mois avant qu’il daigne enfin envoyer un plombier aussi édenté qu’allophone pour patcher les tuyaux. Bon, faut dire qu’il était parti deux semaines en Floride, mais moi, je pense qu’il était parti plutôt en Colombie, sûrement en train de traficoter une autre affaire louche.
Il dit toujours qu’il va venir demain ou dans deux jours, puis il vient gratter un petit peu le bobo pour faire semblant qu’il a commencé le travail. Là, au moins, c’est pas si pire, il est finalement venu boucher le trou béant qui exhalait des spores de moisissures dans toute la maison depuis une semaine.
Je stresse encore plus ces temps-ci parce qu’il a envoyé un avis de reprise de logement à V*, ma voisine d’en haut – une autre folle, on s’entend bien elle et moi – qui habite là depuis vingt-cinq ans. Il a essayé de la fourrer avec une histoire de dates fabriquée de toutes pièces qui légitimait son avis envoyé un mois en retard. Or, à force de me crêper le chignon avec V*, j’ai fini par lui signer un papier qui disait que S* n’était pas, comme il l’affirmait, hors du pays en février, puisque je l’avais vu avec son gros boyau pomper le reflux dans la cave de A*, mon voisin d’à côté – qui, en passant, est un gros geek qui sait même pas qu’il est gros et qui pense bien paraître sur sa photo d’employé du mois avec sa petite cravate pis sa chemise jaune banane.
En tous cas, je me souviens très bien de ce jour-là parce que j’étais lendemain de brosse et qu’en plus d’avoir un mal de tête terrible, j’avais une soif ardente et ça m’a foutu dans une colère épouvantable de m’apercevoir que cet enfant de chienne – mon propriétaire – avait coupé l’eau sans m’avertir. Alors quand je suis sortie pour aller au dépanneur et que j’ai glissé sur la patinoire qui s’étalait devant ma porte, je vous dis pas…
À un moment donné, j’étais rendue tellement exaspérée que quand L*, mon collègue, qui a son cours de pyrotechnicien, m’a offert à la blague d’aller faire exploser un char pour moi, j’ai vraiment cru que c’était une bonne idée. Après tout, mon propriétaire est italien et ça aurait pu facilement passer pour un de ces coups fumants qu’ils s’administrent périodiquement entre eux.
Parce que vous n’allez pas me faire croire que le feu dans la boulangerie l’an passé est parti du four. Je le sais, c’est à lui ce bloc-là aussi, c’est son numéro de téléphone sur la pancarte à louer, et je suis sûre qu’il n’y a pas que moi dans le quartier qui lui en veut. D’ailleurs, il est tellement sans scrupule que c’est probablement lui-même qui a foutu le feu pour empocher l’argent des assurrances. Quand j’ai vu son numéro de téléphone sur la pancarte, je me suis dit tout de suite que je devrais enfin en profiter pour aller me chercher quelques petits bulbes d’iris dans le carré de terre qui s’amenuise à côté depuis que le local est vide. Comme ça, j’aurais au moins soutiré à S* un petit quelque chose. Ben tabarnak, je sais pas comment il a fait pour savoir ça, alors que je reluque ces fleurs-là depuis des semaines, mais le même après-midi, il est venu tout jeter dans sa maudite poubelle verte qui traînait pleine de plâtre à côté de chez moi depuis deux semaines. Heureusement, il l’a laissée traîner là comme d’habitude et le soir venu, je suis allée rescaper deux trois iris parmi les clous et les tessons de bouteille.
Tout ça pour dire que j’ai trouvé une subpoena dans ma boîte aux lettres et que je dois aller témoigner pour V* à la régie du logement vendredi. D’ici là, j’espère que S* va venir finir la job dans la salle de bains parce qu’après, il va sûrement vouloir se venger en étirant la sauce jusqu’à la fin de l’été. Au moins, si je croyais en Dieu, je pourrais toujours me consoler en sachant qu’il finira dans le brasier, mais jusqu’à maintenant, tout ce que j’ai trouvé pour apaiser l’amok qui s’enflamme en moi, c’est d’aller placarder des affiches partout où il appose ses pancartes à louer:
« Boycott S*! Comment pouvez vous encourager S* alors qu’il utilise de sales mensonges à des fins criminelles? Faux rapports, fausses preuves! Des crimes très graves et très sales ont été commis par S* et vous, vous continuez à l’encourager en laissant S* pénétrer chez vous. Lâches! Pourquoi? Parce que vous n’êtes rien d’autre que de la marde de pourris. »
J’ai trouvé une jolie petite table pliante au chemin l’autre jour, toute belle, toute propre, en prenant une marche le jour des poubelles. Bien entendu, je l’ai ramassée, c’est presque une compulsion chez moi, et je l’ai installée dehors à côté de la porte d’entrée, juste sous la boîte aux lettres. Comme ça, je peux enfin poser mes sacs pour prendre mes clés et débarrer la porte à deux mains quand je reviens de l’épicerie. C’est que je dois toujours tirer la poignée en même temps que je tourne la clé, sinon ça bloque et je peux pas ouvrir la porte. Enfin.
Deux semaines plus tard, T* et moi, puisqu’il faisait encore un temps de cul, on est sortis pour aller louer un film. En revenant, on voit la folle de l’autre bout de la rue, celle qui a toute la cour devant son appart barricadée de clôtures broche à foin, celle qui a toute un traînée d’enfants à sa suite, celle qui a toutes sortes de plantes empilées dans des pots pis de statues de Jésus. Ben oui, là, celle qui a un poster géant de Madonna dans son hall d’entrée ! Bon, c’est ça, la folle de la rue. Elle marche à côté de son vélo en transportant une petite table pliante, et s’empresse de rentrer furtivement chez elle. « Heille, on dirait notre table ! » qu’on s’exclame en même temps.
Ben non, ça ne se peut pas ! Voler notre belle petite table pliante juste devant chez nous, comme ça, pendant qu’on est partis louer un film, c’est ridicule ! En s’approchant de chez nous, on constate que notre petite table est toujours là. Fiou !
Mais une fois arrivés, on s’aperçoit que ce n’est pas notre petite table pliante, toute belle, toute propre, trouvée dans les poubelles deux rues plus loin qui nous attend gentiment à côté de la porte, mais une table presque exactement pareille, sauf qu’elle est toute pourrie, craquée, dévernie, brinquebalante, avec le cerne d’un verre imprimé dessus.
Shit ! Pas la folle ! Elle peut pas nous faire ça ! On avait même commencé à se dire bonjour elle et moi, à se parler de notre jardin et tout ! Je croyais qu’il y avait une sorte de solidarité intrinsèque entres les folles du quartier, quand même ! Parce que, sérieusement, je ne m’en fais pas accroire ; je m’imagine très bien ce que les voisins disent de moi en cachette.
Vraiment perplexes, T* et moi, on décide tout de même de regarder la vérité en face et d’aller voir la madame pour lui demander what the fuck. Arrivés devant la baroque barricade, on écornifle, hésitants, à travers le portillon. Elle sort. Elle s’approche en nous regardant d’un air nerveux. Embarrassés, on lui explique la situation. Elle nous dit que non, elle n’est certainement pas venue chercher la table chez nous, vraiment ! elle ne ferait jamais ça ! non ! non ! elle était au chemin, la table, le monsieur venait de mourir, elle le connaissait, le monsieur, elle peut même nous montrer la table si on veut ! Elle nous montre la table. Semblable, mais pas la nôtre. Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ? On s’en va, tous penauds.
Je suis complètement humiliée de m’être fait avoir comme ça. Elle doit être fière de son coup, la vache ; elle a sûrement un collection de tables pliantes pas pourries au salon juste au cas où elle se ferait pogner à subtiliser les tables pas pourries des voisins par sa collection de tables pliantes pourries à la cave. Tout ce que je peux faire, maintenant, c’est de l’épier d’un air menaçant chaque fois que je passe devant chez elle pour la terroriser. Peut-être que je pourrais lui voler son petit Jésus en plâtre ?
(Vu au Mousse-Café sur Beaubien, écrit sur un papier bleu-poudre en tout petit – genre 7 pts )
Bonjour,
Je suis à la recherche d’une femme qui pourrait devenir ma conjointe, mon amante ou ma partenaire de vie… dans le désordre ! Je souhaite qu’elle soit pas trop petite ni trop grande, qu’elle aime les randonnées (mais seulement dans les montagnes blanches), le sauvetage en mer, les poignées d’amour, les hommes de grande taille et proportionnellement répartis, les sorties au resto et qui déteste le cinéma. J’espère trouver cette perle dans ce monde de fous qui a élu S.Harper et G.Bush… J’aimerais qu’elle ait fait la paix avec son passé (surtout si elle s’est fait violer (sic!!!)) et qu’elle aime les animaux domestiques inhabituels. Je joue du piano. Je marche beaucoup dans les montagnes blanches. Je recherche une femme qui correspond à tous ces critères ou bien…. un homme. Je voudrais qu’il soit ouvert d’esprit, qu’il sache se taire et parfois commander pour moi au restaurant. Il doit aimer ses poignées d’amour et être de très bel (sic) apparence (proportionnel, plus grand que 4 pieds et demi) . Je joue du piano et je donne des cours aussi.
Si tu es celui que je cherche, écris-moi au *******@****.***
Sent: Saturday, November 22, 2008 4:15 PM
Subject: Un Dante pour Cécile?(22nov08)
Au temps de Nelligan, la fête de Ste-Cécile du 22novembre était aussi la journée des artistes. Ce jour-là, en 1898, et pour l’amour de Françoise, l’artiste Nelligan avoua son homo-sexe verlainien (forcé) dans une poésie dantesque, «Rêve d’une nuit d’hôpital»,
que la critique censurante a cachotté avant «Nelligan&Françoise»(ch1,sec13). Gérard Bessette, traitant des «Amours d’élite» d’Émile Nelligan, comme dans «Rêve d’artiste», «Placet», «Châteaux en Espagne»,etc, en juge ainsi : »C’était…une gageure que de placer son point de départ dans une atmosphère aussi raréfiée…et il semble impossible de pousser l’immatérialité plus loin. »
»Nelligan réussit pourtant ce tour de force dans (section) «Petite Chapelle», où c’est dans le ciel même qu’il s’installe… On ne saurait imaginer semblable audace, qui paraît pourtant chez lui toute naturelle.
Nous étions là deux enfants blêmes
Devant les grands autels à franges
O`Sainte Marie et les anges
Riaient parmi les chrysanthèmes.
»Disons-le en passant: aucun poète français n’a rien produit de semblable. Le «Dialogue mystique» de Verlaine est terre à terre en comparaison de cela. C’est à Saint Jean de la Croix et à la Divine Comédie qu’il faut recourir pour trouver une tournure semblable. Plein de spleen nostalgique et de rêves étranges
Un soir je m’en allai chez la Sainte adorée Où se donnait, dans la salle de l’Empyrée, Pour la fête du ciel, le récital des anges » («Images»,1960,p.222;j’ai soul.). »En souhaite-t-on même de (figures) célestes qui peuvent rappeler Villon et les préraphaéliques anglais? La belle Sainte (Cécile) au fond des cieuxMène l’orchestre archangélique
Dans la lointaine basilique
Dont la splendeur hante mes yeux » (ibid,p.259).
PaulWyczynski, qui a jamais cité ces louanges, et les a jamais contredites non plus. Ben, Edmund Wilson, le grand critique américain de New-York qui dit pareil: »Émile Nelligan. This poet is at once the Rimbaud and the Gérard de Nerval of French Canada, and he seems to me the only really first-rate Canadian poet, French or English, that I have read… He was the star of an École Littéraire in his native Montreal. He read all the then modern poets…But he developped his own rich imagery and his own perfection of form… He has nothing of the dilution and tepidity which were…in the United States… All his poems are full of point and close packed… A virtuosity of meter, rhyme and assonance, a peculiar intensity and strength, make something that is Nelligan’own out of even the Verlainean pathos or the metallic Heredian sonnet »(«O Canada»,1964,p.97s).
PaulWyczynski a cité seulement la 2e ligne de EdmundWilson (Biog,p.458).
Dante est super-admiré, vénéré, étudié, analysé, en Italie depuis 800 ans, et reconnu comme le père de la langue nationale comme de la littérature italienne. Pourtant, et les Italiens le savent, Dante a pas toujours été un ben bon garçon; il a eu une jeunesse-adultesse tumultueuse et il a fourré des papes en Enfer.
Nelligan en a jamais fait autant, mais il a été fourré en Asile par les papes, et son Oeuvre croupit dans les Cachettes d’la Censure depuis 100 ans, comme celles de plusieurs de ses contemporains censurés à cause de lui. »Pays sans littérature », a dit Lard Dur-ham. On comprend pas pourquoi ça dure.
D’aucuns sont aujouyrd’hui grands admirateurs de l’Italie moderne, donc celle de Berlusconi? et ils chiâlent contre notre Québec actuel, même chez les Italiensqui pourtant admireraient notre Nelligan si on leur faisait connaître sa poésie dantesque.
Je comprends nos intellos à la mode d’aujourd’hui qui voyagent pas mal et qui admirent les pays étrangers davantage que le leur.
Pourtant, comme la terre est ronde et qu’on finit toujours par revenir, moi je penche plutôt du côté de DuBellay:
Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison
Et puis est retourné plein d’usage et raison
Vivre entre ses parents le reste de son âge.
Le 22 novembre à Cécile a été l’occasion d’une évaluation de l’audace poétique d’Émile Nelligan. Cécile, fille romaine et martyre aussi, que Nelligan a célébrée dantesquement, devrait s’en rappeler.
phl.
Cette fille préfère les rats à Jesus:
Théo-limites : Chroniques de théologie contextuelles post-punk
Personnellement, je préfère finir quatrième en luge aux jeux du commonwealth que de me faire dire : je t’aime en deuxième, tout juste derrière tous les rats de la terre. Mais je crois savoir Jésus assez magnanime…
Damned, la catégorie qui traitait de bestioles et autres vermines a disparu. C’est le N.-A. et le N.-D. qui la remplace, c’est ca ?
PA-01300, en notre Tibet québécois (03 mai 2008)
La PA-01300 = du harcèlement illégal. (Gatineau, 3 mai 2008)
Selon ma tâche habituelle de Prof retraité de littérature du Québec à l’Université d’Ottawa, j’ai publié en 2004 un livre, «Nelligan&Françoise», que la Censure d’ici a mis pratiquement à l’Index québécois, et qui révélait le Secret entourant le Prince des Poètes de Montréal, Émile Nelligan, que Mgr Bruchési de Montréal a fait interner à l’asile en 1899 et pendant 42 ans.
Le harcèlement de la Censure est encore constant aujourd’hui, malgré l’illégalité de la manœuvre depuis 2004 aussi, et c’est un ‘abus de pouvoir’, dénoncé dans le mallel du 4 avril dernier. Et malgré les promesses publiques du Cardinal Ouellet, faites le 21 novembre 2007. Mais les apparatchicks staliniens de la Censure s’en sacrent. Des appels muets+menaçants, j’en ai reçu 25 en 4 ans. C’est qu’on vit encore dans un Tibet québécois.
En passe de déménager, donc de vendre ma maison et d’en acheter un autre, dimanche dernier la pancarte de «Visite Libre» chez moi, posée au coin de la rue St-Louis, a été volée, et d’autre part, la Promesse d’Achat PA-01300 a été déposée contre mon offre sur une autre maison, par ce qu’on appelle un 72 heures, en langue de courtage. Et le délai finit à 11h50 avant ce midi-ci.
Mais 2 appels muets et menaçants, au téléphone, m’ont été faits, avant-hier et hier, qui mettent drôlement la puce à l’oreille :
Groupe Somitel, 1-418-694-9062, le 1 mai, à 19h46;
Groupe Somitel, 1-418-694-9062, le 2 mai, à 19h35.
Par ces appels on veut intimider-harceler? Et par le précis -418-, on veut que je sache la source+raison exacte des appels, soit Québec, où loge le bureau de la Censure anti-Nelligan ? Et par 2 fois on met ça sous nos yeux, pour que je sache bien aussi que la raison de la manoeuvre du 72 heures est pas locale ? Comme les nouveaux acheteurs qui viendraient aussi de Québec?
Cette mention explicite du -418- de Québec est une vraie gaffe, qui pointe leurs auteurs, merci, et que l’ancien Grand Censeur du Poète, Paul Wyczynski, biographe ‘officiel’ de Nelligan, décédé le 2 mars dernier, aurait jamais faite. Ses successeurs malhabiles ont pas son génie, et ça paraît.
Il faut ajouter que l’agent immobilier de Ré-Max, qui sert malgré lui d’intermédiaire, a toujours agi correctement en cette affaire. De même que les proprios de la maison en cause, à qui on a dû faire un rapport calomniateur contre moi, comme d’habitude les sbires de la Censure font
Or, la Censure en Littérature a pus sa place au Québec, selon notre Concile du Vatican-2 (1965), qui est aussi celui de ces messieurs. Et on est pas en Russie, par ici.
Je ne signerai donc pas la ‘décision’ attendue d’ordinaire à la fin d’un 72.
Je prends plutôt le parti de signaler publiquement le harcèlement psycho-logique qui accompagne cette affaire, la rend aussi illégale et invalide au Québec.
Signé à Gatineau, en ce 3 mai 2008, à 11h45 a.m.
Pierre H. Lemieux
(suite…)
Anyone remembers the Angry woman on Bernard street that would spew her hatred for men and patriarchy by yelling at strangers ? Man she was loud. Yelling « BLOODSUCKING VAMPIRES » was pretty much her typical opener as strolled in the café with comtempt in her eyes as fierce as her longing for cafeine.
I remember how funny it was to see the difference between patrons startled by her loud, loud i’m-crazy-out-of-my-mind feminist rants; and regulars from the café who would just continue reading their paper as if that woman going berserk ValeriFabrikant-style was just a normal daily happening. It actually was.
The secret was not to make eye-contact and let the guys from the café deal with her. She was nicer to them. She knew if she started going into a fit before she got her coffee; they would not let her have it. I guess paranoid delusions are like cigarettes: they taste better with coffee.
Anyway’s, I’m pretty sure I saw her on St-Laurent this week. She was’nt yelling. Staring at her, realizing who she was, I braced instinctively for the flow of insults that I knew would surely come my way as we’d make eye-contact.
No thousands of years of male oppression were put on my shoulders that morning.Nor was I referred to as a bloodsucking vampire.
I believe she actually smiled back at me.
Y a des moments comme ça… On sait pas trop pourquoi…
Tu es là, je te « voix » mais tu ne m’entend pas.
L’œil invisible qui guette le chasseur… La proie qui glisse entre les tes doigts…

Ne te fait pas douleur, reste avec moi j’ai froid.