Je vous ai déjà parlé des étoiles de Babel, mon projet de combinaisons de matrices en linogravure. Si je suis à Toronto en ce moment, c’est que je suis invitée comme artiste en résidence ici à Open Studio pour réaliser ce projet au moyen d’une presse Vandercook. Aujourd’hui récupérée par les artistes, cette presse typographique était jadis utilisée de façon industrielle pour l’impression des livres. Les typographes y assemblaient un à un les caractères typographiques de plomb pour composer chacune des pages des livres qui allaient ensuite être imprimés, colligés, reliés, puis distribués de par le monde. L’avantage de la presse Vandercook, contrairement à la plupart des presses manuelles que l’on retrouve de nos jours dans les ateliers d’estampe, c’est que son fonctionnement est partiellement mécanisé.
Pour imprimer manuellement, un rouleau est passé plusieurs fois sur une surface plane afin d’y répartir l’encre uniformément et en quantité appropriée. On encre ensuite les matrices en passant le rouleau pour y transférer l’encre. Puis on place la matrice sur la presse et on y positionne le papier au bon endroit à l’aide de marques de repérage. Ce processus est répété consciencieusement pour chaque épreuve de l’édition.
L’avantage de la presse Vandercook, c’est que l’encrage se fait presque automatiquement grâce à une cascade de rouleaux intégrés à même la presse et activés électriquement. Il suffit d’ajouter un peu d’encre sur les rouleaux à chaque dizaine d’épreuves, environ, ce qui à l’époque, permettait une productivité absolument révolutionnaire. Un dispositif permet également de positionner le papier et les matrices de façon très précise et uniforme pour chaque épreuve, réduisant ainsi les erreurs qui pourraient compromettre la production.
C’est donc grâce à cette machine fabuleuse mais aujourd’hui reléguée au rang d’équipement artisanal que j’imprimerai toutes les combinaisons possibles et imaginables de mes 25 matrices gravées, avec les trois couleurs primaires superposées dans l’ordre suivant : jaune, magenta et cyan.
Je n’ai pas le choix de m’ériger un tel système pour générer les combinaisons. Aussi électrique qu’elle soit, ce n’est pas la presse qui prendra les décisions à ma place pour savoir si telle image se superposera à telle autre; cette production ne peut se faire dans le chaos.
Le hic, c’est qu’avant de venir ici, j’ai omis de calculer l’étendue des possibilités de combinaisons selon le système sus-mentionné : le nombre s’élève à 15 625. Avec un rouleau du papier que j’utilise (19,15$ avec les taxes), je peux me couper en moyenne 250 feuilles. Ça veut dire que j’aurais besoin de 62 rouleaux et demi de papier pour mener à bien ce projet, ce qui me coûterait au bas mot 1206,45$ en papier seulement pour réaliser mon projet. Et puis ça fait trois jours que je coupe du papier; je suis tout juste rendue à 1 250 feuilles.
Alors je me dis que je devrais peut-être éliminer certaines combinaisons. Celles où la même matrice revient plus d’une fois, par exemple. Mais encore là, le nombre de combinaisons est réduit seulement à 12 167, ce qui se traduit par une facture de 932$ en papier. C’est encore beaucoup trop pour mon petit portefeuille d’artiste.
Je commence à me questionner sur l’intérêt de mon projet. Est-ce que la qualité passe par la quantité? Est-ce que la valeur de l’idée se mesure à sa concrétisation? Je me demande s’il est important de savoir si j’ai, oui ou non, imprimé toutes les combinaisons possibles de matrices? Si je ne les imprime pas toutes, est-ce que ce projet restera intéressant? Cette expérience commence à prendre l’allure d’un projet de recherche pour la chaire d’études André Serouille. Pour exposer l’ensemble des combinaisons possibles, il me faudrait le musée d’art contemporain au complet. Impossible pour l’instant. Si je présente le projet dans un lieu de diffusion plus modeste, je n’aurai donc pas d’autre choix que d’en présenter une fraction seulement. Dans ce cas, il serait inutile d’imprimer toutes ces épreuves supplémentaires pour rien. Devrais-je faire semblant, tout de même, de l’avoir fait, ou devrais-je prétendre que la poursuite elle-même d’un but presque impossible à atteindre est une fin en soi, une sorte d’affirmation de l’absurdité de la condition humaine?
Ces problématiques m’amènent à réfléchir au Front d’action stupide et de son absence quasi-totale d’action. La préparation au voyage vers Mars, par exemple, ne prendrait-elle pas tout son sens que si l’on se préparait à y aller vraiment?
Travaillant encore sur mon palimpseste de cartographie subjective, je dois aller vérifier sur Google Maps l’endroit exact où je suis allée l’autre soir, pour pouvoir l’ajouter à mon territoire qui s’étend petit à petit. Aaaaargh ! Les espions de Google ont entendu ma complainte. Plutôt que de se laisser accuser d’obscurantisme, ils sont aussitôt passés à l’acte. Voyez par vous-mêmes : ils ont réintroduit sur leurs cartes les sentiers qui sillonnent les parcs ! Et les lacs aussi : le Lac aux castors, les étangs du parc Lafontaine, celui du parc Jarry, ils sont tous là ! Même le stade Olympique est revenu ! Ils ont même dessiné les contours de tous les édifices qui forment cette ville.
D’un côté, je me dis yes ! Je vais enfin pouvoir intégrer à mon projet les ruelles de Montréal qui me sont si chères. Je n’avais jamais pu le faire jusqu’ici à cause de la distorsion de l’espace-temps qui s’opère lorsque quand je pénètre dans ces lieux semi-publics, semi-privés, qui me fait oublier instantanément ma position dans l’univers et qui m’empêche de retrouver, par exemple, un objet fascinant déniché près d’une poubelle mais que j’aurais décidé de revenir chercher plus tard, après mon petit tour au marché.
D’un autre côté, j’angoisse grave : comment vais-je-faire pour tenir le rythme ? Ils sont probablement des milliers à travailler sans répit, comme des fourmis dans une fourmilière, alors que moi, je suis toute seule dans mon atelier. Même si j’avais la moindre chance d’y arriver, pourquoi diable continuerais-je, alors qu’il y a toute une trâlée de monde qui fait le travail à ma place ? Sans compter qu’eux, ils sont payés pour…
L’autre jour, en furetant sur mon blogue préféré – après les Annales du FAS, bien sûr – je suis tombée sur un charmant petit article portant sur les sentiers battus en ville par le passage répété des humains. J’ai été tout de suite interpellée, étant moi-même fascinée depuis longtemps par ce phénomène qui incarne si bien la silencieuse révolte quotidienne des citoyens ordinaires contre un pouvoir municipal qui se borne obstinément à leur bloquer le passage.
Petite parenthèse : dans mon quartier, une affirmation beaucoup plus manifeste de ce droit de passage se fait sentir : les trous dans les clôtures. Avec le CN, c’est devenu depuis quelque temps une véritable saga. Chaque fois que le CN referme les trous, un petit malin s’amuse quelques semaines plus tard à ouvrir de nouveaux passages pour permettre aux bonnes gens de traverser la voie ferrée. Le CN en devient aussi psychotique qu’André Serouille : au lieu de rapiécer avec des morceaux de clôture normale, ils referment dorénavant les trous en entremêlant sur place un fouillis absolument chaotique de tiges, de tubes et de grillages de métal, comme pour faire comprendre aux gens : « Attention! Un fou dangereux a soudé cette clôture. Imaginez ce qu’il pourrait vous faire si vous essayez de traverser. »
Pour en revenir aux sentiers battus, il se trouve que ce phénomène porte un nom : desire path est le terme utilisé pour la première fois par Gaston Bachelard en 1958 dans son livre La poétique de l’espace, pour nommer un sentier tracé naturellement par l’érosion due au passage des humains ou des animaux, et qui représente habituellement le chemin le plus court ou le plus facile pour se rendre d’un point A à un point B.
Étrange, puisque Georges Bachelard est français, que je n’arrive à trouver nulle part sur Internet le terme français pour desire path. J’ai cherché en vain sentier du désir, puis chemin du désir, mais tout ce que j’ai trouvé, ce sont des références à des sites sur la spiritualité, l’ésotéristme ou la thérapie sexuelle, et pire encore, des poèmes d’amour publiés sur des pages personnelles.
En anglais, on dit aussi desire line ou social trail. Bien que dans une ébauche concernant l’architecture et l’urbanisme, Wikipédia propose comme traduction le terme ligne de désir, le terme me semble assez pauvre par rapport à desire path, et connote encore trop à mon goût la sexualité – ça me fait penser à la ligne de poils qui relie chez certaines personnes le nombril au pubis.
Depuis, j’ai essayé trois fois d’emprunter La poétique de l’espace à la grande bibliothèque. Chaque fois, plus un seul exemplaire n’était disponible. C’est là que j’ai réalisé pour la première fois l’effet « battement d’ailes du papillon » de la blogosphère.
Finalement, je crois que je vais simplement me résoudre à faire ma petite recherche sur Gaston Bachelard sur Wikipédia et citer son travail dans mes prochains textes de démarche artistique sans jamais avoir lu un seul de ses livres.

(http://twitter.com/DeepakChopra)
« Had a powerful meditation just now — caused an earthquake in Southern California, »
« Sorry about that. »
Malheureusement je n’ai pas les 5 U$ requis pour pousser ma recherche préliminaire plus loin que cet article. Certains sujets à la Cd’ÉASFofS* demandent plus de financement que d’autres faut-il croire.
http://yvettesbridalformal.com/index.htm
Un lien volé sans scrupules sur Lève ta jupe.
Je crois que ce dude était du genre à trouver que vingt-quatre heures dans une journée, c’est pas assez pour virer complètement barge. Il a donc élaboré la théorie du timecube, une sorte de quadrature du cercle qui revient à dire que 4 journées se déroulent simultanément sur la terre. Aussi, l’interface du site rappelle le premier site des annales du FAS, sauf que c’est composé d’une seule et interminable entrée. Bravo.
Je sais, c’est un projet de fou, borgésien même, mais j’ai entrepris de reconstituer une cartographie subjective de mon territoire. Pas à l’échelle 1 : 1, comme en rêve Borges – c’est irréaliste, quand même, je délire, mais je délire égal – mais disons à l’échelle 1,3 cm : 200 m. Ben pas disons, en fait, c’est vraiment ça et c’est assez in comme zoom pour moi.
Comment je fais ? Au début – ce projet à commencé il y a plusieurs années, quand j’étais encore à l’université – je traînais partout avec moi un petit carnet quadrillé dans lequel je traçais mes allées et venues. J’en ai même tiré un livre, sérigraphié à la main et édité en 3 exemplaires – vous pouvez d’ailleurs consulter l’exemplaire 3/3 au centre de conservation de la BAnQ, sur la rue Holt. Dans ce temps là, j’étais jeune, semi-nomade, et j’avais encore du temps à perdre alors je pouvais bien jouer les grandes exploratrices dans les rues de Montréal à dessiner mes cartes distordues de la ville.
J’avais mis en exergue, au début de mon livre, une citation de Paul Auster dans Trilogie New-Yorkaise : « […] il coucha aussi sur le papier avec un soin méticuleux l’itinéraire exact des errances de Stillman, marquant toute rue suivie, tout changement de direction, toute pause effectuée. Et, en plus d’occuper Quinn, le cahier rouge lui fit aussi ralentir le pas. » Je pensais que ça aiderait à comprendre le projet. Moi, mon cahier, il était pas rouge, il était recouvert de Duct tape gris avec un gros X au Sharpie écrit dessus. C’est vrai que j’étais pas mal punk dans le temps. Mais la couverture du livre que j’en ai fait par la suite était en toile beige avec le titre imprimé en rouge, Itinéraires – vous l’auriez deviné, j’en suis sûre.
J’aurais pu aussi vous expliquer mes motivations comme suit, avec une citation du Diable par la queue (c’est encore Paul Auster) : « Dublin n’est pas une très grande ville, et il ne fallut pas longtemps pour m’y retrouver. Il y avait un côté obsessionnel aux promenades que j’y faisais, un insatiable besoin d’errer, de dériver tel un fantôme au milieu d’inconnus, et au bout de deux semaines, les rues étaient devenues pour moi quelque chose de tout à fait personnel, une carte de mon territoire intérieur. » On dirait que c’est plus facile de me faire comprendre avec les mots d’un autre qu’avec les miens.
Mais je diverge. Je vous racontais tout ça pour vous dire que maintenant que je suis sédentaire avec une job steady, je n’ai plus que ça à faire, déambuler dans les rues. De toutes façons, dans le temps, Google Maps n’existait même pas, ou à peine, alors qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? Google Maps n’était qu’une ébauche, un embryon de plan. C’est vrai, pensez-y, j’ai vérifié mes sources : le service a été lancé au Canada en 2004 seulement. C’était ma dernière année de bac.
C’est fou, quand on y pense, la vitesse à laquelle on s’y est habitué. Quand je suis partie en voyage la première fois, en 2000, c’est tout juste si j’avais un e-mail – le mot courriel n’existait pas encore. Me parachuter dans une ville inconnue, sans même une carte pour m’orienter, ce n’était pourtant pas si traumatisant que ça. Me cacher sous un pont, tomber, et être presque engloutie dans le Tibre pollué, en plein coeur de Rome ; dormir sur une plage au centre-ville de Barcelone sans savoir qu’au matin je serais presque écrasée par une marée de pieds ; essayer de fuir les hordes de chiens errants dans les rues de Pompéi sans vraiment distinguer la vraie ville des ruines, me faire haranguer par un cocaïnomane New-Yorkais lançant des billets de 1000 lires à la ronde, me faire tirer d’embarras par un obsédé bisexuel, tout ça, c’était l’aventure, quoi ! Pourtant j’ai réussi à rentrer chez moi.
Mais je divague encore. Où je voulais en venir, c’est que maintenant, je ne peux plus me risquer en territoire inconnu sans vérifier scrupuleusement au préalable mon chemin sur Google maps. J’ai trop peur de me perdre. Et encore, je me retiens d’avoir un GPS. C’est pour dire comment notre sens de l’orientation est en train de s’atrophier, nous les humains. Mais c’est comme ça, alors mon projet d’itinéraires s’est transformé en projet de cartographie subjective et mes dessins, je les trace à partir de Google Maps. D’ailleurs, cette expression, je l’ai piquée à Amygdale et je m’en sers sans le moindre acquit de conscience dans tous mes textes de démarche artistique.
Quand je vais à l’atelier, je vais sur Google Maps voir les lieux que je connais. J’imprime, toujours à la même échelle, les fragments de cartes qui m’intéressent, puis je les découpe et je les assemble avec du papier collant. Après ça, je mets un papier transparent par-dessus, un Mylar, un Géofilm, whatever, c’est deux noms différents mais c’est le même papier, et je trace les rues que je connais. Après ça, je me sers de ce dessin pour imprimer une sérigraphie.
Je sais, c’est absurde, mais il faut bien trouver un sens à la vie. Alors je me prends pour Sisyphe et je fais ça en faisant semblant que c’est une bonne idée. Ça me fait plaisir de penser qu’un jour ce projet prenda la forme d’une immense toile d’araignée, très serrée au centre, pleine de croisements et de noeuds, puis s’élargissant vers les extrémités, couvrant des murs et des murs, avec d’immenses zones blanches parfois traversées d’une mince et interminable ligne, une autoroute.
Mais vous savez, un territoire, c’est changeant alors c’est toujours à recommencer. Un petit détour, par ici, un déménagement par là… C’est pour ça que récemment, j’ai dû repatcher des morceaux de ma cartographie subjective parce que par endroits, elle était toute noircie et chiffonnée. Alors je suis allée chercher des nouveaux morceaux sur Google Maps, et c’est là que je me suis rendue compte, en essayant de les assembler, que vraiment, quelque chose n’allait pas.
Avant, toutes les rues étaient de la même largeur. Maintenant, ils les ont ajustées un peu mieux à la réalité. C’est pour ça que le boulevard Décarie a conservé la même largeur mais que le petit tronçon de rue minus qui se transforme en chemin de gravelle en allant de chez nous vers les tracks, à côté de la vraie cour à bois, lui, s’est considérablement aminci. Alors ma carte, elle est pas raccord.
Mais c’est pas ça le pire : moi, j’avais déjà dessiné le Mont-Royal, avec les sentiers pis toutte, parce que je les connais bien. J’y ai quand même déjà passé plusieurs fins de semaines à construire des nids dans les arbres – mais ça, c’est une autre histoire. Mais là, les sentiers du Mont-Royal, sur Google Maps, ils n’ont pas juste rapetissé, ils ont disparu. Et ce n’est pas tout.
Au parc Lafontaine, le lac, disparu aussi ! Et le chemin qui traverse d’est en ouest le parc Laurier, disparu ! En n’allez pas penser que je n’ai pas zoomé in pour vérifier comme il faut. Au parc Jarry, même constat : plus de lac, plus de sentier, rien ! Au parc Maisonneuve, plus de sentier non plus, rien, rien rien ! Juste des grand aplats vert pâle.
Alors je me dis que c’est peut-être un complot des lobbies de l’automobile pour empêcher les gens d’aller se promener tranquilles. Moi, je le sais qu’il y a des sentiers dans les parcs, parce que je les ai dessinés. Je m’en souviens. J’ai une trace. Mais les autres… à la vitesse qu’ils oublient, comme ils ont oublié qu’il y avait une vie avant l’Internet, comme ils ont oublié qu’il y a à peine sept-huit ans, il fallait déployer une carte en papier pour s’orienter, comprenez-vous, en papier, est-ce qu’il vont se souvenir qu’il y a dèjà eu des sentiers dans les parcs de Montréal ? Et la Ville, eux, ils vont s’en souvenir, d’aller tondre le gazon et couper les branches ? Je ne pense pas. La végétation va gagner doucement du terrain et bientôt, elle va tout envahir, et les sentiers vont réellement disparaître.
Ça deviendra une vraie jungle ; peu à peu, les animaux sauvages viendront s’y installer. On ne pourra plus pénétrer dans les parcs qu’armé. Il faudra une machette pour faire son chemin. Et il ne restera plus de place dans cette ville que pour les automobiles.
Le site web le plus insolite depuis Barbe douce.
http://science-univers.qc.ca/sexualite/54-pedophilie.html
La page d’accueil
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C’était la meilleure de 2009. Elle s’est fait attendre longtemps. Jusqu’au 31 décembre 2009, en vrai. Contrairement à mon habitude, je suis arrivé le premier, à temps pour les hors-d’oeuvre. T*, arrivé en deuxième, était visiblement surpris/content de me voir, et en a profité pour faire une entrée tout en interjection, me lançant enthousiasmé et le plus naturellement du monde : – Ça fait un LAMPADAIRE que je ne t’ai pas vu!
Moi: (!?)
Lui: (…), euh, un lustre… ça fait un lustre!
Tous (à l’unisson) : ÇA FAIT DES LUSTRES !
***
Quelqu’un m’a d’ailleurs fait remarquer qu’un lampadaire est beaucoup plus long qu’un lustre. Depuis, je ne dors plus.
En sortant prendre l’air, entre deux victoires, à Expozine, j’ai croisé un couple avec leur enfant. Le môme, visiblement fasciné par l’apprentissage de la temporalité, leur demandait sans cesse, dans un anglais aussi suraigü qu’insupportable, si on était l’après-midi. (suite…)
Je n’ai jamais eu d’idée révolutionnaire. Je n’ai jamais écrit, ni publié sur les Annales du FAS un article pour la Chaire d’études André Serouille. Je n’ai jamais révisé, ni assemblé dans la cave d’Amygdale les 80 pages du 10e Fascicule du FAS. Je n’ai jamais acheté, ni vendu de produit dérivé du FAS. Je n’ai jamais passé quatorze heures dans un sous-sol d’église ni rencontré de sympathisants du FAS. Je n’ai jamais été coincée derrière une table minuscule avec d’autres activistes du FAS. Encourager le FAS et Expozine, c’est criminel et dangereux.
À cheval sur ma bécane, je roule à toute allure, en pleine heure de pointe, rue St-Denis. Mes roues lancent des flammèches. J’ai ce qui me reste de cheveux dans le vent. Je roule si vite que le ciel devient rouge feu. Un homme qui vient de traverser la rue, sans se soucier des voitures qui manquent de le transformer en morceau de viande, arrive sur moi. Je me tourne vers lui, sans m’arrêter, et mes yeux tombent droit dans les siens. Un large sourire illumine sa barbe abondante. « J’ai vu le diable », qu’il me dit. Je retourne la tête devant moi, juste à temps pour éviter un autre cycliste stationné un peu plus loin, puis je poursuis ma route sans regarder en arrière. Et je me demande maintenant : «Est-ce moi le diable en question ? N’ai-je fait qu’apprivoiser momentanément la bête qui sommeille en moi ?» J’ai l’impression de vivre dans un univers à la croisée des fictions de P* et de D*, et peut-être même de celles de B*. Pas mal délirant, en tout cas.
Cat’s back on the track, but I let him out of the shack, and now meow it doesnt want to come back… Im having a heart attack… When I get him ill tear his little body apart…
Ça, c’est l’intégrale du courriel le plus étrange qui ne m’ait jamais été envoyé. Je pense que c’est une version féline de Back in Black. Mention spéciale à Lou pour le courriel des côtes cassées, qui vient en deuxième. Damned, trois de plusse et ça fait un top 5.
De la bouche d’un bonhomme qui visiblement, n’avait pas l’air d’un grand buveur d’eau:
-Heille! Faut pas dire : je ne boirai jamais de ton eau!
Je me suis retenu de lui préciser la formulation exacte du proverbe ; je crois qu’il parlait carrément de la fontaine.
Le quotidien délirant est souvent trop fugace. Les événements que relate cette chronique sont déjà pâlis dans ma mémoire, cette traîtresse.
Aujourd’hui, j’ai dû me rendre à L* afin d’escorter un patient de l’hôpital C.-l.-M. à la court municipale. Une opération de routine, m’a dit le répartiteur au téléphone. Comme il ne m’en a pas dit davantage, j’ai fais d’imposants préparatifs, emportant un livre, une bd, un lunch, mon baladeur, un appareil photo et un carnet de notes. On ne sait jamais, surtout quand on sait que dalle.
Je me suis ensuite rendu à l’hôpital de L*. Aucun plan ne résiste à la première minute d’une bataille, a dit l’un. D’abord, on me demande de laisser toutes mes affaires au bureau, puis on me file une radio et des instructions. Nous sommes, un vieux Marseillais et moi, l’unité 161. Nous allons nous déplacer en taxi avec le patient. Nous devons rapporter chaque départ et chaque arrivée, en plus des éventuels incidents de parcours. Ne reste plus qu’à faire connaissance.
On se rend à l’aile psychiatrique. Attente. On discute de mesures de sécurité. L’individu est « à risque », c’est-à-dire qu’il peut tenter de s’évader ou devenir agressif. Je signifie clairement à l’officier que, si le patient s’énerve un peu trop, ce n’est pas moi qui va risquer mes montures. Ce dernier arrive enfin, vêtu de son habit du dimanche : complet-veston rayé, chemise jaune serin et noeud-papillon. Un haïtien dans la cinquantaine. Je repère immédiatement une araignée au plafond dans ses manières un peu trop solennelles. Il insiste pour que nous lui passions les menottes. L’officier l’informe que, malheureusement, nous ne pouvons satisfaire à sa requête, car ici, « nous prônons la communication ». Mais je n’ai pas vraiment envie de jaser, alors je prends « toutes les précautions nécessaires », c’est-à-dire que je joue l’agent carcéral d’opérette.
On prend un taxi. Chauffeur haïtien. Ils commencent à discuter en Créole, et je perds rapidement le fil de la conversation, à l’exception de quelques bribes en référence à « Jésus-Christ » et au « Zen ». M* (c’est le patient), répète sans cesse qu’il est un descendant du roi Salomon et qu’il est un El Shaddaï. Il est question d’une couleur aussi, une variété de bleu — était-ce turquoise? cobalt? — j’ai oublié. Durant l’échange, le chauffeur s’enflamme et lâche le volant : je dois le ramener à l’ordre.
Nous parvenons au palais de justice. J’accompagne le patient jusqu’au bureau d’une avocate, qui souhaite avoir un entretient avec lui et son fils, déjà présent. L’attente n’est pas trop longue. Je n’ai pas le temps d’aller à la salle de bains qu’à mon retour, tout le monde s’est engouffré dans la salle d’audience. Je m’assieds à la droite du fils.
M* a choisi de se défendre sans avocat. Sans même laisser le temps à la juge de nous mettre en contexte, il se lance dans un soliloque d’une vingtaine de minutes sans discontinuer, où il est question d’Haïti, de chakras, d’indigo (la voilà la couleur!), de Zen, de El Shaddaï et de vol de voiture. Son histoire est un embrouillamini absolument inextricable, mais comme il est beau de voir la juge écouter d’un air absolument impassible ses tirades sur la science infuse et ses dictons populaires devisant des conséquences d’embrasser les parties génitales d’un nègre.
Oh! Comme je me bidonne intérieurement, et je l’avoue, je suis incapable de réprimer un fou rire, même en présence du fils, qui me tance d’un regard haineux. Mais, votre honneur, c’est trop fort: « si votre honneur, considérant mon union transcendante à la dynastie du roi Salomon par la loge maçonnique de Port-au-Prince (pas ici, ici nous sommes racistes, alors que là-bas, tout le monde est indigo), veut bien s’apercevoir que je suis un El Shaddaï et m’embrasser la glande pinéale, alors je suis prêts à oublier cette histoire de vol de bagnole. »
Non, ce n’est pas tout à fait ça, ce n’était même pas du tout comme ça. C’était beaucoup plus long et tortueux : séjourner dans le ventre d’un baleine était la seule chose qui manquât au parcours de cet homme syncrétique. Comme je regrette de ne pas avoir un troisième oeil, afin de pouvoir filmer mon quotidien délirant. La juge s’est enfin décidée à ce fascinant épisode de « schizophrénie non-spécifique » juste avant qu’il ne devienne redondant. On voyait qu’elle avait du métier.
Au retour, j’étais d’excellente humeur. Je me suis débrouillé pour le faire parler, afin qu’il m’enseigne des choses. De fait, il m’a appris que mon chakra dominant était le 4e — celui du coeur — et bien sûr, avant qu’on ne sorte du taxi, nous étions tous d’éternels indigos qui s’ignoraient. Du reste, vous pouvez toujours consulter le schéma qu’il m’a aimablement gribouillé sur une page du Journal (ci-dessous). Mais, le plus étrange dans cette histoire, c’est qu’en rentrant vers M* — vous vous rappelez du Marseillais? Eh bien, il m’a tendu un papier avec son adresse, me disant que si je voulais en savoir plus, je n’avais qu’à lui écrire….
Quotidien délirant.

on comprendraient que notre « Terre d’Émeraude » est le lieu où les esprits ou âmes s’incarnent pour tenter d’acquérir le plus de maturité possible, leurs permettant ainsi d’avoir la possibilité d’opter pour une région plus édénique avec leur famille, lors d’une prochaine incarnation.
Ce qui signifie que, selon le bilan de vie d’un(e) esprit ou âme lors d’un passage incarné(e) ici-bas, le choix de la région et des conditions dans lesquelles on aura à se réincarner peut être plus ou moins varié, justement en fonction de cette évaluation. Alors, les esprits ou âmes qui se sont mérités(es) de subir les affres infernales de lieux comme les régions visées par cette Association Québécoise des Organismes de Coopération Internationale ou A. Q. O. C. I., ce sont des esprits ou âmes qui ont agi pour se mériter de tels passages incarnés(es) infernaux pour expier les fautes commises antérieurement.
Donc, dans ces lieux d’enfer, on retrouvent des esprits ou âmes qui ne peuvent se réincarner avec les membres de leur famille, parce qu’ils / elles ont commis(es) de Graves Erreurs dans l’utilisation de leur « Libre-Arbitre », lors d’un ou de plusieurs passage(s) incarné(e) antérieur(s). Comme nous nous incarnons ICI-BAS pour acquérir de la Maturité dans le « libre-choix » d’actions, de pensées ou d’omissions de passer à l’action alors, les gens qui ont à subir ces désagréments doivent vivre de telles « punitions », avant d’espérer pouvoir retrouver les leurs, dans des lieux plus édéniques.
D’ailleurs, c’est une des raisons pour laquelle ces régions infernales ont peu d’ordre dans leur tentatives de se sortir de la misère car, ce sont des esprits ou âmes qui, pour la plupart, n’ont aucun lien filial donc, aucun passé commun qui permettrait de mettre sur pieds une Organisation quelconque de leur activités, pour espérer Évoluer dans leurs conditions vitales…
Alors, si on comprenaient cette Vérité Rédemptrice des esprits ou âmes vivants de telles conditions misérables, on comprendraient que c’est involutif de la part de Pays bien Structurés comme les Nôtres, de chercher à allouer des montants d’argent toujours plus importants, d’une année à l’autre, quand il est assuré que ÇA ne sert qu’à retarder l’Épreuve d’Expiation que ces bougres ont à transcender pour pouvoir retrouver la possibilité de s’incarner dans un lieu édenique avec les autres membres de leur filiation.
Les explications précédentes doivent être comprises pour que Nous puissions cesser de gaspiller notre argent dans ces gouffres sans fond alors, qu’il y a tant à faire Chez-Nous pour sortir une bonne partie de notre population de la misère dans la quelle elle est « engluée ». Souvenons-Nous toujours que: « Charité bien ordonnée, doit toujours commencer par SOI-MÊME ! »
Merci de votre Attention & c’est si simple pourtant…!
Votre Ami, SAGE, lui,
MAURICE MONETTE
Biologiste #939
Spécialité Écologie
Grande Rivière
(En réponse à l’invitation de l’AQOCI à faire pression sur Ottawa pour l’augmentation de l’aide au développement, et publié sur le site internet du Devoir).
J’avoue! J’ai acheté et mangé du Cheez Whiz parce qu’il était en spécial. Je sais, c’est un acte de pur nazisme. C’est très très dégoûtant et dangereux. J’ai encouragé les crimes très sales et très graves des vulgaires terroristes de Kraft en laissant Kraft pénétrer chez moi. Je suis une lâche et je ne vaux pas mieux que ces monstres complètement pourris. Pardonne-moi André!
Mon propriétaire se laisse vachement désirer ces temps-ci. Le plafond de la salle de bains a coulé pendant plus d’un mois avant qu’il daigne enfin envoyer un plombier aussi édenté qu’allophone pour patcher les tuyaux. Bon, faut dire qu’il était parti deux semaines en Floride, mais moi, je pense qu’il était parti plutôt en Colombie, sûrement en train de traficoter une autre affaire louche.
Il dit toujours qu’il va venir demain ou dans deux jours, puis il vient gratter un petit peu le bobo pour faire semblant qu’il a commencé le travail. Là, au moins, c’est pas si pire, il est finalement venu boucher le trou béant qui exhalait des spores de moisissures dans toute la maison depuis une semaine.
Je stresse encore plus ces temps-ci parce qu’il a envoyé un avis de reprise de logement à V*, ma voisine d’en haut – une autre folle, on s’entend bien elle et moi – qui habite là depuis vingt-cinq ans. Il a essayé de la fourrer avec une histoire de dates fabriquée de toutes pièces qui légitimait son avis envoyé un mois en retard. Or, à force de me crêper le chignon avec V*, j’ai fini par lui signer un papier qui disait que S* n’était pas, comme il l’affirmait, hors du pays en février, puisque je l’avais vu avec son gros boyau pomper le reflux dans la cave de A*, mon voisin d’à côté – qui, en passant, est un gros geek qui sait même pas qu’il est gros et qui pense bien paraître sur sa photo d’employé du mois avec sa petite cravate pis sa chemise jaune banane.
En tous cas, je me souviens très bien de ce jour-là parce que j’étais lendemain de brosse et qu’en plus d’avoir un mal de tête terrible, j’avais une soif ardente et ça m’a foutu dans une colère épouvantable de m’apercevoir que cet enfant de chienne – mon propriétaire – avait coupé l’eau sans m’avertir. Alors quand je suis sortie pour aller au dépanneur et que j’ai glissé sur la patinoire qui s’étalait devant ma porte, je vous dis pas…
À un moment donné, j’étais rendue tellement exaspérée que quand L*, mon collègue, qui a son cours de pyrotechnicien, m’a offert à la blague d’aller faire exploser un char pour moi, j’ai vraiment cru que c’était une bonne idée. Après tout, mon propriétaire est italien et ça aurait pu facilement passer pour un de ces coups fumants qu’ils s’administrent périodiquement entre eux.
Parce que vous n’allez pas me faire croire que le feu dans la boulangerie l’an passé est parti du four. Je le sais, c’est à lui ce bloc-là aussi, c’est son numéro de téléphone sur la pancarte à louer, et je suis sûre qu’il n’y a pas que moi dans le quartier qui lui en veut. D’ailleurs, il est tellement sans scrupule que c’est probablement lui-même qui a foutu le feu pour empocher l’argent des assurrances. Quand j’ai vu son numéro de téléphone sur la pancarte, je me suis dit tout de suite que je devrais enfin en profiter pour aller me chercher quelques petits bulbes d’iris dans le carré de terre qui s’amenuise à côté depuis que le local est vide. Comme ça, j’aurais au moins soutiré à S* un petit quelque chose. Ben tabarnak, je sais pas comment il a fait pour savoir ça, alors que je reluque ces fleurs-là depuis des semaines, mais le même après-midi, il est venu tout jeter dans sa maudite poubelle verte qui traînait pleine de plâtre à côté de chez moi depuis deux semaines. Heureusement, il l’a laissée traîner là comme d’habitude et le soir venu, je suis allée rescaper deux trois iris parmi les clous et les tessons de bouteille.
Tout ça pour dire que j’ai trouvé une subpoena dans ma boîte aux lettres et que je dois aller témoigner pour V* à la régie du logement vendredi. D’ici là, j’espère que S* va venir finir la job dans la salle de bains parce qu’après, il va sûrement vouloir se venger en étirant la sauce jusqu’à la fin de l’été. Au moins, si je croyais en Dieu, je pourrais toujours me consoler en sachant qu’il finira dans le brasier, mais jusqu’à maintenant, tout ce que j’ai trouvé pour apaiser l’amok qui s’enflamme en moi, c’est d’aller placarder des affiches partout où il appose ses pancartes à louer:
« Boycott S*! Comment pouvez vous encourager S* alors qu’il utilise de sales mensonges à des fins criminelles? Faux rapports, fausses preuves! Des crimes très graves et très sales ont été commis par S* et vous, vous continuez à l’encourager en laissant S* pénétrer chez vous. Lâches! Pourquoi? Parce que vous n’êtes rien d’autre que de la marde de pourris. »
J’ai trouvé une jolie petite table pliante au chemin l’autre jour, toute belle, toute propre, en prenant une marche le jour des poubelles. Bien entendu, je l’ai ramassée, c’est presque une compulsion chez moi, et je l’ai installée dehors à côté de la porte d’entrée, juste sous la boîte aux lettres. Comme ça, je peux enfin poser mes sacs pour prendre mes clés et débarrer la porte à deux mains quand je reviens de l’épicerie. C’est que je dois toujours tirer la poignée en même temps que je tourne la clé, sinon ça bloque et je peux pas ouvrir la porte. Enfin.
Deux semaines plus tard, T* et moi, puisqu’il faisait encore un temps de cul, on est sortis pour aller louer un film. En revenant, on voit la folle de l’autre bout de la rue, celle qui a toute la cour devant son appart barricadée de clôtures broche à foin, celle qui a toute un traînée d’enfants à sa suite, celle qui a toutes sortes de plantes empilées dans des pots pis de statues de Jésus. Ben oui, là, celle qui a un poster géant de Madonna dans son hall d’entrée ! Bon, c’est ça, la folle de la rue. Elle marche à côté de son vélo en transportant une petite table pliante, et s’empresse de rentrer furtivement chez elle. « Heille, on dirait notre table ! » qu’on s’exclame en même temps.
Ben non, ça ne se peut pas ! Voler notre belle petite table pliante juste devant chez nous, comme ça, pendant qu’on est partis louer un film, c’est ridicule ! En s’approchant de chez nous, on constate que notre petite table est toujours là. Fiou !
Mais une fois arrivés, on s’aperçoit que ce n’est pas notre petite table pliante, toute belle, toute propre, trouvée dans les poubelles deux rues plus loin qui nous attend gentiment à côté de la porte, mais une table presque exactement pareille, sauf qu’elle est toute pourrie, craquée, dévernie, brinquebalante, avec le cerne d’un verre imprimé dessus.
Shit ! Pas la folle ! Elle peut pas nous faire ça ! On avait même commencé à se dire bonjour elle et moi, à se parler de notre jardin et tout ! Je croyais qu’il y avait une sorte de solidarité intrinsèque entres les folles du quartier, quand même ! Parce que, sérieusement, je ne m’en fais pas accroire ; je m’imagine très bien ce que les voisins disent de moi en cachette.
Vraiment perplexes, T* et moi, on décide tout de même de regarder la vérité en face et d’aller voir la madame pour lui demander what the fuck. Arrivés devant la baroque barricade, on écornifle, hésitants, à travers le portillon. Elle sort. Elle s’approche en nous regardant d’un air nerveux. Embarrassés, on lui explique la situation. Elle nous dit que non, elle n’est certainement pas venue chercher la table chez nous, vraiment ! elle ne ferait jamais ça ! non ! non ! elle était au chemin, la table, le monsieur venait de mourir, elle le connaissait, le monsieur, elle peut même nous montrer la table si on veut ! Elle nous montre la table. Semblable, mais pas la nôtre. Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ? On s’en va, tous penauds.
Je suis complètement humiliée de m’être fait avoir comme ça. Elle doit être fière de son coup, la vache ; elle a sûrement un collection de tables pliantes pas pourries au salon juste au cas où elle se ferait pogner à subtiliser les tables pas pourries des voisins par sa collection de tables pliantes pourries à la cave. Tout ce que je peux faire, maintenant, c’est de l’épier d’un air menaçant chaque fois que je passe devant chez elle pour la terroriser. Peut-être que je pourrais lui voler son petit Jésus en plâtre ?
(Vu au Mousse-Café sur Beaubien, écrit sur un papier bleu-poudre en tout petit – genre 7 pts )
Bonjour,
Je suis à la recherche d’une femme qui pourrait devenir ma conjointe, mon amante ou ma partenaire de vie… dans le désordre ! Je souhaite qu’elle soit pas trop petite ni trop grande, qu’elle aime les randonnées (mais seulement dans les montagnes blanches), le sauvetage en mer, les poignées d’amour, les hommes de grande taille et proportionnellement répartis, les sorties au resto et qui déteste le cinéma. J’espère trouver cette perle dans ce monde de fous qui a élu S.Harper et G.Bush… J’aimerais qu’elle ait fait la paix avec son passé (surtout si elle s’est fait violer (sic!!!)) et qu’elle aime les animaux domestiques inhabituels. Je joue du piano. Je marche beaucoup dans les montagnes blanches. Je recherche une femme qui correspond à tous ces critères ou bien…. un homme. Je voudrais qu’il soit ouvert d’esprit, qu’il sache se taire et parfois commander pour moi au restaurant. Il doit aimer ses poignées d’amour et être de très bel (sic) apparence (proportionnel, plus grand que 4 pieds et demi) . Je joue du piano et je donne des cours aussi.
Si tu es celui que je cherche, écris-moi au *******@****.***
Sent: Saturday, November 22, 2008 4:15 PM
Subject: Un Dante pour Cécile?(22nov08)
Au temps de Nelligan, la fête de Ste-Cécile du 22novembre était aussi la journée des artistes. Ce jour-là, en 1898, et pour l’amour de Françoise, l’artiste Nelligan avoua son homo-sexe verlainien (forcé) dans une poésie dantesque, «Rêve d’une nuit d’hôpital»,
que la critique censurante a cachotté avant «Nelligan&Françoise»(ch1,sec13). Gérard Bessette, traitant des «Amours d’élite» d’Émile Nelligan, comme dans «Rêve d’artiste», «Placet», «Châteaux en Espagne»,etc, en juge ainsi : »C’était…une gageure que de placer son point de départ dans une atmosphère aussi raréfiée…et il semble impossible de pousser l’immatérialité plus loin. »
»Nelligan réussit pourtant ce tour de force dans (section) «Petite Chapelle», où c’est dans le ciel même qu’il s’installe… On ne saurait imaginer semblable audace, qui paraît pourtant chez lui toute naturelle.
Nous étions là deux enfants blêmes
Devant les grands autels à franges
O`Sainte Marie et les anges
Riaient parmi les chrysanthèmes.
»Disons-le en passant: aucun poète français n’a rien produit de semblable. Le «Dialogue mystique» de Verlaine est terre à terre en comparaison de cela. C’est à Saint Jean de la Croix et à la Divine Comédie qu’il faut recourir pour trouver une tournure semblable. Plein de spleen nostalgique et de rêves étranges
Un soir je m’en allai chez la Sainte adorée Où se donnait, dans la salle de l’Empyrée, Pour la fête du ciel, le récital des anges » («Images»,1960,p.222;j’ai soul.). »En souhaite-t-on même de (figures) célestes qui peuvent rappeler Villon et les préraphaéliques anglais? La belle Sainte (Cécile) au fond des cieuxMène l’orchestre archangélique
Dans la lointaine basilique
Dont la splendeur hante mes yeux » (ibid,p.259).
PaulWyczynski, qui a jamais cité ces louanges, et les a jamais contredites non plus. Ben, Edmund Wilson, le grand critique américain de New-York qui dit pareil: »Émile Nelligan. This poet is at once the Rimbaud and the Gérard de Nerval of French Canada, and he seems to me the only really first-rate Canadian poet, French or English, that I have read… He was the star of an École Littéraire in his native Montreal. He read all the then modern poets…But he developped his own rich imagery and his own perfection of form… He has nothing of the dilution and tepidity which were…in the United States… All his poems are full of point and close packed… A virtuosity of meter, rhyme and assonance, a peculiar intensity and strength, make something that is Nelligan’own out of even the Verlainean pathos or the metallic Heredian sonnet »(«O Canada»,1964,p.97s).
PaulWyczynski a cité seulement la 2e ligne de EdmundWilson (Biog,p.458).
Dante est super-admiré, vénéré, étudié, analysé, en Italie depuis 800 ans, et reconnu comme le père de la langue nationale comme de la littérature italienne. Pourtant, et les Italiens le savent, Dante a pas toujours été un ben bon garçon; il a eu une jeunesse-adultesse tumultueuse et il a fourré des papes en Enfer.
Nelligan en a jamais fait autant, mais il a été fourré en Asile par les papes, et son Oeuvre croupit dans les Cachettes d’la Censure depuis 100 ans, comme celles de plusieurs de ses contemporains censurés à cause de lui. »Pays sans littérature », a dit Lard Dur-ham. On comprend pas pourquoi ça dure.
D’aucuns sont aujouyrd’hui grands admirateurs de l’Italie moderne, donc celle de Berlusconi? et ils chiâlent contre notre Québec actuel, même chez les Italiensqui pourtant admireraient notre Nelligan si on leur faisait connaître sa poésie dantesque.
Je comprends nos intellos à la mode d’aujourd’hui qui voyagent pas mal et qui admirent les pays étrangers davantage que le leur.
Pourtant, comme la terre est ronde et qu’on finit toujours par revenir, moi je penche plutôt du côté de DuBellay:
Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison
Et puis est retourné plein d’usage et raison
Vivre entre ses parents le reste de son âge.
Le 22 novembre à Cécile a été l’occasion d’une évaluation de l’audace poétique d’Émile Nelligan. Cécile, fille romaine et martyre aussi, que Nelligan a célébrée dantesquement, devrait s’en rappeler.
phl.
Cette fille préfère les rats à Jesus:
Théo-limites : Chroniques de théologie contextuelles post-punk
Personnellement, je préfère finir quatrième en luge aux jeux du commonwealth que de me faire dire : je t’aime en deuxième, tout juste derrière tous les rats de la terre. Mais je crois savoir Jésus assez magnanime…
Damned, la catégorie qui traitait de bestioles et autres vermines a disparu. C’est le N.-A. et le N.-D. qui la remplace, c’est ca ?
PA-01300, en notre Tibet québécois (03 mai 2008)
La PA-01300 = du harcèlement illégal. (Gatineau, 3 mai 2008)
Selon ma tâche habituelle de Prof retraité de littérature du Québec à l’Université d’Ottawa, j’ai publié en 2004 un livre, «Nelligan&Françoise», que la Censure d’ici a mis pratiquement à l’Index québécois, et qui révélait le Secret entourant le Prince des Poètes de Montréal, Émile Nelligan, que Mgr Bruchési de Montréal a fait interner à l’asile en 1899 et pendant 42 ans.
Le harcèlement de la Censure est encore constant aujourd’hui, malgré l’illégalité de la manœuvre depuis 2004 aussi, et c’est un ‘abus de pouvoir’, dénoncé dans le mallel du 4 avril dernier. Et malgré les promesses publiques du Cardinal Ouellet, faites le 21 novembre 2007. Mais les apparatchicks staliniens de la Censure s’en sacrent. Des appels muets+menaçants, j’en ai reçu 25 en 4 ans. C’est qu’on vit encore dans un Tibet québécois.
En passe de déménager, donc de vendre ma maison et d’en acheter un autre, dimanche dernier la pancarte de «Visite Libre» chez moi, posée au coin de la rue St-Louis, a été volée, et d’autre part, la Promesse d’Achat PA-01300 a été déposée contre mon offre sur une autre maison, par ce qu’on appelle un 72 heures, en langue de courtage. Et le délai finit à 11h50 avant ce midi-ci.
Mais 2 appels muets et menaçants, au téléphone, m’ont été faits, avant-hier et hier, qui mettent drôlement la puce à l’oreille :
Groupe Somitel, 1-418-694-9062, le 1 mai, à 19h46;
Groupe Somitel, 1-418-694-9062, le 2 mai, à 19h35.
Par ces appels on veut intimider-harceler? Et par le précis -418-, on veut que je sache la source+raison exacte des appels, soit Québec, où loge le bureau de la Censure anti-Nelligan ? Et par 2 fois on met ça sous nos yeux, pour que je sache bien aussi que la raison de la manoeuvre du 72 heures est pas locale ? Comme les nouveaux acheteurs qui viendraient aussi de Québec?
Cette mention explicite du -418- de Québec est une vraie gaffe, qui pointe leurs auteurs, merci, et que l’ancien Grand Censeur du Poète, Paul Wyczynski, biographe ‘officiel’ de Nelligan, décédé le 2 mars dernier, aurait jamais faite. Ses successeurs malhabiles ont pas son génie, et ça paraît.
Il faut ajouter que l’agent immobilier de Ré-Max, qui sert malgré lui d’intermédiaire, a toujours agi correctement en cette affaire. De même que les proprios de la maison en cause, à qui on a dû faire un rapport calomniateur contre moi, comme d’habitude les sbires de la Censure font
Or, la Censure en Littérature a pus sa place au Québec, selon notre Concile du Vatican-2 (1965), qui est aussi celui de ces messieurs. Et on est pas en Russie, par ici.
Je ne signerai donc pas la ‘décision’ attendue d’ordinaire à la fin d’un 72.
Je prends plutôt le parti de signaler publiquement le harcèlement psycho-logique qui accompagne cette affaire, la rend aussi illégale et invalide au Québec.
Signé à Gatineau, en ce 3 mai 2008, à 11h45 a.m.
Pierre H. Lemieux
(suite…)
Anyone remembers the Angry woman on Bernard street that would spew her hatred for men and patriarchy by yelling at strangers ? Man she was loud. Yelling « BLOODSUCKING VAMPIRES » was pretty much her typical opener as strolled in the café with comtempt in her eyes as fierce as her longing for cafeine.
I remember how funny it was to see the difference between patrons startled by her loud, loud i’m-crazy-out-of-my-mind feminist rants; and regulars from the café who would just continue reading their paper as if that woman going berserk ValeriFabrikant-style was just a normal daily happening. It actually was.
The secret was not to make eye-contact and let the guys from the café deal with her. She was nicer to them. She knew if she started going into a fit before she got her coffee; they would not let her have it. I guess paranoid delusions are like cigarettes: they taste better with coffee.
Anyway’s, I’m pretty sure I saw her on St-Laurent this week. She was’nt yelling. Staring at her, realizing who she was, I braced instinctively for the flow of insults that I knew would surely come my way as we’d make eye-contact.
No thousands of years of male oppression were put on my shoulders that morning.Nor was I referred to as a bloodsucking vampire.
I believe she actually smiled back at me.
Y a des moments comme ça… On sait pas trop pourquoi…
Tu es là, je te « voix » mais tu ne m’entend pas.
L’œil invisible qui guette le chasseur… La proie qui glisse entre les tes doigts…

Ne te fait pas douleur, reste avec moi j’ai froid.
Je marche souvent le nez en en l’air. C’est ainsi que je l’ai vu, ce fameux tract – DANGEROUS KRAFT’S CRIMINALS STILL AT LARGE, ENCOURAGED BY YOU – , collé trop haut sur un poteau électrique pourqu’un homme puisse l’atteindre les bras levés. André Serouille marche sur des échasses – c’est sûr – sinon il lévite un peu. Aurait-il décidé d’étendre sa propagande aux oiseaux?
Le 2 juillet 1986, au matin, les épouses calumet-pontoises ramassaient les corps de leurs maris imbibés d’alcool et éparpillés de toutes les parties de cette localité – les chèques d’aides sociale avaient été encaissés la veille, ce qui donnait droit à un carnaval orgiaque entre le premier et le deuxième jour de chaque mois. Parmi les plus agiles on en retrouvait dans le clocher de l’église avec tous les poils rasés, parmi les plus gloutons on en retrouvait dans les confiseries couverts de leurs propres fluides corporels, les policiers délirants d’alcool déguisés en femme s’étaient enfermés eux-mêmes dans la prison et les bandits libres avaient été retrouvés déshydratés la bouteille à la main dans le coffre fort de la caisse populaire, vide de surcroît vue la masse de chèques encaissés le jour précédent les évènements. Les enfants s’amusaient grandement lors des deuxièmes jours de chaque mois, ils s’amusaient à dévêtir les hommes, leur dessiner des obscénités partout sur le corps avec des déchets, ils leur mettaient des pétards dans les orifices ou encore il utilisait des rampes de lancement pour sauter par-dessus les immondes corps à l’aide de leurs vélos; les hommes les plus gaillards qui se réveillaient nus pendant les manœuvres tentaient d’obtenir réparation, mais toujours saouls ils étaient titubants et se retrouvaient sur le derrière la plupart du temps, ce qui divertissait encore plus les jeunes calumet-pontois qui leur criaient ” Maudit fous, arrêtez de boire de la bière ça donne la chaude pisse!” Et les bambins leur lançaient des pierres, les hommes, honteux, s’effondraient souvent en larmes. Comme la « grande fête du premier » attirait les hommes des villages à l’entoures on voyait des femmes étrangères à bord des camions à ordures des villages voisins remplir leur coffre avec les hommes à l’haleine fétide pour le voyage de retour. À travers tout ça les mégères locales chassaient les enfants avec des épées et des weed-eater pour rapatrier les corps malades.
Écœurées par cette manifestation sensuelle mensuelle de leur mari, c’est toujours le 2 juillet 1986 en après-midi que les épouses dépassées se tournèrent ver le seul homme possédant encore une dignité aux abords du Lac des Deux Montagnes, c’est-à-dire le vieux professeur Euphélius Lampa. Metteur en scène émérite dans sa jeunesse, il était, plus vieux, devenu chercheur de l’occulte pour ensuite se ressaisir et aller couler de jours heureux sur la péninsule avec la fortune qu’il avait accumulée par ses séances de spiritisme. Il vivait dans un manoir victorien éloigné du village, on le voyait souvent sur son voilier faire le pitre — enfin pour les gens de Pointe-Calumet lire un livre c’était faire le pitre—, mais sinon on ne connaissait rien de lui.
Face aux plaintes des bonnes femmes, le gentil docteur vint avec l’idée d’utiliser cette masse de chair puante à bon escient: “Pourquoi ne pas leur donner un projet valable et digne? Chères bonnes épouses répugnantes! Parce que vous l’êtes croyez-moi, mes vieux yeux me permettent toujours de le constater; il suffirait de leur donner un rêve, une fierté, les ignorants ont besoin d’être poussés ver l’excellence, sinon ils ne pensent qu’à se donner de la bouteille! Revenez demain à la même heure, je vous exposerai un plan qui vous sortira autant vous que vos maris de la vie de misère méprisable que vous menez, et cela, grâce à la science!»
Les épouses n’ayant pas compris un seul mot se mirent en tête de le brûler sur le champ pensant avoir assisté à une incantation satanique, mais la plus savante d’entre elles affirma qu’elle l’avait entendu dire “revenez demain à la même heure”. Elles décidèrent donc de revenir le lendemain pour voir ce que le bon professeur leur proposerait, en attendant elles devaient aller battre leurs maris avant qu’ils ne reprennent toutes leurs forces.
Le lendemain les femmes du village se ramassèrent toutes devant le manoir du docte Euphélius Lampa, elles regardaient ne sachant à quoi s’attendre. Une voix venant d’un haut-parleur dit : « Voici la science faite homme! Mesdames toutes aussi sottes et laides que vous êtes vous devez admirez les progrès de vos hommes, car ces derniers s’apprêtent à voyager par delà les nuages! Le professeur les emmènera tous avec lui dans un long voyage qui les mènera ver la planète des martiens, la grande planète rouge!! ». Du coup le professeur Lampa sortit vêtu d’un uniforme blanc et ample avec un casque représentant un visage grotesque et souriant. Les femmes étaient pantoises, le professeur fit quelques mouvements de gymnastique pour démontrer les possibilités qu’offrait un tel accoutrement. Il enleva le casque et afficha un large sourire en les saluant de la main.
Ceci sont les premiers évènements d’une grande aventure qui mena les neuf courageux cosmonautes calumet-pontois ver la plus grande aventure interstellaire de l’histoire humaine. Vous avez sûrement déjà entendu parler de cette histoire, voilà pourquoi je m’abstiendrai de vous la raconter. De plus ça ne serait d’aucune utilité dans mon étude des mœurs de ce petit bourg bucolique, il s’agit ici de faire la généalogie de l’action stupide.
L’astronaute Gravier fait une démonstration de gymnastique sur la rampe de lancement avant le deuxième voyage ayant pour but de sauver la princesse des Martiens.
La littérature ne s’écrit pas que dans les livres. Elle se vit au quotidien et se manifeste dans les endroits les plus improbables. C’est un ami à moi (nous l’appelerons Lulu) qui m’a fait découvrir un auteur à la prose haletante dont les mots fendent la médiocrité du réel avec éclat et arrogance. Cet auteur puise à une source intarissable (l’urbanisme) pour relever le caractère délirant du quotidien et expose ses réflexions à la vue de tous, à même les très démocratiques consultations publiques organisées par la ville. Après avoir lu sa prose, je ferme les yeux, j’oublie l’horreur de la ville qui mange l’homme, de ses artères qui l’étouffent, de ses grattes-ciels qui l’écrasent et je rêve d’un monde brillant des mille éclats d’une boule disco où des oiseaux exotiques chantent par milliers dans nos contrées nordiques, où des chutes d’eau pure coulent à l’année longue, et où tous ont le bonheur de s’alimenter pour pas cher aux rotisseries St-Hubert.
Pour lire cette prose : Vlam !
Robodrigue, 27 novembre 2007
Enregistré dans :Mourir au Canada, Chaire d’Études André Serouille Flesh of Studies
Tu ne connais donc point les pits de sables de Pointe-Calumet? C’est la source des assoiffés, les bassins de la suffisance; on s’y rafraîchit comme autant de bons vivants! D’où le nom latin de Pointe-Calumet “Punius Pipus Banus”; L-J Papineau parlait de ses bains calumet-pontois comme d’une nouvelle naissance, ce fût la première fois qu’il dit le “vidi” du fameux “Veni vidi vici”. Aujourd’hui, autour des ruines qu’à laissé le passage des Romains, on a construit le Beach Club et le Super Aqua Club où citadins de tout acabits viennent promener la charogne que René Levesque nommait corpus. Bien qu’on les appel “club” il n’y a nul besoin d’être membre pour y pénétrer, le membership nécessite uniquement la triste condition humaine; on y est tous des Calumet-Pontois.
Les mini vans promotionnelles qui déambulent dans les rues de la métropole avec l’image rafraîchissante de la vague du beach club (La puissance de cette image est une construction publicitaire, non il n’y a point de vague à PC sinon les sillons de la machine infernale du Super Aqua Club) l’image de cette vague nous laisse croire que cette institution y a toujours été, pourtant les vieux de la Pointe, eux, connaissent la sombre histoire de ce qu’on appelait alors “La machine à ski” (les Calumet-Pontois n’ayant jamais vraiment fait confiance aux nouveaux mots préférait nommer les choses comme elles sont (ex: machine à ski pour téléski, machine à marcher pour chaussure ou encore machine à manger pour fourchette)). Mais ceci est une autre histoire comme disait le narrateur de Conan le barbare.
AHHHHHH pis non, je vais quand même vous la raconter (comme dit trop souvent J.K. Rowling).
En 1950 un Viennois du nom rigolo de Ansus Wajowskionovicthgang quitta son pays après avoir été impliqué dans une histoire de recèle de bicyclette à une roue, l’histoire avait pris un tournant regrettable quand il réalisa que les bicyclettes volées étaient en fait des prototypes pour une machine à coudre sur laquelle les Autrichiens comptaient pour relancer leur économie. Ces machines ridicules et casi inutilisables devinrent la risée de leur voisins Polonais qui eux comptaient sur un nouveau polymère à base de rutabaga pour relancer leur économie, échec lamentable dans les deux cas mais les Polonais profitaient de la chance que leur trouvaille n’aie pas eu d’apparence ridicule.
Monsieur Wajowskionovicthgang cherchait une patrie d’exile où il pourrait couler de jours heureux en oubliant cette fâcheuse histoire de laquelle il considérait être le dindon de la farce. C’est alors qu’il tomba sur un article de journal qui racontait une histoire fabuleuse:
Des nains de six pieds
13 janvier 1950
Intoxicated press
Un petit Bourg canadien attire des milliers de gens venus des cinq continents! Il s’agirait de bassins bucoliques aux propriétés mystiques, on y voit des nains en ressortir avec une taille de géant, des femmes enceintes y accouchent d’enfants déjà adultes, avec barbe et diplômes, des Canadiens-Français en ressortent même avec la capacité de s’exprimer et de manger avec des ustensiles. C’est dans le joli bourg de Pointe-Calumet que ce trouvent ces dits bassins, le maire Marcien Therrien…
“Voilà!” s’écria le receleur viennois, voilà l’endroit où il irait chercher bonne fortune et où son nom ridicule s’accorderait sans problème avec celui du maire de ce bourg canadien!
L’histoire de la machine à ski deviendrait évidente et se révélerait dans toute son horreur quelques mois après son arrivé. (À suivre)
Voici un poème rhapsodique composé par le comité de modification de la charte de l’ADÉPUM 2007-2008 qui sert de pièce explicative à la nouvelle charte. Bien sûr, il a été adressé à tous les étudiants du département de philosophie de l’UdeM. FAS gagne du terrain!
Vive les émotions
Voici 13 émotions basées sur le comportement lunaire lors de déplacement de la légion étrangère:
Joie
Colère
Épanouissement
Béatitude
Excitation
Tristesse
Affliction
Désarroi
Espoir
Auto-détermination du moi
Puissance
Radio-oncologie
Conscience de classe
C.Q.F.D.
Psychiatrie kraft = nazi
hylê/eidos
666
C’était un dimanche après-midi. J’avais le crâne en charpie, l’humeur bilieuse et une sacrée difficulté à faire quoi que ce soit de pertinent. C’est pourquoi je me suis créé une page myspace. Étant un as du camouflage, une entité polymorphe, le caméléon du web, je m’y dissimulai sous une fausse identité, y fis figurer une photo de moi déguisé en fauve (question de mieux croquer ta peau de femme), mais, tenant à ajouter une touche de sincérité pure à cette mystification, j’inscrivis dans la case « héros » : « André Serouille : Kraft + psychiatre = nazi. »
Cependant, André Serouille poursuivait sa lutte monomaniaque contre Kraft, pour la justice et la vérité, distribuant ça et là – dans vos boîtes à lettres, sur des bancs d’autobus, sur des poteaux électriques – ses fameux tracts :
MEDIAS : ESCLAVES DE KRAFT MAUDITE CORRUPTION BOYCOTTONS KRAFT DANGEREUX CRIMINELS KRAFT TOUJOURS EN LIBERTÉ PSYCHIATRES KRAFT = NAZI
Je collectionne l’oeuvre d’André Serouille depuis plusieurs années, comptant revendre ma collection au gros prix quand il sera reconnu pour ce qu’il est : un maître de l’art brut. Or, d’autres gens tombent parfois sur ses tracts. Curieux, ils tapent « André Serouille » sur Google et tombent sur ma page myspace. Certains m’écrivent alors pour me demander qui est André Serouille. Je leur dis le peu que je sais sur cet artiste du quotidien et les réfère aux Annales du FAS. Une de ces personnes – nous l’appellerons miss P – est allée jusqu’à supposer que j’étais André Serouille. Je lui répondis que non, d’un ton un peu sec ; elle s’excusa, mais son excuse laissait sous-entendre qu’elle ne me croyait pas, comme si mon irritabilité (légendaire) laissait croire que je cachais quelque chose, que je réagissais comme un être traqué, un peu comme André Sérouille face aux médias, à la psychiatrie, à l’empire Kraft, au monde entier. Miss P croit que je suis André Serouille. Peut-être même diffuse-t-elle cette info dans son entourage, disant à ses amis : « Tu sais, le petit tract anti-Kraft que j’ai trouvé sur un banc de métro, et bien je crois que je sais qui en est l’auteur. Tu iras voir son myspace. Il a l’air un peu bizarre. Il se déguise en fauve pis il écrit des choses incompréhensibles sur un bizarre de site qui s’appelle le FAS. » et moi je me dis, qu’après tout, considérant qu’André Serouille n’est peut-être pas tout à fait sain d’esprit et qu’il pourrait avoir des personnalités multiples, je pourrais être – sans le savoir – son alter ego et que ces tracts que je collectionne, c’est peut-être moi qui les produis. J’ai des ciseaux, du papier, de la colle et des feutres dans le tiroir de mon bureau, j’aime marcher, je déambule souvent à travers la ville et quand ma blonde me demande où j’étais passé, j’ai souvent bien de la misère à lui répondre. Une seule question se pose alors : Mais qui se cache donc dans l’ombre du Mysterious ?
Aujourd’hui, je me suis posé la question à savoir si il y avait un mot pour décrire ma tendance compulsive à faire des anagrammes. J’espérais trouver quelquechose comme anagramanie. Je me suis aussi demandé si c’était tricher que de rajouter des accents ou encore d’avoir recours à des accronymes (crayons mec!).
Ca fait que j’ai fait une recherche sur google pour anagramme compulsion.
Le premier lien proposé était un site d’aide pour se sortir de la dépendance à la pornographie où c’était écrit quelquepart que “la concupiscence, c’est un anagramme de la conscience qui pue.”, ce qui, sans rien vouloir enlever à la pertinence du site, n’est même pas vrai.
Donc, j’ai pas trouvé. Par contre, j’ai trouvé ceci:
gérontocyclomanie : habitude d’interroger l’interlocuteur sur le comportement sportif de son aieule.
gastéropodoconchyliphagomanie : compulsion à manger les escargots avec leur coquille.
A quoi reconnaît on le déclin d’une civilisation? À son urgence de faire la guerre? Au trafic aérien dans l’azure qui la surplombe? Aux épaulards pouvant maintenant se confondre dans sa population jusqu’à être mépris pour un obèse parmi tant d’autres? Absurde dites vous? Nous pensons ici à ce loup marin qui s’était fait passé pour un habitant du Wisconsin et qui était devenu gérant d’un Wendy’s en plein centre ville de Los Angeles. Les gens prenaient ses glougloutements pour l’accent incongru du Wisconsin, c’est lors d’un vol à main armée quand il a reçues trois balles dans le flanc gauche que les employés du Wendy’s découvrirent, non sans stupéfaction, la véritable identité de monsieur WhoooooHooooha: un méprisable loup marin dopé de Filet o’ Fishs.
Mais toujours est-il que ce n’est pas à la faune marine prenant activement part à la vie civile que nous reconnaissons le déclin d’une civilisation; même lors de l’âge d’or américain un dauphin était devenu débardeur au port de New York et une anémone la coqueluche des grands boulevards.
Je crois que l’épisode suivant est à méditer; par une réflexion bien personnelle vous verrez ce qui cloche et qui amène à voir les véritables tares qui nous mènerons ver ce que notre descendance appellera “La décadence calumet-pontoise” car Pointe-Calumet est en fait le laboratoire de mes observations et expériences sociales, et comme plusieurs le craignent, ce havre de paix est aussi le nid d’un mal qui s’étendrait sur tout le continent.
Retour en arrière: en 2003-2004 la chaîne de dépanneurs Couche-tard se lance dans une mise en marché agressive de sa nouvelle barbotine à qui elle donne des airs de déglingues, les saveurs sont : Schtroumfs écrasés, caca de père noël, windsheer washer… vous voyez le topo? Ça a fait un beau petit scandale à l’époque, voyez cette sloche était destinée aux enfants en apparence, je crois qu’un autre but a été atteint, celui de soumettre la populace entière; la corruption est telle chez les épiciers que l’on a mis de côté de la morale et on se frotte les mains d’une si bonne affaire.
Mais peut-être que pour vous il s’agit d’une mince affaire qui a sombrée dans l’oubli depuis, après tout à Montréal on en voit à tous les jours des scandales; à Pointe Calumet non! Il faut d’abord comprendre que Pointe Calumet a eu ses cinquante balais en 2005, soulignés par la visite des Respectables à “Pointe”. Cinquante ans c’est jeune (pas pour un alcolo, c’est déjà bien avancé dans l’enfer) et Pointe Calumet a connu plusieurs transformations depuis ses années de station de vacance (Lire le livre Pointe-Calumet Boogie Woogie de Claude Jasmin) ensuite repère des familles squatteuses du compté de Deux Montagne (vivant dans des maisons mobiles, des cabanes à pêche) pour finir cité dortoir se trouvant à la toute fin de la 640, on y vit paisiblement dans de nouveaux développements où l’odeur des égouts est constamment présente (mauvaise prévision des ingénieurs). Toute les étapes de la décrépitude occidentale; et finalement on s’endort dans une maison en agrégat envahie d’une odeur puante pour s’y sentir chez soi.
Quand la sloche est tombée sur ce bordel paroissiale ça a été comme un éveil; au début on en consommait juste en haut de la moyenne provinciale, on en était friands mais pas malade encore. On s’amusait à mélanger les couleurs, le fond de la mienne était mauve et le dessus vert fluorescant, les commis du dep’ étaient rendus experts et pour amuser les enfants, ils dessinaient des motifs dans la barbotine. Mais comme toute la magie qui entourait la sloche s’évanouissait à toutes les fois qu’on entendait le son de la paille tâtant le fond en aspirant de l’air, on devait en racheter une autre; en quelques semaines on a défoncées les statistiques, la consommation de ce petit blède était comparable à celle de l’île de Laval et ça dans un seul Couche-tard! Les parents s’y sont laissés aller aussi, toujours de plus grosses sloches; si les habitants du Lac St Jean se frottent d’avoir inventer la grosse la bière, les Calumet-Pontois, eux, se frottent d’avoir inventer la grosse sloche.
Cette spirale de mépris envers le bon goût, ce cercle vicieux de la gloutonnerie allait donner un retour karmique à cette bonne populace: on ne chicotte pas avec autant de sucre sans en payer le prix. Voyez vous, la raison pour laquelle les Calumet-Pontois aimaient tant la barbotine, c’est que l’ancien épicier de Pointe Calumet était diabétique et n’avait jamais vendu de produit à haut de taux de sucre en 50 ans aux abords du lac des Deux Montagne, l’arrivé impromptue d’un Couche-tard avec ses masses de sucres allait briser en quelques jours l’idylle zéro calorie que l’épicier du village avait construit avec tant de volonté.
Il faut comprendre qu’un Calumet-Pontois se retrouvant dans un Couche-tard nouvellement bâti, avec ses néons, ses couleurs bleues et rouges, sa musak à plein volume, et surtout la distributrice a barbotine tournant toujours dans le même sens quasi hypnotisant pour maintenir uniforme ces mixtures de morts froides et fluorescentes; hé bien pour le Calumet-Pontois c’est comme pour un adolescent montréalais qui est entré chez les putes avec de fausses cartes; son engin lève la tête: Bienvenu à la maison l’ami.
Le bonheur rime avec glucose-fructose-saccharose liquide*.
(la suite à venir)
* type de sucre utilisé pour la production de barbotines.
Aujourd’hui il m’est arrivé une affaire que je comprends pas alors je vais vous en parler au cas où vous pourriez m’éclairer. J’en doute, remarquez, mais dans tous les cas, je crois que ça va me faire du bien d’en parler. Il se peut que mon récit vous semble fastidieux, mais comme je ne sais pas vraiment ce qui a déterminé l’enchaînement des événements, je donne le plus de précisions possible; à vous de juger.
Alors voilà : je suis allé réserver une minivan pour pouvoir monter les ressources humaines et matérielles de Brigitte Bordel à Québec, et comme il faisait froid j’ai mis un bonne laine et une vieille vareuse d’armée appartenant à un ancien coloc. J’ai aussi enfilé, tant qu’à faire, une casquette avec l’insigne d’un porte-avion américain appartenant à mon actuel coloc, puis des ray-ban pour avoir l’air d’un vrai marine… puis j’ai boutonné les poches de côté de la vareuse, parce que je trouve ça plus beau, mais rendu dehors je savais pas où mettre mes mains, ça fait que je les ai croisé derrière mon dos et je m’en suis allé en trottant comme ça.
Je passe devant chez Motta, et j’apperçois une minuscule bonne femme avec les cheveux frisés grisonnants sortir en trombe du magasin. R.A.S., sauf qu’après quelques pas, j’entends « Sir ! sir !» Je comprends qu’on m’adresse la parole, alors je me retourne pour constater que la petite madame est toute cambrée, avec ses poings bien serrés, et elle se met à vitupérer et à me donner de la marde à tour de bras, dans un anglais trop rapide pour que je comprenne tous les détails. Tout ce que j’ai compris, c’est que je devrais avoir honte de la façon dont je me comporte avec les demoiselles, vraiment je suis un monstre, et elle semble rapporter tout ça à la façon dont mes bras sont croisés derrière mon dos, et même, plus précisément, à la façon dont mon pouce est coincé entre mes doigts (voir «Fig sign»). Inutile de dire que je ne savais même pas que ça constituait un signe, je mettais mon pouce comme ça parce que, comme j’ai dit, il faisait froid. Pour en revenir à la bonne femme, elle a terminé son speech (quand même j’ai pas pu résisté à me mettre à lui rire au nez) en me disant «I hate your guts, I hope you burn in hell today».
C’est probablement une histoire que je comprendrai jamais (j’y tiens pas vraiment), mais je pense que ça fait partie d’un quotidien délirant, nos rencontres du troisième type, et je propose qu’on élargisse la catégorie «André Sérouille Flesh of Studies» pour y inclure ce genre de délire, puisque de toute façon tous ces fêlés eux-mêmes se conçoivent certainement comme faisant partie de la même conspiration.