Géopolitique du logis
Bébé astronaute, 09/03/2010 [Géopolitique du logis, Territoires troubles]

Vous souvenez-vous du village sous la neige ? C’était à peu près au même moment l’année dernière. Hé bien l’autre fois, avec T*, on est allés vérifier s’il n’aurait pas été reconstruit. On a vite cru trouver une entrée dérobée, entre la clôture et le géant tas de neige, mais on n’y découvrit qu’une bien peu profonde et décevante cavité.

On retourna quand même une autre fois pour voir si le travail avait avancé. Apparemment, pas beaucoup, mais un petit bout de plastique attira toutefois mon attention. Un bac de recyclage, imbriqué de blocs de neige durcie, formait un mur dissimulant vraisemblablement une entrée. Quand même, on n’allait pas défoncer la porte et pénétrer par effraction !

De toutes façon, on s’est dit que c’était sûrement temporaire, le temps qu’il finissent de creuser. Et puis, il n’y avait pas beaucoup neigé cet hiver, ils avaient dû commencer assez tard. Quand même, ils n’allaient pas détruire et reconstruire une palissade à chaque fois qu’ils voulaient entrer et sortir de là !

Ce n’est que plusieurs jours plus tard qu’on découvrit à quel point on avait été dupés. Trop tard, encore une fois, parce qu’un printemps prématuré faisait fondre la glace à une vitesse folle. Les bums eux-mêmes ne se donnaient plus la peine de se cacher : les restes d’une feu éteint gisaient carrément devant l’entrée du fort, béante. On se risqua tout de même à l’intérieur pour jeter un coup d’oeil, vite vite, parce qu’avec toute cette eau qui coulait, on avait un peu peur que le toit s’effondre sur nous.

On était loin de l’Hôtel de glace, mais quand même, l’âtre, les bancs sculptés, les coussins, les bières vides, tout ça, ça donnait une superbe version prolétaire du fameux palace.

Bon, ça fait une bonne année déjà que je songe à recevoir pour Noël, c’est-à-dire caller un Noël des mal-aimés***. (suite…)

Le donjon est l’endroit propre et brillant où chaque soir je me repose de ce quotidien délirant. Derrière ses portes de granite ancienne dont j’ignore la véritable ingénérie ou encore l’année où elles furent installées, d’ailleurs avaient elles été utilisées dans un autre endroit avant de devenir les barrières de mon repos? Derrière ces portes toujours entrouvertes, jamais closes, se cachent la tendresse de mon enfance et l’abri du corps d’une femme, que j’aimes. L’endroit est froid et sombre, je ne distingue que la silhouette de ma femme, l’absence de lumière m’oblige toujours à sombrer en moi-même sans aucune autre tâche que de me rappeler, il n’y a pas d’internet de l’autre côté des portes, il n’y a pas de livre ou de crayons, juste moi, mon enfance, ma journée et la femme qui m’aime.

Les souvenirs je ne les laisse pas venir par eux-même, ce ne serait pas sage, je les choisi pas thème et les laisse m’envahir pour les vivre à nouveau. Ce n’est que dans le donjon que je prends conscience de mon nom et mon histoire. Le quotidien délirant est trop éprouvant pour laisser le délir s’étendre jusque dans nos rêves. Quand la nuit tombe je deviens sérieux.

Bébé astronaute, 13/07/2009 [Géopolitique du logis]

Pouvez-vous croire ça ? Ce matin, en revenant chez moi avec mon nouveau vélo – j’avais attaché mon autre au coin d’une ruelle ; je l’ai retrouvé tout tordu – j’ai croisé le facteur au moment même où il passait devant chez moi.

Il m’a demandé gentiment si S*W* et F*W* habitaient encore ici. Puis un autre nom dont je ne me souviens plus. Il m’a aussi demandé quel était mon nom à moi et s’il y avait quelqu’un d’autre qui habitait avec moi. Comme ça il n’aurait pas à encombrer inutilement notre boîte aux lettres avec du courrier qui ne nous était pas adressé. Croyez-le ou non, ce gars-là connaît par coeur le nom de tous les gens qui habitent sur sa run ! Et s’il ne le sait pas, quand en a l’occasion, il s’arrête pour le demander. En plus, on a le même nom – lui en version masculine, bien sûr.

On a jasé un peu. Je lui ai dit que ça avait l’air d’une belle job, facteur, il m’a dit qu’il aimait ben ça, pis que je devrais appliquer tout de suite parce que ça prenait ben du temps.

Ça m’a vachement impressionnée tout ça, même si dans le fond, c’est bien normal qu’il connaisse les noms des habitants du quartier. Ça fait trois ans – qu’il m’a dit – qu’il distribue le courrier sur la même run, cinq jours par semaine. C’est sûr qu’à la longue, ça doit venir tout seul, surtout quand il n’y a que ça à faire, lire des noms sur des enveloppes et les associer à des adresses. Mais je n’avais juste jamais pensé à ça. Ça veut dire qu’il doit connaitre le nom de ma vieille voisine indienne ! Pis de la folle à l’autre bout de la rue qui m’a volé ma petite table pliante. Pis du grand black à qui j’ai donné des plants de tomate une fois parce que son petit gars se précipitait toujours dans ma cour chaque fois qu’il passait devant chez moi. Pis de sa blonde qui est vraiment mal assortie, une grosse madame qui a l’air vraiment straight. Pis du petit vieux qui fait quinze fois par jour l’aller-retour entre chez lui et le coin de la rue et qui me dit toujours « ça va être beau ça ! » en parlant de mon jardin. Pis de la folle aux chats. Pis du vieux noir qui ramasse les bouteilles et qui m’a demandé l’autre jour si j’avais un mari pour m’aider. Tout ces personnages que je m’imaginais simplement graviter dans mon décor, ils ont un nom et une adresse. Et le facteur les connait par coeur. C’est fou ! C’est presque le FBI !

J’aurais dû lui demander s’il pouvait ne pas me déposer la maudite publicité de Bell, celle qui vient dans des enveloppes sans logo pour qu’on les ouvre mais dont peut quand même voir le logo à travers. Je ne sais pas s’il aurait accepté.

Mysterious, 09/07/2009 [Géopolitique du logis, Nouvelles, Pratique]

J’ai mis hier soir entre les mains de L*R*, l’homme derrière Distroboto (est-ce lui, dissimulé dans ces machines, qui actionne leurs mécanismes?), nos derniers exemplaires des fascicules du FAS suivants : « Probable, mais dégage » et « Hé, hé, hé… » Ils seront donc disponibles sous peu dans un distroboto près de chez vous pour la modique somme de $ 2.00 et ne seront sans doute pas réédités. La plupart des fascicules du FAS peuvent toutefois être toujours commandés sur le site du Pressier qui en possède les ultimes exemplaires.

J’en profite pour saluer le sens élevé de la géopolitique du logis de L*R* qui vit dans un univers envahit de fanzines, car, en plus de les distribuer, il les archive. Chez lui, ça sent l’encre et le papier : le doux parfum de l’autoédition.

De la théorie à la pratique

Le FAS passera bientôt à l’action (stupide). Ses activistes seront contactés en temps et lieu. De nouveaux fascicules devraient aussi être réalisés sous peu.

Sur l’autre continent (pas de plastique)

Un exemplaire d’un de nos fascicules s’est, par ailleurs, rendu en France dans les archives de la Fanzinothèque, un organisme qui récolte des zines depuis une bonne vingtaine d’années.

Serait-ce l’occasion d’embrigader la belle jeunesse de l’Hexagone?

Le FAS est un organisme international que ne saurait arrêter aucune frontière.

FAS vaincra!

Bébé astronaute, 03/07/2009 [Géopolitique du logis, Mourir au Canada]

Je vous ai déjà parlé de ma vieille voisine indienne ? Elle est toujours là, sur le balcon, à surveiller les enfants. Elle ne parle ni français ni anglais, du moins pas plus que quelques mots, et j’imagine qu’elle doit souffrir parfois d’une terrible envie de communiquer avec d’autres personnes que les seuls membres de sa famille. De temps en temps, on se fait des petits brins de conversation ensemble, chacune dans notre langue, sans vraiment se comprendre. Dans le fond, ça ou dire salut ça va à ma voisine d’en haut, pour moi, c’est du pareil au même : un petit geste de bon voisinage, tout simplement. J’avais déjà réussi à déduire, à force de simagrées, que la vieille indienne voulait m’emprunter un râteau, mais là… J’étais en train d’attacher mes plants de tomates à leur tuteur en me disant que les coquilles d’oeufs, ça avait ben marché en ta cette année, quand elle s’approche et commence à me baragouiner quelque chose. Bien sûr, je ne comprends rien, mais je lui réponds quand même en français : ah oui, ils sont vraiment plus grands que l’année passée ! Dans l’embrasure de la porte, bébé au bras, sa fille me répond : c’est vrai, c’est ce que ma mère vient de dire…