Géopolitique du logis

Quel est l’espace minimal dont nous ayons besoin pour ne pas nous marcher nous-mêmes sur les pieds ? Pour le FAS, la simple étendue cartésienne ne suffit pas : il faut un espace subjectif. Que valent les vastes plaines d’Afrique, si l’on est atteint de parésie ? Par contre, les doigts, dans leur cavalcade de dactylo, parcourent de plus grandes distances que les souliers ; ils dépassent le champ de l’appartement, ce qui offre au cerveau, ce zèbre, le Serengeti dont il rêve. C’est pourquoi on a toujours plus d’espace chez soi, car à travers des espaces fractionnaires, notre amplitude de mouvement atteint sa plénitude.

Lundi, mon association d’univercécitaires vote l’enclenchement de la grève générale illimitée dans un théâtre. Se questionnant sur la chose, un a dit à l’autre que c’était approprié. L’autre a demandé pourquoi, et un a répond qu’on jouait des rôles. Sa remarque, ceci dit, soulignait plus de subtilités si on s’y attardait. L’autre, et l’un, ne s’y sont pas attardé. Machine démocratique spectaculaire et clowns. Amener son masque de la comedia del arte et poser « les questions-doutes qu’il faut » et être un groupe, avec tous les clichés. Quelque chose comme Alex et ses droogies, mais en plus coloré. _
Aussi, È.L. dans un cours de « pratiques sociales et politiques de l’art » parlait des activités des membres de l’IS, qui prenaient, autour de l’idée de Dérive, la carte de Londres pour s’orienter dans Paris. Ils tentaient de suivre les routes de l’une dans l’autre, exploraient les différentes critiques qu’on pouvait en sortir. Ils se droguaient dans ces Dérives, et quelques uns n’en sont jamais revenus. Je me plais un peu – pas trop, pas vraiment en fait – à me dire que s’ils rencontraient une masse non-négligeable d’eau, ils n’évitaient pas la noyade et redevenaient poissons en désertion. _ Peut-être refaire la chose avec une vieille carte d’un pays en guerre, avec des choses qui explosent pour contrecarrer les murs empêchant le 100% de l’exploration. Des choses comme ça. Ou avec un pouvoir d’abstraction sur-réel. _
Dans une même logique, j’ai rêvé que des membres d’une organisation secrète intra-gouvernementale me chassais à la sortie d’une chambre de théâtre; je disparaissais du réel et mon état d’abstraction était tel qu’il remettait en doute la fiction dominante. Lors d’un combat digne de la matrice, je remarquais qu’effectivement, mes mouvements contribuaient à l’effacement de mon corps dans le temps, dans la fiction spatio-temporelle.

O

Un papier jauni avec du papier collant et un coeur rouge dollorama sous le papier collant qui ne colle plus, se lit comme suit. Trouvé dans une station souterraine;
« Brittany
Enjoy your last Saturday being 19.
Next Saturday you won’t be a teenager and will have to eat low fat yogurt. Love, Your Mom. LOL! »

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Et dire que je prévoyais parler du rapport particulier que j’entretiens avec ma chatte.

 

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Poufiasse, 20/02/2011 [Géopolitique du logis, Territoires troubles]

L’autre matin je me réveille un peu groggy et j’entreprends de me faire un café. Je me rends dans la cuisine et dis bonjour à C*, qui est la femme de ménage. En fait, elle fait aussi la bouffe. Soyons clairs: c’est une bonne. (suite…)

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c’qui se passe avec poufiasse ? elle a complètement disparue de la carte, où est-elle allée se foutre ? avec qui ? faudrait songer organiser une battue et pour le moins retrouver son corps, elle mérite peut-être pas de vraies funérailles catholiques, mais un coup on pourrait fermer les yeux et lui chanter l’ave maria en oubliant son passé de catin…

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Bébé Astronaute, 31/05/2010 [Géopolitique du logis]

Une autre fascinante conversation ce matin avec ma vieille voisine indienne. Elle vient me voir dans mon jardin pour me parler de mes fines herbes. Comme d’habitude, je ne comprends rien à ce qu’elle me dit mais elle semble touchée par le fait que je cultive de la coriandre. On dirait qu’elle me demande si toutes les autres plantes sont comestibles aussi. Je lui fais faire un petit tour en lui faisant sentir le thym, la menthe, etc. Elle fait de drôles de gestes qui semblent désigner la cour en général, puis de petits gestes brusques du tranchant de la main vers son poignet. Je la regarde, interloquée. J’ai l’impression qu’elle veut me dire qu’il y a des objets coupants dans la terre de mon jardin. Bon, si elle veut dire que c’est de la terre de remplissage pleine de déchets de construction et que ce n’est pas nécessairement ce qu’il y a de meilleur pour la santé, c’est bon, je suis déjà au courant. Je voudrais lui dire que c’est pas grave, que j’ai mis du bon compost maison et que ça devrait compenser pour tout le goudron, mais je me contente de rester là, bouche bée. Elle passe ensuite aux tomates – elle dit le mot tomato, là on se comprend – faisant le même geste que l’année passée, quand elle disait que mes plants étaient rendus plus grands que l’année d’avant. Après que j’aie fini mon café, je lui souhaite une bonne journée et je pars à l’atelier sur mon vélo.

En tous cas, même si on ne se comprend pas très bien, j’aime cent fois mieux une conversation avec ma vieille voisine indienne qu’avec S*, ma voisine d’en haut, qui est toujours en train d’espionner pour voir si je suis dans mon jardin et qui vient me parler de choses insignifiantes à chaque fois que je mets le nez dehors. C’est drôle comme on parle la même langue mais on ne se comprend pas vraiment plus. Y’a tu quelqu’un qui peut me dire ce que ça veut dire : « il manque juste la gomme dans le front » ? Parce que si c’est supposé être un signe de folie ou quelque chose comme ça, elle devrait se regarder dans le miroir un peu.

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Lou Scandale, 17/05/2010 [Géopolitique du logis]

« – T’es tombée du lit la môme?

- Nan, j’vais à un entretien de travail

- A cette heure ci?! ‘Tain se font plus chier les mecs…qu’est ce que tu bois?

Un Irish Carbomb


- Un café allongé avec du lait s’il te plait.

- Et c’est pour ça que t’as fermé ta chemise aussi loin ? Détends toi c’est pas la fin du monde, c’est pour quoi ce boulot?

- Pour faire du travail. Dans une chaise sur la moquette dans un bureau, dans un immeuble.

- Bon allez fais pas cette tête, ça va marcher j’en suis sûr

… moi c’que j’voulais c’était apprendre l’italien à même le sol…..


- T’as raison on verra bien….merde il pleut et je suis en sandales…tu crois j’ai le temps de changer mes pompes?

- Mais oui, t’es large ! »

Je sais


Maison-chaussures-miroir-face de wtf-porte

Porte.

Porte……

heu…

Hein? Ben allez, go! Hop! Porte!

?

LA PORTE CAWLISSE !

T’es trop loin j’vous entends pas


Et c’est quoi qui pue comme ça d’abord? Merde vous pourriez au moins débarrasser la table de temps en temps c’est tout le temps moi qui me farcis tout dans cette maison…et la poubelle ! Oh non hein mais quand même on est plus des ados à la fin !
Tiens, qu’est ce que c’est que ça? Ah ben oui! Le voilà. Le super collier que je trouvais plus…à sa place derrière l’aspirateur. C’est dingue comme quoi quand on y voit plus clair tout devient évident… d’ailleurs tiens est ce que je rentre encore dans cette petite robe ? J’vais prendre une douche d’abord ca sera plus simple.Oh shit que a fait du bien. C’est la meilleure douche que j’ai prise depuis bien longtemps. Jpense même que je vais me relaver les cheveux avec ce délicieux Fructis aux vitamines et minéraux « colorshot » qui sent si bon qu’on en mangerait.

Quand même, tu nous manques Alain Bashung


Et cette chanson là…comme un Lego…c’est fou pareil. Quand il dit « Comme un Légo avec du sang »…c’est vrai, un Légo ça a pas de sang, d’ailleurs un stylo non plus ça a pas de sang…ou ptet que oui, l’encre, c’est le sang du stylo comme l’eau du robinet c’est le sang du robinet, et que quand tu l’ouvres, tu fais saigner les tuyaux ? Quel poète ! Quelle finesse….je sais pas si jpourrais écrire un truc pareil, aussi vrai, aussi profond…aussi simple finalement. Tout le monde nous fait tout le temps chier avec la complitesse des choses et des situations quand simplement prendre le temps de regarder autour et de voir que tout a finalement un sens. Que c’est beau. Quelle belle journée les amis.
J’pourrais tout faire !!!

Plus rien ne m’arrête. Tiens d’ailleurs allez. Je vais aller tenir compagnie à Angelo du café du coin, il est tellement cool on fera des blagues.

Merde, il pleut.


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Bébé Astronaute, 09/03/2010 [Géopolitique du logis, Territoires troubles]

Vous souvenez-vous du village sous la neige ? C’était à peu près au même moment l’année dernière. Hé bien l’autre fois, avec T*, on est allés vérifier s’il n’aurait pas été reconstruit. On a vite cru trouver une entrée dérobée, entre la clôture et le géant tas de neige, mais on n’y découvrit qu’une bien peu profonde et décevante cavité.

On retourna quand même une autre fois pour voir si le travail avait avancé. Apparemment, pas beaucoup, mais un petit bout de plastique attira toutefois mon attention. Un bac de recyclage, imbriqué de blocs de neige durcie, formait un mur dissimulant vraisemblablement une entrée. Quand même, on n’allait pas défoncer la porte et pénétrer par effraction !

De toutes façon, on s’est dit que c’était sûrement temporaire, le temps qu’il finissent de creuser. Et puis, il n’y avait pas beaucoup neigé cet hiver, ils avaient dû commencer assez tard. Quand même, ils n’allaient pas détruire et reconstruire une palissade à chaque fois qu’ils voulaient entrer et sortir de là !

Ce n’est que plusieurs jours plus tard qu’on découvrit à quel point on avait été dupés. Trop tard, encore une fois, parce qu’un printemps prématuré faisait fondre la glace à une vitesse folle. Les bums eux-mêmes ne se donnaient plus la peine de se cacher : les restes d’une feu éteint gisaient carrément devant l’entrée du fort, béante. On se risqua tout de même à l’intérieur pour jeter un coup d’oeil, vite vite, parce qu’avec toute cette eau qui coulait, on avait un peu peur que le toit s’effondre sur nous.

On était loin de l’Hôtel de glace, mais quand même, l’âtre, les bancs sculptés, les coussins, les bières vides, tout ça, ça donnait une superbe version prolétaire du fameux palace.

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Bon, ça fait une bonne année déjà que je songe à recevoir pour Noël, c’est-à-dire caller un Noël des mal-aimés***. (suite…)

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Le donjon est l’endroit propre et brillant où chaque soir je me repose de ce quotidien délirant. Derrière ses portes de granite ancienne dont j’ignore la véritable ingénérie ou encore l’année où elles furent installées, d’ailleurs avaient elles été utilisées dans un autre endroit avant de devenir les barrières de mon repos? Derrière ces portes toujours entrouvertes, jamais closes, se cachent la tendresse de mon enfance et l’abri du corps d’une femme, que j’aimes. L’endroit est froid et sombre, je ne distingue que la silhouette de ma femme, l’absence de lumière m’oblige toujours à sombrer en moi-même sans aucune autre tâche que de me rappeler, il n’y a pas d’internet de l’autre côté des portes, il n’y a pas de livre ou de crayons, juste moi, mon enfance, ma journée et la femme qui m’aime.

Les souvenirs je ne les laisse pas venir par eux-même, ce ne serait pas sage, je les choisi pas thème et les laisse m’envahir pour les vivre à nouveau. Ce n’est que dans le donjon que je prends conscience de mon nom et mon histoire. Le quotidien délirant est trop éprouvant pour laisser le délir s’étendre jusque dans nos rêves. Quand la nuit tombe je deviens sérieux.

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Bébé Astronaute, 13/07/2009 [Géopolitique du logis]

Pouvez-vous croire ça ? Ce matin, en revenant chez moi avec mon nouveau vélo – j’avais attaché mon autre au coin d’une ruelle ; je l’ai retrouvé tout tordu – j’ai croisé le facteur au moment même où il passait devant chez moi.

Il m’a demandé gentiment si S*W* et F*W* habitaient encore ici. Puis un autre nom dont je ne me souviens plus. Il m’a aussi demandé quel était mon nom à moi et s’il y avait quelqu’un d’autre qui habitait avec moi. Comme ça il n’aurait pas à encombrer inutilement notre boîte aux lettres avec du courrier qui ne nous était pas adressé. Croyez-le ou non, ce gars-là connaît par coeur le nom de tous les gens qui habitent sur sa run ! Et s’il ne le sait pas, quand en a l’occasion, il s’arrête pour le demander. En plus, on a le même nom – lui en version masculine, bien sûr.

On a jasé un peu. Je lui ai dit que ça avait l’air d’une belle job, facteur, il m’a dit qu’il aimait ben ça, pis que je devrais appliquer tout de suite parce que ça prenait ben du temps.

Ça m’a vachement impressionnée tout ça, même si dans le fond, c’est bien normal qu’il connaisse les noms des habitants du quartier. Ça fait trois ans – qu’il m’a dit – qu’il distribue le courrier sur la même run, cinq jours par semaine. C’est sûr qu’à la longue, ça doit venir tout seul, surtout quand il n’y a que ça à faire, lire des noms sur des enveloppes et les associer à des adresses. Mais je n’avais juste jamais pensé à ça. Ça veut dire qu’il doit connaitre le nom de ma vieille voisine indienne ! Pis de la folle à l’autre bout de la rue qui m’a volé ma petite table pliante. Pis du grand black à qui j’ai donné des plants de tomate une fois parce que son petit gars se précipitait toujours dans ma cour chaque fois qu’il passait devant chez moi. Pis de sa blonde qui est vraiment mal assortie, une grosse madame qui a l’air vraiment straight. Pis du petit vieux qui fait quinze fois par jour l’aller-retour entre chez lui et le coin de la rue et qui me dit toujours « ça va être beau ça ! » en parlant de mon jardin. Pis de la folle aux chats. Pis du vieux noir qui ramasse les bouteilles et qui m’a demandé l’autre jour si j’avais un mari pour m’aider. Tout ces personnages que je m’imaginais simplement graviter dans mon décor, ils ont un nom et une adresse. Et le facteur les connait par coeur. C’est fou ! C’est presque le FBI !

J’aurais dû lui demander s’il pouvait ne pas me déposer la maudite publicité de Bell, celle qui vient dans des enveloppes sans logo pour qu’on les ouvre mais dont peut quand même voir le logo à travers. Je ne sais pas s’il aurait accepté.

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Mysterious, 09/07/2009 [Géopolitique du logis, Nouvelles, Pratique]

J’ai mis hier soir entre les mains de L*R*, l’homme derrière Distroboto (est-ce lui, dissimulé dans ces machines, qui actionne leurs mécanismes?), nos derniers exemplaires des fascicules du FAS suivants : « Probable, mais dégage » et « Hé, hé, hé… » Ils seront donc disponibles sous peu dans un distroboto près de chez vous pour la modique somme de $ 2.00 et ne seront sans doute pas réédités. La plupart des fascicules du FAS peuvent toutefois être toujours commandés sur le site du Pressier qui en possède les ultimes exemplaires.

J’en profite pour saluer le sens élevé de la géopolitique du logis de L*R* qui vit dans un univers envahit de fanzines, car, en plus de les distribuer, il les archive. Chez lui, ça sent l’encre et le papier : le doux parfum de l’autoédition.

De la théorie à la pratique

Le FAS passera bientôt à l’action (stupide). Ses activistes seront contactés en temps et lieu. De nouveaux fascicules devraient aussi être réalisés sous peu.

Sur l’autre continent (pas de plastique)

Un exemplaire d’un de nos fascicules s’est, par ailleurs, rendu en France dans les archives de la Fanzinothèque, un organisme qui récolte des zines depuis une bonne vingtaine d’années.

Serait-ce l’occasion d’embrigader la belle jeunesse de l’Hexagone?

Le FAS est un organisme international que ne saurait arrêter aucune frontière.

FAS vaincra!

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Bébé Astronaute, 03/07/2009 [Géopolitique du logis, Mourir au Canada]

Je vous ai déjà parlé de ma vieille voisine indienne ? Elle est toujours là, sur le balcon, à surveiller les enfants. Elle ne parle ni français ni anglais, du moins pas plus que quelques mots, et j’imagine qu’elle doit souffrir parfois d’une terrible envie de communiquer avec d’autres personnes que les seuls membres de sa famille. De temps en temps, on se fait des petits brins de conversation ensemble, chacune dans notre langue, sans vraiment se comprendre. Dans le fond, ça ou dire salut ça va à ma voisine d’en haut, pour moi, c’est du pareil au même : un petit geste de bon voisinage, tout simplement. J’avais déjà réussi à déduire, à force de simagrées, que la vieille indienne voulait m’emprunter un râteau, mais là… J’étais en train d’attacher mes plants de tomates à leur tuteur en me disant que les coquilles d’oeufs, ça avait ben marché en ta cette année, quand elle s’approche et commence à me baragouiner quelque chose. Bien sûr, je ne comprends rien, mais je lui réponds quand même en français : ah oui, ils sont vraiment plus grands que l’année passée ! Dans l’embrasure de la porte, bébé au bras, sa fille me répond : c’est vrai, c’est ce que ma mère vient de dire…

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