Adolescent j’ai commencé à m’intéresser à la Science Fiction. J’adorais (et adore toujours) tous les médias culturels (livres, BD, manga, films) utilisés par la SF pour assouvir ma soif de connaissance et d’évasion. La SF regorge de sous-genre, et après une période « héroïque-fantaisie » je me suis plus particulièrement plongé dans les récits post-apocaliptique et cyber-punk mais ce qui me touchait le plus était les romans d’anticipations. Je me délectais du « meilleur des mondes », « 1984″ ou autres « Globalia ». Ce qui me plait dans tous ça c’est cette capacité à critiquer notre société présente sous l’apparence d’un futur proche pas si fantasmé que ce qu’il parrait. En cela je ne peux que vous conseiller le merveilleux livre de Alain Damasio « La zone du dehors ». Bref ces écrits ont aiguisé mon esprit critique et m’ont amené à lire des essais socio-politiques souvent encrés dans la mouvance écolo-anarchique.
Venons-en au google. Il y à quelques semaines je lisais « Les yeux d’oedipe » de Frédérique Metz qui est un essai sur l’évolution de notre rapport au monde à travers l’omniprésence de google. En voici la première page :
« Il n’est pas sûr que nous mesurions bien la puissance du google, ni les conséquences proches, brusques, considérables, qui de cette puissance vont surgir bientôt. La puissance du google est aujourd’hui faible et limitée encore, pour la raison qu’elle ne s’exerce jamais que par les mots. Le google, même s’il en donne, ne se nourrit pas encore d’images. Il en livre, en propage et transmet, mais ce n’est pas lui-même qui les reconnaît ; ce n’est pas lui- même qui nomme. Le google ne voit pas encore. L’apparition d’un oiseau inconnu, d’un tableau inconnu, d’un homme inconnu, lui résiste encore. Il ne peut rien m’en dire tant que je ne lui donne pas leur nom. Il veut leur nom. Il me faut connaître moi-même leur nom et le lui donner. Même le google-images, en réalité, passe par les noms : il ne reconnaît pas lui-même Joyce sur la photographie qu’il nous livre de Joyce. Il ne la sort de ses tiroirs, si nous lui demandons une image de Joyce, que parce que le mot « Joyce » est en légende, attaché, ou que la photographie a été enregistrée sous ce nom — un œil, humain encore, l’a reconnu pour lui. »
Ce matin en lisant mes courriels, l’ami qui m’avait envoyé « les yeux d’Œdipe » m’envoyait simplement ce lien : http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/04/05/google-presente-un-prototype-de-lunettes-connectees_1680586_651865.html#xtor=RSS-3208
Mopheus était donc bien un prophète en disant à Néo : « La Matrice est universelle. Elle est omniprésente. Elle est avec nous ici, en ce moment même. Tu la vois chaque fois que tu regardes par la fenêtre, ou lorsque tu allumes la télévision. Tu ressens sa présence, quand tu pars au travail, quand tu vas à l’église, ou quand tu paies tes factures. Elle est le monde, qu’on superpose à ton regard pour t’empêcher de voir la vérité. »
À bon entendeur, salut.
Lundi, mon association d’univercécitaires vote l’enclenchement de la grève générale illimitée dans un théâtre. Se questionnant sur la chose, un a dit à l’autre que c’était approprié. L’autre a demandé pourquoi, et un a répond qu’on jouait des rôles. Sa remarque, ceci dit, soulignait plus de subtilités si on s’y attardait. L’autre, et l’un, ne s’y sont pas attardé. Machine démocratique spectaculaire et clowns. Amener son masque de la comedia del arte et poser « les questions-doutes qu’il faut » et être un groupe, avec tous les clichés. Quelque chose comme Alex et ses droogies, mais en plus coloré. _
Aussi, È.L. dans un cours de « pratiques sociales et politiques de l’art » parlait des activités des membres de l’IS, qui prenaient, autour de l’idée de Dérive, la carte de Londres pour s’orienter dans Paris. Ils tentaient de suivre les routes de l’une dans l’autre, exploraient les différentes critiques qu’on pouvait en sortir. Ils se droguaient dans ces Dérives, et quelques uns n’en sont jamais revenus. Je me plais un peu – pas trop, pas vraiment en fait – à me dire que s’ils rencontraient une masse non-négligeable d’eau, ils n’évitaient pas la noyade et redevenaient poissons en désertion. _ Peut-être refaire la chose avec une vieille carte d’un pays en guerre, avec des choses qui explosent pour contrecarrer les murs empêchant le 100% de l’exploration. Des choses comme ça. Ou avec un pouvoir d’abstraction sur-réel. _
Dans une même logique, j’ai rêvé que des membres d’une organisation secrète intra-gouvernementale me chassais à la sortie d’une chambre de théâtre; je disparaissais du réel et mon état d’abstraction était tel qu’il remettait en doute la fiction dominante. Lors d’un combat digne de la matrice, je remarquais qu’effectivement, mes mouvements contribuaient à l’effacement de mon corps dans le temps, dans la fiction spatio-temporelle.
O
Un papier jauni avec du papier collant et un coeur rouge dollorama sous le papier collant qui ne colle plus, se lit comme suit. Trouvé dans une station souterraine;
« Brittany
Enjoy your last Saturday being 19.
Next Saturday you won’t be a teenager and will have to eat low fat yogurt. Love, Your Mom. LOL! »
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Et dire que je prévoyais parler du rapport particulier que j’entretiens avec ma chatte.
Histoire de mousser la popularité du FAS, ça fait un bon moment que je songe à écrire un COOL IS CLASS WAR qui parle de sexe. Alors quand ma blonde m’a dit qu’elle commençait la rédaction d’une thèse sur le speed-dating, j’ai tout de suite su que je n’étais pas loin du compte… mais loin d’avaler cette couleuvre. (suite…)
à la relecture du horla, pas lu depuis mon adolescence, j’éprouve non plus un simple sentiment de terreur, mais un agréable sentiment de complicité et de soulagement. les premières 20 pages me parlent directement, elles font allusion à ces moments où sans raisons concrètes l’angoisse monte en flèche dès le coucher du soleil, moments nocturnes où les comportements irrationnels et les terreurs enfantines me piochent la tête. cette angoisse, la même qui, lorsque je m’éveille couvert de sueur, me fait allumer une veilleuse dans la cuisine et la salle de bain, me tient en éveil jusqu’à l’aube en me torturant l’esprit avec mes problèmes, mes doutes, mes échecs. l’individu néfaste, se faire égorger ou étouffer, se faire observer, juger, triturer comme des doigts sales sur un bouton d’acné. j’y pensais aujourd’hui, assis dans mon bureau cloisonné, en tapotant le clavier d’ordi. ce bureau sordide, de ville d’anjou, où sur le boulevard Louis-Hippolyte Lafontaine je suis payé temporairement un prix surévalué à saisir des données assez inhabituelles. nouveau prix circulaire en vigueur le premier février: cerveaux bleus en jujube, 4.95$ le paquet…
« Es-tu Français ? »
« Ben oui, c’est clair, heille, j’rentre chenous le soir, première affaire qu’euj fais, c’est cartonner vachement, toé ? »
Il est 3h du matin. Un bruit inquiétant me tire du sommeil, semblable au cliquetis des chaînes d’un spectre traînant entre le monde des vivants et celui des morts. À mesure que les brumes se dissipent, je distingue plus clairement ce bruit métallique qui semble bien réel et ma foi, pas loin du tout. Je me tortille un peu et j’attrape mes lunettes à tâtons. Réussissant à m’extirper du lit, je me dirige à pas feutrés vers la porte d’entrée, encore un peu endormie. Puis je me réveille d’un coup sec. Le cliquetis de chaînes, c’est un voleur qui essaie de s’emparer de mon vélo. Sans réfléchir, j’ouvre la porte en criant « heille tabarnak » et j’entreprends de poursuivre le voleur, qui détale comme un lapin. Alors qu’il disparaît au coin de la rue, je m’arrête sur le trottoir après quelques pas et fixe le regard sur mes orteils. Je réalise que je suis nu-pieds, et qu’il serait bien idiot de laisser la porte de l’appart grande ouverte au milieu de la nuit alors que je suis aux trousses d’un vulgaire voleur de bécyck. Une chance que je dors en pyjama.
C’est drôle les réflexes, je n’ai même pas pensé à ramasser la pelle de planting sur le crochet avant d’ouvrir la porte. Quand même, le gars aurait pu avoir un pied de biche dans les mains. En rentrant, je suis un peu nerveuse. Je me demande ce que j’aurais fait si quelque chose de vraiment grave était arrivé. Genre, un gars qui essaie de rentrer chez nous. Est-ce que j’aurais eu le guts d’appeler la police? Ha ha! La police! Il faudrait que ça soit vraiment grave – un cas de 911 genre – pour qu j’appelle la police. Sans ça, il sont bons à rien. Ce qui est drôle aussi, c’est que le gars qui voulait voler mon vélo, dans le noir, ressemblait un peu à mon ami T*, en un peu plus grand et un peu plus costaud. T*, si vous voulez savoir, ressemble quand à lui au gars couché dans un lit d’hôpital sur les paquets de cigarettes. Je m’imagine au poste, en train de dresser un portrait-robot, demandant aux policier s’ils ont des cigarettes.
L’avantage de se tenir dans un bar de retraités, c’est que tout le monde s’en crisse. Tant que la bière ne soit pas trop chaude.
Quelques jours avant la St-Patrick, on m’a donné une idée grandiose : fêter la St-Patrick et faire boire de la bière verte à nos amis retraités burkinabè (prononcé BOUR-ki-na-bé, je n’arrive jamais à m’y faire).
Le plan était de filmer ce joyau de l’échange culturel parce que la bière émeraude serait si belle à l’écran. Pour ça, il fallait que les vieux arrivent un peu plus tôt que d’hab, sinon on aurait pas assez de lumière. On a donc prévenu tout le monde qu’on payait la première tournée, pourvu que tout le monde accepte de la boire verte. (suite…)
Hier j’ai bu comme un trou avec J*. J’aurais pu m’en passer : la soirée n’en valait pas vraiment la peine. Enfin, aujourd’hui j’suis décrissé comme des bottes d’armées après avoir été portées pendant dix ans par un punk squeege natif d’Amos. Pas beau à voir. Mais j’ai été réveillé par une note d’espoir, et j’ai repris goût à la vie. J’étais encore couché quand le téléphone a sonné. J’ai tendu le bras sans me lever et j’ai répondu : « Oui » (c’est généralement comme ça que je réponds au téléphone). Une jeune fille à la voix plutôt aiguë et un brin nasillarde (un peu comme la voix d’une nazie de 0,914 mètre) m’a dit qu’elle était une bénévole s’impliquant dans son quartier. Puis elle m’a parlé de la violence dans la rue et de la difficulté de vivre. Je l’écoutais parler et je me disais qu’elle était sûrement rousse et frisée avec des grosses lunettes, dans le genre pas très jolie, mais avec quelque chose d’un peu sexe (si vous voyez ce que je veux dire). Puis elle m’a demandé si je croyais qu’il y aurait un jour la paix sur Terre. J’ai répondu que je ne savais pas. Elle a continué en me parlant de la Bible, ce livre aujourd’hui négligé, mais qui a tant de choses à nous enseigner. Elle m’a aussi dit qu’« eux » (soudain elle s’était mise à parler au nom d’un groupe) pouvaient me dire exactement quand il y aurait la paix sur Terre. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne pouvais pas m’empêcher d’imaginer la paix sur Terre comme une sorte de décor de Télétubbies, quelque chose avec des arbres roses, des éléphants en carton et des papillons géants. Ça ne me tentait pas vraiment… Puis elle m’a demandé si je voulais qu’« ils » déposent de la documentation sur le sujet dans ma boîte aux lettres. J’ai refusé. Elle m’a remercié d’avoir pris le temps de l’écouter. Puis elle a raccroché. Là, je sais pas, j’ai un peu l’impression d’avoir manqué quelque chose. Il y avait peut-être des jolies illustrations dans sa documentation. Quelque chose que j’aurais pu coller sur mon frigo à côté de mon calendrier de Justin Trudeau. La vie est faite d’occasions manquées. Pour me changer les idées, j’ai lu un album de Babar. Ça c’est une belle journée.
En allant travailler à pied pour profiter du soleil, j’ai eu à suivre la plus petite naine qui promenait le plus gros chien. Je me suis dit: Cette naine est tellement plus petite que son chien qu’il pourrait la violer facilement. Je me suis ensuite demandé si tous les conservateurs qui font du lobbying contre les fanzines et autres bd underground n’avaient pas eu un peu raison à l’époque… puis j’ai pensé à l’internet… puis à cette information lue dans l’histoire de la sexualité de Foucault , sur les descriptions pointilleuses qu’avaient du écrire les prêtres du moyen age pour faire la gestion de toute la variété des péchés de nature sexuelle. Puis j’ai laissé faire, parce qu’il faisait soleil et les rayons chauffaient doucement et V* venait de m’envoyer un texto charmant.
J’écoute Jimmy Hunt, et je pense à toutes ces figures de styles dont j’ignore le nom:
Mariane doit partir tout l’été
travailler dans le WisconSIN
J’vais devoir me masturber
tous les jours en rêvant à ses MAINS
Comment on l’appelle celle là? Celle qui essaie de faire croire aux auditrices de radio Canada qu’un gars qui se fait barrer des Iles de la madeleine puisse se branler en pensant aux mains d’une fille? Quel sens de la formule quand même. Si seulement je pouvais écrire autre chose que des courriels, des status, des lignes de chat facebook et des textos…
Bobo, c’est un peu l’équivalent burkinabè de la ville de Québec. Un peu à l’extérieur de la ville, on peut trouver le village de Dafra. Là, on peut trouver un endroit assez glauque qui ressemble à un mélange entre les gorges de Coaticook et le repaire du colonel Kurtz dans Apocalypse Now.
En vrai, c’est un lieu sacré où l’on trouve des poissons géants, à qui l’on peut lancer des poulets. Des crisses de grosses barbottes finalement. L’endroit est glauque à cause de tout le sang et les plumes de poulet qui traînent partout. Quelques peaux de mouton aussi qui restent d’anciennes offrandes… (suite…)
J’ai reçu, la semaine dernière, un communiqué de presse de Vues d’Afrique, daté du 20 décembre 2010. On y annonce une semaine audiovisuelle toute québécoise, qui se tiendra à Ouagadougou, superbe capitale du Burkina Faso. J’étais particulièrement heureux d’y apprendre qu’on allait y présenter Journal d’un coopérant de Robert Morin. Je ne l’ai pas encore vu ; j’avais déjà fait mon deuil de le voir sur grand écran et sa sortie en DVD n’a pas eu lieu avant que je n’attérisse en Afrique ( un beau pays, paraît-il).
Je parcours le communiqué de presse de Vues d’Afriques : du grand n’importe quoi. D’abord, il fait 9 pages. Ensuite, j’y trouve les c.v. des réalisateurs qui vont présenter leur film (littéralement, en copier-coller). Par contre je ne suis pas foutu d’y trouver la programmation. Okay. (suite…)
Yesterday I ended four months of wandering , finally moving into the apartment that B * I yielded. We also took the opportunity to move Mjack – who has just separated from Spirit – in a former crack house. Apart from a real punk. Perfect for drinking vodka in repainting the walls of vomit; also perfect to bring girls in art at home. In addition, this room is also the workshop WAW guy, which should appeal to girls in art. Anyway, after the move, we joined a few in my new apartment to drink shots and then eat between boxes. It’s still afternoon, but the plan is clear: we are going to wipe the face. We attack the vodkas pickles and pastis, beer, wine, pastis … There B * talking Taoism and teen punk in Monaco. There are L * L * gives me a comic with naked girls in it. Tonsil ago seeking his smokes in the trash. Other friends (C * F *, CA *, O *, T *) will join us soon. We begin to dance between the boxes. Amygdala said: « We’re going home: we will be able to put the music louder, the better to feast. » There, we dance, we roll on the floor, it broke a globe. Then Amygdala – official leader of the party – said: « There is a festival of Satanists tonight, here we go! « - Which can be attracted by a concept as silly? It takes place in a kind of flat, near the old railway yard of Outremont, in an old area of warehouses and factories, which of course condoifie. Before the party of Satanists, there is a Jewish school. Drunk people are sprawled on his marches and fireworks to smoke. The party of Satan, in fact, a sort of party of hipsters. People watch the show kind of noise grind, without moving, with a seriously depressing, with the air of bored, but Amygdala, he, with his legendary sense of the epic, he will dance in front soon joined by a sort of giant bisexual who seems determined to fuck (that guy is not there size pipes, fuck it: it is clear). Then it’s a bit confused. On leaving the show There’s a Satanist (the same giant?) That lifts me up in the air for no reason and project myself violently on the ground. It hurts, but I can not blame him too much (after all, I am activist Action Front stupid) gesture is so unfounded. I can not help but say it is for him a way to laugh at life, to act arbitrarily, smiling. I try to explain it to F *, which would tend to go and fight with the type – there has not really my point of view, probably with good reason. The result is even more blurred. There’s slut and Rhâââ arriving unexpectedly (again, there is still a big bunch of activists FAS Mysterioux, Amygdala, Mjack, Rhâââ, slut …). I’m obsessed with the idea of going to continue the party in the former railway yard in Outremont. We meet in a fortnight rather long staircase that climbs along a brick building. Then we talk about dancing with cougars in the Taverna. Worse yet there is really blurred. I get lost in the night (the night when you change an hour – and I suspect myself lost in time lost from the time change). I boarded a taxi driver freaks me out. I wander again. And as if by magic, I find myself finally at the exquisite C *. I rang. That answers it. I’m leaving. I want to call him. I find no cab. I say it’s too stupid, I want to sleep with her, the worse I have no strength to go home. I return home. I rang. She responds. It just happens. She looked into the night. I feel a bit dumb to have panicked.Tears and tenderness.
Yeah, this morning wrote about Tonsil F * it felt a little betrayed and ambiguous. It is true that Satanism is not what it was.Worse I suspect secretly regret not having played a little (just a little bit) the game with the giant bisexual. I am especially comforted to be intact and somewhat fascinated by the improbability of the evening. You tell me it’s just another story cooked, you’ll probably just right, but maybe it’s also pretty hilarious daily. FAS victorious!
Hier, j’ai mis fin à quatre mois d’errance en déménageant enfin dans l’appartement que B* m’a cédé. On en a aussi profité pour déménager Mjack – qui vient de se séparer de Spirit – dans un ancien crack house. Un vrai appart de punk. Parfait pour boire de la vodka à en repeinturer les murs de vomissure ; parfait aussi pour ramener des filles en art à la maison. En plus, cet appart, c’est aussi l’atelier des gars de WAW, ce qui devrait plaire aux filles en art. Enfin bref, après le déménagement, on se rejoint quelques-uns dans mon nouvel appart pour boire des coups et puis bouffer entre les boîtes. C’est encore l’après-midi, mais le plan est clair : on va se torcher la face. On attaque aux vodkas pickles, puis pastis, bière, vin, pastis… Il y a B* qui parle taoïsme et adolescence punk à Monaco. Il y a L*L* qui m’offre une BD avec des filles à poil dedans. Il y a Amygdale qui cherche ses clopes dans la poubelle. D’autres amis (C*, F*, A-C*, O*, T*) nous rejoignent bientôt. On commence à danser entre les boîtes. Amygdale dit : « On va chez moi : on va pouvoir mettre la musique plus fort, faire mieux la fête ». Là-bas, on danse, on roule par terre, on éclate un globe terrestre. Puis Amygdale – leader officiel de la soirée – dit : « Il y a une fête de satanistes ce soir, on y va ! » – qui ne peut être attiré par un concept aussi débile ? Ça se déroule dans un genre d’appart, tout près de l’ancienne gare de triage d’Outremont, dans une ancienne zone d’entrepôts et de manufactures, qui bien sûr se condoifie. Devant le party de satanistes, il y une école juive. Des gens saouls sont affalés sur ses marches et y fument des pétards. Le party de sataniste, en fait, c’est une sorte de party de hipsters. Les gens regardent le show de genre de noise grind, sans bouger, avec un sérieux déprimant, en ayant l’air de s’emmerder, mais Amygdale, lui, avec son légendaire sens de l’épique, il va danser en avant, bientôt rejoint par une sorte de géant bisexuel qui semble fermement décidé à l’enculer (ce mec-là y taille pas des pipes, il encule : c’est clair). Ensuite, c’est un peu confus. À la sortie du show y’a un sataniste (le même géant ?) qui me soulève dans les airs sans raison et me projette violemment sur le sol. J’ai mal, mais j’arrive pas trop à lui en vouloir (après tout, je suis activiste du Front d’action stupide) : son geste est tellement infondé. Je peux pas m’empêcher de me dire que c’est pour lui une façon de se rire de la vie, d’agir arbitrairement, le sourire aux lèvres. J’essaie d’expliquer ça à F*, qui pencherait plutôt pour aller se battre avec le type – y comprend pas trop mon point de vue, sans doute avec raison. La suite est encore plus floue. Y’a Poufiasse et Rhâââ qui arrivent inopinément (là, on est quand même un gros paquet d’activistes du FAS : Mysterioux, Amygdale, Mjack, Rhâââ, Poufiasse…). Je suis obsédé par l’idée d’aller poursuivre la fête dans l’ancienne gare de triage d’Outremont. On se retrouve plutôt une quinzaine dans un long escalier qui grimpe le long d’un immeuble en briques. Ensuite, on parle d’aller danser avec des cougars à la Taverna. Pis là c’est encore vraiment plus flou. Je me perds dans la nuit (c’est la nuit où on change d’heure – et je soupçonne m’être égaré dans l’heure perdue du changement d’heure). Je monte dans un taxi ; le chauffeur me fout dehors. J’erre encore. Et comme par magie, je me retrouve enfin chez l’exquise C*. Je sonne. Ça répond pas. Je pars. Je veux lui téléphoner. Je trouve pas de cabine. Je me dis : c’est trop con, je veux dormir avec elle, pis j’ai plus la force de rentrer chez moi. Je retourne chez elle. Je sonne. Elle répond. Elle arrive tout juste. Elle me cherchait dans la nuit. Je me sens un peu con de l’avoir fait paniquer. Larmes et tendresse.
Ouais, ce matin Amygdale a écrit sur F* qu’il se sentait un peu trahi et ambigu. C’est vrai que le satanisme n’est plus ce qu’il était. Pis je le soupçonne de regretter secrètement d’avoir pas joué un peu plus (juste un p’tit peu) le jeu avec le géant bisexuel. Moi, je suis surtout rassuré d’être intact et un peu fasciné par l’improbabilité de cette soirée. Vous allez me dire que c’est rien qu’une autre histoire de cuite, vous aurez sans doute un peu raison, mais c’est peut-être aussi pas mal ça le quotidien délirant. FAS vaincra !
«Celui qui offre des sacrifices à d’autres dieux qu’à l’Éternel seul sera voué à l’extermination». Exode 22 : 20
Avez-vous remarqué que nos braves militants du FAS ont tendance à se liquéfier pendant l’été? Certains vont jusqu’à parler de «déprime» (hihihi-hahaha-hohoho!) Rassurez-vous chers lecteurs, il n’en est rien. En fait, j’irais jusqu’à dire que les membres en règle sont alors au zénith de leur forme. Je m’explique.
Alors que j’en étais encore à mes premiers balbutiements sur le FAS, j’avais osé écrire un article dans lequel j’avais qualifié mon quotidien délirant de «gothique». N’en déplaise à Bosch, je doute que le délire fascien ait quoi que ce soit à voir avec l’angoisse de la damnation : après tout, FAS vaincra! Non, s’y j’avais à associer notre style de vie à une culture, ce serait peut-être quelque chose comme l’esprit juif. Enfin, celui que Dostoïevski décrit dans ses fameux Carnets de la maison morte. Peut-être vous souvenez-vous (ou pas, peu importe) de cette scène où un prisonnier juif célébrant le shabbat «feint» la tristesse la plus poignante en récitant les prières coutumières pour subitement, l’instant suivant, éclater de la joie la plus exalté qui soit. Eh bien! Je crois que cette scène dépeint assez bien l’âme fascienne.
Le FAS bipolaire? C’est une interprétation plausible. Pour ma part, j’y vois une nouvelle esthétique, une forme d’exotisme intérieur.
Dommage qu’on ne s’intéresse pas vraiment à l’histoire du FAS. On saurait alors que le FAS est né spontanément lorsque, simultanément et à plusieurs endroits sur Terre : un individu louche pataugeant d’in trou d’bouette aperçu la lumière; un halluciné pris la décision d’être communiste pendant une journée ; un groupuscule terré dans un repère-labyrinthe et propulsé par l’alcool cheap décida de se dévoiler au grand jour afin de militer pour le retour du train dans une banlieue; le zepoulpe remplaça subrepticement les cadavres de nos aînés comme ingrédient de base du pablum. Qu’ont en commun tous ces événements sans lien apparent? Je dirais la déchéance achevée, la prophétie de la victoire finale et la totale acceptation de sa vanité. L’essence du FAS quoi!
Mais la chair est faible. Elle tend à succomber paresseusement au désespoir, elle se tourne alors vers de fausses idoles : «vérité», vie de famille, vidanges, V… C’est au plus sombre moment de son insigne existence, lorsque l’homo fascius croit n’être plus qu’une coquille vide que se manifeste en lui avec l’attirance d’un veau d’word qu’on embroche (veau d’or… non ? ah bon…) ce cri de pirate : FAS vaincra!
Alors pleurez mes amis, pleurez! Je sais que vous sentez alors plus que jamais cet appel qui tonne au fond de votre cœur, ce tropisme intérieur qui vous propulse vers les continents inexplorés. Pleurez, car je vous sais en train de vaincre…
À cheval sur ma bécane, je dévale à toute allure la côte Berri (je roule si vite que le ciel devient rouge). J’attache mon véhicule au premier poteau d’acier venu, je passe ma main sur mon front pour en retirer la sueur et je m’engouffre dans la station d’autobus voyageur, juste à temps pour attraper Poule de luxe et Fonny Gozier qui s’apprêtent à partir mourir ailleurs au Canada. Ils me filent les clefs de leur appartement, tout juste acquis à Saint-Henri, m’embrassent chaleureusement (leur amitié m’émeut – je suis un tendre) et disparaissent valise en main dans leur autobus. J’ajoute leurs clefs à mon trousseau, puis je repars sur ma bécane.
Le soleil me brûle le crâne. Des auréoles de sueur grandissent sous mes bras. Je remonte la ville. Bientôt, j’arrive chez T* et Bébé Astronaute dans la Petite Patrie. Je sors mon trousseau de clefs et j’ouvre leur porte. Par terre dans leur salon, mon sac de couchage déroulé et quelques effets personnels. Je récupère le tout. Bébé revient le jour même (de mourir ailleurs au Canada) et je veux lui laisser son appartement et les bras musclés de T*. Je repars.
Je roule encore. J’arrive chez moi, dans Villeray, ou du moins dans ce qu’il y a peu était encore vraiment chez moi. Je sors mon trousseau de clefs. J’ouvre la porte. J’ai l’impression de marcher dans un appartement fantôme, dans un lieu du passé, où tous les signes de ce que j’ai pu être, jour après jour, me semblent de plus en plus abstraits – c’est bien là que je dormais, toujours avec la même personne, toutes les nuits ? Je ne suis plus sûr de savoir ce qui m’attachait tant à cette personne et à ce lieu, ça me dégoûte et la nausée me monte à la gorge. Je retire mon t-shirt humide, me passe une serviette sur le corps, enfile un autre t-shirt, récupère quelques effets personnels et m’apprête à repartir lorsque – soudain – j’entre dans mon bureau, prends un gros crayon feutre vert fluo et cours dans la chambre y dessiner sur le mur une gigantesque hermine (ou une belette, ou je ne sais quel autre mustélidé) à la bouche baveuse, et je repars.
Quelques minutes plus tard, toujours dans Villeray, j’ouvre la porte de B*, qui m’a refilé ses clefs le matin même, avant de partir chanter du côté de Tadoussac au milieu des carcasses de baleines en putréfaction (est-ce cela, mourir au Canada ?). Je m’assois derrière le bureau de sa chambre, face à sa fenêtre ouverte. Dans ma poche, mon trousseau de clefs pèse lourd. Je me dis qu’aucune porte ne peut me résister, mais j’ai vraiment l’impression d’être nulle part. Est-ce ça, le nouvel exotisme ? J’habite un territoire trouble. Je me perds dans ma cartographie subjective, allant dans toutes les directions à la fois. Demain, je ne sais pas, j’irai peut-être à Saint-Henri. J’ouvrirai les portes de l’appartement de Fonny et Poule. Ils viennent tout juste d’y arriver. Leurs boîtes ne sont pas même ouvertes. C’est un espace en transition, aux frontières poreuses – l’occasion de se laisser couler vers l’ailleurs ? Je crois que je me coucherai en boule dans un coin et que lentement, je me liquéfierai.
le gamin qui a vomi dans la piscine, hier, il était encore là ce matin… coudonc criss… c’est dégueulasse, ils le font exprès, il va pas s’y remettre… j’ai entendu le père dans le vestiaire, il disait à qui voulait l’entendre que son fiston devait pas rester traumatisé, que dans ce temps là il faut vite remonter… il voulait surtout se justifier d’avoir ramené le gamin alors qu’on a vidé des tonnes de litres d’eau infestés de vomi, hier, par sa faute. j’adore certains enfants, mais pas quand ils vomissent dans l’eau de piscine, un jour de canicule… « mon fiston doit pas rester traumatisé, dans ce temps là il faut vite remonter »… remonter ? ah plonger, tu veux dire, innocent…
Rarement mon quotidien n’a été aussi mal vécu et peut-être n’a-t-il jamais été aussi propice à l’écriture de Cool is Class War. En fait, j’en écris continuellement dans ma tête et des bons, des très bons mêmes : des histoires d’une tristesse inouie, mais regorgeant d’improbables péripéties, de ces récits où on pleure en riant, où on se rit de la vie pour moins souffrir. Pourtant, ils restent dans ma tête, bien à l’abri entre les plaques de ma boîte crânienne. Souvent, je me frappe l’os frontal et me gratte le pariétal, me disant : mais cela renferme du Grand Art, les articles du FAS que vous avez toujours voulu lire, le quotidien le plus délirant qui soit. Je n’enfonce pas pour autant mes doigts entre mes fontanelles pour m’ouvrir le crâne à deux mains et en extraire ces histoires. Elles concernent des choses qui m’importent beaucoup trop et une personne qui a vraiment trop d’importance pour l’affubler d’un pseudonyme et étaler sa vie privée, même fictionnalisée, au grand jour. Je ne sais pas. Quelque chose s’est brisé. Soudain, je me méfie de l’ironie.
L*, 11 ans, porte un T-shirt sur lequel est écrit : « Video games ruined my life. Good thing I have two extra lives. » Après une petite remarque amusée de ma part, L* me confie d’un air songeur : « Si j’avais trois vies, je gaspillerais la première à jouer à des jeux vidéos. La deuxième, je la dédierais à ma carrière, et la troisième, à faire la révolution. »
effluves d’été, vent doux et chaud, sifflement tel celui de la tune de scorpions faisant allusion au vent. la pièce joue justement sur la radio portative du vieux en jogging qui nourrie les mouettes. ton st-guillaume fait scouic scouic sous la dent, tu fais des mélanges incongrues dans ta bouche, la glace de ton fond de verre de café glacé, une tomate séchée, pendant que coco acto t’en passe des vites, tu cherches dans ton jeux de cartes des doublons ou des triplons, mais finalement t’es plus intéressé par le requin 3D qui se trouve dessus. wharg !!! tu bouges la carte et sa grosse gueule veut t’avaler tout rond. merveilleux jour de pseudo-été au parc jarry, quand soudain tu entends des voix graves et fortes murmurer des mots qui ne sont pas doux à ton oreille… scrotum… testicules… c’est l’intestin grêle, non tu te trompes, il a la aorte de travers, tu dois d’abord lui écarter la jugulaire… le muscle dartois, il avait le fascia spermatique externe déplacé. oui le scrotum se fond dans la peau de l’abdomen…. c’est comme le monde qui parlent au cinéma, comme ceux qui marchent sur toute la largeur du trottoir quand t’es pressé. en leur expulsant d’un trait une pluie meurtrière de brisures de glace de café latté j’ai hurlé « la bouffe est toujours aussi dégueulasse dans cet hôpital ». je les ai entendus murmurer que toute la vulgarité des truckers peut s’éprouver dans les parcs les plus feuillus de la part d’individus en apparence tout à fait fréquentables.
Bon, ça fait une bonne année déjà que je songe à recevoir pour Noël, c’est-à-dire caller un Noël des mal-aimés***. (suite…)
Chère Maman, (suite…)
Je n’ai pas d’idées précises, c’est plutôt une émotion, une intuition, une vague vision, que je développe, en tâtonnant; c’est que je n’ai pas de mémoire, pratiquement aucune, j’oublie tout, chaque détail, les raisons, les gens, leurs histoires, tout comme mes cours d’histoire, ma culture générale, les règles des jeux de cartes, les livres et films que je regarde, sauf ceux visionnés cent fois, encodés par la force. les visages me disent quelque chose, j’essaie de comprendre d’où ils me viennent, qu’est-ce qu’ils me signifient, il faut qu’on m’aide à me souvenir. Je ressens un vide cervical, dans ces moments là, il faut que je me frotte le dessus de la tête avec vigueur, comme pour stimuler quelque chose, ce qu’il reste, ce qui fonctionne encore. Est-ce que j’ai pris trop de drogue ? Est-ce ma tête qui cherche à me protéger de mes pires souvenirs, ou est-ce que j’ai juste trop bouffé de sandwichs emballés dans du papier d’aluminium ?! Comme ma grand-mère, vais-je finir sénile, alzheimer, radotant, inquiet et agressif. Je lis «un roman français» de Beigbeder, il parle justement de son amnésie, et comme moi, il en souffre. Puis il y a ces gens oubliés qui pensent qu’on se fous d’eux, que c’est par snobisme, par mauvaise foi, si on se souvient plus de les avoir frenchés en secondaire 4. pourtant ça n’a rien à voir, c’est comme s’il faut vraiment que ça brasse fort pour rester imprimé et si ça brasse trop, on l’oublie aussi. Ça me réconforte de ne pas être seul à oublier, je ne me souviens absolument pas de mon enfance et j’ai perdu des grands bouts de mon adolescence, alors il y a cette phrase tout de même qui a attirée mon attention et retenue mon approbation, dans la lecture du Beigbeder, elle parle de la musique, cette musique qui, profonde et hallucinante, sait mieux que n’importe lequel exercice de mémoire, faire remonter des vagues de souvenirs enfouies dans les abysses de ce drôle d’intestin crânien, où tout à coup des bribes de conversations ou d’émotions vives, reliées à un passé incertain, ressurgissent sans qu’on ne comprenne trop pourquoi tout à coup, ça y est… il est écrit «la musique reste mon véhicule temporel préféré, le plus rapide moyen de ruminer le passé : je suis convaincu que ma collection de 45 tours grésillants contient l’histoire dont mon cerveau m’a dépossédé.» Pour avoir souvent pleuré sans prévenir, à l’écoute de certains vieux tubes, je pense que c’est pas mal ça.
À l’âge de sept ans, ma maîtresse d’école et ma classe au complet se ligua pour me convaincre que Dieu existait et que je devais être accompagnée pendant un an par un animateur de pastorale pour me préparer au baptême, puis aux autres sacrements que je pourrais recevoir en même temps que tout le monde. Ce que je fis sans la moindre objection de la part de mes parents.
À huit ans, mon optométriste convainquit mes parents que je souffrais d’astigmatisme en plus d’un début de myopie. Huit ans plus tard, ce verdict s’avérait faux mais ma vision était réduite à une peau de chagrin.
Le dentiste dit à mes parents que je devrais porter des broches car mes dents allaient être horriblement croches et que j’allais souffrir de l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.
Le médecin dit à mes parents que je devrais me faire recoller les oreilles si je ne voulais pas souffrir de l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.
Mon père m’emmena voir un médecin parce que j’avais les jambes croches et six étudiants universitaires vinrent confirmer le verdict. Seule une opération chirurgicale complexe parviendrait à régler ce problème esthétique qui sûrement allait m’attirer l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.
La mère d’une amie m’accusa d’avoir entraîné sa fille à fumer de la marijuana alors que celle-ci faisait de l’acide depuis l’âge de 11 ans, encouragée par ses deux cousins. La mère de cette même amie crut que la forcer à se débarrasser de tous ses effets personnels et regarnir sa chambre avec un mobilier et des décorations Ikéa exclusivement en noir et blanc – incluant un petit pierrot pleurant – était une bonne idée pour la remettre dans le droit chemin. L’amie en question n’en fit pas de cas.
Une fois par mois, pendant une semaine, une fille nous demandait à chaque récréation de vérifier si elle avait une tache rouge dans le cul.
Je compris que je n’avais rien à foutre de l’ostracisme de mes pairs et niai l’existence de Dieu.
Mon professeur de mathématiques fit allusion devant toute la classe à un film de cul célèbre qui portait comme titre mon prénom.
Mon professeur d’histoire déclara que la vie était comme un sandwich à la marde – plus tu vieillis, moins qu’il y a de pain. Il m’apprit également les trois caractéristiques du nazisme, que jamais je n’oubliai : négation de l’individu, culte de chef, exaltation de l’irrationnel.
Je décidai que mes pairs manquaient totalement d’intérêt et me trouvai des amis plus intéressants avec lesquels, des années plus tard, je militerais pour un quotidien délirant.
Je refusai d’aller à mon bal de finissants. Je ne suis jamais allée à mon party de retrouvailles.
Selon mon premier optométriste, si j’étais myope c’est que je n’avais pas assez marché à quatre pattes – quinze ans plus tard, il s’est présenté aux funérailles de mon père.
Mon prof d’art plastique était convaincu qu’il fallait croire en la réincarnation. Il m’a aussi dit qu’à mon âge, il me ressemblait.
Dans la maison où je suis né, des icônes suintaient du gras de porc. Mon frère avait un ami qui récitait le Je vous salue Marie à l’envers en pissant sur des pierres tombales.
Mon prof de math se prenait pour la petite Aurore et portait un surnom russe. Il a voulu me prouver qu’être catho, c’était pas parfait, mais que c’était mieux que d’être païen, athée ou de croire en la réincarnation. Selon lui, Georges Brassens était maniacodépressif (ce qui transparaissait dans sa musique). Un jour, mon prof de math m’a hypnotisé devant toute la classe.
Il y a la fois où la femme de mon frère m’a dit qu’il me détestait.
Mon prof de bio : « Les condoms ne protègent pas du sida. »
La femme de mon frère s’est fait frapper trois fois par la foudre avant qu’il décide de divorcer.
Mon prof de français m’a vanté les mérites des condoms extralarges, dit que Brassens était normand (ce qui transparaissait dans sa musique) et affirmé qu’il avait lu tout ce qu’il fallait vraiment lire. Selon lui, certains étudiants se sodomisaient en plein jour sous l’escalier en béton de la cour d’école.
Au sortir de l’école secondaire, j’ai commencé à militer pour un quotidien délirant.
Je ne suis jamais allé à mon party de retrouvailles.
FAS vaincra.
Si on la juge à la quantité de librairie qu’on y retrouve, on pourrait imaginer que Halifax est une ville plate. Pourtant on se rend rapidement compte qu’elle torche toutes les (suite…)
Le vélo-boomerang, c’est un Giant. Et tout commence avec ce son que je déteste : la sonnerie de la porte. C’était l’été dernier. (suite…)
Samedi, j’ai eu comme un petit blues en rentrant chez moi. D’habitude, sur ma béacane à trois vitesses, je suis une force qui va! Pas cette fois. (suite…)
- Oui bonjour, c’est pour un problème
- Dites-voir?
- Ben…jme demandais…vous croyez que à force de regarder des films porno on risque de rester coincé?
- Je ne vous comprends pas bien…qu’entendez-vous par ‘rester coincé’?
- J’entends par là que je n’arrive plus à savoir si je vois la vie du même bon oeil, et surtout, je me demande si finalement…je mérite les choses qui s’offrent à moi. Tenez par exemple. Je n’arrive plus à faire l’amour à ma femme. Non pas qu’elle ne me fasse plus d’effet, au contraire. C’est juste que je ne sais plus si je la mérite, et si justement procéder à un acte de chair avec elle ne serait pas un outrage impardonnable à sa personne. Parce que, voyez-vous je la respecte!
- Oui mais vous vous rendez bien compte que justement, la consommation dudit mariage fasse partie intégrante de la manoeuvre, surtout si par surcroît, vous ressentez encore un tant soit peu de ressenti! Vous rendez vous compte du nombre de gens qui vous envient mon cher…?
- Harold. Non non vous mélangez. Je vous parle d’un problème plus profond. Je veux dire…ma VISION a changé. Mon interprétation du monde a changé. Chaque chose que j’entreprends dans la vie réelle est, j’en ai l’impression, tout le temps en rapport avec le monde des trois iquses. Je voudrais que cela cesse, et je vous demande alors si je vais rester coincé là dedans, car je ne peux plus me souffrir une minute de plus. Ma tendre….ma belle Jocelyne hier m’a fait le plus beau des cadeaux qu’il soit et je n’ai été guère plus à la hauteur qu’un moins que rien.
- Qu’est ce qui s’est passé on vous prie?
- Nous avions terminé le souper, une si belle quiche. Et comme à l’accoutumé ma Jo se lève et s’absente le temps d’un lavage. Jusque là tout va bien, je me sens tout à fait sujet à la suite, me ressers un verre de Suze et prends position sur le sofa, face à la porte, en signe d’approbation. Elle sort endimanchée et s’execute. J’veux dire, y’en a rien à en redire justement. Vous voyez, c’est ma femme, c’est pas pour rien! Sauf que ça m’a repris encore, j’ai transposé. Je lui caressais les cheveux d’accompagnement, puis regardant son doux visage procéder, c’est apparu comme je vous vois à travers ce combiné :
Qu’est ce que vous croyez ??? Je la respecte bien trop pour accepter ce genre de pensées. Je lui ai donc dit d’immédiatement arrêter parce qu’elle valait bien mieux que ça.
- Je comprends qu’elle n’ait pas compris.
je suis à l’étranger, depuis plusieurs semaines, déjà. je vis dans une caravane où se croisent thermites, araignés et où les rats et les poules mortes jonches le sol, tôt le matin, au moment de prendre son petit déjeuner… je me lève, écoeuré, je m’en vais m’écraser sur la plage.
les plages de France étaient réputées pour quoi, pour les nichons pointés à perte de vue… c’est un mythe, oui aujourd’hui certaines sont à poil, mais plus rien ne pointe, leurs nichons sont aussi brun que de la sauce à poutine, leurs prothèses mammaires fondent sous le soleil de plomb, si certaines ont dégainées leurs courbes naturelles, ça dégringole jusqu’aux genoux, avec lustre, avec gloss. elles ont proche 60 ans et se fringuent comme leurs arrières petites filles, devenues ados. autrefois sur les plages de France, de jolies adolescentes et jeunes femmes se prélassaient fièrement en topless, aujourd’hui toute femme digne garde le haut comme le bas, ce ne sont que les boudins et les malheureuses en manque qui osent encore se foutre à demie à poil pour attirer un semblant d’attention mâle. et dépendamment de notre condition physique et mentale, soit on se choque, soit on se marre, soit on matte…
l’une d’elle aime porter une culotte de maillot style armé, sa copine porte un bas rose bonbon. cette autre vieille a une serviette de plage vuitton, un bas de maillot vert forêt et un sac à main doré. elles fument à la pelle. chevelures blondes peroxidées au carré, lunettes de soleil over size.
je regarde les vieilles, moi je les aimes bien, elles sont réconfortantes. ces bonnes femmes n’ont plus l’essence florale d’autrefois, elles misent sur leur vulgarité. l’une d’elle revient ici tous les jours, son mari avec elle. Son mari matte les seins des autres vieilles, mais pas ceux de sa bonne femme. j’engage la conversation avec ce dernier, il est trop con. le sable m’irrite la peau, je commence à avoir des dreadlocks, je me tire.
Je regarde vers le ciel et ressens cette rare sensation de bien-être que seules procurent les journées ensoleillées. Je vais jusqu’à fermer les yeux pour mieux apprécier le moment, mais quelque chose me fait défaut : si mon esprit réagit favorablement aux rayons du soleil, ma peau peine à ressentir sa chaleur caractéristique.
Finalement il fait juste gris. Foutues lunettes jaunes.
J’ai passé la soirée d’hier à naviguer sur Internet, en commençant par la lecture d’une série d’articles du Devoir sur différentes façons de s’approprier la ville. J’y appris bien peu de choses — familière avec les mouvements de jardinage guérilla, j’avais déjà entendu parler des jardiniers de la Pointe libertaire, du Roerich Project d’Emily Rose Michaud et d’apiculture urbaine (j’ai un ami punk en banlieue de Paris qui produit un miel très prisé des gastronomes grâce aux interdictions municipales en matière de pesticides et aux nectars exotiques des jardins particuliers) — mais je pris quand même un certain plaisir à voir que je n’étais pas la seule à chercher des trésors cachés dans les interstices de la ville et que maintenant, les journaux sérieux en parlaient. Je terminai mon périple sur le blogue d’un espèce de naturaliste urbain y relatant les observations faites au cours de ses promenades quotidiennes à la découverte de la flore montréalaise. Tout comme moi, ce gars-là rêvait d’un « réseau d’espaces verts interconnectés » s’immisçant dans le tissu urbain.
Aujourd’hui, levée de bon matin et motivée à passer une journée productive de création, je résolus, après maintes tentatives infructueuses, de me rendre au Home Dépôt près de chez moi pour trouver le petit outil introuvable dont j’avais absolument besoin pour commencer à travailler. J’ai pensé que pourrais en profiter pour passer dire bonjour à mon arbre préféré, le févier mâle, dont les épines piquantes surpassent aisément en longueur et en rigidité celles de la couronne du Christ.
Ma visite au Home Dépôt me laissa toutefois insatisfaite. J’avais tout trouvé, sauf ce que je cherchais. Dépitée, je décidai, plutôt que d’aller saluer mon févier, de prendre une marche en passant par le terrain vague en pointe de tarte qui m’avait toujours intriguée, mais dont j’avais toujours remis à plus tard l’exploration.
Il semblait abandonné depuis longtemps, colonisé par des peupliers déjà matures, des chicots, des vinaigriers, plein de beaux arbres, quoi. Il était plein de déchets, ça sentait un peu la merde, mais moi, dissimulée par le feuillage, entre deux trois édifices industriels et leurs stationnements, j’avais l’impression de découvrir quelque chose d’extraodinaire : une zone oubliée du cadastre, une erreur d’arpentage, une enclave verdoyante au milieu d’un territoire stérile.
Au bout de la pointe, le terrain vague se transformait en un long corridor, puis un fossé grouillant rempli d’arbres mangeurs de clôtures. Ce n’était plus qu’une frontière dérisoire avalée par la végétation, l’emplacement parfait pour une section de parc linéaire. Je m’emballai et, comme à chaque fois que je traverse un terrain vague, je me pris à imaginer un sentier, quelques bancs, des fleurs, des tables à pique-nique. J’y vis aussi le prolongement de la piste cyclable s’arrêtant à côté du Home Dépôt.
Je continuai ma promenade dans les ruelles de ce quartier étrange en pleine mutation, coincé entre la Petite Italie, le Mile-End et Parc Extension, où se côtoient les lofts des édifices staliniens de l’ère industrielle et des maisons d’architectes, des entrepôts, des « boîtes à lunch » de pauvres et des condos de luxe. J’étais comme droguée aux champignons magiques. J’hallucinais. Les jardins explosaient. Le béton des ruelles était soulevé par les plantes qui jaillissaient des fissures : plantain, chardon et chicorée, mais aussi roses trémières, onagres, gloires du matin… Tout ça me semblait si beau et je me sentis pleine d’espoir pour la suite du monde.
Je me dirigeai ensuite vers la rue Saint-Hubert car je voulais aller acheter un livre sur la flore urbaine à la librairie Raffin. C’était la vente trottoir sur Saint-Hubert et j’ai vraiment débuzzé.
Quoique celle-ci s’est passée sans trop d’anicroches. Mais en rentrant chez moi, un camelot m’envoie La Presse en pleine gueule. Je crois avoir un mauvais karma de Saint-Jean.
Un monsieur en complet noir, avec des lunettes cerclées de métal et une moustache comme celle de Steiner dans Corto Maltese, s’approche de notre table et nous demande si nous prenons Visa. J’ai la profonde certitude qu’il appartient au très sélect Club de Richmond.
Notre plus fervent admirateur nous avoue être passé à deux doigts de la folie après qu’un soir de brosse, il ait échappé la collection complète des fascicules du FAS dans le bain. Heureusement pour lui, nous étions là pour l’aider à remettre sa santé mentale sur les rails en lui procurant derechef les trois premiers tomes de nos Annales.
Un jeune éphèbe s’arrête longuement devant notre stand, absorbé dans sa lecture du fascicule spécial « hé hé hé ». Mysterious et moi décelons dans son oeil brillant la lueur caractéristique d’un futur sympathisant du FAS. Toujours prêt à corrompre la jeunesse, Mysterious saisit l’opportunité de lui offrir en prime le spécial « baleiner l’imbaleinable » le premier, m’évitant de justesse l’humiliation de passer pour une vieille croulante devant notre public cible. Julia Kristeva serait fière de moi.
Une mystérieuse pancarte à l’entrée des toilettes nous avise de « laisser nos sacs à la cuisine ». Assise sur la cuvette, je m’interroge en vain sur la nature des trésors que recèlent les toilettes de l’église et dont je pourrais m’emparer et dissimuler avidement dans mon sac.
Je jubile ! J*D* achète un cahier fait par E* avec une de mes sérigraphies. Je lui avoue combien j’ai été fascinée de retrouver les ateliers où je travaille dans son Journal, et combien j’étais passée près de me croire en train de vivre dans son univers de fiction. C* semble surpris que j’aie deviné qu’il était l’homme à la tête d’ours.
E* rencontre son sosie, qui ne se rend compte de rien.
Mjack est obnubilé par ce qui me semble être un petit animal non apprivoisé et non domestiqué. À mon avis, il a décidément fait le bon choix de s’inscrire à la maîtrise.
Le gars des annonces de téléphone achète à Mjack « Souvenir du Continent », une superbe sérigraphie dépeignant les drapés d’un sac de plastique.
Les serveuses du Madrid avouent à J* qu’elles « font toutte », ce qui stimule son imagination débordante. De mon côté, je me demande si les filles qui parlent de magasinage dans les toilettes font partie de « l’expérience Madrid ».
Dévoué pour la cause – pas de temps mort ni de repos
Réveil à six heures du mat. Rendez-vous à huit heures à la place E*G*. J’y arrive, traînant avec moi la fameuse valise du FAS débordante de livres et de fanzines. M’y attendaient Mjack, Bébé Astronaute et plusieurs exposants du RVPP. Vroum. Départ pour Québec dans un véhicule dirigé d’une main de maître par Mjack. Nous nous retrouvons, par une belle journée de printemps, dans le sous-sol humide de l’église où, cette année encore, a lieu le RVPP. Joseph, Coco Acto et Nicoloutre nous y rejoignent bientôt. Notre propagande est sauvage – notre victoire ne fait pas de doute. Plusieurs personnes, n’ayant souvent jamais entendu parler du FAS, achètent nos livres et nos fanzines.
Salutations aux frères qui tomberont au combat
Salutations, d’abord, à ce lecteur fidèle du FAS qui, par une nuit d’ivresse (peut-être pris d’un accès de moralité) a jeté sa collection de fanzines dans son bain. L’intégrale des fascicules du FAS a failli y passer, mais fut miraculeusement rescapée, le lendemain, à grands coups de séchoir. Notre lecteur, pris de regrets, a, cette année, pu acquérir les trois tomes des Annales du FAS. Nous l’invitons maintenant à se joindre à notre lutte pour un quotidien délirant. Il est comme Noé rescapé du déluge ; nous représentons les espèces emportées avec lui sur son arche. Saura-t-il nous mener jusqu’au Continent de plastique ?
Salutions, aussi, aux plusieurs personnes qui ont manifesté le désir d’écrire sur nos Annales. Notre site est un gouffre sans fond. Il faut savoir s’accrocher aux aspérités de ses parois (les catégories dans lesquelles nos textes sont classés, leurs thèmes récurrents, etc.) pour éviter d’y sombrer. Y plonger est risqué, mais nous savons, qu’à terme, nous vaincrons. Parcourez nos archives. Commentez les textes. Fondez une cellule du FAS. Passez à l’action dans le réel ou dans la fiction.
Les gars, lâchez pas vos études
J’ai lu dans un fanzine : « C’est ton deuxième post-doc ? Je vénère ton pénis ! Ton sperme est un nectar [dessin d’une jolie fille qui boit dans une tasse, un sourire espiègle aux lèvres]. J’aime aussi ton style vestimentaire. Défonce-moi. Yeah !!! » Ça s’appelle Séduction académique et c’est fait par des filles en art.
Vivre dans la fiction
Je sais, je sais, je suis, mais où suis-je ? Au RVPP, j’ai cru habiter les pages du Journal (fait de textes, d’images et de collages) de JD*, que j’ai lu ce printemps. Elle était assise, en chair et en os (je ne l’avais jamais vue que dessinée), à quelques mètres de nous, où elle vendait des livres et des objets d’art. Avec elle, il y avait BC*, que JD* dessine avec une tête de chat dans son Journal. Chaque fois que je le voyais, une tête féline en noir et blanc venait se superposer sur sa tête bien ronde et rose. Comme Bébé Astronaute le suggérait, il y a peu, peut-être vivons-nous, en réalité, dans les univers fictionnels de JD* ?
Un château fort espagnol gardé par des monstres préhistoriques
Retour tardif. Fourgonnette pleine d’exposants, dont le fameux J*, auteur du classique The Orgies of Abitibi. Humour. Tension. Odeurs. Autoroute 20. Arrêt au Madrid où nous découvrons, cachée derrière les murailles d’une forteresse, une turbine secrète qui transforme les excréments des dinosaures en engrais. Saurons-nous l’employer pour rendre fertiles les terres de polypropylène du Continent de plastique ? Plus loin, nous nous égarons dans le domaine privé du Club de St-Paul, une branche déviante du Club de Richmond. Ses membres y vivent nus au milieu d’un troupeau de cerfs qui, l’hiver, les réchauffent de leur haleine. Du lichen leur pousse sur la peau. Ils sont comme statufiés et, lorsqu’ils bougent, leurs articulations grincent. Shiiiiiiiiiiit. Je m’égare. Bah. Bof. Arrivée tardive à Montréal. Je dépose la valise du FAS chez moi. Moment de doute : j’ai vraiment dépensé autant d’énergie pour un truc qui s’appelle le Front d’action stupide ? Quelque part, j’aime ça. Est-ce l’impression de combattre le mal par le mal ? Trop de questions pour rien. Je repars : show (quatre bands) dans un appart. Plein de sales rockers qui écrasent leurs mégots sur un plancher en bois franc. D’autres qui s’écroulent, ivres, sur des piles de sacs de poubelle. Quelques activistes du FAS en tenue civile. Une fille avec un joli nez. Je tente de convaincre Al Hakim de la séduire (sans succès). Un quotidien délirant. À quoi bon dormir? FAS vaincra !
La matinée est fraîche, et le sommeil est bon.
Mon propriétaire se laisse vachement désirer ces temps-ci. Le plafond de la salle de bains a coulé pendant plus d’un mois avant qu’il daigne enfin envoyer un plombier aussi édenté qu’allophone pour patcher les tuyaux. Bon, faut dire qu’il était parti deux semaines en Floride, mais moi, je pense qu’il était parti plutôt en Colombie, sûrement en train de traficoter une autre affaire louche.
Il dit toujours qu’il va venir demain ou dans deux jours, puis il vient gratter un petit peu le bobo pour faire semblant qu’il a commencé le travail. Là, au moins, c’est pas si pire, il est finalement venu boucher le trou béant qui exhalait des spores de moisissures dans toute la maison depuis une semaine.
Je stresse encore plus ces temps-ci parce qu’il a envoyé un avis de reprise de logement à V*, ma voisine d’en haut – une autre folle, on s’entend bien elle et moi – qui habite là depuis vingt-cinq ans. Il a essayé de la fourrer avec une histoire de dates fabriquée de toutes pièces qui légitimait son avis envoyé un mois en retard. Or, à force de me crêper le chignon avec V*, j’ai fini par lui signer un papier qui disait que S* n’était pas, comme il l’affirmait, hors du pays en février, puisque je l’avais vu avec son gros boyau pomper le reflux dans la cave de A*, mon voisin d’à côté – qui, en passant, est un gros geek qui sait même pas qu’il est gros et qui pense bien paraître sur sa photo d’employé du mois avec sa petite cravate pis sa chemise jaune banane.
En tous cas, je me souviens très bien de ce jour-là parce que j’étais lendemain de brosse et qu’en plus d’avoir un mal de tête terrible, j’avais une soif ardente et ça m’a foutu dans une colère épouvantable de m’apercevoir que cet enfant de chienne – mon propriétaire – avait coupé l’eau sans m’avertir. Alors quand je suis sortie pour aller au dépanneur et que j’ai glissé sur la patinoire qui s’étalait devant ma porte, je vous dis pas…
À un moment donné, j’étais rendue tellement exaspérée que quand L*, mon collègue, qui a son cours de pyrotechnicien, m’a offert à la blague d’aller faire exploser un char pour moi, j’ai vraiment cru que c’était une bonne idée. Après tout, mon propriétaire est italien et ça aurait pu facilement passer pour un de ces coups fumants qu’ils s’administrent périodiquement entre eux.
Parce que vous n’allez pas me faire croire que le feu dans la boulangerie l’an passé est parti du four. Je le sais, c’est à lui ce bloc-là aussi, c’est son numéro de téléphone sur la pancarte à louer, et je suis sûre qu’il n’y a pas que moi dans le quartier qui lui en veut. D’ailleurs, il est tellement sans scrupule que c’est probablement lui-même qui a foutu le feu pour empocher l’argent des assurrances. Quand j’ai vu son numéro de téléphone sur la pancarte, je me suis dit tout de suite que je devrais enfin en profiter pour aller me chercher quelques petits bulbes d’iris dans le carré de terre qui s’amenuise à côté depuis que le local est vide. Comme ça, j’aurais au moins soutiré à S* un petit quelque chose. Ben tabarnak, je sais pas comment il a fait pour savoir ça, alors que je reluque ces fleurs-là depuis des semaines, mais le même après-midi, il est venu tout jeter dans sa maudite poubelle verte qui traînait pleine de plâtre à côté de chez moi depuis deux semaines. Heureusement, il l’a laissée traîner là comme d’habitude et le soir venu, je suis allée rescaper deux trois iris parmi les clous et les tessons de bouteille.
Tout ça pour dire que j’ai trouvé une subpoena dans ma boîte aux lettres et que je dois aller témoigner pour V* à la régie du logement vendredi. D’ici là, j’espère que S* va venir finir la job dans la salle de bains parce qu’après, il va sûrement vouloir se venger en étirant la sauce jusqu’à la fin de l’été. Au moins, si je croyais en Dieu, je pourrais toujours me consoler en sachant qu’il finira dans le brasier, mais jusqu’à maintenant, tout ce que j’ai trouvé pour apaiser l’amok qui s’enflamme en moi, c’est d’aller placarder des affiches partout où il appose ses pancartes à louer:
« Boycott S*! Comment pouvez vous encourager S* alors qu’il utilise de sales mensonges à des fins criminelles? Faux rapports, fausses preuves! Des crimes très graves et très sales ont été commis par S* et vous, vous continuez à l’encourager en laissant S* pénétrer chez vous. Lâches! Pourquoi? Parce que vous n’êtes rien d’autre que de la marde de pourris. »
Jeudi passé je suis allé passer une partie de ma soirée au centre Clark où j’ai obtenu une résidence pour l’hiver prochain. J’avais reçu une invitation facebook dont la petite image laissait deviner un homme dont la tête était recouverte d’un truc de meneuses de claques bleu métallique. Comme l’artiste était français il aurait probablement parlé d’un truc de pom pom girl au moment de l’enfiler durant sa performance, mais j’allais me rendre compte plus tard qu’il avait changé d’accessoire et préféré une perruque de clown rouge.
Ma relation avec le centre Clark est assez ambivalente. Je connais quelques personnes, dont J*, qui gravitent autour ce de centre et parfois j’ai de la difficulté à ne pas mettre en doute leur crédibilité quand je les écoute théoriser sur leur production. Moi et ma soeur disons d’ailleurs affectueusement de ces gens qu’ils sont de «l’école du tas d’affaires à terre et de la petite goute de peinture sur le mur» parce qu’une majorité des expos qu’on y trouve démontre une préférence pour les installations présentant ou évoquant d’une manière ou d’une autre un tas d’affaires à terre ou une petite goutte de peinture sur le mur. Des fois c’est tellement systématique que s’en est presque cute. Pourtant ces mêmes personnes n’hésitent pas à qualifier ouvertement d’autres approches que les leurs de «faciles»
Anyway, je suis allé là et il y avait plein de monde que je connaissais, alors j’allais quand même pas me mettre à chialer. J’ai écouté la performance qui en fait tenait plus du spectacle folk urbain, dans le sens ou le gars chantait en nous racontant qu’il était venu ici de France pour faire des «recherches» pour faire un «film d’horreur», qu’il nous racontait en projetant sur un écran des images qu’il prenait avec son appareil numérique. Comme un petit enfant, il racontait l’histoire de son film en se réappropriant le sens d’une série d’objets posés en tas à terre.
Un détail a malgré tout attiré mon attention et m’a plongé dans une réflexion sur une certaine forme qui me plait de l’art contemporain. En parlant de ses «recherches» et juste avant d’enfiler la perruque rouge dont je parlais au début, il a tenté de nous convaincre que la transformation du héros en monstre était une constante du film d’horreur en nous présentant deux still frames du film Carrie qu’il avait juxtaposés. Il faut dire que, pour passer de l’un à l’autre des petits clips quicktime qu’il avait faits, il utilisait une technique de montage ma foi assez DIY, celle d’afficher une après l’autres les fenêtres vidéos qu’il avait ouvertes et réduites dans le bon ordre dans le dock. Il se lance: «dans les films il y a toujours une personne qui se tranforme. Par exemple, dans le film Carrie…» À ce moment, on ne voit que la moitié de l’image, celle ou la fille a l’air normal… «au début, la fille a l’air normal, puis le film passe et après elle change brusquement.» Il fait alors glisser la bande de défilement gauche droite de la fenêtre et révèle la fille couverte de sang, les yeux hallucinés, dans un éclairage rouge. Il poursuit en faisant redéfiler l’image: «Vous voyez, au début la fille est comme ça, puis le film passe et elle devient comme ça» Il recule un peu, pointe la large bande noire entre les deux images et dit « Vous voyez, le films est là, et après, la fille devient comme ça» (en pointant la deuxième image.)
Malade non? Je suis parti de là avec le sentiment que l’art, c’était ça. C’est après qu’il a enfilé la perruque devant son visage. Je me demande s’il a préféré la perruque rouge au pom pom bleu métallique à cause de la couleur de l’image qu’il nous a montré à l’ordinateur, mais je suis pas sûr que c’était un choix judicieux parce que plus tard en finissant sa performance il nous a foutu un faux générique «rigolo» où il remerciait un des artistes de Clark pour avoir partagé avec lui sa connaissance des pom pom girls dans le cadre de ses «recherches». D’ailleurs dans le même générique il a également remercié J* d’avoir «pris le risque de lui faire aimer Montréal» J*, qui n’aime pas l’art contemporain facile, doit avoir pas mal trippé sur les liberté de que gars prenait avec le champ lexical du mot «risque» parce que plus tard dans la soirée après avoir jasé un bout de temps avec une des membres de PME-ART, je l’ai vue qui se faisait vaguement prendre par le gars dans ses bras. Je me suis demandé s’il avait eu droit au rituel de lavage de mains et si la maison de sa mère sentait la lavande.
L’autre jour, je jouais à un sport de raquette (non pas celle que ça prend de la neige pour, celle avec laquelle il faut frapper quelque chose avec). En sortant du vestiaire, musclé et suant, je m’aperçois qu’on m’a appelé sur ma nouvelle mûre et que j’ai 8 messages non-écoutés. Cinq des huit messages sont de ma voisine, une certaine J*D* avec laquelle j’ai envie d’avoir des contacts autant que j’ai envie d’avoir des verrues sur ma grai**…
Les messages sont ceux d’une personne paniquée qui a surpris un voleur sur le point de défoncer mon nid douillet. Elle m’appelle une fois pour me dire qu’il y a un voleur sur ma galerie, une fois pour me dire qu’il est parti, une fois pour me dire qu’elle a pris l’initiative d’appeler les flics, une fois pour me dire qu’elle était nerveuse sur son premier message et qu’il ne faut surtout pas que je m’inquiète, une fois pour me donner – finalement! – son putain de numéro de téléphone.
En l’appelant, je comprends l’histoire : un gars dans la vingtaine a tenté de briser la vitre de la porte arrière de chez nous, mais le bruit l’a avertie que quelque chose se passait. Sortant de chez elle, elle a entrepris de demander au mec s’il (et je cite) » était un ami de Zepoulpe? » Sur quoi le mec a répondu qu’en effet, il est bien un ami de ZP (big fucking surprise!) et qu’il a entendu lui aussi la vitre se briser et c’est pourquoi il est là.
J*, n’écoutant que son intelligence limitée et ses bonnes manières, est retournée chez elle sans n’y rien comprendre. Dix minutes plus tard, une pensée l’envahit qui faillit lui faire perdre l’équilibre : « et si c’était ce même gars le voleur?!!?? » Elle regarda par la fenêtre et, ne voyant rien, elle composa le 911 et demanda de l’aide. Les policiers arrivèrent et elle raconta son histoire.
Quand j’ai appris l’histoire et en voyant l’une des deux vitres de ma porte défoncée, je me suis décidé à aller la remercier pour avoir fait fuir le voleur. Elle m’ouvrit la porte la bouche pleine – ce qui ne surprit pas. Je l’ai remerciée en lui proposant, si la situation se reproduisait, de demander à un inconnu se trouvant sur mon balcon s’il était « un ami de Luc? » Si l’inconnu tombait dans le piège et répondait « oui! », de simplement hocher la tête, de rentrer chez elle et d’appeler les flics.
J’ai pris une pause pour lui laisser digérer l’information.
Mais j’ai rapidement vu que ma proposition ne serait pas appliquée lorsque son visage, cherchant une réponse, s’est douloureusement crispé sous l’effort. Comme je ne lui tendais aucune perche pour expliquer ce que je voulais dire, elle me dit, en fronçant les sourcils de manière baroque : « mais tu ne t’appelles même pas Luc !!!! »
Je suis retourné chez nous ramasser la vitre pétée en pensant que mon voisinage, malgré ses cafés et ses petits restos, restait extrêmement dangereux.