Ça ne me dérange pas d’y aller, dans l’espace. De rester des dizaines de semaines à fixer un point invisible du cosmos, à pourchasser des pièces d’échec flottantes, à démonter puis remonter le système de guidage… non, vraiment, ce n’est pas cela qui m’effraie. Le problème, ce n’est pas l’approvisionnement en yogourt de l’espace, ni les 30 jours à glander sur un gros cailloux rouge à chercher des bibittes microscopiques, non. Piloter un quad sortit d’une boîte de Construx, that’s cool; jogger dans une roulette pour hamster géante, ça m’intéresse; apprendre le swahili en discutant avec un voyant lumineux, voilà qui m’enchante. Ce qui me chicotte, voyez-vous, c’est, pour le dire en langage officiel : les половое сношение. Autrement dit, il nous manque un Kamasutra de l’espace, qui traiterait tout ce qui touche les affaires matrimoniales, en plus bien sûr de résoudre les difficiles questions techniques relatives à l’acte lui-même. Des efforts ont été faits en ce sens déjà, et cet article a pour objectif de lever le voile sur la zone d’O, une fois passé la couche d’ozone.
Tout d’abord, il convient de remarquer que l’espace est le paradis des adeptes du bondage. On joint l’utile à l’agréable en joignant les poignets et les chevilles aux parois du dortoir, car on évite du même coup bien des dérives. La dérive ne présente, soit dit en passant, pas que des inconvénients: un cumshot peu parcourir des distances vertigineuses. Ensuite, il faut noter que l’asphyxie occasionnée par le port d’un casque a pour effet de précipiter l’orgasme. Enfin, il faut toujours tenir compte de la possibilité de voyeurisme du troisième type. Mais on passe déjà à une autre perversion.
Rien de plus dérangeant qu’un coup de fil quand on tire un coup. Mais, dans l’espace, en mission, que faut-il faire ? Décrocher à tout prix ? Des instructions envoyées par Huston peuvent être capitales : «Mars500, vous allez heurter un météore», ou parfaitement insignifiantes «capitaine Amygdale, nous avons reçu vos échantillons d’urine…etc.» il n’y a pas moyen de définir ses priorités (d’ailleurs, je suis persuadé qu’après deux mois de voyage, plus personne ne prend les appels). 
Imaginez que vous travaillez à réparer la coque du vaisseau et qu’il vous semble soudainement entrevoir une lueur à travers la visière de votre coéquipière russe, par ailleurs un brin fatiguante dans son p’tit suit en aluminium: «Camarade Irina, vous êtes pas mal cute, retrouvez-moi vite dans le sas que je vous montre mon bras canayen». Oui mais une fois là, il faut encore vous déshabiller. Et je parie que de peler une combinaison spatiale, ça doit mettre un temps fou, assez du moins pour démobiliser le hardi cosmonaute (sans compter qu’une fois retirer la combinaison intersidérale, il faut enfiler la combinaison intersurrénale)
Cependant, je ne peux m’empêcher de croire qu’il y a bien un septième ciel. Une bonne mise à feu, assuré par un souper romantique éclairé aux reflets rougeoyants du distant Corps Céleste, sens de notre mission, assure une percée dans la fine atmosphère de frénésie érotique, tandis que l’on approche inexorablement du Grand Volcan bouillant où la nacelle ira plonger… Ou bien juste une petite vite dans le cockpit?
Irina, nous sommes liés par un dessein cosmique, comme deux étoiles d’une lointaine constellation.
