Pratique
Ensemble de chaises a jardin, 06/03/2010 [Activités culturelles cool]

Salut les artistes, dimanche le 7 mars c’est Paranormal dans la ville. Un concours de photo ayant pour thème la ville et le parnormal. Ça vous étonne? C’est à 17h00 et c’est ouvert à tous.

mjack, 05/03/2010 [Activités culturelles cool]

Récemment mis au fait des résultats de ventes des Annales… les statistiques nous stupéfient et nous propulsent dans un champ de possibles infini. Entièrement libres, nous devons mainteant choisir ce en quoi nos énergies doivent vraiment être dépensées. Qu’a-t-il toujours manqué aux annales? L’action. Nommés Front d’action stupide, nous sommes surtout campés derrières nos ordinateurs à réécrire notre quotidien pour en extraire ce qu’il a de délirant. À une ère de réseaux sociaux nous sommes un réseau d’asociaux. Partageant en secret notre vision délirante, nous nous tenons en retrait des forces qui pourraient propulser le monde dans un processus infini de reéinterprétation délirant.

Et si on faisait des 5 à 7 thématiques, pour disséminer l’action stupide parmi une population moins engagée?

batissons ensemble sur l’idée de SPRIT DUPLICATA, et compilons ensemble une sélection de pièces typiques de l’esprit du FAS

france gall: résiste
georges moustaki: la philosophie
jeans team: das zelt

Amygdale, 03/03/2010 [Préparations au voyage vers Mars]

02/10. Des tests, des batteries de tests. Dès cinq heures, je m’éveille. Le protocole de mise à l’épreuve d’un l’oligonucléotide expérimental s’enclenche aussitôt. Celui-ci a été élaboré afin d’éviter l’embonpoint de l’espace, trop fréquent dans ces modules exigus, où l’activité physique est limitée. On me colle tout d’abord des électrodes, 9 en tout, sur les chevilles, les bras et la poitrine. Puis, sous l’oeil imperturbable du docteur A. R. L*, des auxiliaires me piquent dans les bras, les cuisses, sur les flancs et sous l’ombilic, soit pour m’injecter le sérum — ou le placebo, je l’ignore et les auxiliaires également. Je dois ensuite demeurer immobile, en position semi-inclinée, pendant six heures, sans manger ni boire. À chaque demie-heure, un prélèvement sanguin est effectué à partir d’un cathéter inséré dans mon bras. Enfin, on inspecte les sites d’injection. Une infirmière me palpe, notant la moindre induration.

- Это больно?
- Нет, не больно.

Ensuite, le premier repas du jour. Les portions sont calibrées en fonction de mon indice de masse corporelle. Interdiction de partager. Je porte un bracelet muni d’une puce magnétique me permettant de me déplacer dans le laboratoire, soit pour aller à la toilette, soit pour aller au salon, mais il est impossible de quitter le bâtiment, même pour une courte marche dans l’enceinte. Je dois me satisfaire des rayons obliques qui entrent par la fenêtre du salon. La seule chose à faire, pour passer le temps, est de se familiariser avec l’équipage. Par exemple, il y a ce Roumain, S*, qui tient absolument à me faire connaître Miles Davis. Pour moi, il représente un curieux mélange de virilité latine et de brusquerie slave. Il ne croit pas à la notion de degré. Jusqu’ici, j’ai réussi à l’éviter en me réfugiant auprès d’un Britannique amateur de films d’espionnage de série B, mais ce dernier a été transféré dans une autre équipe. Il a donc fallu que je fasse la conversation avec le Roumain, qui à vrai dire, ressemblait davantage à un interrogatoire prenant rapidement des proportions métaphysiques. Il insistait pour que je lui dise la vérité sur tout. Lassé, je lui ai demandé « what is truth ? » Il m’a alors répondu « Truth is what we think ».

09/10. En faisant des tests, les psychologues ont découvert chez moi une nouvelle forme de synesthésie, qu’ils nomment la synesthésie du touché miroir. Lorsque je vois quelqu’un se blesser, je ressens de la douleur au même endroit. Ce n’est pas de l’empathie, mais une réaction instantanée et pour ainsi dire mécanique de mon cerveau, due à l’élagage atypique des connections synaptiques de ma circonvolution fusiforme. Rien de particulièrement inquiétant, mais les médecins ne peuvent s’empêcher de vous faire sentir que la moindre anomalie pourrait compromettre votre départ: « nous allons nous consulter ». S’il savaient que je me fiche de leur programme! Car en effet, vous le savez, j’ai décidé d’aller sur Mars par mes propres moyens.

13/10. Test de la cabine de pilotage avec L*, la copilote. Française, elle a l’hypertrophie du jugement. Du coup, elle me tape. « Elle est un peu petite, cette carlingue, non ? » Et aussi « ça me saoule tous ces boutons », ou encore « tu comptes vraiment apporter ce chat dans l’espace ? » Mais il faut bien admettre qu’elle a un sens de l’orientation à toute épreuve : que le vaisseau se mette à virevolter dans tous les sens, elle ne perdra pas de vue son sextoy.

19/10. C’est mardi, le temps est frais, mais ensoleillé. L’air est léger et la vue, dans cette plaine Sibérienne, porte à l’infini. Premier exercice d’apesanteur en vol parabolique. Étrangement, ce qui s’annonçait comme un exercice de familiarisation s’est avéré être une curieuse expérience d’aliénation somatique. Alors que nous commencions à léviter, j’ai senti un fort vertige, qui s’est rapidement résorbé. Mais, pendant environ 20 secondes, je me suis mis à voir derrière moi… comme si j’avais pivoté à 180 degrés, mais sans bouger! Je pouvais voir L* jubiler en se voyant flotter dans la soute. Je n’en ai pas parlé aux médecins, ni à L* d’ailleurs. J’ai passé la soirée à écouter des documentaires sur le paranormal, seul dans mon appartement de Chtchiolkovo.

Je ne sais pas ce qui m’attend dans les prochains jours. Peut-être la centrifugeuse, peut-être le confinement ou la piscine. J’ai entendu dire que les Russes suivaient un entraînement commando; ça ne sera pas une sinécure. Bah! Après tout, ce sera comme les scouts. On mangera des conserves gelées et, dans le pire des cas, j’y laisserai un orteil ou deux.

Amygdale, 19/02/2010 [Parasitisme révolutionnaire]
Zepoulpe, 09/02/2010 [Vol de contenus]

Je vous ai manqué?

Poufiasse, lors d’une entrée récente, s’interrogeait sur le temps nécessaire à laisser passer avant de pouvoir (de nouveau) faire des blagues sur Haïti. Ma réponse était claire : 6 semaines (voir mon commentaire ici). Mais comme je sais que l’attente est, en soi, vachement terrible, voici un gag incroyablement cosmopolite que j’ai inventé (ou qui m’a été conté, who cares ?) :

___
C’est un Chinois et un Juif qui se parlent pour la première fois. Le Juif demande au Chinois :

- Tu t’appelles comment?
- Chen.
- Ouain, mais en tout cas, moi je vous ai jamais pardonné à vous autres les Coréens pour avoir bombardé Pearl Harbor.
- Euh… d’abord je ne suis pas Coréen, je suis Chinois et deuxièmement ce ne sont pas les Coréens mais les Japonais qui ont bombardé Pearl Harbor.
- Ouais-ouais… Chinois, Japonais, Coréens, de toute façon c’est toutte pareil…
- (après une pause) Moi je n’ai jamais pardonné aux Juifs d’avoir coulé le Titanic.
- Quoi!?! Mais c’est un iceberg qui a coulé le Titanic!
- Goldberg, Steinberg, Iceberg, de toute façon c’est toutte pareil…

Poufiasse, 26/01/2010 [Déprimer c'est ok, Vol de contenus]

« My drug addiction became the worst it has ever been, » he says. « I didn’t want to wake up in the morning any more. It was just too painful to keep on. »

For about a year he stayed in bed, wrestling the depressive side effects of hepatitis C medication. He stopped writing songs, playing the guitar, seeing friends.

« The good thing is that my life finally became so intolerable that I could no longer be bothered to go out and buy drugs, » he concludes with a parched cackle that shakes his wraithlike body. « As a consequence, in the last year and a half, a lot of good things have started to happen to me. »

source: Michael Dwyer (http://www.smh.com.au/news/entertainment/arts/still-the-boy-next-door/2008/10/31/1224956299409.html)

Le site web le plus insolite depuis Barbe douce.

http://science-univers.qc.ca/sexualite/54-pedophilie.html

La page d’accueil

http://science-univers.qc.ca/

Dear Pat Robertson,

I know that you know that all press is good press, so I appreciate the shout-out. And you make God look like a big mean bully who kicks people when they are down, so I’m all over that action.

But when you say that Haiti has made a pact with me, it is totally humiliating.

I may be evil incarnate, but I’m no welcher. The way you put it, making a deal with me leaves folks desperate and impoverished. Sure, in the afterlife, but when I strike bargains with people, they first get something here on earth — glamour, beauty, talent, wealth, fame, glory, a golden fiddle. Those Haitians have nothing, and I mean nothing. And that was before the earthquake. Haven’t you seen « Crossroads »? Or « Damn Yankees »? If I had a thing going with Haiti, there’d be lots of banks, skyscrapers, SUVs, exclusive night clubs, Botox — that kind of thing. An 80 percent poverty rate is so not my style. Nothing against it — I’m just saying: Not how I roll.

You’re doing great work, Pat, and I don’t want to clip your wings — just, come on, you’re making me look bad. And not the good kind of bad. Keep blaming God. That’s working. But leave me out of it, please. Or we may need to renegotiate your own contract.

-Best, Satan

source: The Star Tribune

Poufiasse, 12/01/2010 [Art is Evil, Intoxicated Press, Julia Kristeva]

INTOXICATED PRESS ( Rawdon) -  C’est avec stupeur et tristesse que nous apprenions, hier,  le décès du cinéaste français Éric Rohmer ( La Marquise d’O -1976-, Pauline à la plage -1983-). Notre reporter Herby Stup a eu le privilège de côtoyer le réalisateur français à l’occasion des derniers instants de sa vie. Toujours sous le coup de l’émotion, M. Stup nous confia sans surprise :  « À l’image de tous ses films, ses derniers instants furent pénibles, longs et plates. » (suite…)

La chaleur est insoutenable, contraste évident avec les froids polaires qui sévissent a l’extérieur de mon scaphandre spatio-cosmique, de même qu’avec le fait que je sois plus près de l’équateur que de quelque pôle que ce soit. (suite…)

Bon, ça fait une bonne année déjà que je songe à recevoir pour Noël, c’est-à-dire caller un Noël des mal-aimés***. (suite…)

Chère Maman, (suite…)

Mais qu’ai-je bien pu vouloir dire par là ? (suite…)

Je n’ai pas d’idées précises, c’est plutôt une émotion, une intuition, une vague vision, que je développe, en tâtonnant; c’est que je n’ai pas de mémoire, pratiquement aucune, j’oublie tout, chaque détail, les raisons, les gens, leurs histoires, tout comme mes cours d’histoire, ma culture générale, les règles des jeux de cartes, les livres et films que je regarde, sauf ceux visionnés cent fois, encodés par la force. les visages me disent quelque chose, j’essaie de comprendre d’où ils me viennent, qu’est-ce qu’ils me signifient, il faut qu’on m’aide à me souvenir. Je ressens un vide cervical, dans ces moments là, il faut que je me frotte le dessus de la tête avec vigueur, comme pour stimuler quelque chose, ce qu’il reste, ce qui fonctionne encore. Est-ce que j’ai pris trop de drogue ? Est-ce ma tête qui cherche à me protéger de mes pires souvenirs, ou est-ce que j’ai juste trop bouffé de sandwichs emballés dans du papier d’aluminium ?! Comme ma grand-mère, vais-je finir sénile, alzheimer, radotant, inquiet et agressif. Je lis «un roman français» de Beigbeder, il parle justement de son amnésie, et comme moi, il en souffre. Puis il y a ces gens oubliés qui pensent qu’on se fous d’eux, que c’est par snobisme, par mauvaise foi, si on se souvient plus de les avoir frenchés en secondaire 4. pourtant ça n’a rien à voir, c’est comme s’il faut vraiment que ça brasse fort pour rester imprimé et si ça brasse trop, on l’oublie aussi. Ça me réconforte de ne pas être seul à oublier, je ne me souviens absolument pas de mon enfance et j’ai perdu des grands bouts de mon adolescence, alors il y a cette phrase tout de même qui a attirée mon attention et retenue mon approbation, dans la lecture du Beigbeder, elle parle de la musique, cette musique qui, profonde et hallucinante, sait mieux que n’importe lequel exercice de mémoire, faire remonter des vagues de souvenirs enfouies dans les abysses de ce drôle d’intestin crânien, où tout à coup des bribes de conversations ou d’émotions vives, reliées à un passé incertain, ressurgissent sans qu’on ne comprenne trop pourquoi tout à coup, ça y est… il est écrit «la musique reste mon véhicule temporel préféré, le plus rapide moyen de ruminer le passé : je suis convaincu que ma collection de 45 tours grésillants contient l’histoire dont mon cerveau m’a dépossédé.» Pour avoir souvent pleuré sans prévenir, à l’écoute de certains vieux tubes, je pense que c’est pas mal ça.

En sortant prendre l’air, entre deux victoires, à Expozine, j’ai croisé un couple avec leur enfant. Le môme, visiblement fasciné par l’apprentissage de la temporalité, leur demandait sans cesse, dans un anglais aussi suraigü qu’insupportable, si on était l’après-midi. (suite…)

Amygdale, 19/11/2009 [Manger pour «vivre»]

Merci B* de m’avoir fournit une expression servant à chapeauter l’impression que j’ai reçu de ma journée d’hier. Une des raisons qui font que la méthode est si difficile à acquérir est peut-être le fait que l’on sait pertinemment qu’il est possible de parvenir à des résultats sans trop s’en soucier. Parfois, cela semble même être une condition de succès.

Je suis parvenu à faire tout ce que j’avais à faire, en obtenant, pour chacune de mes tâches, un succès largement au-dessus de mes attentes, mais en suivant une démarche digne de M. Magoo. Le haut point de ce carnaval de la mitaine et de la logique floue a été le succulent poulet au cari que je me suis mitonné pour souper, qui s’annonçait dès le départ comme un désastre culinaire laissant ma cuisine dans les brumes des Nibelungen. Je vous épargne le récit des événements, car il n’y a pas de quoi se vanter. Tout semblait réussir malgré moi.

Que sait-on des sauces, et des effets?

Bébé astronaute, 17/11/2009 [Manger pour «vivre»]

J’ai déjà raconté l’anecdote aux activistes présents lors de l’assemblage du 10e fascicule du FAS, spécial « zone oubliée » – presque déjà écoulé lors du dernier Expozine, soit dit en passant -  mais je vais quand même refaire ici, pour le grand bien de tous, le compte rendu de mes plus récentes découvertes sur ce doyen de nos canopées qu’est le ginkgo biloba.

Lors de l’une de mes habituelles promenades dominicales dans le Mile-End avec T*, en passant devant une école primaire – celle où Mjack avait pris un jour la photo d’une murale bigarrée à côté de la BD qu’il était en train de lire – je remarquai par terre, au pied d’un arbre, un fruit étrange que je n’avais jamais vu auparavant. Ayant l’aspect d’une petite prune, d’une jolie couleur rosâtre et légèrement translucide, ce fruit avait, ma foi, l’air franchement appétissant. Spontanément, j’eus même envie d’en faire des confitures.

En levant la tête pour voir de quel sorte d’arbre provenait ce mystérieux fruit, j’aperçus avec ravissement un grand ginkgo biloba, que je reconnus évidemment à ses feuilles bilobées. Je ramassai donc le fruit, me disant que je pourrais peut-être profiter plus tard des vertus thérapeutiques du ginkgo.

En revenant à la maison, j’ouvris illico mon ordi pour faire ma petite recherche sur Wikipédia. J’y appris d’abord que, non seulement le ginkgo biloba était la plus ancienne espèce d’arbre connue – nous étions au courant – mais qu’il était apparu sur terre il y a plus de 270 millions d’années. C’est peu dire : il existait déjà quarante millions d’années avant l’apparition des dinosaures ! Autre détail intéressant : cet arbre a démontré, aux lendemains d’Hiroshima, une résistance hors du commun à la pollution et à la radioactivité.

Mais j’appris une chose encore plus étonnante : le « fruit » que j’avais ramassé n’était pas un fruit proprement dit, mais un ovule. Je vous explique la différence par une citation de Wikipédia, mon vocabulaire scientifique restreint ne me permettant pas de l’exprimer dans mes propres mots : « Le ginkgo est un arbre dioïque, c’est-à-dire que chaque arbre est soit mâle soit femelle [tout comme le févier dont je vous ai déjà parlé]. Sa reproduction très primitive est une étape entre la reproduction des fougères et celle des conifères et plantes à fleurs. […] Chez [ces derniers], l’ovule est très petit et grossit une fois la plante fécondée en accumulant des réserves de nourriture pour le futur bébé (la graine). Chez le ginkgo, l’ovule est déjà plein de réserves nutritives même si celui-ci n’est pas fécondé et dans ce cas, elles auront été produites en pure perte. » On compare donc l’ovule du ginkgo à un oeuf de poule, qui ne donnera un poussin que si la poule a été fécondée par le coq mais qui, dans le cas contraire, aura été produit inutilement par la poule, au grand plaisir des cuisiniers.

Cependant, l’ovule du ginkgo a ceci de particulier que, malgré son apparence attirante, il est loin de faire les délices de l’humanité, puisqu’il est non seulement toxique – il contient de l’acide butanoïque – mais extrêmement répugnant à cause de sa forte odeur de vomissure. On dit d’ailleurs que la plupart des ginkgo plantés en ville sont des mâles pour éviter la production de ces graines nauséabondes.

Je ne pus évidemment m’empêcher de porter le « fruit » à mes narines pour vérifier la véracité de ces faits. Il me sembla en effet détecter un légère odeur aigre-douce émanant du « fruit », me rappelant vaguement l’odeur d’un bébé venant de régurgiter. Mais je ne pus résister à l’envie d’en savoir plus : je me rendis dans la cuisine et d’un vif coup de couteau, je tranchai la peau du fruit pour en humer la chair.

Ouaaache ! Une puanteur des pires lendemains de brosse envahit la pièce ; un mélange de bile et d’huile rance qui ne nous quitta plus qu’après avoir jeté l’ovule à bout de bras dans la ruelle et ventilé la cuisine tout le reste de l’après-midi à l’air froid de l’automne.

Inutile de préciser que je n’ai pas cherché à en savoir plus sur les vertus thérapeutiques du ginkgo biloba.

Amygdale, 16/11/2009 [Déprimer c'est ok]

Assis sur le rebord de mon lit, les mains devant le visage, je sanglote. Ma blessure est sans rémission, ma vie sans espoir, mon trouble sans accalmie. Ma plainte, si c’en est une, n’est perçue que de mon chat. Mes larmes ne mouillent que mes mains, cette lande stérile. Mes tremblements ne dissipent pas ma contrition; ma contrition ne jugule pas mes tremblements. Ma gorge est un noeud que je voudrais trancher d’un coup de dague. Je suis seul – ô combien triste et absolument seul – depuis des mois, des années, prisonnier d’un circuit dérisoire, passant par autant de tâches ingrates, saugrenues, inutiles. Je me bats, mais la lutte est vaine, je me rends et la guerre continue. Je suis tué et fragmenté. Je suis un gouffre de désespoir, un trou noir d’albédo zéro, et mon horizon est là où s’engouffrent les dernières lueurs.

La lumière est une onde
Comme ta chevelure blonde
Ou une particule
Comme tes yeux minuscules?

Las! Las! Las! Je ne me repais plus des lendemains qui chantent, car ils chantent tous faux! Tout m’est insupportable, abject, toxique. En un mot, c’est novembre.

Robodrigue, 09/11/2009 [Actions stupides, FAS - Rencontres, Pratique]

Il y a de ça deux mois, me semble-t-il, Joseph nous initiait à une littérature de pacotille qui invitait les hommes à devenir des mâles dominants et par là même conquérir une vingtaine de connes par mois (chiffres à l’appui). Sa technique était assez simple: ne se préoccuper que de soi, mépriser les autres et ne leur donner de l’attention que lorsque notre mépris les a réduit à la honte d’eux-même. Sa prescription contenait des trucs aussi caves que rouler les épaules lors de nos déplacements sur la rue, se concentrer sur le rack des filles lorsqu’elles nous emmerdent, porter des vêtements avec des couleurs agencées et surtout ne jamais entrer en communication avec qui que ce soit.

Salivant à l’idée de conquérir 20 connes par mois, j’écoutai l’Oussama en moi et me lançai dans l’aventure.

Après quelques essais, je me dis que j’étais peut-être déjà un mâle dominant, selon les standards de l’écrivain, parce qu’il semble que toutes ses prescriptions étaient déjà pas mal en place dans ma vie, et cela depuis des années, ce qui explique sûrement l’absence quasi totale de femmes dans mon entourage; donc accentuer mes travers de gros chien sale n’a eu que pour effet de chasser le peu de femmes qui acceptaient encore de me cotoyer.

J’ai abandonné l’alpha mâle pour l’oméga mâle; je me fais pas mal plus de fun en général.

Bébé astronaute, 09/11/2009 [Cool is Class War, Théorie]

À l’âge de sept ans, ma maîtresse d’école et ma classe au complet se ligua pour me convaincre que Dieu existait et que je devais être accompagnée pendant un an par un animateur de pastorale pour me préparer au baptême, puis aux autres sacrements que je pourrais recevoir en même temps que tout le monde. Ce que je fis sans la moindre objection de la part de mes parents.

À huit ans, mon optométriste convainquit mes parents que je souffrais d’astigmatisme en plus d’un début de myopie. Huit ans plus tard, ce verdict s’avérait faux mais ma vision était réduite à une peau de chagrin.

Le dentiste dit à mes parents que je devrais porter des broches car mes dents allaient être horriblement croches et que j’allais souffrir de l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.

Le médecin dit à mes parents que je devrais me faire recoller les oreilles si je ne voulais pas souffrir de l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.

Mon père m’emmena voir un médecin parce que j’avais les jambes croches et six étudiants universitaires vinrent confirmer le verdict. Seule une opération chirurgicale complexe parviendrait à régler ce problème esthétique qui sûrement allait m’attirer l’ostracisme de mes pairs. Je refusai.

La mère d’une amie m’accusa d’avoir entraîné sa fille à fumer de la marijuana alors que celle-ci faisait de l’acide depuis l’âge de 11 ans, encouragée par ses deux cousins. La mère de cette même amie crut que la forcer à se débarrasser de tous ses effets personnels et regarnir sa chambre avec un mobilier et des décorations Ikéa exclusivement en noir et blanc – incluant un petit pierrot pleurant – était une bonne idée pour la remettre dans le droit chemin. L’amie en question n’en fit pas de cas.

Une fois par mois, pendant une semaine, une fille nous demandait à chaque récréation de vérifier si elle avait une tache rouge dans le cul.

Je compris que je n’avais rien à foutre de l’ostracisme de mes pairs et niai l’existence de Dieu.

Mon professeur de mathématiques fit allusion devant toute la classe à un film de cul célèbre qui portait comme titre mon prénom.

Mon professeur d’histoire déclara que la vie était comme un sandwich à la marde – plus tu vieillis, moins qu’il y a de pain. Il m’apprit également les trois caractéristiques du nazisme, que jamais je n’oubliai : négation de l’individu, culte de chef, exaltation de l’irrationnel.

Je décidai que mes pairs manquaient totalement d’intérêt et me trouvai des amis plus intéressants avec lesquels, des années plus tard, je militerais pour un quotidien délirant.

Je refusai d’aller à mon bal de finissants. Je ne suis jamais allée à mon party de retrouvailles.

Mysterious, 08/11/2009 [Cool is Class War, Théorie]

Selon mon premier optométriste, si j’étais myope c’est que je n’avais pas assez marché à quatre pattes – quinze ans plus tard, il s’est présenté aux funérailles de mon père.

Mon prof d’art plastique était convaincu qu’il fallait croire en la réincarnation. Il m’a aussi dit qu’à mon âge, il me ressemblait.

Dans la maison où je suis né, des icônes suintaient du gras de porc. Mon frère avait un ami qui récitait le Je vous salue Marie à l’envers en pissant sur des pierres tombales.

Mon prof de math se prenait pour la petite Aurore et portait un surnom russe. Il a voulu me prouver qu’être catho, c’était pas parfait, mais que c’était mieux que d’être païen, athée ou de croire en la réincarnation. Selon lui, Georges Brassens était maniacodépressif (ce qui transparaissait dans sa musique). Un jour, mon prof de math m’a hypnotisé devant toute la classe.

Il y a la fois où la femme de mon frère m’a dit qu’il me détestait.

Mon prof de bio : « Les condoms ne protègent pas du sida. »

La femme de mon frère s’est fait frapper trois fois par la foudre avant qu’il décide de divorcer.

Mon prof de français m’a vanté les mérites des condoms extralarges, dit que Brassens était normand (ce qui transparaissait dans sa musique) et affirmé qu’il avait lu tout ce qu’il fallait vraiment lire. Selon lui, certains étudiants se sodomisaient en plein jour sous l’escalier en béton de la cour d’école.

Au sortir de l’école secondaire, j’ai commencé à militer pour un quotidien délirant.

Je ne suis jamais allé à mon party de retrouvailles.

FAS vaincra.

Amygdale, 02/11/2009 [Mourir au Canada]

:) my sity is not far from Moscow.In USSR times,my sity was a close city(military),because this is a lot of military factory

- Dmitriy Boytsov

Poufiasse, 29/10/2009 [Cool is Class War, Mourir au Canada]

Si on la juge à la quantité de librairie qu’on y retrouve, on pourrait imaginer que Halifax est une ville plate. Pourtant on se rend rapidement compte qu’elle torche toutes les (suite…)

Mysterious, 26/10/2009 [Actions stupides, Vol de contenus]

À l’occasion du rendez-vous des publications paradoxales 2009 (à Québec), des activistes du FAS sous le couvert de l’anonymat ont fait une :

Lecture publique du manifeste du FAS

En aucun cas… des fois, par exemple… pas tout le temps… juste quand ça nous tente… FAS vaincra!

Amygdale, 06/10/2009 [Manger pour «vivre»]

Rien de tel qu’un rôti de palettes avec des patates pilées. Je l’aime bien sur-cuit, presque carbonisé, avec des carottes et des navets qui mijotent dans son jus. Ce soir, je reste chez nous à péter.

Intoxicated Press étant toujours en lock-out, le reporter Herby Stup donne désormais dans le journalisme citoyen.

Binerie Mont-Royal – Un groupuscule révolutionnaire a investi un échafaudage situé en amont du Fameux Viande Fumée et Charcuterie, dimanche soir. Masqués de mousses carrées, ils ont également placardé les murs avoisinants d’affiches. Ils ont ensuite distribué des tracts. Du haut de la structure d’acier, ils se sont mis à scander, au moyen d’un mégaphone, un manifeste proclamant leur objectif de manière non-équivoque : « le FAS vaincra ! »

Poule de luxe, 26/09/2009 [Actions stupides, Vol de contenus]

C’est une vieille caucasienne à la taille forte et à la voix stridente, mais elle a la grâce du cygne qui balbutie ingénument ses premières envolées. Notre première rencontre, il y a de cela deux ans, fût décisive : je savais qu’elle me traînerait aux confins de l’ascétisme, que pour elle, je me saignerais à blanc.

Ma nouvelle maîtresse de ballet a un patronyme qui se termine en ov. Un détail le fun qui incarne sans nuance la tradition. (Et ça tombe bien car je cherche dans mes activités quotidiennes ce brin d’exotisme qui puisse me consoler de ne pas pouvoir voyager quand bon me semble.) Son français est approximatif son anglais est un amalgame de mots français prononcés avec ce qu’elle croit être un accent anglais. Quant à son russe, je n’ai eu qu’à prêter l’oreille aux « insides jokes » qu’elle partage avec une des étudiantes, dont toutes les deux sortent hilares, pour conclure qu’elle maîtrise au moins cette langue correctement. Mais jamais je n’aurais douté que mes attentes en matière d’exotisme seraient comblées de façon aussi peu subtile. Ma foi, j’ai été servie. Et cette semaine, elle a atteint le sommet de cette gloire que je lui confie secrètement.

« Les garçons, les filles ! Pour faire les pirouettes, il faut penser que vous êtes le soldat ! Dur, dur, tronc solide, jambes comme les matraques! pensez que vous avez la kalachnikov dans les mains et Ratatatatatatatatatatatatatatatatatat !!!!! »

« Les garçons, les filles ! Pour faire le port de bras, il faut le bras solide. Toi, viens, frappe mon bras. Plus fort, plus fort, plus fort, plus fort, je veux avoir l’ecchymose. Choisissez, l’honneur ou le goulag ! »

«  Les garçons, les filles ! Pour faire Adagio, il faut la mémoire. Pour avoir la mémoire, mangez le caviar! »

Juste pour ça,  je  la laisse me taper les fesses et me déboîter une jambe en public de temps en temps.

Ps : bulle pétée :  Je « google-image » Vaslav Nijinski, figure mythique du ballet, dans le souhait de revoir quelques unes de ces gravures sur feuilles d’or qui datent du début du siècle et qui représentent le virtuose dans des poses et des déguisements assi magnifiques qu’improbables. Mais, horreur, je tombe sur une photo de sa tombe au cimetière de Montmartre. OUACHE !!! Ils ont transformé mon idole en un paillasse déchu avec des bottes de cow boy.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Vaslav_Nijinsky_tombstone.jpg

Mysterious, 26/09/2009 [Actions stupides, Nouvelles]

Aujourd’hui, des activistes du FAS armés et décidés envahiront, à précisément 18h00, un échafaud situé au 359, rue Mont-Royal Est. Ils déclameront poèmes et manifestes. Ils lutteront en public pour un quotidien délirant – et ils vaincront.

Soyez-y !

Le vélo-boomerang, c’est un Giant. Et tout commence avec ce son que je déteste : la sonnerie de la porte. C’était l’été dernier. (suite…)

Poufiasse, 24/09/2009 [Cool is Class War]

Samedi,  j’ai eu comme un petit blues en rentrant chez moi. D’habitude, sur ma béacane à trois vitesses, je suis une force qui va! Pas cette fois. (suite…)

Amygdale, 15/09/2009 [Actions stupides, Triviale poésie]

Je retire lentement le vélo du support
Et l’enfourche, mains sur le guidon
Roulant déjà, car de prime à bord
Je n’ai rien à faire dans cet endroit bidon

Je vois que sur moi recule une voiture
Prestement, m’aplatissant presque
Je souffle un mot contre sa voilure
Un petit «hep» poussé par réflexe

Mais le chauffard, sûr de son droit
Me fait bravade dans son miroir
Gaiment, je lui montre un doigt
Reprenant aussitôt ma trajectoire

Le voilà qui m’invective, tant
Et si bien, que je me retourne;
Il n’en fallait pas tant
Pour qu’il sorte de sa minoune

Il s’approche, résolu à m’affronter
Aussitôt qu’il m’atteint, me pousse
Et moi je riposte, effronté
Bien loin d’en vouloir à cette gousse

Et vlan! et re-vlan, c’était donc ça
Que tu voulais, me frapper
Depuis le départ, et en-deçà
De ma mâchoire un brin disloquée

Le voilà qui se retourne, penaud
Croyant m’avoir fait comprendre
Mais je ne laisserai pas le salaud
Sans la monnaie de sa pièce, lui rendre

Entre-temps une fille en courant
Se pointe, qui m’enjoint à déguerpir
Mais j’ai encore un argument
En entre-met à lui servir

Mon pied visite son arrière-train
Violemment; voilà sa pitance
Cela me coûte encore quelques pains
Que je déguste en silence

Las! C’en est assez, allons-nous-en
Je n’y suis pas pour apprendre aux voyous
Le code de la route, et ces enfants
Savent mieux que moi porter les coups

Je reprends ma bécane, toujours calme
Et je repars tranquillement, vers
Un endroit plus poli, un coin plus alme
Pour mettre à l’endroit, cette histoire en vers.

Zepoulpe, 14/09/2009 [Mourir au Canada, Triviale poésie]

C’était valonneux.

Un vallon, on pourrait dire que ce n’est rien d’autre qu’un long trou entouré de montagnes, mais ce serait mal connaître la susceptibilité des gens de la région de Thetford Mines lorsqu’on parle de trous…

La mine, ce n’est pas franchement ce qui est impressionnant : ça, c’est un gros trou sans ambition. Ce qui l’est par contre, ce sont les immenses tas de roches sortis au cours du dernier siècle de pelletage et qui jonchent la région à la manière de mastodontes inanimés. Une pelletée pour un lingot.

Mais Saint-Pierre-de-Brougthon, où on s’est réunis pour une festivité champêtre, n’est pas un trou. Non. C’est un beau petit village de 800 habitants, sis au fond d’un vau et peuplé de gens sympathiques dont certains sont presque ouverts d’esprit.

C’est dans cet environnement bucolique que nous prîmes pied, un jour de septembre pour y rencontrer de la boisson et des gigots que je m’apprêtais à faire en méchoui. SPDB est situé quelque part dans Chaudière-Appalaches, entre la Beauce et la région de Thetford.

Lorsque je me suis enquéris auprès de la caissière du dépanneur pour savoir si on était bel et bien en Beauce, elle s’est arrêtée de vendre des gratteux une seconde, s’est retournée vers moi et m’a dit d’un drôle d’air : « Ça, personne ne le sait…. » (En fait, elle a plutôt dit quelque chose comme « Chat, parchone le chavent », mais on se comprenait moi pis elle.) Ensuite, elle a rajouté : « Moi, si j’étais vous, je ne poserais pas trop cette question-là aux alentours… » (Moiche, chi ch’tais toé, je chierais pas trop dans ces champs-là »).

Reprenant nos denrées et poursuivant notre chemin, nous rencontrâmes deux vieillards qui discutaient :

- Ouais ben, je peux-tu dire qu’on a pris une sacrée rince hier soir?

- Mets-en !

- Entre toi pis moi, je me suis réveillé à matin pis QUELQU’UN avait chié dans mes culottes !

- Ça, ça se fait pas.

- Je peux pas te dire qui c’était, sauf qu’il aimait vraiment le maïs.

On a finalement pas posé la question et continué notre chemin.

Une amie, fort cultivée et intéressante – comme il en faut dans un chalet conçu pour recevoir un maximum de sept personnes lorsqu’on est treize, – tomba sur un recueil de poèmes de Rimbaud. S’exclammant bruyamment toute seule dans le noir d’un salon attenant, nous la priâmes de venir partager avec le groupe le résultat de ses lectures. Elle entreprit donc de nous lire Le sonnet du trou du cul de Roger Rimbaud (ou était-ce Kevin?). Ça donnait ceci :

Obscur et froncé comme un oeillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d’amour qui suit la pente douce
Des fesses blanches jusqu’au bord de son ourlet.

Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous l’autan cruel qui les repousse,
À travers de petits caillots de marne rousse,
Pour s’en aller où la pente les appelait.

Ma bouche s’accoupla souvent à sa ventouse ;
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

C’est l’olive pâmée, et la flûte caline ;
C’est le tube où descend la céleste praline :
Chanaan féminin dans les moiteurs éclos !

Charmés devant tant de magie, nous soupâmes en paix en méditant la profondeur des mots de ce grand homme.

Ah oui ! Les gigots étaient parfaits.


Amygdale, 13/09/2009 [Actions stupides]

« Je cours rarement, mais, lorsque je cours, je cours si vite que le ciel devient rouge. »

- Mysterious

Ce matin à la ligne de départ sur le pont J*-C*, je m’échauffe et je visualise ma victoire.  J’ai 42 kilomètres et des poussières à parcourir dans les rues de M*, avant de faire mon entrée triomphale dans le Stade.  Ce n’est pas une mince affaire.  Voilà plusieurs mois que je m’astreins à une diète contrôlée, que je mesure mes mensurations et mes calories chaque jour, que je parcours des distances incommensurables, n’allant nulle part, ayant pour seul fin d’endurcir mes muscles et d’augmenter mon volume respiratoire.  Et aujourd’hui, jour J, je suis un homme d’acier.  Je vaux un million de dollars.  J’ai une dégaine d’enfer, avec mes yeux perçants surplombant l’épreuve, portés sur ma destination que je peux voir au-delà des parapets, par-delà le fleuve et les grattes-ciels.  Le Stade.  Bientôt le signal du départ est donné, après une allocution du maire dont je ne saisis que cette question angoissée : « où sont nos élites ? »  Question grave dont je me fais aussitôt l’écho, mais je ne recueille de cet appel qu’un sourire discret de ce journaliste de R.-C., qui est descendu de la colline parlementaire pour venir faire quelques foulées dans les rues.

Départ.  Aussitôt, les Kenyans et autres Maghrébins disparaissent.  Maintenant, c’est entre moi et la chaussée.  Combat à finir contre les crampes musculaires, les points de côté, les douleurs articulaires, la fatigue.  Le trajet n’a pas changé depuis trois ans, le circuit G*-V* est toujours aussi plat, le pont de la C* est toujours aussi moche ;  toujours aussi surréalistes sont les rues désertes du quartier St-A*, avec ces gens d’affaire aux regards indolents qui sirotent leur café sur les terrasses illuminées par les rayons obliques du matin.  Plus loin, St-C*, avec ses bums affalés dans les cadres de portes, puis le demi-parcours.  Ouch.  J’aurais pas dû partir sur la brosse l’avant-veille.  N’empêche, mes jambes tiennent le coup, et c’est heureux, car voilà la Bibliothèque Nationale et la redoutable côte B* — malheureusement, il n’y a pas de groupe pour nous jouer des standards de Dixieland cette année.  Parc L*, des arbres, de l’ombre, du vent.  Le plus dur s’en vient: le quartier du P*, avec tous ses faux-plats, ses faux-mets, ses faux-jetons.  Rue St-L*, j’entre en léthargie.  J’ai trop mal partout pour être nulle part précisément, et surtout dans mon corps, alors je tente de me transporter ailleurs; dans les vitrines de cette boutique, dans le bruit des sifflets d’encouragement, dans le petit cul de course de cette jolie marathonienne qui m’a devancé, mais que je vais rattraper et dépasser plus loin, une fois que je me serai réveillé, passé le 32K.  Elle s’est arrêtée, épuisée, alors je lui glisse un mot d’encouragement et j’accélère, parce que, contrairement aux années précédentes, j’ai compris qu’il fallait garder son énergie pour la fin.  Et la fin, elle approche, presque 4 K à faire sur R*, puis la satanée côte  P* IX, cette chienne, et là, très vite, on le sent, on est magnétisé par lui, ce grand Stade, cette soucoupe volante mal déguisée, ce grand temple de l’esprit sportif.  Projecteurs.  Musique.  Foule en liesse.  42 K.  Plus que 125 mètres, les magiques, les forcenés, les incorporels, avant la ligne d’arrivée.

Bip!

Je touche au ciel.  Une jeune fillette m’accroche une médaille au coup, une autre me tend une bouteille d’eau.  Je ne demande rien d’autre, j’ai tout donné, je rentre chez moi sans cérémonie.

Voilà sans doute une grande action stupide, mais j’aurai gagné une chose qui n’a pas de prix : un bronzage.

Sire Doneilles, 13/09/2009 [Nouvelles, Vol de contenus]

Pour rameuter les bougaloos: Est-ce que vaincre c’est être récuperés?
YÉYÉ *

*Lien codé direct en html (this is so getting me laid)

Joseph, 04/09/2009 [Pratique]

http://www.recuperervotrecopine.info/

Quelqu’un doit tester ce truc, qui veut devenir un mâle dominant ?

Poule de luxe, 12/08/2009 [Triviale poésie]

Contexte

Comment faire valser la langue jusqu’à ce qu’elle ait le tournis et qu’elle nous remercie nous vomissant au visage ? Voici quelques indices.

Une figure de style se répand au Québec comme la gangrène autour d’un membre gangrené. Elle consiste à s’amuser avec les mots en substantivant des verbes et en les accolant à des compléments du nom insolites. Dans ce style, un chanteur québécois nous avait déjà proposé un chic barbouilleur de parchemin. On a trouvé ça charmant, sans savoir que le trépas stylistique approchait.

Vous penserez subitement à ce conteur québécois, F* P*, qui est tombé dans ce MSG poétique quand il était petit.  Il titille notre imaginaire et nous fait voyager dans des contrées lointaines à l’aide d’expressions telles que parcourreur d’extraordinaire. Je croyais à un phénomène isolé jusqu’à tout récemment, alors que je fus interloquée par l’utilisation de cette même figure par un documentariste à qui je dois un grand respect.  Il m’a servi un sillonneur de paysage, dans une prononciation allongée et complaisante.  Si bien qu’hier, en me réveillant, une interjection me prit d’assaut ; « Parcelle de soleil ! » m’écriais-je. Ça y était : j’étais sous l’emprise des enfirouapeurs de merveilleux.

Il nous faut connaître cette figure de style de l’intérieur pour mieux la combattre. Voici pourquoi je vous propose ce jeu. Certains d’entre vous penseront peut-être: « c’est une renfrogneuse d’initiatives,  une enliseuse de liberté ! » À vous je réponds : « Vous n’êtes que des pas gameux de jeux d’enfant »

À vous de jouer

Instructions : Parmi la liste suivante, choisissez un verbe, transformez-le en substantif, et joignez-le à un complément du nom.

Ex : Lessiveur de poulardes

Verbes

Lessiver

Brandir

Tergiverser

Inonder

Éternuer

Raidir

Compléments du nom

De vinasse

De poignées de portes

D’individus prépubaires

De poulardes

De rimbambelles

De choux-fleurs pourris

De mondes cosmiques

De craque de boules

Robodrigue, 11/08/2009 [Citations et aphorismes, Vol de contenus]

Je roule sur des corps que mon regard attise,

un champ de chair offerte à l’infini de l’oeil,

Et j’entends par millier des voix tendres qui disent

« La nuit commence ici, tu ne sera plus jamais seul »

- Gilles Vigneault

Lou Scandale, 09/08/2009 [Cool is Class War]

- Oui bonjour, c’est pour un problème

- Dites-voir?

- Ben…jme demandais…vous croyez que à force de regarder des films porno on risque de rester coincé?

- Je ne vous comprends pas bien…qu’entendez-vous par ‘rester coincé’?

- J’entends par là que je n’arrive plus à savoir si je vois la vie du même bon oeil, et surtout, je me demande si finalement…je mérite les choses qui s’offrent à moi. Tenez par exemple. Je n’arrive plus à faire l’amour à ma femme. Non pas qu’elle ne me fasse plus d’effet, au contraire. C’est juste que je ne sais plus si je la mérite, et si justement procéder à un acte de chair avec elle ne serait pas un outrage impardonnable à sa personne. Parce que, voyez-vous je la respecte!

- Oui mais vous vous rendez bien compte que justement, la consommation dudit mariage fasse partie intégrante de la manoeuvre, surtout si par surcroît, vous ressentez encore un tant soit peu de ressenti! Vous rendez vous compte du nombre de gens qui vous envient mon cher…?

- Harold. Non non vous mélangez. Je vous parle d’un problème plus profond. Je veux dire…ma VISION a changé. Mon interprétation du monde a changé. Chaque chose que j’entreprends dans la vie réelle est, j’en ai l’impression, tout le temps en rapport avec le monde des trois iquses. Je voudrais que cela cesse, et je vous demande alors si je vais rester coincé là dedans, car je ne peux plus me souffrir une minute de plus. Ma tendre….ma belle Jocelyne hier m’a fait le plus beau des cadeaux qu’il soit et je n’ai été guère plus à la hauteur qu’un moins que rien.

- Qu’est ce qui s’est passé on vous prie?

- Nous avions terminé le souper, une si belle quiche. Et comme à l’accoutumé ma Jo se lève et s’absente le temps d’un lavage. Jusque là tout va bien, je me sens tout à fait sujet à la suite, me ressers un verre de Suze et prends position sur le sofa, face à la porte, en signe d’approbation. Elle sort endimanchée et s’execute. J’veux dire, y’en a rien à en redire justement. Vous voyez, c’est ma femme, c’est pas pour rien! Sauf que ça m’a repris encore, j’ai transposé. Je lui caressais les cheveux d’accompagnement, puis regardant son doux visage procéder, c’est apparu comme je vous vois à travers ce combiné :

SHE LIKES CUM ON HER WHORE FACE
MATURE BRUNETTE WANTS IT HARD IN HER TIGHT ASS

Qu’est ce que vous croyez ??? Je la respecte bien trop pour accepter ce genre de pensées. Je lui ai donc dit d’immédiatement arrêter parce qu’elle valait bien mieux que ça.

- Je comprends qu’elle n’ait pas compris.

Zepoulpe, 04/08/2009 [Mourir au Canada, Vol de contenus]

L’environ était à première vue assez décevant. Quelques maisons revêtues de clabord beige, des jardinières ronflantes, des chalets agglutinés, des pins plantés trop près les uns des autres et qui, en poussant, avaient dû jouer du coude pour pogner de la lumière; côté grands singes, on apercevait des enfants (BEAUCOUP d’enfants) et des Ontariens qui croyaient sincèrement (nous allions l’apprendre plus tard) que les festivités de Canada Day ont une importance symbolique réelle dans le canadian-state-of-mind.

Pourtant, au loin, il y avait du potentiel : un lac formait un large bras qui entourait l’isthme sur lequel on avait construit le domaine. Ce lac était connecté à un autre lac par une petite rivière, puis à un autre lac, etc., et l’ensemble permettait d’anticiper une certaine forme de rêverie champêtre. N’eût été des crisses de mouches à chevreuil (pique-moi pis décalisse viarge!), on aurait presque pu parler d’un environnement charmant propice aux lamartinages.

C’est au moment où je m’avançais vers ce semi-éden (mais sans personne assez à l’aise avec sa nudité pour défier Dieu), conduisant la voiture de ma belle-mère, que j’eus souvenance d’un adage cité par un ami, fan de feu Trank Spiroberg :  « Quand c’est si beau si jeune, ça peut juste aller vers plus lette en vieillissant ».

Et en effet, un événement d’une grande laideur s’en allait survenir juste là-là.

Les bureaux de la réception étaient mal indiqués et nous dûmes nous stationner dans un endroit interdit aux civils et strictement réservé aux employés. Au feeling, il ne me semblait pas que le taux de criminalité soit très élevé à St-Émile (population : 126) et je me dis que le nombre de membres bedonnants et inefficaces de la SQ et le nombre de remorqueuses devaient être à l’avenant. Personnellement, j’allais rapidement découvrir que pas pentoute; collectivement, nous allions l’apprendre plus tard…

La jeune fille de la réception – une beauté lacustre de 21 ans avec des belles fesses et une attitude genre « c’est moi qui dit à Dieu de ramasser ses bas sales » – nous expliqua tout ce qu’il fallait savoir sur St-Émile-de-Suffolk (ça tenait sur le recto d’un feuillet noir et blanc) et nous informa sur les attractions du camp familial. Nous apprîmes ainsi que des dizaines de sports étaient physiquement à portée de main : kayak, pétanque, tennis, canot, badminton, volleyball, basketball, vélo, shuffleboard (!), natation, freese-bee, etc.

Elle en était à nous dire l’heure des repas (bordel, QUI soupe entre 17h30 et 18h30 à l’extérieur d’un centre hospitalier!??) quand nous vîmes passer le véhicule rouge dans lequel nous arrivâmes (et qui appartient toujours à ma belle-mère), rempli de tous nos bagages; le véhicule en question était curieusement monté sur une remorqueuse de fortune, genre de tracteur rouge-hémorroïde avec un treuil qui semblait s’en aller vers autre part dans un nuage de fumée bleue et nauséabonde.

N’écoutant que mon impolitesse, j’interrompis la fille lacustre et me précipitai dehors pour stopper la manœuvre. Mais trop tard ! Un gros con, parfaitement sûr de lui, s’en allait sans s’arrêter, même si je rattrapais son putain de tracteur en joggant ! Même en lui criant que mon insuline était dans la voiture, bien rangée en compagnie de mon défibrillateur, de ma seringue d’épinéphrine, de mes retro-viraux, de mes médicaments contre la pression, de mon ventolin, de ma pompe à dick et de mes boules chinoises, rien n’y fit et l’insensible continua son pout-pout de chemin.

Mothafucka…

Je revins vers la réception dans un état psychologique qui ressemble à celui dans lequel je me trouve quand je lis les commentaires donnés à ma vidéo sur FAS-rencontre.

La jeune fille lacustre, tentant probablement de dédramatiser la situation, projeta de nous rassurer en nous affirmant que « Bob est toujours comme ça avec les étrangers qui tentent de contourner les réglements… » Peu enclins à croire cette jeune plotte de campagne, et surtout peu enclins à rester dans nos suits de voyage (dans mon cas, un super one-piece en coton ouaté beige : conçu pour une femme sur le BS, mais assez fort pour un homme comme Zepoulpe !), nous nous informâmes du lieu pour trouver le Bob en question.

« Il reste pas loin, une couple de milles vers Namur, 6 ou 7 max. »

« Ok, mais comment on fait pour aller à Namur avec pas de char? »

« Hihohi! C’est vrai, on vient de vous le tower ! »

« C’est ça oui. »

« Le mieux, c’est de demander à Bob de vous emmener. »

« Bob, c’est pas celui qui vient de nous tower? »

« Ouain pis? »

« … »

« Il revient quand Bob qu’on y jase sérieux? »

« Dès qu’il aura démonté votre char. »

« Quand tu dis démonter, tu parles de le descendre par terre ou de le démonter pour vendre les pièces? »

« Euhhhh… »

« Laisse faire. »

… J’attendais moi-même la suite (que nous allions apprendre plus tard) …