Aujourd’hui, histoire de faire délirer le quotidien du lundi, j’ai décidé de m’amuser aux dépens d’un collègue de travail. Notre patron étant parti en vacances, il n’y a que moi et mon collègue au bureau. Après l’avoir entendu entrer au travail, j’ai décidé de communiquer verbalement avec lui en n’utilisant uniquement que les mots suivants :
1. oui
2. non
3. salut!
La journée a commencé facilement : (suite…)
A pedestrian knew how to display his nonchalance provocatively on certain occasions. Around 1840 it was briefly fashionable to take turtles for a walk in the arcades. The flâneurs liked to have the turtles set the pace for them. If they had had their way, progress would have been obliged to accommodate itself to this pace.
Walter Benjamin. « On Some Motifs in Baudelaire, » in Neil Leach, ed. Rethinking Architecture: A Reader in Cultural Theory. London and New York: Routledge, 1997, p. 33.
Histoire de mousser la popularité du FAS, ça fait un bon moment que je songe à écrire un COOL IS CLASS WAR qui parle de sexe. Alors quand ma blonde m’a dit qu’elle commençait la rédaction d’une thèse sur le speed-dating, j’ai tout de suite su que je n’étais pas loin du compte… mais loin d’avaler cette couleuvre. (suite…)
à la relecture du horla, pas lu depuis mon adolescence, j’éprouve non plus un simple sentiment de terreur, mais un agréable sentiment de complicité et de soulagement. les premières 20 pages me parlent directement, elles font allusion à ces moments où sans raisons concrètes l’angoisse monte en flèche dès le coucher du soleil, moments nocturnes où les comportements irrationnels et les terreurs enfantines me piochent la tête. cette angoisse, la même qui, lorsque je m’éveille couvert de sueur, me fait allumer une veilleuse dans la cuisine et la salle de bain, me tient en éveil jusqu’à l’aube en me torturant l’esprit avec mes problèmes, mes doutes, mes échecs. l’individu néfaste, se faire égorger ou étouffer, se faire observer, juger, triturer comme des doigts sales sur un bouton d’acné. j’y pensais aujourd’hui, assis dans mon bureau cloisonné, en tapotant le clavier d’ordi. ce bureau sordide, de ville d’anjou, où sur le boulevard Louis-Hippolyte Lafontaine je suis payé temporairement un prix surévalué à saisir des données assez inhabituelles. nouveau prix circulaire en vigueur le premier février: cerveaux bleus en jujube, 4.95$ le paquet…
Je suis passé par ici
Je me suis gratté
la pierre de la roche
« Cardinal est une maison d’édition québécoise spécialisée dans la conception, le développement et la publication d’ouvrages gastronomiques, littéraires et pratiques ». Hé! Le FAS fitte dans toutes les catégories!
Return to a Darker Age, un article paru dans le New-York Times, me rappelle drôlement cet article que j’ai écrit il y a déjà un peu trop longtemps sur les Annales…
Ou comment jouer avec la signification divergente des mots français et québécois.
CQFD : une blonde en français est une cigarette et une petite amie en québécois
Je craque une allumette et me brûle les doigts en allumant ma blonde.
Elle me réchauffe de son doux souffle velouté.
Ses volutes sensuelles partent en fumée et dansent dans le vent.
Je roule ma blonde sur les chemins de traverse et apprécie sa sollicitude dans ma solitude.
Je la fume par les deux bouts, rend ses cendre à la terre mère et garde l’éphémère plaisir d’une vie passée à ses cotés.
Quelle belle découverte que le FAS…
Lors d’un entrevue par Skype pour travailler à l’auberge du bout du monde de l’anse saint jean on m’a demandé : « 11 sept, complot ? ». Je leur ai répondu que pour moi c’était principalement le CELS’s Day ! o,O Du coup il a fallu que je leur explique ce qu’était le CELS…
Je suis français et ai travaillé 5 ans dans l’éducation nationale en tant que surveillant. Avec mes collègues et amis du lundi soir nous avions pris l’habitude de nous laisser aller à la folie douce qui nous habitait (et nous habite toujours) une fois les élèves couchés… le tout pour combattre la sinistrose sociétale par l’absurdité volutionnaire (Cf Alain Damasio dans « la zone du dehors ») . Le Club des Enculés du Lundi Soir (CELS) était né ! Nous nous sommes doté d’un « logo » : le fucking golden nain de jardin et allions de l’avant. Nous ne sommes plus collègues aujourd’hui mais plus que jamais amis, et le CELS vit toujours ! Lors du mariage de l’un des membre bien membré en juillet nous lui avons bien entendu offert un exemplaire du « golden fucking nain de jardin » et nous nous somme décidés à créer un CELS’s Day, anniversaire de la connerie humaine… le 11 sept fut unanimement choisie ! Ceci expliquant cela.

Bref lorsque j’ai expliqué tout ça à È. et P. ils m’ont regardé bizarrement, m’ont dit qu’il fallait que je connaisse le FAS et m’ont engagé !!!
Plusieurs mois que je vis avec eux et que ma lecture sur les toilettes sont vos livres… normal pour des annales !
Le FAS et le CELS sont bien cousins et en tant que membre du CELS je me permet de vous écrire pour que le CELS se joigne au FAS pour lutter pour un quotidien délirant !!!
Au plaisir de lutter à vos cotés
Louis PasPire
J’hésite à classer dans «Activités culturelles cool», mais c’est sûr que je classe pas dans «Déprimer, c’est ok».
Ce lien est volé à l’activiste Robodrigue.
« Es-tu Français ? »
« Ben oui, c’est clair, heille, j’rentre chenous le soir, première affaire qu’euj fais, c’est cartonner vachement, toé ? »
Vous connaissez le principe. On a fait un cadavre exquis sur Facesnatch. Mais comme personne n’arrive à plier son écran pour voir juste la dernière ligne, ben on triche un peu et ça donne ça :
En l’an de grace 2006, les agneaux se sacrifiaient pour mon grand plaisir dans un… (suite…)
Bonjour,
Désolé du temps que nous avons mis à vous répondre mais notre service s’est vu débordé lors des dernières semaines.
Oui, il est vrai que les insectes ne possèdent pas de paupières et ne peuvent donc fermer leur yeux.
Au plaisir, M*B*
Insectarium de Montréal
Il va de soi du reste que « fantômes », « liens », « être suprême », « concept », « scrupules » ne sont que l’expression mentale idéaliste, la représentation apparente de l’individu isolé, la représentation de chaînes et de limites très empiriques à l’intérieur desquelles se meut le mode de production de la vie et le mode d’échanges qu’il implique.
- Karl Marx, L’Idéologie allemande
De Montréal à Ogoki
Une suite de bévues commises par nonchalance entraînèrent mon congédiement du musée où j’étais employé comme gardien. Nous étions en avril et la perspective de passer l’été prisonnier d’une ville humide et bruyante, dans un endroit somme toute ennuyeux, ne m’enchantait guère. Étudiant blasé et perclus, il me fallait du grand air. Je me décidai donc à offrir mes services comme reboiseur en Ontario. Un seul courriel suffit à me faire embaucher.
Tandis qu’à Montréal les arbres avaient revêtu leur feuillage vert tendre et que les déchets, libérés de l’emprise de la neige, virevoltaient librement dans l’air chaud, je préparais mes valises pour m’exiler vers des latitudes plus nordiques, où les lacs étaient encore gelés. J’apportai, en tout, un grand sac à dos et une poche de hockey remplis de ce que je m’imaginais nécessaire à la vie dans un bush camp : un matelas, une vingtaine de paires de bas de rechange, de vieux sous-vêtements, trois paires de pantalons de travail Big Bill, des chemises à carreaux et des articles pour la toilette. Il s’y trouvait également tout l’attirail du planteur, soit les bottes, une gourde en plastique surdimensionnée, un casque et des gants de jardinier. Enfin, l’outil essentiel, la pelle au manche court et à la lame étroite, affûtée et dûment identifiée à l’aide de bandes de duct tape de couleur.
Un bush camp, donc, c’est-à-dire un camp loin, très loin de toute civilisation. L’autobus qui sillonne le nord l’Ontario vous emmène généralement jusqu’à Thunder Bay, mais cette année-là, le jour prévu de mon départ, il s’arrêterait à Hearst. Il me faudrait donc me rendre de mes propres moyens à Longlac, où devaient nous prendre les foremans en camionnettes vers 17h le jeudi, pour nous amener jusqu’au camp par la Ogoki road. Je voulais à tout prix éviter de prendre le train, qui est la plus calamiteuse des limaces en termes de moyen de transport. Comme Longlac se trouve à 200 km à l’ouest de Hearst sur la Transcanadienne, j’estimai que j’aurais tout le temps d’arriver à mon rendez-vous sur le pouce.
Cette estimation devait s’avérer erronée. Flanqué de mes deux gros sacs, je passai toute la journée sous un crachin glacial à attendre au bord de la route, à Hearst. Un entrepreneur, qui faisait la navette entre les deux villes, me prit enfin, au moment où le soleil déclinait sur l’autoroute. J’arrivai à Longlac vers 19h, et bien sûr, tout le monde était parti. À l’hôtel, je téléphonai immédiatement aux bureaux de la compagnie. On me confirma que tous les planteurs étaient en direction du camp et qu’il me faudrait attendre le lendemain qu’une autre camionnette soit envoyée.
J’attendis trois jours. Je dus changer de ville et me rendre à Geraldton. Mes deux nuits passées là, au Golden Nugget, me coûtèrent presque toutes mes économies. Au troisième jour, vers midi, après être revenu de la bibliothèque municipale, je vis un autobus faire irruption dans la cour de l’hôtel. Celle qu’on avait envoyé me chercher était la surveillante de la qualité pour la compagnie de reboisement. Elle s’appelait Karine. C’était une grande fille blonde, mince, à la forte ossature. Un peu timide, mais dévouée à son travail, elle avait déjà été planteuse. Elle savait ce qu’était le treeplanting et elle serait compréhensive envers nous, pensai-je. Encore une conjecture qui serait réfutée.
Je m’efforçai de sympathiser de mon mieux avec elle de mon anglais rouillé, schématique et un peu bègue. Elle m’expliqua qu’elle devait passer par l’aéroport de Nakina avant de revenir au camp. Elle allait chercher une équipe d’Ojibwés Eabametoong qui avait pris l’avion de Fort Hope. À sa façon de me regarder, je sentais que cette mission ne l’enthousiasmait pas outre mesure . Une fois embarqué, il faudrait conduire cet équipage à une aubainerie, le seul commerce de Nakina ouvert le dimanche, afin qu’ils puissent se procurer le matériel nécessaire, impossible à dénicher à Fort Hope. Alors que j’avais pris trois jours pour faire mes préparatifs, eux durent tout faire en une heure. Le résultat fut qu’on chargea un amas d’objets divers en désordre dans l’autobus, et une bonne quantité de chips.
Nous avions pris du retard sur l’horaire. K recevait des appels et semblait stressée. Une fois de retour sur la route, je me mis à socialiser avec les Indians. Il y avait John, le plus âgé du groupe; Danny, qui avait une dizaine d’années d’expérience comme planteur et se trouvait à ce titre le plus expérimenté. Il y avait aussi Mark, qui avait acheté une ligne à pêche bon marché et qui essayait de l’assembler. Les gars buvaient et mangeaient des chips dans le bus en s’envoyant des blagues et des regards chargés de sous-entendus. Puis, on se mit à se passer le calumet de la paix. À un moment, John me fit signe vers l’arrière, en portant à mon attention l’un de leurs camarades, qui avait l’air dans un état second, pour ne pas dire tierce. Je demandai à John la raison de son apparente stupeur et celui-ci se retourna vers les autres, qui s’esclaffèrent tous de rire. J’avais affaire au junkie du groupe, un certain Mike. Mike, avec sa moustache et sa beaver cut, ses yeux jaunâtres striés de veinules, passait instantanément d’un état de béatitude à une attitude de méfiance, redressé sur son banc. Puis, il retombait dans ses songes psychédéliques… (à suivre)
- Ding-dong! [La porte s'ouvre] Bonjour madame, vous allez bien?
- Bien je vais, Fabien
- N’ayez crainte, brève sera mon incursion en votre domicile
Un grand chapeau j’ai, mais sous ma redingote, point de missile
- … D’une telle pensée, j’avoue que j’étais loin
- Je suis représentant des Huskies de Rouyn
- Oui, cela se voit à votre écharpe, certes
- Vous savez que l’aréna sera bientôt ouverte?
- Je ne suis pas sans en être avisée
Puisque depuis ma fenêtre j’ai supervisé
Depuis un an le chantier et le vacarme…
- Eh bien le 24 enfin, elle déploiera ses charmes
Aux fans dont j’assume que vous faites partie
Et si je me trouve devant votre portique aujourd’hui
C’est pour que, comme tous vos voisins, sans hésiter
Vous bénéficiez…
- Mais c’est mon chum qu’il faut consulter
- Parfait! Je vous montre si fait de quoi il s’agit
On verra bien ce qu’on en dit
Voyez ici, 5 fois des 2 pour 1 sur les entrées
Ça fait d’emblée $75 d’économies
Voilà qui couvre déjà le prix du forfait
Et vous permet d’inviter vos amis
- Mais c’est plus mon chum qui est fan…
- Il n’y a pas de « chum » qui tienne, madame
De l’autre côté de la carte, les rabais pour le resto
Ne me dites pas que dans cette ville de pauvres
Vous n’aimez pas de temps en temps le repos
Qu’au retour de la mine votre chum dans l’alcôve
Ne mérite pas une sortie et un 2 pour 1 sur la bière
- Mais justement, de son patron il reçoit des billets gratuits
Et vos arguments ne m’émeuvent pas plus qu’une pierre
- Mais c’est parfait! Faites-en présent à Noël puis
Envoyez vos parents dans la chambre d’hôtel que voici
Où ils pourront dormir deux nuits pour le prix d’une
- Mais « 2 pour 1 », vous semblez n’avoir que cela en tête
- C’est vous qui, avec votre pierre, de faire deux coups d’une
M’avez suggéré l’idée. Comme je n’y suis pas pour la quête
Dites-moi à quel nom je dois inscrire le forfait
Nous prenons comptant, chèques, débit et crédit
Et je vous laisse mes coordonnées, ainsi
Si dans votre entourage il s’en trouve des jaloux
Qu’ils m’appellent et je soulagerai leur courroux
Ce samedi 12 novembre, de 17h à 19h, aura lieu au Divan Orange le lancement du micro-livre Des nouvelles de ma tumeur (texte : David Clerson / illustrations : Vincent Couture) et le vernissage des oeuvres de Vincent Couture (Stade régressif des formes de vie inférieures du capitalisme tardif).
Buffet de poulpes et de créatures des abysses.
DJ J-F Hell.
Pur plaisir.
Plus d’information ici : http://divanorange.org/news/2011/11/08/expo-novembre-decembre-david-clerson-vincent-couture/
Traduction libre de СОВЕТСКИЙ МИРНЫЙ ТРАКТОР , par Igor Baïkov.
Je vais parler d’un fait évident:
Sur les rives de l’Amour, en de vastes champs
Se trouve notre tracteur soviétique
À portée de six batteries asiatiques
Un salve frappe, les munitions criblent
Mais le conducteur a toute sa tête:
Il appuie sur les freins, et n’est plus cible
Au coeur d’une fumée de salpêtre
Le tracteur se braque contre l’ubac
Et du coup, l’agresseur, en guise de réplique
Pour nous inspirer la crainte du combat
Frappe d’une salve de missiles tactiques
Et notre conducteur, le capitaine Litvino
Regarde la carte et enclenche la nitro
Bombarde tranquillement Pékin
Puis s’engage en une courbe, serein
Au-delà de l’Amour il éteint le réacteur
Pour ne pas effrayer les chèvres et les moutons
Volant dans le ciel, nos fiers tracteurs
Enfin se ravitaillent en leur canton
Si l’ennemi à nouveau s’essaie
À troubler les récoltes fastidieuses
Sur ordre express de l’URSS
Nous envoyons les moissonneuses-batteuses!
Depuis quelques mois déjà, Mysterious et moi menons des recherches très poussées en biologie – d’ailleurs, un livre rassemblant nos travaux les plus révolutionnaires devrait paraitre sous peu. Ce matin, j’étais en train de suivre une hypothèse sur l’apparition de nouvelles formes d’organismes vivants et j’ai fait cette étrange découverte :
Dans l’environnement immédiat de l’image, on peut aussi trouver l’hymne officiel du Pastafarisme francophone (que l’on doit chanter sur l’air de Funky Town).
L’univers entier a une
origine uniqueUne origine vraiment chouette
et que moi j’aime beaucoupJ’y pense tous les jours
Pense tous les jours
Pense tous les jours
Pense tous les jours
Pense tous les jours, pense tous les jours
à à luiIl faut y croire
Il faut y croire
Il faut y croireDieu est un Monstre
en SpaghettisOh Dieu est un Monstre
en SpaghettisOui Dieu est un Monstre
en SpaghettisBaby Dieu est un Monstre
en Spaghettis(Répéter)
Il est 3h du matin. Un bruit inquiétant me tire du sommeil, semblable au cliquetis des chaînes d’un spectre traînant entre le monde des vivants et celui des morts. À mesure que les brumes se dissipent, je distingue plus clairement ce bruit métallique qui semble bien réel et ma foi, pas loin du tout. Je me tortille un peu et j’attrape mes lunettes à tâtons. Réussissant à m’extirper du lit, je me dirige à pas feutrés vers la porte d’entrée, encore un peu endormie. Puis je me réveille d’un coup sec. Le cliquetis de chaînes, c’est un voleur qui essaie de s’emparer de mon vélo. Sans réfléchir, j’ouvre la porte en criant « heille tabarnak » et j’entreprends de poursuivre le voleur, qui détale comme un lapin. Alors qu’il disparaît au coin de la rue, je m’arrête sur le trottoir après quelques pas et fixe le regard sur mes orteils. Je réalise que je suis nu-pieds, et qu’il serait bien idiot de laisser la porte de l’appart grande ouverte au milieu de la nuit alors que je suis aux trousses d’un vulgaire voleur de bécyck. Une chance que je dors en pyjama.
C’est drôle les réflexes, je n’ai même pas pensé à ramasser la pelle de planting sur le crochet avant d’ouvrir la porte. Quand même, le gars aurait pu avoir un pied de biche dans les mains. En rentrant, je suis un peu nerveuse. Je me demande ce que j’aurais fait si quelque chose de vraiment grave était arrivé. Genre, un gars qui essaie de rentrer chez nous. Est-ce que j’aurais eu le guts d’appeler la police? Ha ha! La police! Il faudrait que ça soit vraiment grave – un cas de 911 genre – pour qu j’appelle la police. Sans ça, il sont bons à rien. Ce qui est drôle aussi, c’est que le gars qui voulait voler mon vélo, dans le noir, ressemblait un peu à mon ami T*, en un peu plus grand et un peu plus costaud. T*, si vous voulez savoir, ressemble quand à lui au gars couché dans un lit d’hôpital sur les paquets de cigarettes. Je m’imagine au poste, en train de dresser un portrait-robot, demandant aux policier s’ils ont des cigarettes.
Haikus are easy
But they don’t always make sense
Refrigerator
Où l’aventure spatiale est parfois un peu ennuyeuse
J’ai dit que j’avais pleuré un peu, une fois arrivé dans la demeure du vieil homme, parce que j’étais incapable d’articuler aucun mot en martien, mais la raison profonde est que je souhaitais me mettre un peu en scène, afin que l’on me prenne en charge et qu’on me tire du bourbier dans lequel je m’étais enfoncé. Après tout, j’étais sur Mars, j’avais vu la datcha, et puis mon imagination s’était tarie; qu’exiger de plus, au fond? Il s’agissait maintenant de ramasser deux ou trois cailloux et de rentrer au bercail.
Je sais! Il existe des missions qui prévoient que les cosmonautes resteront toute leur vie sur la planète rouge, mais je ne suis pas de ceux-là. Je ne suis pas trop le type colonisateur.
Les policiers arrivèrent enfin, et ils se mirent à me poser des questions, auxquelles je m’efforçai de répondre comme je pouvais. À la question « d’où venez-vous? », je levai mon bras et pointai un minuscule point bleu dans la voûte céleste : « Je viens de la Terre, je suis ici en mission d’exploration ». Une policière prenait ces informations en note, tandis que tous semblaient déjà échanger des conjectures ou des avis sur la marche à suivre. Ensuite, on me fit m’asseoir sur un banc isolé dans le compartiment arrière d’une petite fourgonnette, jouxtant la banquette où s’étaient entassés les policiers, et nous revînment à T*. Je buvais de l’eau pour tâcher de survivre à la chaleur suffocante qu’exhalait le moteur du véhicule, situé sous la petite table au centre du compartiment, jonchée de casquettes de flics, tout en essayant de coincer mes pieds sous le siège, pour éviter de m’y brûler. La route étant cahoteuse à souhait, il fallait bien se cramponner.
Nous arrivâmes au poste de T* où j’aperçus D* qui m’attendait. Assis devant une minuscule cellule où moisissait un type en attendant qu’on lui paie sa caution, je lui racontai tout de mon enlèvement. Il me dit que je pouvais me conter chanceux d’être encore en vie, et à ces mots je sentis s’élever en moi quelques objections, que je réprimai cependant. L’attente fut longue, mais au moins il ne me harcelait pas pour que je chante Le Temps des Cathédrales, ce qui était dans ses habitudes.
Puis la séquence exacte des évènements m’échappe un peu, mais certainement on me fit entrer dans un bureau (au quatrième, il fallait claudiquer dans les marches jusque là) pour faire une déposition. D*, qui avait appris le martien dans le ventre d’un tigre, agissait comme traducteur. Il n’était pas impressionné par mon jugement et mon sens du discernement, et à mesure que je racontais mon histoire, j’entendis plusieurs « дурак » lui échapper, qui culminèrent en un « идиот! » bien senti. Et moi, je ne trouvais rien d’autre à faire que de regarder la policière qui notait tout, puis le policier arabe, et de mettre tout cas sur le compte de la légèreté de l’être.
Mais oui, il y a des Arabes sur Mars. À vrai dire, Mars est à peu de chose près indiscernable de la Terre, à part bien sûr la couleur rouge omniprésente, et le fait que la gravité est trois fois moindre.
Comme dans ma déposition je mentionnais un ancien poste de contrôle transformé en dépanneur, que nous avions croisé au village avant de rejoindre la datcha, la préposée de nuit de cet établissement fut contactée et nous la rejoignâmes à un autre bureau. Il fallut remonter dans le bania mobile qu’était la camionnette pour se rendre à l’autre bout de la ville. Elle ne semblait guère enchantée de se trouver là et de me voir, mais on la priât de s’asseoir et de tracer un portrait-robot des jeunes qu’elle avait vus passer à son magasin la veille. Bien sûr, elle n’en avait gardé qu’un vague souvenir, aussi la tentative fut un échec. Puis, on m’invita à mon tour à m’asseoir pour tenter l’expérience.
Tracer un portrait-robot n’est pas une mince affaire. Un phénomène de gestalt fait en sorte que, si nous fixons bel et bien notre attention sur les traits saillants d’un visage, il s’avère que ces traits ne sont saillants que dans leur contexte, de sorte qu’il est très difficile, par la suite, de les identifier à partir d’une banque de traits du visage. Des sourcils, des nez, des oreilles… À mesure que le portrait s’assemble, on a l’impression de déguiser une image mentale fuyante de postiches ridicules, puis le cerveau s’adapte et recompose son image à partir des nouveaux éléments du portrait, ce qui fait en sorte que les deux images – celle du souvenir et celle du portrait – dérivent lentement pour s’amarrer dans un point arbitraire de l’espace caractérologique. Le résultat que l’on obtient ressemble à un personnage de jeu vidéo comme The Sims.
Avec le sentiment d’avoir tout juste obtenu la note de passage, je passai à un autre bureau, où sur un écran je vis défiler la racaille juvénile de la ville de T*, pour tenter d’identifier ceux qui m’avaient enlevé, mais sans succès. Il commençait à se faire tard, et lorsque nous repartîmes en direction du village de V*, il faisait déjà noir. Arrivé là, impossible de rien discerner dans cet amas de masures cordées le long de routes impraticables, menant souvent à des marécages, où nous nous sommes presque enfoncés à deux reprises. Il fallu renoncer et revenir à T*.
Revenu à mon hotel, je n’avais que cinq heures pour dormir, et pourtant la nuit me paru longue. Bien qu’exténué la veille, je m’éveillai une heure d’avance, sans cadran-réveil.
De retour au poste, nous passâmes à la clinique, où on me fit un examen. Je dus me déshabiller devant tout le monde, et ainsi exhiber les centaines de piqûres d’insecte que j’avais sur le ventre et sur les cuisses. On constatât que j’avais l’œil droit injecté de sang et que j’avais saigné de l’oreille gauche. Mais l’ensemble semblait viable, alors ce fut de nouveau l’équipée vers le village de V*. Cette fois, nous sillonnâmes les chemins de façon quasi-systématique, interrogeâmes les gens au sujet de cette datcha, dont j’avais fourni une description assez détaillée. Puis nous nous arrêtions occasionnellement et le policier arabe, qui semblait m’avoir pris en sympathie, mangeait des baies rouges dans un buisson en me questionnant sur la flore de ma planète d’origine. Comme possédé de l’ours mangé la veille, je goûtai à ces baies : elles étaient pâteuses, sans goût bien défini, mais elles ne présentaient pas de difficulté de mastication pour ma mâchoire endolorie. Pour moi, il y avait drame et urgence, mais pour les flics, c’était une journée de travail, aussi je devais patienter sagement, tandis qu’eux mangeaient leurs galettes de graines de tournesol en discutant de tout et de rien. Enfin, après moult tergiversations et après que je sois retourné au site où je m’étais éveillé la veille, il fallut rentrer, les policiers jugeant sans doute que nous avions brûlé suffisamment de mazout. Là-bas aussi, le pétrole, c’est la puissance.
Les officiers supérieurs s’impatientaient, alors il fut convenu que j’écrirais une note dans laquelle j’abandonnais toute poursuite contre mes agresseurs, en échange de quoi j’obtins une autre note grâce à laquelle je pourrais prendre une navette et décamper de là.
Où je suis enlevé par des Martiens sur leur propre planète
C’était par une splendide journée de la fin juillet, à T*, dans une coquette ville martienne aux abords de l’Etna. Je fus pris d’une extraordinaire envie de boire de la vodka et de déguster un plat d’ours, ce que mon ami D* (que tout le monde croyait dévoré par un tigre, mais finalement c’est correct) m’avait promis. Nous partîmes donc, à bord d’un minibus délabré, jusqu’à une station à la frontière de la ville, d’où nous pûmes transiger avec un taximan la course pour nous rendre à un restaurant réputé pour ses banquets, où des serveuses en habits traditionnels vous apportent de succulents plats de gibier. Arrivés là-bas, nous nous installâmes à la terrasse, qui donnait sur un ruisseau, car oui, il y a de l’eau sur Mars, et où des enfants jouaient et des voitures passaient à gué, la route s’arrêtant là.
Nous nous assîmes et commandâmes aussitôt des chachliks, et des chachliks royaux, des champignons dans la crème fraîche, du bortsch, du pain noir, du jus de kiwi frais, des pelminis d’ours et d’élan, et bien sûr, du vin et de la vodka, ainsi que le plat spécialement conçu pour et savamment nommé « tout pour la vodka » (всё под водочку). Ce fût un délice, mais je fus seul à boire la vodka, D ayant renoncé à ce spiritueux suite à des abus commis lors d’une sortie à la datcha avec des camarades de classe. Le tout se terminât par des glaces au miel et une partie de billard russe à laquelle je jouai seul, D n’étant pas un adepte de ce passe-temps qui, il faut le dire, est extrêmement ardu là-bas, la table étant plus grande et les trous, plus étroits, tellement plus étroits. Puis arrivèrent G*, le frère de D, et un ami. Ils dînèrent, puis après une seconde tentative infructueuse de mettre à profit ces baguettes et cette table gondolées, nous repartîmes en direction de T*, où G pût me déposer à mon hôtel.
Hostel à vrai dire, où je téléversai les photos de mon dîner pour ensuite réaliser que, tout seul à 21h dans ma chambre, je m’ennuyais. Je décidai donc de sortir prendre l’air, histoire peut-être de prendre quelques autres clichés de la ville (et dans tous les cas, mû par la dialectique).
Je rencontrai par hasard une grosse fille à un arrêt d’autobus, qui elle aussi devait s’ennuyer, et après avoir rapidement fait connaissance, nous entrâmes tous deux dans un taxi et filâmes vers la banque, où je retirai une importante quantité de liquide, puis nous nous dirigeâmes vers le lac Blanc, où se tenait une danse party. L’ambiance était parfaite et j’étais très satisfait, alors je commandai de la bière et but encore, dansai, but, vomit, me fit montrer la sortie et partit seul retrouver mon hôtel, ce que je parvins à faire on ne sait trop comment.
Mais, arrivé là, je réalisai que je me trouvais en panne de cigarettes, alors je décidai aussitôt d’aller en chercher au magasin du coin. C’est là que je rencontrai une bande de jeunes qui buvaient de la bière, assis sur un banc en face des kiosques, de l’autre côté de la voie ferrée. Ceux-ci me demandèrent une cigarette, que je leur offris, puis je m’assieds avec eux et commençai à discuter. La proposition vint enfin d’acheter de nouveau quelques bières et de partir marcher dans la ville, ce à quoi j’acquiesçai, bien que j’eusse déjà bu pour, disons, une compagnie de lutins.
Nous marchâmes, marchâmes, nous arrêtâmes à quelques endroits pour boire et recruter de nouveaux membres, et bientôt nous nous trouvâmes une demi-douzaine à déambuler dans la ville et à boire. À un moment, je réalisai qu’on m’avait subtilisé mon appareil photo. Je me mis alors à traiter ma compagnie de voleurs et piquai une crise d’ivrogne, tentant de les attendrir en soutenant que j’avais travaillé très fort pour gagner cet argent, dans la forêt, et qu’ils ne devaient pas me prendre pour un boyard ou un bankomat. À ma grande surprise, l’un d’eux partit et revint quelques minutes plus tard avec l’appareil, et moi, plutôt que de m’enfuir, je décidai de pardonner le méfait et de poursuivre mon aventure. Nous nous dirigeâmes alors dans un parc où nous prîmes des photos idiotes. Puis vint la proposition d’aller à la datcha, proposition qui à vrai dire planait déjà depuis un certain temps et pour laquelle je nourrissais un enthousiasme débordant. Il fallut faire un autre retrait, acheter davantage d’alcool et héler un taxi, puis nous décollâmes pour la campagne.
La route fut agréable, mais tortueuse, et que le diable m’emporte si je rappelle du chemin. Mais elle en valait la peine : enfin parût la datcha, une si coquette petite maison non loin d’un village, toute en bois avec son toit pentu rouge. De plus, elle était équipée d’un banya et d’un barbecue. Dans la cour se trouvaient également deux serres où on faisait pousser des fleurs et des légumes. À l’intérieur de la datcha, on trouvait, dès franchit le pas de la porte, un foyer en brique, puis à droite un comptoir avec un frigo; au fond, un escalier menant au deuxième, tandis qu’à gauche se tenaient une table ronde et un lit placé contre le mur. L’ensemble était décoré de tapisserie et d’artéfacts pittoresques et je ne me méfiais pas le moins du monde, hormis de ce type au crâne rasé en tenue sportive qui semblait parcouru d’impulsions violentes. J’engageai avec lui une brève conversation et prétextai devoir aider à transporter des bûches au banya pour me défiler.
On trouvait ces bûches dans une petite cordée à l’arrière, accessible par un trottoir en bois. Mon chargement pris, j’entrai dans le banya, où déjà quelqu’un s’activait à alimenter le feu. Je déposai les bûches et en profitai pour jeter un rapide coup d’œil dans la chambre, où se trouvaient les bancs pour s’asseoir, ainsi qu’une demi-douzaine de plats en fonte laquée. J’avais pour ainsi dire vu la chambre secrète et atteint un des objectifs de mon voyage, et c’est le cœur plein d’enthousiasme que je retournai à l’extérieur, pris une photo de la datcha, discutai en martien avec un peu tout le monde, puis je rentrai pour continuer à boire.
J’engageai la conversation avec un jeune homme à qui semblait appartenir la datcha, et dont j’ai oublié la teneur, mais il semble qu’elle portait sur la Sibérie et peut-être la généalogie. Cette conversation durât environ 15 ou 20 minutes, peut-être plus.
***
Mais ici il y a une césure, car on me frappa violemment à la tête, avec une bûche, puis on me pilonna le thorax des pieds, avant de me brûler la main avec une cigarette. Lorsque je m’éveillai le lendemain, je réalisai immédiatement, avant même d’avoir ouvert les yeux, que je me trouvais à l’extérieur et incidemment, dans le pétrin. J’espérai une fraction de seconde avoir dormi dans la cour de la datcha, une espérance évanouie en un clignement d’yeux. Je constatai que j’avais tout perdu, jusqu’à mes chaussettes, et en fouillant dans mes poches je compris qu’on m’avait également pris mon passeport. Mes pieds, à force de piqûres d’insectes, étaient tout boursouflés, à l’image de ma gueule, comme j’allais le découvrir plus tard. De plus, mes pantalons étaient détachés, ce qui me porte à croire qu’on m’a fait des choses innommables, mais ce n’est qu’une induction faite sur un cas spécial d’abduction.
Donc, il fallut me lever et rattacher mes pantalons, et me diriger quelque part. Mais songez que je me trouve sur Mars, à 30 km de la ville la plus proche, en pleine forêt. D’abord, j’allai en direction d’un village, mais il s’y trouvait trop de clôtures, alors je rebroussai chemin. Comme j’entendais des bruits de machinerie sur ma droite, je m’y dirigeai, sans rien y trouver d’autre qu’une voie en terre battue, qui allait sans doute servir à construire une route. Comme cette terre molle était providentielle pour le vas-nu-pied que j’étais désormais devenu, et qu’elle semblait mener à un petit ruisseau, je m’y engageai. Après avoir bu au ruisseau, je rencontrai une paysanne, lui expliquai dans mon martien appris sur le tas que j’éprouvais des difficultés, ce qu’elle admit sans difficulté, et m’engagea à la suivre. Puis nous croisâmes encore une autre paysanne, puis un vieil homme, qui m’invitât à me rendre chez lui. Le vieil homme habitait avec son fils dans une cabane en bois rudimentaire. Il m’invitât à m’assoir, m’offrit à manger et à boire. Il me donna également une paire de vieilles sandales. Je mangeai, bu, pleurai un peu, car j’étais ému, épuisé, et je souffrais du dépit d’être incapable d’engager la conversation.
Puis ce fut l’attente et les policiers arrivèrent. La suite consiste uniquement en une quête vaine de retrouver la datcha, qui était vraisemblablement disparue comme par enchantement, ou pour mieux dire, téléportée.
Et c’est ainsi que je fus enlevé par des extra-terrestres sur leur propre planète.
les coquins mordent le rein
les coquets vivent de rien
mes coquelicots
fracassés contre la coque
« Yeah, you know…
Il avait une grosse coq. »
Premier jour d’un voyage sidéral
On dit que le temps passe plus vite dans l’espace, mais c’est une erreur : confiné à ce petit compartiment cahotant dans les espaces évidés du cosmos, il semble que rien ne ressemble davantage à une heure qu’une autre; rien ne rappelle tant une conversation qu’une autre, rien n’est aussi néantisant, en somme, que le néant lui-même. Et j’ai perdu toutes mes bases de russe, ce qui fait que je suis réduit à les regarder manger des graines de tournesol et boire de la vodka dans des contenants hermétiques.
Pourtant, ce temps mort est bienvenu, car tout s’est déroulé si vite dans les dernières semaines : après un rude entraînement dans les Rocheuses, à des altitudes où l’oxygène se raréfie, j’ai mis la main sur une combinaison et une fusée, le tout en un temps record, à faire rougir Koroliov, puis j’ai réuni mon équipe et nous avons décollé, sans même prendre le temps de nous arrêter à la Station Spatiale Internationale. Qu’ils aillent se pendre, ceux-là, s’ils le peuvent. Nous, on file vers Mars, vers la Planète rouge, l’œil sur l’objectif. En ce moment, je ne peux m’empêcher de ressentir un brin de mépris envers ceux et celles qui rêvent d’hôtels sur la Lune, ou qui pensent déjà à explorer d’autres systèmes solaires. Vraiment, tout pour fuir la réalité!
Mais quel équipage! On ne sait parfois plus où suspendre son jugement. Et de regarder des revues de bagnoles! Sacrés Russes. Je ne peux pas leur en vouloir; d’abord, il faut chasser l’ennui, et d’autre part, il est évident qu’un jour, Mars sera une banlieue de la terre, avec ses centres d’achats et ses parkings, et on aura besoin de chars. Tout d’abord, il y aura de gigantesques serres, et comme Bradbury l’a bien compris, la vie y prendra tous les tours de la vie sur un ranch. Puis, dans 350 ans je dirais, on pourra y circuler avec des masques à gaz, et ce sera comme dans n’importe quelle métropole, somme toute. Et lorsqu’enfin l’air y sera respirable – dans 10 000 ans –, nous en aurons déjà fait une planète de plastique, un gigantesque dépotoir mauve et lilas. Nous serons alors en route vers une quelconque exoplanète. Mais (mais!) ce n’est pas demain, ce n’est pas demain. Il faut patienter, tuer le temps comme on peut.
Je crois que je vais aller fumer une clope dans le sas.
J e m’en veux d’avoir négligé de porter ce sac ventral pour des considérations esthétiques. Un pickpocket m’a eu au moment où je me disais « avec ce bras en l’air pour te tenir dans le métro, tu es une proie facile. » Les 15 secondes d’ouverture des portes n’ont pas suffi à me faire prendre conscience de l’affaire, et j’ai quitté la station tout nu, sans mes cartes, sans mon argent. Et puis je suis comme par hasard sorti à la station Kropotkine, près de l’ambassade canadienne, où je suis allé mourir. L’ambassadrice est une femme très occupée, mais également très attentionnée. Elle m’a laissé son numéro de cell; devrais-je la rappeler? Il me semble qu’il faudrait que les relations russo-canadiennes se réchauffent; comment lui faire comprendre? Et puis j’ai rencontré mon ami sibérien D*, un vrai de vrai raciste, machiste, avec cette déformation du nez qui lui interdit de ne jamais montrer autre chose que son derrière dans les photos. Il est insupportable, mais j’assure la note. Et le lendemain, ma chère L*, qui a de belles jambes et une verrue sur le menton, ce qui lui donne le droit de me donner un bracelet en cordon de coton rouge, noué sept fois, pour me protéger. Me protéger de tout, moi qui suis vraiment inapte au voyage. Et si jamais vous vous retrouvez seul avec deux gros types poilus de connivence dans une ruelle, remerciez le hasard (ou la nécessité) de vous avoir donné trois mois de planting et des muscles pour vous sortir de l’imbroglio.
Par contre, l’hôtel est sympa, la cour arrière donne sur une jolie basilique qui met tout plein de turquoise dans ma ville.
Sans faire dans la dentelle +
La tondeuse me coupera les cheveux =
Mohawk accidentel
« Tereza se souvenait des premières journées de l’invasion. Les gens retiraient les plaques des rues de toutes les villes et arrachaient des routes les panneaux indicateurs. Le pays était devenu anonyme en une nuit. Sept jours durant, l’armée russe avait erré à travers le pays sans savoir où elle était. Les officiers cherchaient les immeubles des journaux, de la télévision, de la radio pour les occuper, mais ne pouvaient les trouver. Ils interrogeaient les gens, mais les gens haussaient les épaules ou indiquaient de fausses adresses et une fausse direction. » (Kundera)
Prendre un quartier relativement achalandé et en retirer les titres et autres nominations (tout en noir) servant à l’orientation. Au matin, voir les automates simplement fonctionner. Et les nouvelles tronches se présenter pour se perdre. Et celles-ci chercher l’orientation et demander aux autres, qui devront (ré)apprendre les détails du quartier. _ Plusieurs variantes possibles et à développer en observation des premiers essais et/ou buts à atteindre. _ À suivre.
Depuis l’accident de vélo qui a failli me défigurer vendredi dernier, j’éprouve un peu plus d’empathie pour les minorités visibles. Moi qui n’ai pas mon pareil pour dévisager les gens — je ne le fais pas exprès, je ne m’en rends même pas compte ! — je m’imagine un peu mieux ce que peuvent ressentir les nains, les bossus et autres entachés de naissance lorsque les yeux se braquent sur eux. Je ne sais pas si ça m’aidera à contrôler le manque flagrant de subtilité dans mon regard, mais ça m’a fait songer avec amusement à une autre des excentricités de mon père.
Plus jeune, étudiant et fraîchement débarqué à Montréal, il s’était inventé une nouvelle distraction. Dans cette ville remplie d’inconnus, il lui arrivait de se promener en public en faisant semblant de boiter, en simulant le syndrome de Gilles de la Tourette ou en feignant une quelconque infirmité, juste pour comprendre ce que ça faisait d’être marginalisé. Même si mon père n’a jamais eu besoin de mettre une roche dans son soulier pour avoir l’air bizarre, j’avoue que j’admire son empathie sincère et empirique envers les rejetés de ce monde. Ses expériences farfelues sur l’esprit humain feraient-elles de lui un précurseur au Laboratoire de métaphysique expérimentale ?
Je ne sais pas, mais en revenant de l’hôpital, je me suis fait aborder par un duo de « missionnaires de Jésus-Christ ». En bons opportunistes, ils m’ont assuré que Dieu était avec moi et qu’il comprenait ma souffrance — ce à quoi j’ai répondu que je ne souffrais pas tant que ça.
Nous vaincrons!
Pendant quatre jours, ma rue a été plongée dans l’obscurité. Les appartements étaient éclairés, mais les lampadaires ne fonctionnaient pas. Ça donnait une atmosphère étrange, mais je trouvais ça plutôt agréable. J’en ai jasé deux minutes avec mon voisin en rentrant le deuxième soir. Il était dehors et profitait de la noirceur pour regarder les étoiles. Il y en avait quatre ou cinq – un record pour Montréal! Je me suis demandée s’il était possible que la Ville n’aie pas encore reçu de plainte. Qu’à l’instar de mon voisin et moi, les résidents de ma rue apprécient ce silence visuel. Qu’ils n’aient peur ni des fantômes, ni des bêtes sauvages, ni des criminels qui pourraient se tapir dans les ténèbres. Quant à moi, je trouve que cette hantise de la noirceur qu’entretient l’humanité tient du pur délire. On dit que la plupart des enfants en bas-âge ont peur dans le noir, et que ce problème disparaît avec le temps. Mais l’humanité, semble-t-il, est encore terrifiée par les monstres sous son lit, au point que c’en est visible de l’espace. C’est une véritable psychose internationale.
Pour le prochain Laboratoire de métaphysique expérimentale, je propose d’abolir graduellement l’éclairage des rues. En commençant par quelques nuits par année, pour quelques rues seulement, pour laisser aux gens le temps de s’habituer. Puis, doucement, on augmenterait l’étendue et la fréquence des pannes jusqu’à priver de lumière les rues de villes entières. Alors on pourrait procéder aux observations scientifiques : y aurait-il une augmentation du nombre de cambrioleurs, de violeurs, de psychopathes? Combien de cannibales, de méchants, de tueurs fous? Combien de lions et de crocodiles, évadés du zoo, féroces et affamés? Combien de monstres sanguinaires, de chiens errants, de loups-garous? Combien d’envahisseurs venus de l’espace?
Est-ce que le monde serait vraiment plus dangereux, plus menaçant dans la noirceur? Ou ferait-on juste mieux dormir, sans toute cette lumière agressante autour de nous? Peut-être même qu’on pourrait, enfin, relaxer un peu en comptant les étoiles.
Des activistes du FAS en Russie?
Cette nuit, j’ai rêvé du FAS et du Salon du livre anarchiste :
Les kiosques sont disposés de façon à former une sorte d’amphitéâtre et une musique mièvre emplit la pièce. Les anarchistes du salon semblent frappés d’une langueur mortelle. Soudainement, Mjack coupe la musique, s’empare d’un micro et galvanise la foule : Vive l’anarchie ! À mon tour prendre le micro : Vive l’anarchie ! Les anarchistes sortent tranquillement de leur torpeur et se mettent à scander de plus en plus fort : Vive l’anarchie ! Vive l’anarchie ! Mjack a préparé des autocollants qu’il dispose au mur : FAS + psychiatre = nazi; La liberté et/ou la mort; Cool is Class war; etc. Cet exposé théorique commence à s’étirer en longueur et crée un silence embarassant, que j’essaie de combler par des Vive l’anarchie de plus en plus forts et de moins en moins convaincants. Juste au moment où je songe à entonner l’Internationale, je me réveille.
Il faut que j’arrête d’aller sur les Annales avant d’aller me coucher.