Samedi matin, rendez-vous à la place Desjardins où nous devions louer un char. J’y retrouve Mjack et Vincent C., auteur de l’incontournable fanzine Clémentine. Le magazine de la jeune fille choc-toxique. La carte de crédit (même les activistes du FAS peuvent avoir des cartes de crédit) de Mjack étant démagnétisé et moi et Vincent n’ayant pas de permis de conduire (je suis plutôt du type ballade à la plage que course éffrénée sur l’autoroute), on refuse de nous louer un véhicule. Pas grave, j’appelle Amygdale, il enfourche sa bécane, et il vient louer la bagnole pour nous. Vroum. En route pour Québec. Vincent n’a dormi que trois heures et empeste encore l’alcool. Moi et Mjack ne sommes pas non plus dans des conditions très enviables. Peu importe : FAS vaincra !
À Québec, nous nous retrouvons dans un sous-sol d’église froid et humide, le genre de lieu que j’affectionne. Beaucoup moins de gens y passent qu’à Expozine, mais ils prennent davantage le temps de nous parler. Bizarrement, le FAS semble connu à Québec. C’est sûrement le résultat du travail de propagande de Xanthippe. Le café (infecte) coûte 0.25 $, la bière 2.00 $. Nous en profitons. Un énergumène nous demande si nous sommes un groupe fasciste ou encore une secte. Je réponds : « une secte ». Nous vendons nos fanzines comme de petits pâtés au zepoulpe. Joseph se joint à nous. Nous sommes un collectif d’action. Le FAS s’active. Assis à nos côtés, Vincent C. tient des propos inconvenants à son public cible, qui semble apprécier. La sensualité débridée de sa prose se conjugue à l’intellectualisme abyssal du FAS. Nos fascicules politiques et ses magazines pour jeunes filles émettent ensemble une puissante aura subversive.
La salle se vide peu à peu. Nous nous retrouvons bientôt avec pour seule compagnie des représentants de la Conspiration dépressionniste. Il reste un baril de bière à vider. Nous nous mettons au travail, mais il nous faut de l’aide. Nous allons dans la rue, entrons dans les bars et invitons le moindre quidam à venir s’abreuver gratuitement dans le sous-sol de l’Église. Et nous voici bientôt en compagnie d’adolescentes du new-jersey, d’étudiants en agro-économie, de jeunes exaltés qui s’abreuvent de mes paroles comme si j’étais le représentant d’une certaine élite littéraire (ce qui me laisse quelque peu sceptique, mais me touche un peu aussi : j’suis un sensible)… Tout ce beau monde titube joyeusement. Personne ne comprend trop ce qu’il fait là. L’ambiance est joyeusement chaotique. J’ai besoin d’air. Je m’écarte, m’enfonce dans de sombres couloirs, visite l’église en titubant et suis le point de faire (encore) une crise mystique quand un sournois « hé, hé, hé… » s’élève en moi et me ramène à l’ordre : je retourne à mes activités de propagande. Nous nous retrouvons finalement à dormir à même le plancher de la cuisine de Joseph. La vie à la dure, sans concessions. Nous voici aujourd’hui les cernes comme des scalpels et le corps endolori. Notre lutte est vaine et notre cause insensée, mais pourtant : « hé, hé, hé… »