L’hiver s’éternise dans notre sinistre capitale. Le blizzard déferle. La lune grelottante noie de sa funeste clarté blafarde d’improbables rues désertes. Ma vitre est un jardin de givre…Ah! Mais où sont donc passé mes sentiers broussailleux dans la garrigue empierrée exaltant de parfums enivrants sous le riant soleil primesautier. La Cèze, déesse fluviale riant de l’eau qui la chatouille, ne s’écoule plus au pied des arbousiers. Tous les étangs gisent gelés; « Ah! mais qu’as-tu? Tes chers cils s’amalgament de perles? »
Languide au salon, bercé par sa guitare, la sublime Anna-Marischka sur les genoux je lui fait la lecture:
“Douce enfant, connais-tu l’abbé Spallanzani et son étude sur les moeurs des crapauds?“
“Oh! Coco mon chéri“ fit-elle battant des mains.
“Une fois le crapaud mâle accouplé à la femelle, on peu en user envers lui comme on voudra: rien ne lui fera desserrer son étreinte. Qu’on le soulève en le saisissant par les reins, il continue d’embrasser sa lourde épouse. J’ai, pour éprouver la vigueur de l’embrassement, alourdi la femelle en lui fixant aux pattes et au cou des poids métalliques, et j’ai constaté qu’un mâle de 27 grammes pouvait encore porter une femelle de 105, à laquelle j’avais fixé deux poids de 100 grammes pour qu’il la laissât échapper.
On peut attacher une ficelle à l’une des pattes postérieures d’un mâle accouplé et le suspendre dans le vide: il ne cessera pas pour si peu d’étreindre sa femelle.
Taquiné, tourmenté, traversé de décharges électriques, lardé de coup d’aiguille sur les pattes, sur les flancs, sur le dos, sur la tête, blessé, lacéré, tailladé, il ne lâchera pas prise. Spallanzani, expérimentateur ingénieux et que servait son parfait mépris de la douleur animale, multiplia et diversifia les offenses, sans venir à bout de “l’ardeur opiniâtrement, constante du mâle“. “Ma barbarie, déclare-t-il, ne put l’arracher à ses amours…“
Un crapaud opiniâtrement accouplé, que le physiologiste avait amputé d’une cuisse, n’abandonna sa femelle qu’au bout de treize heures, avec la vie. Un autre mâle, amputé des deux cuisses, “resta fidèle à sa place chérie“, encore qu’il perdit le sang à flots. Il féconda jusqu’au bout les oeufs qui avaient commencé de sortir trois heures après l’amputation.
Un crapaud aux deux cuisses tranchées s’accoupla quand même lorsqu’on lui donna une femelle; mais il ne put attendre la ponte, et mourut avant d’avoir rempli sa fonction. Il y a mieux, ou pis. Un mâle aux deux mains coupées ne s’accoupla pas moins, en enfonçant ses bras à vif dans les aisselles de sa crapaude. Ce manchot féconda tous les oeufs. Sur le mâle de la grenouille qui, pour la frénésie de l’étreinte, n »a rien à envier au mâle crapaud, Spallanzani enchérit encore sur lui-même.
Il décapita un mâle accouplé, et ce mâle sans tête, rivé à son poste, ne céda pas qu’il n’eût fécondé tous les oeufs. illustration naturelle du thème romantique: l’amour plus fort que la mort.
Tortionnaire jamais satisfait, Spallanzani usa de la brûlure. Avec la flamme d’une chandelle, il mit le feu au pied d’un mâle accouplé. Celui-ci ne lâcha la femelle que lorsque, toute la jambe étant rôtie, la cuisse commença de griller. Encore y revint-il après quelques instants. Et l’on eut beau lui griller l’autre jambe, il ne se découragea que lorsque la cuisse elle-même eut été consumée.
Spallanzani cite un cas d’énergie encore plus démonstratif chez un mâle. “ Je commençai de lui brûler la partie inférieure de la jambe, puis la jambe, ensuite un peu de la cuisse: il ne quitta pas sa femelle. Il supporta la même opération à l’autre jambe. Ensuite, je donnai le feu aux moignons, il résista pendant quelques moments, enfin il se sépara en criant fortement…“
“Oh! Coco viens par ici…“
Tiré de La vie des crapaud de Jean Rostand.
Commentaires:
je proteste !
Le mâle de la mante religieuse se laisse souvent dévorer la tête afin de prolonger l’accouplement. La passion plus forte que la raison.
une petite crêpe de placenta après ça?
mioum, nappée de liquide amniotique svp. Et une!
Des crapauds coassent, tandis qu’au loin le hurlement d’une bande de singes se mêle au chant des grillons.
À la pleine lune, je suppose?
dans ton cul, Aphrodite !
Veuillez m’excuser, chère demoiselle, j’ai eu la folle impulsion de laisser resurgir sur vous à la fois mon machisme sous-jacent et ma déviance sexuelle anale…
Pour votre peine, monsieur, un an d’abstinence!
bah, après tout, si Amygdale le peut…