Mysterious, 01/06/2008 [Actions stupides, Nos amis requins]

Il y a deux ans, je me rendis au Massachusetts, sur les rives de l’Atlantique, à quelques dizaines de kilomètres au nord de Boston, entre les villes d’Ipswich et de Newburyport, là où Lovecraft a situé le port d’Innsmouth. J’y plantai ma tente sur la plage, m’allumai un petit feu – au loin, je voyais s’élever la fumée d’une usine – et m’assis sur le sable. À Boston, j’étais parvenu à acheter un gramme de champignons magiques. Je le mâchouillai en regardant le soleil se coucher et fis passer son goût infect en avalant une première gorgée de Jack Daniel’s

Je voulais voir Innsmouth. L’idée peut paraître saugrenue, mais elle m’obsédait. Assis sur le sable, je me rappelais les derniers mots que celle que j’aimais m’avait crachés au visage au moment de me quitter : « Tu ne crois pas en la vie? Retourne donc dans tes mondes de fiction. » J’avais décidé de suivre son conseil. Une nuit, j’avais rêvé au grand Dagon sortant des eaux, ses écailles reluisant sur son corps titanesque et il m’avait semblé qu’il dégageait quelque chose de plus puissant que la vie. J’avais relu Lovecraft. À Innsmouth, on vouait un culte à Dagon. C’est là qu’il me fallait aller et, pour briser les barrières qu’érigeait ma raison, j’allais employer des substances psychotropes. Peut-être Dagon m’amènerait-il au loin, dans les profondeurs, au fond des abysses où s’élèvent des cités cyclopéennes, des monuments à la gloire de dieux innommables?

Je me réveillai le lendemain, couché sur le sable, avec un terrible mal de tête. Un chien errant avait le museau enfoncé dans mon sac. Une légère bruine m’avait mouillé le corps. Ma chemise collait à ma peau. S’était-il passé quelque chose ? Je ne conservais que le vague souvenir d’une étrange litanie venue des eaux.

J’avais oublié (ou fait mine d’oublier) cette expérience un brin pathétique, mais la lecture du plus récent texte de Bébé Astronaute me l’a rappelée. Un continent de plastique, une vaste étendue de déchets sur la mer, la recouvrant sur des kilomètres… Des flaques de silicone auréolant des amas de polyéthylène et des morceaux de galalithes…Une île de plastique en construction, étouffant poissons et mollusques et se compactant peu à peu pour former une matière solide, une épaisse couche de déchets recouvrant l’océan où il s’avèrera un jour possible de marcher, comme sur une mer des Sargasses solidifiée, s’étendant à perte de vue en ondulant légèrement. Rien à écouter, rien à voir, sauf un vaste territoire de plastique, comme une plaine monotone… Je sus, frappé d’une intuition mystique, que c’était là, dans ce paysage désolé, que le grand Dagon viendrait à moi, déchirant, venu des profondeurs, la couche de plastique recouvrant les eaux pour prendre pied sur ce nouveau continent, bientôt suivi d’une armée d’êtres abominables, prêts à mettre un terme au règne pitoyable de l’espèce humaine… Je cesserai désormais d’utiliser des sacs réutilisables pour faire mon épicerie et pillerai les réserves de sacs de plastique des supermarchés pour les jeter dans l’océan. Il n’y a plus de continents à découvrir. Il faut en créer de nouveaux. Voici le temps venu d’un nouvel exotisme.

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Commentaires:

  • Commentaire by Mysterious, 01/06/2008:
  • Amygdale, j’attends ton premier poème.

  • Commentaire by Amygdale, 01/06/2008:
  • Attends tu vas voir, ça en saurait tarder. Il est déjà fait. En réalité, il préexiste à toute chose et surgira sur la Toile comme de la Gestalt organique sortie de R’lyeh.

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