Mon propriétaire se laisse vachement désirer ces temps-ci. Le plafond de la salle de bains a coulé pendant plus d’un mois avant qu’il daigne enfin envoyer un plombier aussi édenté qu’allophone pour patcher les tuyaux. Bon, faut dire qu’il était parti deux semaines en Floride, mais moi, je pense qu’il était parti plutôt en Colombie, sûrement en train de traficoter une autre affaire louche.
Il dit toujours qu’il va venir demain ou dans deux jours, puis il vient gratter un petit peu le bobo pour faire semblant qu’il a commencé le travail. Là, au moins, c’est pas si pire, il est finalement venu boucher le trou béant qui exhalait des spores de moisissures dans toute la maison depuis une semaine.
Je stresse encore plus ces temps-ci parce qu’il a envoyé un avis de reprise de logement à V*, ma voisine d’en haut – une autre folle, on s’entend bien elle et moi – qui habite là depuis vingt-cinq ans. Il a essayé de la fourrer avec une histoire de dates fabriquée de toutes pièces qui légitimait son avis envoyé un mois en retard. Or, à force de me crêper le chignon avec V*, j’ai fini par lui signer un papier qui disait que S* n’était pas, comme il l’affirmait, hors du pays en février, puisque je l’avais vu avec son gros boyau pomper le reflux dans la cave de A*, mon voisin d’à côté – qui, en passant, est un gros geek qui sait même pas qu’il est gros et qui pense bien paraître sur sa photo d’employé du mois avec sa petite cravate pis sa chemise jaune banane.
En tous cas, je me souviens très bien de ce jour-là parce que j’étais lendemain de brosse et qu’en plus d’avoir un mal de tête terrible, j’avais une soif ardente et ça m’a foutu dans une colère épouvantable de m’apercevoir que cet enfant de chienne – mon propriétaire – avait coupé l’eau sans m’avertir. Alors quand je suis sortie pour aller au dépanneur et que j’ai glissé sur la patinoire qui s’étalait devant ma porte, je vous dis pas…
À un moment donné, j’étais rendue tellement exaspérée que quand L*, mon collègue, qui a son cours de pyrotechnicien, m’a offert à la blague d’aller faire exploser un char pour moi, j’ai vraiment cru que c’était une bonne idée. Après tout, mon propriétaire est italien et ça aurait pu facilement passer pour un de ces coups fumants qu’ils s’administrent périodiquement entre eux.
Parce que vous n’allez pas me faire croire que le feu dans la boulangerie l’an passé est parti du four. Je le sais, c’est à lui ce bloc-là aussi, c’est son numéro de téléphone sur la pancarte à louer, et je suis sûre qu’il n’y a pas que moi dans le quartier qui lui en veut. D’ailleurs, il est tellement sans scrupule que c’est probablement lui-même qui a foutu le feu pour empocher l’argent des assurrances. Quand j’ai vu son numéro de téléphone sur la pancarte, je me suis dit tout de suite que je devrais enfin en profiter pour aller me chercher quelques petits bulbes d’iris dans le carré de terre qui s’amenuise à côté depuis que le local est vide. Comme ça, j’aurais au moins soutiré à S* un petit quelque chose. Ben tabarnak, je sais pas comment il a fait pour savoir ça, alors que je reluque ces fleurs-là depuis des semaines, mais le même après-midi, il est venu tout jeter dans sa maudite poubelle verte qui traînait pleine de plâtre à côté de chez moi depuis deux semaines. Heureusement, il l’a laissée traîner là comme d’habitude et le soir venu, je suis allée rescaper deux trois iris parmi les clous et les tessons de bouteille.
Tout ça pour dire que j’ai trouvé une subpoena dans ma boîte aux lettres et que je dois aller témoigner pour V* à la régie du logement vendredi. D’ici là, j’espère que S* va venir finir la job dans la salle de bains parce qu’après, il va sûrement vouloir se venger en étirant la sauce jusqu’à la fin de l’été. Au moins, si je croyais en Dieu, je pourrais toujours me consoler en sachant qu’il finira dans le brasier, mais jusqu’à maintenant, tout ce que j’ai trouvé pour apaiser l’amok qui s’enflamme en moi, c’est d’aller placarder des affiches partout où il appose ses pancartes à louer:
« Boycott S*! Comment pouvez vous encourager S* alors qu’il utilise de sales mensonges à des fins criminelles? Faux rapports, fausses preuves! Des crimes très graves et très sales ont été commis par S* et vous, vous continuez à l’encourager en laissant S* pénétrer chez vous. Lâches! Pourquoi? Parce que vous n’êtes rien d’autre que de la marde de pourris. »
Commentaires:
Je compatis, je voue moi-même une haine incommensurable à ma proprio, V*, son vieux père T* et sa tout aussi vieille mère dont j’ignore le prénom et à qui je prends un méchant plaisir à envoyer des regards assassins. Elle crie toujours et a un petit quelque chose de pas net, net. Elle frappe V* avec sa canne. Je ne l’aime pas.
V* a entre 35 et 45 ans et vit toujours chez ses parents, de vieux grecs chiants au possible, gratteux et qui semblent la traiter comme une esclave finie. Bien que V* ne fasse jamais rien et qu’il faille la harceler pour le moindre petit problème, elle me fait pitié. Elle me dit que sa mère est très malade et qu’elle ne va pas bien du tout, mais à chaque fois que je croise la vieille vipère, elle semble péter le feu! En attendant, je me croise les doigts, j’espère en silence que le calvaire de V* achève et que sa vieille chipie de mère aussi. Peut-être qu’alors j’aurai un toit étanche et un balcon qui ne menace pas de crouler sous mes pieds…Ceci dit, si jamais ton ami pyrotechnicien veut communiquer avec moi, je suis plus qu’intéressée.
M*, ma voisine, me racontait que son père avait perdu son boulot parce que la place était passée au feu. un incendie criminel dont il soupçonnait son voisin d’être responsable.
ben le voisin, quelques mois plus tard, il est passé dans sa souffleuse.
moi je pense que les colons ça s’auto-élimine tout seul.
Dans les Cool is class war, enfant de chienne s’écrit e* de c*.
Attention bébé; la flesh of studies n’est pas une raison pour virer aussi crackpot que notre cher Dédé Serouille.