Bébé Astronaute, 21/04/2008 [Cool is Class War]

Avec le printemps, la saison du vélo est revenue en force. C’est grâce à lui, mon vélo, que je m’apprête à réussir à passer à travers l’été de ma nouvelle vie normale de fille qui travaille downtown Montréal. Quand je l’enfourche le matin, un vent de liberté me souffle dans les cheveux tandis que je pédale de mon plus vite en descendant au creux du viaduc, cherchant l’élan nécéssaire pour remonter au grand jour sans me lever de mon siège. J’accélère. J’éprouve un plaisir insoupçonné à rouler dans le traffic; lorsque je dépasse les voitures arrêtées à la lumière rouge et qu’elle tourne au vert lorsque j’atteins l’intersection, mon esprit sportif atrophié s’enfle soudainement, et je donne de la pédale jusqu’à ce que les cuisses me brûlent. J’ai l’impression que le monde m’appartient. Si je dois m’arrêter, je regarde autour de moi, relaxe, en croyant dur comme fer que je suis la personne la plus cool de toute la ville. Il ne manquerait plus que je monte les quatre étages du Belgo avec mon vélo sur l’épaule au lieu de prendre l’ascenseur.

Mais jamais le matin je n’atteins le niveau d’euphorie qui me gagne le soir lorsque je rentre chez moi. Bien que j’emprunte la bande cyclable sur Clark et St-Urbain le matin, je ne m’embarrasse pas de voies réservées le soir et fonce tout droit sur Saint-Laurent. À neuf heures du mat, en passant dans le Mile-End, la congestion est modérée. Mais vers cinq heures et quart sur la Main, c’est toujours un bouchon terrible, et je jubile en zigzagant entre les voitures. Je vais plus vite qu’eux. Je le sais grâce aux fans des Canadiens, ces sportifs du samedi soir arborant fièrement leur fanion tricolore sur leur véhicule surdimensionné. Ces temps-ci, c’est environ une bagnole sur dix qui a son petit drapeau. Moi j’en spotte un au hasard, immobile. Je m’exite, j’accélère, je le dépasse, la lumière tourne au vert. En général, la frustration des chauffeurs est palpable quand ils voient que je les dépasse à bicyclette. Ils fulminent, et je carbure à leur contrariété. Je suis complètement exaltée. Je vous emmerde, bande d’imbéciles coincés! Si vous pensez que ça m’impressionne, quand vous essayez de me bloquer le chemin en serrant à droite! Comme si la route vous appartenait! J’oblique à gauche et je rejoins rapidement l’avant du peloton. Traversant l’intersection, je vois du coin de l’oeil le fanion bleu blanc rouge s’approcher. Il me dépasse, je le perds de vue. Je pédale comme un forcené. Puis, au loin, je vois que la prochaine lumière devient orange, les voitures s’agglutinent les unes contre les autres. La route est à moitié fermée à cause des travaux. Je continue sur ma lancée, contournant les bornes, et je rejoins rapidement le drapeau du Canadien. La passagère se retourne vers moi. Je croise son regard et je lis un mot d’admiration sur ses lèvres. Moi je me dis : Go! Habs go! Tant que les Canadiens continueront à jouer dans les séries, de fiers Montréalais arboreront leurs couleurs et moi, je pourrai aiguiser mon esprit sportif en faisant la course avec un petit fanion bleu blanc rouge battant au vent.

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