Samedi, j’ai eu comme un petit blues en rentrant chez moi. D’habitude, sur ma béacane à trois vitesses, je suis une force qui va! Pas cette fois.Le coeur n’y était tout simplement pas et le sympathique vacarme de cliquetis que je produis habituellement s’était transformé en un rythme aussi lent que chaotique.
J’avais un oeil sur les portières qui menaçaient de s’ouvrir sur mon chemin et l’autre sur le cynisme qui m’envahissait peu à peu quand mon vélo me précéda d’un soupir que finalement je retint, estimant que je ne pouvais faire mieux que lui en matière de dégonflement. Évidemment que tu soupires ! Ce pneu est naze et ayant changé le pneu arrière la semaine dernière, on sait tous deux que ces pneus de dimension vintage sont aussi difficiles à trouver que la motivation nécessaire pour s’affranchir d’une crevaison. J’étais las, quoi.
Un passant perspicace aurait certainement remarqué mon regard s’invaginant mélancoliquement dans un mouvement introspection-circonspection. Mais personne ne m’en fit la remarque.
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Okay. Je saute toutes les étapes du deuil pour me rendre directement à l’acceptation et entreprend de marcher à côté du bolide jusqu’au domicile. Ensuite, j’effectue un savant retour en arrière me ramenant straightpipe à l’étape du déni : j’enfourche la bécane et fais le reste du chemin en roulant sur le rim, lentement ; si lentement, en fait, que je me permet d’anagrammer les noms des restaurants italiens.
Je croise la rue Faillon, connue pour n’exister que partiellement. Un groupe de quidams s’en étonne d’ailleurs : C’est quoi ici ? Faillon ? J’sais même pu chu où! . Je sais trop bien ce qu’il veut dire. Une voiture me suit lentement et me dépasse semblablement. Le mec me regarde avec des points d’interrogation dans les yeux, une expression qui me rappelle celle d’ un ancien coloc devant un nouveau plat asiatique de mon imagination. Non, en fait, c’est exactement la face qu’il a fait la première fois qu’il a vu des gnocchi remonter à la surface ; un mélange entre le cri de Munch et la moue de Réal Giguère quand il devait annoncer au participant dépité que malheureusement, il fallait formuler la réponse par une question.
Je vois bien que mon rythme irrite la curiosité de l’automobiliste. Il a pourtant tout l’espace voulu pour me doubler de façon sécuritaire. Un éclair d’intelligence lui passe dans les yeux, mais vraiment seulement dans les yeux puisqu’il me lance, ou était-ce plutôt pour sa conjointe sur le siège passager : C’t'une crevaison !. J’ai juste le temps de lancer un -Merci Einstein! avant qu’il ne scramme. Je me demande d’où m’est venue cette repartie de cour d’école.
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Jusqu’ici, vous devriez avoir compris que mon humeur annonce une soirée plate. Si ce n’est pas le cas, je vais essayer d’être plus clair: Je brûle d’abord le souper. Tiens, il pleut. -Pas mal. J’ai envie de sortir, me divertir… mais les évènements me poussent à appréhender la soirée.
Louer un film et manger de la crème à glace serait sage, mais une amie me sauve de ces idées noires avec un appel, de la motivation et un projet d’aller voir des feux d’artifices. Après de complexes échanges téléphoniques, on se rend bien à l’évidence que la soirée va tomber à l’eau. D’ailleurs, je n’ai plus de bécane et il pleut.
À ce moment-là, je prends la décision de ne pas boire de bière. Quinze minutes plus tard, je me trompe de sorte de crème glacée : j’ai soudainement re-envie de boire de la bière.
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Finalement, mon amie propose de sauver la soirée en me rendant visite avec comme projet de boire du thé. Comme j’ai de la menthe, je propose un thé à la menthe et ce samedi soir semble soudainement tout à coup récupérable. Le thé nous fait grand bien et on fait honneur à l’art de la conversation. Quoique notre portrait de coudonc, quel genre de mec elle pourrait donc tomber en amour avec, soit resté assez vague et ce malgré que la conversation soit demeurée soutenue.
Le temps passe si vite (Le ciel n’est plus rouge depuis longtemps) et j’en viens à me proposer pour la raccompagner à un arrêt d’autobus en guise de raccourci et d’alternative au métro, histoire de faire semblant qu’on fait une sortie. J’écoute attentivement son récit de voyage astral, la jalousant secrètement, étant quelque peu courbaturé et disposé à sortir de mon corps pour flotter un instant.
L’autobus nous surprend alors que je tente de gérer les banalités que le thème du voyage astral me pousse à verbaliser. Avec la confusion générée par le semblant de file qui s’est formée pour entrer dans l’autobus, je n’arrive même pas à faire les salutations qui auraient été appropriées pour quelqu’un que je ne vois pas souvent et que j’apprécie. J’ai quitté la scène serein, sachant qu’elle n’est pas du genre à s’embarrasser d’un léger manque d’étiquette.
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Épilogue : J’avais une superbe chute, mais je l’ai oubliée. J’ai croisé A* par hasard sur St-Laurent un mois plus tard : elle ne m’en voulait pas de ne pas lui avoir dit salut comme du monde.
Commentaires:
Comme c’est beau: un vrai Cool is Class War comme il ne s’en fait plus.
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