Amygdale, 03/10/2007 [Cool is Class War]

Aujourd’hui j’ai travaillé 12 heures au MBAM, une journée folle avec deux vernissages, celui de Vik Muniz et celui de Tomas Hirchhorn. Au cas où ça vous intéresse, Muniz fait des Mona Lisa en beurre de pinotte et Hirchhorn, lui, eh bien il a fait un gâteau de conscientisation géant. Bon.

Peut-être parce que tous les exposants portent des noms germaniques (Kiefer, Funk, Nauman, Rauch…) il y a au MBAM un certain affluent de touristes allemands. Ça se comprend. Parions qu’avec Muniz, les Brésiliens vont débarquer. C’est comme ça: si vous êtes en voyage et qu’on vous parle d’un compatriote, vous êtes curieux d’aller voir.

Et bien sûr, je veux surtout parler d’un affluent de touristes allemandes. Ah! les blondes, j’y reviens tranquillement, je retourne aux sources oedipiennes. Cette jolie teutonne au yeux bleus, j’ai commencé à lui parler au moment où j’ai mis les pieds dans la salle Hirshhorn. J’ai alors bêtement dit: «c’est la première fois que j’entre». Le bordel qu’il y a là-dedans m’a arraché un rire nerveux, puis à elle aussi, puis on s’est mis à rigoler en canon, tout en faisant le tour du gâteau. Puis, en sortant, on s’est mis à discuter, et alors j’ai voulu l’impressionner… à un moment qu’elle cherchait le mot «to paint» en français, je lui ai spontannément donné en allemand (malen)… alors, surprise, elle m’a dit sie sprechen deutsch, et moi ein bischen, et alors bla bla j’aime ceci bla bla je trouve cela intéressant… studentin ? – Nein, nicht mehr… et puis on s’est dirigé vers les salles de Muniz aussi, et puis…

Et puis merde ! J’ai pas le droit de sortir de ma foutue salle ! Alors elle est partie et j’ai commencé à penser aux poules qui restent figées si on fait un trait à la craie autour d’elles.

Mais ça m’a quand même permis d’assister à un interview de Hirschhorn, par un compatriote journaliste (un Suisse) qui s’est d’entrée de jeu mis à délirer sur Hume et sur la connaissance. En fait, j’ai dit interview, mais c’est à peine s’il le laissait parler, tout ce qui l’intéressait, c’était sa position vis-à-vis la sorcellerie, et alors Hirschhorn était un brin déstabilisé, mais il a fait l’erreur de vouloir récupérer la question à son compte, et alors il était foutu le journaliste est parti en couille. Mais le plus drôle, c’est quand il lui a demandé «lapidairement», sans la moindre ironie perceptible, s’il y avait une conspiration deleuzienne, parce que partout où il allait «les artistes ont lu Deuleuze», et il arrêtait pas de revenir là-dessus, son foutu rhizome et il délirait sans tenir compte de la réponse de Hirschhorn, qui n’avait pas lu Deleuze.

Puis j’ai passé les dernières quatre heures à l’entrée principale. Le moment fort, c’est quand une bande de jeunes cools un peu rebels est passée au vestiaire et s’est arrêtée juste devant moi, à quelque distance. Ils se sont alors mis à faker des comportements un peu choquants, le gars embrassant la fille en la prenant par la gorge en clé de bras, tandis que les deux autres filles faisaient mine de s’envoyer des coup de pieds dans les tibias, non sans me jeter quelques regards de bravade. Attrait et répulsion de l’uniforme.
Call it a day.

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