Zepoulpe, 14/02/2009 [Julia Kristeva]

Extrait des Mémoires de moi-même par Julia Kristeva

Tome II, chapitre CCVII

(…) et c’est alors qu’à mon corps défendant, je m’aperçus que je ne pouvais en introduire que la moitié. L’intertextualité de l’objet était pourtant manifeste. Il en allait comme de la confiture donnée aux cochons : une scène réjouissante, mais qui n’en finissait plus d’être injuste. Un peu à la manière d’un train de bétail qui part vers l’abattoir – emportant avec lui rêves et misères, je me mis en position ferroviaire. Se faisant, je me sentis immédiatement moins nue devant le féminisme massificateur de son sexe. Tendue comme une corde (ou plutôt comme une théorie des cordes), son ventre me renvoyait une image tronquée qui, à la manière d’un pulsar double, accordait mon corps au rythme lent et ferme de ses poussées. Sous ses assauts, mes paumes glissaient sur le plancher, rapprochant toujours davantage le sol de mon visage.

Et ce sol, ce n’était pas n’importe lequel. Non.

C’était celui de plus en plus à gauche et de plus en plus sablonneux de la deuxième perle des Antilles : Cuba. Un paysage familier mais humiliant à la fois qui, à la manière d’une barbe fraîchement coupée, me renvoyait une image de moi-même certes plus jeune mais qui n’en venait pas moins de dégueulasser l’évier, lequel était maintenant irrémédiablement bouché.

Mon échec de l’an dernier rythmait encore mes pensées. Après des années d’incertitude, ma thérapie avec un psychanalyste bien connu (celui qui dut prendre une retraite précipitée à cause d’absurdes révélations de pratiques dégradantes lancées par les journaux de droite) m’avait permis d’envisager mon grand retour en cette terre toute-incluse. Un vent de changement soufflait sur mon entreprise et quand l’avion se posa sur le sol, je me sentis ragaillardie.

J’avais connu l’homme avec qui je m’unissais (tout en continuant d’écrire) la veille, après un souper au buffet du zirorte. La salle énorme où l’on affirmait pouvoir calmer ma faim avait eu la chance de me voir débarquer tôt en ses lieux.

Il s’appelait Maria-Ruiz et surveillait les plages la nuit malgré son diplôme de chirurgien cardiaque. Je m’étais approché pour admirer mon reflet dans les vagues nocturnes et il était là, fumant une cigarette et m’observant…

(…)

Comments (8)

Commentaires:

  • Commentaire by Bébé astronaute, 14/02/2009:
  • Encore saoule, Julia Kristeva? Ce « zirorte » a une mauvaise influence…

  • Commentaire by Robodrigue, 14/02/2009:
  • Coquine, va! Votre éloignement dans les régions éloignées vous a fait le plus grand bien cher Zepoulpe.

  • Commentaire by Amygdale, 14/02/2009:
  • L’éloignement dans les régions éloignées entraîne des rapprochements dans les régions intimes.

  • Commentaire by Robodrigue, 14/02/2009:
  • Bien envoyé l’ami Dale!

  • Commentaire by Mysterious, 14/02/2009:
  • «à la manière d’un pulsar double» : mon cher Zep, tu te surpasses, Brigitte Bardot l’astronaute devrait apprécier.

  • Commentaire by Zepoulpe, 15/02/2009:
  • J’ai écrit ce texte à la manière d’un octoplotte.

  • Commentaire by Mysterious, 15/02/2009:
  • J’aurais préféré à la manière d’un octocoralliaire.

  • Commentaire by Général Orlov, 15/02/2009:
  • Julia, vos indiscrétions en sol cubain portent préjudice à la réussite de notre Plan. Ce rizorte révisionniste et décadent sera notre perte!

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