Le 2 juillet 1986, au matin, les épouses calumet-pontoises ramassaient les corps de leurs maris imbibés d’alcool et éparpillés de toutes les parties de cette localité – les chèques d’aides sociale avaient été encaissés la veille, ce qui donnait droit à un carnaval orgiaque entre le premier et le deuxième jour de chaque mois. Parmi les plus agiles on en retrouvait dans le clocher de l’église avec tous les poils rasés, parmi les plus gloutons on en retrouvait dans les confiseries couverts de leurs propres fluides corporels, les policiers délirants d’alcool déguisés en femme s’étaient enfermés eux-mêmes dans la prison et les bandits libres avaient été retrouvés déshydratés la bouteille à la main dans le coffre fort de la caisse populaire, vide de surcroît vue la masse de chèques encaissés le jour précédent les évènements. Les enfants s’amusaient grandement lors des deuxièmes jours de chaque mois, ils s’amusaient à dévêtir les hommes, leur dessiner des obscénités partout sur le corps avec des déchets, ils leur mettaient des pétards dans les orifices ou encore il utilisait des rampes de lancement pour sauter par-dessus les immondes corps à l’aide de leurs vélos; les hommes les plus gaillards qui se réveillaient nus pendant les manœuvres tentaient d’obtenir réparation, mais toujours saouls ils étaient titubants et se retrouvaient sur le derrière la plupart du temps, ce qui divertissait encore plus les jeunes calumet-pontois qui leur criaient ” Maudit fous, arrêtez de boire de la bière ça donne la chaude pisse!” Et les bambins leur lançaient des pierres, les hommes, honteux, s’effondraient souvent en larmes. Comme la « grande fête du premier » attirait les hommes des villages à l’entoures on voyait des femmes étrangères à bord des camions à ordures des villages voisins remplir leur coffre avec les hommes à l’haleine fétide pour le voyage de retour. À travers tout ça les mégères locales chassaient les enfants avec des épées et des weed-eater pour rapatrier les corps malades.
Écœurées par cette manifestation sensuelle mensuelle de leur mari, c’est toujours le 2 juillet 1986 en après-midi que les épouses dépassées se tournèrent ver le seul homme possédant encore une dignité aux abords du Lac des Deux Montagnes, c’est-à-dire le vieux professeur Euphélius Lampa. Metteur en scène émérite dans sa jeunesse, il était, plus vieux, devenu chercheur de l’occulte pour ensuite se ressaisir et aller couler de jours heureux sur la péninsule avec la fortune qu’il avait accumulée par ses séances de spiritisme. Il vivait dans un manoir victorien éloigné du village, on le voyait souvent sur son voilier faire le pitre — enfin pour les gens de Pointe-Calumet lire un livre c’était faire le pitre—, mais sinon on ne connaissait rien de lui.
Face aux plaintes des bonnes femmes, le gentil docteur vint avec l’idée d’utiliser cette masse de chair puante à bon escient: “Pourquoi ne pas leur donner un projet valable et digne? Chères bonnes épouses répugnantes! Parce que vous l’êtes croyez-moi, mes vieux yeux me permettent toujours de le constater; il suffirait de leur donner un rêve, une fierté, les ignorants ont besoin d’être poussés ver l’excellence, sinon ils ne pensent qu’à se donner de la bouteille! Revenez demain à la même heure, je vous exposerai un plan qui vous sortira autant vous que vos maris de la vie de misère méprisable que vous menez, et cela, grâce à la science!»
Les épouses n’ayant pas compris un seul mot se mirent en tête de le brûler sur le champ pensant avoir assisté à une incantation satanique, mais la plus savante d’entre elles affirma qu’elle l’avait entendu dire “revenez demain à la même heure”. Elles décidèrent donc de revenir le lendemain pour voir ce que le bon professeur leur proposerait, en attendant elles devaient aller battre leurs maris avant qu’ils ne reprennent toutes leurs forces.
Le lendemain les femmes du village se ramassèrent toutes devant le manoir du docte Euphélius Lampa, elles regardaient ne sachant à quoi s’attendre. Une voix venant d’un haut-parleur dit : « Voici la science faite homme! Mesdames toutes aussi sottes et laides que vous êtes vous devez admirez les progrès de vos hommes, car ces derniers s’apprêtent à voyager par delà les nuages! Le professeur les emmènera tous avec lui dans un long voyage qui les mènera ver la planète des martiens, la grande planète rouge!! ». Du coup le professeur Lampa sortit vêtu d’un uniforme blanc et ample avec un casque représentant un visage grotesque et souriant. Les femmes étaient pantoises, le professeur fit quelques mouvements de gymnastique pour démontrer les possibilités qu’offrait un tel accoutrement. Il enleva le casque et afficha un large sourire en les saluant de la main.
Ceci sont les premiers évènements d’une grande aventure qui mena les neuf courageux cosmonautes calumet-pontois ver la plus grande aventure interstellaire de l’histoire humaine. Vous avez sûrement déjà entendu parler de cette histoire, voilà pourquoi je m’abstiendrai de vous la raconter. De plus ça ne serait d’aucune utilité dans mon étude des mœurs de ce petit bourg bucolique, il s’agit ici de faire la généalogie de l’action stupide.
L’astronaute Gravier fait une démonstration de gymnastique sur la rampe de lancement avant le deuxième voyage ayant pour but de sauver la princesse des Martiens.