Amygdale, 28/12/2008 [Préparations au voyage vers Mars]

Si jamais j’ai pu dire quelque chose d’offensant envers les ingénieurs, je le retire et présente mes excuses.

Licht-, Funk- und Roentgenstrahl

En hibernation. À vrai dire, une simple somnolence, puisque j’entends des interférences. J’ouvre les yeux. Je vois ce point fluorescent valser dans la noirceur. Toujours ces interférences. J’allume ma lampe de chevet : Tony.
- Hey Amygdale, qu’est-ce tu fais là?
- Je suis chez moi Tony. Et toi?
- J’ai quelque chose pour toé mon homme.
Lentement, mes yeux se dessillent. Je vois des phosphènes qui s’agitent partout dans mon champ de vision; la réalité est comme une viande pourrie grouillante de vermisseaux. Tony revient avec un casque.
- C’est ton habit de cosmonaute, man.
Incroyable! La haute couture, c’est tellement biosphère en comparaison. Ça, ce que que Tony me tends, c’est un prodige de technologie, la tenue de soirée extra-mondaine par excellence.
- Mets le casque. Regarde, tu peux communiquer.
En effet, grâce à un ingénieux système de walkie-talkie, je peux transmettre mes impressions à une base située à des millions de kilomètres. La contrepartie n’est pas possible, mais c’est justement ça le génie de l’affaire.
On fait des tests. Le système fonctionne parfaitement.
- Qu’est-ce tu fais demain, Amygdale?
- Juste l’entraînement habituel, pourquoi?
- J’ai quelqu’un que qui faut que tu voyes.
- C’est qui?
- John Ball
- C’est où?
- À Rawdon.

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Entscheidungsproblem

On sort du local de pratique. Avec Poufiasse, on fume la traditionnelle clope avant d’entrer dans la van à Seb. Seb, si vous le connaissez pas, c’était le guitariste des défunts Thanatologues. Le gars est post-doctorant en physique. Il conçoit des programmes de planification de vols pour les aéroports. La pratique s’est bien déroulée, mais il a l’air un peu dépité.
- Vous savez, la job Walt Disney dont je vous ai parlé cet été…
- Ouais, mais tu ne nous a jamais dit ce que c’était au juste.
Curieusement, on ne lui avait pas demandé. Peut-être par pudeur.
- Je peux vous en parler maintenant, parce que finalement, ça marchera pas. C’était pour l’Agence spatiale. J’avais appliqué pour être astronaute.
- Quoi? Le programme Mars500? Ils t’ont refusé toi aussi?
- Pas tout de suite. J’ai passé le premier tour, mais ils ne m’ont pas pris, sous prétexte que je ne sais pas piloter un avion de chasse.
Je suis sous le choc, et, je ne m’en cacherai pas, un peu vexé, que lui ait passé le premier tour. Mais ça ne fait rien: au fond, il s’est fait avoir. À lui aussi, on a fait miroiter les océans de glace de la planète rouge. Il s’était seulement un peu plus fait prendre à leur jeu.

Mais moi, j’ai compris qu’il ne fallait pas compter sur eux. Il fallait tout entreprendre soi-même, depuis le début. J’allais faire la belle à la Bête. Cette planète, j’allais la conquérir, et j’allais emporter avec moi le rêve brisé de Seb.

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Wovon man nicht sprechen kann…

Nous filions sur les chemins de gravelle des Cantons-de-l’est au volant de la vieille Chrystler de Bébé Astronaute. Je sentais que nous suivions un filon d’or, mais Tony refusait de m’en dire davantage. Qu’importe? Ce n’étais pas la première fois que je mettais les pieds dans un labyrinthe. Le vieux tape deck, d’ailleurs, jouait Teenagers from Mars

We are the angel mutants
The streets for us seduction
Our cause injust and ancient
In this « b » film born invasion

Teenagers from mars and we don’t care…

Nous avons contourné le lac N* aux abords de Rawdon. La route surplombait l’étendue d’eau et le défilé de conifères qui l’encerclait semblait s’en détacher pour constituer une bande autonome, gravitant en sens inverse. « J’ai des visions », pensai-je, mais c’était tout comme si nous orbitions à quelques parsecs d’un maelström d’étoiles agonisantes à l’horizon d’un trou noir.

Nous parvînmes enfin à destination, une terre isolée au bout d’un rang. Tony stationna la voiture aux abords du chemin et sortit aussitôt, se dirigeant de sa démarche de bûcheron vers une masure en pierres des champs. Des fourmis dans les jambes, je le suivais en claudiquant, tout en essayant de lui tirer les vers du nez, mais il ne voulait rien me dire. « Attends, Amygdale, c’est une surprise que j’te fais! » Sacré Tony.
Il frappa à la porte du solarium à l’avant de la maison, qui ne manqua pas de mener un vacarme épouvantable. Je restais derrière, les mains dans les poches. La seule pensée qui m’habitait était de faire attention de ne pas affecter de manières trop citadines. Je cherchais en moi le limon de mon St-Frank natal.

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Tony avait rencontré John Ball dans un bar de F* tandis qu’il travaillait comme mécanicien pour un apiculteur. Il s’ingéniait alors à la confection d’un système de dalots amovibles et de bielles, de roues dentelées, qui devait permettre une récolte plus efficace à même la canopée. Le soir, assis au bar, il avait aperçu un homme une bière vide et un carnet ouvert à portée de la main, qui, terré dans son coin, semblait perdu dans la contemplation de la machine à pop corn. Tony commanda deux bières et alla en offrir une à ce bonhomme à l’aspect mi fermier, dans sa salopette de jeans, mi savant fou, derrière ses épaisses lunettes carrées.

La conversation s’était rapidement engagée. Tous deux partageaient la même passion pour l’ingénierie de la Renaissance. Ils étaient fascinés par ses mécanismes compliqués, presque occultes, et qui exhalaient des relents du laboratoire d’alchimie de la porte voisine.

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- Hi John, remember this guy I told you he wanted to go on Mars? He’s with me right now.

Ball nous épiais à travers le moustiquaire. À sa voix, il reconnu Tony. Il nous fit entrer. Il nous montra ses plans. Je n’y comprenais pas grand chose, mais Tony semblait satisfait. Je restai muet d’admiration. Nous avions désormais tout ce qu’il nous fallait pour construire un supercanon à l’image de celui du Tsar, qui avait fait trembler la Grande Armée de Napoléon, ou de Big Bertha, ou du canon secret de Saddam Hussein, et capable de propulser un module dans l’espace.

Au fait, où en était Mjack avec ce module?

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Commentaires:

  • Commentaire by Robodrigue, 28/12/2008:
  • Ingénieux… très ingénieux!

  • Commentaire by Zepoulpe, 28/12/2008:
  • Amygdal’, that’s how I like you to roll !

  • Commentaire by touche-toi, 29/12/2008:
  • interfaces multiples…j’adore!

  • Commentaire by Robodrigue, 30/12/2008:
  • On dirait vraiment l’épisode d’un film à la saveur des années 80′ genre Flat Liners ou Ghost Busters. La mini van, le gars ermite dans son chalet, ton ami décidé à te faire vivre ton rêve… vraiment arrive en ville Amygdale!

  • Commentaire by rha, 30/12/2008:
  • flatliners c’est pas le film avec jack bauer qui trompe la mort ca deja?

  • Commentaire by Robodrigue, 30/12/2008:
  • Cher Rha,

    oui il s’agit bien de Jack Bauer qui trompe la mort (littéralement) encore une fois.

  • Commentaire by Amygdale, 31/12/2008:
  • Toutes ces anecdotes sont absolument véridiques. Ce n’est pas ma faute si ma vie ressemble à une nouvelle de Martin Amis.

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