Zepoulpe, 14/09/2009 [Mourir au Canada, Triviale poésie]

C’était valonneux.

Un vallon, on pourrait dire que ce n’est rien d’autre qu’un long trou entouré de montagnes, mais ce serait mal connaître la susceptibilité des gens de la région de Thetford Mines lorsqu’on parle de trous…

La mine, ce n’est pas franchement ce qui est impressionnant : ça, c’est un gros trou sans ambition. Ce qui l’est par contre, ce sont les immenses tas de roches sortis au cours du dernier siècle de pelletage et qui jonchent la région à la manière de mastodontes inanimés. Une pelletée pour un lingot.

Mais Saint-Pierre-de-Brougthon, où on s’est réunis pour une festivité champêtre, n’est pas un trou. Non. C’est un beau petit village de 800 habitants, sis au fond d’un vau et peuplé de gens sympathiques dont certains sont presque ouverts d’esprit.

C’est dans cet environnement bucolique que nous prîmes pied, un jour de septembre pour y rencontrer de la boisson et des gigots que je m’apprêtais à faire en méchoui. SPDB est situé quelque part dans Chaudière-Appalaches, entre la Beauce et la région de Thetford.

Lorsque je me suis enquéris auprès de la caissière du dépanneur pour savoir si on était bel et bien en Beauce, elle s’est arrêtée de vendre des gratteux une seconde, s’est retournée vers moi et m’a dit d’un drôle d’air : « Ça, personne ne le sait…. » (En fait, elle a plutôt dit quelque chose comme « Chat, parchone le chavent », mais on se comprenait moi pis elle.) Ensuite, elle a rajouté : « Moi, si j’étais vous, je ne poserais pas trop cette question-là aux alentours… » (Moiche, chi ch’tais toé, je chierais pas trop dans ces champs-là »).

Reprenant nos denrées et poursuivant notre chemin, nous rencontrâmes deux vieillards qui discutaient :

- Ouais ben, je peux-tu dire qu’on a pris une sacrée rince hier soir?

- Mets-en !

- Entre toi pis moi, je me suis réveillé à matin pis QUELQU’UN avait chié dans mes culottes !

- Ça, ça se fait pas.

- Je peux pas te dire qui c’était, sauf qu’il aimait vraiment le maïs.

On a finalement pas posé la question et continué notre chemin.

Une amie, fort cultivée et intéressante – comme il en faut dans un chalet conçu pour recevoir un maximum de sept personnes lorsqu’on est treize, – tomba sur un recueil de poèmes de Rimbaud. S’exclammant bruyamment toute seule dans le noir d’un salon attenant, nous la priâmes de venir partager avec le groupe le résultat de ses lectures. Elle entreprit donc de nous lire Le sonnet du trou du cul de Roger Rimbaud (ou était-ce Kevin?). Ça donnait ceci :

Obscur et froncé comme un oeillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d’amour qui suit la pente douce
Des fesses blanches jusqu’au bord de son ourlet.

Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous l’autan cruel qui les repousse,
À travers de petits caillots de marne rousse,
Pour s’en aller où la pente les appelait.

Ma bouche s’accoupla souvent à sa ventouse ;
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

C’est l’olive pâmée, et la flûte caline ;
C’est le tube où descend la céleste praline :
Chanaan féminin dans les moiteurs éclos !

Charmés devant tant de magie, nous soupâmes en paix en méditant la profondeur des mots de ce grand homme.

Ah oui ! Les gigots étaient parfaits.


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Commentaires:

  • Commentaire by cardon, 15/09/2009:
  • relisez tout rimabaud. Nous reparlerons de vos longues et mièvres plaisantreies qui ne font que profiter à l’pppression généralisée. L’insconsience (virale, la décadence du spectacle puérile )et votre admiration « pour entuber » « magiquement les fonds d’actions sociales (autre FAS) me pousse à vous cataloguer vers « les Faschoses tendances se déployant de par le monde. Un bon conseil allez bouffer des olives, c’est riches en Oméga 3 et 6. Ramanier donc un nouvel album zutique (ce fut l’enfer pour Rimbaud. Ejaculer, comme il le fit, dans la tasse de café de Cabaner, voyez si ce lait vous « ingeniera » davantage. Question olive, n’avalez pas les noyaux !
    Lina cardon, votre conseil bien obligé . Trou la la lère

  • Commentaire by cardon, 15/09/2009:
  • suite du précédent message : pour votre « culture d’brutis par les trous (de mémoires ou de bouillon culturel)

    « cela commença par des rires d’enfants et finit en débandades de parfums » ( dans le flux des « illuminations » rapport au coffret de sental écrit par Charles Cros . Lus en 1973 par rimbaud à Paris, qui décda de dire « merde à Paris, et ses intelelctuels bohême décadents, avec « leur musique à l’eau de rose bluette)
    toujours a vot’service pour vos (b)urnes épatées

  • Commentaire by Amygdale, 15/09/2009:
  • Ce serait une collaboration Rimbaud/Verlaine. La poésie triviale à son meilleur.

  • Commentaire by Zepoulpe, 15/09/2009:
  • Depuis que j’en sais autant, je me permets de l’appeler Paul.

  • Commentaire by mjack, 15/09/2009:
  • c’est qui ça cardon?

  • Commentaire by Mysterious, 15/09/2009:
  • Mais voyons : un lecteur.

  • Commentaire by Amygdale, 16/09/2009:
  • Cardon ça.

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