Sent: Saturday, November 22, 2008 4:15 PM
Subject: Un Dante pour Cécile?(22nov08)

Au temps de Nelligan, la fête de Ste-Cécile du 22novembre était aussi la journée des artistes. Ce jour-là, en 1898, et pour l’amour de Françoise, l’artiste Nelligan avoua son homo-sexe verlainien (forcé) dans une poésie dantesque, «Rêve d’une nuit d’hôpital»,
que la critique censurante a cachotté avant «Nelligan&Françoise»(ch1,sec13). Gérard Bessette, traitant des «Amours d’élite» d’Émile Nelligan, comme dans «Rêve d’artiste», «Placet», «Châteaux en Espagne»,etc, en juge ainsi :  »C’était…une gageure que de placer son point de départ dans une atmosphère aussi raréfiée…et il semble impossible de pousser l’immatérialité plus loin. »
 »Nelligan réussit pourtant ce tour de force dans (section) «Petite Chapelle», où c’est dans le ciel même qu’il s’installe… On ne saurait imaginer semblable audace, qui paraît pourtant chez lui toute naturelle.
Nous étions là deux enfants blêmes
Devant les grands autels à franges
O`Sainte Marie et les anges
Riaient parmi les chrysanthèmes.
 »Disons-le en passant: aucun poète français n’a rien produit de semblable. Le «Dialogue mystique» de Verlaine est terre à terre en comparaison de cela. C’est à Saint Jean de la Croix et à la Divine Comédie qu’il faut recourir pour trouver une tournure semblable. Plein de spleen nostalgique et de rêves étranges
Un soir je m’en allai chez la Sainte adorée Où se donnait, dans la salle de l’Empyrée, Pour la fête du ciel, le récital des anges » («Images»,1960,p.222;j’ai soul.).  »En souhaite-t-on même de (figures) célestes qui peuvent rappeler Villon et les préraphaéliques anglais? La belle Sainte (Cécile) au fond des cieuxMène l’orchestre archangélique
Dans la lointaine basilique
Dont la splendeur hante mes yeux » (ibid,p.259).
PaulWyczynski, qui a jamais cité ces louanges, et les a jamais contredites non plus. Ben, Edmund Wilson, le grand critique américain de New-York qui dit pareil:  »Émile Nelligan. This poet is at once the Rimbaud and the Gérard de Nerval of French Canada, and he seems to me the only really first-rate Canadian poet, French or English, that I have read… He was the star of an École Littéraire in his native Montreal. He read all the then modern poets…But he developped his own rich imagery and his own perfection of form… He has nothing of the dilution and tepidity which were…in the United States… All his poems are full of point and close packed… A virtuosity of meter, rhyme and assonance, a peculiar intensity and strength, make something that is Nelligan’own out of even the Verlainean pathos or the metallic Heredian sonnet »(«O Canada»,1964,p.97s).
PaulWyczynski a cité seulement la 2e ligne de EdmundWilson (Biog,p.458).

Dante est super-admiré, vénéré, étudié, analysé, en Italie depuis 800 ans, et reconnu comme le père de la langue nationale comme de la littérature italienne. Pourtant, et les Italiens le savent, Dante a pas toujours été un ben bon garçon; il a eu une jeunesse-adultesse tumultueuse et il a fourré des papes en Enfer.
Nelligan en a jamais fait autant, mais il a été fourré en Asile par les papes, et son Oeuvre croupit dans les Cachettes d’la Censure depuis 100 ans, comme celles de plusieurs de ses contemporains censurés à cause de lui.  »Pays sans littérature », a dit Lard Dur-ham. On comprend pas pourquoi ça dure.
D’aucuns sont aujouyrd’hui grands admirateurs de l’Italie moderne, donc celle de Berlusconi? et ils chiâlent contre notre Québec actuel, même chez les Italiensqui pourtant admireraient notre Nelligan si on leur faisait connaître sa poésie dantesque.
Je comprends nos intellos à la mode d’aujourd’hui qui voyagent pas mal et qui admirent les pays étrangers davantage que le leur.
Pourtant, comme la terre est ronde et qu’on finit toujours par revenir, moi je penche plutôt du côté de DuBellay:
Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison
Et puis est retourné plein d’usage et raison
Vivre entre ses parents le reste de son âge.

Le 22 novembre à Cécile a été l’occasion d’une évaluation de l’audace poétique d’Émile Nelligan. Cécile, fille romaine et martyre aussi, que Nelligan a célébrée dantesquement, devrait s’en rappeler.
phl.

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Commentaires:

  • Commentaire by Amygdale, 04/04/2009:
  • Ah ah ah! Fourrer des papes. Pea soup 4 ever.

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