C’est incroyable !
Mon mûrier se porte à merveille !!! Pour honorer cette beauté si difficile à atteindre, j’ai décidé de me comporter décemment. La ville m’a d’ailleurs envoyé un message assez clair : « Monsieur, si vous ne cessez pas d’être aussi désagréable avec nos préposés, et si vos lettres continuent de contenir un nombre aussi impressionant de jurons, nous devrons imposer des sanctions. »
J’avoue, j’ai pris peur, mais je me suis aussitôt calmé. Il faut dire que mon mûrier est simplement magnifique ! Plein de fleurs et d’une vie que je n’aurais jamais imaginée…. Les insectes sont presque tous partis, sauf ces magnifiques vers de terre qui sont si doux au toucher…
La ville m’a averti que si je continuais à vouloir mettre des pesticides dans mon jardin, elle entreprendrait des actions. Je n’ai pas vraiment écouté ce que le huissier – un homme de petite taille qui parlait plus fort qu’à l’accoutumée – me disait. Mais j’ai tout de suite réalisé l’absurdité de ma démarche.
À l’époque j’étais en colère et je ne saisissais pas la diversité des sentiments qui m’habitaient. En fait, j’ai toujours beaucoup aimé la ville où je vis et mes voisins sont mes amis. Les mots si durs que j’ai utilisés n’étaient que les reflets d’un être qui ne voulait pas grandir, d’une personne qui était socialement et humainement en retard sur les autres, d’un être qui refusait de voir ses propres faiblesses et qui fabulait celles des autres. Mais grâce au Docteur Choubadaoui, j’ai compris que j’étais à cette époque un être frustré, solitaire et misogyne…
Ça fait maintenant presque que six mois que je prends malgré moi ces délicieuses pilules bleues. Je suis maintenant un être épanoui qui se satisfait de peu. En fait, depuis que les gens de l’hôpital me permettent de manger des trucs durs, je me sens vraiment pleinement satisfait et je ne cesse de me répéter que « Je mange du dur » !!!
Maintenant, enfin, ma vie fait du sens !