À pareille date l’an passé, je me suis mis en tête de me faire repousser les cheveux. Je me suis trouvé une petite biznesse de Tropetia générique en Indoustan. J’ai acheté les pilules magiques, et j’ai même renouvelé l’ordonnance à deux reprises.
Oui, je suis vain, mais pas autant que l’action de ce médicament. Après trois mois de semblables traitements, la seule chose que je constatai, ce fut une baisse de ma libido (et encore, ça pouvait être un effet placebo). Démoralisé et chauve comme Charlie Brown, j’arrêtai le traitement.
Aussitôt, la compagnie m’envoya force courriels pour tenter de me récupérer. Si je renouvelais ma commande, on m’offrirait un plein carton de Diagra. Je remarquai alors que Diagra et Tropetia ne sont pas seulement des médicaments qui répondent à des angoisses masculines coextensives : ils s’épaulent dans leurs vices comme dans leurs vertus. En effet, s’il semble que la perte prématurée de cheveux soit en partie due à une trop forte libido, on peut consommer du Tropetia, qui stoppe les pertes capillaires, mais diminue les ardeurs. On songe alors au Diagra, dont l’un des effets secondaires est… la perte de cheveux. Euh euh euh.
J’y mis donc le rasoir d’Occam et refusai toutes leurs avances. Pour se venger, la compagnie des Indes orientales fit parvenir mes coordonnées à tous ses partenaires, et depuis, l’adresse dont je me sers pour les coups foireux est devenue inutilisable. Je reçois de trois à quatre courriels par jour, m’offrant tous la panoplie complète de pilules érectiles, d’origine et génériques. C’est ainsi que, inexorablement, Karen Brown, Patricia Tailor, Margaret Jones, Vicky Smith, Jennifer Moore et Mary Moore, pour ne nommer que celles-là, me proposent du «long sex with Vivitra».
J’ai remarqué, avec le temps, que les messages se faisaient de plus en plus respectueux, voire presque courtois. Au début, c’était toujours «… her till midnight» ou «make your … hard with xyz». Maintenant, c’est plutôt «make your lady feel like a queen» ou «you like when we say you’re good». Mais, depuis quelques jours, ils misent sur la rupture radicale, la transfiguration que peut apporter leurs médicaments : «new life in your hands» ou «try to make some radical changes». Si on ouvre le message, on y lit une prose torturée, qui semble tirée d’un Groschenroman à saveur historique :
But the empire has always had tough these days. He knows the rule. Lebyadkin did escape, darted up to the edge of… with my mighty pen. Why look at… blocked off the front half. Beyond this towards the bed. Oh, I am tired! Bogoyavlensky Street, but as he… I killed her. I only wanted to have course, was always at her side. May…
Le tout entrecoupé de liens vers A world for heros dot com. Les héros d’aujourd’hui n’ont rien des héros de jadis. Le monde des duels, des batailles rangées et du corps à corps est bien révolu. L’homme moderne cherche à étendre la sphère de ses plaisirs jusqu’à des sphères auparavant inconnues. L’amour exclusif est un enfantillage, une belle endormie n’est plus objet de contemplation. Bien plutôt, son sommeil s’avère l’occasion de courir vers une autre chambre dans le palais des plaisirs. La science est là, qui soutient l’homme moderne dans ses aventures. Ensemble, l’homme moderne et le savant défrichent des zones vierges, érigent de nouveaux empires. Plus tard, bientôt, qu’en sais-je? Des poètes nouveaux viendront, qui chanteront en leur honneur de nouveaux cycles mythologiques.
Commentaires:
Quel poète réussirait à combiner le souffle mythologique des épopées lyriques et le désenchantement de la triviale poésie?
Ceci dit, avez-vous essayé FAS-rencontres?
Amygdale, tu m’émeus…
T’es touchée, toi? Tu anticipes sur mon prochain poème: Tourbière, tu m’émeus.
ouais, moi la belle endormie objet de contemplation, la désillusion, la calvitie, tout ça, ça m’émeut.
Si tu veux continuer de m’émouvoir, ton prochain poème devrait s’intituler: Tourtière, tu m’émeus….
« Make your lady feel like a queen », isn’t that a little…gay?
Ça me rappelle la ferme opposition à laquelle se sont butées les fameuses huîtres saupoudrées de *iagra.
Sans vouloir ajouter l’insulte à l’injure: ne crois-tu pas l’ami que c’est la privation de la femme/anima qui provoque chez toi une recherche de sens qui va jusqu’à te pousser à te sentir concerné par les pubs de viagra?
Je ne le crois pas, je le sais pertinemment. Mais allez donc chercher LA femme…
Mais qu’est-ce que je raconte? Je passe trop de temps sur ce site. FAS, tu es la swompe où je m’engloutis.
…idéale, qui dégoupille des grenades…
…et rapiéce tes vieilles chaussettes…