Aujourd’hui, je suis allée passer une bonne partie de cette magnifique journée à aller lire des revues actuelles et écouter du monde râler dans le fond d’une salle d’attente de clinique d’hôpital inhospitalière. Chacun son petit numéro, sa petite lettre, il faudra un temps fou pour parvenir à me faire spéculumer le fond de l’utérus.
Une heure d’attente
Voilà que se pointe un garçon, visiblement plus jeune que moi, marqué comme un pamphlet publicitaire de la tête aux pieds. Il me nomme. Iichhhh, me dis-je ,un peu nerveuse, me l’imaginant se foutre la tête entre mes jambes. Non. Rien. Juste des yeux sur un papier, pas de mains dans une fente de jaquette. Un simple infirmier qui me trie des autres patients. Sur sa petite feuille, moi qui suit venue pour un stérilet, il coche que je suis un homme. Super. Ça donne le moral d’avoir l’air d’un mec. (électrolyse? oestrogène?)
Retour dans la salle d’attente.Une demie-heure.
Un autre homme fait son entrée. Du haut de ses sept pieds et de son stéthoscope, il me nomme dans un murmure, un souffle, certains diraient qu’il « parle dans sa gueule ». Tout gentiment il m’explique qu’il est un apprenti médecin; d’ailleurs ici, à Verdun, ils se plaisent habituellement à se nommer eux même « bébés -médecins» pensant que la communauté verdunnoise est probablement trop stupide pour savoir ce qu’est un médecin résident. Bref, l’apprenti (ce qui est déjà beaucoup moins condescendant) veut me faire remplir un foutu sondage sur les services reçus, là, tout de suite, avant même que je n’aie reçu mon service. Processus inversé. Ok. D’un coup, il me dit qu’il aurait autre chose à me dire, complètement hors contexte dit-il, et que je dois lui dire que je ne le poursuivrai pas pour cette phrase. Intriguant. Alors là, dans une salle de consultation médicale, face à face avec un médecin, je me fais complimenter, sourire, et tout cet espace exigu devient un temps très court un « meat market » où je semble être LA « meat ». J’en reviens pas. N’importe quoi cet hosto pourri. En plus, toujours pas vu le médecin en question.
Retour dans la salle d’attente, questionnaire à la main et questionnements sur mes allures d’homme et l’urgence de prendre des hormones rejetées.
Enfin, une jeune femme se pointe, toute en dents, avec plein de papillons dans les cheveux. Bon. Quelques questions d’ordre médical, puis questions d’ordre privé. Je m’en fous et lui réponds. Sur une feuille de prescription elle me dessine un utérus, un stérilet, et compare l’effet du stérilet sur l’utérus à une tondeuse sur le « gazon de la paroi ». Décidemment, y’a quelque chose d’étrange dans l’air.
Finalement. LE test. Jaquette, étrier. Ce genre de test me donne à coup sûr un fou rire incontrôlable, allez savoir pourquoi. Donc, la doctoresse s’approche avec tout ces petits tubes et machins pour m’ausculter la cavité. La tête dans mon entrejambe sa lumière en main, elle me dit (en parlant de mon col de l’utérus) –« j’en vois des cols, laissez moi vous dire que j’en vois, pis ça fait des semaines que j’ai pas vu un beau col de même. »
Je sais pas pourquoi mais je me suis mise à avoir des visions d’horreur, comme un mauvais film de série B. En gros gros plan. Le genre de truc qu’on n’a pas nécessairement envie d’entendre. Et qu’on ne peut visiblement pas s’empêcher de raconter non plus.
Franchement, merci Verdun.
Commentaires:
Je remets toujours en question les notions de beau et de bien que j’ai apprises en philo de l’art au moment le gynéco conclut son examen en disant : « c’est bien beau ça ».
Dans ce contexte-là, il me semble que l’utilisation de «beau» est tout de même plus appropriée que «tight».
Ou « bon ». Ou même « bien ». Quoique, le con éthique…
[...] lisant Histoire d’UTÉRUS de la grosse, je n’ai pu m’empêcher de passer en revue ma longue feuille de route de [...]