En lisant Histoire d’UTÉRUS de la grosse, je n’ai pu m’empêcher de passer en revue ma longue feuille de route de consultations médicales. J’ai alors moi aussi pris conscience que je me suis souvent fait complimenter par des médecins pour des qualités que, franchement, je ne soupçonnais pas et dont je me passerais presque.
Ça a donné lieu à des phrases à la limite du hors-jeu :
« Wow, vous avez vraiment une vessie de jeune homme! »
« Avec une prostate de même, vous n’avez pas à vous plaindre mon cher. »
« Votre taux de bilirubine est tout ce qui a de plus charmant. »
« Mon bon Monsieur, votre circulation sanguine ferait pâlir d’envie l’Amazone. »
Etc…
Mais le plus gênant, c’est quand votre cas devient l’objet d’un intérêt de la part de la communauté scientifique. Les médecins deviennent alors complètement excités, commencent à bavasser auprès des collègues et finissent immanquablement par se présenter à votre chambre en banc serré de 8 ou 9 résidents, armés de clip-boards et de stéthoscopes non-utilisés. Bandés durs sous leurs sarraus, ils mouillent juste à l’idée de tomber sur LE pustule qui les rendra célèbres, LE syndrome qui portera leur nom.
C’est seulement dans ces moments-là que tu peux vraiment te rendre compte que ton individualité est un accessoire dans cette belle marche vers le progrès. Ta vie intérieure (celle que d’autres ont appelé la conscience) joue au mieux le rôle de faire-valoir de ta verrue, de straight-man de ton infection urinaire, de troisième roue dans la date entre la science et ton insuffisance cardiaque…
Mais le pire, c’est qu’on accepte toujours de bon coeur de se faire tripoter par des inconnus. En y repensant, j’aurais aimé être assez vite pour répondre quelque chose comme :
« Fuck you doc, je ne crois pas à ça le progrès. »
« Je te montre le mien à condition que tu me montres les tiens. »
« Si tu veux voir, c’est 20$, mais pour toucher, c’est 40$ »
J’ai quasiment hâte d’être malade presque.
Commentaires:
j’avais lu dans un livre une hypothèse selon laquelle les médecins avaient évolué d’une spécification sociobiologique de l’humain, semblable à celle qui pousse les singes à s’épouiller. la même fonction aurait évolué également vers les coiffeurs et les magiciens.
C’est peut-être vrai. Personnellement, je vais voir mon coiffeur chaque fois que j’ai mal aux cheveux.
… et les magiciens? C’est fondé sur quoi : l’idée d’avoir un lapin sous son chapeau?
Chamanes, médecins, magiciens… c’est du pareil au même.
C’est comme les médecins, mais sans les mains.